Saint Jean Bosco (1815-1888)

Saint Jean Bosco (Don Bosco), prêtre piémontais, consacra sa vie aux jeunes pauvres de Turin. Fondateur des Salésiens, des Filles de Marie-Auxiliatrice et des Coopérateurs, inventeur du Système préventif fondé sur la raison, la religion et l'amour, il fut canonisé en 1934 et proclamé Père et Maître de la jeunesse.

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Jean Bosco (en italien Giovanni Bosco, 1815-1888), universellement connu sous le nom de Don Bosco, est un prêtre piémontais, éducateur de génie et fondateur d'ordre, l'une des plus grandes figures de la charité catholique du XIXᵉ siècle. Au cœur d'un Turin déchiré par la révolution industrielle, il consacre sa vie aux enfants pauvres, abandonnés et délinquants, qu'il rassemble dans son Oratoire de Valdocco.[1][2]

De cette intuition naît un véritable empire de la charité : la Société de Saint-François-de-Sales — les Salésiens —, les Filles de Marie-Auxiliatrice et les Coopérateurs salésiens, qui en font, dès le XIXᵉ siècle, l'une des plus vastes familles religieuses de l'Église. Sa pédagogie, le Système préventif, fondé sur la raison, la religion et l'amour bienveillant, demeure un classique de l'éducation chrétienne.[3][4]

Bâtisseur infatigable, écrivain populaire, voyant aux songes célèbres, thaumaturge selon ses contemporains, Don Bosco meurt à Turin le 31 janvier 1888, laissant derrière lui des centaines de maisons sur trois continents. Béatifié en 1929 et canonisé le jour de Pâques 1934 par Pie XI, qui le proclame « Père et Maître de la jeunesse », il reste l'un des saints les plus aimés du monde catholique.[5][6]

Un enfant du Piémont saisi par un songe

Becchi, 1815 : naissance dans la pauvreté paysanne

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Jean Bosco naît le 16 août 1815 aux Becchi, un hameau de la commune de Castelnuovo d'Asti — rebaptisée plus tard Castelnuovo Don Bosco en son honneur —, sur les collines du Montferrat piémontais.[7][8] Il est le dernier fils de Francesco Bosco, modeste métayer, et de Margherita Occhiena (1788-1856), paysanne d'une foi profonde restée célèbre dans l'histoire salésienne sous le nom de Mamma Margherita.[9]

Le malheur frappe tôt : en 1817, alors que Jean n'a pas encore deux ans, son père meurt d'une pneumonie. La veuve doit élever seule trois garçons — Antonio, l'aîné d'un premier lit, Giuseppe et Giovanni — au milieu de la grande famine qui ravage alors l'Europe au lendemain des guerres napoléoniennes.[10] De cette enfance rude, Jean garde le sens du travail, la dureté du pain gagné à la sueur, et surtout l'éducation maternelle qui restera la matrice de toute sa pédagogie.

Le rêve des neuf ans (vers 1825)

Vers l'âge de neuf ans, l'enfant fait un songe qui le marquera toute sa vie et qu'il rapportera lui-même, bien des années plus tard, dans ses Mémoires de l'Oratoire. Il se voit au milieu d'une foule de garçons qui jurent et se battent ; il veut les faire taire à coups de poing, quand un personnage majestueux l'arrête et lui révèle sa mission :

« Ce n'est pas avec des coups, mais avec la douceur et la charité que tu devras gagner ces amis. » — Le personnage du songe des neuf ans, rapporté par Don Bosco dans ses Mémoires de l'Oratoire[11]

Maison d’enfance aux Becchi. Photo Kertraon, Wikimedia Commons, domaine public.

Sous ses yeux, la troupe de gamins querelleurs se change alors en bêtes sauvages, puis en agneaux dociles, tandis qu'une Dame lumineuse lui annonce qu'il comprendra plus tard le sens de tout cela.[12][13] Don Bosco verra dans ce rêve l'annonce prophétique de toute son œuvre : conquérir la jeunesse non par la contrainte, mais par la bonté.

Le saltimbanque de Dieu

Le jeune Jean met aussitôt en pratique cette vocation. Doué d'une mémoire et d'une habileté hors du commun, il apprend les tours des saltimbanques rencontrés dans les foires : jonglerie, acrobaties, tours de magie, marche sur la corde. Les dimanches, il rassemble les enfants du voisinage, les amuse par ses prouesses — puis exige, comme prix du spectacle, qu'ils récitent avec lui le chapelet et écoutent le résumé du sermon entendu à la messe.[14][15] La pédagogie de l'Oratoire est déjà tout entière dans ce jeu : gagner les cœurs par la joie avant de parler de Dieu.

