Que disent les saints sur la réparation

Sur la réparation, les saints ne raisonnent pas en juristes : ils parlent en amants blessés de voir l'Amour blessé. Florilège sourcé de la voix des saints sur la réparation — du Serviteur souffrant d'Isaïe et de saint Paul aux docteurs (Anselme, Thomas d'Aquin, Catherine de Sienne), des grands témoins du Sacré-Cœur (Jean Eudes, Marguerite-Marie) et de la Sainte Face (Marie de Saint-Pierre) à Thérèse de Lisieux, au Magistère de Pie XI, à Fatima et à la Divine Volonté (Luisa Piccarreta). Une même certitude : réparer, c'est consoler par amour, non solder une dette.

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Sur la réparation, les saints ne raisonnent pas d'abord en juristes : ils parlent en amants blessés de voir l'Amour blessé. Avant d'en écrire la théologie, ils l'ont vécue — au pied de la Croix, à l'adoration, dans l'offrande silencieuse de leurs peines, dans le désir brûlant de « consoler » un Cœur que les hommes oublient. C'est ce qui donne à leur parole une autorité que n'a aucun traité abstrait : quand sainte Marguerite-Marie entend le Christ se plaindre de ne recevoir « que des ingratitudes », elle pleure ; quand sainte Thérèse veut s'offrir non à la Justice mais à l'Amour méprisé, elle a tout compris ; quand Luisa Piccarreta entend Jésus lui demander de « continuer sa Passion », elle écrit ce qu'elle porte dans sa chair.

Cet article rassemble cette voix des saints sur la réparation : un florilège organisé, du Serviteur souffrant d'Isaïe aux mystiques du XXᵉ siècle, en passant par les docteurs scolastiques, les grands témoins du Sacré-Cœur et de la Sainte Face, le Magistère de Pie XI et le message de Fatima. On y verra une étonnante concordance : par-delà les siècles et les écoles, tous disent au fond la même chose — la réparation est un acte d'amour, non un calcul de souffrance ; elle naît de la compassion, non de la peur ; elle se mesure au désir, non à la quantité ; et nul ne répare jamais seul, mais toujours « en Jésus, par Jésus ». Pour le chemin pratique — comment faire croître l'esprit réparateur, par quels moyens, en évitant quels pièges —, voir l'article Comment grandir dans la réparation ; le présent article écoute d'abord ce que les saints en disent.

Pourquoi écouter les saints sur la réparation ?

Réparer : le mot, la blessure, l'amour qui répond

Le mot réparer effraie souvent : il évoque une dette à solder, une punition à subir, un Dieu comptable. Les saints, eux, n'en parlent jamais ainsi. Pour eux, réparer, c'est d'abord aimer en réponse à un amour blessé. Le péché n'a pas seulement enfreint une loi : il a fait une blessure — à Dieu, au prochain, au pécheur lui-même. Le Catéchisme le dit avec précision : l'absolution enlève la faute, mais « elle ne remédie pas à tous les désordres que le péché a causés » ; il faut donc « faire quelque chose de plus pour réparer ses péchés », ce qu'on appelle « satisfaire » ou « expier »[1].

« Toute faute commise à l'égard de la justice et de la vérité appelle le devoir de réparation, même si son auteur a été pardonné. » — Catéchisme de l'Église catholique § 2487[2]

Le mot latin le dit tout entier : satisfacere, « faire assez », implique une égalité à rétablir. L'offense a creusé un écart ; la réparation vient le combler — non par la quantité de peine, mais par l'amour qui s'offre. C'est ce déplacement décisif, de la dette à l'amour, que toute la voix des saints va opérer. Pour le détail pratique de cette vertu — ses contrefaçons, ses moyens, ses fruits —, le présent article renvoie à Comment grandir dans la réparation et se consacre à écouter ce que les saints en ont dit.

Ce que dit d'abord l'Écriture

Avant les saints, il y a la Parole qu'ils méditaient. Et la première grande figure de la réparation y est celle du Serviteur souffrant d'Isaïe, qui porte le mal d'autrui pour le guérir :

« C'étaient nos souffrances qu'il portait, nos douleurs dont il était chargé. […] Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris. […] S'il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance. » — Livre d'Isaïe 53, 4-5.10[3]

C'est la matrice de toute la doctrine : un juste se charge des fautes des multitudes et répare pour elles. L'Ancien Testament en avait déjà donné la figure dans Moïse intercédant pour son peuple idolâtre : « Pourtant, s'il te plaisait de pardonner leur péché… Sinon, efface-moi de ton livre que tu as écrit » (Ex 32, 32)[4]. Et le pénitent du Psaume 51 ne marchande pas une dette : il offre « un esprit brisé », « un cœur broyé » (Ps 51, 19)[5] — déjà l'intuition que la vraie réparation est dans le cœur, non dans le compte.

Le Nouveau Testament accomplit la figure. Le Christ est la « seule réparation parfaite » : « C'est l'amour jusqu'à la fin qui confère sa valeur de rédemption et de réparation, d'expiation et de satisfaction au sacrifice du Christ »[6]. Mais — et c'est le ressort de toute la spiritualité réparatrice — il associe ses membres à cette œuvre. Saint Paul ose une parole vertigineuse :

« Ce qui reste à souffrir des épreuves du Christ dans ma propre chair, je l'accomplis pour son corps qui est l'Église. » — Saint Paul, Lettre aux Colossiens 1, 24[7]

Les quatre racines bibliques de la réparation — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Non que la Rédemption soit insuffisante : elle est parfaite et achevée. Mais le Christ veut que les membres du Corps portent et appliquent dans le temps ce qu'il a mérité une fois pour toutes. Enfin, Zachée donne le type évangélique de la réparation envers le prochain : « Si j'ai fait du tort à quelqu'un, je vais lui rendre quatre fois plus » (Lc 19, 8)[8] — et Jésus le bénit. Voilà les quatre racines bibliques d'où partent tous les saints : porter le mal d'autrui, intercéder, s'unir au Christ, restituer.

