Que disent les saints sur la tempérance

Sur la tempérance, les saints ne sont pas des théoriciens : ce sont des témoins. Florilège sourcé de la voix des saints sur la vertu de la juste mesure — des Pères du désert (Antoine, Pacôme, Basile, Cassien, Grégoire de Nysse) aux docteurs (Augustin, Thomas d'Aquin), des mystiques (Catherine de Sienne, l'Imitation, Tauler) à l'école moderne (Vincent de Paul, Jean de la Croix) et à la Divine Volonté (Luisa Piccarreta). Une même certitude traverse les siècles : la tempérance est une libération, naît de l'amour, ne va jamais seule et se garde par la prière.

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Sur la tempérance, les saints ne sont pas d'abord des théoriciens : ce sont des témoins. Avant d'en écrire la définition, ils l'ont vécue — au désert, au cloître, à la table commune, dans la lente conquête de leurs propres appétits. C'est ce qui donne à leur parole une autorité que n'a aucun traité abstrait : quand saint Antoine appelle la tempérance une « puissance » reçue de Dieu, il parle d'expérience ; quand saint Vincent de Paul la relie à la liberté, il a passé sa vie à se mortifier ; quand Luisa Piccarreta entend Jésus comparer la mortification à « l'air de l'âme »[1], elle écrit ce qu'elle respire.

Cet article rassemble cette voix des saints : un florilège organisé, des Pères du désert aux mystiques modernes, de ce que les maîtres spirituels ont dit de la tempérance. On y verra une étonnante concordance par-delà les siècles et les écoles — Orient et Occident, scolastique et mystique, désert et Divine Volonté disent au fond la même chose : la tempérance n'est pas la haine du plaisir mais la maîtrise libre des désirs, qui rend l'homme à lui-même et le rend disponible à Dieu. Pour le chemin pratique — comment la faire croître, par quels moyens, en évitant quels pièges —, voir l'article Comment grandir dans la tempérance ; le présent article écoute d'abord ce que les saints en disent.

Pourquoi écouter les saints sur la tempérance ?

Une vertu vécue avant d'être définie

La tempérance est sans doute la plus mal comprise des quatre vertus cardinales[2]. On la réduit volontiers à une morale de la privation, à la suspicion de tout ce qui réjouit, à une liste d'interdits. Les saints, eux, n'en parlent jamais ainsi. Pour eux, l'intempérant n'est pas un homme libre qui jouirait davantage : c'est un homme commandé par ses appétits, « Ville éventrée, sans rempart, l'homme qui ne maîtrise pas ses humeurs ! » (Pr 25, 28). La tempérance rend au cœur sa souveraineté — et c'est pourquoi les saints, loin d'en faire une tristesse, en parlent comme d'une conquête joyeuse.

Le Catéchisme reçoit cette définition de la tradition, en s'appuyant sur le Siracide :

« La tempérance est la vertu morale qui modère l'attrait des plaisirs et procure l'équilibre dans l'usage des biens créés. Elle assure la maîtrise de la volonté sur les instincts et maintient les désirs dans les limites de l'honnêteté. La personne tempérante oriente vers le bien ses appétits sensibles, garde une saine discrétion et "ne se laisse pas entraîner pour suivre les passions de son cœur". » — Catéchisme de l'Église catholique § 1809, citant le Siracide 5, 2[3]

La tempérance remet les plaisirs à leur juste place et rend à la personne sa liberté intérieure — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Tout ce que diront les saints découle de cette intuition : la tempérance est ordre, non mutilation ; maîtrise, non refoulement ; liberté, non tristesse.

Ce que dit d'abord l'Écriture

Avant les saints, il y a la Parole qu'ils méditaient. Le Nouveau Testament ne réserve pas la tempérance aux ascètes : il en fait une condition ordinaire du baptisé. Saint Paul résume à Tite tout le programme de la vie chrétienne, dont le premier mot est la sobriété — en grec sōphronōs, que la traduction liturgique rend par « de manière raisonnable » :

« Car la grâce de Dieu s'est manifestée pour le salut de tous les hommes. Elle nous apprend à renoncer à l'impiété et aux convoitises de ce monde, et à vivre dans le temps présent de manière raisonnable, avec justice et piété. » — Lettre à Tite 2, 11-12[4]

La même image revient sous la figure de l'athlète, que reprendront tous les Pères :

« Tous les athlètes à l'entraînement s'imposent une discipline sévère ; ils le font pour recevoir une couronne de laurier qui va se faner, et nous, pour une couronne qui ne se fane pas. […] Mais je traite durement mon corps, j'en fais mon esclave, pour éviter qu'après avoir proclamé l'Évangile à d'autres, je sois moi-même disqualifié. » — Première lettre aux Corinthiens 9, 25-27[5]

Et saint Pierre relie la sobriété à la vigilance contre le mal : « Soyez sobres, veillez : votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer » (1 P 5, 8)[6]. Enfin, la maîtrise de soi (egkrateia) figure parmi les fruits de l'Esprit : « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi » (Ga 5, 22-23)[7]. La tempérance achevée est donc un don, non une simple conquête de la volonté : voilà le point d'où partent tous les saints.

