Joseph Cafasso (en italien Giuseppe Cafasso, 1811-1860) est un prêtre piémontais, professeur de théologie morale et directeur spirituel de plusieurs saints du Turin du XIXᵉ siècle, au premier rang desquels saint Jean Bosco. Recteur pendant plus d'une décennie du Convitto ecclesiastico San Francesco d'Assisi, il y forme plusieurs générations de prêtres diocésains à une pastorale de la miséricorde, entre le rigorisme janséniste alors dominant et le laxisme qu'il refuse également.[1][2]
Il est resté dans la mémoire populaire de Turin sous le surnom d'« il prete della forca » — le prêtre de la potence — pour avoir accompagné, durant plus de vingt ans, des dizaines de condamnés à mort jusqu'à l'échafaud, les appelant affectueusement ses « santi impiccati », ses « saints pendus ».[3][4] Confesseur recherché de toutes les classes sociales, du peuple des faubourgs à la noblesse turinoise, il consacre l'essentiel de sa vie sacerdotale à un unique confessionnal et à une unique institution, sans jamais chercher les honneurs ni les charges publiques.[5]
Mort à 49 ans d'une pneumonie compliquée d'une hémorragie, il est béatifié en 1925 par Pie XI puis canonisé en 1947 par Pie XII, qui le proclame l'année suivante patron des prisons et des prisonniers d'Italie. Benoît XVI lui consacre une catéchèse entière en 2010, le présentant comme un modèle de formation sacerdotale et de charité pastorale enracinée dans l'accomplissement de la volonté de Dieu.[6][7]
Une enfance paysanne dans le Piémont du XIXᵉ siècle
Castelnuovo d'Asti, 1811 : naissance dans une famille de cultivateurs
Joseph Cafasso naît le 15 janvier 1811 à Castelnuovo d'Asti, petit bourg des collines du Montferrat piémontais rebaptisé Castelnuovo Don Bosco au XXᵉ siècle en l'honneur du plus célèbre enfant du pays.[8][9] Il est le troisième d'une fratrie de quatre enfants nés de Giovanni Cafasso, originaire de Pino d'Asti, et de Benedetta Rossetti, de Castelnuovo — des cultivateurs modestes mais propriétaires de leur terre, dans une famille que les biographes décrivent unanimement comme « contadina, modesta e profondamente religiosa », paysanne, modeste et profondément religieuse.[10][11]
Sa sœur cadette Marianna Cafasso épousera plus tard Giacomo Allamano et deviendra la mère du saint Giuseppe Allamano (1851-1926), fondateur des Missionnaires de la Consolata — de sorte que Joseph Cafasso est l'oncle d'un autre saint turinois, preuve de la fécondité spirituelle de cette famille piémontaise.[12][13] L'enfant naît quatre ans avant Jean Bosco, dans une région qui verra éclore, en l'espace d'une génération, l'une des plus denses constellations de saints sociaux de l'histoire de l'Église : Cafasso, Bosco, Maria Domenica Mazzarello, Giulia di Barolo, Giuseppe Cottolengo.
De constitution frêle et de petite taille — les témoins le décrivent chétif, voire légèrement voûté par une malformation congénitale de la colonne vertébrale —, le jeune Joseph manifeste très tôt une intelligence vive et un attachement profond à la prière.[14] Après l'école publique de son village, il rejoint le collège civique de Chieri, où il suit des études secondaires puis deux années de philosophie, avant d'entrer au séminaire de Turin en 1830.[15]
Ordination sacerdotale et entrée au Convitto (1833)
Au terme de ses études théologiques, Joseph Cafasso est ordonné prêtre le 21 septembre 1833 en la cathédrale de Turin.[16][17] Quatre mois seulement après son ordination, sur les conseils de ses formateurs, il entre au Convitto ecclesiastico San Francesco d'Assisi, institution de perfectionnement pastoral pour jeunes prêtres récemment fondée par le théologien turinois Luigi Guala (1775-1848).[18][19] Cette entrée au Convitto scelle le reste de sa vie : Cafasso n'en sortira plus jusqu'à sa mort, vingt-sept ans plus tard, y devenant tour à tour élève, enseignant, puis recteur.
