Benoît XV (Benedictus XV), né Giacomo della Chiesa le 21 novembre 1854 à Pegli, près de Gênes, gouverne l'Église de Rome du 3 septembre 1914 au 22 janvier 1922. Élu quelques semaines après le déclenchement de la Première Guerre mondiale, il voit son pontificat tout entier dominé par le conflit le plus meurtrier que l'Europe ait alors connu.[5]
Diplomate de carrière, formé à l'école du cardinal Rampolla, archevêque de Bologne puis cardinal depuis trois mois à peine, il est porté au trône au dixième tour d'un conclave réuni en pleine guerre, pendant que les armées s'affrontaient, le 3 septembre 1914. Face à la guerre, il adopte une ligne d'impartialité absolue : refusant de bénir un camp contre l'autre, il se rend suspect aux deux — les Français l'appellent « le pape boche », les Allemands « le pape français ».[6] Cette réserve, mal comprise, est en réalité la condition de sa médiation et de son immense œuvre de charité envers les prisonniers, les blessés et les populations affamées.
Son acte le plus célèbre est la Note de paix du 1ᵉʳ août 1917, un plan en sept points adressé aux belligérants, où il qualifie la guerre d'« inutile massacre » (inutile strage). Rejeté par tous les camps, écarté de la table des négociations de Versailles par une clause secrète du Traité de Londres de 1915, le pape semble alors échouer. L'histoire le réhabilitera partiellement : des convergences ont été relevées entre ses sept points du 1ᵉʳ août 1917 et les Quatorze Points du président Wilson du 8 janvier 1918, sans qu'une influence directe soit établie, et son refus des réparations punitives apparaît, au regard des désastres de l'après-guerre, comme un avertissement que la suite a confirmé.[7][8]
Mais réduire Benoît XV au seul drame de la guerre serait injuste. En sept ans, il promulgue le premier Code de droit canonique (1917), publie la charte des missions modernes Maximum illud (1919), réaffirme l'inerrance de l'Écriture dans Spiritus Paraclitus (1920), apaise sans la trahir la crise antimoderniste, canonise Jeanne d'Arc et rétablit les relations avec la France. Mort prématurément à 67 ans, il laisse l'image d'un pape discret, charitable et lucide, qu'une statue érigée à Istanbul honore, avec une plaque qui le présente, selon les notices, comme le bienfaiteur de tous les peuples sans distinction de nationalité ni de religion.[9]
Pourquoi Benoît XV est le pape de la Grande Guerre et de la paix impossible
Comprendre Benoît XV, c'est saisir un paradoxe : un pape sans armée, sans territoire après la chute des États pontificaux, semblant impuissant face aux empires en armes, et qui pourtant tente — seul — de poser une voix morale au-dessus de la mêlée. Son pontificat est celui de l'autorité spirituelle confrontée à la violence totale du XXᵉ siècle naissant.
Là où son prédécesseur saint Pie X avait mené un combat doctrinal intérieur contre le modernisme, Benoît XV hérite d'une Église déchirée non plus seulement par les idées, mais par les frontières : des évêques, des prêtres, des fidèles catholiques se font la guerre des deux côtés du front. Le pape ne peut bénir aucun drapeau sans renier les catholiques d'en face. Sa décision fondatrice, prise dès les premiers jours, est de ne pas choisir — non par lâcheté, mais par fidélité à l'universalité de l'Église.[10]
« Le spectacle que présente l'Europe et même le monde entier, spectacle assurément le plus affreux et le plus désolant qui se soit jamais vu de mémoire d'homme […] : chaque jour la terre, inondée par de nouveaux ruisseaux de sang, se couvre de morts et de blessés. » — Benoît XV, encyclique Ad beatissimi Apostolorum, 1ᵉʳ novembre 1914, dans la traduction française officielle du Saint-Siège[11]
Cette grille de lecture commande tout : l'impartialité, la diplomatie de la paix, l'œuvre humanitaire, et même le gouvernement intérieur de l'Église, où Benoît XV cherche partout l'apaisement plutôt que la condamnation. Les grands dossiers ouverts sous son règne — le Code de droit canonique, la réforme des missions, la défense de l'Écriture, la cause de Jeanne d'Arc — relèvent chacun d'un article propre ; ce qui revient en propre à Benoît XV, c'est d'avoir incarné l'autorité morale du Saint-Siège dans l'épreuve, et d'avoir préparé, par sa diplomatie patiente, le relèvement international de la papauté que recueilleront ses successeurs.