Le consensus des saints à travers les siècles

L'un des signes les plus frappants de la tradition catholique est la concordance des témoins. Sur la tempérance, des hommes que tout sépare — un ermite copte du IVᵉ siècle, un docteur scolastique du XIIIᵉ, une mystique du XXᵉ — convergent sur quelques certitudes :

VoixSiècleCe qu'elle dit de la tempérance
Antoine le GrandIVᵉUne « puissance » reçue de Dieu pour maîtriser les difficultés[8]
PacômeIVᵉ« Maître de ton corps, maître de ton cœur »[9]
Grégoire de NysseIVᵉLa prière en est la « sauvegarde »[10]
AugustinVᵉ« L'amour qui se garde entier » pour Dieu[11]
Thomas d'AquinXIIIᵉUne « splendeur » (honestas) qui embellit l'âme[12]
Catherine de SienneXIVᵉUne vertu « liée » à toutes les autres par la charité[13]
Vincent de PaulXVIIᵉLa voie de la liberté intérieure[14]
Luisa PiccarretaXXᵉDans la Divine Volonté, les passions meurent « sans combat »[15]

Cette unité n'est pas une coïncidence : c'est l'Esprit qui enseigne à tous la même mesure. Suivons-en la voix, époque après époque.

La voix des Pères et des moines du désert

Du désert à la règle : six voix fondatrices de la tempérance chrétienne — infographie originale Ignispedia créée par IA.

C'est au désert, aux IIIᵉ et IVᵉ siècles, que la tempérance reçoit sa première grande école. Loin de toute théorie, les Pères en font l'expérience nue : maîtriser la faim, le sommeil, la pensée, pour libérer le cœur en vue de Dieu.

Saint Antoine le Grand : la tempérance, une « puissance »

Le père des moines ne voit pas dans la tempérance une contrainte subie, mais une force reçue — une énergie que Dieu dépose dans l'homme pour le rendre invincible aux difficultés :

« La tempérance, la résignation, la chasteté, l'endurance, la patience et leurs pareilles sont autant de puissances vertueuses considérables que nous avons reçues de Dieu pour résister aux difficultés du moment, leur faire face et nous secourir. Si nous exerçons et maintenons ces puissances, nous nous apercevrons qu'il ne nous arrive désormais rien de difficile, de douloureux et d'intolérable. » — Saint Antoine le Grand (v. 251-356), Apophtegmes[16]

Renversement complet du préjugé : la tempérance n'affaiblit pas l'homme, elle l'arme. L'intempérant est faible parce qu'il est gouverné ; le tempérant est fort parce qu'il se possède.

Saint Pacôme : « maître de ton corps, maître de ton cœur »

Fondateur du monachisme communautaire, Pacôme résume la tempérance en une formule lapidaire, où la maîtrise du corps n'est jamais séparée de l'humilité du cœur :

« Sois parfaitement pur, maître de tes pensées, maître de ton corps, maître de ton cœur. Que ton esprit obéisse ! Reste petit dans ton cœur. » — Saint Pacôme (v. 292-348), Conseils à un moine rancunier[17]

L'ordre est essentiel : on n'est « maître de son corps » que pour devenir « petit dans son cœur ». La tempérance pacômienne n'est pas une performance ascétique mais une disposition humble — tout l'inverse de l'orgueil de l'athlète qui se mortifierait pour s'admirer.

Saint Basile : manger « pour glorifier Dieu »

Contre la tentation rigoriste — celle qui ferait du boire et du manger un mal en soi —, Basile de Césarée rappelle que la table même peut devenir lieu d'action de grâce. La tempérance n'interdit pas de manger : elle apprend à manger devant Dieu :

« Il faut manger sans avoir, même alors, l'esprit éloigné de la pensée de Dieu ; mais il faut, de la nature même des aliments et de la constitution du corps qui les reçoit, prendre occasion de glorifier Dieu. » — Saint Basile de Césarée (v. 330-379), Petit recueil ascétique[18]

C'est l'écho exact de saint Paul : « Car tout ce que Dieu a créé est bon, et rien n'est à rejeter si on le prend dans l'action de grâce » (1 Tm 4, 4)[19]. La tempérance des Pères n'est jamais un mépris du créé : c'est l'art d'en user en rendant grâce.

Saint Jean Cassien : la pureté du cœur, fruit de la tempérance

Cassien, qui transmet à l'Occident la sagesse des Pères d'Égypte, montre que la maîtrise des appétits n'est pas une fin : elle ouvre le royaume intérieur. Là où le vice est chassé, Dieu règne :

« Tout gît dans le sanctuaire profond de l'âme. Lorsque le diable en a été chassé et que les vices n'y règnent plus, conséquemment s'établit en nous le règne de Dieu. » — Saint Jean Cassien (v. 360-435), Conférences I[20]

La tempérance, chez Cassien, est ordonnée à la pureté du cœur (puritas cordis), elle-même ordonnée au Royaume. On ne se maîtrise pas pour se maîtriser : on se maîtrise pour que Dieu puisse habiter sans rival.