Le Convitto ecclesiastico : une école de sainteté sacerdotale
Luigi Guala et la naissance de l'institution
Le Convitto ecclesiastico de San Francesco d'Assisi avait été fondé au début du XIXᵉ siècle par le chanoine Luigi Guala, dans un contexte où le clergé piémontais, désorganisé par la période napoléonienne et la suppression des séminaires traditionnels, avait un besoin urgent de formation pastorale pratique après l'ordination.[20][21] L'institution ne remplaçait pas le grand séminaire diocésain : elle offrait aux jeunes prêtres déjà ordonnés un complément de formation morale et pastorale, sous forme de conférences quotidiennes de théologie morale et d'un accompagnement spirituel resserré.
Saint Jean Bosco résumait ainsi l'esprit de cette institution que Cafasso allait porter à son sommet — une formule que Benoît XVI reprend dans sa catéchèse du 30 juin 2010 :
« Au Convitto, on apprenait à être prêtre. » — Saint Jean Bosco, mot cité par Benoît XVI dans son audience générale du 30 juin 2010, consacrée à saint Joseph Cafasso[22][23]
De l'élève au recteur : une ascension discrète (1834-1848)
Cafasso gravit les échelons de l'institution sans jamais rechercher la promotion pour elle-même. Dès 1836, remarqué pour la solidité de son enseignement, il devient lecteur puis professeur de théologie morale au Convitto.[24][25] En 1837, il seconde directement le fondateur Luigi Guala comme assistant-recteur ; à la mort de celui-ci, en 1848, il lui succède pleinement comme recteur, charge qu'il exercera jusqu'à sa propre mort en 1860.[26][27] Douze années durant, il dirige ainsi l'institution qui forme l'essentiel du clergé diocésain turinois — un mandat presque entièrement absorbé par l'enseignement, le confessionnal et le ministère des prisons, sans qu'aucune ambition personnelle ne vienne jamais le distraire de cette triple tâche.
Une théologie morale bienveillante contre le rigorisme janséniste
Le contexte doctrinal dans lequel Cafasso enseigne est marqué, en Italie du Nord comme dans une large partie de l'Europe catholique, par la persistance d'un rigorisme moral d'inspiration janséniste : une pastorale de la confession qui multipliait les obstacles à l'absolution et à la communion, retenait les fidèles loin des sacrements par crainte scrupuleuse, et présentait Dieu davantage comme un juge sévère que comme un père miséricordieux.[28] Cafasso s'inscrit résolument dans le sillage de saint Alphonse de Liguori (1696-1787), dont le probabilisme modéré — ni laxiste ni rigoriste — venait précisément rompre les résistances jansénistes en Italie.[29][30]
« Le probabilisme modéré de saint Alphonse rompait facilement les résistances jansénistes ; saint Joseph Cafasso fut l'un des plus valides propagateurs de son œuvre en Italie. » — Synthèse de la tradition théologique turinoise sur la filiation Liguori-Cafasso, d'après le Dizionario Biografico degli Italiani[31]
Cafasso ne se contente pas d'enseigner cette doctrine : il l'annote et la diffuse concrètement en publiant des observations et des compléments à la Theologia moralis du théologien Giovanni Battista Alasia, alors utilisée dans les séminaires piémontais, et en s'appuyant sur le Traité de la conscience (1840) d'Antonio Rosmini pour affiner sa pastorale du for interne.[32] Son enseignement, selon la synthèse qu'en donne l'historiographie italienne, « armonizzava le esigenze dei principî morali con la comprensione dei penitenti, evitando gli opposti scogli del rigorismo e del lassismo » — il harmonisait les exigences des principes moraux avec la compréhension des pénitents, évitant les deux écueils opposés du rigorisme et du laxisme.[33]
Ses cours de théologie morale, dispensés quotidiennement au Convitto pendant plus de vingt ans, seront édités près de deux siècles plus tard dans une édition nationale critique de ses œuvres : les deux volumes des Scritti di morale, publiés par Effatà Editrice sous la direction de Mario Rossino — le premier tome, I quaderni di morale (2009), rassemblant ses carnets de préparation ; le second, Lezioni di morale (2013), le texte développé de son enseignement.[34][35] Cette publication tardive, plus d'un siècle et demi après sa mort, témoigne de la valeur durable reconnue à son enseignement moral par la théologie catholique italienne contemporaine.
