Sainte Jeanne d'Arc (1412-1431)

Sainte Jeanne d'Arc, la Pucelle d'Orléans, est une bergère lorraine que des voix célestes — saint Michel, sainte Catherine et sainte Marguerite — envoyèrent délivrer Orléans et faire sacrer Charles VII à Reims. Capturée, jugée par un tribunal d'Église dévoyé et brûlée vive à Rouen en 1431 à dix-neuf ans, vierge vénérée comme martyre, elle fut réhabilitée en 1456, béatifiée par Pie X (1909) et canonisée par Benoît XV (1920). Patronne secondaire de la France, elle est le modèle de l'obéissance pure et de la fidélité jusque dans le feu.

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Jeanne d'Arc (vers 1412-1431), dite la Pucelle d'Orléans, est une jeune paysanne lorraine que l'Église catholique honore comme vierge, vénérée comme martyre par sa fidélité jusque dans le feu, et comme l'une des plus grandes saintes nationales de son histoire. Guidée par des voix célestes — celles de saint Michel, de sainte Catherine d'Alexandrie et de sainte Marguerite d'Antioche —, elle quitte son village à dix-sept ans, fait lever le siège d'Orléans en 1429, conduit le dauphin Charles à son sacre à Reims, puis tombe aux mains des Anglo-Bourguignons.[1][2]

Livrée à un tribunal ecclésiastique dévoué aux intérêts anglais et présidé par l'évêque Pierre Cauchon, elle est condamnée comme hérétique et relapse, puis brûlée vive à Rouen le 30 mai 1431, à l'âge d'environ dix-neuf ans, en répétant le nom de Jésus.[3][4] Vingt-cinq ans plus tard, un procès en nullité annule la sentence et lave sa mémoire.[5]

La vie de sainte Jeanne d'Arc en sept dates : Domrémy, les voix, Chinon, Orléans, Reims, Compiègne et Rouen. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Loin de la seule héroïne nationale que la République et le roman ont parfois retenue, Jeanne d'Arc est d'abord une figure spirituelle : une âme d'une pureté limpide, d'une obéissance totale à ce qu'elle croit être la volonté de Dieu, et d'un courage qui défie les docteurs comme les bourreaux. Béatifiée en 1909 par saint Pie X, canonisée en 1920 par Benoît XV, elle est proclamée par Pie XI patronne secondaire de la France en 1922.[6][7]

Domrémy : l'enfance d'une bergère lorraine

Le village et la famille d'Arc

Jeanne naît à Domrémy, sur les marches de Lorraine et de Champagne, dans une famille de laboureurs aisés mais simples. Les notices anciennes placent sa naissance vers le 6 janvier 1412, sans qu'aucun acte ne la fixe avec certitude.[8][9] Son père, Jacques d'Arc, est un cultivateur respecté du village ; sa mère, Isabelle Romée, est une femme pieuse qui transmet à ses enfants l'essentiel de la foi : le Pater, l'Ave, le Credo.[10]

Jeanne ne sait ni lire ni écrire — elle le dira elle-même à ses juges — mais elle connaît son catéchisme, va à confesse, communie, et travaille comme toutes les filles de son rang : elle file, garde parfois les bêtes, aide aux champs. Le pays vit alors sous la menace permanente des bandes armées de la guerre de Cent Ans, et Domrémy, fidèle au dauphin de France, subit raids et incendies.[11]

Une piété précoce au temps de la guerre

Les témoins de son procès de réhabilitation décrivent une enfant douce, laborieuse et d'une dévotion remarquable : elle aime l'église, sonne volontiers les cloches, soigne les pauvres et les malades, se confesse souvent.[12] Cette piété ordinaire mais ardente est le terreau d'où surgira sa vocation. Rien, dans cette vie de village, ne laissait présager qu'elle conduirait des armées — sinon une droiture absolue et une attention au surnaturel que ses contemporains jugeaient déjà peu commune.