Saint Grégoire de Nysse : la prière, « sauvegarde de la tempérance »

Le grand Cappadocien désigne le gardien de toute tempérance. Sans la prière, la maîtrise de soi s'épuise et retombe ; avec elle, elle tient :

« La prière est sauvegarde de la tempérance, redressement de la colère, répression de la vanité, purification de la rancune, destruction de l'envie, suppression de l'injustice, correction de l'impiété. » — Saint Grégoire de Nysse (v. 335-v. 395), Homélies sur le Notre Père[21]

C'est l'un des enseignements les plus repris de toute la tradition : la tempérance n'est pas d'abord affaire de volonté crispée, mais de vie de prière. L'âme qui prie tient ses désirs ; l'âme qui cesse de prier les laisse échapper.

Saint Benoît : la mesure, mère des vertus

La Règle de saint Benoît, qui façonnera tout l'Occident monastique, est tout entière traversée par la discretio — la juste mesure, qu'il appelle « la mère des vertus ». Benoît refuse autant la mollesse que le rigorisme héroïque : il veut une ascèse tenable, ordonnée à la persévérance. Et il enracine tout effort dans la grâce :

« Préparons donc nos cœurs et nos corps à mener le combat de la sainte obéissance aux commandements ; et pour ce qui est impossible à notre nature, prions le Seigneur de bien vouloir nous venir en aide par sa grâce. » — Saint Benoît de Nursie (v. 480-547), Règle, Prologue, 40-41[22]

La tempérance bénédictine n'est pas un exploit : c'est une mesure humble et durable, qui demande à Dieu ce qu'elle ne peut d'elle-même.

La voix de saint Augustin et des docteurs

Les Pères avaient vécu la tempérance ; les docteurs vont la penser — sans rien perdre de la chaleur des premiers.

Saint Augustin : « l'amour qui se garde entier »

Augustin opère un renversement décisif : il ramène les quatre vertus cardinales à des formes de l'amour de Dieu. La tempérance n'est donc pas d'abord un « non » aux plaisirs : c'est un « oui » jaloux à l'Aimé, qui garde le cœur entier pour Lui :

« La tempérance est l'amour qui se conserve entier et incorrompu pour Celui qu'il aime. » — Saint Augustin (354-430), Les Mœurs de l'Église catholique, I, 15, 25[23]

Tout est dit en une phrase. Le tempérant ne renonce pas au plaisir par dégoût de la vie : il garde son cœur intact pour ne pas le disperser. La privation n'a de sens que par l'amour qu'elle protège — sans quoi elle n'est qu'une mutilation stérile.

Saint Thomas d'Aquin : la splendeur cachée de la vertu

Thomas reçoit et ordonne tout l'héritage. Pour lui, la tempérance porte « principalement sur les plaisirs du toucher » — la nourriture, la boisson, la sexualité —, parce que ce sont les plaisirs les plus naturels et les plus véhéments[24]. Il la dit « la moindre des vertus cardinales » par sa matière (les plaisirs du corps sont moins nobles que le bien de la justice), mais cardinale néanmoins, car elle modère les passions les plus enracinées dans la nature[25].

Surtout, Thomas reconnaît à la tempérance une beauté propre, une « honestas » — une splendeur morale (spiritualis pulchritudo) : l'ordre que la raison met dans les passions resplendit dans tout l'être, tandis que le désordre enlaidit l'homme[26]. La tempérance n'est donc pas grise : elle est belle.

Thomas distingue aussi la famille des vertus qui se rattachent à elle, ce qui aide à comprendre l'ampleur de la « voix » des saints sur ce sujet :

Partie de la tempéranceCe qu'elle modère
AbstinenceL'usage de la nourriture
SobriétéL'usage de la boisson
Chasteté / puretéLes plaisirs de la chair
ContinenceLe consentement aux désirs véhéments[27]
Douceur (mansuétude)Le mouvement de la colère
HumilitéL'appétit désordonné de l'excellence
Modestie, studiositéLa tenue extérieure, la curiosité
La famille de la tempérance selon saint Thomas d'Aquin — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Tableau d'après la Somme théologique, II-II, q. 143[28]. Chaque saint cité dans cet article éclaire l'une ou l'autre de ces facettes — preuve que la tempérance n'est pas une, mais toute une famille de maîtrises.

La voix des mystiques médiévaux

Sainte Catherine de Sienne : nulle vertu n'est seule

Dans le Dialogue, le Père éternel révèle à Catherine une loi capitale de la vie spirituelle : aucune vertu ne tient isolée. La tempérance ne s'acquiert jamais seule ; elle entraîne et est entraînée par toutes les autres, dans le lien de la charité :

« À l'un je donne la charité, à l'autre la justice, l'humilité ou une foi vive, la prudence, la tempérance, la patience ou la force. […] Dès que l'âme possède une vertu qu'elle pratique et développe de préférence, cette vertu entraîne naturellement les autres ; car toutes les vertus sont liées par les liens de la charité. » — Le Père Éternel à sainte Catherine de Sienne (1347-1380), Dialogue, VII, 10[29]

Conséquence pratique immense : on n'a pas à attendre d'être tempérant pour aimer, ni d'avoir tout maîtrisé pour avancer. Il suffit de cultiver une vertu de préférence — et elle tirera les autres après elle. La tempérance grandit avec la charité, jamais à part.

