Sainte Marguerite-Marie Alacoque (1647-1690)

Visitandine de Paray-le-Monial, sainte Marguerite-Marie Alacoque reçut entre 1673 et 1675 les grandes apparitions du Sacré-Cœur de Jésus. Humble, contestée puis reconnue, elle fut l'instrument de la dévotion universelle au Cœur du Christ : fête du Sacré-Cœur, communion réparatrice des premiers vendredis, Heure sainte.

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Au cœur de la Bourgogne, dans un petit monastère de la Visitation que rien ne destinait à la célébrité, une religieuse effacée reçut entre 1673 et 1675 l'une des plus grandes révélations privées de l'histoire moderne de l'Église : le Christ lui montra son Cœur, brûlant d'amour pour les hommes et blessé par leur ingratitude, et lui confia la mission d'en répandre le culte. Cette religieuse s'appelait Marguerite-Marie Alacoque. Par elle, une dévotion jusque-là discrète — déjà préparée par saint Jean Eudes, par saint François de Sales et par toute l'école française de spiritualité — devint le grand mouvement spirituel du Sacré-Cœur de Jésus, qui marquera la piété catholique des trois siècles suivants.[1][2]

L'histoire de Marguerite-Marie est celle d'un contraste saisissant : une femme fragile, longtemps malade, humble jusqu'à l'anéantissement, incomprise et même persécutée dans sa propre communauté, devient l'instrument d'un message destiné à l'Église universelle et aux rois de la terre. Cet article retrace sa vie, ses apparitions, sa spiritualité réparatrice et la longue postérité de Paray-le-Monial. Sur le sanctuaire lui-même, ses chapelles et ses pèlerinages, on se reportera à l'article Le sanctuaire de Paray-le-Monial ; sur la dévotion au Cœur du Christ comme telle, à L'Amour infini de Dieu dans le Sacré-Cœur et la Divine Miséricorde.

Une enfance bourguignonne marquée par la croix

Naissance à Verosvres (1647)

Marguerite Alacoque naît le 22 juillet 1647, au hameau de Lhautecourt, sur la paroisse de Verosvres, dans le diocèse d'Autun, au cœur du Charolais bourguignon.[3][4] Elle est la cinquième des sept enfants de Claude Alacoque, notaire et juge royal, et de Philiberte Lamyn, une famille de petite notabilité rurale, aisée mais sans titre.[5] La tradition rapporte que, toute petite déjà, l'enfant manifesta une piété précoce et une attirance pour le silence et la prière ; elle aurait, vers cinq ans, prononcé un vœu de chasteté dont, dira-t-elle plus tard, elle ne comprenait pas encore tout le sens.[6][7]

La mort du père et les années d'épreuve

Clocher de Verosvres, photographie de Wikinade (2008). Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0. Miniature sans recadrage.

La première grande blessure de sa vie est la mort de son père, survenue alors qu'elle a environ huit ans (vers 1655).[8] Confiée quelque temps aux Clarisses urbanistes de Charolles, la fillette y reçoit une éducation pieuse, mais une maladie grave l'oblige bientôt à rentrer chez elle.[9] Surtout, l'administration des biens familiaux passe à des parents qui s'installent dans la maison et y exercent sur la veuve et ses enfants une autorité dure. Marguerite traverse alors des années d'humiliations domestiques qu'elle décrira plus tard sans amertume, comme une première école de la Croix : selon son récit, elle ne pouvait rien faire sans permission et devait attendre, pour la moindre demande, que ces parents fussent bien disposés.[10]

La maladie, le vœu et la guérison

Vers onze ou douze ans, après sa première communion, Marguerite est frappée d'une maladie qui la cloue au lit pendant près de quatre ans — un mal que les biographes décrivent comme une fièvre rhumatismale ou une forme de paralysie.[11][12] C'est dans cette épreuve qu'elle prononce, selon son récit, un vœu à la Sainte Vierge : si elle est guérie, elle se consacrera à la vie religieuse. La guérison vient peu après, attribuée par elle à l'intercession mariale, et la jeune fille ajoute alors à son nom celui de Marie, par reconnaissance.[13] Toute sa vie, elle gardera une tendresse filiale pour la Vierge, qu'elle nommera sa « bonne Mère ».