Les sources principales
| Source | Nature | Apport pour Benoît XV |
|---|---|---|
| New Catholic Encyclopedia, art. « Benedict XV, Pope » | Notice catholique de référence | Biographie, carrière diplomatique, conclave, guerre, œuvre intérieure |
| Encyclopædia Britannica, art. « Benedict XV » | Notice biographique recoupée | Impartialité, Note de paix, diplomatie, jugement d'ensemble |
| Wikipedia, art. « Pope Benedict XV » et « 1914 papal conclave » | Notices recoupées | Dates précises, conclave de 1914, santé, mort, héritage |
| Ad beatissimi Apostolorum (1ᵉʳ novembre 1914) | Encyclique programme | Condamnation de la guerre, paix entre catholiques, anti-modernisme |
| Note de paix du 1ᵉʳ août 1917 | Acte diplomatique pontifical | Les sept points, l'« inutile massacre », l'arbitrage international |
| Maximum illud (30 novembre 1919) | Encyclique missionnaire | Clergé indigène, refus du nationalisme missionnaire |
| Spiritus Paraclitus (15 septembre 1920) | Encyclique sur l'Écriture | Inspiration et inerrance de la Bible, continuité avec Léon XIII |
| Documents du Saint-Siège (PAS, iubilaeum, Académie pontificale) | Sources institutionnelles | Magistère, chronologie, dévotion mariale, canonisations |
Giacomo della Chiesa avant le pontificat (1854-1914)
Une famille patricienne génoise
Giacomo Paolo Giovanni Battista della Chiesa naît le 21 novembre 1854 à Pegli, faubourg balnéaire de Gênes, dans une vieille famille de la noblesse génoise : son père est le marquis Giuseppe della Chiesa, sa mère la marquise Giovanna Migliorati, de la maison qui donna le pape Innocent VII (1404-1406).[12] La lignée paternelle, elle, est rattachée par certains généalogistes jusqu'au pape Calixte II (1119-1124) — une parenté affirmée mais non établie, à recevoir comme une tradition de famille.[13] De petite taille, frêle, marqué par une légère claudication et une épaule plus haute que l'autre, l'enfant porte toute sa vie un physique modeste auquel les notices biographiques attachent le surnom de « il piccoletto », le petit homme.[14]
Sur l'insistance de son père, le jeune Giacomo entreprend d'abord des études de droit : il obtient son doctorat à l'Université de Gênes le 2 août 1875. Mais sa vocation ecclésiastique est ancienne et tenace ; son père cède enfin, à condition qu'il étudie à Rome. Il est ordonné prêtre le 21 décembre 1878 par le cardinal Raffaele Monaco La Valletta.[15]
Le diplomate : l'école de Rampolla
Entré à l'Académie ecclésiastique pontificale — pépinière des diplomates du Saint-Siège — della Chiesa y est remarqué pour sa précision et sa discrétion. En 1882, il accompagne à Madrid le nonce Mariano Rampolla del Tindaro, dont il devient le collaborateur privilégié. Cette rencontre est décisive : Rampolla, futur secrétaire d'État de Léon XIII, façonne en lui le diplomate accompli, attentif au détail, formé à la patience et à l'art de négocier patiemment au service du Saint-Siège.[16]
Lorsque Rampolla est rappelé à Rome et nommé secrétaire d'État en 1887, della Chiesa le suit et gravit les échelons de la Secrétairerie d'État : d'abord simple rédacteur chargé de préparer les dossiers (ce qu'on appelle à Rome un minutante), puis sous-secrétaire.[17] Il devient l'un des rouages essentiels de la diplomatie léonine, à l'époque où Léon XIII s'efforce de sortir la papauté de l'isolement où l'avait reléguée la question romaine.
Substitut de la Secrétairerie d'État
En 1901, della Chiesa est nommé substitut (en italien sostituto) de la Secrétairerie d'État, c'est-à-dire le bras droit du secrétaire d'État pour les affaires courantes. Il occupe ce poste-clé pendant six ans, jusqu'à sa nomination à Bologne fin 1907 — au terme de vingt ans de service au cœur de la Curie, où il était entré en 1887 à la suite de Rampolla.[18][19] Mais l'élection de Pie X en 1903, et le remplacement de Rampolla par le cardinal Merry del Val, marquent un changement de climat : proche de l'ancien secrétaire d'État, della Chiesa voit sa carrière romaine plafonner.
Archevêque de Bologne (1907-1914)
Le 18 décembre 1907, Pie X nomme della Chiesa archevêque de Bologne, l'un des sièges les plus prestigieux d'Italie ; il est sacré le 22 décembre par le pape lui-même. Beaucoup y voient une promotion-éloignement : on écarte de la Curie l'homme de Rampolla en lui confiant un grand diocèse.[20] À Bologne, della Chiesa se révèle pasteur exemplaire : visites pastorales systématiques, soin du clergé, attention aux pauvres, fermeté doctrinale mais modération de ton dans la tempête antimoderniste qui agite alors l'Église.
Selon l'usage, l'archevêque de Bologne reçoit ordinairement la pourpre cardinalice peu après sa nomination. Pour della Chiesa, l'attente dure près de sept ans — signe de la défiance d'une partie de l'entourage de Pie X à son égard.
Cardinal in extremis (mai 1914)
Ce n'est que le 25 mai 1914 que Pie X le crée enfin cardinal, lui assignant le titre des Santi Quattro Coronati.[21] Personne ne se doute alors que ce cardinal de la dernière heure deviendra pape trois mois plus tard. Pie X meurt le 20 août 1914, à peine la guerre déclarée ; et c'est ce diplomate frêle, promu in extremis, que la Providence place au gouvernail de l'Église pour traverser la tempête.
Le conclave de 1914 : élu pendant que l'Europe s'embrase
Un conclave sous le canon
Pie X meurt le 20 août 1914, terrassé, dit-on, par le chagrin de voir l'Europe sombrer dans la guerre. Les armées sont déjà en marche : la mobilisation générale a commencé début août. Les cardinaux convergent vers Rome dans des conditions dramatiques — certains, retenus par les frontières fermées et les trains réquisitionnés, n'arriveront pas à temps. Sur les 65 cardinaux, 57 participent au scrutin.[22]
Le conclave s'ouvre le 31 août 1914 dans un climat d'urgence absolue : l'Église a besoin d'un chef capable de parler au monde en flammes. Deux orientations s'affrontent — la continuité du combat antimoderniste de Pie X, ou un retour à la diplomatie souple de l'ère Rampolla-Léon XIII.
Élu au dixième tour, à une voix
Le scrutin est serré. Le principal rival de della Chiesa est le cardinal Pietro Maffi, archevêque de Pise, jugé trop libéral par les uns ; d'autres candidats se neutralisent. Au dixième tour, le 3 septembre 1914, les voix de Maffi se reportent sur della Chiesa, qui est élu — à une seule voix, dit-on, au-dessus du quorum requis.[23] Les récits rapportent que, par scrupule, certains cardinaux exigèrent la vérification des bulletins pour s'assurer que le nouvel élu n'avait pas voté pour lui-même : il ne l'avait pas fait.
Il prend le nom de Benoît XV et est couronné le 6 septembre 1914 dans la chapelle Sixtine — cérémonie volontairement sobre, sans le faste habituel, en raison de la guerre.[24] Le ton du pontificat est donné dès l'origine : austérité, gravité, refus de l'apparat quand le monde saigne.
Pourquoi le nom de Benoît
Le choix du nom n'est pas anodin. Della Chiesa honore Benoît XIV (Prospero Lambertini), comme lui ancien archevêque de Bologne et l'un des papes les plus savants et les plus mesurés du XVIIIᵉ siècle.[25] Le nom de Benoît évoque aussi la paix bénédictine — pax — dont le nouveau pape va faire la grande affaire de son règne. À travers ce nom, Benoît XV annonce une ligne : érudition, modération et paix, dans la continuité de la tradition plutôt que dans la rupture.
