L'inédie — du latin inedia, l'absence de nourriture — désigne, dans le vocabulaire de la théologie mystique catholique, le fait allégué chez certains saints, mystiques ou stigmatisés de se passer totalement ou presque totalement de nourriture solide, parfois aussi de boisson, pendant des semaines, des mois ou des années, sans que leur santé en paraisse affectée selon les récits. Cette description traditionnelle ne résume pas tous les états cliniques observés : le contrôle de Madame R. se termine notamment par une déshydratation nécessitant une perfusion[1]. Le phénomène est classé par les auteurs classiques, dont Adolphe Tanquerey, parmi les phénomènes mystiques dits « psycho-physiologiques », aux côtés de la lévitation, des effluves lumineux et de la stigmatisation[2].
Le dossier est aussi ancien que l'ascèse chrétienne et aussi actuel qu'un fait divers médical. Depuis le cas de Marie d'Oignies, béguine belge dont le double jeûne de 1213 est présenté par René Laurentin comme la première inédie « contrôlée »[3], jusqu'au contrôle fermé de quarante-sept jours subi par Madame R. dans un couvent en 1980[4], une quinzaine de cas sont jugés « sérieusement vérifiés » par René Laurentin — dont environ la moitié concernent des stigmatisés[5]. Thérèse Neumann, Marthe Robin, Alexandrina da Costa, Luisa Piccarreta et Madame R. figurent parmi les dossiers les plus commentés du XXe siècle ; Catherine de Sienne, Lidwine de Schiedam et Angèle de Foligno parmi les plus anciens.
Trois auteurs structurent la présente synthèse : le théologien Adolphe Tanquerey, qui fixe dès 1923 un protocole minimal de discernement hérité du pape Benoît XIV[6][7] ; l'historien des phénomènes mystiques Joachim Bouflet, qui a rouvert dossier par dossier les cas les mieux et les moins bien documentés du XIXe et du XXe siècle[8] ; et le mariologue René Laurentin, qui a suivi de l'intérieur, comme théologien-conseil, le contrôle médical de Madame R.[9]. Le corpus mystique n'est pas naïf sur ce sujet : il contient sa propre tradition de fraudes démasquées, aussi documentée que ses cas les mieux établis[10].
Les dossiers diffèrent sur trois points décisifs : les apports réellement exclus, la durée pendant laquelle les observateurs sont présents et les mesures conservées. Le contrôle de Madame R. illustre cette distinction : les quarante-sept jours rapportés incluent de petits apports eucharistiques, et la perfusion finale clôt la période sans apport intraveineux[11].
Qu'est-ce que l'inédie ?
Une origine étymologique et un terme technique
Le mot lui-même est d'une simplicité trompeuse. Comme l'écrit René Laurentin :
« On appelle cela l'inédie, du latin edere manger, avec le préfixe négatif in, comme dans in-ertie ou in-souciance. » — René Laurentin, La Passion de Madame R. — Journal d'une mystique assiégée par le démon, Plon, 1993, p. 16[12]
Le terme technique apparaît dans les manuels classiques de théologie mystique. Tanquerey le range, avec la lévitation, les effluves lumineux, les effluves odoriférants et la stigmatisation, parmi les phénomènes qui « agissent à la fois sur l'âme et sur le corps » et « se rattachent plus ou moins à l'extase » :
« On désigne sous ce nom des phénomènes qui agissent à la fois sur l'âme et sur le corps, et qui se rattachent plus ou moins à l'extase, dont nous avons déjà parlé. Les principaux de ces phénomènes sont : 1° la lévitation ; 2° les effluves lumineux ; 3° les effluves odoriférants ; 4° l'abstinence ou inédie ; 5° la stigmatisation. » — Adolphe Tanquerey, Phénomènes mystiques extraordinaires, Éditions Sainte Jeanne d'Arc, 1986, p. 29-30[13]
Tanquerey classe ainsi l'inédie parmi les phénomènes extraordinaires à examiner, et non parmi les vertus à imiter.
Une définition théologique classique : nourriture eucharistique seule
Tanquerey résume en une phrase le motif traditionnel le plus fréquent :
« Il y a des Saints, surtout parmi les stigmatisés, qui ont vécu sans prendre d'autre nourriture que la sainte communion, pendant plusieurs années. » — Adolphe Tanquerey, Phénomènes mystiques extraordinaires, Éditions Sainte Jeanne d'Arc, 1986, p. 32[14]
Cette formule associe trois éléments qui reviennent constamment dans les dossiers examinés plus loin : une abstinence alimentaire prolongée, le maintien de la communion eucharistique quotidienne, et une fréquence particulière chez les personnes par ailleurs stigmatisées. Bouflet confirme ce lien à propos du cas de Domenica Lazzeri, dont l'hostie serait demeurée intacte sur la langue quarante et un ou quarante-deux jours avant de se dissoudre, un fait qu'il qualifie de « tabernacle vivant »[15], puis l'énonce comme principe général :
« C'est pour cela qu'il y a toujours, lorsqu'il s'agit d'une inédie authentiquement mystique, une relation directe entre le prodige et le sacrement de l'Eucharistie. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Éditions Le Jardin des Livres, 2003-2015, p. 65[16]
Cette formule ne doit toutefois pas être lue à rebours, comme si la seule réception de l'Eucharistie constituait déjà une preuve. Il s'agit d'un trait récurrent dans les cas jugés les plus sérieux, pas d'un critère de vérification indépendant.
Ce que l'inédie n'est pas : jeûne, ascèse volontaire, performance
L'Église ne propose jamais la privation alimentaire comme un idéal en soi. Le jeûne chrétien ordinaire — celui du mercredi des Cendres, du Carême, des jours de pénitence — est limité, encadré et subordonné à la charité et à la santé du fidèle. Une personne qui rechercherait volontairement l'arrêt total de son alimentation pour produire un phénomène mystique se placerait d'emblée en dehors de la tradition spirituelle catholique, et se rapprocherait plutôt des conduites que la médecine qualifie de restriction alimentaire volontaire.
Dans les dossiers que la présente synthèse retient comme sérieux, l'inédie apparaît au contraire comme un fait subi, généralement précédé d'une maladie grave, d'une intolérance alimentaire ou d'une expérience spirituelle perçue comme une demande extérieure à la volonté du sujet. Madame R. décrit ainsi le tout début du processus, avant même l'abstinence totale, comme une incapacité douloureuse à s'alimenter :
« Je m'imposais de grands efforts pour m'alimenter, car chaque fois que j'absorbais la moindre nourriture, environ dix minutes plus tard, j'étais dans un épuisement qui plusieurs fois a été jusqu'à la syncope et je souffrais des intestins et de diarrhée. » — Rolande Lefebvre (« Madame R. »), journal, in René Laurentin (prés.), La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 134[17]
Ce trait revient dans plusieurs dossiers : l'inédie alléguée commence souvent par une intolérance alimentaire réelle, documentée ou non, avant de devenir un jeûne total. C'est un élément qui appartient au diagnostic différentiel autant qu'au récit spirituel, et l'article y reviendra dans la section consacrée aux hypothèses naturelles.
Inédie alimentaire et inédie hydrique : la distinction décisive
Le point le plus important pour comprendre la valeur probatoire d'un dossier d'inédie est la distinction entre privation de nourriture solide et privation d'eau. Un être humain peut, dans certaines conditions bien documentées par la médecine, survivre sans manger pendant plusieurs semaines. La privation totale d'eau, en revanche, est incompatible avec une survie prolongée : c'est ce constat qui donne toute sa force au raisonnement de Laurentin sur le cas de Madame R. :
« Étant donné qu'un jeûne total sans eau entraîne fatalement la mort au sixième jour, les quarante-sept jours contrôlés sont démonstratifs et restent inexpliqués, pour ne pas dire inexplicables. » — René Laurentin, La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 19[18]
Le « sixième jour » est le seuil avancé par Laurentin, non une limite universelle permettant de dater la mort de tout individu privé d'eau. Les besoins et les pertes hydriques varient avec les conditions ambiantes, l'activité et l'état physiologique[19]. Il faut donc distinguer les solides, les apports énergétiques — qui peuvent être liquides — et les apports d'eau. Un contrôle laissant boire librement ne vérifie pas la même allégation qu'un contrôle excluant aussi les liquides. Les petites quantités autorisées, les médicaments et les perfusions appartiennent au bilan : dans le cas de Madame R., les apports eucharistiques quotidiens sont explicitement mentionnés par le procès-verbal[20].
Une histoire qui traverse les siècles
Les Pères du désert : une ascèse sévère, pas une inédie contrôlée
Laurentin situe l'origine lointaine du phénomène chez les ermites du désert égyptien des IIIe et IVe siècles, qui vivaient « de presque rien » par périodes, sans qu'aucun contrôle indépendant n'ait jamais été organisé pour vérifier la nature exacte de leur jeûne[21]. Cette remarque, faite par l'un des auteurs les plus favorables du dossier, doit être prise au sérieux : elle interdit d'utiliser Antoine, Pacôme ou Macaire de Scété comme des cas d'inédie médicalement établis. Il s'agit d'une ascèse alimentaire sévère, intermittente, documentée par la tradition hagiographique — non d'un jeûne total et continu soumis à surveillance.