L'attrait du monde et l'appel persistant

Adolescente puis jeune femme, Marguerite connaît une période où le monde l'attire : bals, parures, plaisirs d'une jeunesse provinciale, et la pression d'une famille qui souhaite la marier.[14] Elle hésite, se laisse aller quelque temps aux divertissements, puis se reprend, déchirée entre son vœu et les sollicitations de son entourage. Elle rapporte une parole intérieure du Christ qui la ramène fermement à sa vocation :

« Le Christ se présenta à elle, flagellé et couvert de plaies, lui reprochant son infidélité après tant de preuves de son amour. » — d'après l'Autobiographie[15][16]

Cette grâce décide de tout. À l'âge de vingt-trois ans, elle quitte définitivement le monde pour entrer en religion.

L'entrée à la Visitation de Paray-le-Monial

Pourquoi la Visitation ?

Le choix de Marguerite-Marie n'est pas indifférent. L'Ordre de la Visitation Sainte-Marie, fondé en 1610 par saint François de Sales et sainte Jeanne de Chantal, incarne une spiritualité de douceur, d'humilité et d'amour du Cœur de Jésus qui prépare admirablement la mission qu'elle va recevoir.[17][18] La devise salésienne — « Vive Jésus ! » — et l'attention au Cœur aimant du Sauveur forment le terrain spirituel où germera Paray-le-Monial. Ce n'est pas un hasard si c'est une visitandine, et non une moniale d'un ordre plus austère, que le Christ choisit comme messagère de son Cœur.

Postulat, habit, profession (1671-1672)

Marguerite entre au monastère de la Visitation de Paray-le-Monial le 25 mai 1671.[19][20][21] Elle reçoit l'habit religieux le 25 août 1671 et prend le nom de sœur Marguerite-Marie. Sa profession, d'abord retardée — ses supérieures hésitant devant une postulante au comportement parfois déconcertant et aux grâces extraordinaires —, est finalement prononcée le 6 novembre 1672.[22] Le tableau ci-dessous récapitule les étapes de son entrée en religion :

ÉtapeDateLieu
Naissance22 juillet 1647Verosvres (Lhautecourt)
Entrée à la Visitation25 mai 1671Paray-le-Monial
Prise d'habit25 août 1671Paray-le-Monial
Profession religieuse6 novembre 1672Paray-le-Monial

Une vie cachée et contredite

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Dès le noviciat, Marguerite-Marie déconcerte. Attirée par l'oraison silencieuse, peu douée pour les emplois extérieurs, sujette à des états de recueillement qui paraissent suspects, elle est l'objet d'une méfiance persistante.[23] Cette contradiction, loin de cesser après les apparitions, ne fera que s'aggraver : elle est la trame ordinaire de sa vie religieuse, et le prix de sa mission.

Les grandes apparitions du Sacré-Cœur (1673-1675)

L’apparition du Sacré-Cœur, peinture de l’église Sainte-Marie d’Eferding. Photo Osfs (2000), Wikimedia Commons, domaine public.

C'est environ deux ans et demi après son entrée que commencent les révélations qui feront de Paray-le-Monial un haut lieu de la chrétienté. Les historiens distinguent classiquement quatre grandes apparitions, échelonnées sur près de deux ans, chacune précisant et approfondissant la précédente.[24][25]

Première apparition : 27 décembre 1673

Le 27 décembre 1673, fête de saint Jean l'Évangéliste — celui qui, à la Cène, avait reposé sa tête sur la poitrine du Sauveur —, Marguerite-Marie reçoit la première grande manifestation. En prière devant le Saint-Sacrement, elle se sent « toute investie » de la présence divine ; le Christ lui permet de reposer à son tour sur son Cœur et lui en dévoile les merveilles, en lui annonçant qu'elle sera l'instrument de sa diffusion :

« Mon divin Cœur est si passionné d'amour pour les hommes, et pour toi en particulier, que ne pouvant plus contenir en lui-même les flammes de son ardente charité, il faut qu'il les répande par ton moyen. » — paroles rapportées par sainte Marguerite-Marie, Autobiographie, § 53[26][27]

Deuxième et troisième apparitions (1674)

Au cours de l'année 1674, plusieurs apparitions précisent le message. Le Christ se montre le Cœur ouvert, entouré d'une couronne d'épines et surmonté d'une croix, et fait entendre une plainte qui deviendra le centre de toute la dévotion réparatrice : son amour ne reçoit en retour qu'ingratitude, indifférence et mépris, surtout dans le sacrement de l'Eucharistie.[28][29] C'est de cette période que datent la demande de la communion réparatrice et l'institution, dans la vie de Marguerite-Marie, de l'Heure sainte du jeudi soir.

