Vouloir ce que Dieu veut fait notre plus grand bonheur

Pourquoi conformer notre volonté à celle de Dieu, qui s'accomplit toujours, est selon saint Alphonse de Liguori, sainte Catherine de Sienne et toute la tradition catholique la clé du plus grand bonheur dès cette terre.

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Vouloir ce que Dieu veut fait notre plus grand bonheur est une thèse classique de la spiritualité catholique : si Dieu permet ou veut tout ce qui m'arrive, et si mon bonheur consiste à voir ma volonté s'accomplir, alors conformer ma volonté à la sienne est l'unique moyen d'être heureux dès cette terre, sans dépendre des circonstances.

Cette doctrine n'est pas un stoïcisme déguisé. Elle suppose que Dieu est un Père, que sa volonté est ordonnée à notre bien, et qu'il tire d'événements même douloureux des "plus grands biens"[1]. Elle est aussi vieille que la prière de Jésus à Gethsémani — « non pas ma volonté, mais la tienne ! »[2] — et reprise mot pour mot dans la troisième demande du Notre Père[3].

Saint Augustin la résume dès l'ouverture des Confessions : « Notre cœur est sans repos jusqu'à ce qu'il repose en toi »[4]. Saint Thomas d'Aquin la démontre rationnellement : seul Dieu peut combler la béatitude de l'homme, parce qu'aucun bien créé ne suffit à un désir infini[5]. Et saint Alphonse de Liguori la met en méditation pratique dans la 36ᵉ considération de la Préparation à la mort (1758) : « Notre vie est dans sa volonté »[6].

Cet article expose le raisonnement complet — un véritable syllogisme spirituel — puis traverse les objections classiques (la souffrance "objective", la douleur physique), recueille les voix des saints et mystiques qui ont vécu cette doctrine (Catherine de Sienne, Marie Madeleine de Pazzi, le mendiant de Tauler, le moine miraculé du Dialogus miraculorum, Luisa Piccarreta) et termine par la question pratique : comment vouloir ce que Dieu veut, concrètement.

Le syllogisme du bonheur en Dieu

Schéma explicatif — illustration originale IA générée avec GPT-image 2 via l'outil intégré Codex/ChatGPT, sans API OpenAI Platform.

La thèse se déploie en un raisonnement court mais rigoureux, en trois propositions enchaînées.

Énoncé du raisonnement

Prémisse 1 — La volonté de Dieu s'accomplit tout le temps.

Prémisse 2 — Or, le seul et le plus grand bonheur que nous puissions avoir est que notre volonté s'accomplisse.

Conclusion — Donc, si nous voulons ce que Dieu veut, notre volonté s'accomplit tout le temps, pour notre plus grand bonheur.

Le raisonnement est un modus barbara spirituel. Si les deux prémisses tiennent, la conclusion en découle nécessairement. L'enjeu de tout l'article est donc de vérifier la solidité des deux prémisses, puis d'écouter ceux qui ont vécu la conclusion.

La première prémisse : la volonté de Dieu s'accomplit toujours

Cette prémisse est traitée pour elle-même dans un dossier complémentaire — La volonté de Dieu s'accomplit tout le temps : quel est le sens de la souffrance ?. On en rappelle ici la conclusion : la foi catholique tient simultanément trois affirmations que beaucoup d'esprits modernes croient incompatibles.

D'abord, rien n'arrive sans que Dieu ne le veuille ou ne le permette. Saint Paul le formule comme un défi à toute volonté qui prétendrait lui résister : « Qui peut résister à sa volonté ? »[7]. Job, après avoir tout perdu, ne dit pas « Le Seigneur me les a donnés et les Sabéens me les ont enlevés », mais « Le Seigneur me les a donnés, le Seigneur me les a ôtés »[8], remontant l'événement second à sa cause première.

Ensuite, Dieu ne veut jamais le mal moral (le péché), mais peut le permettre parce qu'il sait en tirer un bien supérieur. « Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu », dit saint Paul[9], et le livre de Judith précise : « Croyons que ces châtiments nous viennent pour notre amendement et non pour notre perte »[10].

Enfin, la volonté de Dieu est ordonnée à notre sanctification et à notre béatitude éternelle. « Ce que Dieu veut, c'est votre sanctification », écrit saint Paul aux Thessaloniciens[11]. Dieu veut que nous soyons saints, parce qu'il veut que nous soyons heureux — d'abord ici-bas dans la paix intérieure, puis pour l'éternité dans la vision béatifique[12].

La première prémisse une fois admise, tout se joue sur la seconde.

Le bonheur dépend de la volonté, non des circonstances

La seconde prémisse est plus contre-intuitive. On croit spontanément que le bonheur dépend des circonstances extérieures : si j'ai la santé, l'argent, les proches, le succès, je suis heureux ; sinon, je suis malheureux. La doctrine catholique soutient au contraire que le bonheur dépend de la conformité entre la volonté et la réalité, et donc, lorsque la réalité ne peut être changée, du réglage de la volonté.

Tableau de décision — illustration originale IA générée avec GPT-image 2 via l'outil intégré Codex/ChatGPT, sans API OpenAI Platform.

Trois exemples du quotidien suffisent à le rendre évident.

Trois exemples du quotidien : la crêpe, le ski, le métier

Imaginons trois personnes confrontées à trois situations objectivement neutres.

La personne A s'attable au restaurant et veut une crêpe au miel. Le serveur annonce qu'il n'en reste plus. Elle est déçue. La cause de la déception ? Le fait qu'elle voulait une crêpe au miel.

La personne B se rend à la montagne pour skier. Il n'y a pas de neige. Elle est contrariée. La cause de la contrariété ? Le fait qu'elle voulait faire du ski.

La personne C aime son métier au point d'y consacrer tous ses jours. Une chute à vélo la cloue à la maison pendant six mois. Elle est triste, même si la sécurité sociale prend le relais. La cause de la tristesse ? Le fait qu'elle voulait travailler.

Trois éléments extérieurs objectifs — plus de miel, pas de neige, un accident de vélo. Trois souffrances. Dans les trois cas, la cause de la souffrance n'est pas l'événement, mais la volonté heurtée.

Les mêmes situations, une autre volonté : la souffrance disparaît

La preuve par variation est imparable. Imaginons les mêmes situations avec une volonté différente.

La personne A bis ne voulait pas de crêpe au miel mais une crêpe au sucre. Le serveur lui annonce qu'il n'y a plus de miel ? Aucune importance.

La personne B bis ne voulait pas skier mais randonner. Pas de neige ? Tant mieux pour la randonnée.

La personne C bis est chocolatière épuisée et rêvait depuis des mois d'un congé prolongé. Une jambe cassée et six mois indemnisés ? Elle prend cela comme une aubaine.

Trois mêmes situations extérieures, trois volontés différentes, trois absences de souffrance. La conclusion est inévitable : ce qui fait souffrir, ce n'est pas l'événement, c'est la non-conformité entre ma volonté et la réalité.

Un sage formulait la même intuition d'une autre manière : « Le bonheur n'est pas de faire un travail qu'on aime, mais d'aimer son travail. » On peut décliner ce principe à l'infini — « Le bonheur n'est pas de vivre dans la maison qu'on aime, mais d'aimer la maison où l'on vit. » Toute la vie spirituelle catholique en tire une conséquence radicale : si je ne peux pas toujours changer la réalité, je peux toujours régler ma volonté.

La volonté propre, racine catholique de toute souffrance

La théologie catholique a un nom pour la volonté qui tire dans son sens propre, indépendamment de Dieu : la volonté propre[13]. C'est de la volonté propre que viennent toutes nos souffrances, parce que dès qu'elle est contrariée — et elle l'est sans cesse, puisque le réel ne lui obéit pas — elle produit de la peine.