Marie d'Oignies, 1213 : le premier cas présenté comme contrôlé
Le premier cas que Laurentin qualifie de contrôlé est celui de la béguine belge Marie d'Oignies :
« En 1213, on trouve la première inédie contrôlée : Marie d'Oignie, béguine belge, fit jeûne total par deux fois : cinq semaines, puis cinquante-trois jours. Angèle de Foligno [...] jeûna durant douze ans, mais son cas reste contesté. » — René Laurentin, La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 16[22]
Laurentin distingue ainsi un cas qu'il estime contrôlé et un autre qu'il juge contesté. Tanquerey, citant le docteur Imbert-Goubeyre, reprend Angèle de Foligno dans une liste plus large :
« La bienheureuse Angèle de Foligno resta douze ans sans prendre aucune nourriture ; Sainte Catherine de Sienne, huit ans environ [...] Sainte Lidwine, vingt-huit ans ; la Bienheureuse Catherine de Racconigi, dix ans... de nos jours, Rosa Andriani, vingt-huit ans... et Louise Lateau, quatorze ans. » — Adolphe Tanquerey, Phénomènes mystiques extraordinaires, Éditions Sainte Jeanne d'Arc, 1986, p. 32-33, citant le docteur Imbert-Goubeyre, La stigmatisation, t. II, p. 183[23]
Tanquerey transmet les durées d'une compilation antérieure sans reproduire les protocoles. Angèle de Foligno est contestée par Laurentin ; les récits concernant Catherine de Sienne et Lidwine de Schiedam relèvent d'une tradition hagiographique antérieure aux contrôles médicaux modernes.
| Cas cité par Tanquerey | Durée alléguée | Statut de la source |
|---|---|---|
| Angèle de Foligno | 12 ans | Explicitement qualifié de « contesté » par Laurentin |
| Catherine de Sienne | Environ 8 ans | Tradition hagiographique ancienne, sans protocole reproduit |
| Lidwine de Schiedam | 28 ans | Tradition hagiographique ancienne, sans protocole reproduit |
| Catherine de Racconigi | 10 ans | Tradition hagiographique ancienne, sans protocole reproduit |
| Rosa Andriani | 28 ans | Cas moderne au sens de la source citée, mais sans preuve reproduite |
| Louise Lateau | 14 ans | À croiser avec le dossier médical propre à sa stigmatisation |
Les durées de ce tableau proviennent de Tanquerey citant Imbert-Goubeyre ; elles ne correspondent pas à des périodes de surveillance médicale décrites.
Le dix-neuvième siècle : la médicalisation commence
C'est au XIXe siècle que les premières tentatives de surveillance médicale organisée apparaissent, avec des résultats de qualité très inégale. La bienheureuse Anne-Catherine Emmerich (1774-1824) fait l'objet, en juin 1813, d'une surveillance continue de neuf jours :
Bouflet rapporte une surveillance continue « du 10 juin 1813 à 20 heures au 19 juin à midi », avec relais des observateurs, absence d'accès non contrôlé à la nourriture, et une conviction unanime des témoins quant au jeûne total. — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Éditions Le Jardin des Livres, 2003-2015, p. 26-27[24]
D'autres cas allemands du même siècle sont documentés avec plus ou moins de rigueur. Juliana Engelbrecht se serait abstenue de toute nourriture du 7 avril 1845 au 7 avril 1853 — huit ans jour pour jour après sa première communion — et une autopsie demandée au Dr Heinrich Schaffer aurait révélé un estomac vide et aplati[25]. Maria Fürtner fait l'objet de trois semaines de surveillance jour et nuit dans une clinique de Munich, ne prenant que de l'eau fraîche, avec cette parole rapportée : « La communion est ma nourriture »[26]. La stigmatisée tyrolienne Domenica Lazzeri (1815-1848), dont la cause de béatification fut introduite le 9 février 1995, garde une hostie intacte sur la langue durant plusieurs semaines selon le récit déjà cité[27].
Au Canada, Catherine-Aurélie Caouette fait également l'objet de consultations médicales en 1854 ; les trois avis conservés sont examinés plus loin[28]. Ces observations nommées, comme les enquêtes ayant démasqué des fraudes, témoignent de la place croissante du médecin dans les dossiers du XIXe siècle.
Le vingtième siècle : des dossiers plus rigoureux, mais toujours incomplets
Au XXe siècle, les dossiers décrivent davantage les lieux, les observateurs et les examens pratiqués. Leur contenu reste inégal : une attestation signée et un récit familial ne permettent pas les mêmes vérifications. La stigmatisée bavaroise Thérèse Neumann (1898-1962) fait l'objet, en juillet 1927, d'une surveillance de deux semaines par le Dr Seidl et quatre sœurs de Mallersdorf :
Contrôle « du 13 au 28 juillet 1927 », quatre sœurs de Mallersdorf, aucun solide ou liquide sauf une parcelle d'hostie humectée, aucune excrétion relevée, poids final identique et santé jugée parfaite. — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Éditions Le Jardin des Livres, 2003-2015, p. 44[29]
Laurentin ajoute un fait souvent négligé : la publicité même du dossier a nui à sa poursuite scientifique. « Ce fut un enfer pour Thérèse Neumann [...] lorsque le contrôle de son jeûne fit affluer chez elle la presse et quantité de médecins », écrit-il, avant de conclure que « la vie privée doit être protégée »[30]. Ce cas, à l'histoire dense et propre, fait l'objet d'un article Ignispedia dédié — L'inédie de Thérèse Neumann — auquel le lecteur qui souhaite approfondir ce dossier précis est renvoyé.
La vénérable Marthe Robin (1902-1981), fondatrice des Foyers de Charité, est le cas français le plus célèbre du siècle. Bouflet, pourtant l'un des auteurs les plus critiques du corpus, la qualifie sans détour de « plus célèbre inédique partielle du XXe siècle », mais ajoute : « certainement une des plus grandes saintes contemporaines »[31]. Sur le plan probatoire, cependant, il note que l'unique examen médical dont elle a fait l'objet fut « très en deçà d'un contrôle scientifique rigoureux », sans vérification objective, avec une cruche d'eau et des fruits accessibles dans sa chambre, et de petits excréments signalés[32]. Laurentin, qui qualifie au contraire les contrôles antérieurs de « rigoureux et prolongés », rapporte que de nouvelles vérifications, demandées par son évêque en janvier 1981, n'ont jamais pu avoir lieu : Marthe Robin, qui avait accepté par obéissance, meurt le 6 février 1981 avant que le contrôle ne commence[33]. Bouflet conclut avec une grande prudence : une alimentation minime n'ôterait rien à sa sainteté, mais suffirait à infirmer une inédie au sens strict du terme[34].
La bienheureuse Alexandrina da Costa (1904-1955), mystique portugaise, fait l'objet en 1943 d'un contrôle hospitalier prolongé[35], examiné en détail dans la section consacrée aux cas les mieux documentés. Enfin, le dossier de Madame R. (Rolande Lefebvre, 1911-2000) fait l'objet de la longue étude de cas qui structure la partie suivante de cet article ; sa biographie complète est traitée dans l'article dédié Le cas de Madame R.
Une quinzaine de cas jugés sérieux, une moitié de stigmatisés
Au terme de son propre panorama, Laurentin propose une évaluation d'ensemble, après avoir cité Catherine de Sienne, Catherine de Gênes, la bienheureuse Élisabeth Achler von Reute, Nicolas de Flue, Thérèse Neumann et Marthe Robin :
« Cela fait au total une quinzaine de cas sérieusement vérifiés. La moitié environ sont stigmatisés : "connexion" significative. » — René Laurentin, La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 17[36]
Cette estimation est celle de Laurentin en 1993. Il ne fournit ni liste exhaustive ni critères identiques pour chaque cas ; son décompte ne constitue donc pas une statistique générale des inédies.
Comment discerner une inédie ? Le protocole de contrôle
Le socle classique : six critères hérités de Lambertini
Le point de départ méthodologique le plus solide fourni par la théologie mystique classique est le protocole résumé par Tanquerey, qui renvoie explicitement à l'œuvre canonique du futur pape Benoît XIV sur les procès de béatification :
« L'Église se montre très sévère dans ses enquêtes sur des faits de ce genre et exige une surveillance de tous les instants, pendant un temps notable, par des témoins nombreux et habiles à découvrir les fraudes. Ils doivent examiner si l'abstinence est totale, s'étendant à la boisson aussi bien qu'à la nourriture solide, si elle est durable, et si la personne continue de vaquer à ses occupations. » — Adolphe Tanquerey, Phénomènes mystiques extraordinaires, Éditions Sainte Jeanne d'Arc, 1986, p. 33, renvoyant à Benoît XIV, De servorum Dei beatificatione et beatorum canonizatione, l. IV, Ire partie, ch. XXVII[37]
Les critères hérités de Benoît XIV peuvent se décomposer en six questions :
| Critère | Question probatoire |
|---|---|
| Surveillance continue | Le sujet a-t-il été observé sans interruption, jour et nuit ? |
| Durée notable | Le contrôle est-il assez long pour exclure un jeûne physiologiquement ordinaire ou préparé ? |
| Témoins nombreux | Le constat dépend-il d'une seule personne ou d'une équipe ? |
| Compétence antifraude | Les surveillants savent-ils repérer apports clandestins, substitutions et complicités ? |
| Abstinence totale | Le contrôle couvre-t-il les boissons et les solides, pas seulement les repas visibles ? |
| Maintien fonctionnel | Le sujet continue-t-il ses occupations, ou survit-il seulement dans un état d'épuisement ? |
Tanquerey complète cette grille par un principe de méthode générale, qu'il applique au discernement des révélations privées mais qui vaut tout autant pour l'inédie : « En général, on ne se contentera pas d'une seule preuve, on en exigera plusieurs ; et on se demandera si elles sont cumulatives et convergentes »[38]. Aucun indicateur isolé — un témoignage édifiant, une réputation de sainteté, une absence de faim déclarée — ne suffit jamais à lui seul.