La grande apparition de juin 1675

La quatrième apparition, dite « la grande apparition », a lieu en juin 1675, pendant l'octave de la Fête-Dieu (le Saint-Sacrement). C'est le sommet de tout le cycle. Le Christ montre une dernière fois son Cœur et prononce les paroles les plus célèbres de Paray-le-Monial, que Marguerite-Marie consignera dans son Autobiographie (§ 92) :

« Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes qu'il n'a rien épargné jusqu'à s'épuiser et se consumer pour leur témoigner son amour. Et pour reconnaissance je ne reçois de la plupart que des ingratitudes, par les irrévérences et les sacrilèges, et par les froideurs et les mépris qu'ils ont pour moi dans ce sacrement d'amour. Mais ce qui m'est encore le plus sensible, c'est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés qui en usent ainsi. » — Sainte Marguerite-Marie, Autobiographie, § 92[30][31]

C'est dans cette même apparition que le Christ formule la demande qui structurera désormais le culte : l'institution d'une fête liturgique en l'honneur de son Cœur.

Les trois demandes du Christ

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Le message de Paray ne se réduit pas à une vision : il comporte des demandes concrètes, qui font de la dévotion au Sacré-Cœur une réponse d'amour et de réparation, non un simple sentiment.[32] On les ramène classiquement à trois.

La fête du Sacré-Cœur

Le Christ demande qu'une fête particulière soit instituée en l'honneur de son Cœur, le vendredi qui suit l'octave de la Fête-Dieu, pour réparer les outrages reçus dans l'Eucharistie et honorer son amour.[33][34] Cette demande, d'abord limitée à la Visitation, sera progressivement étendue : la fête est accordée à divers diocèses au XVIIIᵉ siècle, puis étendue à toute l'Église par le pape Pie IX en 1856.[35][36]

La communion réparatrice et les premiers vendredis

Le Christ demande une communion de réparation, particulièrement le premier vendredi de chaque mois, pour consoler son Cœur des ingratitudes et des sacrilèges.[37] De là naîtra la dévotion des neuf premiers vendredis : communier le premier vendredi du mois, neuf mois consécutifs.

L'Heure sainte

Le Christ demande enfin que, chaque nuit du jeudi au vendredi, l'âme veille une heure (vers onze heures à minuit) pour s'unir à son agonie au jardin des Oliviers et obtenir miséricorde pour les pécheurs.[38] C'est l'origine de l'Heure sainte, encore largement pratiquée aujourd'hui.

Les douze promesses et la grande promesse

À ceux qui honoreront son Cœur, le Christ attache, dans les écrits de Marguerite-Marie, une série de promesses que la tradition a regroupées en douze.[39][40] La plus célèbre, dite « grande promesse des premiers vendredis », concerne la persévérance finale. Selon les paroles que la tradition rapporte de la sainte, le Christ promet, dans l'excès de la miséricorde de son Cœur, à tous ceux qui communieront les premiers vendredis, neuf fois de suite, la grâce de la pénitence finale : ils ne mourront point dans sa disgrâce ni sans recevoir leurs sacrements, son divin Cœur se faisant leur asile assuré à cette dernière heure.[41][42]

Le sanctuaire de Paray-le-Monial et les recueils spirituels présentent ces promesses comme un encouragement à la conversion et à la fidélité aux sacrements, non comme un automatisme magique : la grande promesse suppose une vie chrétienne véritable et la grâce de Dieu, jamais une garantie mécanique indépendante de la foi et de la charité.[43][44]

Saint Claude La Colombière, le témoin envoyé

Un directeur jésuite à Paray (1675)

Claude La Colombière, portrait anonyme. Wikimedia Commons, domaine public.