Chieri, le séminaire et l'ordination (1841)

La route vers le sacerdoce est semée d'obstacles. L'opposition de son demi-frère Antonio, qui méprise les études, l'oblige un temps à quitter la maison et à se louer comme valet de ferme. Mais sa vocation tient bon. Soutenu par le curé don Calosso, puis par la rencontre décisive du futur saint Joseph Cafasso, il entre au collège de Chieri, où il exerce mille petits métiers — tailleur, cordonnier, garçon de café, menuisier — pour payer ses études.[16][17]

Admis au séminaire de Chieri en 1835, il est enfin ordonné prêtre le 5 juin 1841, veille de la Trinité, par l'archevêque de Turin Luigi Fransoni.[18][19] Le jeune prêtre se donne aussitôt une devise tirée de la Genèse, qu'il fera graver à la porte de sa chambre et qui résume toute sa vie :

« Da mihi animas, cetera tolle » — « Donne-moi les âmes, et garde tout le reste. » — Devise de Don Bosco, d'après Genèse 14, 21[20]

Le prêtre des jeunes abandonnés

Le Convitto et les prisons de Turin

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Sur le conseil de don Cafasso, Don Bosco entre au Convitto ecclesiastico de Turin, institution de perfectionnement pastoral dirigée par Cafasso lui-même, pour parfaire sa formation de confesseur.[21] C'est là qu'il découvre la plaie de la grande ville industrielle : des adolescents déracinés, venus des campagnes chercher du travail, livrés à la rue, à l'exploitation et souvent à la prison.

La visite des prisons turinoises le bouleverse. Il y voit des garçons de douze ou quinze ans entassés avec les criminels endurcis, sans personne pour les aimer ni les instruire. Il en tire une conviction qui deviendra le ressort de son œuvre : mieux vaut prévenir que réprimer, aller à l'enfant avant que la misère n'en fasse un délinquant.[22]

8 décembre 1841 : Bartolomeo Garelli et la première messe servie

L'œuvre naît d'une rencontre. Le 8 décembre 1841, fête de l'Immaculée Conception, tandis que Don Bosco se prépare à célébrer la messe dans l'église Saint-François-d'Assise, le sacristain chasse à coups de bâton un jeune manœuvre déguenillé qui refusait de servir l'autel. Don Bosco rappelle l'enfant, le console, lui demande son nom — Bartolomeo Garelli — et lui propose de revenir le dimanche suivant apprendre le catéchisme.[23][24]

De cette amitié naît l'Oratoire. Bartolomeo amène d'autres garçons ; en quelques mois, ils sont des dizaines, puis des centaines. Don Bosco place son œuvre sous le patronage de saint François de Sales, modèle de douceur apostolique, dont il fera le saint patron de toute sa famille religieuse.[25]

Les années d'errance et l'installation à Valdocco (1846)

L'Oratoire ambulant inquiète : une troupe bruyante de gamins déménageant de quartier en quartier passe pour un foyer de désordre, voire de subversion politique dans le Turin pré-unitaire. Don Bosco est chassé de lieu en lieu, soupçonné même de folie. Mais il tient bon, et en avril 1846 il obtient enfin un point fixe : un misérable hangar loué au nommé Pinardi, dans le faubourg populaire de Valdocco, qui deviendra le berceau de toute l'œuvre salésienne.[26][27]

Pour tenir cette maison ouverte aux centaines de garçons qui l'envahissent, Don Bosco appelle à son secours sa propre mère. Mamma Margherita quitte sa campagne, vient s'installer à Valdocco et devient, jusqu'à sa mort en 1856, la « mère » de l'Oratoire : elle coud, soigne, cuisine et veille sur cette jeunesse turbulente, incarnant la tendresse maternelle au cœur du système éducatif de son fils.[28]

Le Système préventif : éduquer par le cœur

Raison, religion, amour bienveillant

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L'apport le plus durable de Don Bosco à l'histoire de l'éducation est sa méthode, qu'il nomme le Système préventif (Sistema preventivo), par opposition au système répressif alors dominant, fondé sur la surveillance, la menace et le châtiment. Là où le système répressif attend la faute pour la punir, le système préventif entoure l'enfant de tant de bienveillance qu'il n'a plus l'occasion de mal faire.[29][30]