Ad beatissimi Apostolorum : le premier cri contre « le suicide de l'Europe »
La guerre comme deuil de la civilisation
Deux mois après son élection, le 1ᵉʳ novembre 1914, Benoît XV publie sa première encyclique, Ad beatissimi Apostolorum. C'est un texte de deuil autant que de doctrine. Le pape y décrit la guerre comme une catastrophe morale sans précédent et appelle à la paix avec une véhémence retenue.
« De toutes parts règne la sombre image de la mort : nul jour ne s'écoule sans que de nouveaux massacres se commettent […], des nations entières s'efforçant de s'entre-détruire avec des raffinements d'horreur. » — Benoît XV, Ad beatissimi Apostolorum, 1ᵉʳ novembre 1914[26]
Le pape y dénonce les causes profondes du conflit : l'oubli de Dieu, la lutte des classes, l'appétit des biens matériels, l'effacement de l'autorité morale. La guerre n'est pas pour lui un simple accident diplomatique, mais le symptôme d'une civilisation qui a perdu son âme chrétienne. C'est dans ce contexte que la presse associera durablement à sa condamnation de la guerre la formule du conflit comme « suicide de l'Europe civilisée » (en anglais « the suicide of civilized Europe ») — formule qui ne figure ni dans le latin ni dans la traduction française officielle d'Ad beatissimi.[27][28]
La paix entre catholiques : « Chrétien est mon nom, catholique mon surnom »
Ad beatissimi ne traite pas seulement de la paix entre les nations : elle réclame aussi la paix à l'intérieur de l'Église. Sous Pie X, la lutte contre le modernisme avait dégénéré, chez certains, en chasse aux sorcières : des catholiques zélés s'arrogeaient le titre d'« intégraux » (intégristes) pour se distinguer des prétendus tièdes, et dénonçaient sans preuve l'orthodoxie de prêtres, théologiens et exégètes.
Benoît XV confirme la condamnation du modernisme — il n'y a aucune rupture doctrinale — mais il interdit ces étiquettes partisanes qui divisent les fidèles.
« Il n'est pas besoin de qualificatifs pour signifier la profession du catholicisme ; à chacun il suffit de dire : Christianus mihi nomen, catholicus cognomen. Qu'on s'applique seulement à justifier vraiment cette appellation par les faits. » — Benoît XV, Ad beatissimi Apostolorum, 1ᵉʳ novembre 1914, § 28, dans la traduction française officielle du Saint-Siège[29]
Ce passage est la clé de tout le gouvernement intérieur de Benoît XV : maintenir intacte la doctrine reçue, mais désarmer les partis qui se déchirent en son nom. C'est l'application ecclésiale de la même conviction qui inspire sa diplomatie : refuser la logique des camps qui s'excommunient mutuellement.
L'impartialité, pas la neutralité : une ligne incomprise
Ni « pape boche » ni « pape français »
La position de Benoît XV pendant la guerre est constamment caricaturée. On lui reproche sa « neutralité » comme une indifférence. En réalité, le pape distingue soigneusement la neutralité politique (qui se désintéresse) de l'impartialité spirituelle (qui aime également tous les belligérants et leur parle à tous). Père commun de tous les catholiques, il ne peut désigner publiquement un coupable sans rompre avec la moitié de ses fils.[30]
Le résultat est qu'il est suspecté des deux côtés : la propagande française le surnomme « le pape boche », l'allemande « le pape français » (Franzosenpapst).[31] Cette double accusation, qui le blesse, est paradoxalement la preuve de sa rectitude : un arbitre haï des deux camps est rarement le complice de l'un d'eux.
Pourquoi se taire pour mieux agir
Le silence de Benoît XV sur la culpabilité respective des nations n'est pas indifférence : c'est un calcul moral au service de l'efficacité. En refusant de condamner nommément l'un ou l'autre belligérant, il se réserve la possibilité d'être entendu de tous, donc de médier et de secourir. Une condamnation publique aurait fermé les portes des chancelleries et tari les canaux humanitaires.
Cette ligne lui coûte cher en popularité immédiate, mais elle lui permet d'accomplir, dans l'ombre, l'œuvre la plus concrète de son pontificat : sauver des vies de part et d'autre du front.
L'œuvre humanitaire : le Vatican au chevet des victimes
L'impartialité de Benoît XV n'a de sens que parce qu'elle débouche sur l'action. Pendant toute la guerre, le Saint-Siège devient un immense bureau de charité au service des victimes, sans distinction de nationalité ni de religion.
- 1914-1918Le Bureau des prisonniers
Benoît XV crée au Vatican un bureau d'information chargé de retrouver les prisonniers et les disparus, de transmettre des nouvelles aux familles séparées par le front et d'acheminer le courrier entre captifs et proches.
- 1915 et suivantesL'échange des grands blessés
Par sa médiation, le pape obtient l'internement en Suisse neutre des prisonniers grands blessés et malades des deux camps, leur évitant de mourir loin des leurs.
- 1916-1918Le secours aux populations affamées
Le Saint-Siège organise et finance des secours pour les civils des territoires occupés et dévastés, ainsi que pour les enfants et les orphelins de guerre.
- 1921-1922La famine de Russie
Dès le 5 août 1921, Benoît XV lance par sa lettre Le notizie un appel solennel au secours des affamés de Russie, ouvrant la voie à la mission pontificale de secours qui se déploiera en 1922-1923.[32]
L'effort est si considérable qu'il pèse lourdement sur les finances du Saint-Siège : la tradition biographique rapporte qu'à la mort de Benoît XV, les caisses du Vatican étaient presque vides, vidées par cette charité de guerre.[33] Cette générosité concrète explique l'extraordinaire reconnaissance posthume que lui témoigneront jusqu'à des non-chrétiens — au premier rang desquels les musulmans de Constantinople.
La Note de paix du 1ᵉʳ août 1917 : sept points pour arrêter « l'inutile massacre »
Les sept propositions
Après trois ans de carnage, et au terme de longues démarches diplomatiques secrètes, Benoît XV adresse le 1ᵉʳ août 1917 une Note de paix aux chefs des peuples belligérants. C'est l'acte le plus célèbre et le plus courageux de son pontificat. Le pape y substitue à la logique de la victoire totale une logique de justice négociée.