Saint Bernard, dans le De praecepto et dispensatione (ch. 14), pose le principe — Dieu ne hait et ne punit rien que la volonté propre — d'où la formule devenue classique : que la volonté propre cesse, et il n'y aura plus d'enfer. L'Imitation de Jésus-Christ reprend la même idée : « Si tu te dépouilles de ta volonté propre, tu trouveras facilement Dieu et tu seras toujours en paix »[14].

Cette analyse n'est pas un appel à supprimer le vouloir — l'homme sans volonté n'est plus un homme — mais à changer son objet. Tant que ma volonté vise un autre objet que Dieu (le miel, la neige, le travail, le succès, la santé même comme bien dernier), elle peut être contrariée. Dès qu'elle vise Dieu lui-même et tout le reste en lui et selon lui, elle ne peut plus être contrariée, puisque la volonté de Dieu, elle, s'accomplit toujours.

Le langage de Jésus à Luisa Piccarreta sur la volonté propre

Luisa Piccarreta (1865-1947), mystique italienne liée à la spiritualité de la Divine Volonté. Source : Wikimedia Commons.

La mystique italienne Luisa Piccarreta (1865-1947), au début du XXᵉ siècle, a reçu sur la volonté propre des paroles d'une violence inhabituelle. Dans son Livre du Ciel — trente-six tomes d'écrits dictés sous obéissance à ses confesseurs successifs — Jésus revient sans cesse sur ce point.

« Ma fille, combien de maux viennent à l'âme — qui vit à l'ombre de sa volonté propre ! » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 15, 21 juin 1923[15]

« Tout cela est causé par la volonté propre qui, comme l'air déficient, produit chaos, irrégularité, faiblesse, en somme le déclin de tout ce qui est bon dans l'âme. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 16, 20 novembre 1923[16]

« Et c'est tout le contraire pour celui qui vit de sa volonté propre — qui est la clé de l'enfer, des misères et de l'inconstance. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 18, 11 février 1926[17]

Le diagnostic est radical : la volonté propre n'est pas seulement une cause de petites contrariétés quotidiennes ; elle est la clé qui ouvre l'enfer, la racine ultime des "misères" et de l'"inconstance" — c'est-à-dire de cette instabilité qui fait passer le pécheur du rire aux larmes, comme la lune passe de la croissance à la décroissance. Saint Alphonse, à plus d'un siècle de distance, fera exactement la même comparaison. Ces paroles visent la première étape — quitter la volonté propre pour se conformer à celle de Dieu. Le don de vivre dans la Divine Volonté, qui est autre chose et infiniment plus, est exposé plus bas (voir Renoncer à la volonté propre, pas à la volonté).

Deux objections : la souffrance « objective » et la douleur physique

L'analyse précédente provoque immédiatement deux objections fortes. Elles méritent qu'on s'y arrête, parce qu'elles sont presque toujours soulevées par celui qui entend la thèse pour la première fois.

L'objection des grandes souffrances

« Tout cela fonctionne pour les contrariétés du quotidien — une crêpe, une journée de ski, un mois d'arrêt maladie. Mais il y a des "grandes souffrances objectives" devant lesquelles cette analyse semble obscène. Si la femme ou le mari d'une personne meurt subitement, c'est une souffrance, point. La volonté n'y change rien. »

Cette objection doit être traitée avec la plus grande prudence, parce qu'aucun catholique sérieux ne dit qu'il faut détester son conjoint ni se réjouir d'un deuil. Le but n'est pas de minimiser la douleur, mais de mettre au jour sa structure.

Considérons un cas-limite, à seule fin d'analyse. Imaginons une femme qui détesterait réellement son mari et qui voudrait le voir disparaître, par exemple parce qu'il est extrêmement violent et qu'elle ne peut pas s'en libérer autrement. Pour elle, perdre son mari ne serait pas une "grande souffrance objective" — au contraire, elle vivrait l'événement comme un soulagement, voire comme une joie. Or l'événement extérieur est identique à celui qui ferait souffrir une autre femme. Ce qui change, c'est la volonté.

Illustration Ignispedia : Synthèse du cours. Image complémentaire issue de Wikimedia Commons.

L'expérience peut être étendue à toutes les situations imaginables : si l'on garde l'événement constant et qu'on fait varier la volonté de celui qui le reçoit, la souffrance suit la volonté, pas l'événement. Un événement n'est jamais une souffrance objective en soi ; il devient souffrance selon la conformité ou la non-conformité avec la volonté de la personne qui le reçoit.

Cette analyse ne dit pas : « il faut vouloir ces grandes souffrances ». Elle dit : « même dans la grande souffrance, c'est encore la volonté contrariée qui souffre — et la grâce peut, sans supprimer la douleur, conformer suffisamment la volonté pour que la paix de Dieu, qui surpasse tout sentiment, demeure au fond de l'âme ». C'est exactement ce que saint Alphonse exprime quand il dit que, dans l'épreuve, « la partie inférieure de l'âme sent les coups de l'adversité, mais la partie supérieure goûte une paix inaltérable »[18].

L'objection de la douleur physique

« Et la douleur physique ? Une migraine, une rage de dents, une fracture. La douleur est là, la volonté ne l'enlève pas. Comment soutenir que le bonheur dépend de la volonté quand le corps souffre ? »

La réponse, là encore, ne nie pas la douleur. Elle distingue douleur et malheur.

La douleur physique peut être réelle, vive, prolongée. Mais elle n'est pas synonyme de malheur dès lors que la volonté l'accepte en vue d'un plus grand bien. Un exemple banal : une personne qui emménage dans une maison peut passer une journée à porter des meubles, finir avec mal au dos, aux bras, aux jambes — et pourtant être profondément heureuse, parce que la douleur est acceptée en vue d'un bien qu'elle veut (l'emménagement). La même douleur, infligée contre sa volonté, ferait un malheur ; acceptée dans le cadre d'un projet voulu, elle n'empêche pas le bonheur.

Saint Paul fait la même distinction quand il parle des Apôtres qui sortent du Sanhédrin « pleins de joie de ce qu'ils avaient été jugés dignes de souffrir des outrages pour le nom de Jésus »[19]. La douleur des coups est réelle ; la joie aussi, parce que la volonté veut ce que Dieu veut pour eux. Le martyr ne souffre pas moins physiquement ; il souffre dans une volonté conformée. La douleur n'est pas la même chose que le malheur : la première est sensorielle, le second est volontaire.

Le verdict des trois exemples ramassés

Au terme de l'examen des deux objections, la seconde prémisse tient. Le seul et le plus grand bonheur que nous puissions avoir est que notre volonté s'accomplisse. Aussi dur cela soit-il à entendre dans une culture qui mesure le bonheur aux circonstances extérieures, tout notre bonheur dépend de l'accomplissement ou non de notre volonté — et donc, dans la mesure où nous pouvons régler la volonté plus aisément que la réalité, du réglage de cette volonté.

Vouloir ce que Dieu veut, le bonheur dès cette terre

Les deux prémisses tenues, la conclusion suit : si nous voulons ce que Dieu veut, notre volonté s'accomplit tout le temps, pour notre plus grand bonheur. C'est exactement la raison pour laquelle, dans toute la tradition catholique, les saints ont été les hommes et les femmes les plus heureux, alors même qu'ils ont parfois traversé les plus grandes épreuves.

Saint Alphonse de Liguori, docteur de l'Église et auteur de la 36ᵉ considération sur l'union de notre volonté à celle de Dieu. Source : Wikimedia Commons.