Don Bosco résume sa pédagogie en trois mots devenus la charte de toute éducation salésienne :

« Ce système s'appuie tout entier sur la raison, la religion et l'amour bienveillant. » — Don Bosco, opuscule Le Système préventif dans l'éducation de la jeunesse (1877)[31]

  • La raison (ragione) : expliquer plutôt qu'imposer, faire comprendre à l'enfant le sens des règles et des devoirs.
  • La religion (religione) : placer Dieu, les sacrements et la dévotion mariale au centre de la vie, comme fondement de toute droiture.
  • L'amour bienveillant (amorevolezza) : une affection réelle, manifestée, sentie par l'enfant — car « il ne suffit pas d'aimer les jeunes, il faut qu'ils se sentent aimés ».[32]

La Lettre de Rome (1884) : « l'éducation est affaire de cœur »

En mai 1884, vieilli et malade, Don Bosco adresse depuis Rome à ses Salésiens de Turin une longue lettre restée comme le testament pédagogique de l'Oratoire. Il y déplore que la familiarité et la confiance d'autrefois aient cédé la place à une discipline froide, et rappelle le secret de toute éducation :

« L'éducation est une affaire de cœur. […] La familiarité fait naître l'affection, et l'affection engendre la confiance. C'est ce qui ouvre les cœurs. » — Don Bosco, Lettre de Rome, 10 mai 1884[33]

Cette intuition — que rien ne se transmet sans amour reçu et perçu — fait de Don Bosco un précurseur de toute la pédagogie de la relation. Sa douceur n'était pourtant pas faiblesse : il exigeait le travail, la piété et l'honnêteté, mais répugnait à punir au point d'écrire, en 1887 : « je ne me souviens pas d'avoir jamais infligé un châtiment formel ».[34]

Le bâtisseur d'un empire de la charité

La Société de Saint-François-de-Sales (1859)

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Pour pérenniser l'Oratoire au-delà de sa personne, Don Bosco rassemble autour de lui ses meilleurs élèves devenus prêtres ou clercs. Le 18 décembre 1859, il fonde officiellement la Société de Saint-François-de-Sales, les futurs Salésiens, avec dix-huit premiers membres.[35][36] Les constitutions seront approuvées par Pie IX en plusieurs étapes, l'approbation définitive intervenant en 1874.[37]

La croissance est foudroyante. Du vivant même du fondateur, les Salésiens essaiment en Italie, en France, en Espagne, puis en Amérique latine. À la mort de Don Bosco en 1888, la congrégation compte déjà environ 250 maisons réparties sur plusieurs continents, accueillant plus de 130 000 jeunes et ayant formé des milliers de prêtres.[38]

Les Filles de Marie-Auxiliatrice (1872)

Voulant étendre son œuvre aux jeunes filles pauvres, Don Bosco fonde en 1872, à Mornese, l'institut des Filles de Marie-Auxiliatrice, avec la collaboration décisive de sainte Marie-Dominique Mazzarello (1837-1881), qui en devient la première supérieure.[39][40] Conçue comme « un monument vivant de reconnaissance envers la Vierge Auxiliatrice », cette congrégation féminine connaîtra elle aussi une expansion mondiale.

Les Coopérateurs salésiens (1876)

Marie-Auxiliatrice, Turin. Photo TorinoDoc, Wikimedia Commons, CC BY 4.0.

Don Bosco comprend enfin que les laïcs sont une force apostolique. En 1876, il institue l'Association des Coopérateurs salésiens, réseau de bienfaiteurs et d'apôtres laïcs partageant l'esprit et la mission de l'Oratoire dans le monde.[41] Religieux, religieuses et laïcs forment ainsi la grande Famille salésienne.

Le bâtisseur d'églises : Marie-Auxiliatrice et le Sacré-Cœur

Don Bosco fut aussi un constructeur qui défiait toute prudence financière, persuadé que la Providence pourvoirait. Sa réalisation maîtresse est la basilique de Marie-Auxiliatrice (Maria Ausiliatrice) à Valdocco, élevée presque sans ressources et consacrée le 9 juin 1868, qui devient le sanctuaire-mère de la dévotion salésienne.[42][43] Les chroniques salésiennes rapportent que les nombreuses guérisons obtenues durant sa construction servirent à financer l'édifice.