« Faire parfaitement la volonté de Dieu » : le cœur de sa spiritualité
Au-delà de la technique morale, c'est une spiritualité entière que Cafasso transmet à ses élèves — une spiritualité centrée sur l'union à la volonté de Dieu, jusque dans les détails les plus concrets de la vie sacerdotale. Benoît XVI cite longuement, dans sa catéchèse de 2010, cette formule qui résume toute la doctrine spirituelle du saint turinois :
« Toute la sainteté, la perfection et le profit d'une personne consistent à faire parfaitement la volonté de Dieu (…). Heureux sommes-nous si nous parvenons ainsi à verser notre cœur dans celui de Dieu, à unir tellement nos désirs, notre volonté à la sienne, pour ne former qu'un seul cœur et une seule volonté : vouloir ce que Dieu veut, le vouloir de la manière, au moment, dans les circonstances qu'Il veut, et vouloir tout cela pour cette seule raison que Dieu le veut ainsi. » — Saint Joseph Cafasso, cité par Benoît XVI, audience générale du 30 juin 2010[36][37]
Cette doctrine de l'union parfaite au vouloir divin, loin d'être une abstraction spéculative, structure concrètement sa pédagogie sacerdotale : un prêtre ne peut conduire les âmes à la sainteté que s'il vit lui-même dans cette conformité totale, sans réserve ni négociation, à ce que Dieu demande — jusque dans le choix du lieu, du moment et de la manière.
Le prêtre de la potence : ministère auprès des prisonniers
Les prisons senatoriales de Turin avant « Le Nuove »
Durant plus de vingt ans, en plus de sa charge au Convitto, Cafasso consacre une part considérable de son temps aux prisons de Turin, notamment aux Carceri Senatorie (prisons senatoriales), où étaient détenus les condamnés en instance de jugement ou d'exécution.[38][39] Il faut noter, par souci de précision historique, que le grand complexe pénitentiaire aujourd'hui connu sous le nom « Le Nuove », boulevard Corso Vittorio Emanuele II, n'a été construit qu'entre 1862 et 1870 et n'a ouvert ses portes qu'en 1870 — soit dix ans après la mort de Cafasso.[40] Le saint a donc exercé son ministère dans les prisons plus anciennes et moins salubres de la ville, avant la réforme pénitentiaire du royaume de Sardaigne puis de l'Italie unifiée.
Il s'y rendait régulièrement, y restant parfois jusque tard dans la nuit, voire des nuits entières, apportant aux détenus non seulement le réconfort spirituel de la confession, mais aussi de menus présents — tabac à priser, cigares — destinés à adoucir la dureté de leur condition et à établir un premier lien de confiance avec des hommes que la société avait déjà condamnés dans son regard.[41][42]
« Santi impiccati » : les saints pendus
C'est cependant son accompagnement des condamnés à mort qui vaut à Cafasso son surnom le plus célèbre. Benoît XVI retient le chiffre précis de 57 condamnés accompagnés jusqu'au patibule, après les avoir confessés et leur avoir administré l'Eucharistie[43] ; d'autres biographes avancent 60 ou 68 selon les sources et les périodes de comptage retenues — ou selon l'inclusion ou non de condamnations commuées in extremis.[44][45][46] Ce qui est certain, c'est que le nombre se compte par dizaines et que Cafasso fut de loin la figure la plus constante de ce ministère à Turin durant les décennies 1830-1860.
| Source | Nombre de condamnés accompagnés cité |
|---|---|
| Benoît XVI, catéchèse du 30 juin 2010 | 57 condamnés accompagnés au patibule |
| Wikipédia (EN), Joseph Cafasso | environ 60, en 22 ans |
| ACI Stampa, San Giuseppe Cafasso : in carcere l'incontro con Dio | 57 condamnés confessés et communiés au pied de l'échafaud |
| Famiglia Cristiana, San Giuseppe Cafasso, il prete della forca | mentionné sans chiffre unique, insistant sur l'ampleur du ministère |
Lecture du tableau : le magistère pontifical (Benoît XVI) fixe le chiffre de référence à 57 ; les biographies contemporaines convergent sur l'ampleur exceptionnelle du ministère de Cafasso auprès des condamnés à mort turinois — signe d'un ministère si constant qu'aucun décompte officiel contemporain n'en a fixé le nombre exact.
Cafasso appelait affectueusement ces suppliciés repentis ses « santi impiccati » — ses « saints pendus » —, les traitant avec une dignité que la société leur refusait, allant jusqu'à les appeler « gentilshommes » devant leurs geôliers.[47] Cette expression, restée célèbre dans l'hagiographie turinoise, traduit sa conviction théologique fondamentale : aucun criminel, si endurci soit-il, n'est hors de portée de la miséricorde divine, à l'image du bon larron crucifié aux côtés du Christ.