Saint Alphonse de Liguori (1696-1787), évêque, docteur de l'Église et fondateur des Rédemptoristes, a synthétisé cette doctrine dans la 36ᵉ considération de sa Préparation à la mort, qui s'intitule précisément Union de notre volonté à la volonté de Dieu[20]. Cette considération est l'un des classiques majeurs de la spiritualité catholique sur ce thème ; elle agrège plus d'une dizaine de citations bibliques, plusieurs Pères, plusieurs mystiques. On en suit ici le fil.

La paix « qui surpasse tout sentiment » selon saint Alphonse de Liguori

Saint Alphonse part du « Quoi qu'il arrive, rien ne contristera le juste » des Proverbes[21] et en tire une affirmation radicale.

« Celui qui se tient uni à la volonté de Dieu jouit, même ici-bas, d'une paix continuelle. […] Notre âme ne peut goûter une plus douce satisfaction que de voir ses désirs se réaliser. Or, si elle veut uniquement ce que Dieu veut, elle a tout ce qu'elle désire, puisque rien n'arrive que par la volonté de Dieu. » — Saint Alphonse de Liguori, Préparation à la mort, 36ᵉ considération, troisième point[22]

Le bonheur du juste n'est pas la suppression des épreuves, mais l'union de la volonté à la cause première qui les permet. Saint Alphonse en donne la formulation la plus radicale dans la même considération :

« Vienne le froid, le chaud, la pluie, le vent, celui qui se tient uni à la volonté de Dieu dit : Je veux tout cela, parce qu'ainsi Dieu le veut. Vienne un revers de fortune, la persécution, une maladie, même la mort : Je veux, dit-il, ce malheur, cette disgrâce, je veux être malade et même mourir, parce qu'ainsi Dieu le veut. » — Saint Alphonse de Liguori, Préparation à la mort, 36ᵉ considération, troisième point[23]

L'image qui suit, dans la 36ᵉ considération, est l'une des plus saisissantes du livre :

« Celui qui s'abandonne à la volonté divine et trouve bon tout ce que fait le Seigneur, est comme un homme élevé au-dessus des nuages et qui voit les tempêtes se déchaîner à ses pieds, sans être atteint ni troublé. C'est là cette paix dont parle l'Apôtre, "laquelle surpasse tout sentiment et toutes les délices du monde" (Philippiens 4, 7). » — Saint Alphonse de Liguori, Préparation à la mort, 36ᵉ considération, troisième point[24]

La paix qui surpasse tout sentiment est exactement la promesse que saint Paul fait aux Philippiens (« et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus »[25]). Saint Alphonse y voit la conséquence pratique de l'union des deux volontés.

Le juste comme le soleil, le pécheur comme la lune

L'analyse continue par une comparaison empruntée à l'Ecclésiastique[26].

« "L'homme saint demeure dans la sagesse, comme le soleil, dit l'Ecclésiastique, l'insensé est changeant comme la lune." Cet insensé, c'est le pécheur ; il change comme la lune ; et de même que celle-ci croît aujourd'hui et décroît demain, ainsi on voit d'un jour à l'autre le pécheur qui passe du rire aux larmes ; aujourd'hui d'humeur aimable et prévenante, demain il sera triste et furieux. […] Par contre, le juste ressemble au soleil : quelque chose lui arrive, on le trouve toujours égal à lui-même, toujours calme et tranquille, parce que la paix dont il jouit consiste dans sa conformité à la volonté de Dieu. » — Saint Alphonse de Liguori, Préparation à la mort, 36ᵉ considération, troisième point[27]

C'est l'inconstance du pécheur que Jésus reprochait déjà à Luisa Piccarreta dans le passage de 1926 cité plus haut. Saint Alphonse en donne la cause psychologique précise : le pécheur change parce qu'il dépend des événements, dont l'humeur suit la conformité avec sa volonté propre ; le juste demeure parce qu'il ne dépend que de Dieu, dont la volonté demeure.

L'objection naturelle — « mais Dieu lui-même ne dit-il pas que celui qui veut un bien ne peut être ainsi indifférent à l'épreuve ? » — est traitée par saint Alphonse. Sans doute, écrit-il, on ne laisse pas que de sentir les coups de l'adversité dans la partie inférieure de l'âme ; mais en même temps, on goûte une paix inaltérable dans la partie supérieure[28]. Le Christ lui-même a sué le sang à Gethsémani, et pourtant son « non pas ma volonté, mais la tienne »[29] est le modèle parfait de l'union.

Salvien et la vie heureuse des âmes résignées

Saint Alphonse appuie son argument sur Salvien de Marseille, prêtre du Vᵉ siècle dont le De gubernatione Dei (livre I) traite précisément du gouvernement divin du monde et de la condition des justes dans l'épreuve. La citation est devenue classique :

« Les âmes résignées à la volonté de Dieu reçoivent, il est vrai, des humiliations, mais elles veulent être humiliées ; elles tombent dans la pauvreté, mais la pauvreté leur plaît ; bref, tout ce qui leur arrive, elles le veulent ; ainsi mènent-elles une vie heureuse. » — Saint Alphonse de Liguori, Préparation à la mort, 36ᵉ considération, citant et adaptant en français Salvien de Marseille, De gubernatione Dei, livre I, n. 2[30]

Le mécanisme spirituel est exactement celui du chocolatier du début : la volonté, dépouillée de ce qu'elle exigerait dans l'ordre charnel, veut maintenant ce qui arrive — non parce que la souffrance serait délicieuse en elle-même, mais parce que la volonté supérieure embrasse le bien que Dieu en tire. Salvien voyait dans cette unité de la volonté le secret du bonheur des justes dès ce monde — « il n'en est pas de plus heureux » (« Nulli beatiores... »).

Marie Madeleine de Pazzi : l'extase au mot « volonté de Dieu »

Sainte Marie Madeleine de Pazzi dans une peinture de Bernardino Prudenti à Santa Maria dei Carmini, Venise. Source : Wikimedia Commons.

La même 36ᵉ considération rapporte un trait étonnant de sainte Marie Madeleine de Pazzi (1566-1607), carmélite florentine canonisée en 1669. Selon le récit de son biographe Vincenzo Puccini, rapporté par saint Alphonse[31], elle ne pouvait pas entendre les mots volonté de Dieu sans tomber dans une extase d'amour.

« Sainte Marie Madeleine de Pazzi ne pouvait entendre ces mots — "volonté de Dieu" — sans ressentir une consolation qui la mettait hors d'elle-même et la jetait dans une extase d'amour. » — Saint Alphonse de Liguori, Préparation à la mort, 36ᵉ considération, troisième point[32]

Ce détail biographique paraîtra excessif au lecteur moderne. Il dit pourtant exactement ce que l'analyse précédente démontre rationnellement : pour quelqu'un qui a compris que la volonté de Dieu est à la fois ce qui s'accomplit toujours et ce qui veut son bien, le simple énoncé de cette volonté est déjà une joie. Le saint vit ce que le syllogisme conclut.

Trois récits classiques qui résument cette spiritualité

Frise des témoins — illustration originale IA générée avec GPT-image 2 via l'outil intégré Codex/ChatGPT, sans API OpenAI Platform.

La tradition catholique a fixé cette doctrine dans plusieurs récits emblématiques, du Vᵉ siècle de Salvien jusqu'à Luisa Piccarreta au XXᵉ. Trois d'entre eux sont devenus des références durables : le mendiant des Institutions divines attribuées à Jean Tauler, le moine miraculé rapporté par Césaire de Heisterbach, et le grand dialogue entre le Père Éternel et sainte Catherine de Sienne. Tous trois disent la même chose en trois registres différents : la conformité de la volonté à Dieu est le secret pratique du bonheur dès cette terre, accessible aussi bien à un mendiant illettré qu'à une docteur de l'Église.