L'Imitation de Jésus-Christ : « réprimez l'intempérance »

Le livre le plus lu de la spiritualité catholique après la Bible accorde à la tempérance une place de porte d'entrée : c'est par elle, par la maîtrise de la table, que se gagne le combat sur tout le reste :

« Le matin, formez vos résolutions ; le soir, examinez votre conduite. […] Tel un soldat plein de courage, armez-vous contre les attaques du démon. Réprimez l'intempérance, et vous réprimerez plus aisément les autres désirs de la chair. » — Thomas a Kempis (v. 1380-1471), L'Imitation de Jésus-Christ, I, 19[30]

L'Imitation relie aussi la maîtrise des désirs à la paix intérieure — thème central de toute la tradition : « C'est en résistant aux passions, et non en leur cédant, qu'on trouve la véritable paix du cœur. […] Dès que l'homme commence à désirer quelque chose désordonnément, aussitôt il devient inquiet en lui-même. »[31] La tempérance n'est donc pas l'ennemie du bonheur : elle en est la condition. L'intempérant n'est jamais en paix ; le tempérant repose.

Jean Tauler : tailler la vigne

Le grand prédicateur rhénan donne à la tempérance son image la plus juste : non pas l'arrachage haineux de la vie, mais la taille du vigneron, qui retranche les pousses folles pour que le bon bois donne un vin pur :

« Le vigneron s'en ira bientôt tailler dans sa vigne les pousses folles. S'il ne le faisait pas et s'il les laissait sur le bon bois, sa vigne ne donnerait qu'un vin aigre et mauvais. Ainsi doit faire l'homme digne de ce nom : il doit s'émonder lui-même de tout ce qui est désordre, tailler les mauvais défauts. » — Jean Tauler (v. 1300-1361), Sermon 7[32]

Tailler pour porter du fruit : trois maîtres de la vie intérieure — infographie originale Ignispedia créée par IA.

L'image est exacte : le vigneron ne coupe pas par haine de la vigne, mais par amour du fruit. La tempérance retranche le superflu non pour appauvrir la vie, mais pour la rendre féconde.

La voix de l'école moderne

Saint Vincent de Paul : la tempérance, voie de la liberté

Personne n'a dit plus clairement que la tempérance libère. Selon l'anthologie Saint Vincent de Paul par ses écrits, Vincent enseigne que mortifier ses passions n'est pas se diminuer : c'est gagner le repos et l'indépendance du cœur — l'âme mortifiée serait toujours contente de ce qui lui arrive, sans rien demander ni rien refuser[33].

Il ajoute la grande loi de l'union de la prière et de la maîtrise de soi — l'une ne va jamais sans l'autre :

« La prière et la mortification sont deux sœurs très unies, dont l'une ne va jamais sans l'autre. La mortification vient en premier, la prière après […]. Si vous voulez devenir des filles de prière, vous devez apprendre à vous mortifier. » — Saint Vincent de Paul, ibid.[34]

Et il rappelle, contre toute illusion d'instantanéité, que la tempérance est l'œuvre d'une vie : « La mortification, comme les autres vertus, ne s'acquiert que par les actes réitérés. »[35] Aucun héroïsme spectaculaire : la patiente répétition des petits actes.

Saint Jean de la Croix : tout renoncement, par amour

Le docteur du Carmel pose la règle d'or qui empêche la tempérance de dégénérer en rigorisme : tout renoncement aux plaisirs des sens doit avoir pour unique ressort l'amour du Christ et l'imitation de sa vie. Renoncer sans aimer ne purifie rien ; renoncer par amour transforme tout :

« Que pour cela vous ayez un continuel désir d'imiter le Christ en toutes vos actions, vous conformant à sa vie, laquelle vous devez méditer pour la savoir imiter et vous comporter en toutes choses comme lui-même se comporterait. » — Saint Jean de la Croix (1542-1591), La Montée du Carmel, I, 13[36]

Cette clé est décisive. Sans elle, la mortification devient orgueil ou tristesse ; avec elle, elle devient amour. Toute la voix des saints sur la tempérance converge ici : la mesure n'a de valeur que par l'amour qu'elle sert.

L'avertissement contre les deux excès

Les saints sont unanimes à éviter deux pièges symétriques. Le premier est l'intempérance, la chair qui commande ; le second, plus subtil, est l'insensibilité rigoriste — le mépris des biens créés que Dieu a faits bons, la fausse mortification par dégoût. Saint Thomas la nomme un vice, non une vertu, car elle contredit l'ordre voulu par Dieu[37].

Entre intempérance et rigorisme, la voie étroite de la liberté — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Certains langages de saints — comme celui que l'on prête à saint Benoît-Joseph Labre, « châtier le corps par le jeûne et l'abstinence […] »[38] — relèvent d'une vocation héroïque rapportée au second degré, et doivent se lire à la lumière de la mesure bénédictine et de la douceur salésienne, non comme une sentence établie ni comme une norme commune. La règle reste celle de saint Basile et de saint Paul : user des biens créés « en rendant grâce ». La sainte Marthe Robin elle-même avertissait qu'on avance plus sûrement « à vaincre notre nature » par la charité « que par le secret contentement de jeûner au pain et à l'eau »[39]. La vraie tempérance n'est pas la plus dure : c'est la plus ajustée.