À la demande de Léon XIII, le vieux prêtre accepte, malgré l'épuisement, d'élever à Rome la basilique du Sacré-Cœur (Sacro Cuore), près de la gare Termini. C'est en y célébrant la messe, en mai 1887, qu'il fond en larmes à plusieurs reprises, revoyant, dira-t-il, le rêve de ses neuf ans enfin accompli.[44][45]

L'écrivain populaire et l'imprimeur

Pédagogue jusque dans la diffusion de la foi, Don Bosco fut un écrivain et éditeur prolifique. Il rédige des manuels de piété pour les jeunes — dont Le Jeune homme bien préparé (Il giovane provveduto, 1847), best-seller catholique réédité des centaines de fois —, des vies de saints, des récits d'histoire sainte et d'histoire de l'Église, et lance la collection populaire des Letture Cattoliche pour contrer la presse anticléricale.[46] Il monte ses propres ateliers d'imprimerie à Valdocco, faisant de l'édition un instrument d'apostolat — ce qui lui vaudra plus tard le patronage des éditeurs et des imprimeurs.

Songes, prophéties et réputation surnaturelle

Les songes missionnaires : la Patagonie (1872)

La vie de Don Bosco est jalonnée de songes auxquels il attribuait une portée prophétique et qui, racontés à ses garçons, faisaient partie de sa pédagogie. Le plus célèbre est le rêve missionnaire de 1872, où il voit des peuplades sauvages d'une région inconnue. Il n'en comprend le sens qu'en 1874, quand lui parviennent des demandes pressantes pour l'Argentine : ces peuples étaient ceux de la Patagonie, alors quasi inexplorée.[47]

« Donne-moi les âmes, garde le reste. » — Devise missionnaire que Don Bosco transmet à ses premiers envoyés[48]

Dès 1875, il envoie ses premiers missionnaires à Buenos Aires sous la conduite du futur cardinal Giovanni Cagliero ; en quelques années, les Salésiens pénètrent l'arrière-pays jusqu'au détroit de Magellan, accomplissant à la lettre la vision du fondateur.[49]

Grigio, les miracles et la confiance en la Providence

Le dossier le plus singulier de la vie de Don Bosco est celui du chien Grigio (« le Gris »), qui accompagna le saint durant plus de trente ans. Apparu un soir de 1852, cet animal surgissait toujours au moment où le prêtre était en danger : il le sauva d'un agresseur qui lui avait tiré deux coups de pistolet sur le cours Reine-Marguerite, de deux sicaires qui l'avaient bâillonné dans une ruelle obscure de Turin, puis d'une bande de forcenés embusqués dans les buissons — et un soir, en barrant de son corps le seuil de la maison malgré les supplications de Mamma Margherita, il empêcha même Don Bosco de sortir vers un guet-apens qui se préparait contre lui.[50] La dernière apparition eut lieu en 1883 : alors que le chien n'avait « pas pris un poil blanc en trente-deux ans », il remit sur sa route Don Bosco égaré, l'accompagna jusqu'au seuil du patronage, puis disparut à jamais.[51] Interrogé sur l'étrange protecteur que toutes ses relations avaient vu, touché et caressé, le saint répondait en biaisant :

« Dire que c'était un ange ferait rire. Mais on ne peut pas dire non plus que c'était un chien comme les autres. » — Don Bosco au sujet de Grigio, propos rapporté par Anne Bernet[52]

Autre épisode, tout proche de la mort du saint : en décembre 1887, moins de deux mois avant de mourir, Don Bosco reçoit à Valdocco un groupe de visiteurs sud-américains, parmi lesquels un jeune journaliste chilien atteint d'une arthrite déformante de la main et du bras droits qui l'empêchait de tenir sa plume et d'exercer sa profession. Don Bosco prend dans les siennes la main malade, se met en prière, puis déclare au visiteur :

« Vous êtes guéri, mais vous continuerez de sentir une petite douleur, pour que vous n'oubliiez pas la grâce que vous a faite la Sainte Vierge. » — Don Bosco au journaliste chilien, décembre 1887[53]

Les biographies salésiennes — en particulier les monumentales Mémoires biographiques — abondent en récits prodigieux de même nature : multiplication d'hosties et de châtaignes, guérisons subites, prédictions vérifiées.[54][55] Sans confondre la tradition hagiographique et le fait strictement établi, l'Église a reconnu, au terme de l'enquête canonique, la réalité de miracles obtenus par son intercession, condition de sa béatification et de sa canonisation.