Le mendiant qui n'a jamais eu un mauvais jour (Tauler)

Le premier est un dialogue traditionnel, rapporté dans les Institutions divines attribuées à Jean Tauler (vers 1300-1361)[33]. Un théologien, après huit années de prière pour qu'on lui montre la voie de la vérité, est envoyé par une voix céleste sur les marches de l'église, où il trouve un mendiant blessé, nu, boueux, dont les vêtements ne valent pas trois oboles. Le dialogue qui s'ensuit est l'un des plus beaux textes brefs de la mystique rhénane.

« — Que Dieu vous accorde un bon jour. — Je ne me souviens pas d'avoir jamais eu un mauvais jour. — Que Dieu vous rende heureux. — Mais je n'ai jamais été malheureux. — Parlez plus clairement, je ne comprends pas. — Je le ferai volontiers. Vous m'avez souhaité d'avoir un bon jour : je vous ai répondu que je ne me souviens pas d'en avoir jamais eu un mauvais ; en effet, quand la faim me presse, je loue Dieu ; si je souffre du froid, si la grêle, la neige ou la pluie tombent, si le temps est au calme ou à la tempête, je loue Dieu ; lorsque je suis dans le besoin, dans les rebuts et les mépris, je loue Dieu encore ; et, par suite, il ne m'arrive jamais un mauvais jour. […] Je sais vivre avec Dieu, et je suis certain que tout ce qu'il fait ne peut être que très bon. C'est pourquoi, quelque chose que je reçoive de Dieu, ou qu'il permette que je reçoive d'ailleurs, prospérité ou adversité, douceur ou amertume, je le regarde comme une heureuse fortune, et je l'accepte avec joie de sa main. […] Je suis bien décidé à ne m'attacher qu'à la seule volonté de Dieu, et j'ai tellement fondu ma volonté dans la sienne, que tout ce qu'il veut, je le veux aussi. En conséquence, je n'ai jamais été malheureux. » — Dialogue du théologien et du mendiant, Institutions divines attribuées à Tauler, XIVᵉ siècle[34]

Le théologien, frappé, demande au mendiant qui il est. « Je suis roi », répond le pauvre. « Où est votre royaume ? — Il est dans mon âme, parce que j'ai appris à gouverner mes sens extérieurs et intérieurs ; cette royauté vaut mieux que toutes celles de la terre. » Le théologien comprend alors « que la vraie résignation jointe à une profonde humilité est le chemin le plus court pour aller à Dieu ».

Ce récit a marqué toute la spiritualité tardo-médiévale et moderne. Il dit en une scène ce que tout l'article démontre : la pauvreté radicale n'empêche pas le bonheur si la volonté est unie à Dieu, et la richesse mondaine ne le donne pas si la volonté propre demeure intacte.

Le moine miraculé du Dialogus miraculorum (Césaire de Heisterbach)

Ancienne page du Dialogus miraculorum de Césaire de Heisterbach, recueil cistercien de récits exemplaires. Source : Wikimedia Commons.

Le deuxième récit vient de Césaire de Heisterbach (vers 1180 - vers 1240), maître des novices au monastère cistercien de Heisterbach (Allemagne rhénane), auteur du Dialogus miraculorum compilé entre 1219 et 1223[35]. Attention : l'édition Vivès des œuvres de saint Alphonse attribue par erreur ce passage à « Césaire d'Arles » — c'est-à-dire à l'évêque d'Arles († 542) ; il s'agit en réalité de Césaire de Heisterbach, et l'erreur est purement typographique (confusion entre les deux Caesarius latins)[36].

L'exemplum met en scène un moine ordinaire — récit à valeur édifiante, non chronique historique :

« Il y avait dans un monastère un moine dont la vie n'était pas plus austère que celle des autres religieux et qui faisait néanmoins beaucoup de miracles. Son abbé, tout étonné, lui demanda son secret. Il répondit qu'il était le plus imparfait de tous les religieux, mais qu'il s'appliquait seulement à ne vouloir en toutes choses que ce que Dieu voulait. "Mais, reprit le supérieur, ces dégâts que notre ennemi causa l'autre jour sur nos terres, n'en avez-vous ressenti aucune peine ? — Aucune, mon Père, répondit-il, et même j'en ai remercié le Seigneur ; car c'est lui qui fait ou permet tout pour notre bien." À ces mots, l'abbé reconnut la sainteté du bon religieux. » — Césaire de Heisterbach, Dialogus miraculorum, dist. 10, ch. 6 (Anvers, 1604, p. 603) — cité par saint Alphonse de Liguori[37]

La leçon de cet exemplum est claire : ce moine n'est pas un ascète extraordinaire. Il n'a pas plus de jeûnes ni plus de mortifications que ses frères. Sa sainteté tient à un seul réglage — ne vouloir, en toute chose, que ce que Dieu veut. C'est à cette conformité que le récit attribue ses miracles, parce qu'elle reproduit dans la créature ce qui est le propre de la Trinité : une volonté parfaitement ajustée au bon plaisir du Père.

Catherine de Sienne : « Mes serviteurs n'éprouvent aucune affliction »

Sainte Catherine de Sienne, fresque d'Andrea Vanni à San Domenico de Sienne. Source : Wikimedia Commons.

Le troisième récit a une autorité supérieure aux deux premiers : il vient directement du Dialogue de sainte Catherine de Sienne (1347-1380), docteur de l'Église, mystique dominicaine reçue par Jésus et le Père Éternel dans un long colloque dont elle a dicté la transcription. Au chapitre XLVIII (48) — « Les serviteurs du monde ne sont pas rassasiés de leurs biens. Du supplice que leur cause leur volonté perverse » — le Père Éternel lui dit :

« Je t'ai dit que de la volonté venaient les peines de l'homme. Comme mes serviteurs se sont dépouillés de leur volonté et revêtus de la mienne, ils n'éprouvent aucune affliction ; ils sont toujours satisfaits, parce qu'ils sentent que je suis dans leur âme par la grâce. Ceux qui ne m'ont pas ne peuvent être satisfaits, lors même qu'ils possèderaient le monde tout entier, car les choses créées sont moindres que l'homme, puisqu'elles sont faites pour l'homme, et non l'homme pour elles. » — Le Père Éternel à sainte Catherine de Sienne, Le Dialogue, ch. XLVIII (48), trad. E. Cartier[38]

La suite du chapitre est tout aussi remarquable. Le Père Éternel y montre que les serviteurs du monde sont torturés par deux peines principales : « la crainte de perdre ce qu'ils possèdent, et l'amour de ce qu'ils ne peuvent avoir »[39]. Ses serviteurs, à l'inverse, « sont persécutés, mais leur âme est tranquille parce qu'ils sont unis à ma volonté et qu'ils sont contents de souffrir pour moi »[40].

La phrase centrale — « Comme mes serviteurs se sont dépouillés de leur volonté et revêtus de la mienne, ils n'éprouvent aucune affliction » — est devenue l'un des plus beaux énoncés de la spiritualité catholique sur la conformité à la volonté de Dieu. Saint Augustin l'avait déjà préparée dans ses Confessions (« notre cœur est sans repos jusqu'à ce qu'il repose en toi »[41]) ; sainte Catherine en donne la formulation positive et concrète : dépouillement de la volonté propre, revêtement de la volonté divine, fin de l'affliction.