Les sept axes de la Note peuvent se résumer ainsi :
- La force morale du droit doit remplacer la force matérielle des armes.
- Réduction simultanée et réciproque des armements.
- Institution d'un arbitrage international, assorti de sanctions contre l'État qui refuserait de s'y soumettre.
- Liberté et communauté des mers.
- Renonciation réciproque aux indemnités de guerre (réparations).
- Restitution mutuelle des territoires occupés — notamment l'évacuation et la restauration de la Belgique, garantie dans son indépendance.
- Examen des revendications territoriales dans un esprit de conciliation et d'équité.[34]
Le pape y demande, en substance, que la force morale du droit se substitue à la force matérielle des armes.[35]
La formule qui rendra le document immortel est la qualification de la guerre comme « inutile massacre » (inutile strage) : un carnage sans proportion avec les buts politiques poursuivis.[36]
Le rejet général
La Note est rejetée par tous les grands belligérants. Les Alliés y voient une manœuvre favorable aux Empires centraux (puisqu'elle renoncerait à la victoire et aux réparations) ; les Allemands, sûrs de gagner après l'effondrement russe, ne veulent pas non plus renoncer à leurs conquêtes. Seule l'Autriche-Hongrie, catholique et épuisée, l'accueille avec un réel intérêt.[37][38] Le président américain Woodrow Wilson la repousse, jugeant impossible de traiter avec les gouvernements de Berlin et de Vienne.
Et pourtant, quelques mois plus tard, les Quatorze Points de Wilson (8 janvier 1918) — réduction des armements, liberté des mers, société des nations, règlement équitable des revendications — présentent plusieurs convergences avec la Note pontificale du 1ᵉʳ août 1917, sans qu'une influence directe soit établie. L'histoire lui donne surtout raison sur un point capital : son refus des réparations punitives, dont le Traité de Versailles fera l'une des semences de la guerre suivante.[39]
L'exclusion de Versailles (Traité de Londres, 1915)
Si le pape ne put peser sur la paix, ce ne fut pas seulement par le rejet de sa Note. Dès 1915, par l'article 15 du Traité de Londres — l'accord secret par lequel l'Italie entrait en guerre aux côtés de l'Entente —, les Alliés s'étaient engagés à soutenir l'opposition italienne à toute participation du Saint-Siège aux futures négociations de paix.[40] L'Italie, soucieuse de ne pas voir rouvrir la « question romaine », avait ainsi obtenu d'exclure le pape de la table de Versailles avant même que la médiation pontificale ne s'exerçât.
Benoît XV mesure l'humiliation : la papauté est tenue à l'écart du règlement du plus grand conflit de l'histoire. Mais il en tire une leçon de patience diplomatique : c'est en multipliant discrètement les relations bilatérales que le Saint-Siège retrouvera, après lui, sa place dans le concert des nations.
Le gouvernement doctrinal : continuité dans l'apaisement
Maintenir l'anti-modernisme, briser l'intégrisme
Le pontificat de Benoît XV illustre une fidélité sans rupture : aucune rupture avec le combat doctrinal de Pie X, mais une correction des excès qui l'avaient défiguré — garder intacte la doctrine reçue, en changeant les méthodes. Le pape maintient le Serment antimoderniste et la condamnation des erreurs de Pascendi ; il ne rouvre aucune brèche au modernisme.[41][42]
Mais il met fin à la dérive du Sodalitium Pianum (la « Sapinière »), réseau d'informateurs clandestins fondé par Mgr Umberto Benigni pour épier prêtres et évêques suspects de modernisme. Cette police occulte, qui avait jeté la suspicion sur d'authentiques savants catholiques, est définitivement supprimée sur ordre de Benoît XV : la décision est prise le 25 novembre 1921 et exécutée le 8 décembre 1921.[43] La découverte de documents internes acheva de révéler ses méthodes de surveillance occulte.[44]
La leçon de Benoît XV est nette : on défend la foi sans délation ni terreur intérieure. La vérité n'a pas besoin d'espions.
Spiritus Paraclitus (1920) : l'inerrance de l'Écriture
Le 15 septembre 1920, à l'occasion du quinzième centenaire de la mort de saint Jérôme, Benoît XV publie l'encyclique Spiritus Paraclitus, l'un de ses textes doctrinaux les plus importants. À travers l'éloge du grand traducteur de la Vulgate, le pape réaffirme, contre les tendances modernistes, la doctrine traditionnelle de l'inspiration divine et de l'inerrance de toute l'Écriture.[45]
L'encyclique s'inscrit dans la droite ligne de Providentissimus Deus de Léon XIII (1893). Elle rejette explicitement la théorie — alors avancée par certains exégètes au nom prétendu de saint Jérôme — qui limiterait l'inerrance aux seules vérités « religieuses » de l'Écriture, en abandonnant à l'erreur ses affirmations d'ordre historique ou scientifique.
L'encyclique oppose ainsi, en substance, à ceux qui restreignent la vérité divine garantie aux seules matières religieuses l'exemple de saint Jérôme, qui tenait l'ensemble des Livres saints pour à l'abri de toute erreur.[46]
Ce texte fait de Benoît XV l'un des gardiens magistériels de l'inerrance biblique au seuil du XXᵉ siècle — un point décisif pour qui veut comprendre la position catholique sur l'autorité de l'Écriture face à l'exégèse rationaliste.
Le Code de droit canonique de 1917
Le 27 mai 1917, jour de la Pentecôte, Benoît XV promulgue par la constitution Providentissima Mater Ecclesia le premier Code de droit canonique (Codex Iuris Canonici), entré en vigueur le 19 mai 1918, jour de la Pentecôte de l'année suivante.[47] Pour la première fois, le droit de l'Église — jusque-là dispersé dans une masse immense de décrets, de canons conciliaires et de décrétales — est rassemblé en un code unique, clair et systématique de 2 414 canons.[48]
L'œuvre, commencée sous Pie X et dirigée par le cardinal Pietro Gasparri — que Benoît XV maintient comme secrétaire d'État —, porte le nom de Code « pio-bénédictin » : conçu sous Pie X, promulgué par Benoît XV. C'est l'un des actes de gouvernement les plus durables du pontificat : ce code régira l'Église latine jusqu'à sa refonte par Jean-Paul II en 1983.