Le consensus des saints à travers les siècles

L'un des signes les plus frappants de la tradition catholique est la concordance des témoins. Sur la réparation, des saints que tout sépare — un archevêque du XIᵉ siècle, une mystique siennoise du XIVᵉ, une carmélite normande du XIXᵉ, une fille du peuple des Pouilles au XXᵉ — convergent sur quelques certitudes :

VoixSiècleCe qu'elle dit de la réparation
Anselme de CantorbéryXIᵉToute offense à un Dieu infini réclame une satisfaction qui passe l'homme[9]
Catherine de SienneXIVᵉLa satisfaction se mesure au « désir infini », non à la douleur[10]
Marguerite-Marie AlacoqueXVIIᵉRéparer, c'est consoler un Cœur qui « ne reçoit que des ingratitudes »[11]
Marie de Saint-PierreXIXᵉRéparer le blasphème et la profanation par la louange du saint Nom[12]
Thérèse de l'Enfant-JésusXIXᵉS'offrir non à la Justice mais à l'« Amour méprisé »[13]
Pie XIXXᵉLa réparation est un « devoir » : compenser, consoler, compléter[14]
Luisa PiccarretaXXᵉDans la Divine Volonté, la réparation reçoit une portée illimitée[15]

Cette unité n'est pas une coïncidence : c'est le même Esprit qui enseigne à tous la même compassion. Suivons-en la voix, époque après époque.

La voix des docteurs : de la dette à l'amour

Les premiers siècles avaient vécu la pénitence ; les docteurs du Moyen Âge vont en penser la logique — sans jamais la réduire à un calcul.

Saint Anselme : pourquoi une réparation était nécessaire

C'est à saint Anselme de Cantorbéry (1033-1109), dans son traité Cur Deus Homo (« Pourquoi un Dieu fait homme », v. 1098), que la tradition latine doit la grande clarification de la satisfaction. Son raisonnement est limpide : offenser Dieu, c'est lui « enlever l'honneur qui lui est dû » ; or la gravité d'une offense se mesure à la dignité de celui qu'elle vise. Offenser une majesté infinie a donc une gravité que nulle créature finie ne peut compenser. De là un dilemme — « satisfaction ou châtiment » — que seul peut dénouer un médiateur à la fois vrai homme (qui doit réparer) et vrai Dieu (qui le peut)[16]. La réparation chrétienne n'est donc jamais d'abord la nôtre : elle est celle du Christ, à laquelle nous sommes greffés. Toute la suite de la tradition — jusqu'à Pie XI — repose sur cette intuition.

Saint Thomas d'Aquin : la satisfaction, acte de justice et d'amour

Saint Thomas d'Aquin (1225-1274) reçoit et affine. Pour lui, la satisfaction est formellement un acte de justice : le mot satisfacere, « faire assez », suppose une inégalité antérieure — l'offense — et vise à la combler en offrant à l'offensé « une compensation qu'il accueille avec un plaisir au moins égal au déplaisir reçu »[17]. Mais Thomas ajoute aussitôt que cette compensation tire toute sa force du Christ : nous ne satisfaisons qu'« en lui ». Le Concile de Trente fixera cette doctrine en formule :

« Cette satisfaction que nous acquittons pour nos péchés n'est pas nôtre de telle sorte qu'elle ne soit pas par Jésus-Christ ; car nous qui ne pouvons rien de nous-mêmes, nous pouvons tout avec le concours de celui qui nous fortifie. […] Toute notre gloire est dans le Christ : en qui nous vivons, en qui nous méritons, en qui nous satisfaisons. » — Concile de Trente, session XIV (1551), De la satisfaction[18]

Tableau de la satisfaction selon la tradition reçue à Trente — utile pour situer ce dont les saints parleront :

AspectCe qu'il signifieSource
RestitutionRéparer le tort fait au prochain (biens, réputation)CEC § 2412, § 2487[19]
Peines acceptéesSupporter les épreuves de la vie en union au ChristTrente XIV, ch. 9[20]
Œuvres volontairesJeûne, prière, aumône offerts en esprit de réparationTrente XIV, ch. 9[21]
Source uniqueToute satisfaction vaut « par Jésus-Christ »Trente XIV, ch. 8[22]

L'objection : pourquoi l'innocent paierait-il pour le coupable ?

Posons l'objection dans sa forme forte : si Dieu est juste, comment un innocent — le Christ d'abord, puis les saints à sa suite — pourrait-il payer pour des coupables ? N'est-ce pas faire porter à l'un le châtiment mérité par l'autre ? La tradition répond en trois points. D'abord, la Rédemption n'est pas insuffisante : quand Paul dit « compléter », il n'ajoute rien à une œuvre inachevée, mais il entre, comme membre du Corps, dans ce que la Tête a mérité une fois pour toutes[23]. Ensuite, nul ne paie à la place comme un substitut extérieur : Anselme, Thomas et Trente disent la même chose — notre satisfaction ne vaut que greffée sur celle du Christ, « par lui, avec lui et en lui » ; c'est le Christ qui répare en ses membres[24][25]. Enfin, ce n'est pas la contrainte d'un tribunal, mais la liberté de l'amour : l'innocent s'offre, il n'est pas prélevé — comme Moïse s'offrant pour son peuple, comme Marie « conformée à la Justice » par amour au pied de la Croix[26][27]. La justice vicaire n'est donc pas le transfert arbitraire d'une peine : c'est la communion des membres d'un même Corps, dont la Tête a tout mérité.

Sainte Catherine de Sienne : la valeur se mesure au désir, non à la douleur

C'est une mystique, et non un scolastique, qui dit le mot décisif contre toute réparation mécanique. Dans le Dialogue, le Père éternel révèle à Catherine de Sienne (1347-1380) que la réparation ne se pèse pas en quantité de souffrance, mais en intensité d'amour :

« La satisfaction est dans l'ardeur d'une âme qui se repent véritablement, et qui hait le péché. La contrition parfaite satisfait à la faute et à la peine, non par la douleur qu'on éprouve, mais par le désir infini qu'on ressent. » — Le Père Éternel à sainte Catherine de Sienne, Le Dialogue, chap. III, § 2 (trad. E. Cartier)[28]

Conséquence immense, que toute la spiritualité réparatrice exploitera : les peines des saints, quoique « finies et accomplies dans le temps », « acquièrent un mérite infini et satisfont à la faute qui méritait une peine infinie » dès qu'elles sont animées d'un « désir infini »[29]. La porte est ouverte : la plus petite âme, par amour, peut réparer immensément. On n'a pas besoin d'être un héros de la douleur ; il faut aimer.