La voix de la Divine Volonté : Luisa Piccarreta

Dans les écrits de la Servante de Dieu Luisa Piccarreta (1865-1947), Jésus reprend et porte à son sommet tout l'enseignement des saints sur la maîtrise des passions. Pour qui découvre ces écrits, un mot est nécessaire : vivre dans la Divine Volonté n'est pas seulement faire la volonté de Dieu en obéissant à ses commandements — c'est recevoir en don de vivre de sa vie même et d'agir en elle ; non plus seulement obéir en serviteur, mais demeurer en enfant dans l'agir même du Père. Il en fait d'abord une question de respiration de l'âme :

« La mortification doit être l'air de l'âme. Par l'air que l'âme respire, on reconnaît si elle est saine ou malade. Si une personne respire l'air de la mortification, chaque chose sera purifiée en elle ; tous ses sens sonneront d'un même son concordant. Mais si elle ne respire pas l'air de la mortification, tout sera discordant en elle. […] » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 3, 16 février 1900[40]

La mortification n'y est jamais destruction, mais fécondité : « Ma fille, la mortification est comme un feu qui fait sécher toutes les mauvaises humeurs qui sont dans l'âme et qui l'inonde d'une humeur de sainteté, donnant naissance aux plus belles vertus. »[41]

Mais l'apport propre de la Divine Volonté est ailleurs, et il est saisissant. Là où tous les saints décrivent un combat contre les passions, Jésus révèle à Luisa un état où ce combat lui-même cesse — non par relâchement, mais parce que la lumière de la Volonté divine dissout les passions à la racine :

« En étant dans ma Volonté, tu n'auras plus besoin de combattre tes passions et d'être toujours en guerre avec elles. […] Quand on vit dans ma sainte Volonté, les passions meurent doucement, sans combat et sans tapage. Elles perdent vie par elles-mêmes. Car, devant la sainteté de ma Volonté, les passions n'osent pas se montrer. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 4, 23 décembre 1900[42]

De la lutte à la paix : la tempérance dans la Divine Volonté — infographie originale Ignispedia créée par IA.

On y entend comme un écho de la parole de saint Antoine — « rien ne nous sera difficile » — et de l'enseignement de saint Vincent sur le repos de l'âme : simple consonance entre témoins, non l'accomplissement d'une promesse annoncée. La tempérance parfaite n'est plus une lutte, mais une paix : celle d'un cœur si rempli de Dieu que les désirs déréglés n'y trouvent plus de place. « Devant la sainteté de ma Volonté, les passions n'osent pas se montrer. »

Ce que les saints nous enseignent, en somme

Par-delà la diversité des voix, quatre certitudes reviennent comme un refrain.

La tempérance est une libération

De saint Antoine (« une puissance ») à saint Vincent et son être en liberté, tous refusent de voir dans la tempérance une diminution. L'esclave, c'est l'intempérant, « commandé » par ses appétits ; l'homme libre, c'est le tempérant, qui ne demande ni ne refuse rien. La maîtrise de soi n'enferme pas : elle délivre.

Elle naît de l'amour, non du mépris du corps

Augustin (« l'amour qui se garde entier »), Jean de la Croix (l'imitation du Christ comme unique ressort), Basile (manger « pour glorifier Dieu ») : la tempérance des saints n'est jamais une haine du créé. Elle protège un amour. Couper le superflu n'a de sens que pour garder le cœur entier pour Dieu — sans quoi la privation est stérile.

Elle ne va jamais seule

Catherine de Sienne l'a dit pour toujours : les vertus « sont liées par les liens de la charité ». On ne devient pas tempérant en visant la tempérance seule, mais en aimant ; et la tempérance, à son tour, garde la prudence claire, la force juste, la justice pure. C'est pourquoi nul ne doit attendre d'être parfait pour commencer : il suffit de cultiver une vertu, et elle entraînera les autres.

Elle se garde par la prière

Quatre certitudes des saints : un cœur libre, paisible et entier — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Grégoire de Nysse (« sauvegarde de la tempérance ») et Vincent de Paul (la prière et la mortification, « deux sœurs ») disent la même loi : la maîtrise de soi n'est pas affaire de seule volonté. L'âme qui prie tient ses désirs ; l'âme qui cesse de prier les laisse échapper. La tempérance se reçoit à genoux avant de se gagner debout.

Le Christ et Marie, sources de toute tempérance

Tous les saints ne font que renvoyer à un seul Maître. Le Christ inaugure sa mission par un acte souverain de tempérance : après quarante jours de jeûne au désert, il répond au tentateur qui lui propose de changer les pierres en pains : « L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt 4, 4)[43]. Sa vie entière sera cette mesure parfaite : ni l'austérité rebutante de Jean-Baptiste, dont on disait qu'il « avait un démon », ni la complaisance — mais un homme qui mange et boit avec les pécheurs sans jamais cesser d'être maître de lui.