L'ouverture missionnaire et orientale
Maximum illud (1919) : la charte des missions modernes
Le 30 novembre 1919, Benoît XV publie Maximum illud, considérée comme la charte fondatrice de la missiologie moderne. La guerre venait de montrer combien les missions catholiques, dépendantes des puissances coloniales européennes, avaient pâti de leur assujettissement aux intérêts nationaux. Le pape engage une réforme de fond.[49]
Deux principes dominent. D'abord, le refus du nationalisme missionnaire : le missionnaire ne travaille pas pour sa patrie terrestre, mais pour le Royaume du Christ.
Le pape y met en garde contre le missionnaire qui travaillerait à accroître le prestige de sa patrie d'origine plutôt que le Royaume du Christ.[50]
Ensuite, la promotion d'un clergé indigène pleinement formé, capable de prendre en main son Église locale au lieu de demeurer éternellement dans la dépendance des missionnaires étrangers.
Il demande ensuite à tout responsable de mission de recruter et de former en priorité des candidats locaux au ministère sacré.[51]
Le texte exige aussi des missionnaires une vraie connaissance des langues et des cultures locales. Son influence sera immense : Pie XI, Pie XII et Jean-Paul II s'en réclameront, et le pape François en célébrera solennellement le centenaire en 2019. Maximum illud est l'acte par lequel Benoît XV a décolonisé l'idée même de mission.[52]
La Congrégation et l'Institut pour les Églises orientales
Le souci de l'universalité conduit aussi Benoît XV vers les catholiques orientaux. En 1917, il érige la Congrégation pour les Églises orientales comme dicastère autonome, et fonde l'Institut pontifical oriental à Rome, destiné à l'étude des traditions, des liturgies et du droit des Églises d'Orient.[53] Dans une Europe qui sortait déchirée de la guerre et où s'effondraient les empires multinationaux, c'était affirmer que l'Église catholique respire de ses deux poumons, latin et oriental — formule que reprendra Jean-Paul II dans son encyclique Ut Unum Sint, § 54 (25 mai 1995) : « the Church must breathe with her two lungs ».[54]
La dévotion mariale et les grandes canonisations
Regina Pacis et la veille de Fatima
Diplomate impuissant à arrêter la guerre par les chancelleries, Benoît XV se tourne vers la prière mariale. Le 5 mai 1917, après avoir épuisé les moyens humains, il publie une lettre pressante confiant la cause de la paix à la Vierge Marie et ordonnant à son secrétaire d'État d'ajouter aux Litanies de Lorette l'invocation « Reine de la paix, priez pour nous » (Regina Pacis, ora pro nobis).[55]
Le pape y invite, en substance, le monde entier à élever vers Marie, Mère de miséricorde et toute-puissante par grâce, une supplication aimante et confiante.[56]
La coïncidence est saisissante : huit jours après cet appel pontifical à la Reine de la paix, le 13 mai 1917, la Vierge apparaît pour la première fois à trois enfants, à Fatima, au Portugal — précisément pour demander la prière et la conversion en vue de la paix. Le récit complet des apparitions relève de l'article dédié ; mais le geste de Benoît XV s'inscrit providentiellement à la veille de l'un des plus grands événements mariaux du siècle.
Jeanne d'Arc, Marguerite-Marie : sainteté et réconciliation française
Le pontificat de Benoît XV est marqué par de grandes canonisations. Le 13 mai 1920, il inscrit au catalogue des saints Marguerite-Marie Alacoque, apôtre du Sacré-Cœur, et Gabriel de l'Addolorata. Trois jours plus tard, le 16 mai 1920, devant plus de soixante mille fidèles réunis à Saint-Pierre, il canonise Jeanne d'Arc.[57]
Cette canonisation a aussi une portée diplomatique considérable. La France de la Séparation de 1905 avait rompu ses relations avec le Saint-Siège ; or Jeanne d'Arc est l'héroïne nationale par excellence, revendiquée par les catholiques comme par les républicains. En la canonisant, Benoît XV offre à la France un terrain de réconciliation. Le rapprochement aboutit au rétablissement des relations diplomatiques entre Paris et le Vatican (ambassade de France près le Saint-Siège), couronnant la patiente politique d'apaisement du pape.[58][59]
La diplomatie du Saint-Siège relevée
Au-delà de la France, Benoît XV multiplie les contacts bilatéraux et relève le prestige international de la papauté que la « question romaine » avait isolée. Le nombre d'États entretenant une représentation diplomatique auprès du Saint-Siège passe, durant son pontificat, de quatorze à vingt-sept.[60][61] Là où les puissances l'avaient exclu de Versailles, le pape reconstruit patiemment, capitale par capitale, le réseau qui fera du Saint-Siège un acteur écouté de la scène mondiale.
Cette diplomatie de la patience est l'autre versant, moins spectaculaire mais plus durable, de l'échec apparent de la Note de paix : faute d'avoir pu imposer la paix, Benoît XV a restauré la voix de l'Église dans le concert des nations, héritage que recueilleront Pie XI et Pie XII.
La mort et la postérité
Une fin brutale (janvier 1922)
Au début de janvier 1922, Benoît XV contracte une grippe qui dégénère rapidement en bronchopneumonie. Affaibli par sept années d'un pontificat écrasant, il meurt à Rome le 22 janvier 1922, à l'âge de 67 ans, après avoir gouverné l'Église sept ans et quatre mois.[62] Sa disparition prématurée frappe le monde catholique, qui découvre alors, dans le deuil, l'ampleur d'une charité longtemps discrète.
Le conclave qui suit élit, le 6 février 1922, le cardinal Achille Ratti, archevêque de Milan, sous le nom de Pie XI — qui poursuivra et amplifiera plusieurs des chantiers ouverts par son prédécesseur, des missions à la diplomatie.
Le tombeau et la statue d'Istanbul
Benoît XV est inhumé dans les grottes vaticanes, sous la basilique Saint-Pierre. Mais le plus éloquent des hommages ne se trouve pas à Rome : il est à Constantinople (Istanbul). Dans la cour de la cathédrale du Saint-Esprit, les notices rapportent qu'une statue de bronze est érigée — à l'initiative des autorités turques du temps, pays musulman — à la mémoire du pape, en reconnaissance de son secours aux victimes de la guerre sans distinction de camp ni de croyance.[63]
La plaque le présenterait, selon la transcription anglaise rapportée par les notices, comme le bienfaiteur de tous les peuples sans distinction de nationalité ni de religion.[64]
Qu'un État musulman honore ainsi un pape catholique est un témoignage presque unique dans l'histoire. Il dit mieux que tout commentaire ce que fut, au fond, le pontificat de Benoît XV : non pas un échec diplomatique, mais un service de l'humanité reconnu jusque par ceux qui ne partageaient pas sa foi.