La grande révélation de la réparation : le Sacré-Cœur

Si la doctrine de la satisfaction est ancienne, c'est au XVIIᵉ siècle que la réparation reçoit son visage : celui d'un Cœur transpercé qui demande à être consolé.

Saint Jean Eudes : donner au Cœur de Jésus un culte de réparation

De Jean Eudes à Pie XII : réception liturgique et magistérielle de la réparation au Sacré-Cœur — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Avant Paray-le-Monial, saint Jean Eudes (1601-1680) a préparé les voies. Missionnaire normand, il fut le premier à donner aux Cœurs de Jésus et de Marie un culte liturgique public : messe et office du Cœur de Marie dès 1648, du Cœur de Jésus dès 1672. L'Église le reconnaîtra comme « père, docteur et apôtre » du culte liturgique des saints Cœurs (Pie X, Pie XI), et le canonisera en 1925[30]. Son intuition est déjà toute réparatrice : honorer le Cœur de Jésus, c'est répondre par l'amour « à tant d'outrages et de si cruelles ingratitudes ». Il fournit ainsi le cadre liturgique dans lequel s'inscrira l'appel de Paray.

Sainte Marguerite-Marie Alacoque : « console-Moi, on ne M'aime pas »

Tout bascule à Paray-le-Monial. Entre 1673 et 1675, le Christ se montre à une humble visitandine, sainte Marguerite-Marie Alacoque (1647-1690), et lui découvre son Cœur. La plainte qu'il exhale est devenue le cœur même de la spiritualité réparatrice :

« Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes, qu'il n'a rien épargné jusqu'à s'épuiser et se consumer pour leur témoigner son amour ; et pour reconnaissance, je ne reçois de la plupart que des ingratitudes, par les irrévérences et les sacrilèges, et par la froideur et le mépris qu'ils ont pour moi dans ce sacrement d'amour. » — Le Christ à sainte Marguerite-Marie, « grande apparition » de juin 1675[31]

Et la demande suit, toute simple : « au moins donne-moi ce plaisir de suppléer à leur ingratitude ». La réparation cesse ici d'être une catégorie juridique pour devenir un acte de tendresse : consoler un Ami blessé. De cette apparition l'Église a reçu trois pratiques réparatrices, qu'elle a faites siennes : la communion des neuf premiers vendredis du mois, l'Heure Sainte du jeudi soir en mémoire de l'agonie de Gethsémani, et la fête du Sacré-Cœur, étendue à toute l'Église par Pie IX en 1856[32]. Pour la première fois, un peuple entier dispose d'un langage et de gestes pour réparer.

La voix de la Sainte Face : réparer le blasphème

Au siècle suivant, la réparation reçoit un second visage : non plus le Cœur transpercé, mais le Visage outragé du Christ.

Sœur Marie de Saint-Pierre : la « Flèche d'Or »

Au Carmel de Tours, entre 1843 et 1847, le Christ se plaint à sœur Marie de Saint-Pierre (1816-1848) de deux péchés de son temps qui le blessent particulièrement : le blasphème et la profanation du dimanche. Il lui confie une prière de louange, la « Flèche d'Or », destinée à réparer les outrages faits à son saint Nom :

« Qu'à jamais soit loué, béni, aimé, adoré, glorifié le très saint, très sacré, très adorable, très inconnu, très inexprimable Nom de Dieu, au ciel, sur la terre et dans les enfers, par toutes les créatures sorties des mains de Dieu, et par le sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ au très saint Sacrement de l'autel ! » — « Flèche d'Or », dictée à sœur Marie de Saint-Pierre, Tours[33]

Francisco de Zurbarán, La Sainte Face, vers 1635-1640 — domaine public, Wikimedia Commons.

Le laïc Léon Dupont, « le saint homme de Tours », répandra cette dévotion réparatrice à la Sainte Face, qui sera officiellement reconnue et donnera naissance à une archiconfrérie. L'idée maîtresse est neuve et durable : à l'outrage on n'oppose pas l'outrage, mais la louange ; le blasphème se répare par la bénédiction. Cette spiritualité de la Sainte Face nourrira directement la famille de sainte Thérèse, dont le nom de religion sera « Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face ».

Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus : de la Justice à l'Amour méprisé

Avec Thérèse de Lisieux (1873-1897), la spiritualité réparatrice connaît un tournant décisif. À son époque, beaucoup d'âmes ferventes s'offraient « comme victimes à la Justice divine » pour détourner les châtiments dus aux pécheurs. Thérèse comprend ce geste, mais sent qu'il n'est pas le sien. Elle a une intuition fulgurante : ce n'est pas seulement la Justice qui est méconnue, c'est l'Amour :

« Je pensais aux âmes qui s'offrent comme victimes à la Justice de Dieu afin de détourner et d'attirer sur elles les châtiments réservés aux coupables. […] Ô mon Dieu, votre Amour méprisé va-t-il rester en votre Cœur ? Il me semble que si vous trouviez des âmes s'offrant en victimes d'holocauste à votre Amour, vous les consumeriez rapidement. » — Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Manuscrit A[34]

Sainte Thérèse de Lisieux au Carmel, 15 avril 1895 — photographie de Céline Martin, domaine public, Wikimedia Commons.