L'enracinement biblique et magistériel

Cette doctrine n'est pas une invention spirituelle médiévale. Elle est solidement enracinée dans l'Écriture sainte et dans le Magistère. On en relève ici les balises essentielles.

Sanctification et plus grand bien : le « Votre sanctification » de saint Paul

L'apôtre Paul, écrivant aux Thessaloniciens, ne laisse aucune ambiguïté sur ce que Dieu veut pour nous :

« Ce que Dieu veut, c'est votre sanctification. » — 1 Thessaloniciens 4, 3[42]

Que Dieu veuille notre sanctification signifie qu'il veut notre béatitude — d'abord ici-bas dans la paix intérieure du juste, puis pour l'éternité dans la vision béatifique. Tout ce qu'il permet ou veut dans notre vie est ordonné à cette fin. « Lui qui n'a pas épargné son propre Fils, mais qui l'a livré pour nous, comment ne nous aurait-il pas donné toutes choses avec lui ? »[43] — argument a fortiori de saint Paul, repris par saint Alphonse : si Dieu a livré son Fils, il ne peut rien nous refuser de ce qui sert vraiment à notre bien.

C'est le sens de la formule de Pierre, devenue maxime de l'abandon catholique : « Jetez en lui toute votre sollicitude, parce qu'il a lui-même soin de vous »[44].

La troisième demande du Notre Père : « Que ta volonté soit faite »

L'enracinement le plus profond de cette doctrine est dans la prière même que Jésus a enseignée à ses disciples. La troisième demande du Notre Père porte explicitement sur la conformité de toutes les volontés à celle du Père :

« Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. » — Matthieu 6, 10[45]

Cette demande est doublement importante. D'une part, elle reconnaît que la volonté du Père est déjà parfaitement accomplie au ciel — chez les anges et les saints, qui veulent en toutes choses ce que Dieu veut, et qui sont, pour cette raison, parfaitement heureux. D'autre part, elle demande que cette même volonté s'accomplisse sur la terre — c'est-à-dire dans nos vies de pèlerins, malgré la résistance du péché et de la volonté propre.

Jésus lui-même, à l'agonie de Gethsémani, a donné le modèle parfait de la prière :

Andrea Mantegna, L'Agonie au jardin des Oliviers : le Christ conforme sa volonté humaine à celle du Père. Source : Wikimedia Commons.

« Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe ! Cependant, que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne, qui se fasse. » — Luc 22, 42[46]

Ces paroles ne nient pas le désir naturel du Christ — l'humanité du Christ voulait éviter la Passion, c'est l'objet de la première moitié de la phrase. Mais elles subordonnent ce désir à la volonté du Père, qui, elle, ordonnait la Passion à la rédemption du monde. « Je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé »[47] — c'est l'attitude permanente du Verbe incarné, modèle de toute volonté chrétienne.

Le Catéchisme de l'Église catholique sur la troisième demande

Le Catéchisme de l'Église catholique (1992) consacre six numéros (§§ 2822-2827) à la troisième demande du Notre Père. Quatre passages méritent d'être retenus.

Sur la volonté du Père comme volonté salvifique universelle :

« C'est la Volonté de notre Père "que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité" (1 Tm 2, 3-4). Il "use de patience, voulant que personne ne périsse" (2 P 3, 9). Son commandement, qui résume tous les autres, et qui nous dit toute sa volonté, c'est que "nous nous aimions les uns les autres, comme il nous a aimés" (Jn 13, 34). » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2822[48]

Sur l'accomplissement parfait de cette volonté dans le Christ :

« C'est dans le Christ, et par sa volonté humaine, que la Volonté du Père a été parfaitement et une fois pour toutes accomplie. Jésus a dit en entrant dans ce monde : "Voici, je viens faire, ô Dieu, ta volonté" (He 10, 7). Jésus seul peut dire : "Je fais toujours ce qui Lui plaît" (Jn 8, 29). Dans la prière de son agonie, il consent totalement à cette Volonté : "Que ne se soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne !" (Lc 22, 42). » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2824[49]

Sur notre union à la volonté du Christ :

« À combien plus forte raison, nous, créatures et pécheurs, devenus en lui enfants d'adoption. Nous demandons à notre Père d'unir notre volonté à celle de son Fils pour accomplir sa Volonté, son Dessein de salut pour la vie du monde. Nous en sommes radicalement impuissants, mais unis à Jésus et avec la puissance de son Esprit Saint, nous pouvons lui remettre notre volonté et décider de choisir ce que son Fils a toujours choisi : faire ce qui plaît au Père. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2825[50]

Sur le discernement et la persévérance :

« C'est par la prière que nous pouvons "discerner quelle est la volonté de Dieu" (Rm 12, 2) et obtenir "la constance pour l'accomplir" (He 10, 36). Jésus nous apprend que l'on entre dans le Royaume des cieux, non par des paroles, mais "en faisant la volonté de mon Père qui est dans les cieux" (Mt 7, 21). » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2826[51]

Le Catéchisme cite ici saint Augustin pour conclure : « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel — dans l'Église comme dans notre Seigneur Jésus-Christ ; dans l'Épouse qui lui a été fiancée, comme dans l'Époux qui a accompli la volonté du Père »[52]. La conformité de la volonté n'est donc pas un exercice ascétique individuel ; elle est l'œuvre commune du Christ et de son Église, dans laquelle chaque baptisé est appelé à entrer.

Comment vouloir ce que Dieu veut ? La question pratique

Le syllogisme une fois admis, une question demeure — la plus importante : comment veut-on, concrètement, ce que Dieu veut ? Ce n'est pas un effort de volonté brut. Ce n'est pas un fatalisme. Ce n'est pas un stoïcisme déguisé. C'est un apprentissage spirituel qui suppose la grâce et qui se déploie tout au long d'une vie.

La tradition catholique a balisé ce chemin en plusieurs étapes ; voici les principales, sans prétendre à l'exhaustivité.

Croire d'abord que Dieu est bon

La condition première de la conformité est la foi que la volonté de Dieu est bonne. Si je doute que Dieu m'aime, je ne pourrai pas vouloir ce qu'il veut. C'est pourquoi saint Alphonse insistait pour que l'on se redise constamment : « Et qu'est-ce que Dieu veut, sinon notre bien ? »[53]. Le Catéchisme commente, en citant Jésus lui-même dans le Sermon sur la montagne : « Il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes »[54]. La paternité divine n'est pas un sentiment vague : c'est un fait dogmatique, fondé sur la révélation du Christ, et la condition de possibilité de toute la spiritualité de l'abandon.

Distinguer volonté de signe et volonté de bon plaisir

Saint François de Sales distingue la volonté de signe et la volonté de bon plaisir dans le Traité de l'amour de Dieu. Source : Wikimedia Commons.

Saint François de Sales (1567-1622), dans le Traité de l'amour de Dieu (livres VIII et IX, 1616), distingue la volonté de signe — ce que Dieu nous indique clairement par ses commandements, ses conseils, ses inspirations — et la volonté de bon plaisir — ce que Dieu permet ou veut dans les événements qu'il dispose pour nous[55]. Vouloir ce que Dieu veut suppose d'accomplir activement la première (obéir aux commandements, suivre les conseils, écouter les inspirations) et d'accueillir paisiblement la seconde (recevoir avec foi les événements de la providence).

Cette distinction protège la doctrine de deux contresens opposés. Sans la volonté de signe, l'abandon devient passivité résignée : on n'agirait plus, on subirait. Sans la volonté de bon plaisir, l'effort moral devient volontarisme crispé : on prétendrait régler seul le réel selon nos plans. La synthèse salésienne tient ensemble obéissance active et confiance passive — c'est le cœur de ce que Jean-Pierre de Caussade nommera plus tard l'abandon à la divine providence.