Les voix (1425-1428)

Saint Michel, sainte Catherine et sainte Marguerite

C'est vers l'été 1425, à environ treize ans, que Jeanne entend pour la première fois une voix, accompagnée d'une grande lumière, du côté de l'église.[13] Au fil des mois, elle discerne les figures qui lui parlent : l'archange saint Michel, prince des armées célestes, puis sainte Catherine d'Alexandrie et sainte Marguerite d'Antioche, deux vierges martyres très populaires dans la piété médiévale.[14][15]

Eugène Thirion représente Jeanne d'Arc écoutant ses voix : saint Michel, sainte Catherine et sainte Marguerite. Peinture du XIXe siècle, domaine public, Wikimedia Commons.

Jeanne insistera toute sa vie sur la réalité physique de ces apparitions. Pressée par ses juges de dire si elle les avait vues de ses yeux, elle répondit avec une simplicité désarmante :

« Je les ai vues de mes yeux corporels, aussi bien que je vous vois ; et quand elles me quittaient, je pleurais, et j'aurais bien voulu qu'elles m'eussent emmenée avec elles. » — Jeanne d'Arc, Procès de condamnation, Rouen, 1431[16]

La mission révélée

Les voix de Jeanne d'Arc : saint Michel, sainte Catherine et sainte Marguerite orientent sa mission vers Orléans et le sacre. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Peu à peu, les voix précisent une mission qui terrifie d'abord la jeune fille : aller trouver le dauphin Charles, faire lever le siège d'Orléans et conduire le roi se faire sacrer à Reims.[17][18] Jeanne objecte qu'elle n'est qu'« une pauvre fille qui ne sait ni monter à cheval ni conduire la guerre ». Mais l'insistance des voix l'emporte. Vers cette époque, elle fait — selon ce qu'elle confiera — un vœu de virginité aussi longtemps qu'il plairait à Dieu, scellant la consécration totale de sa personne à sa mission.[19]

De Vaucouleurs à Chinon (1428-1429)

Robert de Baudricourt

Pour atteindre le dauphin, Jeanne doit d'abord convaincre Robert de Baudricourt, capitaine royal de la place forte de Vaucouleurs. Éconduite une première fois — le capitaine conseille à son oncle de la « souffleter » et de la ramener chez elle —, elle revient avec une obstination tranquille.[20][21] Lorsqu'elle annonce, plusieurs jours à l'avance, une défaite française près d'Orléans (la « journée des Harengs ») que personne ne pouvait connaître, Baudricourt finit par céder. Il lui donne une escorte, une épée et des habits d'homme pour traverser, de nuit, un pays tenu par l'ennemi.

La reconnaissance du dauphin à Chinon

Après onze jours d'un voyage périlleux, Jeanne arrive à Chinon au début de mars 1429.[22] La tradition rapporte l'épisode fameux de la reconnaissance : Charles, pour l'éprouver, se serait dissimulé parmi ses courtisans ; Jeanne l'aurait pourtant identifié sans hésiter et lui aurait confié, en privé, un signe qui le bouleversa et le confirma dans sa légitimité.[23][24] Quoi que l'on pense des embellissements postérieurs, le résultat est historique : le dauphin lui accorde sa confiance.

L'examen de Poitiers

La campagne de 1429 : de Domrémy et Vaucouleurs à Chinon, Orléans, Patay, Reims, Paris et Compiègne. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Avant de la laisser combattre, Charles fait examiner Jeanne par une commission de théologiens et de clercs réunie à Poitiers, pendant trois semaines. On l'interroge sur sa foi, ses mœurs, ses voix. Les docteurs concluent qu'on ne trouve en elle rien de mal, mais au contraire « humilité, virginité, dévotion, honnêteté, simplicité », et qu'au vu de la détresse du royaume, le roi peut licitement s'aider d'elle.[25][26] On vérifie aussi sa virginité. C'est seulement après cet examen ecclésiastique favorable — point capital pour la suite — qu'elle reçoit une armure, un étendard portant les noms Jhesus Maria, et l'autorisation de marcher vers Orléans.