Devant des grâces aussi extraordinaires, Marguerite-Marie est d'abord seule, doutée par ses supérieures et éprouvée dans sa propre incertitude. C'est alors qu'arrive à Paray, en 1675, un jeune jésuite, supérieur de la petite résidence de la Compagnie : Claude La Colombière.[45][46] Homme de discernement et de sainteté, il reconnaît l'authenticité des apparitions, devient le directeur spirituel de la religieuse, et se consacre lui-même au Cœur de Jésus. Sa caution est décisive : elle fait passer le message de Paray du secret d'une cellule à la diffusion d'un véritable apostolat. Sur sa propre vie et sa mission en Angleterre, voir saint Claude La Colombière.

Le serviteur fidèle et l'ami parfait

Selon le récit de Marguerite-Marie, le Christ lui désigna La Colombière comme le directeur fidèle qu'il lui envoyait pour établir la dévotion à son Cœur.[47] Le jésuite répandra le message par sa prédication et ses écrits — notamment sa Retraite spirituelle —, et lorsqu'il est envoyé à Londres comme prédicateur de la duchesse d'York, il y porte la dévotion naissante. Sa mort prématurée, en 1682, prive Marguerite-Marie de son plus sûr appui, mais la graine est désormais semée.

L'épreuve de la mission : opposition et reconnaissance

Les résistances de la communauté

La vie de Marguerite-Marie après les apparitions n'a rien d'un triomphe. Loin de là : ses récits sont accueillis avec scepticisme, ses demandes jugées présomptueuses, sa santé fragile et ses extases tournées en dérision.[48][49] Plusieurs théologiens consultés concluent d'abord à l'illusion. La sainte, fidèle à son esprit d'humilité et d'obéissance, accepte ces contradictions sans se défendre, persuadée que la Croix est la signature de Dieu sur son œuvre.

Mère de Saumaise, Mère Melin

Le tournant vient des supérieures. La Mère de Saumaise, d'abord réservée, finit par soutenir Marguerite-Marie après avoir consulté des hommes éclairés.[50] Surtout, à partir de 1683, l'élection de la Mère Melin comme supérieure — qui nomme Marguerite-Marie son assistante — met fin à l'hostilité officielle : la communauté, peu à peu, adopte la dévotion au Cœur de Jésus et célèbre la fête au sein du monastère.

Maîtresse des novices et assistante

Reconnue enfin par les siennes, Marguerite-Marie est chargée de la formation des jeunes religieuses comme maîtresse des novices (vers 1685) et exerce la charge d'assistante.[51][52] Elle transmet alors aux novices l'esprit du Sacré-Cœur, et c'est dans la communauté de Paray que, le 21 juin 1686, la fête du Cœur de Jésus est solennellement célébrée pour la première fois — premier rayonnement d'un culte appelé à devenir universel.[53]

La mort et la glorification

Paray-le-Monial, 17 octobre 1690

Marguerite-Marie meurt à Paray-le-Monial le 17 octobre 1690, à quarante-trois ans, au terme d'une courte maladie.[54][55][56] Ses dernières paroles, selon la tradition, furent un acte d'amour au nom de Jésus. Elle laisse une œuvre écrite modeste mais décisive — son Autobiographie, rédigée par obéissance à ses directeurs, et des lettres spirituelles —, et surtout un message confié à l'Église entière.

Vénérable, bienheureuse, sainte

La réputation de sainteté de Marguerite-Marie grandit lentement, mais sa cause finit par aboutir aux honneurs les plus hauts. Le tableau ci-dessous récapitule les étapes de sa glorification :

ÉtapeDateActeur
Mort17 octobre 1690Paray-le-Monial
Introduction de la cause et vénérabilité30 mars 1824Léon XII
Béatification18 septembre 1864Pie IX
Canonisation13 mai 1920Benoît XV
Fête liturgique16 octobre—
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Sa canonisation par Benoît XV le 13 mai 1920 — le même printemps que celle de Jeanne d'Arc — consacre, plus de deux siècles après Paray, la reconnaissance solennelle de sa mission par l'Église.[58][59]

Les reliques à Paray-le-Monial

Le corps de la sainte est aujourd'hui vénéré dans la chapelle des Apparitions du monastère de la Visitation de Paray-le-Monial, dans une châsse où ses reliques sont exposées à la dévotion des pèlerins.[60] Paray est ainsi devenue, autour de ce tombeau et du lieu des apparitions, l'un des grands centres de pèlerinage du monde catholique : voir l'article détaillé Le sanctuaire de Paray-le-Monial.