Demander la grâce, parce qu'elle nous dépasse

Cette double conformité dépasse nos forces. Le Catéchisme le dit explicitement : « nous en sommes radicalement impuissants »[56]. Il faut donc la demander — c'est précisément l'objet de la troisième demande du Notre Père, à répéter d'autant plus que l'épreuve est rude. Sainte Thérèse d'Avila, rapporte saint Alphonse, « s'offrait à Dieu au moins cinquante fois par jour, pour qu'il disposât d'elle selon son bon plaisir »[57]. Cette répétition quotidienne n'est pas une formule magique mais la lente disposition de la volonté à se laisser conformer par la grâce. C'est le sens technique du mot oraison dans la tradition carmélite.

Renoncer à la volonté propre, pas à la volonté

L'erreur classique est de croire qu'il faut supprimer toute volonté. Non : il faut changer son objet. La volonté reste vive, ardente, mais elle veut désormais ce que Dieu veut, par-dessus tout le reste. Saint Thomas d'Aquin distinguait déjà la voluntas propria (volonté qui se cherche elle-même) et la voluntas conformata (volonté ajustée au bien)[58] : le premier renoncement n'abolit pas le second, il le libère.

Mais il faut ici distinguer deux choses. Se conformer à la volonté de Dieu, c'est ce que fait un bon serviteur : il y a deux volontés — la mienne, que je soumets, et celle de Dieu, que je suis. Vivre dans la Divine Volonté, c'est autre chose, et infiniment plus : il n'y a plus qu'une seule volonté, parce que c'est Dieu lui-même qui agit en moi — comme un père qui prend la main de son petit enfant pour écrire avec lui. Les actes de chaque jour, même les plus petits, prennent alors une valeur divine, infinie, qui n'est plus la mienne.

Illustration Ignispedia : Matière du cours. Image complémentaire issue de Wikimedia Commons.

La conformité est la première étape, nécessaire, par laquelle il faut passer ; la vie dans la Divine Volonté en est le couronnement, reçu comme un don. C'est ce que Jésus explique à Luisa Piccarreta dans le Livre du Ciel : non pas l'extinction de la volonté, mais son effacement pour laisser toute la place à Dieu qui agit en elle[59]. Voir La Divine Volonté.

Vivre la troisième demande comme respiration de l'âme

Saint Alphonse termine sa 36ᵉ considération sur une note pratique :

« Quel bonheur de vivre et de mourir en nous écriant : Que votre volonté soit faite, oui, qu'elle soit faite à jamais ! » — Saint Alphonse de Liguori, Préparation à la mort, 36ᵉ considération, troisième point[60]

La répétition n'est pas une routine. C'est une respiration de l'âme qui, à chaque événement contraire, recadre la volonté propre sur la volonté du Père. Ce que sainte Marie Madeleine de Pazzi vivait dans l'extase, le chrétien ordinaire le vit dans la prière de chaque jour, et notamment dans le Notre Père récité avec attention. La même prière, déjà parfaitement vécue par les anges et les saints du Ciel, devient ainsi l'instrument par lequel la terre s'ajuste peu à peu sur le Ciel — « sur la terre comme au ciel ».

Approfondir dans Via Divina — Cet article reprend en encyclopédie un cours de la formation de base gratuite Via Divina sur la conformité de la volonté humaine à la volonté divine. Pour parcourir l'enseignement complet et l'intégrer à un parcours spirituel structuré : ouvrir la formation Via Divina.

Conclusion : la plus haute sainteté possible

Le moine de l'exemplum de Césaire de Heisterbach le dit à sa manière : la plus haute sainteté possible ne réside pas dans des austérités extraordinaires, mais dans la simple décision de ne vouloir, en toute chose, que ce que Dieu veut. C'est à la portée du chocolatier comme du contemplatif, du paysan comme du théologien. C'est l'accomplissement plénier de la troisième demande du Notre Père : « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel » — c'est-à-dire en moi comme chez les anges et les saints, à chaque instant, dans la plus grande comme dans la plus petite circonstance.

À l'inverse, ne pas vouloir ce que Dieu veut est non seulement le chemin du malheur sur cette terre, mais — selon la parole sévère de Jésus à Luisa — « celui qui vit de sa volonté propre — qui est la clé de l'enfer, des misères et de l'inconstance »[61]. Tout notre bonheur, comme tout notre malheur, dépend en dernière analyse de ce réglage intérieur.

Comment réussir ce réglage, concrètement, dans la prière, dans les épreuves, dans les choix de chaque jour ? C'est l'objet de l'entièreté de la vie spirituelle catholique — et c'est précisément ce que développent les articles voisins de cette encyclopédie sur la prière, l'abandon, la confiance et la sanctification.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. « Nous savons que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, qui sont appelés selon son dessein » — saint Paul, Romains 8, 28. Verset central de la théologie catholique de la providence et de la conformité à la volonté divine, cité notamment par saint Alphonse de Liguori dans la 36ᵉ considération de la Préparation à la mort.

    1 9
  2. « Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe ; cependant, que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne, qui se fasse » — Luc 22, 42 (prière de Jésus à Gethsémani). Le Catéchisme de l'Église catholique cite ce verset comme modèle parfait de l'union de la volonté humaine à la volonté divine (CEC § 2824).

    2 29
  3. Matthieu 6, 10 — troisième demande du Notre Père dans la version matthéenne. La forme « sur la terre comme au ciel » est propre à Matthieu. Voir CEC §§ 2822-2827 pour le commentaire magistériel.

    3
  4. Saint Augustin, Confessions, livre I, ch. 1, n. 1 (vers 397-401), PL 32, 661. Traduction française classique : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos jusqu'à ce qu'il repose en toi » (« fecisti nos ad te, et inquietum est cor nostrum donec requiescat in te »).

    4 41
  5. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Ia-IIae, q. 2, a. 1-8 (la béatitude ne peut consister dans les richesses, les honneurs, la gloire, le pouvoir, les biens du corps, le plaisir, aucun bien créé) et q. 3, a. 8 (la béatitude consiste dans la vision essentielle de Dieu). Édition critique léonine.

    5
  6. Psaume 29 (30), 6 — « Sa colère dure un instant, sa faveur dure une vie ; le soir s'attardent les larmes, le matin elles cessent » (Bible de Jérusalem). L'édition Vivès des Œuvres complètes de saint Alphonse cite « Notre vie est dans sa volonté » comme épigraphe de la 36ᵉ considération (référence Psaume 29, 6 selon la numérotation Vulgate).

    6
  7. Romains 9, 19 — « Tu vas donc me dire : Qu'a-t-il encore à blâmer ? Qui résiste à son vouloir ? » (TOB). Cité par saint Alphonse de Liguori, Préparation à la mort, 36ᵉ considération, troisième point.

    7
  8. Job 1, 21 — « Le Seigneur a donné, le Seigneur a ôté : que le nom du Seigneur soit béni ! ». Cité par saint Alphonse de Liguori, Préparation à la mort, 36ᵉ considération, deuxième point.

    8
  9. Judith 8, 27 (Vulgate : « non ad vindictam nostram sed ad correctionem flagella ista contingere credamus »). Cité par saint Alphonse de Liguori, Préparation à la mort, 36ᵉ considération, troisième point.

    10
  10. 1 Thessaloniciens 4, 3 — « Car c'est la volonté de Dieu, c'est votre sanctification » (Bible Crampon). Verset structurant pour toute la spiritualité catholique de la conformité à la volonté divine.