Le 9 juin 1895, elle franchit le pas et prononce son Acte d'offrande à l'Amour Miséricordieux : « Afin de vivre dans un acte de parfait Amour, je m'offre comme victime d'holocauste à votre Amour miséricordieux. »[35] Le déplacement est capital pour toute la doctrine de la réparation : Thérèse ne nie pas la justice de Dieu, mais elle révèle que le mobile le plus pur de la réparation n'est pas d'apaiser une colère, c'est de consoler un Amour que l'on méprise. La réparation cesse d'être tournée vers la peur du châtiment ; elle devient pur élan d'amour. Et Thérèse en tire la conséquence missionnaire — la réparation se change en zèle pour les âmes :

Le tournant spirituel de Thérèse, le 9 juin 1895 — infographie originale Ignispedia créée par IA.

« Sauvons les âmes… Jésus veut que le salut des âmes dépende de nos sacrifices, de notre amour ; il nous mendie des âmes ! » — Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Lettre à Céline (LT 94)[36]

Le Magistère reçoit la voix des saints : Pie XI

Ce que les saints avaient vécu, le Magistère l'a recueilli et fait sien. L'encyclique Miserentissimus Redemptor de Pie XI (8 mai 1928) est le grand texte doctrinal de la réparation. Le pape n'invente rien : il codifie l'intuition de Paray-le-Monial. D'abord, il ose dire que nous pouvons vraiment consoler le Christ :

« Ce Cœur sacré incessamment blessé par les péchés d'hommes ingrats, nous pouvons maintenant et même nous devons le consoler d'une manière mystérieuse, mais réelle. » — Pie XI, Miserentissimus Redemptor (1928)[37]

Ensuite, il fait de la réparation un devoir de justice et d'amour, en le définissant :

« Offrir à l'égard de l'amour incréé une compensation pour l'indifférence, l'oubli, les offenses, les outrages qu'il subit : c'est ce qu'on appelle couramment le devoir de la réparation. » — Pie XI, Miserentissimus Redemptor (1928)[38]

Consoler, compenser, compléter : la synthèse de Pie XI — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Enfin, reprenant explicitement Colossiens 1, 24, il enseigne que les membres du Corps doivent « compléter dans leur chair ce qui manque aux souffrances du Christ », et qu'à la satisfaction offerte par le Christ « nous pouvons aussi ajouter nos louanges et nos satisfactions »[39]. Trois verbes résument toute la doctrine : consoler un Cœur blessé, compenser l'outrage, compléter la Passion en l'appliquant au monde. Une génération plus tard, Pie XII confirmera dans Haurietis Aquas (1956) que la réparation, l'expiation et la pénitence sont des dimensions essentielles du culte du Cœur du Christ[40].

La voix de Fatima : réparer avec le Cœur Immaculé

Au XXᵉ siècle, le Ciel lui-même reprend l'appel à la réparation, et l'élargit au Cœur Immaculé de Marie. Dès 1916, à Fatima, l'Ange du Portugal enseigne aux trois enfants une prière où la réparation est centrale :

« Très Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, je vous adore profondément et je vous offre le très précieux Corps, Sang, Âme et Divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ, présent dans tous les tabernacles du monde, en réparation des outrages, sacrilèges et indifférences par lesquels il est lui-même offensé. » — Prière de l'Ange de Fatima (1916)[41]

Les cinq premiers samedis demandés à Pontevedra : confession, communion, chapelet et quinze minutes de méditation — infographie originale Ignispedia créée par IA.

L'année suivante, la Vierge demande aux enfants d'offrir leurs sacrifices « en réparation des péchés par lesquels Dieu est offensé ». Puis, le 10 décembre 1925, dans l'apparition de Pontevedra, elle confie à sœur Lucie la dévotion réparatrice des cinq premiers samedis : se confesser, communier, réciter un chapelet et lui tenir compagnie un quart d'heure en méditant les mystères du Rosaire, cinq mois durant, « dans un esprit de réparation » au Cœur Immaculé[42]. Fatima inscrit ainsi la réparation au cœur de la prophétie du XXᵉ siècle : la conversion des pécheurs et la paix du monde passent par des âmes qui acceptent de réparer.

La voix des mystiques modernes : « je veux que tu sois victime »

Le XXᵉ siècle a multiplié les âmes réparatrices, à qui le Christ a redit, sous mille formes, le même appel à s'unir à sa Passion pour le salut des autres. Sœur Josefa Menendez (1890-1923), religieuse du Sacré-Cœur, l'entend ainsi :

« De même que je m'immole en victime d'amour, de même je veux que tu sois victime : l'amour ne refuse rien. » — Le Christ à sœur Josefa Menendez, Un appel à l'Amour[43]

La même grâce traverse sainte Faustine Kowalska (1905-1938), pour qui la messe est le lieu par excellence de la réparation : « Unis-toi étroitement à moi pendant le Saint Sacrifice et offre à mon Père mon Sang et mes Plaies, pour obtenir le pardon des péchés »[44]. On la retrouve chez Yvonne-Aimée de Malestroit (1901-1951) — « Je crois à la rédemption des âmes par la souffrance, c'est ma voie »[45] — et chez sœur Léonie-Marie Nastal, à qui le Christ révèle que la réparation commence dans les plus petits renoncements : « Tu peux sauver les âmes par chaque acte de renoncement à soi, même le plus petit »[46]. Tous disent qu'aucune peine offerte par amour n'est perdue.

Mais ces âmes refusent unanimement le dolorisme — l'amour de la souffrance pour elle-même. Saint Padre Pio (1887-1968), qui porta les stigmates pendant cinquante ans, en donne la clé : la réparation, vécue par amour, est joie :

« Dans l'amour, c'est Jésus qui nous réjouit ; dans les souffrances, au contraire, c'est nous qui réjouissons Jésus. » — Saint Padre Pio, Paroles de Padre Pio[47]

C'est aussi ce que le Père Thomas, directeur spirituel du converti Jacques Fesch (1930-1957), écrivait à celui-ci en prison : « Si Dieu exige une réparation pour nos péchés, il ne sépare jamais cette réparation du plus grand don qu'il puisse nous faire : lui-même, son Fils bien-aimé. […] C'est par Jésus, en Jésus, que nous réparons nos crimes »[48]. La réparation des saints n'est jamais un face-à-face glacé avec la Justice : c'est toujours un don reçu avant d'être un don offert.