La postérité du message de Paray

De la dévotion privée au culte universel

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Le message de Paray a connu une diffusion remarquable. Limité d'abord à la Visitation puis aux jésuites, le culte du Sacré-Cœur gagne au XVIIIᵉ siècle de nombreux diocèses. La grande étape liturgique est l'extension de la fête du Sacré-Cœur à toute l'Église par Pie IX en 1856.[61][62] En 1899, le pape Léon XIII, par l'encyclique Annum sacrum, consacre le genre humain tout entier au Sacré-Cœur — geste d'une portée inouïe, qui réalise à l'échelle du monde la demande faite à une humble religieuse de Bourgogne.[63]

Miserentissimus Redemptor et Haurietis aquas

Le magistère a confirmé et approfondi le message de Paray par deux grandes encycliques. En 1928, Pie XI, par Miserentissimus Redemptor, développe la doctrine de la réparation au Cœur du Christ, dans la ligne directe des demandes faites à Marguerite-Marie.[64] En 1956, Pie XII, par Haurietis aquas (15 mai 1956), donne au culte du Sacré-Cœur sa charte théologique la plus complète et y reconnaît expressément la place des révélations de Paray-le-Monial dans le développement de la dévotion.[65] Le message d'une religieuse contestée était ainsi devenu une part majeure de la spiritualité catholique moderne.

Paray, capitale du Sacré-Cœur

De Paray-le-Monial rayonne enfin tout un patrimoine : la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre à Paris, élevée en partie comme vœu national au Cœur de Jésus[66], les innombrables congrégations et œuvres placées sous ce vocable, et la pratique mondiale des premiers vendredis et de l'Heure sainte. Toute cette floraison plonge ses racines dans la cellule d'une visitandine du XVIIᵉ siècle.

Spiritualité de sainte Marguerite-Marie

La spiritualité de Marguerite-Marie n'est pas une affaire de visions extraordinaires : elle est une doctrine de l'amour, accessible à tous, dont les apparitions ne sont que le sceau. Trois traits la résument.

L'amour réparateur

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Au centre se tient la réparation : répondre par l'amour à l'amour méprisé. Le Cœur de Jésus souffre moins des persécuteurs que de la froideur des âmes qui lui sont consacrées ; la consolation que Marguerite-Marie propose n'est donc pas sentimentale, mais théologale — un amour qui veut consoler le Christ et réparer les offenses faites à son amour eucharistique.[67] Sur cette spiritualité réparatrice et ses grandes figures, voir Les âmes victimes et Que disent les saints sur la réparation.

L'humilité et l'anéantissement

Marguerite-Marie est une sainte de l'humilité poussée jusqu'à l'anéantissement de soi. Persécutée, raillée, doutée, elle ne se justifie pas et voit dans l'abaissement la voie même de son Maître : selon son récit, le Christ lui fit comprendre qu'Il prenait plaisir à anéantir son âme, car, n'étant que néant et péché, elle ne devait trouver sa joie qu'à Le voir glorifié sur les ruines de son amour-propre.[68]

Cette humilité n'est pas mépris de soi morbide, mais lucidité sur sa propre faiblesse et confiance totale dans la force de Dieu — exactement la petite voie que sainte Thérèse de Lisieux portera plus tard à sa perfection.