Le verdict de l'histoire
Longtemps éclipsé entre la figure austère de Pie X et l'autorité de Pie XI, Benoît XV a été réhabilité par l'historiographie récente. On reconnaît aujourd'hui en lui un pape lucide et prophétique : lucide sur l'horreur d'une guerre que les chancelleries croyaient brève et glorieuse ; prophétique sur les dangers d'une paix punitive.
L'Encyclopædia Britannica résume ce pontificat de guerre comme l'effort, par tous les moyens en son pouvoir, pour mettre fin au conflit et en adoucir les maux.[65]
Diplomate formé par Rampolla, héritier fidèle de la doctrine de Pie X mais réformateur de ses méthodes, d'une charité que la tradition dit avoir mis à sec les caisses du Vatican, Benoît XV demeure le pape de la paix impossible — celui qui, n'ayant pu arrêter la guerre, en aura du moins sauvé les victimes et restauré, pour l'avenir, l'autorité morale du Siège apostolique.
Pour aller plus loin
- Le pape saint Pie X — son prédécesseur, le pape du combat antimoderniste dont Benoît XV maintint la doctrine en corrigeant les excès.
- Le pape Pie XI — son successeur immédiat, élu en 1922, qui prolongea sa réforme missionnaire et sa diplomatie.
- Le pape Léon XIII — le pape de Providentissimus Deus et de l'école diplomatique de Rampolla, dont Benoît XV est l'héritier.
- Le pape Benoît XIV — l'archevêque savant de Bologne dont Giacomo della Chiesa reprit le nom.
- Le vénérable Pie XII — le pape de la Seconde Guerre mondiale, confronté au même drame de l'impartialité pontificale.
- Notre-Dame de Fatima — les apparitions de 1917, survenues huit jours après l'appel de Benoît XV à la Reine de la paix.
Notes et références
Chronologie « Pope Benedict XV — The 258th Pope » (https://popehistory.com/popes/pope-benedict-xv/) : nommé Substitute (Sostituto) de la Secrétairerie d'État le 23 avril 1901, archevêque de Bologne le 18 décembre 1907, cardinal le 25 mai 1914.
1 19Doctorat en droit civil à l'Université de Gênes en 1875 — Oxford Reference, art. « Benedict XV » (https://www.oxfordreference.com/viewbydoi/10.1093/acref/9780199295814.013.0296) ; jour exact (2 août 1875), ordination le 21 décembre 1878 par le cardinal Monaco La Valletta — chronologie détaillée sur https://popehistory.com/popes/pope-benedict-xv/.
2 15Académie pontificale des sciences, page « Benedict XV » (https://www.pas.va/en/magisterium/benedict-xv.html) : suit Rampolla rappelé secrétaire d'État en 1887, promu sous-secrétaire d'État (Under-Secretary of State, c'est-à-dire substitut) en 1901, maintenu sous Merry del Val en 1903, nommé archevêque de Bologne en 1907, créé cardinal en mai 1914.
3 17 18Naissance à Pegli (Gênes) le 21 novembre 1854, pontificat du 3 septembre 1914 au 22 janvier 1922, mort à Rome à 67 ans d'une bronchopneumonie, tombeau dans les grottes vaticanes — « Benedict XV, Pope », New Catholic Encyclopedia (reproduit sur encyclopedia.com : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/benedict-xv-pope ; § Death : « Benedict's final illness lasted only a few days, the result of influenza which turned into pneumonia ») ; « Benedict XV », Oxford Reference (3 sept. 1914 – 22 janv. 1922 : https://www.oxfordreference.com/viewbydoi/10.1093/acref/9780199295814.013.0296).
4 5 62« Pope Benedict XV and the forgotten campaign to end World War I », America Magazine, 3 août 2017 — analyse de la diplomatie de paix de Benoît XV, distinction entre neutralité et impartialité, surnoms hostiles reçus des deux camps, Note de paix du 1ᵉʳ août 1917 et expression inutile strage, accueil sérieux seulement du côté austro-hongrois, rejet de Wilson, rapprochements relevés avec les Quatorze Points sans influence directe établie.
6 10 27 30 31 38Benoît XV, Note Dès le début aux chefs des peuples belligérants, 1ᵉʳ août 1917 (texte anglais sur le site de l'Académie pontificale des sciences : https://www.pas.va/content/pas/en/magisterium/benedict-xv/1917-1-august.pdf ; documents primaires sur firstworldwar.com) — plan de paix en sept points : substitution de la force morale du droit à la force matérielle des armes, réduction simultanée et réciproque des armements, arbitrage international avec sanctions, liberté des mers, renonciation réciproque aux indemnités, restitution des territoires occupés (dont la Belgique restaurée et garantie), examen conciliant des revendications territoriales. Qualification de la guerre comme inutile strage (« inutile massacre »). Rejet général ; intérêt de la seule Autriche-Hongrie ; rejet de Wilson ; des convergences ont été relevées avec les Quatorze Points du 8 janvier 1918, sans qu'une influence directe soit établie. La paraphrase du corps suit l'original anglais : « First of all, the fundamental point must be that for the material force of arms should be substituted the moral force of law. »
7 34 35 36 37 39« Treaty of London (1915) », Wikipedia / First World War.com — Primary Documents — traité secret du 26 avril 1915 par lequel l'Italie entre en guerre aux côtés de l'Entente ; l'article 15 engage les Alliés à soutenir l'opposition italienne à toute participation d'un représentant du Saint-Siège aux négociations de paix, écartant ainsi le pape de la conférence de Versailles.