Marie, la « Vierge très prudente », est le modèle achevé de cette mesure : préservée du péché originel dès le premier instant de sa conception (Pie IX, Ineffabilis Deus, 8 décembre 1854 ; cf. Lc 1, 28 ; CEC 490-493), elle est le cœur pleinement tourné vers Dieu, en qui rien de désordonné n'eut jamais place[44]. En écho — et en écho seulement — à cette foi définie par l'Église, on peut rapprocher la parole reçue par Luisa : devant la sainteté de la Volonté divine, les passions « n'osent pas se montrer »[45]. Vers eux deux convergent toutes les voix réunies dans cet article : la tempérance n'est pas une morale triste, mais le visage du Christ se formant peu à peu dans le baptisé — un cœur libre, paisible et entier, « qui se garde pour Celui qu'il aime ».

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Jésus à Luisa Piccarreta (1865-1947), Le Livre du Ciel, tome 3, 16 février 1900 : « La mortification doit être l'air de l'âme. Par l'air que l'âme respire, on reconnaît si elle est saine ou malade. Si une personne respire l'air de la mortification, chaque chose sera purifiée en elle ; tous ses sens sonneront d'un même son concordant. Mais si elle ne respire pas l'air de la mortification, tout sera discordant en elle. […] » Entrée du 16 février 1900, trad. française Lumen Luminis (GE – La Volonté Divine), tome 3 ; texte vérifié verbatim dans le texte intégral français, page non revérifiée.

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  2. Catéchisme de l'Église catholique, § 1805, citant le livre de la Sagesse 8, 7 : « Quatre vertus jouent un rôle charnière. Pour cette raison on les appelle "cardinales" ; toutes les autres se regroupent autour d'elles. Ce sont : la prudence, la justice, la force et la tempérance. »

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  3. Catéchisme de l'Église catholique, § 1809, citant le Siracide (Ecclésiastique) 5, 2 : « La tempérance est la vertu morale qui modère l'attrait des plaisirs et procure l'équilibre dans l'usage des biens créés. Elle assure la maîtrise de la volonté sur les instincts et maintient les désirs dans les limites de l'honnêteté. La personne tempérante oriente vers le bien ses appétits sensibles, garde une saine discrétion et "ne se laisse pas entraîner pour suivre les passions de son cœur" (Si 5, 2 ; cf. Si 37, 27-31). » Édition officielle française, Mame/Plon, 1992.

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  4. Lettre à Tite 2, 11-12, traduction liturgique officielle (AELF). Le grec sōphronōs (« avec sobriété, tempérance ») désigne précisément la vertu de tempérance comme programme de la vie chrétienne ordinaire.

    4
  5. Première lettre aux Corinthiens 9, 25-27, traduction liturgique officielle (AELF) : « Tous les athlètes s'imposent une ascèse rigoureuse [gr. egkrateuetai, "exercent la maîtrise de soi"]. » Image paulinienne classique de la tempérance comme entraînement de l'athlète chrétien.

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  6. Première lettre de saint Pierre 5, 8, traduction liturgique officielle (AELF) : « Soyez sobres [gr. nēpsate], veillez. » La sobriété y est explicitement liée à la vigilance spirituelle contre le mal.

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  7. Lettre aux Galates 5, 22-23, traduction liturgique officielle (AELF) : « Le fruit de l'Esprit est amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi [gr. egkrateia]. » La « maîtrise de soi » (anciennement traduite « continence ») est nommée parmi les fruits de l'Esprit, repris au Catéchisme § 1832. La tempérance achevée est donc un don.

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  8. Saint Antoine le Grand (v. 251-356), Apophtegmes / Sentences, recueillis dans la Philocalie des Pères neptiques, Éditions du Cerf, 2019, tome A1, n° 3, p. 44 : « La tempérance, la résignation, la chasteté, l'endurance, la patience et leurs pareilles sont autant de puissances vertueuses considérables que nous avons reçues de Dieu pour résister aux difficultés du moment […]. Si nous exerçons et maintenons ces puissances, nous nous apercevrons qu'il ne nous arrive désormais rien de difficile, de douloureux et d'intolérable. »

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  9. Saint Pacôme (v. 292-348), Conseils à un moine rancunier, éd. Saint-Léger, 2017, p. 31 : « Sois parfaitement pur, maître de tes pensées, maître de ton corps, maître de ton cœur. Que ton esprit obéisse ! Reste petit dans ton cœur. »

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  10. Saint Grégoire de Nysse (v. 335-v. 395), Homélies sur le Notre Père, Sources Chrétiennes, Cerf, 2018, p. 305 : « La prière est sauvegarde de la tempérance, redressement de la colère, répression de la vanité, purification de la rancune, destruction de l'envie, suppression de l'injustice, correction de l'impiété. »

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  11. Saint Augustin (354-430), De moribus Ecclesiae catholicae (Les Mœurs de l'Église catholique), I, 15, 25 : Augustin ramène les quatre vertus cardinales à des formes de l'amour de Dieu — « temperantia est amor integrum se praebens ei quod amatur », « la tempérance est l'amour qui se conserve entier et incorrompu pour Celui qu'il aime. » Texte latin de référence sur augustinus.it.