La voix de la Divine Volonté : Luisa Piccarreta

Dans les écrits de la Servante de Dieu Luisa Piccarreta (1865-1947), Jésus reprend et porte à son sommet tout l'enseignement des saints sur la réparation. Il en fait d'abord une participation réelle à sa Passion, dans la ligne exacte de Colossiens 1, 24 :

« Ma fille, j'ai besoin de toi pour continuer ma Passion. Puisque mon corps glorieux ne peut plus souffrir, je me sers de ton corps pour continuer à souffrir ma Passion et pour pouvoir m'offrir comme une vivante victime de réparation et d'expiation devant la Justice divine. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 2, 9 juillet 1899[49]

L'apport propre de la Divine Volonté est ailleurs, et il est saisissant. Là où tous les saints réparent par leurs actes unis au Christ, Jésus révèle à Luisa que l'âme qui agit dans la Volonté divine voit ses réparations devenir, en quelque sorte, celles de Dieu même — donc d'une portée illimitée. C'est l'accomplissement parfait de l'intuition de Catherine de Sienne (la valeur tient à l'amour, non à la quantité) : ici, l'amour qui anime l'acte est l'amour divin lui-même. Jésus dit à Luisa qu'il met « à contribution » son propre Amour, ses Prières et ses Réparations dans l'âme abandonnée à lui[50]. La réparation n'est plus une dette finie qu'on solde péniblement : c'est un océan dans lequel la petite goutte de l'âme se trouve infiniment dilatée.

Cette réparation s'incarne enfin dans une œuvre concrète, Les Heures de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ — les « 24 Heures de la Passion » —, où Luisa médite la Passion heure par heure en l'assortissant d'actes de réparation. Saint Annibale Maria di Francia écrivait le 21 mars 1921, au sujet de ce livre : « Le Seigneur a béni ce livre parce qu'il suggère beaucoup de réparations pour les péchés actuels », ajoutant que Padre Pio « est en amour avec ce livre et le recommande à tous »[51]. Consoler en réparant, heure après heure : c'est la pointe pratique de toute la voix des saints.

Ce que les saints nous enseignent, en somme

Par-delà la diversité des voix, quatre certitudes reviennent comme un refrain.

La réparation est un acte d'amour, non un calcul de douleur

De Catherine de Sienne (« le désir infini ») à Thérèse (l'Amour méprisé), tous refusent de réduire la réparation à une quantité de souffrance à fournir. Sa valeur tient à l'amour qui l'anime, jamais au poids de la peine. C'est pourquoi la plus petite âme peut réparer immensément — et pourquoi le dolorisme, qui aime la douleur pour elle-même, n'est pas la réparation des saints.

Elle console un Cœur blessé avant de solder une dette

Marguerite-Marie (« console-Moi »), Pie XI (« nous pouvons le consoler »), l'Ange de Fatima (« en réparation des outrages ») disent la même chose : avant d'être une justice rendue, la réparation est une tendresse offerte à un Amour méconnu. On ne répare pas d'abord pour apaiser une colère, mais pour consoler une Personne.

Nul ne répare seul : tout vaut « en Jésus »

Toute réparation chrétienne reçoit sa valeur du Christ — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Anselme, Thomas, Trente, Jacques Fesch : la voix des saints est unanime. La seule réparation parfaite est celle du Christ ; la nôtre n'a de valeur que greffée sur la sienne, « par lui, avec lui et en lui ». Réparer n'est jamais un exploit solitaire : c'est laisser le Christ réparer en nous.

Elle se change en salut des âmes

Thérèse (« il nous mendie des âmes »), les âmes-victimes du XXᵉ siècle, Luisa : la réparation n'est jamais repli sur soi. Portée par l'amour, elle déborde en zèle apostolique. On répare pour les autres ; on souffre pour sauver ; la compassion pour le Cœur blessé devient compassion pour les pécheurs qu'il aime.

Le Christ et Marie, sources de toute réparation

Tous les saints ne font que renvoyer à un seul Réparateur. Le Christ est « l'amour jusqu'à la fin » qui, seul, « a réparé pour nos fautes et satisfait au Père »[52] ; toute réparation des saints n'est qu'un écho de la sienne, une goutte rendue à l'océan d'où elle vient. C'est lui qui, le premier, a fait de la souffrance non une fatalité subie mais un don offert — et qui invite chaque baptisé à entrer dans ce mouvement.

Marie, debout au pied de la Croix, est la première associée à cette réparation : non pas spectatrice, mais « conformée à la Justice » par amour, acceptant de voir souffrir son Fils pour que les âmes soient sauvées[53]. C'est pourquoi le XXᵉ siècle a uni les deux Cœurs dans un même appel : réparer au Cœur de Jésus et au Cœur Immaculé de Marie. Vers eux deux convergent toutes les voix réunies dans cet article : la réparation n'est pas une morale triste de la dette, mais le visage compatissant du Christ se formant peu à peu dans le baptisé — un cœur qui, voyant l'Amour blessé, ne peut plus faire autrement que de l'aimer en retour, et de courir lui chercher des âmes.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Catéchisme de l'Église catholique, § 1459 : « Beaucoup de péchés causent du tort au prochain. Il faut faire le possible pour le réparer […]. L'absolution enlève le péché, mais elle ne remédie pas à tous les désordres que le péché a causés. […] Il doit donc faire quelque chose de plus pour réparer ses péchés : il doit "satisfaire" de manière appropriée ou "expier" ses péchés. Cette satisfaction s'appelle aussi "pénitence". » Édition officielle française, Mame/Plon, 1992.

    1
  2. Catéchisme de l'Église catholique, § 2487 : « Toute faute commise à l'égard de la justice et de la vérité appelle le devoir de réparation, même si son auteur a été pardonné. […] Cette réparation, morale et parfois matérielle, doit s'apprécier à la mesure du dommage qui a été causé. »

    2
  3. Livre d'Isaïe 53, 4-5.10-11, traduction liturgique officielle (AELF) : « C'étaient nos souffrances qu'il portait… c'est à cause de nos fautes qu'il a été broyé. Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris. […] S'il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance… Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs fautes. » Quatrième chant du Serviteur souffrant, figure majeure de la réparation vicaire.