L'abandon à la volonté divine

Le dernier trait est l'abandon à la volonté de Dieu. Toute la vie de Marguerite-Marie est une remise d'elle-même entre les mains du Christ, dans la santé comme dans la maladie, dans la consolation comme dans l'épreuve. Cet abandon rejoint le cœur même de la spiritualité catholique de la confiance, et prépare de loin la grande grâce de la vie dans la Volonté divine que développeront d'autres mystiques. C'est pourquoi le Sacré-Cœur n'est pas, chez elle, une dévotion isolée : il est la porte d'un amour total, où l'âme apprend à ne plus vivre que du Cœur de Jésus.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Wikipédia (FR), « Marguerite-Marie Alacoque » : fr.wikipedia.org. Notice biographique de référence : née le 22 juillet 1647 à Lhautecourt (paroisse de Verosvres, Bourgogne), cinquième des sept enfants de Claude Alacoque, notaire et juge royal, et de Philiberte Lamyn ; mort du père vers 1655 ; maladie de l'enfance et guérison attribuée à la Vierge, ajout du prénom Marie ; entrée à la Visitation de Paray-le-Monial le 25 mai 1671 ; première apparition du Cœur de Jésus le 27 décembre 1673, fête de saint Jean ; apparitions de 1674 et la « grande apparition » de juin 1675 ; saint Claude La Colombière directeur et témoin ; demande de la fête du Sacré-Cœur (vendredi après l'octave de la Fête-Dieu), de la communion réparatrice des premiers vendredis et de l'Heure sainte ; les douze promesses ; première célébration de la fête à Paray le 21 juin 1686 ; mort à Paray-le-Monial le 17 octobre 1690 ; béatifiée le 18 septembre 1864 par Pie IX, canonisée le 13 mai 1920 par Benoît XV ; fête le 16 octobre ; extension de la fête du Sacré-Cœur à toute l'Église par Pie IX en 1856 ; consécration du genre humain au Sacré-Cœur par Léon XIII (Annum sacrum, 1899).

    1 3 8 17 19 23 25 35 39 45 48 53 54 58 61
  2. Sanctuaire du Sacré-Cœur de Paray-le-Monial, « Le message » : sacrecoeur-paray.org. Site officiel du sanctuaire. Texte des paroles du Christ lors de la grande apparition de juin 1675 (« Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes… ; ce sont des cœurs qui me sont consacrés qui en usent ainsi ») ; la même page donne aussi les paroles de la première apparition (« Mon divin Cœur est si passionné d'amour… ») avec la cote « Autobiographie, § 53 » (reprise dans le livret Le message de Paray du sanctuaire) ; les demandes du Christ : fête du Sacré-Cœur le vendredi après l'octave du Saint-Sacrement (étendue à toute l'Église par Pie IX en 1856), communion réparatrice des premiers vendredis, Heure sainte du jeudi soir (23 h-minuit, en union avec l'agonie au jardin des Oliviers), dévotion à l'image du Sacré-Cœur. Reliques de la sainte vénérées à la chapelle des Apparitions / de la Visitation de Paray-le-Monial.

    2 24 27 28 31 32 33 36 37 38 43 60 62 67
  3. Catholic Encyclopedia (The Catholic Encyclopedia, New York, Robert Appleton Company, 1910), « St. Margaret Mary Alacoque » : newadvent.org. Notice : born at Lhautecour (Verosvres), 22 July 1647 ; first communion at nine ; paralysis confining her to bed for four years, recovery after a vow to consecrate herself to religious life ; vision of Christ scourged reproaching her infidelity after a worldly period at seventeen ; entered the Visitation at Paray-le-Monial 25 May 1671 ; final vows November 1672 ; the great revelations of the Sacred Heart ; Christ appointed « the Friday after the octave of the feast of Corpus Christi » as the feast of the Sacred Heart ; novice mistress ; died 17 October 1690 ; declared Venerable (1824, Leo XII), beatified 18 September 1864 (Pius IX), canonized 1920 (Benedict XV).

    4 7 9 12 13 15 21 34 52 56
  4. Wikipedia (EN), « Margaret Mary Alacoque » : en.wikipedia.org. Recoupement des faits : born 22 July 1647 at Lhautecour (Verosvres), Burgundy ; parents Claude Alacoque and Philiberte Lamyn ; private vow of chastity in childhood ; father died 1655 ; sent to the Poor Clares (Urbanists) at Charolles ; four-year illness, vow to the Blessed Virgin and recovery, adding « Marie » to her name ; family pressure to marry, resisted ; entered the Visitation at Paray-le-Monial 25 May 1671, received the habit 25 August 1671, professed 6 November 1672 ; the apparitions of the Sacred Heart (27 December 1673 ; 1674 ; the « great apparition » of June 1675 during the octave of Corpus Christi) ; the requests : feast of the Sacred Heart on the Friday after the octave of Corpus Christi, Communion of reparation on first Fridays, the Holy Hour on Thursday nights ; the nine first Fridays and the « great promise » ; Jesuit Claude La Colombière (arrived 1675) confirmed the revelations ; opposition in the community ; Mother de Saumaise, then Mother Melin (1683) and Margaret Mary as assistant and novice mistress (from c. 1685) ; autobiography written under obedience ; died at Paray-le-Monial 17 October 1690, aged 43 ; beatified 18 September 1864 (Pius IX), canonized 13 May 1920 (Benedict XV).