La spiritualité de Don Bosco

Marie-Auxiliatrice, l'Eucharistie et le Pape

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Toute la vie intérieure de Don Bosco tient en trois dévotions qu'il léguera comme un testament. Aux Salésiens réunis autour de son lit de mort, il recommande de ne jamais oublier trois piliers :

« N'oubliez jamais ces trois choses : la dévotion au Très Saint-Sacrement, la dévotion à Marie Auxiliatrice, et la dévotion au Pape. » — Recommandation de Don Bosco mourant à ses fils spirituels[56]

L'Eucharistie et la confession fréquentes sont au cœur de sa pédagogie : il en fait les deux « ailes » qui élèvent l'âme du jeune vers Dieu. La Vierge Auxiliatrice, il la regarde comme la véritable fondatrice de son œuvre — « c'est elle qui a tout fait », répétait-il. Et l'attachement au Successeur de Pierre, en pleine crise du pouvoir temporel et de l'unité italienne, fut chez lui une fidélité de chaque instant.[57][58]

La sainteté joyeuse de la jeunesse

L'originalité spirituelle de Don Bosco est d'avoir montré que la sainteté est possible et joyeuse pour les jeunes. Son chef-d'œuvre éducatif en ce domaine est la vie de son élève Dominique Savio, mort à quinze ans en odeur de sainteté et plus tard canonisé : la preuve vivante que la pédagogie de Valdocco menait réellement à la perfection chrétienne. Don Bosco aimait répéter à ses garçons une formule qui résume son optimisme surnaturel :

« Il suffit que vous soyez jeunes pour que je vous aime. » — Parole attribuée à Don Bosco à ses garçons de Valdocco[59]

Mort et glorification

Le « Père et Maître de la jeunesse » (1888)

Usé par quarante années de labeur, Don Bosco s'éteint à Turin, le 31 janvier 1888, à l'aube, entouré de ses fils spirituels.[60][61] Ses dernières paroles, transmises à ses garçons, expriment toute sa tendresse : « Dites à mes garçons que je les attends tous au Paradis. »[62] Ses funérailles tournent au triomphe populaire : une foule immense accompagne le cercueil à travers Turin, comme on accompagne déjà un saint.

Béatification et canonisation (1929-1934)

Le procès en béatification, ouvert peu après sa mort, aboutit le 2 juin 1929, quand Pie XI — qui avait personnellement connu Don Bosco — le proclame bienheureux. Le même pape le canonise le jour de Pâques, 1er avril 1934, lui décernant le titre demeuré célèbre de « Père et Maître de la jeunesse ».[63][64] En 1988, pour le centenaire de sa mort, Jean-Paul II complétera ce titre en le déclarant « Père, Maître et Ami des jeunes ».[65]

L'héritage : la troisième famille religieuse du monde

L'œuvre n'a cessé de croître après la mort du fondateur. Au XXᵉ siècle, les Salésiens de Don Bosco sont devenus l'une des plus grandes congrégations masculines de l'Église catholique, présents dans plus de cent trente pays à travers écoles, centres professionnels, oratoires et missions.[66] Patron des jeunes, des apprentis, des éditeurs et — clin d'œil au saltimbanque qu'il fut — des illusionnistes, Don Bosco demeure le modèle d'une charité éducative qui change les cœurs par la bonté.

« Pour vous je vis, pour vous j'étudie, pour vous je travaille, pour vous je suis même prêt à donner ma vie. » — Don Bosco à ses garçons, formule devenue emblème de la spiritualité salésienne[67]

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Catholic Encyclopedia, "St. John Bosco (Don Bosco)", vol. II, Robert Appleton Company, New York, 1907 : newadvent.org. Notice biographique de référence : naissance (16 août 1815, Becchi), mort du père vers 1817, séminaire de Chieri (1835), ordination (1841), Convitto et don Cafasso, rencontre de Bartolomeo Garelli (8 décembre 1841), installation à Valdocco (1846), Système préventif, basilique de Marie-Auxiliatrice (consacrée le 9 juin 1868), approbation de la Société salésienne, mort le 31 janvier 1888.