L'épopée militaire (1429)

La délivrance d'Orléans

Orléans, assiégée par les Anglais, est la clé du royaume : sa chute ouvrirait tout le sud à l'ennemi. Jeanne y entre le 29 avril 1429 et galvanise une garnison découragée. En quelques jours d'assauts qu'elle mène au premier rang, bannière en main plutôt qu'épée levée, les bastilles anglaises tombent l'une après l'autre. Le 7 mai, blessée d'une flèche à l'épaule, elle revient au combat ; le 8 mai 1429, les Anglais lèvent le siège.[27][28] La nouvelle de cette délivrance, jugée presque miraculeuse, retentit dans toute la chrétienté et vaut à Jeanne son surnom de « Pucelle d'Orléans ».

La campagne de la Loire et Patay

Sur sa lancée, Jeanne convainc le dauphin de nettoyer la Loire avant de marcher sur Reims. Les villes tombent (Jargeau, Meung, Beaugency), et le 18 juin 1429, l'armée française écrase les Anglais à Patay, victoire en rase campagne qui renverse le rapport de forces de la guerre.[29][30] Jeanne, qui n'a jamais voulu tuer de sa main et pleurait sur les morts ennemis, montre dans ces semaines un sens stratégique et une autorité qui forcent le respect des capitaines aguerris.

Le sacre de Reims (17 juillet 1429)

Le cœur de la mission de Jeanne n'est pas militaire mais sacral. Traversant un territoire encore ennemi, elle mène Charles jusqu'à Reims, ville du sacre des rois de France. Le 17 juillet 1429, le dauphin est oint et couronné dans la cathédrale, Jeanne à ses côtés, son étendard déployé.[31][32] Charles VII devient le roi légitime aux yeux du peuple ; la cause anglaise, qui prétendait au trône de France, en sort durablement ébranlée. Pour Jeanne, l'essentiel est accompli.

Jeanne d'Arc au sacre de Charles VII, par Jean-Auguste-Dominique Ingres : la mission militaire conduit au geste sacral de Reims. Domaine public, Wikimedia Commons.

« Gentil roi, maintenant est exécuté le plaisir de Dieu, qui voulait que je fisse lever le siège d'Orléans et que je vous amenasse en cette cité de Reims recevoir votre saint sacre. » — paroles attribuées à Jeanne d'Arc au sacre, Chronique du temps[33]

L'échec devant Paris et la capture

Après le sacre, l'élan se brise. Les atermoiements de la cour, les trêves négociées avec les Bourguignons, privent Jeanne du soutien dont elle aurait eu besoin. L'attaque de Paris (septembre 1429) échoue ; Jeanne y est blessée à la cuisse.[34] L'hiver passe en demi-mesures. Le 23 mai 1430, lors d'une sortie pour secourir Compiègne assiégée, elle est désarçonnée et faite prisonnière par les Bourguignons.[35][36] Le roi qu'elle avait fait sacrer ne tentera rien pour la délivrer ni la racheter.

Le procès de condamnation (1431)

Vendue aux Anglais, jugée par l'Église

Les Bourguignons vendent Jeanne aux Anglais pour dix mille livres.[37] Pour ses ennemis, il ne suffit pas de la tuer : il faut la déshonorer, ruiner par un jugement d'Église la légitimité que son action avait donnée à Charles VII. On la transfère à Rouen, capitale anglaise du royaume, et on monte contre elle un procès d'inquisition sous couvert de religion.[38][39]

Pierre Cauchon et un tribunal partial

Le procès de Rouen : prison anglaise, juge partial, absence de défense, pièges théologiques et annulation finale en 1456. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le procès, ouvert le 21 février 1431, est présidé par Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, prélat acquis aux Anglais et qui espère de cette docilité l'archevêché de Rouen.[40][41] Tout y est vicié : Jeanne, prisonnière des Anglais et non de l'Église, est détenue dans une prison militaire gardée par des soldats, enchaînée, sans avocat, sans pouvoir faire appel au pape comme elle le demandait. Les juges, théologiens de l'Université de Paris ralliés à l'Angleterre, multiplient les pièges juridiques contre une fille de dix-neuf ans illettrée.