Cette conviction est confirmée par le témoignage magistériel le plus solennel qui existe sur ce point : le discours de Benoît XV, prononcé le 27 février 1921 dans l'Aula concistorale du Palais apostolique, à l'occasion de la lecture du décret de la Sacrée Congrégation des Rites proclamant l'héroïcité des vertus du Serviteur de Dieu Joseph Cafasso :
« Il prodigua des soins maternels [aux prisonniers], jusqu'à être prêt à se faire prisonnier avec eux. » — Pape Benoît XV, discours du 27 février 1921 sur les vertus héroïques du Serviteur de Dieu Giuseppe Cafasso, texte intégral sur vatican.va[48][49]
Le même discours rapporte la parole par laquelle Cafasso concluait ses propres exhortations, reprenant à son compte la formule de saint Paul — devenue, dans la tradition hagiographique turinoise, comme la devise résumant tout son ministère :
« Je me suis fait tout à tous, afin d'en sauver de toute manière quelques-uns. » — Saint Paul (1 Corinthiens 9, 22), cité par saint Joseph Cafasso selon le discours de Benoît XV du 27 février 1921[50][51]
Directeur spirituel de saint Jean Bosco
La rencontre décisive à Chieri
C'est au collège de Chieri, où le jeune Giovanni Bosco poursuit ses études secondaires en travaillant mille petits métiers pour les payer, que Cafasso — déjà prêtre et enseignant reconnu — croise pour la première fois la route de celui qui deviendra Don Bosco.[52] Cette rencontre s'avère décisive pour l'orientation de la vocation du jeune séminariste, que Cafasso encourage et soutient dans son cheminement vers le sacerdoce.
Sur les conseils de Cafasso, Don Bosco, une fois ordonné prêtre le 5 juin 1841, entre à son tour au Convitto ecclesiastico, où se resserre une direction spirituelle commencée à Chieri et qui durera au total vingt-cinq ans, jusqu'à la mort de Cafasso en 1860.[53][54] C'est précisément au Convitto, sous l'influence directe de Cafasso, que Don Bosco découvre l'ampleur de la misère des jeunes déracinés de Turin industrielle, et que germe l'intuition pastorale qui donnera naissance à l'Oratoire de Valdocco.
Vingt-cinq ans de direction spirituelle (1835-1860)
La direction spirituelle que Cafasso exerce sur Don Bosco s'étend, selon les sources, sur environ vingt-cinq années — depuis leur première rencontre à Chieri jusqu'à la mort de Cafasso en 1860.[55] Don Bosco le consulte pour chaque décision majeure de son ministère naissant : le choix de se consacrer aux jeunes plutôt qu'à une carrière ecclésiastique plus classique, l'installation de l'œuvre à Valdocco en 1846, l'orientation générale du Système préventif.
Fidèle à sa propre discrétion, Cafasso refusait cependant de façonner des disciples à son image : il encourageait chacun de ses dirigés à suivre l'appel spécifique que Dieu lui adressait, plutôt qu'à reproduire son propre style de ministère.[56] C'est ainsi que de la même école spirituelle sortent des vocations aussi différentes que celle de Don Bosco, éducateur et bâtisseur d'œuvres, et celle d'autres prêtres appelés à des charismes tout autres.
À la mort de Cafasso, en 1860, Don Bosco lui rend un hommage appuyé en publiant deux éloges funèbres successifs, témoignant de l'ampleur du rayonnement spirituel de son maître sur le clergé turinois de son temps.[57]
Une pépinière de prêtres saints
Au-delà de Don Bosco, Cafasso forme au Convitto une génération entière de prêtres appelés à une sainteté reconnue par l'Église, ou à un rayonnement pastoral considérable dans le Piémont du XIXᵉ siècle :
| Nom | Dates | Lien avec Cafasso |
|---|---|---|
| Saint Jean Bosco | 1815-1888 | Dirigé spirituellement 25 ans (1835-1860) ; fondateur des Salésiens |
| Bienheureux Francesco Faà di Bruno | 1825-1888 | Formé au Convitto ; mathématicien, prêtre et fondateur d'œuvres caritatives |
| Bienheureux Clemente Marchisio | 1833-1903 | Formé au Convitto ; fondateur des Filles de Saint-Joseph |
Cette pépinière de vocations saintes ou remarquables, issue d'une seule institution turinoise sur deux générations, illustre concrètement la formule de Benoît XVI selon laquelle « au Convitto, on apprenait à être prêtre ».