Ce que le protocole ancien ne mesure pas encore
Ce socle historique, aussi rigoureux soit-il pour son époque, reste pré-moderne. Il ne mentionne ni pesée quotidienne, ni bilan hydrique chiffré, ni analyses urinaires ou sanguines, ni contrôle systématique des visiteurs, ni examen toxicologique. Il constitue une base nécessaire, mais non suffisante, pour évaluer les dossiers du XXe siècle, qui ont progressivement intégré ces exigences supplémentaires — avec un succès très inégal, comme le montre l'étude de cas suivante.
Le théologien pose par ailleurs une mise en garde méthodologique trop souvent oubliée : le jeûne prolongé peut lui-même devenir un facteur de confusion dans l'évaluation du témoin. « Son esprit n'est-il pas affaibli par la maladie, par de longs jeûnes ? », demande-t-il dans sa grille de discernement des révélations privées, en précisant que la réponse à cette question ne prouve ni n'exclut le fait allégué, mais permet de pondérer la valeur du témoignage recueilli[39]. La qualité spirituelle perçue chez un sujet, aussi réelle soit-elle par ailleurs, ne remplace jamais une observation corporelle indépendante.
Étude de cas : les quarante-sept jours de Madame R (1980)
Un dossier contemporain assorti de témoignages et d'annexes détaillées est celui de Rolande Lefebvre, dite « Madame R. » (1911-2000), mère de famille française dont le journal, présenté par René Laurentin, a été publié en 1993. Sa biographie complète, sa vie spirituelle et le contexte des sévices qu'elle disait subir font l'objet de l'article dédié Le cas de Madame R ; la présente section se concentre sur ce que son dossier apporte spécifiquement à l'étude méthodologique de l'inédie : ce que le protocole a permis d'établir, et ce qu'il n'a pas permis d'établir.
Le processus commence, selon la présentation de Laurentin, le 5 novembre 1975 : « le Seigneur l'invite à une nouvelle épreuve : — Ne plus manger ni boire »[40]. Le journal lui-même, cependant, donne une chronologie plus progressive que ce résumé ne le laisse entendre. Un premier essai de six jours sans nourriture, suivi de trois jours supplémentaires, s'accompagne encore d'« un verre de boisson par jour (eau ou tisane sans sucre) » et d'un médicament thyroïdien[41]. Après un essai de deux cuillerées de vermicelles le 18 décembre, suivi de douleurs et d'une syncope, des radiographies intestinales se révèlent normales et une consultation à l'Hôtel-Dieu, le 22 décembre, aboutit à des analyses jugées « bonnes » — vocabulaire trop vague pour constituer une preuve scientifique, sans compte rendu chiffré reproduit[42]. La perte rapide de vingt-deux kilos qui suit s'explique en partie, selon le témoignage même de Madame R., par un surpoids antérieur lié à un traitement antituberculeux[43].
L'eau et le médicament ne disparaissent que progressivement : quelques gorgées, puis un verre quotidien, puis un simple centimètre au fond d'un verre pour le comprimé thyroïdien. Ce n'est qu'après l'arrêt médical de ce traitement, début janvier 1976, que Madame R. écrit : « Cette fois, je n'avais plus aucune raison de boire même une goutte de liquide. C'était l'abstention absolue »[44]. Cette reconstruction chronologique, établie à partir du journal lui-même plutôt que du résumé qu'en donne la présentation de Laurentin, est indispensable : elle interdit de présenter le 5 novembre 1975 comme le début documenté d'une abstinence hydrique totale, qui ne s'installe en réalité que deux mois plus tard.
| Étape | Apports déclarés par le journal |
|---|---|
| À partir du 5 novembre 1975 | Réduction puis arrêt progressif des aliments ; traitements et boissons encore présents |
| Décembre 1975 | Environ un verre d'eau ou de tisane par jour ; médicament thyroïdien ; essais de reprise alimentaire |
| Après le 2 janvier 1976, à l'arrêt du traitement | Début déclaré de l'abstinence totale d'aliments, de boissons et de médicaments |
Lecture du tableau : la chronologie précise, reconstituée à partir du journal de Madame R. plutôt que du seul résumé de son présentateur, montre une installation progressive du jeûne sur près de deux mois.
Trois contrôles hospitaliers brefs précèdent le grand contrôle fermé de 1980. Laurentin en résume la chronologie : « organisés par trois fois : deux fois de manière très rigoureuse, sous le contrôle du professeur Bour, à l'hôpital parisien de l'Hôtel-Dieu en 1976-1977 mais brièvement, puis, du 22 avril au 7 juin 1980, pendant quarante-sept jours »[45]. L'annexe du livre précise ces dates : un contrôle de l'état de santé du 20 au 23 février 1976, un contrôle du jeûne du 28 mars au 2 avril 1976, puis un nouveau contrôle du 4 au 9 avril 1977[46]. Le journal lui-même, en revanche, situe la première hospitalisation du 20 au 23 janvier — et non février — 1976[47], et parle à propos du séjour de 1977 de « neuf jours complets et neuf nuits » sous contrôle strict, alors que l'annexe ne retient formellement que les six jours du 4 au 9 avril[48]. Les deux récits concordent sur la succession des séjours, mais divergent sur le mois du premier et la durée du troisième.
| Contrôle | Dates données par l'annexe | Dates données par le journal | Ce qui est mesuré | Limite documentaire |
|---|---|---|---|---|
| Premier séjour | 20-23 février 1976 | 20-23 janvier 1976 | État de santé général, examens et radios multiples | Divergence de mois non résolue ; aucun compte rendu conservé |
| Deuxième séjour | 28 mars - 2 avril 1976 | Récit de la surveillance p. 140–144 | Premier contrôle du jeûne lui-même | Aucun compte rendu conservé |
| Troisième séjour | 4-9 avril 1977 (six jours) | « Neuf jours complets et neuf nuits » | Chambre fermée, tension, pouls et analyses déclarés normaux | Durée divergente ; aucun compte rendu conservé ; acétone alléguée sans dosage reproduit |
Lecture du tableau : Laurentin indique ne disposer d'aucun compte rendu médical de ces trois premiers contrôles. Seul le quatrième contrôle, celui de 1980 détaillé ci-dessous, dispose d'un procès-verbal signé et de séries d'analyses datées.
Lors du deuxième séjour, du 28 mars au 2 avril 1976, la surveillance s'étend jusqu'à la toilette dentaire : « Lorsque Madame R. se lavait les dents, on pesait le verre d'eau et ce qu'elle crachait, pour vérifier si elle n'absorbait rien »[49]. Laurentin rapporte que le rejet dépassait parfois d'un ou deux grammes l'eau fournie, écart attribué à la salive. Ce détail concerne ce séjour hospitalier, et non le contrôle de 1980.
Le contrôle de 1977 est décrit de l'intérieur par Madame R. elle-même comme une chambre fermée rendant matériellement impossible toute prise alimentaire :
« [Cette hospitalisation] me met au moins dans l'impossibilité de manger et de boire, puisque je suis enfermée dans une chambre sous un contrôle strict. » — Rolande Lefebvre (« Madame R. »), journal, in René Laurentin (prés.), La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 188-189[50]
Au soir du deuxième avril 1977, après six jours d'hospitalisation, elle rapporte une soif intense qu'elle attribue à « une forte dose d'acétone », et trois verres d'eau apportés uniquement pour se rincer la bouche, provoquant selon elle « cinq minutes de terribles tentations d'avaler »[51]. Aucun résultat chiffré, cependant, n'accompagne ce témoignage : le mot « acétone » vient du journal, non d'un dosage biologique reproduit dans le livre. Laurentin lui-même reconnaît une lacune plus large encore : « ces trois premiers contrôles n'ont pas laissé de compte rendu [...] Et le médecin âgé n'a pas gardé de souvenir particulier »[52]. Pour ces séjours, le livre donne le récit de la patiente et la reconstruction de Laurentin, sans compte rendu médical contemporain reproduit.