Les réponses de Jeanne

Et pourtant, les minutes du procès — conservées — révèlent une accusée d'une lucidité et d'un à-propos qui stupéfient ses juges. À la question perfide de savoir si elle était en état de grâce — piège mortel, car s'avouer en grâce était présomption, le nier était se condamner —, Jeanne répondit par un mot resté célèbre dans toute la tradition spirituelle :

« Si je n'y suis, Dieu m'y mette ; et si j'y suis, Dieu m'y garde. » — Jeanne d'Arc, Procès de condamnation, Rouen, 1431[42]

Les assesseurs, rapporte-t-on, en restèrent interdits.[43] À d'autres moments, sommée de se soumettre à l'Église, elle distingue avec une justesse théologique inattendue l'Église triomphante (Dieu et les saints) et l'Église militante, affirmant servir Dieu d'abord : « De Dieu et de l'Église, c'est tout un. »[44]

L'abjuration et la rechute

Épuisée, menacée du bûcher, exhibée sur l'échafaud du cimetière de Saint-Ouen, Jeanne finit, le 24 mai 1431, par signer une abjuration — formule qu'elle ne comprenait sans doute pas pleinement — et à reprendre des habits de femme. On commue sa peine en prison perpétuelle.[45][46] Mais quelques jours plus tard, elle reprend l'habit d'homme (par nécessité ou par contrainte, les versions divergent) et déclare que ses voix lui ont reproché sa trahison. Pour le tribunal, c'est la rechute (relapse) qui permet de la livrer au bras séculier.

Le martyre du bûcher (30 mai 1431)

Le 30 mai 1431, sur la place du Vieux-Marché de Rouen, Jeanne d'Arc est brûlée vive comme hérétique relapse.[47][48] Elle a demandé et obtenu de pouvoir se confesser et communier. Au milieu des flammes, elle réclame une croix ; un Anglais lui en fabrique une de deux bâtons, et un dominicain lui présente le crucifix de l'église voisine, qu'elle fixe jusqu'au bout.

« Ses derniers mots, criés à plusieurs reprises au milieu du feu, furent le nom de Jésus. » — d'après les témoins du supplice, rapportés au procès de réhabilitation[49]

Jeanne d'Arc au bûcher de Rouen, par Jules-Eugène Lenepveu : la tradition retient son ultime invocation du nom de Jésus. Domaine public, Wikimedia Commons.

Le bourreau Geoffroy Thérage confia plus tard sa terreur d'avoir « brûlé une sainte ».[50] On jeta ses cendres dans la Seine, pour qu'il n'en restât aucune relique. Elle avait environ dix-neuf ans.

La réhabilitation (1456)

Dès la reconquête de Rouen par Charles VII (1449), l'iniquité du procès apparaît au grand jour. À la demande de la famille de Jeanne — sa mère Isabelle Romée plaide la cause de sa fille — et avec l'appui du pape Calixte III, un procès en nullité est ouvert.[51][52] On rouvre l'instruction, on entend plus de cent témoins : compagnons d'armes, gens de Domrémy, juges eux-mêmes. Le 7 juillet 1456, la sentence casse et annule le procès de 1431, le déclare entaché de « dol, calomnie, iniquité » et réhabilite pleinement la mémoire de Jeanne.[53][54] Les minutes des deux procès constituent, pour l'historien, une documentation exceptionnelle : peu de saints médiévaux sont connus avec une telle précision, par leurs propres paroles.

La sainteté de Jeanne d'Arc

La sainteté de Jeanne d'Arc : obéissance, pureté, courage et priorité absolue donnée à Dieu. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

L'Église ne canonise pas une héroïne militaire : elle canonise une sainte. Or la sainteté de Jeanne se lit dans des vertus précises, attestées par les témoins.