    11
  11. Catéchisme de l'Église catholique, §§ 1023-1029 — sur la vision béatifique, fin dernière de l'homme. La béatitude éternelle est la fin de la sanctification voulue par Dieu (cf. § 1024 : « Cette vie parfaite avec la Très Sainte Trinité, cette communion de vie et d'amour avec Elle, avec la Vierge Marie, les anges et tous les bienheureux, est appelée "le Ciel" »).

    12
  12. Volonté propre (propria voluntas) : terme technique de la théologie catholique pour désigner la volonté humaine en tant qu'elle se cherche elle-même indépendamment de Dieu, par opposition à la volonté unie à Dieu (voluntas conformata). Voir saint Bernard, De praecepto et dispensatione, c. 14 (PL 182, 877) : « Quid enim odit aut punit Deus praeter propriam voluntatem ? » — d'où la formule traditionnellement citée, « Cesset voluntas propria, et infernus non erit » ; saint Thomas d'Aquin, Somme théologique IIa-IIae, q. 161, a. 1 (orgueil et volonté propre) ; saint Bonaventure, Sermo IV de Pentecoste (Quaracchi IX, 339).

    13 58
  13. Imitation de Jésus-Christ, livre III, ch. 25, n. 2 (vers 1424). L'Imitation, attribuée à Thomas a Kempis († 1471), reste l'un des livres spirituels les plus lus de toute l'histoire chrétienne après la Bible.

    14
  14. Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 15, 21 juin 1923, p. 85 (traduction française de Guy Harvey d'après le manuscrit italien, éd. Lumen Luminis, « pour usage privé », en l'absence d'édition critique officielle — texte collationné sur cette édition). Texte des trente-six tomes dictés par Luisa Piccarreta (1865-1947) sous obéissance à ses confesseurs, notamment saint Annibale Maria di Francia, qui en édita lui-même les premiers volumes.

    15
  15. Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 16, 20 novembre 1923, p. 65 (même édition — texte collationné).

    16
  16. Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 18, 11 février 1926, p. 83 (même édition — texte collationné).

    17
  17. Saint Alphonse de Liguori, Préparation à la mort, 36ᵉ considération — Union de notre volonté à la volonté de Dieu, troisième point ; Œuvres complètes, éd. Vivès, t. IX, Paris, 1863, pp. 251-256. Voir aussi l'édition contemporaine en français disponible sur livres-mystiques.com.

    18
  18. Actes des Apôtres 5, 41 — « Pour eux, ils quittèrent le Sanhédrin tout joyeux d'avoir été jugés dignes de subir des outrages pour le Nom » (TOB). Cité par saint Alphonse, Préparation à la mort, 36ᵉ considération, deuxième point.

    19
  19. Saint Alphonse Marie de Liguori (1696-1787), docteur de l'Église, fondateur des Rédemptoristes. Apparecchio alla morte (en français Préparation à la mort, ou Considérations sur les vérités éternelles) publié à Naples en 1758. L'ouvrage comporte trente-sept considérations sur les fins dernières. La 36ᵉ considération sur l'union des volontés est une des plus citées dans toute la spiritualité catholique moderne.

    20
  20. Proverbes 12, 21 (Vulgate) — « non contristabit iustum quidquid ei acciderit », traduit traditionnellement « Quoi qu'il arrive au juste, cela ne le contristera pas ». La Bible Crampon rend : « aucun mal n'atteint le juste ». Cité par saint Alphonse comme verset central de la 36ᵉ considération, troisième point.

    21
  21. Saint Alphonse de Liguori, Préparation à la mort, 36ᵉ considération, troisième point, Œuvres complètes, éd. Vivès, t. IX, Paris, 1863, p. 252.

    22
  22. Saint Alphonse de Liguori, Préparation à la mort, 36ᵉ considération, troisième point, Œuvres complètes, éd. Vivès, t. IX, Paris, 1863, p. 252.

    23
  23. Saint Alphonse de Liguori, Préparation à la mort, 36ᵉ considération, troisième point, Œuvres complètes, éd. Vivès, t. IX, Paris, 1863, p. 252. Le verset cité est Philippiens 4, 7.

    24
  24. Philippiens 4, 7 — « Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus » (Bible de Jérusalem).

    25
  25. Siracide (Ecclésiastique) 27, 12 (Vulgate). Verset cité par saint Alphonse dans la 36ᵉ considération, troisième point.

    26
  26. Saint Alphonse de Liguori, Préparation à la mort, 36ᵉ considération, troisième point, Œuvres complètes, éd. Vivès, t. IX, Paris, 1863, p. 253.

    27
  27. Saint Alphonse de Liguori, Préparation à la mort, 36ᵉ considération, troisième point, Œuvres complètes, éd. Vivès, t. IX, Paris, 1863, p. 253 : « Pour avoir sa volonté unie à celle de Dieu, on ne laissera pas que de sentir, dans la partie inférieure de l'âme, les coups de l'adversité, mais en même temps on goûtera une paix inaltérable dans la partie supérieure. »

    28
  28. Salvien de Marseille (vers 400 – vers 480), prêtre marseillais, auteur du De gubernatione Dei (« Du gouvernement de Dieu »), livre I, n. 2 ; Migne, Patrologia Latina, t. 53, col. 31. Le français cité dans le corps est la version de saint Alphonse de Liguori (Préparation à la mort, 36ᵉ considération, troisième point ; Œuvres complètes, éd. Vivès, t. IX, Paris, 1863, p. 252) — paraphrase condensée du latin : « Humiles sunt religiosi, hoc volunt : pauperes sunt, paupertate delectantur... Nulli beatiores sunt quam qui hoc sunt quod volunt ». Édition critique moderne : Salvien de Marseille, Œuvres, t. II, Sources Chrétiennes 220, Cerf, 1975.

    30
  29. Vincenzo Puccini, Vita della Beata Maria Maddalena de' Pazzi, fiorentina, monaca dell'ordine carmelitano, ch. 83, Venise, 1642, p. 152 — référence donnée par saint Alphonse lui-même dans la 36ᵉ considération (éd. Vivès, t. IX, p. 253), non recollationnée sur l'édition originale de 1642 ; l'anecdote est citée ici d'après Alphonse. Vincenzo Puccini, confesseur ordinaire de la sainte au Carmel de Sainte-Marie-des-Anges à Florence, est son principal biographe direct. Sainte Marie Madeleine de Pazzi (1566-1607) a été canonisée par Clément IX en 1669.

    31
  30. Saint Alphonse de Liguori, Préparation à la mort, 36ᵉ considération, troisième point, Œuvres complètes, éd. Vivès, t. IX, Paris, 1863, p. 253.

    32
  31. Jean Tauler (vers 1300-1361), dominicain rhénan, disciple de Maître Eckhart, prédicateur réputé de Strasbourg. Les Institutions divines (en allemand Institutiones divinae, en français aussi Livre des Amis de Dieu ou Médulle de l'âme) sont un recueil de textes spirituels traditionnellement attribué à Tauler, mais en réalité compilé au XIVᵉ-XVᵉ siècle dans le cercle des Gottesfreunde (Amis de Dieu) en Rhénanie. Le dialogue du théologien et du mendiant est l'un des passages les plus diffusés de ce recueil, repris notamment par saint Alphonse de Liguori dans plusieurs de ses ouvrages spirituels.