Une chaîne de surveillance resserrée
C'est le quatrième contrôle, du 22 avril au 7 juin 1980 avant la perfusion, qui constitue le cœur probatoire du dossier. Il a lieu dans un couvent, désigné seulement par « X. », et non à l'Hôtel-Dieu comme les trois séjours précédents[53]. Demandé par l'évêque du diocèse, il prévoit une chambre entièrement dépourvue de réserve de liquide :
« Madame R. fut enfermée sous clé dans une chambre sans robinet, ni eau, ni liquide : pas même de l'eau de Cologne. Nul n'y pénétrait, sauf la religieuse qui détenait seule la clé. Elle restait présente lors des deux seules visites autorisées : le médecin et le prêtre. » — René Laurentin, La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 18-19[54]
Le procès-verbal signé par le père spirituel et la religieuse surveillante, reproduit en annexe du livre, confirme ce dispositif du point de vue des surveillants eux-mêmes : « Sœur C. seule avait la clé et elle accompagnait les deux seuls visiteurs autorisés à entrer »[55]. Le récit personnel de Madame R., daté de son entrée le 22 avril 1980, converge : « [J'étais] enfermée à clef, seule dans ma chambre, sans visite, sous une constante surveillance pour les toilettes, même pas seule avec mon père spirituel »[56]. Le protocole conserve cependant les petits apports de la communion quotidienne, précisés plus bas : cette surveillance ne doit donc pas être décrite comme une absence absolue de toute ingestion[57].
- 22 avril 1980Entrée en chambre closechambre sans robinet ni liquide, clé unique
Madame R. est enfermée dans une chambre dépourvue de tout liquide ; seule la religieuse surveillante détient la clé.
- 24 avril - 24 mai 1980Six premières séries biologiques24 avril ; 2, 9, 16, 21 et 24 mai
Laurentin rapporte huit visites au total et cinquante et une données par série : vingt-deux sanguines et vingt-neuf urinaires.
- 4 juin 1980Signes de déshydratationpotassium à 2,4
Le médecin constate une hémoconcentration et un déficit de potassium passé de 3,80 à 2,4.
- 7 juin 1980Appel du cardiologue Louis Callerotdécision de perfuser
Devant le risque cardiaque, le Dr Callerot est appelé au chevet de Madame R., au quarante-septième jour du contrôle.
- Nuit du 7 au 8 juin 1980Début de la perfusionintroduction d'un apport intraveineux
La perfusion se poursuit jusqu'au 11 juin à seize heures.
- 12 juin 1980Dernier prélèvementpostérieur à la perfusion
Ce huitième prélèvement ne documente donc plus la période avant perfusion.
Huit analyses biologiques et une lacune décisive
Le médecin chargé du suivi visite huit fois Madame R. ; Laurentin rapporte cinquante et une données par série, vingt-deux sanguines et vingt-neuf urinaires, aux dates des 24 avril, 2, 9, 16, 21 et 24 mai, puis 4 et 12 juin[58]. Or la perfusion débute dans la nuit du 7 au 8 juin et se poursuit jusqu'au 11 juin à seize heures : le prélèvement du 12 juin, postérieur à cette perfusion, ne documente donc plus la période précédente — il reste au maximum sept séries pertinentes pour évaluer les quarante-sept jours revendiqués, pendant lesquels les seuls apports expressément autorisés sont ceux de la communion[59][60]. Les analyses des 2 et 9 mai, puis du 4 juin, montrent selon Laurentin des signes de déshydratation et une chute du potassium de 3,80 à 2,4, ce qui conduit le cardiologue Louis Callerot à ordonner la perfusion devant le risque cardiaque[61].
Le médecin appelé au chevet de Madame R. écrit lui-même, dans une lettre reproduite par Laurentin :
« Je pense que le contrôle rigoureux [...] de ce jeûne total était important à faire, écartant absolument toute supercherie. » — Dr Louis Callerot, lettre reproduite dans René Laurentin, La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 339[62]
Il précise aussi, dans la même lettre : « Je n'ai pas d'idée personnelle sur la durée du jeûne complet tolérable par l'organisme »[63]. Le témoignage du cardiologue est donc précieux — un médecin nommé, une lettre reproduite, une intervention réelle — mais il n'équivaut ni à une supervision continue depuis le premier jour, ni à un rapport scientifique publié : Callerot n'est appelé qu'au quarante-septième jour, dans un contexte d'urgence.
Ce que le dossier ne prouve pas
Madame R. n'a jamais été pesée pendant les quarante-sept jours du contrôle[64]. Le médecin ne note que deux émissions urinaires de 250 grammes, sans mesure systématique des sorties[65]. Les diarrhées signalées par la surveillante ne sont ni pesées ni consignées médicalement[66]. Une divergence mineure existe même entre les dates données pour ces deux prélèvements urinaires (25 avril et 24 mai selon la synthèse finale) et celles de la première série sanguine (24 avril)[67]. Laurentin l'admet lui-même sans détour : le médecin, « troublé par ce cas hors série », n'a jamais rédigé de rapport-bilan de l'expérience[68].
Le contrôle n'était par ailleurs pas absolument dépourvu de tout apport : le protocole autorisait la communion eucharistique quotidienne, soit une infime parcelle d'hostie et environ un à deux centimètres cubes au calice, ce qui représente, sur quarante-sept jours, une quantité totale de l'ordre de 47 à 94 centimètres cubes de liquide[69]. Ce total est calculé à partir de l'apport quotidien indiqué ; il n'est pas une mesure cumulée. Le contrôle porte donc sur l'absence de nourriture et de boisson ordinaires, hormis les apports eucharistiques autorisés. Il ne démontre pas une ingestion nulle de liquide. Enfin, Laurentin annonce avoir réuni « huit analyses de cinquante et une données [...] avec leur collation synoptique et diverses études pluridisciplinaires, notamment celle du docteur Loron, médecin de la Salpêtrière »[70], mais aucune de ces feuilles biologiques ni cette étude ne sont reproduites dans le livre lui-même : le lecteur du livre n'a donc pas accès aux tableaux permettant de reprendre ces calculs.
Le procès-verbal final relève cette lacune : « Il est regrettable que la pesée du corps et des éliminations n’ait pas été faite. Elle eût donné un argument de poids qui reste non chiffré »[71]. Le texte nomme comme signataires le père spirituel de Madame R. et la religieuse surveillante ; il ne porte pas de signature médicale[72].
Ce que ce dossier apporte à la méthode générale
Le contrôle de Madame R. réunit une surveillance resserrée, sept séries biologiques avant perfusion, une lettre de cardiologue et un procès-verbal. L'absence de pesées, de bilan des sorties et de rapport médical final empêche cependant de reconstituer un bilan matériel complet. Les documents biologiques annoncés par Laurentin ne sont pas reproduits dans son livre. Ces limites portent sur la quantification et la vérification du phénomène ; elles ne suppriment pas les témoignages recueillis.
Quatre fenêtres doivent enfin être distinguées, car leur valeur probatoire n'est pas la même : la fenêtre contrôlée du 22 avril au 7 juin 1980, seule couverte par un procès-verbal et des séries biologiques ; la vie à domicile après juin 1980, où le jeûne absolu aurait repris après l'échec de la réalimentation prescrite à la sortie du contrôle[73] ; l'interruption de 1991, avec environ trois mois d'alimentation autour de l'opération cardiaque d'octobre 1991, qui met fin sur ordre du père spirituel à seize années d'inédie[74][75] ; puis une phase ultérieure avec eau et médicaments, que Laurentin lui-même présente comme moins radicale et moins probante que le contrôle de 1980[76]. L'objection de la renutrition s'applique ici : pas plus que l'attestation de 1943 ne certifie rétrospectivement les treize mois antérieurs d'Alexandrina[77], un jeûne repris à domicile ne prouve les périodes non surveillées. Seule la fenêtre de 1980 relève du niveau A de l'échelle ci-dessous.
Fraudes démasquées et allégations non contrôlées
L'objection de la fraude n'est pas une hypothèse abstraite formulée de l'extérieur par des sceptiques : elle est un mécanisme historiquement attesté à l'intérieur même du corpus mystique catholique, et les meilleurs auteurs du sujet la documentent sans complaisance.
Catherine Filljung : apports pendant l'observation d'Oriocourt (22 septembre – 3 octobre 1886) et acquittement pour irresponsabilité (12 avril 1892)
Le dossier de Catherine Filljung (1848-1915), présentée par un ouvrage publié en sa faveur comme ne se nourrissant que de l'hostie — mais que Bouflet décrit, légende photographique à l'appui, comme « raffolant par-dessus tout de gâteaux et liqueurs »[78] — illustre l'apport d'une observation organisée, avec ses limites : Une observation organisée à Oriocourt, du 22 septembre au 3 octobre 1886, devait durer quinze jours ; son départ fut exigé au douzième jour. Le récit conservé mentionne bouillon, potage, café et eau sucrée fournis pendant cette période, ainsi que la remarque cinglante de la prieure du couvent : « la faim [qui] fait sortir le loup du bois », évoquant « une maladie imaginaire ou d'escroquerie »[79]. Catherine Filljung fut finalement acquittée par un jugement du 12 avril 1892, après avoir été déclarée irresponsable dans un établissement de Steinbach[80] — un dénouement qui illustre, mieux qu'un long commentaire, la difficulté de distinguer imposture délibérée et trouble psychique.
L'ouvrage favorable qui avait fait connaître son cas fut condamné par décret de Mgr Jean-Baptiste Pelt, évêque de Metz, après avis du Saint-Office[81] — une précision qui compte : ce n'est pas le Saint-Office qui a directement prononcé la condamnation, mais l'évêque diocésain, sur son avis.