L'obéissance et la pureté

Toute la vie de Jeanne est suspendue à une obéissance : non pas d'abord aux capitaines, mais à ce qu'elle nomme ses « voix » et, à travers elles, à Dieu. Cette obéissance n'est pas passivité : elle la rend libre devant les puissants, intrépide devant les docteurs, indifférente à la peur de la mort. Sa pureté, vérifiée à Poitiers comme à Rouen, n'est pas un détail : elle est le signe d'une âme tout entière donnée. Vivant au milieu des soldats, elle imposait autour d'elle, par sa seule présence, une réforme des mœurs — fin des jurons, renvoi des filles, confession et messe pour la troupe.[55][56]

« Messire Dieu premier servi »

La devise spirituelle de Jeanne tient en une formule, transmise par la tradition et résumant son ordre des priorités :

« Messire Dieu premier servi. » — devise attribuée à Jeanne d'Arc[57]

Dieu d'abord, le roi ensuite, la patrie par surcroît : Jeanne n'inverse jamais cet ordre. Lorsqu'on lui demande pourquoi elle préfère l'étendard à l'épée, elle répond qu'elle « aimait quarante fois mieux sa bannière que son épée », et qu'elle la portait elle-même « pour éviter de tuer personne ».[58] Cette horreur du sang versé, chez une femme de guerre, dit assez que son combat était d'un autre ordre.

Vierge, vénérée comme martyre

Jeanne meurt fidèle à sa foi et au témoignage de ses voix, condamnée par un tribunal d'Église dévoyé mais réhabilitée par l'Église elle-même. La tradition catholique la reconnaît comme vierge par son vœu et sa vie, et la vénère dans la lignée des martyres : non qu'elle soit morte explicitement in odium fidei au sens technique, mais parce que sa fidélité à Dieu, jusque dans le feu, a la couleur du martyre. C'est cette fidélité héroïque dans l'abandon — obéir, témoigner, mourir sans renier — que l'Église a voulu proposer en exemple en l'élevant sur les autels.[59]

Béatification et canonisation

Cinq siècles d'attente

La cause de Jeanne d'Arc fut tardive. Réhabilitée dès 1456, elle resta longtemps une figure populaire et nationale avant de devenir un objet de procès canonique. C'est l'évêque d'Orléans, Mgr Félix Dupanloup, qui relança la dévotion et l'idée d'une canonisation au XIXᵉ siècle ; la cause fut formellement introduite à Rome en 1869-1874.[60] Le 18 avril 1909 (décret du 11 avril), le pape saint Pie X la béatifie.[61][62] Le 16 mai 1920, dans la basilique Saint-Pierre, le pape Benoît XV la canonise solennellement, près de cinq siècles après le bûcher.[63]

Le tableau ci-dessous récapitule les grandes étapes de sa vie et de sa glorification :

ÉtapeDateActeur / lieu
Naissancevers le 6 janvier 1412Domrémy
Premières voixété 1425Domrémy
Reconnaissance du dauphinmars 1429Chinon
Délivrance d'Orléans8 mai 1429Orléans
Sacre de Charles VII17 juillet 1429Reims
Capture23 mai 1430Compiègne
Bûcher30 mai 1431Rouen
Réhabilitation7 juillet 1456Paris / Rouen
Béatification18 avril 1909Pie X
Canonisation16 mai 1920Benoît XV

Patronne de la France

Du bûcher aux autels : condamnation, réhabilitation, béatification, canonisation et proclamation comme patronne secondaire de la France. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

En 1922, le pape Pie XI proclame sainte Jeanne d'Arc patronne secondaire de la France, la Vierge Marie demeurant la patronne principale depuis le vœu de Louis XIII.[64] Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus — canonisée en 1925 seulement — ne la rejoint comme co-patronne secondaire qu'en 1944, par Pie XII.[65] Sa fête est fixée au 30 mai, jour de son martyre ; en France, une fête nationale lui est en outre dédiée le deuxième dimanche de mai, en mémoire de la délivrance d'Orléans.[66]

Postérité et héritage

Peu de saints ont connu une postérité aussi vaste et aussi disputée. Récupérée tour à tour par la monarchie, la République, les nationalismes et les Églises, Jeanne d'Arc échappe à tous ceux qui veulent la réduire à un symbole. L'Église, elle, rappelle l'essentiel : une fille du peuple, sans instruction, qui a cru à la parole de Dieu transmise par ses saints, qui a obéi jusqu'au bout, et qui est morte en prononçant le nom de Jésus.