    33
  32. Dialogue du théologien et du mendiant, Institutions divines attribuées à Jean Tauler (XIVᵉ siècle), édition française traditionnelle. Cité par saint Alphonse de Liguori dans plusieurs de ses écrits sur l'abandon. Sur l'attribution et la transmission du texte, voir Jean-Marie Gueullette, Eckhart en France : la lecture des Institutions spirituelles attribuées à Tauler (1548-1699), in Revue de l'histoire des religions, 2012.

    34
  33. Césaire de Heisterbach (Caesarius Heisterbacensis, vers 1180 – vers 1240), moine cistercien et maître des novices au monastère de Heisterbach (vallée du Rhin, près de Bonn). Auteur du Dialogus miraculorum (1219-1223), recueil de 746 récits exemplaires en douze distinctions, et de plusieurs autres œuvres hagiographiques. Édition critique de référence : Caesarii Heisterbacensis monachi ordinis cisterciensis Dialogus Miraculorum, éd. J. Strange, Cologne, 1851 (réimpression Internet Archive). Traduction anglaise moderne : Ronald Pepin, The Dialogue on Miracles, Cistercian Fathers Series, 2 vol., 2018.

    35
  34. La confusion entre Césaire d'Arles († 542) et Césaire de Heisterbach († v. 1240) est une erreur fréquente dans les éditions du XIXᵉ siècle. Le Dialogus miraculorum est sans aucun doute possible une œuvre de Césaire de Heisterbach, cistercien rhénan. Saint Césaire d'Arles, évêque d'Arles au VIᵉ siècle, est l'auteur de Sermones et de la Règle pour les vierges, mais pas du Dialogus miraculorum. L'édition Vivès des Œuvres complètes de saint Alphonse de Liguori (Paris, 1858-1864) reproduit l'attribution erronée que l'on trouve dans certaines éditions italiennes anciennes de l'Apparecchio alla morte.

    36
  35. Césaire de Heisterbach, Dialogus miraculorum, distinction 10, ch. 6 (édition d'Anvers, 1604, p. 603) — cité par saint Alphonse de Liguori, Préparation à la mort, 36ᵉ considération, deuxième point, Œuvres complètes, éd. Vivès, t. IX, Paris, 1863, p. 250. Récit à valeur édifiante (exemplum cistercien du XIIIᵉ siècle), à recevoir comme tel et non comme témoignage historique au sens critique.

    37
  36. Sainte Catherine de Sienne, Le Dialogue, chapitre XLVIII (48) — « Les serviteurs du monde ne sont pas rassasiés de leurs biens. Du supplice que leur cause leur volonté perverse », traduction E. Cartier, Paris, 1855, vol. I, pp. 158-161. Édition italienne de référence : Catherine de Sienne, Il Dialogo della Divina Providenza, ed. Giuliana Cavallini, Cantagalli, Sienne, 1995. Sainte Catherine de Sienne (1347-1380) a été déclarée docteur de l'Église par Paul VI le 4 octobre 1970.

    38
  37. Sainte Catherine de Sienne, Le Dialogue, chapitre XLVIII (48), trad. E. Cartier : « Les serviteurs du monde […] sont surtout tourmentés intérieurement par la crainte de perdre ce qu'ils possèdent, et par l'amour de ce qu'ils ne peuvent avoir. »

    39
  38. Sainte Catherine de Sienne, Le Dialogue, chapitre XLVIII (48), trad. E. Cartier : « Les tribulations du monde qui entourent de toute part mes serviteurs, ne les atteignent qu'extérieurement. Ils sont persécutés, mais leur âme est tranquille parce qu'ils sont unis à ma volonté et qu'ils sont contents de souffrir pour moi. »

    40
  39. 1 Thessaloniciens 4, 3. Cf. CEC § 2013 (vocation universelle à la sainteté), § 459 (la charité comme fin de la sanctification), § 1995 (l'œuvre de l'Esprit Saint dans la sanctification).

    42
  40. Romains 8, 32 — « Lui qui n'a pas épargné son propre Fils, mais l'a livré pour nous tous, comment, avec lui, ne nous accordera-t-il pas toute faveur ? » (TOB). Argument a fortiori repris par saint Alphonse de Liguori dans la 36ᵉ considération.

    43
  41. 1 Pierre 5, 7 — « Déchargez-vous sur lui de tous vos soucis, puisqu'il prend soin de vous » (Bible Crampon). Cité par saint Alphonse, 36ᵉ considération, troisième point.

    44
  42. Matthieu 6, 10. Voir aussi Luc 11, 2 pour la version lucanienne plus brève (« Que ton règne vienne » sans la mention « sur la terre comme au ciel »).

    45
  43. Luc 22, 42. Voir aussi Matthieu 26, 39 (« Que ce soit non pas comme je veux, mais comme tu veux ») et Marc 14, 36 (« Abba, Père, à toi tout est possible : éloigne de moi cette coupe ; pourtant, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux »). Trois versions évangéliques de la prière de Gethsémani, soulignant toutes la subordination de la volonté humaine du Christ à celle du Père.

    46
  44. Jean 6, 38 — « Car je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de Celui qui m'a envoyé » (Bible de Jérusalem). Cf. également Jn 4, 34 et Jn 5, 30, qui forment avec Jn 6, 38 la trilogie johannique sur la volonté du Père comme principe permanent de l'agir du Christ.

    47
  45. Catéchisme de l'Église catholique, § 2822. Texte intégral disponible sur vatican.va.

    48
  46. Catéchisme de l'Église catholique, § 2824.

    49
  47. Catéchisme de l'Église catholique, § 2825.

    50
  48. Catéchisme de l'Église catholique, § 2826.

    51
  49. Catéchisme de l'Église catholique, § 2827, citant saint Augustin, De sermone Domini in monte, II, 6, 24 (PL 34, 1279).

    52
  50. Saint Alphonse de Liguori, Préparation à la mort, 36ᵉ considération, troisième point, Œuvres complètes, éd. Vivès, t. IX, Paris, 1863, p. 253.

    53
  51. Catéchisme de l'Église catholique, § 2828, citant Matthieu 5, 45.

    54
  52. Saint François de Sales, Traité de l'amour de Dieu, livre VIII (sur la conformité de notre volonté à la volonté de Dieu) et livre IX (sur la conformité au bon plaisir divin) ; édition critique des Œuvres, Annecy, 1894, t. V. La distinction de la volonté de signe (voluntas signi) et de la volonté de bon plaisir (voluntas beneplaciti) reprend une terminologie scolastique remontant à saint Thomas d'Aquin (Somme théologique Ia, q. 19, a. 11-12).

    55
  53. Catéchisme de l'Église catholique, § 2825.

    56
  54. Saint Alphonse de Liguori, Préparation à la mort, 36ᵉ considération, deuxième point, Œuvres complètes, éd. Vivès, t. IX, Paris, 1863, p. 251, citant sainte Thérèse d'Avila, Avis n. 30 (« Offre-toi à Dieu cinquante fois par jour, cela avec grande ferveur et désir de Dieu ») ; édition critique : Thérèse d'Avila, Œuvres complètes, éd. du Cerf, Paris, 1995, t. III, p. 1051.

    57
  55. Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 18, 11 février 1926, p. 83 (même édition — texte collationné) : quand la Divine Volonté règne dans une âme, « c'est la Divine Volonté qui prie, agit, pense, regarde et souffre à travers l'âme » — d'où la valeur divine des actes posés dans la Divine Volonté, distincte de la simple conformité.

    59
  56. Saint Alphonse de Liguori, Préparation à la mort, 36ᵉ considération, troisième point, Œuvres complètes, éd. Vivès, t. IX, Paris, 1863, p. 254. Phrase de conclusion de la considération entière.

    60
  57. Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 18, 11 février 1926, p. 83 (même édition — texte collationné).

    61