Sœur Espérance de Jésus : fraudes reconnues et désaccord sur l’inédie
Le dossier de Sœur Espérance de Jésus, née Vitaline Gagnon († 1926)[82], associe des fraudes reconnues à un désaccord entre les auteurs sur l'inédie elle-même. Laurentin écrit :
« Elle quitta la Congrégation, après avoir reconnu ses supercheries : faux stigmates qu'elle se faisait elle-même, fausses révélations nocturnes, avec la complicité d'une autre religieuse, et fausse inédie palliée par une alimentation clandestine. » — René Laurentin, La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 17[83]
Bouflet décrit un contrôle de six semaines en 1866, avec chambre fermée, religieuses assermentées se relayant jour et nuit et commission de quatre praticiens — deux catholiques et deux protestants — dirigée par le Dr Beaubien, médecin-chef de l'Hôpital général d'Ottawa. Quelques gouttes d'eau sont permises. Le poids passe, dans le récit, de 113 à 111 livres, puis la balance indique 124 livres en un quart d'heure : cette variation extraordinaire rapportée n'est pas une courbe pondérale exploitable[84].
En 1877, une religieuse reconnaît avoir fourni les textes des prétendues révélations. Bouflet rapporte ensuite les aveux concernant les stigmates produits au nitrate d'argent et au canif, ainsi que les essences parfumées. Il ne rejoint pourtant pas Laurentin sur tous les phénomènes : aux p. 98–99, il considère notamment l'inédie comme encore inexpliquée et envisage une origine diabolique. Cette interprétation est celle de Bouflet. Les deux auteurs s'accordent sur les fabrications, mais leur conclusion sur l'alimentation clandestine diffère[85].
Amelia Rodrigues et l'enquête du professeur João Porto
Le cas portugais d'Amelia Rodrigues commence le 13 mai 1945[86]. L'enquête menée en avril 1951 par le professeur João Porto révèle un dispositif matériel de fraude d'une grande sophistication : miroir, croix, liquide corrosif et prise de nourriture nocturne, réalisée avec la complicité d'une de ses sœurs[87]. Ce dossier illustre un point méthodologique central pour tout examen sérieux d'un cas allégué : la fraude, quand elle existe, mobilise souvent des complicités internes qu'une surveillance de façade — même bien intentionnée — ne détecte pas nécessairement.
Marie-Julie Jahenny : un contrôle jugé insuffisant
Bouflet réserve un jugement sévère au cas de la stigmatisée bretonne Marie-Julie Jahenny (1850-1941), voyante de La Fraudais :
« Il n'y a jamais eu de cette inédie alléguée un contrôle digne de ce nom. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Éditions Le Jardin des Livres, 2003-2015, p. 87[88]
L'affirmation d'inédie chez Marie-Julie Jahenny n'a, selon Bouflet, jamais été établie par une surveillance vérifiable. L'absence de contrôle ne démontre pas une fraude : son dossier doit être distingué des trois cas précédents. Ce jugement ne tranche pas les autres aspects du dossier de la voyante de La Fraudais, traités dans son propre article ; il précise les limites de ce qui peut être retenu spécifiquement sur le plan de l'inédie.
| Cas | Ce qui était prétendu | Ce que l'enquête a trouvé | Issue |
|---|---|---|---|
| Catherine Filljung | Ne se nourrir que de l'hostie | Gâteaux et liqueurs ; départ exigé au 12e jour d'une observation de 15 | Acquittée pour irresponsabilité, ouvrage condamné |
| Sœur Espérance de Jésus | Stigmates, révélations nocturnes, inédie | Stigmates fabriqués et fausses révélations ; alimentation clandestine selon Laurentin, désaccord de Bouflet | Quitte la congrégation après aveux |
| Amelia Rodrigues | Inédie mystique depuis 1945 | Miroir, croix, liquide corrosif, nourriture nocturne avec une sœur complice | Fraude établie par l'enquête de 1951 |
Lecture du tableau : les enquêtes révèlent des moyens matériels et des complicités. Le désaccord sur l’inédie de Sœur Espérance doit être distingué des fraudes aux stigmates et aux révélations.
Les cas les mieux documentés, sur une échelle de preuve
Une échelle pour ne pas tout mettre sur le même plan
La diversité des dossiers examinés jusqu'ici — depuis les cas médiévaux transmis sans aucun détail de contrôle jusqu'au dossier biologique de Madame R. — impose de classer les cas selon la qualité de leur documentation plutôt que selon la seule réputation de sainteté du sujet. Quatre niveaux permettent cette hiérarchisation :
| Niveau | Définition | Exemples parmi les cas traités |
|---|---|---|
| A — Contrôle prolongé décrit et attestations identifiables | Surveillance rapportée sur une période délimitée, témoins ou médecins identifiés ; pièces publiées plus ou moins complètes selon les cas | Madame R. (fenêtre contrôlée du 22 avril au 7 juin 1980 : procès-verbal publié, feuilles biologiques non reproduites ; périodes antérieures et postérieures, dont l'interruption de 1991, non contrôlées), Alexandrina da Costa (1943), Thérèse Neumann (1927) |
| B — Contrôle partiel ou documents incomplets | Surveillance réelle mais brève, ou compte rendu perdu, ou protocole allégé | Anne-Catherine Emmerich, Marthe Robin, les trois premiers contrôles de Madame R. |
| C — Témoignage hagiographique | Cas ancien ou peu documenté, transmis par la tradition sans protocole reproduit | Catherine de Sienne, Angèle de Foligno, Lidwine de Schiedam |
| Fraude établie | Enquête ayant démontré la fabrication du phénomène | Catherine Filljung, Amelia Rodrigues ; chez Sœur Espérance, désaccord sur l’inédie |
Lecture du tableau : ces catégories sont des repères de lecture proposés ici, et non une classification médicale validée. Elles distinguent les documents disponibles, sans attribuer une probabilité de miracle ni juger la sainteté du sujet. Un protocole raconté ne remplace pas l'accès aux mesures originales.
Catherine-Aurélie Caouette : trois avis médicaux en 1854
Bouflet, citant la biographie de Dom Georges Mercier, distingue deux étapes : Catherine-Aurélie Caouette aurait cessé de manger le 9 août 1854, puis de boire le 19 août, jusqu'au 28 décembre. Les essais alimentaires provoquent des vomissements, tandis qu'elle continue, selon le récit, à marcher, travailler et se rendre à l'église[89].
Trois médecins de Montréal ou de Québec sont nommés : E. H. Trudel, Munro, de l'Hôtel-Dieu de Montréal, et Landry. Munro rencontre Catherine-Aurélie alors que l'abstinence rapportée atteint cinquante jours ; il fait part de son avis à l'abbé Raymond. Landry déclare :
« on ne peut expliquer physiologiquement cette abstinence prolongée » — Dr Landry, témoignage transmis par Dom Georges Mercier, cité par Joachim Bouflet, t. 2, p. 41[90]
Son appréciation porte aussi sur la conservation des forces. Ce sont des consultations et des avis identifiés : le passage ne décrit pas une surveillance ininterrompue des quatre mois et demi. Leur intérêt tient à la concordance des observations rapportées, sans transformer ces visites en contrôle fermé[91].
Alexandrina da Costa : le contrôle de 1943
La bienheureuse Alexandrina da Costa est observée pendant quarante jours et quarante nuits à l'hôpital de Foz do Douro, près de Porto, en 1943. La notice du Saint-Siège distingue ce séjour du début de l'inédie rapportée par sa biographie, le 27 mars 1942[92]. La transcription de l'attestation des docteurs Lima et Azevedo donne les dates du 10 juin au 20 juillet 1943, puis une signature à Porto le 26 juillet 1943[93].
L'observation est dirigée par le Dr Henrique Gomes de Araújo. Dans son rapport, dont le sanctuaire de Balasar publie un extrait portugais, il affirme n'avoir constaté ni alimentation ni boisson, ni émission d'urine ou de selles durant les quarante jours d'hospitalisation. L'absence d'urine est l'anurie. Il distingue ensuite ce constat des treize mois antérieurs dont on lui parle :
« Les treize mois, comme on nous le rapporte ? Nous ne savons pas. » — Dr Henrique Gomes de Araújo, rapport sur l'observation de 1943, extrait reproduit par le sanctuaire de Balasar[94]
Cette distinction vient du médecin lui-même : la période observée ne suffit pas à certifier rétrospectivement les mois passés au domicile. L'attestation des docteurs Carlos Alberto de Lima et Manuel Augusto Dias de Azevedo, citée par Bouflet, rapporte aussi le maintien du poids, des constantes et de la lucidité, et mentionne une analyse sanguine réalisée trois semaines après l'entrée à l'hôpital[95]. Ces indications précisent l'objet du contrôle ; une affirmation de poids inchangé ne fournit cependant pas, à elle seule, la courbe des pesées.
Bouflet rapporte enfin un examen effectué en 1954 par le professeur Ruy João Marques, qui juge les faits incompatibles avec les explications physiologiques qu'il connaît[96]. Un examen ultérieur et une surveillance continue répondent à des questions différentes : ce second avis n'allonge pas le séjour contrôlé de 1943. Le dossier d'Alexandrina se distingue ainsi par des médecins identifiés, une période d'observation délimitée et des attestations transmises ; les treize années d'inédie relatées par la biographie ont une autre étendue documentaire que les quarante jours hospitaliers.