Au fond, la vie de Jeanne d'Arc délivre un message d'une étonnante actualité spirituelle : Dieu peut choisir les plus petits et les plus faibles — « une pauvre fille » — pour accomplir ce que les puissants jugent impossible, à condition qu'ils mettent, comme elle, « Messire Dieu premier servi ». Sa sainteté n'est pas dans ses victoires, mais dans sa fidélité : à ses voix, à sa pureté, à sa foi, jusque dans les flammes.

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Pour aller plus loin

  • Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus — la carmélite de Lisieux qui partage avec Jeanne d'Arc le titre de patronne secondaire de la France, et qui rêva enfant d'être « une autre Jeanne d'Arc ».
  • Sainte Catherine de Sienne (1347-1380) — autre jeune femme sans pouvoir politique qui, par obéissance à Dieu, intervint avec audace dans les affaires de l'Église et du siècle.

Notes et références

  1. Catholic Encyclopedia (The Catholic Encyclopedia, New York, Robert Appleton Company, 1910), « St. Joan of Arc » : newadvent.org. Notice de référence : née à Domrémy le 6 janvier 1412 ; père Jacques d'Arc, petit cultivateur ; cadette de cinq enfants ; premières voix à l'été 1425 (vers treize ans et demi) — saint Michel et ses anges, puis sainte Marguerite et sainte Catherine ; mission de délivrer Orléans et de faire sacrer le dauphin ; arrivée à Chinon le 6 mars 1429, entrevue avec Charles le 8 mars ; examen de Poitiers ; siège d'Orléans levé le 8 mai 1429 (blessée le 7) ; victoire de Patay le 18 juin 1429 ; sacre à Reims le 17 juillet 1429 ; procès ouvert à Rouen le 21 février 1431 sous Pierre Cauchon, évêque de Beauvais ; abjuration puis rechute ; brûlée vive le 30 mai 1431 ; procès en réhabilitation ouvert à Paris vingt-quatre ans plus tard ; béatifiée en 1909 par Pie X ; canonisée en 1920 par Benoît XV. Deux dates de cette notice de 1910 sont isolées et ne sont pas suivies dans cet article : la capture à Compiègne y est donnée au 24 mai 1430 alors que le consensus historique retient le 23 mai 1430 ; la béatification y est datée du 11 avril 1909, qui est la date du décret de Pie X, la cérémonie solennelle à Saint-Pierre ayant eu lieu le 18 avril 1909.

    1 3 8 11 13 15 17 21 22 26 27 29 35 38 40 45 47 54 55 62
  2. Wikipédia (FR), « Jeanne d'Arc » : fr.wikipedia.org. Notice biographique de référence : Jeanne d'Arc, dite la Pucelle, née vers 1412 à Domrémy, fille de Jacques d'Arc et d'Isabelle Romée ; voix de l'archange saint Michel et des saintes Catherine d'Alexandrie et Marguerite d'Antioche lui demandant de délivrer le royaume ; châtellenie de Vaucouleurs sous l'autorité du capitaine Robert de Baudricourt ; vœu de virginité ; reconnaissance du dauphin à Chinon ; étendard Jhesus Maria ; délivrance d'Orléans (Pucelle d'Orléans) ; sacre de Charles VII à Reims le 17 juillet 1429 ; échec devant Paris ; capture à Compiègne (23 mai 1430) ; vente aux Anglais ; procès et bûcher de Rouen (30 mai 1431) ; réhabilitation de 1456 portée notamment par sa mère ; béatification (1909) et canonisation (1920) ; fête nationale française fixée par la loi de 1920 au deuxième dimanche de mai.

    2 9 10 14 19 20 23 25 30 33 34 37 46 50 52 53 56 57 66
  3. Wikipedia (EN), « Joan of Arc » : en.wikipedia.org. Recoupement des faits : born c. 1412 at Domrémy ; visions of St Michael, St Catherine and St Margaret ; relief of Orléans (8 May 1429) ; victory at Patay ; coronation of Charles VII at Reims (17 July 1429) ; failed assault on Paris ; captured at Compiègne (1430) and sold to the English ; tried at Rouen under Pierre Cauchon ; burned at the stake 30 May 1431 ; nullification trial of 1456 ; beatified 1909, canonized 1920 ; one of the patron saints of France.