    3
  4. Livre de l'Exode 32, 31-32, traduction liturgique officielle (AELF) : Moïse intercède pour son peuple idolâtre : « Ce peuple a commis un grand péché […]. Mais maintenant, s'il te plaisait de pardonner leur péché… Sinon, efface-moi de ton livre que tu as écrit. » Figure vétérotestamentaire de l'intercesseur qui s'offre pour les coupables.

    4 26
  5. Psaume 51 (50), 18-19, traduction liturgique officielle (AELF) : « Si j'offre un sacrifice, tu n'en veux pas, tu n'acceptes pas d'holocauste. Le sacrifice qui plaît à Dieu, c'est un esprit brisé ; tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé. » Le Miserere enseigne que la vraie réparation est d'abord intérieure : un cœur contrit.

    5
  6. Catéchisme de l'Église catholique, § 616 : « C'est "l'amour jusqu'à la fin" (Jn 13, 1) qui confère sa valeur de rédemption et de réparation, d'expiation et de satisfaction au sacrifice du Christ. » Cf. § 615 : « Jésus a réparé pour nos fautes et satisfait au Père pour nos péchés. »

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  7. Saint Paul, Lettre aux Colossiens 1, 24, traduction liturgique officielle (AELF) : « Maintenant je trouve la joie dans les souffrances que je supporte pour vous ; ce qui reste à souffrir des épreuves du Christ dans ma propre chair, je l'accomplis pour son corps qui est l'Église. » L'Église comprend ce verset non comme une insuffisance de la Rédemption (parfaite et achevée), mais comme l'appel des membres du Corps à porter et à appliquer dans le temps les souffrances du Christ.

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  8. Évangile selon saint Luc 19, 8, traduction liturgique officielle (AELF) : « Zachée, debout, s'adressa au Seigneur : "Voici, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j'ai fait du tort à quelqu'un, je vais lui rendre quatre fois plus." » Type évangélique de la conversion qui se vérifie dans la restitution.

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  9. Saint Anselme de Cantorbéry (1033-1109), Cur Deus Homo (« Pourquoi un Dieu fait homme », v. 1098), livre I, ch. 11-15 et 19-25 : Anselme définit le péché comme le fait de « ne pas rendre à Dieu l'honneur qui lui est dû » (non reddere Deo debitum honorem) ; la gravité de l'offense se mesurant à la dignité de l'offensé, une offense à la majesté infinie de Dieu réclame une satisfaction qui passe les forces de toute créature. D'où l'alternative « aut satisfactio aut poena » (satisfaction ou châtiment) et la nécessité d'un médiateur à la fois vrai Dieu et vrai homme. Texte critique : éd. F. S. Schmitt, Opera omnia ; trad. fr. Sources Chrétiennes / Cerf.

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  10. Le Père éternel à sainte Catherine de Sienne (1347-1380), Le Dialogue (Dialogo della Divina Provvidenza, dicté en 1378), chap. III (« Les œuvres de l'homme sont insuffisantes pour expier et mériter dès qu'elles sont séparées de la charité »), § 2, trad. française d'E. Cartier : « La satisfaction est dans l'ardeur d'une âme qui se repent véritablement, et qui hait le péché. La contrition parfaite satisfait à la faute et à la peine, non par la douleur qu'on éprouve, mais par le désir infini qu'on ressent. » (passage vérifié verbatim ; la pagination varie selon les réimpressions, d'où la localisation par chapitre et paragraphe).

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  11. Le Christ à sainte Marguerite-Marie Alacoque, « grande apparition » de Paray-le-Monial, juin 1675, rapportée dans son Autobiographie (cf. Vie et Œuvres de sainte Marguerite-Marie Alacoque, éd. Visitation de Paray-le-Monial) : « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes, qu'il n'a rien épargné jusqu'à s'épuiser et se consumer pour leur témoigner son amour ; et pour reconnaissance, je ne reçois de la plupart que des ingratitudes… » C'est à cette occasion que le Christ demande la fête du Sacré-Cœur et la communion réparatrice.

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  12. « Flèche d'Or », prière de louange réparatrice rapportée par sœur Marie de Saint-Pierre et de la Sainte Famille (1816-1848), carmélite de Tours, dans ses révélations de 1843-1847 : « Qu'à jamais soit loué, béni, aimé, adoré, glorifié le très saint, très sacré, très adorable, très inconnu, très inexprimable Nom de Dieu, au ciel, sur la terre et dans les enfers, par toutes les créatures sorties des mains de Dieu, et par le sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ au très saint Sacrement de l'autel ! Ainsi soit-il. » Le Christ s'y plaint du blasphème et de la profanation du dimanche, et demande la réparation par la dévotion à sa Sainte Face — répandue ensuite par le laïc Léon Dupont, « le saint homme de Tours », et l'archiconfrérie de la Sainte Face. Cf. Vie de la Sœur Saint-Pierre, carmélite de Tours (abbé Janvier).

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  13. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus (1873-1897), Manuscrit A (extrait relatant l'inspiration de juin 1895), Œuvres complètes, éd. du Cerf / DDB : « Je pensais aux âmes qui s'offrent comme victimes à la Justice de Dieu afin de détourner et d'attirer sur elles les châtiments réservés aux coupables […]. Ô mon Dieu, votre Amour méprisé va-t-il rester en votre Cœur ? Il me semble que si vous trouviez des âmes s'offrant en victimes d'holocauste à votre Amour, vous les consumeriez rapidement. » Thérèse y oppose l'offrande à la Justice et l'offrande à l'Amour Miséricordieux.

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  14. Pie XI, Miserentissimus Redemptor (1928) : « [Il faut] offrir à l'égard de l'amour incréé une compensation pour l'indifférence, l'oubli, les offenses, les outrages qu'il subit : c'est ce qu'on appelle couramment le devoir de la réparation. » Texte officiel vatican.va.