Thérèse Neumann et Marthe Robin : deux dossiers célèbres, deux limites différentes
Les cas de Thérèse Neumann et de Marthe Robin, déjà présentés dans la partie historique de cet article, illustrent deux limites différentes mais également instructives. Le dossier de Neumann bénéficie d'un contrôle de deux semaines relativement bien documenté, mais souffre d'une exposition médiatique qui a nui à toute poursuite scientifique sereine — l'article dédié L'inédie de Thérèse Neumann développe ce dossier dans son détail propre. Celui de Marthe Robin, à l'inverse, souffre d'un défaut d'occasion : la tentative de nouveau contrôle planifiée en 1981 n'a jamais pu avoir lieu en raison de sa mort. Ces différences portent sur les observations alimentaires et leur transmission ; elles ne constituent pas une mesure de la sainteté.
Kibeho : le jeûne des voyants et une question laissée ouverte
Le sanctuaire rwandais de Kibeho fournit un cas singulier, où le jeûne rejoint directement la question du discernement des apparitions elles-mêmes. L'un des voyants, Sagatashya, aurait observé un jeûne total de sept jours, du 7 au 14 mars 1983, conduisant à cette conclusion : « Ceci ne trouve pas d'explication physiologique »[97]. Bouflet distingue toutefois les bénéficiaires de la reconnaissance diocésaine :
« Le caractère surnaturel des apparitions de Kibeho a été reconnu le 29 juin 2001 par Mgr Augustin Misago [...] pour les voyantes Alphonsine, Nathalie et Marie-Claire. Deux des "jeûneurs", Agnès et Sagatashya, n'ont pas été retenus comme voyants authentiques. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Éditions Le Jardin des Livres, 2003-2015, p. 69, note[98]
La reconnaissance des apparitions de Kibeho ne s'étend donc pas automatiquement aux jeûnes attribués à tous les voyants. Bouflet laisse ouverte la question de ces jeûnes : l'examen d'une apparition et celui d'une abstinence sont deux enquêtes distinctes.
Luisa Piccarreta : l'inédie au service d'un autre message
La servante de Dieu Luisa Piccarreta (1865-1947) est elle aussi décrite par ses biographes comme ayant vécu pendant des décennies avec une nourriture presque exclusivement eucharistique. Dans son cas, cependant, l'inédie n'est jamais présentée par la spiritualité qu'elle a laissée comme le cœur de son message : le centre de son œuvre reste la doctrine de la Divine Volonté — non la simple obéissance qui consiste à faire la volonté de Dieu, mais la vie dans la Divine Volonté, troisième Fiat après la Création et la Rédemption, où la volonté propre effacée laisse la Volonté divine agir ; doctrine reçue par Luisa comme révélation privée (Servante de Dieu depuis 1994, Nulla Osta du Dicastère pour la Doctrine de la Foi en juin 2024), non comme dogme défini[99] — et l'obéissance constante avec laquelle elle rédigea ses cahiers sous la conduite de ses directeurs spirituels successifs. Le lecteur qui souhaite examiner spécifiquement le dossier de son inédie — sources, témoignages, limites documentaires — trouvera un traitement dédié dans l'article Luisa pouvait-elle vivre sans nourriture.
L'inédie et l'Eucharistie : un motif historique, pas une preuve causale
La récurrence du lien entre inédie et communion eucharistique, déjà signalée par Tanquerey et par Bouflet en ouverture de cet article, mérite une clarification théologique. Ce lien est un motif historique constant dans les dossiers les mieux documentés — Domenica Lazzeri, Maria Fürtner, Madame R., Alexandrina da Costa — mais il ne constitue jamais, à lui seul, une preuve causale de l'origine surnaturelle du phénomène. L'estimation de Laurentin selon laquelle environ la moitié des quinze cas qu'il juge sérieux concerne aussi des stigmatisés relève de la même prudence : c'est une observation statistique modeste, formulée par un seul auteur, et non une loi théologique établie[100].
Le sens théologique de l'inédie, quand elle est authentique, n'est du reste jamais de mépriser la nourriture ordinaire que Dieu a lui-même créée bonne. Il est de rappeler, par un signe extraordinaire donné à quelques-uns, une vérité qui vaut pour tous les fidèles sans exception : que l'homme ne vit pas seulement de pain, et que l'Eucharistie est réellement une nourriture pour l'âme. Mais cette vérité centrale de la foi catholique ne dépend en rien de la validité d'un dossier médical particulier — aucun fidèle n'a besoin d'un prodige alimentaire pour la recevoir.
Le discours du pain de vie donne le sens spirituel de ce rapprochement :
« Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle » (Jn 6, 54). — Évangile selon saint Jean, traduction liturgique[101]
La promesse concerne la vie éternelle et la résurrection, non la suppression ordinaire des besoins du corps. Les récits d'inédie eucharistique se comprennent comme des signes particuliers de dépendance envers le Christ ; ils n'établissent aucune règle alimentaire pour les autres fidèles.
Les hypothèses naturelles et leurs limites
L'anorexie mentale : une distinction, pas une confusion
L'examen des troubles alimentaires appartient au diagnostic différentiel, mais le vocabulaire clinique ne se réduit pas aux descriptions des anciens traités. Bouflet cite ainsi une formulation de l'écrivain Hélène Renard :
« L'anorexie mentale se caractérise par une farouche détermination à se sous-alimenter volontairement. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Éditions Le Jardin des Livres, 2003-2015, p. 54, citant Hélène Renard[102]
Cette phrase ne constitue pas une définition clinique actuelle. Le National Institute of Mental Health décrit l'anorexie mentale par une restriction sévère associée notamment à une image corporelle déformée ou à une peur intense de prendre du poids ; les troubles alimentaires sont des maladies, non un simple choix volontaire. Il distingue aussi des restrictions liées à la peur des conséquences de l'alimentation ou aux caractéristiques sensorielles des aliments, comme dans l'ARFID[103].
Bouflet oppose aux conduites qu'il décrit les personnes qui, selon les récits recueillis, suivent les prescriptions médicales et tentent de manger sans y parvenir ; il envisage cependant un refus inconscient chez certains sujets[104]. Madame R. dit ne pas ressentir « la vraie faim », tout en évoquant des « tentations de gourmandise » et une soif intense[105]. Ces déclarations renseignent sur son expérience vécue ; elles ne permettent, à elles seules, ni de poser ni d'écarter rétrospectivement un diagnostic. L'état nutritionnel, les conduites observées, les motivations et l'histoire médicale doivent être examinés ensemble.
Le point le plus solide de ce diagnostic différentiel demeure méthodologique : la présence d'un accès quotidien et non surveillé à la nourriture, documenté par le journal de Madame R. elle-même — vingt-cinq personnes reçues à Noël 1975, quatre-vingt-cinq kilos de fruits transformés en conserves durant l'été 1976[106] — renforce à la fois le constat d'un maintien fonctionnel remarquable (l'un des critères du protocole classique) et la possibilité matérielle, non exclue par principe, d'apports alimentaires non comptés en dehors des périodes strictement surveillées. Le travail domestique déclaré ne peut donc remplacer la surveillance des apports.
Anna Maria Goebel : un diagnostic historique contesté
Anna Maria Goebel subit en 1926 une enquête théologique et médicale de cinq semaines, au terme de laquelle elle est déclarée hystérique. Bouflet, qui s'appuie sur la biographie de Robert Ernst (1956), rapporte la contestation de cette conclusion par les praticiens l'ayant suivie pendant plusieurs années : selon son récit, ils ne constataient pas les symptômes invoqués. Il ajoute que ce diagnostic n'aurait pas suffi à expliquer l'ensemble des phénomènes[107].
La formule « c'était à la mode » appartient à Bouflet. Elle exprime sa critique d'une enquête historique, non un diagnostic actuel de Goebel. Ce cas distingue deux opérations : nommer une affection et montrer comment elle rend compte des apports, des pertes et de la durée observée. La première ne dispense pas de la seconde[108].
Un jeûne médical prolongé n'est pas une inédie sans eau
En 1973, W. K. Stewart et Laura W. Fleming, de l'université de Dundee, publient le suivi d'un homme de vingt-sept ans, initialement à 207 kg, pendant un jeûne de 382 jours. Il dispose de boissons non caloriques, reçoit des vitamines et de la levure, puis ponctuellement des suppléments minéraux ; des tests comportent des injections de glucose. Son poids passe de 456 à 180 livres, soit environ 207 à 82 kg. Le suivi se déroule largement à domicile avec des consultations régulières, non en chambre fermée[109].
Ce cas documente une adaptation physiologique avec consommation des réserves corporelles, hydratation et surveillance. Il ne démontre ni une vie sans eau ni une stabilité du poids sans apport. Les auteurs discutent également des décès survenus dans d'autres jeûnes : l'observation d'une survie exceptionnellement longue n'en fait pas une pratique sûre. Pour comparer un récit mystique à un jeûne médical, les données pertinentes sont donc les apports réels, la variation de masse et l'évolution biologique, pas le seul nombre de jours[110].