    5 6 11 14 20 22 29 46 49 50 51 55 59
  5. Sainte Marguerite-Marie Alacoque, Autobiographie (dans Vie et Œuvres de sainte Marguerite-Marie Alacoque). Texte de la grande apparition de juin 1675 au § 92 (« Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes… »), reproduit notamment par le Sanctuaire de Paray-le-Monial (sacrecoeur-paray.org/le-message) et confirmé par la notice de fr.wikipedia.org. L'Autobiographie fut rédigée par obéissance à ses directeurs spirituels ; on y trouve aussi le récit de la première apparition (27 décembre 1673) au § 53 (« Mon divin Cœur est si passionné d'amour… »), cote confirmée par le Sanctuaire de Paray-le-Monial, et celui de la vision du Christ flagellé lui reprochant son infidélité. Les passages sur la vie familiale et l'anéantissement sont rendus dans cet article en paraphrase d'après son récit, leur cote exacte n'ayant pu être établie.

    10 16 26 30 42 47 68
  6. Wikipédia (FR), « Ordre de la Visitation » : fr.wikipedia.org. Fondation le 6 juin 1610 à Annecy par saint François de Sales et sainte Jeanne de Chantal ; ordre contemplatif féminin de spiritualité salésienne (douceur, humilité, amour du Cœur de Jésus), dont relève le monastère de Paray-le-Monial où entra Marguerite-Marie en 1671.

    18
  7. Les douze promesses du Sacré-Cœur, faites par le Christ à sainte Marguerite-Marie et regroupées par la tradition spirituelle : voir la synthèse de fr.aleteia.org et l'ouvrage du Père Joãozinho, Les douze promesses du Sacré-Cœur de Jésus faites à sainte Marguerite-Marie Alacoque (Salvator). La douzième, dite « grande promesse des premiers vendredis » — la grâce de la pénitence finale pour ceux qui communieront neuf premiers vendredis de suite —, nous est parvenue par les écrits de la sainte tels que la tradition spirituelle les a recueillis ; texte repris par les recueils liturgiques de référence.

    40 41 44
  8. Wikipedia (EN), « Margaret Mary Alacoque » : en.wikipedia.org — la Sacrée Congrégation des Rites ayant voté favorablement, le pape Léon XII la déclara vénérable le 30 mars 1824, introduisant sa cause de canonisation ; recoupé par la Catholic Encyclopedia (« In March, 1824, Leo XII pronounced her Venerable »).

    57
  9. Léon XIII, encyclique Annum sacrum (25 mai 1899), sur la consécration du genre humain au Sacré-Cœur de Jésus : vatican.va. Le pape y prescrit la consécration de l'humanité tout entière au Sacré-Cœur, réalisant à l'échelle du monde l'esprit des demandes de Paray-le-Monial. Voir aussi le dossier Ignispedia Léon XIII.

    63
  10. Pie XI, encyclique Miserentissimus Redemptor (8 mai 1928), sur la réparation due au Sacré-Cœur de Jésus : vatican.va. Développe la doctrine de la réparation et de la consolation du Cœur du Christ, dans la ligne directe des révélations faites à sainte Marguerite-Marie.

    64
  11. Pie XII, encyclique Haurietis aquas (15 mai 1956), sur le culte du Sacré-Cœur de Jésus : vatican.va. Charte théologique majeure du culte du Sacré-Cœur, qui situe les révélations de Paray-le-Monial à sainte Marguerite-Marie dans le développement légitime de la dévotion et en confirme le fondement biblique et doctrinal.

    65
  12. Wikipédia (FR), « Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre » : fr.wikipedia.org. Élevée à Paris à la suite du vœu national de 1870-1871 et du vote de l'Assemblée nationale, comme ex-voto au Cœur de Jésus — fruit tardif du rayonnement de Paray-le-Monial.

    66