8 40Statue de bronze de Benoît XV dans la cour de la cathédrale du Saint-Esprit à Istanbul, érigée à l'initiative des autorités turques en reconnaissance de son secours aux victimes de la guerre — les notices divergent sur l'année (1919 selon https://yalibnan.com/2025/11/28/9-historic-religious-sites-pope-leo-xiv-will-visit-in-turkey-lebanon/ ; 1921 selon « Statue of Pope John XXIII », Wikipedia : https://en.wikipedia.org/wiki/Statue_of_Pope_John_XXIII ; 1922, année de sa mort, selon Independent Catholic News ci-dessous), aussi le corps ne retient-il aucune date ; « Cathedral of the Holy Spirit, Istanbul », Wikipedia (https://en.wikipedia.org/wiki/Cathedral_of_the_Holy_Spirit,_Istanbul) ; Independent Catholic News : « On the Pope's death in 1922 the Turkish State raised a large bronze statue in his honour […] with a dedicatory plaque to the "benefactor of all people, regardless of nationality or religion" » (https://www.indcatholicnews.com/news/19331) ; Religion News Service, 22 novembre 2006 : la plaque porte « The benefactor of all people, irrespective of nationality or religion » (https://religionnews.com/2006/11/22/east-will-meet-west-in-popes-delicate-visit-to-turkey/). Le corps paraphrase la transcription anglaise rapportée par ces sources. La formule « grand pape de la tragédie mondiale » ne figure pas sur le texte de plaque attesté par ces sources : elle n'est reprise que par des notices dérivées et n'est donc plus présentée ici comme une inscription.
9 63 64Benoît XV, encyclique Ad beatissimi Apostolorum, 1ᵉʳ novembre 1914 — citations données dans la traduction française officielle du Saint-Siège (https://www.vatican.va/content/benedict-xv/fr/encyclicals/documents/hf_ben-xv_enc_01111914_ad-beatissimi-apostolorum.html) : « spectacle assurément le plus affreux et le plus désolant qui se soit jamais vu de mémoire d'homme » ; « chaque jour la terre, inondée par de nouveaux ruisseaux de sang, se couvre de morts et de blessés » ; § 28 : « Il n'est pas besoin de qualificatifs pour signifier la profession du catholicisme ; à chacun il suffit de dire : Christianus mihi nomen, catholicus cognomen. » L'encyclique dénonce aussi les causes morales du conflit (oubli de Dieu, lutte des classes, matérialisme) et règle les querelles internes entre catholiques.
11 26 29New Catholic Encyclopedia, art. « Benedict XV, Pope » (encyclopedia.com : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/benedict-xv-pope) : « His parents, the Marchese Giuseppe Della Chiesa and Giovanna Migliorati, were of the nobility, his mother related to Innocent VII (1404–06). »
12George L. Williams, Papal Genealogy : The Families and Descendants of the Popes, McFarland, 2004, p. 133 — rapporte que la famille paternelle aurait donné le pape Calixte II (1119-1124) : affirmation généalogique reprise par les notices en ligne, non établie par ailleurs.
13« Pope Benedict XV », Wikipedia, section sur la jeunesse (https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Benedict_XV) — petite taille, carrure frêle, légère claudication et surnom « il piccoletto » : description des notices biographiques en ligne, sans source primaire identifiée.
14« Benedict XV, Pope », New Catholic Encyclopedia (reproduit sur encyclopedia.com : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/benedict-xv-pope) — notice catholique de référence : noblesse génoise, Académie ecclésiastique pontificale, carrière diplomatique sous Rampolla à Madrid puis à la Secrétairerie d'État, archevêque de Bologne (1907), impartialité durant la guerre, œuvre humanitaire, gouvernement intérieur (maintien de la condamnation du modernisme), Congrégation pour les Églises orientales, Maximum illud.
16 41 53Nomination à Bologne le 18 décembre 1907, sacre épiscopal le 22 décembre 1907 par Pie X lui-même — chronologie sur https://popehistory.com/popes/pope-benedict-xv/ ; l'interprétation en « promotion-éloignement » de l'homme de Rampolla est celle des historiens.
20Création cardinalice le 25 mai 1914, titre des Santi Quattro Coronati — https://popehistory.com/popes/pope-benedict-xv/ ; trois mois avant l'élection du 3 septembre 1914.
21« 1914 papal conclave », Wikipedia (https://en.wikipedia.org/wiki/1914_papal_conclave, recoupé avec catholic-hierarchy.org) — mort de Pie X le 20 août 1914, conclave du 31 août au 3 septembre 1914, 57 des 65 cardinaux présents, les autres étant retenus par la guerre ; rivalité avec le cardinal Pietro Maffi (archevêque de Pise) ; élection de della Chiesa au dixième tour le 3 septembre 1914 ; la tradition des récits veut qu'elle n'ait été acquise qu'à une voix au-dessus du quorum, d'où la vérification des bulletins pour s'assurer que l'élu n'avait pas voté pour lui-même.
22 23Couronnement le 6 septembre 1914 dans la chapelle Sixtine, en cérémonie sobre en raison de la guerre — « Benedict XV, Pope », New Catholic Encyclopedia (reproduit sur encyclopedia.com : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/benedict-xv-pope) : « The coronation was held in the Sistine Chapel, because of the crisis of World War I » ; date et lieu confirmés par la presse d'époque (couverture illustrée d'Achille Beltrame pour La Domenica del Corriere, 29 septembre 1914 : couronnement dans la chapelle Sixtine le dimanche 6 septembre 1914) ; recoupé avec « 1914 papal conclave », Wikipedia (https://en.wikipedia.org/wiki/1914_papal_conclave).
24Choix du nom en hommage à Benoît XIV, lui aussi archevêque de Bologne avant son élection — « Pope Benedict XV », Wikipedia, section sur l'élection (https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Benedict_XV).
25« World War I's Pope Benedict XV and the pursuit of peace », National Catholic Reporter (https://www.ncronline.org/news/justice/world-war-pope-benedict-xv-and-pursuit-peace) — la guerre condamnée comme « the suicide of civilized Europe », diplomate de carrière devenu sous-secrétaire d'État en 1901 puis archevêque de Bologne en 1907.
28Benoît XV, lettre Le notizie du 5 août 1921 (page du Saint-Siège : https://www.vatican.va/content/benedict-xv/fr/letters/1921/documents/hf_ben-xv_let_19210805_le-notizie.html) — appel solennel au secours des affamés de Russie ; la mission pontificale de secours aux affamés (dirigée par le P. Edmund Walsh) se déploiera en 1922-1923, sous Pie XI.