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  15. Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 12, entrée du 14 juin 1917 (12-12, « Plus l'âme se dépouille d'elle-même, plus Jésus la revêt de Lui-même ») : « Je ressens que mon Amour, mes prières et mes réparations sont mis à contribution par elle. […] Je lui donne le mérite de mon Amour, de mes Prières et de mes Réparations. » C'est le Christ qui répare dans l'âme abandonnée à lui ; passage vérifié dans la traduction française Lumen Luminis (usage privé).

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  16. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Supplément, q. 12, a. 2-3 (texte compilé après sa mort à partir de son Commentaire des Sentences) ; cf. aussi IIIᵃ, q. 90, a. 2. La satisfaction est formellement un acte de justice : le mot satisfacere (« faire assez ») implique une égalité à rétablir. On satisfait pour une offense quand on offre à l'offensé une compensation qu'il accueille avec un plaisir au moins égal au déplaisir reçu.

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  17. Concile de Trente, session XIV (25 novembre 1551), Doctrine sur le sacrement de pénitence, ch. 8, De la nécessité et du fruit de la satisfaction (DS 1690) : « Cette satisfaction que nous acquittons pour nos péchés n'est pas nôtre de telle sorte qu'elle ne soit pas par Jésus-Christ ; car nous qui ne pouvons rien de nous-mêmes, nous pouvons tout avec le concours de celui qui nous fortifie. Ainsi l'homme n'a pas de quoi se glorifier, mais toute notre gloire est dans le Christ : en qui nous vivons, en qui nous méritons, en qui nous satisfaisons… »

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  18. Catéchisme de l'Église catholique, § 2412 : « En vertu de la justice commutative, la réparation de l'injustice commise exige la restitution du bien dérobé à son propriétaire. Jésus bénit Zachée de son engagement : "Si j'ai fait du tort à quelqu'un, je lui rends le quadruple" (Lc 19, 8). » Cf. § 2487 sur le devoir de réparation morale et matérielle.

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  19. Concile de Trente, session XIV (1551), ch. 9, Des œuvres de satisfaction : la satisfaction s'accomplit « par les peines temporelles que Dieu nous envoie et que nous supportons patiemment », ainsi que par les peines volontairement assumées — jeûnes, prières, aumônes et autres œuvres de piété. Le canon 13 de la même session frappe d'anathème qui nie qu'on puisse satisfaire à Dieu, par les mérites du Christ, au moyen de ces peines.

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  20. Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 2, entrée du 24 octobre 1899 (« Les châtiments ont pour cause l'Amour de Dieu pour ses créatures ») : « Ma Mère m'aimait beaucoup plus que toutes les autres créatures. Son amour était sans égal. Cependant, pour sauver les âmes, elle s'est conformée à la Justice et résignée à Me voir beaucoup souffrir. Si ma Mère a fait cela, ne pourrais-tu pas le faire toi aussi ? » Passage vérifié dans la traduction française Lumen Luminis (usage privé).

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  21. Le Père éternel à sainte Catherine de Sienne, Le Dialogue, chap. III, § 3, trad. française d'E. Cartier : « Leurs peines, spirituelles ou corporelles, de quelque côté qu'elles viennent, acquièrent un mérite infini et satisfont à la faute qui méritait une peine infinie, quoique ces œuvres elles-mêmes soient finies et accomplies dans le temps qui est fini. […] et c'est pour cela que la satisfaction est parfaite. » (passage vérifié verbatim ; la pagination varie selon les réimpressions, d'où la localisation par chapitre et paragraphe). La portée réparatrice tient à l'amour qui anime l'acte, non à la grandeur de l'acte lui-même.

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  22. Saint Jean Eudes (1601-1680), fondateur des Eudistes et des Sœurs de Notre-Dame de Charité. Premier à composer et célébrer une messe et un office liturgiques du Cœur de Marie (1648) puis du Cœur de Jésus (1672), avant les apparitions de Paray-le-Monial. Léon XIII et Pie X l'ont honoré du titre d'« auteur du culte liturgique des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie » ; canonisé par Pie XI le 31 mai 1925. Œuvre principale sur le sujet : Le Cœur admirable de la très sacrée Mère de Dieu (1681). Sa dévotion est d'emblée réparatrice : honorer le Cœur de Jésus en réponse aux « outrages » et « ingratitudes » des hommes.

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  23. Les trois pratiques réparatrices demandées à Paray-le-Monial (1673-1675) et reçues par l'Église : la communion des neuf premiers vendredis du mois en esprit de réparation, l'Heure Sainte (veille du jeudi au vendredi, en mémoire de l'agonie à Gethsémani), et la fête du Sacré-Cœur, fixée au vendredi après l'octave du Saint-Sacrement (étendue à l'Église universelle par Pie IX en 1856). Cf. Vie et Œuvres de sainte Marguerite-Marie Alacoque.

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  24. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Acte d'offrande à l'Amour Miséricordieux, prononcé le 9 juin 1895 (fête de la Sainte Trinité), Prière 6 (Pri 6), Œuvres complètes, éd. du Cerf / DDB : « Afin de vivre dans un acte de parfait Amour, je m'offre comme victime d'holocauste à votre Amour miséricordieux, vous suppliant de me consumer sans cesse, laissant déborder en mon âme les flots de tendresse infinie qui sont renfermés en vous. »

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  25. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, lettre à sa sœur Céline dite « lettre 94 » (sigle LT 94 dans la Correspondance générale, Édition du Centenaire, Cerf / DDB ; la numérotation varie selon les éditions, on la retrouve à son destinataire et à son incipit) : « Sauvons les âmes… Jésus veut que le salut des âmes dépende de nos sacrifices, de notre amour ; il nous mendie des âmes ! » La réparation se change en zèle apostolique.

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  26. Pie XI, encyclique Miserentissimus Redemptor (8 mai 1928), sur la réparation due au Sacré-Cœur : « Ce Cœur sacré incessamment blessé par les péchés d'hommes ingrats, nous pouvons maintenant et même nous devons le consoler d'une manière mystérieuse, mais réelle. » Texte officiel sur vatican.va (version latine et traductions).