    4 18 28 31 36 41 48
  4. Encyclopædia Britannica, « St. Joan of Arc » : britannica.com. Précise : la jeune paysanne de Domrémy guidée par des voix ; l'examen des théologiens favorable ; la délivrance d'Orléans et le sacre de Reims ; la capture, le procès partial de Rouen et l'exécution de 1431 ; le procès de réhabilitation de 1456 sous le pape Calixte III annulant la condamnation ; canonisation en 1920 ; l'abondance exceptionnelle de la documentation issue des deux procès.

    5 12 24 32 39 51
  5. Portail catholique suisse — cath.ch, « Il y a 100 ans, le pape Benoît XV canonisait Jeanne d'Arc » : cath.ch. Précise : béatification par Pie X (1909) ; canonisation par Benoît XV le 16 mai 1920, près de cinq siècles après le bûcher ; cause relancée au XIXᵉ siècle par Mgr Félix Dupanloup, évêque d'Orléans, introduite à Rome vers 1869-1874 ; proclamation en 1922 par Pie XI de sainte Jeanne d'Arc patronne secondaire de la France, la Vierge Marie restant patronne principale depuis le vœu de Louis XIII ; portée de réconciliation entre l'Église et la République après la Première Guerre mondiale. Précision : contrairement à ce que suggère la formulation de cette notice (« avec sainte Thérèse de Lisieux »), sainte Thérèse — canonisée en 1925 seulement — n'est devenue co-patronne secondaire de la France qu'en 1944, par Pie XII.

    6 59 60 63 64
  6. Herodote.net, « 18 avril 1909 — Jeanne d'Arc, sainte tardive » : herodote.net. Béatification de Jeanne d'Arc par le pape saint Pie X le 18 avril 1909, au terme d'un long processus relancé sous le Second Empire et la Troisième République ; étape décisive avant la canonisation de 1920.

    7 61
  7. Le Procès de condamnation de Jeanne d'Arc (Rouen, 1431), minutes officielles, éd. Pierre Champion / texte sur Wikisource : fr.wikisource.org. Paroles rapportées de Jeanne lors des interrogatoires : sur la vision « de mes yeux corporels » de ses saintes ; sur la préférence de l'étendard à l'épée (« je l'aimais quarante fois plus que l'épée », portée « pour éviter de tuer personne ») ; sur l'Église militante et triomphante (« de Dieu et de l'Église, c'est tout un ») ; ultime invocation du nom de Jésus au bûcher rapportée par les témoins entendus au procès de nullité.

    16 44 49 58
  8. Le procès de Jeanne d'Arc (interrogatoire mené par Jean Beaupère) — synthèse historique : clerus.org et spiritualite2000.com. À la question piège de savoir si elle se savait en état de grâce, Jeanne répondit : « Si je n'y suis, Dieu m'y mette ; et si j'y suis, Dieu m'y garde » — ajoutant qu'elle serait « la plus dolente du monde » si elle se savait hors de la grâce de Dieu. Les juges, selon les témoins, en restèrent stupéfaits et muets ; la formule est rapprochée d'une oraison du prône dominical de l'époque.

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  9. « Saint Therese of Lisieux: A Gateway » (blog des carmélites) : thereseoflisieux.org. Le 3 mai 1944, sainte Thérèse de Lisieux devient patronne secondaire de la France ; voir aussi l'étude « Thérèse de Lisieux patronne de la France (1944) et Docteur de l'Église (1997) » : shs.hal.science. Thérèse, béatifiée en 1923 puis canonisée le 17 mai 1925 par Pie XI, ne pouvait donc pas être co-patronne dès 1922.

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  10. Images patrimoniales téléchargées depuis Wikimedia Commons via Special:FilePath et stockées localement dans public/images/ignispedia/sainte-jeanne-darc/ : miniature marginale du registre du Parlement de Paris (1429), Jeanne d'Arc d'Eugène Thirion, Jeanne d'Arc au sacre du roi Charles VII de Jean-Auguste-Dominique Ingres, et Jeanne d'Arc au bûcher de Jules-Eugène Lenepveu. Œuvres du domaine public.

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