Confesseur de toutes les classes sociales et soutien des œuvres caritatives
Un confessionnal ouvert à tous, du peuple à la noblesse
Cafasso consacrait chaque jour plusieurs heures — jusqu'à trois heures quotidiennes, selon les témoignages recueillis lors du procès de canonisation — au ministère de la confession, accueillant sans distinction les grands noms de l'aristocratie turinoise et les plus humbles pénitents des faubourgs.[58] Parmi ses pénitents figuraient aussi bien des prêtres, comme Don Bosco lui-même, que des nobles, comme la marquise Giulia di Barolo (née Colbert de Maulévrier, 1786-1864), figure majeure de la charité piémontaise du XIXᵉ siècle.[59]
Le soutien aux œuvres de la marquise de Barolo
Cafasso entretient des liens étroits avec les œuvres sociales fondées par la marquise et le marquis de Barolo, notamment le Rifugio, maison d'accueil pour femmes en difficulté et anciennes détenues fondée dès 1823, et l'Ospedaletto di Santa Filomena, institution pour jeunes filles handicapées dont Cafasso est nommé aumônier à l'automne 1844.[60] Le marquis et la marquise de Barolo participent d'ailleurs, aux côtés de Cafasso lui-même, à la Confrérie de la Miséricorde, dédiée à l'assistance des prisonniers — signe que le réseau des « saints sociaux » turinois ne fonctionnait pas en initiatives isolées, mais en un maillage cohérent de charités complémentaires : Cafasso pour les prisonniers et les condamnés, les Barolo pour les femmes en danger, puis Don Bosco pour les jeunes garçons abandonnés.[61]
Une sainteté discrète : humilité et refus des honneurs
Toute sa vie, Cafasso manifeste un attachement constant à l'humilité et à l'effacement de soi. Une anecdote restée dans la mémoire hagiographique turinoise rapporte qu'on lui proposa un jour de se présenter comme candidat à la Chambre des députés du royaume de Sardaigne, perspective qu'il refusa catégoriquement, répondant en substance que le jour du Jugement, le Seigneur lui demanderait s'il avait été un bon prêtre, et non s'il avait occupé une charge politique.[62]
Physiquement, les témoins le décrivaient comme un homme de petite taille, très maigre, à la voix faible — un contraste frappant avec l'ampleur de l'énergie apostolique qu'il déployait quotidiennement entre l'enseignement, le confessionnal et les visites nocturnes aux prisons.[63] Cette faiblesse physique apparente, loin de freiner son ministère, semble au contraire avoir nourri chez lui une conscience aiguë de la gratuité de la grâce à l'œuvre dans son action.
Mort et sépulture (23 juin 1860)
Épuisé par plus de deux décennies d'un ministère sans relâche partagé entre l'enseignement, le confessionnal et les prisons, Joseph Cafasso meurt à Turin le 23 juin 1860, à l'âge de 49 ans, des suites d'une pneumonie compliquée d'une hémorragie stomacale, sur fond de fragilité congénitale.[64] Sa mort, survenue en pleine période du Risorgimento italien — un an à peine avant la proclamation du royaume d'Italie —, marque la fin d'une génération de prêtres turinois qui avaient traversé les bouleversements politiques du siècle sans jamais quitter leur poste pastoral.
Ses restes, d'abord inhumés à Turin, sont ensuite transférés dans la crypte du sanctuaire de la Consolata, où ils reposent encore aujourd'hui.[65][66] Ce lieu de sépulture, l'un des sanctuaires marials les plus vénérés de Turin, demeure aujourd'hui un but de pèlerinage pour les fidèles qui invoquent son intercession, notamment en faveur des prisonniers et des familles de détenus.