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  27. Pie XI, Miserentissimus Redemptor (1928) : reprenant Colossiens 1, 24, le pape enseigne que les membres du Corps doivent « compléter dans leur chair ce qui manque aux souffrances du Christ pour son corps qui est l'Église », et qu'à la satisfaction offerte par le Christ au nom des pécheurs « nous pouvons aussi ajouter nos louanges et nos satisfactions ». Texte officiel vatican.va.

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  28. Pie XII, encyclique Haurietis Aquas in gaudio (15 mai 1956), sur le culte du Sacré-Cœur (publiée pour le centenaire de l'extension de la fête à l'Église universelle). L'encyclique fait de la réparation, de l'expiation et de la pénitence des dimensions essentielles de la dévotion au Cœur du Christ. Texte officiel vatican.va.

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  29. Prière de l'Ange du Portugal enseignée aux trois enfants de Fatima en 1916 (troisième apparition de l'Ange) : « Très Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, je vous adore profondément et je vous offre le très précieux Corps, Sang, Âme et Divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ, présent dans tous les tabernacles du monde, en réparation des outrages, sacrilèges et indifférences par lesquels il est lui-même offensé. Et par les mérites infinis de son Sacré-Cœur et du Cœur Immaculé de Marie, je vous demande la conversion des pauvres pécheurs. »

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  30. Apparition de Pontevedra, 10 décembre 1925 : la Vierge Marie, avec l'Enfant Jésus, apparaît à sœur Lucie et demande la dévotion réparatrice des cinq premiers samedis : se confesser, recevoir la communion, réciter un chapelet et tenir compagnie à Marie quinze minutes en méditant les mystères du Rosaire, cinq mois consécutifs, « dans un esprit de réparation » au Cœur Immaculé. Précisions complémentaires données à sœur Lucie le 15 février 1926. Dévotion approuvée par l'évêque de Leiria le 13 septembre 1939.

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  31. Le Christ à sœur Josefa Menendez (1890-1923), Un appel à l'Amour. Le Message du Cœur de Jésus au monde, Œuvre du Sacré-Cœur, p. 33 : « De même que je m'immole en victime d'amour, de même je veux que tu sois victime : l'amour ne refuse rien. » Religieuse du Sacré-Cœur ; la première édition française de ses écrits, Un Appel à l'Amour (Toulouse, Apostolat de la Prière, 1938), parut avec la permission et la bénédiction du cardinal Eugenio Pacelli, alors secrétaire d'État et protecteur de la Société du Sacré-Cœur (futur Pie XII).

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  32. Le Christ à sainte Faustine Kowalska (1905-1938), Petit Journal, § 39, éd. Marian Press / Jules Hovine : « Mon enfant, unis-toi étroitement à moi pendant le Saint Sacrifice et offre à mon Père mon Sang et mes Plaies, pour obtenir le pardon des péchés. » La messe est le lieu par excellence de la réparation, où la satisfaction du Christ se rend présente.

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  33. Mère Yvonne-Aimée de Malestroit (1901-1951), Écrits spirituels, éd. François-Xavier de Guibert, 2011, p. 70 : « Je suis si heureuse de souffrir ! Je crois à la rédemption des âmes par la souffrance, c'est ma voie, l'apostolat que j'aime. »

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  34. Le Christ à sœur Léonie-Marie Nastal, J'ai cru à l'Amour, éd. du Parvis, 2014, p. 38 : « Tu peux sauver les âmes par chaque acte de renoncement à soi, même le plus petit. Profite donc bien de ce privilège, sauve les âmes qui se perdent par elles-mêmes. » La réparation vicaire commence dans les petits renoncements quotidiens.

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  35. Saint Padre Pio (1887-1968), Paroles de Padre Pio, éd. Salvator, 2019, p. 94 : « Dans l'amour, c'est Jésus qui nous réjouit ; dans les souffrances, au contraire, c'est nous qui réjouissons Jésus. » La réparation, vécue par amour, est source de joie et non de tristesse.

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  36. Le Père Thomas, directeur spirituel, cité dans Jacques Fesch, Dans cinq heures je verrai Jésus. Journal de prison, éd. Jubilé, 1989, lettre du mardi 6 août 1957, p. 105-106 : « La justice de Dieu est inséparable de son amour : si Dieu exige une réparation pour nos péchés, il ne sépare jamais cette réparation du plus grand don qu'il puisse nous faire : lui-même, son Fils bien-aimé, Jésus. Bien plus, c'est par Jésus, en Jésus, que nous réparons nos crimes. » Jacques Fesch (1930-1957), condamné à mort et converti en prison, dont la cause de béatification est ouverte.

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  37. Jésus à Luisa Piccarreta (1865-1947), Le Livre du Ciel, tome 2, entrée du 9 juillet 1899 (« Jésus partage ses souffrances avec l'âme afin d'y continuer sa Passion ») : « Ma fille, j'ai besoin de toi pour continuer ma Passion. Puisque mon corps glorieux ne peut plus souffrir, je me sers de ton corps pour continuer à souffrir ma Passion et pour pouvoir m'offrir comme une vivante victime de réparation et d'expiation devant la Justice divine. » Passage vérifié dans la traduction française Lumen Luminis (usage privé).

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  38. Luisa Piccarreta, Les Heures de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ (les « 24 Heures de la Passion »), méditation de la Passion heure par heure assortie d'actes de réparation. Le propos est celui de saint Annibale Maria di Francia (1851-1927, canonisé par Jean-Paul II le 16 mai 2004) dans une lettre du 21 mars 1921 à une religieuse, au sujet du livre : « Le Seigneur a béni ce livre parce qu'il suggère beaucoup de réparations pour les péchés actuels, ce qui est de nature à nous sauver de plusieurs fléaux. Padre Pio est en amour avec ce livre et le recommande à tous. » Lettre citée par Thomas Fahy, Letters of Gold, juin 2000, et reprise p. 3 de l'édition française des 24 Heures de la Passion (trad. Lumen Luminis, usage privé). Témoignage indirect : c'est Annibale qui rapporte l'estime de Padre Pio pour le livre, non une parole directe de Padre Pio.

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