    1 7 13 17 21 23 27 34 37 43
  2. Wikipedia (EN), "John Bosco" : en.wikipedia.org. Article encyclopédique détaillé : famille (Francesco Bosco, Margherita Occhiena 1788-1856, frères Antonio et Giuseppe), rêve des neuf ans, années de saltimbanque, ordination du 5 juin 1841, fondation de la Société de Saint-François-de-Sales (1859), Filles de Marie-Auxiliatrice (1872) avec Maria Domenica Mazzarello, Coopérateurs salésiens (1876), basilique de Marie-Auxiliatrice (1868), basilique du Sacré-Cœur de Rome, écrits (Il giovane provveduto, Letture Cattoliche), mort (31 janvier 1888), béatification (2 juin 1929) et canonisation (1er avril 1934) par Pie XI, titre de Jean-Paul II (1988), patronages.

    2 5 8 9 10 14 16 18 25 26 28 35 39 41 42 44 46 54 58 60 63 65 66
  3. Saint Jean Bosco, Lettre de Rome du 10 mai 1884, et opuscule Il sistema preventivo nella educazione della gioventù (1877). Texte anglais de la Lettre de Rome : Diocèse de Lansing et présentation sur donbosco.press. Principes du Système préventif (ragione, religione, amorevolezza) ; formule « L'educazione è cosa del cuore » (« l'éducation est affaire de cœur ») ; nécessité que les jeunes se sentent aimés pour qu'advienne la confiance.

    3 29 31 32 33 67
  4. EWTN, "Don Bosco's Story" : ewtn.com. Récit de la vie de Don Bosco : prisons de Turin, naissance de l'Oratoire, croissance (250 maisons, 130 000 jeunes, milliers de prêtres formés à sa mort), dévotions (Eucharistie, Marie-Auxiliatrice, Pape), songes missionnaires, dernières paroles et glorification.

    4 6 15 22 24 30 36 38 40 45 55 56 57 59 61 62 64
  5. Saint Jean Bosco, Mémoires de l'Oratoire de Saint-François-de-Sales de 1815 à 1855 (Memorie dell'Oratorio), rédigées vers 1873-1875, éd. salésienne : texte anglais sur archive.sdb.org. Récit autobiographique du rêve des neuf ans. Texte du personnage du songe : « Non con le percosse, ma con la mansuetudine e con la carità dovrai guadagnare questi tuoi amici » — traduction anglaise de la Catholic Encyclopedia : « Not with blows, but with charity and gentleness must you draw these friends to the path of virtue. »

    11 12
  6. Papal Artifacts, "June 5, 1841: The Ordination of Saint John Bosco" : papalartifacts.com. Date précise de l'ordination sacerdotale (5 juin 1841, veille de la Trinité) par l'archevêque Luigi Fransoni de Turin.

    19
  7. Salésiens de Don Bosco (SDB), "Da mihi animas, cetera tolle" : sdb.org. Sur la devise de Don Bosco tirée de Genèse 14, 21 (« Da mihi animas, cetera tolle »), inscrite à la porte de sa chambre, et son rôle central dans la spiritualité apostolique salésienne et missionnaire.

    20 48
  8. Bulletin salésien, "First missionary dream: Patagonia (1872)" : donbosco.press. Sur le songe missionnaire de 1872, son interprétation en 1874 (Patagonie), l'envoi des premiers missionnaires à Buenos Aires en 1875 et l'expansion conduite par le futur cardinal Giovanni Cagliero jusqu'au détroit de Magellan.

    47 49
  9. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 3, Le Jardin des Livres, Paris, 2003, p. 27-28. Dossier Grigio : apparition un soir de 1852, interventions contre les agresseurs (coups de pistolet, sicaires, bande embusquée, guet-apens éventé), longévité prodigieuse (« n'avait pas pris un poil blanc en trente-deux ans »), dernière apparition en 1883 ; réponse de Don Bosco sur l'étrange protecteur. Sources citées : A. Auffray, Un grand éducateur, saint Jean Bosco, Emmanuel Vitte, Paris, 1937, et Anne Bernet.

    50 51 52
  10. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 106. Décembre 1887 à Valdocco : visiteurs sud-américains, jeune journaliste chilien atteint d'arthrite déformante de la main et du bras droits, main prise par Don Bosco, prière et parole de guérison avec douleur résiduelle en mémoire de la grâce.

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