Béatification et canonisation
Le procès de canonisation de Joseph Cafasso suit un cheminement long, marqué par plusieurs étapes officielles bien documentées par les archives du Saint-Siège :
- 1895Première biographie officielle
Publication par G. Colombero d'une première biographie qui pose les bases documentaires du futur procès de canonisation.[67]
- 1906Introduction officielle de la cause
- 27 février 1921Décret sur l'héroïcité des vertus
Le pape Benoît XV proclame en consistoire l'héroïcité des vertus du Serviteur de Dieu, dans un discours qui souligne particulièrement sa charité envers les prisonniers.[70]
- 3 mai 1925Béatification
Le pape Pie XI, après reconnaissance de deux miracles, proclame Joseph Cafasso bienheureux.[71][72]
- 22 juin 1947Canonisation
Le pape Pie XII canonise Joseph Cafasso en la basilique Saint-Pierre de Rome, après confirmation de deux miracles supplémentaires.[73][74]
- 9 avril 1948Patron des prisons italiennes
Le pape Pie XII déclare saint Joseph Cafasso patron de toutes les prisons et de tous les prisonniers d'Italie.[75]
- 30 juin 2010Catéchèse de Benoît XVI
Le pape Benoît XVI lui consacre une audience générale entière, le présentant en modèle pour la formation sacerdotale contemporaine.[76]
Benoît XVI : un modèle pour la formation sacerdotale d'aujourd'hui
Dans sa catéchèse du 30 juin 2010, consacrée entièrement à Cafasso dans le cadre de son cycle sur les grandes figures sacerdotales, Benoît XVI ne se contente pas de retracer la biographie du saint : il en tire un enseignement explicite pour la formation des prêtres de son temps, insistant sur l'importance d'un accompagnement spirituel exigeant mais bienveillant, à mille lieues tant du laxisme pastoral que du rigorisme désincarné.[77] Cette relecture magistérielle, près de cent cinquante ans après la mort du saint, confirme la pertinence durable de sa méthode pastorale pour l'Église contemporaine.
Postérité et actualité du ministère de Cafasso
Le patronage des prisons et des prisonniers, confié à Cafasso par Pie XII en 1948, demeure aujourd'hui une référence explicite pour l'aumônerie catholique des prisons italiennes, qui continue de se réclamer de sa méthode : la dignité inconditionnelle reconnue à chaque détenu, quelle que soit la gravité de sa faute, et la conviction que nul n'est hors de portée de la miséricorde de Dieu.[78]
L'édition critique de ses cours de théologie morale, achevée en 2013 avec la publication du second tome des Scritti di morale, permet aujourd'hui aux historiens et aux théologiens d'étudier directement, dans leur texte original, l'enseignement pastoral qui a formé Don Bosco et toute une génération de prêtres piémontais — un enseignement dont l'équilibre entre exigence morale et miséricorde concrète continue d'inspirer la théologie morale catholique contemporaine.[79][80]
Pour aller plus loin
- Saint Jean Bosco (1815-1888) — son dirigé spirituel le plus célèbre, formé au Convitto ecclesiastico sous sa direction pendant vingt-cinq ans.
- Saint Dominique Savio (1842-1857) — le jeune élève de Don Bosco à Valdocco, dans la lignée spirituelle du Convitto de Cafasso.
- Saint Alphonse de Liguori (1696-1787) — le docteur de la théologie morale dont Cafasso diffusa l'enseignement bienveillant contre le rigorisme janséniste.
- Saint François de Sales (1567-1622) — source des traditions spirituelles françaises de douceur pastorale qui influencèrent l'enseignement du Convitto.
- Pie XI (1857-1939) — le pape qui béatifia Joseph Cafasso en 1925.
Notes et références
Pape Benoît XVI, audience générale du 30 juin 2010, « San Giuseppe Cafasso », texte intégral en italien sur vatican.va. Source magistérielle de référence pour les dates (naissance 15 janvier 1811, ordination 1833, mort 23 juin 1860 à 49 ans, direction spirituelle de Don Bosco sur 25 ans), les citations de Cafasso sur la volonté de Dieu et le Convitto ecclesiastico, et la relecture pastorale contemporaine de son enseignement.
1 6 17 18 20 22 27 36 43 53 55 56 76 77Dizionario Biografico degli Italiani, Istituto della Enciclopedia Italiana (Treccani), notice « Giuseppe Cafasso, santo » : treccani.it. Source académique de référence pour la biographie détaillée (famille, formation, carrière au Convitto de 1834 à 1848 puis rectorat jusqu'en 1860, théologie morale d'inspiration alphonsienne, chronologie du procès de canonisation depuis 1895, mort le 23 juin 1860, transfert de la dépouille à la Consolata).