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  12. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 145, a. 1-2 et q. 141, a. 2, ad 3 : la tempérance possède une « honestas » — une beauté ou splendeur morale (spiritualis pulchritudo) — parce que l'ordre que la raison met dans les passions resplendit dans tout l'être ; le désordre, au contraire, enlaidit l'homme.

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  13. Le Père Éternel à sainte Catherine de Sienne (1347-1380), Le Livre des Dialogues, VII, 10 : « À l'un je donne la charité, à l'autre la justice, l'humilité ou une foi vive, la prudence, la tempérance, la patience ou la force. […] Dès que l'âme possède une vertu qu'elle pratique et développe de préférence, cette vertu entraîne naturellement les autres ; car toutes les vertus sont liées par les liens de la charité. »

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  14. Saint Vincent de Paul (1581-1660), enseignement rapporté en paraphrase (attribution indirecte) d'après l'anthologie Saint Vincent de Paul par ses écrits, Médiaspaul, 2003, p. 94 : mortifier ses passions rendrait l'âme libre et lui donnerait le repos, la rendant contente de tout ce qui lui arrive. La référence à l'édition critique (Coste : volume, lettre ou conférence, date) n'a pas été identifiée : la parole n'est donc pas donnée entre guillemets.

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  15. Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 4, 23 décembre 1900 : « En étant dans ma Volonté, tu n'auras plus besoin de combattre tes passions et d'être toujours en guerre avec elles. […] Quand on vit dans ma sainte Volonté, les passions meurent doucement, sans combat et sans tapage. Elles perdent vie par elles-mêmes. Car, devant la sainteté de ma Volonté, les passions n'osent pas se montrer. » Entrée du 23 décembre 1900, trad. française Lumen Luminis (GE – La Volonté Divine), tome 4 ; texte vérifié verbatim dans le texte intégral français, page non revérifiée.

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  16. Saint Basile de Césarée (v. 330-379), Petit recueil ascétique (Ascéticon), Abbaye de Bellefontaine, 2013, p. 84 : « Il faut manger sans avoir, même alors, l'esprit éloigné de la pensée de Dieu ; mais il faut, de la nature même des aliments et de la constitution du corps qui les reçoit, prendre occasion de glorifier Dieu. »

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  17. Première lettre à Timothée 4, 4-5, traduction liturgique officielle (AELF) : « Car tout ce que Dieu a créé est bon, et rien n'est à rejeter si on le prend dans l'action de grâce, car alors, cela est sanctifié par la parole de Dieu et la prière. » Verset dirigé contre une fausse spiritualité (encratisme) interdisant le mariage et certains aliments comme mauvais en soi. Fondement scripturaire contre le rigorisme.

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  18. Saint Jean Cassien (v. 360-435), Conférences I (de l'abbé Moïse), Sources Chrétiennes 42 bis, Cerf, 2008, p. 113 : « Tout gît dans le sanctuaire profond de l'âme. Lorsque le diable en a été chassé et que les vices n'y règnent plus, conséquemment s'établit en nous le règne de Dieu. » Pour Cassien, la maîtrise des appétits est ordonnée à la puritas cordis, la pureté du cœur, but de toute l'ascèse monastique.

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  19. Saint Benoît de Nursie (v. 480-547), Règle, Prologue, 40-41 : « Préparons donc nos cœurs et nos corps à mener le combat de la sainte obéissance aux commandements ; et pour ce qui est impossible à notre nature, prions le Seigneur de bien vouloir nous venir en aide par sa grâce. » La Règle fait de la discretio (juste mesure) « la mère des vertus » (ch. 64), refusant autant la mollesse que le rigorisme héroïque.

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  20. Saint Thomas d'Aquin (1225-1274), Somme théologique, II-II, q. 141, a. 4-5 : la tempérance porte « principalement sur les plaisirs du toucher » (circa delectationes tactus), et parmi ceux-ci sur les plaisirs « de la nourriture et de la génération », parce que ce sont les plus naturels et les plus véhéments. Édition de référence : Summa Theologiae, Éditions du Cerf.

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  21. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 141, a. 8 : la tempérance est « la moindre des vertus cardinales » par la matière, mais elle demeure principale (cardinale) parce qu'elle modère les passions les plus enracinées dans la nature humaine. Cf. I-II, q. 61, a. 2.

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  22. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 143 et q. 155 : la continence est rattachée à la tempérance comme vertu annexée ; chez l'homme pleinement tempérant, l'appétit lui-même est apaisé, tandis que le continent éprouve encore des désirs forts mais ne leur cède pas.

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  23. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 143, a. 1 : Thomas distingue les parties subjectives de la tempérance (abstinence, sobriété, chasteté) et ses parties annexées (continence, douceur/mansuétude, humilité, modestie, studiosité), chacune appliquant la « juste mesure » à une matière propre.