32Épuisement des finances vaticanes par la charité de guerre — « Pope Benedict XV », Wikipedia (https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Benedict_XV) : affirmation des notices biographiques en ligne, sans source primaire ou budgétaire identifiée ; reprise ici au degré de la tradition biographique.
33« Sodalitium Pianum », dans Encyclopedia.com (d'après la New Catholic Encyclopedia : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/sodalitium-pianum) — réseau d'informateurs fondé par Mgr Umberto Benigni pour épier prêtres et évêques suspects de modernisme ; suppression définitive ordonnée par Benoît XV (décision du 25 novembre 1921, exécutée le 8 décembre 1921), au terme d'une affaire révélée par des documents internes ; rappel que Ad beatissimi (1914) avait déjà confirmé la condamnation du modernisme tout en réprouvant les étiquettes d'« intégraux ».
42 43 44Benoît XV, encyclique Spiritus Paraclitus, 15 septembre 1920 (texte latin sur vatican.va : https://www.vatican.va/content/benedict-xv/la/encyclicals/documents/hf_ben-xv_enc_15091920_spiritus-paraclitus.html) — publiée pour le quinzième centenaire de la mort de saint Jérôme ; réaffirmation, contre les tendances modernistes, de l'inspiration divine et de l'inerrance intégrale de l'Écriture, dans la continuité de Providentissimus Deus de Léon XIII (1893) ; rejet de la théorie qui restreint la vérité divine garantie par Dieu aux seules choses « quod ad religionem spectet », abandonnant le reste à l'erreur. Source de contexte : The Encyclical Spiritus Paraclitus in its Historical Context, Roman Theological Forum, art. LT60.
45 46Constitution apostolique Providentissima Mater Ecclesia du 27 mai 1917, Acta Apostolicae Sedis 9 (1917), IIᵉ partie, pp. 5-8 (texte sur vatican.va : https://m.vatican.va/content/benedict-xv/it/bulls/documents/hf_ben-xv_bulls_19170527_providentissima-mater.pdf) : le Code « n'acquerra force de loi qu'à partir du jour de la Pentecôte de l'année prochaine, c'est-à-dire du 19 mai 1918 » (« cioè dal 19 maggio dell'anno 1918 ») ; la variante « 29 mai » est erronée, la Pentecôte 1918 tombant le 19 mai.
47Premier Codex Iuris Canonici : 2 414 canons, œuvre commencée sous Pie X et dirigée par le cardinal Gasparri — « 1917 Code of Canon Law », Wikipedia (https://en.wikipedia.org/wiki/1917_Code_of_Canon_Law).
48Benoît XV, lettre apostolique Maximum illud, 30 novembre 1919 — il n'existe pas de version française officielle sur vatican.va ; le corps paraphrase le texte anglais officiel (https://www.vatican.va/content/benedict-xv/en/apost_letters/documents/hf_ben-xv_apl_19191130_maximum-illud.html) : « It would be a tragedy indeed if an apostolic man were to spend himself in attempts to increase and exalt the prestige of the native land he once left behind him » ; « There is one final, and very important, point for anyone who has charge of a mission. He must make it his special concern to secure and train local candidates for the sacred ministry. » Charte de la missiologie moderne : refus du nationalisme missionnaire, promotion d'un clergé indigène formé, apprentissage des langues et cultures locales ; centenaire célébré par le pape François en 2019.
49 50 51 52Jean-Paul II, encyclique Ut Unum Sint, 25 mai 1995, § 54 (texte anglais sur vatican.va : https://www.vatican.va/content/john-paul-ii/en/encyclicals/documents/hf_jp-ii_enc_25051995_ut-unum-sint.html) : « In this perspective an expression which I have frequently employed finds its deepest meaning: the Church must breathe with her two lungs! »
54Benoît XV, lettre du 5 mai 1917 au cardinal Pietro Gasparri, secrétaire d'État — appel à la paix confié à la Vierge Marie et ajout de l'invocation « Regina Pacis, ora pro nobis » (« Reine de la paix, priez pour nous ») aux Litanies de Lorette, huit jours avant la première apparition de Fatima (13 mai 1917). Il n'existe pas de version française officielle sur vatican.va ; le corps paraphrase l'original anglais attesté (The Fatima Center : https://fatima.org/pope-benedict-xv-demands-world-peace-may-5-1917/ ; udayton.edu) : « To Mary, then, who is the Mother of Mercy and omnipotent by grace, let loving and devout appeal go up from every corner of the earth. »
55 56Canonisation de Jeanne d'Arc par Benoît XV à Saint-Pierre le 16 mai 1920, devant plus de 60 000 fidèles — « Canonization of Joan of Arc », Wikipedia (https://en.wikipedia.org/wiki/Canonization_of_Joan_of_Arc) et Catholic World Report (15 mai 2020). Canonisations de Marguerite-Marie Alacoque et de Gabriel de l'Addolorata le 13 mai 1920 ; dimension diplomatique de la canonisation de Jeanne d'Arc dans le rapprochement entre le Saint-Siège et la France de la Séparation, aboutissant à la reprise des relations diplomatiques.
57 58« Benedict XV », Encyclopædia Britannica (https://www.britannica.com/biography/Benedict-XV) — pontificat dominé par la Première Guerre mondiale, politique d'impartialité, Note de paix de 1917 rejetée par les belligérants, efforts humanitaires, rapprochement avec la France après la canonisation de Jeanne d'Arc et reprise des relations diplomatiques, jugement d'ensemble paraphrasé dans le corps (efforts par tous moyens pour mettre fin au conflit et en adoucir les maux).
59 65« Benedict XV, 100 Years After His Death », La Civiltà Cattolica (https://www.laciviltacattolica.com/benedict-xv-100-years-after-his-death/amp/) : « When Benedict XV ascended the papal throne, only 14 states had official representatives at the Holy See, while at his death there were 27 » (note 23).
60Oxford Reference, art. « Benedict XV » (https://www.oxfordreference.com/viewbydoi/10.1093/acref/9780199295814.013.0296) : « His reign saw a notable rise, from fourteen in 1914 to 27 in 1922, in countries diplomatically represented at the Holy See ».
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