2 8 11 13 15 16 21 25 26 30 31 32 33 57 58 65 67 69Wikipedia (EN), « Joseph Cafasso » : en.wikipedia.org. Article encyclopédique détaillé utilisé pour recouper les données biographiques (famille, sœur Marianna mère de saint Giuseppe Allamano (canonisé le 20 octobre 2024 par le pape François), rencontre avec Don Bosco, ministère carcéral, béatification 1925, canonisation 1947, patronage des prisons italiennes 1948).
3 12 14 24 38 41 44 47 52 54 64 66 68 72 74 75 78Famiglia Cristiana, « San Giuseppe Cafasso, il prete della forca » : famigliacristiana.it. Article de vulgarisation catholique italienne recoupé pour les anecdotes sur le ministère carcéral (dons de tabac, nuits passées en prison, formation des bienheureux Faà di Bruno et Marchisio au Convitto).
4 42 45ACI Stampa, « San Giuseppe Cafasso: in carcere l'incontro con Dio » : acistampa.com. Source pour le chiffre de 57 condamnés accompagnés, le refus d'un mandat à la Chambre des députés, et la description physique du saint.
5 9 28 29 39 46 62 63Dicastero delle Cause dei Santi, fiche officielle « Giuseppe Cafasso (1811-1860) » : causesanti.va. Dates officielles de béatification (3 mai 1925, Pie XI) et de canonisation (22 juin 1947, Pie XII, basilique Saint-Pierre).
7 19 71 73Vatican News (IT), « San Giuseppe Cafasso, sacerdote torinese » : vaticannews.va. Notice du saint du jour recoupée pour le contexte familial et le lien avec Don Bosco.
10Formule originale italienne de saint Jean Bosco reprise par Benoît XVI : « Al Convitto si imparava ad essere preti » (audience générale du 30 juin 2010, texte intégral sur vatican.va).
23Giuseppe Cafasso, Scritti di morale, Tomo 1 : I quaderni di morale, éd. Mario Rossino, Edizione Nazionale delle Opere di San Giuseppe Cafasso, Effatà Editrice, Cantalupa, 2009, 574 p., ISBN 978-88-7402-517-6.
34 79Giuseppe Cafasso, Scritti di morale, Tomo 2 : Lezioni di morale, éd. Mario Rossino, Edizione Nazionale delle Opere di San Giuseppe Cafasso, Effatà Editrice, Cantalupa, 2013, 1038 p., ISBN 978-88-7402-882-5.
35 80Texte original italien de la parole de Cafasso citée par Benoît XVI : « Tutta la santità, la perfezione e il profitto di una persona sta nel fare perfettamente la volontà di Dio (…). Felici noi se giungessimo a versare così il nostro cuore dentro quello di Dio, unire talmente i nostri desideri, la nostra volontà alla sua da formare ed un cuore ed una volontà sola: volere quello che Dio vuole, volerlo in quel modo, in quel tempo, in quelle circostanze che vuole Lui e volere tutto ciò non per altro se non perché così vuole Iddio. »
37MuseoTorino, « Carceri giudiziarie dette Le Nuove » : museotorino.it. Source pour la datation exacte de la construction (décret royal du 27 juin 1857, chantier 1862-1870, ouverture en 1870) du complexe pénitentiaire « Le Nuove », postérieur de dix ans à la mort de Cafasso.
40Pape Benoît XV, discours du 27 février 1921 à l'issue de la lecture du décret de la Sacrée Congrégation des Rites sur les « vertus exercées en degré héroïque » du Serviteur de Dieu Giuseppe Cafasso, Aula concistorale du Palais apostolique, texte intégral en italien sur vatican.va. Source des citations sur la charité de Cafasso envers les prisonniers et de la formule paulinienne (1 Corinthiens 9, 22) qui lui est appliquée.
48 50 70Originaux italien et latin des deux passages du discours de Benoît XV du 27 février 1921 : « prodigò cure materne fino ad essere pronto a farsi prigioniero con essi » ; « mi sono fatto tutto a tutti » (« omnibus omnia factus ut omnes facerem salvos », 1 Corinthiens 9, 22).
49 51AgenSIR, « Giulia di Barolo: vita e opere di un'amica e ispiratrice di Don Bosco » : agensir.it. Source pour les liens entre Cafasso et les œuvres de la marquise Giulia di Barolo (Rifugio, Ospedaletto di Santa Filomena, Confrérie de la Miséricorde).
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