La physiologie de la privation d'eau : ce que dit, et ne dit pas, la médecine mobilisée par Laurentin
Laurentin fonde une partie de son raisonnement sur un article médical non signé, publié en janvier 1983 dans une revue de la Fédération de Cardiologie, intitulé « La soif et les boissons » :
« Si l'homme est capable de survivre un mois sans manger, il lui est impossible de rester plus de quarante-huit heures sans boire. » — Article « La soif et les boissons », revue de la Fédération de Cardiologie, janvier 1983, cité par René Laurentin, La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 329[111]
Le texte cité par Laurentin évalue les pertes hydriques usuelles à 2–2,5 litres par jour et avance un minimum d'apport de 0,6 litre[112]. Laurentin lui-même ne conserve pas le seuil de quarante-huit heures et raisonne sur cinq ou six jours[113]. Ces différences montrent qu'il utilise des repères de vulgarisation, non une durée individuelle mesurée. Son argument favorable à l'inédie repose surtout sur la disproportion entre les faibles apports autorisés, les quarante-sept jours observés et l'état clinique rapporté. Les signes de déshydratation et la perfusion finale appartiennent aussi à cette évaluation[114].
L'avis scientifique de l'EFSA sur l'eau apporte un repère distinct : les apports hydriques comprennent l'eau des boissons et celle des aliments ; les valeurs de référence dépendent notamment des conditions de température et d'activité[115]. Ces références nutritionnelles ne sont pas des durées maximales de survie. Dans un dossier d'inédie, il faut donc documenter les apports réels et l'évolution clinique, plutôt que transformer un seuil général en verdict sur une personne.
La fraude par apport clandestin
La section consacrée aux fraudes démasquées a montré que ce mécanisme n'est jamais une simple hypothèse théorique : il est un fait historiquement établi dans plusieurs dossiers du corpus mystique lui-même. Le protocole classique de Tanquerey en tient compte explicitement en exigeant des « témoins nombreux et habiles à découvrir les fraudes »[116]. Le contrôle de Madame R. en 1980 repose en dernière analyse sur une religieuse unique détenant la clé, plutôt que sur une équipe médicale indépendante et tournante — ce qui rend particulièrement importante la fiabilité du témoignage de cette surveillante.
Un facteur de confusion trop souvent oublié : le jeûne fragilise aussi le témoignage
Tanquerey demande si l'esprit du témoin n'est pas « affaibli par la maladie, par de longs jeûnes »[117]. Son principe concerne la valeur du témoignage : le récit subjectif, l'observation d'un tiers et la mesure médicale ne sont pas interchangeables. Madame R. décrit une soif intense et des tentations alimentaires ; ces expériences vécues renseignent sur sa souffrance, mais ne mesurent ni les apports ni les pertes[118]. L'examen doit confronter les témoignages aux constats matériels sans diagnostiquer un trouble à partir du seul vocabulaire religieux de la patiente.
Un phénomène voisin : l'agrypnie, ou la réduction extrême du sommeil
Plusieurs dossiers rapprochent la réduction de l'alimentation d'une réduction du sommeil, appelée agrypnie dans la littérature mystique. Bouflet distingue l'absence totale de sommeil des diminutions importantes, du demi-sommeil et des états d'extase ; il écrit que « l'agrypnie absolue n'existe pas »[119]. Le rapprochement n'explique pas l'inédie. Il ajoute une question d'observation : un repos non perçu par l'entourage peut être confondu avec une absence de sommeil, tout comme une prise alimentaire non vue peut être confondue avec une abstinence complète. Le contrôle nocturne fait ainsi partie de la surveillance continue demandée par Tanquerey[120].
Ce que l'Église enseigne, et ce qu'elle ne prétend jamais prouver
Bouflet formule ailleurs dans son Encyclopédie, à propos des extases, une distinction applicable par analogie à l'inédie :
« Le jugement de l'Église porte sur l'origine et la nature de l'extase, et non sur ses caractéristiques [...] les tests scientifiques pratiqués sur tel ou tel visionnaire [...] ne constituent jamais une preuve de l'origine surnaturelle de l'extase, ils n'ont strictement qu'une valeur indicative. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Éditions Le Jardin des Livres, 2003-2015, p. 299[121]
Transposé à l'inédie, ce principe distingue clairement trois questions distinctes : la privation a-t-elle réellement été observée ? le protocole exclut-il la fraude, les apports clandestins et les erreurs de surveillance ? et quelle interprétation donner, ensuite seulement, au fait ainsi établi ? Un contrôle médical, même exemplaire, ne répond jamais qu'aux deux premières questions.
Le discernement catholique peut accueillir la possibilité d'un signe surnaturel tout en exigeant l'examen matériel du fait. Les enquêtes de Tanquerey portent sur la réalité de l'abstinence et les moyens de fraude ; l'évaluation spirituelle considère également la doctrine, l'obéissance et les fruits de la vie. L'inexplication médicale laisse ouverte la question de l'origine : elle ne constitue pas, à elle seule, une attribution à Dieu[122][123].
La reconnaissance des vertus ne vaut pas certification de chaque phénomène corporel rapporté dans une biographie. Le 7 novembre 2014, le pape François autorise ainsi la promulgation du décret sur les vertus héroïques de Marthe Robin : c'est le fondement de son titre de vénérable[124]. Le Catéchisme situe les charismes, y compris extraordinaires, dans leur relation à la grâce sanctifiante et au bien commun de l'Église (CEC § 2003)[125]. Un phénomène impressionnant doit donc être examiné avec la doctrine, la charité et la vie de la personne ; il ne les remplace pas.
Pour aller plus loin
- Le cas de Madame R (Rolande Lefebvre) — biographie et dossier spirituel, en complément du contrôle de 1980.
- L'inédie de Thérèse Neumann — étude dédiée du dossier de 1927 et de ses suites.
- Servante de Dieu Thérèse Neumann — biographie complète de la stigmatisée bavaroise.
- Vénérable Marthe Robin — biographie de la fondatrice des Foyers de Charité.
- Bienheureuse Alexandrina da Costa — biographie de la mystique portugaise.
- Luisa pouvait-elle vivre sans nourriture ? — dossier dédié à l'inédie de Luisa Piccarreta.
- Marie-Julie Jahenny — discussion des témoignages et des réserves de Bouflet sur le contrôle de l'inédie.
- Sanctuaire de Kibeho — apparitions mariales reconnues et jeûne de deux voyants non retenus comme authentiques.
- Les stigmatisés — autre phénomène corporel mystique, souvent associé à l'inédie.
- Discernement des phénomènes surnaturels — critères généraux de prudence de l'Église.
Notes et références
René Laurentin, La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 335.
1 61 114Adolphe Tanquerey, Phénomènes mystiques extraordinaires, Éditions Sainte Jeanne d'Arc, Vailly-sur-Sauldre, 1986, p. 29-30.
2 13René Laurentin (prés.), La Passion de Madame R. — Journal d'une mystique assiégée par le démon, préface du cardinal Robert Coffy, Plon, Paris, 1993, ISBN 2-259-02798-9, p. 16.
3 22Père spirituel de Madame R. et Sœur Marie-Claire, « Procès-verbal du jeûne de Madame R. », reproduit dans René Laurentin, La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 341.
4 53 55René Laurentin, La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 17.
5 36 100Adolphe Tanquerey, Phénomènes mystiques extraordinaires, Éditions Sainte Jeanne d'Arc, 1986, p. 33, renvoyant à Benoît XIV, De servorum Dei beatificatione et beatorum canonizatione, l. IV, Ire partie, ch. XXVII.
6 37 116 120 122Édition originale : Adolphe Tanquerey, Précis de théologie ascétique et mystique, Desclée, Paris, 1923 (rééd. 1924). L'extrait cité dans cet article est l'édition Sainte Jeanne d'Arc, Vailly-sur-Sauldre, 1986.
7Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Éditions Le Jardin des Livres, 2003-2015 (réimpr. 2019), p. 8, note 1.
8René Laurentin, La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 18.
9 45René Laurentin, La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 17.
10Père spirituel de Madame R. et Sœur Marie-Claire, « Procès-verbal du jeûne de Madame R. », dans René Laurentin, La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 344.
11 20 57 60 69René Laurentin, La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 16.
12 21Adolphe Tanquerey, Phénomènes mystiques extraordinaires, Éditions Sainte Jeanne d'Arc, 1986, p. 32.
14Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Éditions Le Jardin des Livres, 2003-2015, p. 37.
15Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Éditions Le Jardin des Livres, 2003-2015, p. 65.
16Rolande Lefebvre (« Madame R. »), journal, in René Laurentin (prés.), La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 134.
17René Laurentin, La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 19.
18EFSA Panel on Dietetic Products, Nutrition, and Allergies, Scientific Opinion on Dietary Reference Values for water, EFSA Journal, 8(3), 1459, 25 mars 2010. Les apports de référence portent sur l'eau totale provenant des boissons et des aliments, dans des conditions définies ; ils ne donnent pas un seuil individuel de survie sans boire.
19 115Adolphe Tanquerey, Phénomènes mystiques extraordinaires, Éditions Sainte Jeanne d'Arc, 1986, p. 32-33, citant le docteur Imbert-Goubeyre, La stigmatisation, t. II, p. 183.
23Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Éditions Le Jardin des Livres, 2003-2015, p. 26-27.
24Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Éditions Le Jardin des Livres, 2003-2015, p. 27-28.
25Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Éditions Le Jardin des Livres, 2003-2015, p. 29.
26Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Éditions Le Jardin des Livres, 2003-2015, p. 30, note ; p. 37.
27Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 2, Le Jardin des Livres, 2003–2015, p. 40–41, citant Dom Georges Mercier, Aurélie Caouette, femme au charisme bouleversant, Montréal, Éditions Paulines, 1982, p. 161–163.
28 89 90 91Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Éditions Le Jardin des Livres, 2003-2015, p. 44.
29René Laurentin, La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 18.
30Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Éditions Le Jardin des Livres, 2003-2015, p. 209 (cahier photographique).
31Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Éditions Le Jardin des Livres, 2003-2015, p. 49.
32René Laurentin, La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 18.
33Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Éditions Le Jardin des Livres, 2003-2015, p. 49-50.
34Saint-Siège, Alexandrina Maria da Costa (1904-1955), notice de béatification, 25 avril 2004. Début du jeûne rapporté : 27 mars 1942 ; observation hospitalière : quarante jours en 1943. Bouflet imprime 1942 pour le séjour (p. 50) et 1945 pour la date de l'attestation (p. 51), tandis que la transcription publiée par Francis Johnston porte 1943 pour ces deux événements ; il s'agit d'une divergence de transmission des dates, non de trois contrôles distincts.
35 92Adolphe Tanquerey, Phénomènes mystiques extraordinaires, Éditions Sainte Jeanne d'Arc, 1986, p. 26.
38Adolphe Tanquerey, Phénomènes mystiques extraordinaires, Éditions Sainte Jeanne d'Arc, 1986, p. 18.
39 117René Laurentin, La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 27.
40Rolande Lefebvre (« Madame R. »), journal, in René Laurentin (prés.), La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 134.
41Rolande Lefebvre (« Madame R. »), journal, in René Laurentin (prés.), La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 135.
42 43Rolande Lefebvre (« Madame R. »), journal, in René Laurentin (prés.), La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 136-137.
44René Laurentin, La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 332-333.
46Rolande Lefebvre (« Madame R. »), journal, in René Laurentin (prés.), La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 137.
47Rolande Lefebvre (« Madame R. »), journal, in René Laurentin (prés.), La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 195.
48René Laurentin, La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 333.
49Rolande Lefebvre (« Madame R. »), journal, in René Laurentin (prés.), La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 188-189.
50Rolande Lefebvre (« Madame R. »), journal, in René Laurentin (prés.), La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 190.
51René Laurentin, La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 333-334.
52René Laurentin, La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 18-19.
54Rolande Lefebvre (« Madame R. »), journal, in René Laurentin (prés.), La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 271.
56Père spirituel de Madame R. et Sœur Marie-Claire, « Procès-verbal du jeûne de Madame R. », dans René Laurentin, La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 342.
58René Laurentin, La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 336 et 344.
59Dr Louis Callerot, lettre reproduite dans René Laurentin, La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 339.
62Dr Louis Callerot, lettre reproduite dans René Laurentin, La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 339.
63René Laurentin, La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 336.
64René Laurentin, La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 336.
65 66René Laurentin, La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 345 ; comparer p. 342.
67René Laurentin, La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 336.
68René Laurentin, La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 339.
70Père spirituel de Madame R. et Sœur Marie-Claire, « Procès-verbal du jeûne de Madame R. », dans René Laurentin, La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 345.
71 72René Laurentin, La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 344-345 : réalimentation prescrite à la sortie du contrôle (boissons vitaminées, yaourts), souffrances aiguës, puis reprise du jeûne absolu.
73René Laurentin, La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 318-319 : reprise d'une alimentation pendant environ trois mois en 1991, autour de l'opération cardiaque d'octobre 1991.
74René Laurentin, La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 336 : opération cardiaque d'octobre 1991 mettant fin, sur ordre du père spirituel, à seize années d'inédie ; quatre-vingts kilos à quatre-vingts ans.
75René Laurentin, La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 325-326 : phase ultérieure avec eau et médicaments, moins radicale et moins probante que le contrôle fermé de 1980.
76Henrique Gomes de Araújo, rapport sur l'observation au Refúgio da Paralisia Infantil, extrait portugais publié par le sanctuaire d'Alexandrina de Balasar, « Jejum Eucarístico », rubrique « Relatório médico », citant H. Pasquale, Alexandrina, première édition, p. 170. Original de la phrase traduite : « Os treze meses, como nos informam? Não sabemos. »
77 94Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Éditions Le Jardin des Livres, 2003-2015, p. 208 (cahier photographique).
78Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Éditions Le Jardin des Livres, 2003-2015, p. 89-90.
79Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Éditions Le Jardin des Livres, 2003-2015, p. 90.
80Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Éditions Le Jardin des Livres, 2003-2015, p. 88, note.
81L'année de naissance de Vitaline Gagnon (1844 ou 1847 selon les sources secondaires) n'a pu être arbitrée sur registre primaire ; elle est volontairement omise. L'année du décès, 1926, suit Bouflet.
82René Laurentin, La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 17.
83Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 2, Le Jardin des Livres, 2003–2015, p. 94–95 ; renvoi à Sœur Paul-Émile, Mère Elisabeth Bruyère et son Œuvre, t. I, Ottawa, Éditions de l'Université, 1945, p. 381.
84Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 2, Le Jardin des Livres, 2003–2015, p. 97–99. À comparer avec René Laurentin, La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 17, qui parle explicitement d'alimentation clandestine.
85Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Éditions Le Jardin des Livres, 2003-2015, p. 85.
86Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Éditions Le Jardin des Livres, 2003-2015, p. 86.
87Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Éditions Le Jardin des Livres, 2003-2015, p. 87.
88Carlos Alberto de Lima et Manuel Augusto Dias de Azevedo, attestation datée « Oporto, 26 July 1943 », transcrite en anglais dans Francis Johnston, Alexandrina, chapitre « Medical confirmation », texte publié par EWTN, d'après la biographie d'Umberto Pasquale. Il s'agit d'une transcription biographique, non d'un fac-similé signé.
93Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Éditions Le Jardin des Livres, 2003-2015, p. 50-51.
95Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Éditions Le Jardin des Livres, 2003-2015, p. 52.
96Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Éditions Le Jardin des Livres, 2003-2015, p. 69.
97Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Éditions Le Jardin des Livres, 2003-2015, p. 69, note.
98Distinction faire la volonté de Dieu / vivre dans la Divine Volonté et troisième Fiat (Création, Rédemption, Sanctification) : doctrine reçue par Luisa Piccarreta dans le Livre du Ciel, présentée comme révélation privée, non comme dogme défini. Statut ecclésial : Servante de Dieu (ouverture de la cause, 20 novembre 1994), Nulla Osta du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, juin 2024, confirmé par lettre du 3 décembre 2024.
99Évangile selon saint Jean, 6, 54 et 57–58, traduction liturgique AELF.
101Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Éditions Le Jardin des Livres, 2003-2015, p. 54, citant Hélène Renard.
102National Institute of Mental Health, Eating Disorders: What You Need to Know, notice révisée en 2024, rubriques « What are eating disorders? » et « What are the common types of eating disorders? », consultée le 23 septembre 2026. Définitions de l'anorexie mentale et du trouble d'évitement/restriction de l'ingestion d'aliments (ARFID).
103Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Éditions Le Jardin des Livres, 2003-2015, p. 63.
104Rolande Lefebvre (« Madame R. »), journal, in René Laurentin (prés.), La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 138-140.
105 118Rolande Lefebvre (« Madame R. »), journal, in René Laurentin (prés.), La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 135-136 et 146.
106Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 2, Le Jardin des Livres, 2003–2015, p. 55–56, citant Robert Ernst, Anna Maria Goebel, die stigmatisierte Opferseele von Bickendorf (Eifel), Eupen, Markus-Verlag, 1956, p. 47–48.
107 108W. K. Stewart et Laura W. Fleming, « Features of a successful therapeutic fast of 382 days' duration », Postgraduate Medical Journal, vol. 49, n° 569, mars 1973, p. 203–209, en particulier p. 203–204 pour les apports, le suivi et le poids ; p. 207 pour les décès rapportés dans d'autres observations. PMID 4803438.
109 110Article « La soif et les boissons », revue de la Fédération de Cardiologie, janvier 1983, cité dans René Laurentin, La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 329.
111 113Article « La soif et les boissons », revue de la Fédération de Cardiologie, janvier 1983, cité dans René Laurentin, La Passion de Madame R., Plon, 1993, p. 330-331.
112Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Éditions Le Jardin des Livres, 2003-2015, p. 116.
119Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Éditions Le Jardin des Livres, 2003-2015, p. 299.
121 123Conférence des évêques de France, « Marthe Robin déclarée “vénérable” par le Pape », communiqué du 8 novembre 2014 : autorisation pontificale du 7 novembre et reconnaissance des vertus héroïques.
124Catéchisme de l'Église catholique, § 2003, « La grâce » : orientation des charismes vers la sanctification, le bien de l'Église et la charité.
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