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  24. Thomas a Kempis (v. 1380-1471), L'Imitation de Jésus-Christ, livre I, ch. 19, 4 : « Le matin, formez vos résolutions ; le soir, examinez votre conduite […]. Tel un soldat plein de courage, armez-vous contre les attaques du démon. Réprimez l'intempérance, et vous réprimerez plus aisément les autres désirs de la chair. »

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  25. Thomas a Kempis, L'Imitation de Jésus-Christ, livre I, ch. 6, 1-2 : « Dès que l'homme commence à désirer quelque chose désordonnément, aussitôt il devient inquiet en lui-même. […] C'est en résistant aux passions, et non en leur cédant, qu'on trouve la véritable paix du cœur. » La tempérance y est présentée comme la condition de la paix intérieure.

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  26. Jean Tauler (v. 1300-1361), Sermon 7 : « Le vigneron s'en ira bientôt tailler dans sa vigne les pousses folles. S'il ne le faisait pas et s'il les laissait sur le bon bois, sa vigne ne donnerait qu'un vin aigre et mauvais. Ainsi doit faire l'homme digne de ce nom : il doit s'émonder lui-même de tout ce qui est désordre, tailler les mauvais défauts. » L'image johannique de la vigne taillée (Jn 15, 2) sert ici de figure de la tempérance.

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  27. Saint Vincent de Paul, conférence 37 aux Filles de la Charité, « De l'oraison mentale », 31 mai 1648 (édition critique Coste, vol. IX, p. 427 ; trad. anglaise CCD, vol. 9, p. 336) : « La prière et la mortification sont deux sœurs très unies, dont l'une ne va jamais sans l'autre. La mortification vient en premier, la prière après […]. Si vous voulez devenir des filles de prière, vous devez apprendre à vous mortifier. » Cité d'après l'anthologie Saint Vincent de Paul par ses écrits, Médiaspaul, 2003, p. 93.

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  28. Saint Vincent de Paul, lettre n° 1933 à Pierre de Beaumont, supérieur à Richelieu, 3 octobre 1655 (édition critique Coste, vol. V, p. 436 ; trad. anglaise CCD, vol. 5) : « La mortification, comme les autres vertus, ne s'acquiert que par les actes réitérés. » Cité d'après l'anthologie Saint Vincent de Paul par ses écrits, Médiaspaul, 2003, p. 95.

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  29. Saint Jean de la Croix (1542-1591), La Montée du Carmel, livre I, ch. 13 : le saint enseigne que tout renoncement aux plaisirs des sens doit avoir pour ressort « un continuel désir d'imiter le Christ en toutes vos actions, vous conformant à sa vie », « lequel en cette vie n'eut et ne voulut avoir d'autre goût que de faire la volonté de son Père ». La mortification est ordonnée à l'amour, non au mépris du créé. Édition du Cerf, Œuvres complètes.

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  30. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 142, a. 1 : l'insensibilité (insensibilitas) est le vice par défaut opposé à la tempérance : refuser sans motif raisonnable les plaisirs nécessaires à la conservation de la nature, ou mépriser les biens créés que Dieu a faits bons. C'est un vice, non une vertu, car il contredit l'ordre voulu par Dieu.

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  31. Saint Benoît-Joseph Labre (1748-1783) : langage rapporté au second degré, cité d'après Albéric de Palmaert, Vivre l'Évangile avec Benoît-Joseph Labre, Téqui, 2019, p. 99 : « Notre cœur doit être tout de bronze pour soi-même […], châtier le corps par le jeûne et l'abstinence, et dompter toutes les inclinations de la nature corrompue. » Source primaire non identifiée : à lire comme le langage d'une vocation héroïque de mendiant-pèlerin, non comme une sentence établie ni comme une norme commune.

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  32. Vénérable Marthe Robin (1902-1981), Journal : décembre 1929 - novembre 1932, Éditions Foyer de Charité, 2012, p. 35 : « Travaillons sans relâche, sans arrêt, à vaincre notre nature, et nous avancerons plus vite dans la belle voie de Dieu, que par le secret contentement de jeûner au pain et à l'eau. » La vraie mortification est intérieure avant d'être corporelle.

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  33. Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 3, 28 janvier 1900 : « Ma fille, la mortification est comme un feu qui fait sécher toutes les mauvaises humeurs qui sont dans l'âme et qui l'inonde d'une humeur de sainteté, donnant naissance aux plus belles vertus. » Entrée du 28 janvier 1900, trad. française Lumen Luminis (GE – La Volonté Divine), tome 3 ; texte vérifié verbatim dans le texte intégral français, page non revérifiée.

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  34. Évangile selon saint Matthieu 4, 1-4, traduction liturgique officielle (AELF) : après quarante jours de jeûne au désert, Jésus répond au tentateur : « Il est écrit : L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » Le Christ inaugure sa mission par un acte souverain de tempérance et d'abstinence.

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  35. Pie IX, bulle Ineffabilis Deus, 8 décembre 1854 : la Vierge Marie « a été préservée intacte de toute souillure du péché originel » dès le premier instant de sa conception ; cf. Lc 1, 28 (« Je te salue, Comblée-de-grâce », AELF) et CEC 490-493. Fondement magistériel et scripturaire de l'Immaculée — distinct de toute révélation privée, qui ne peut qu'y faire écho.

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