Que disent les saints sur le combat contre l'acédie

Des Pères du désert au pape François, les maîtres spirituels parlent d'une seule voix du combat contre l'acédie, le « démon de midi ». Florilège sourcé des grands maîtres — Évagre, saint Antoine le Grand, Cassien, Jean Climaque, saint Benoît, saint Thomas d'Aquin et saint François de Sales — et de leurs paroles inoubliables : « le plus pesant de tous », « fais ainsi et tu seras sauvé », « l'oisiveté est l'ennemie de l'âme ».

Ignispedia

Sur peu de combats intérieurs la voix des maîtres est aussi continue, aussi précise et aussi unanime que sur l'acédie. Dès le IVᵉ siècle, dans les déserts d'Égypte, les premiers moines ont identifié et nommé un ennemi qu'ils tenaient pour le plus redoutable de tous : non une passion ardente comme la colère ou la chair, mais une tristesse sourde, un dégoût du bien spirituel qui les assaillait toujours à la même heure, en plein jour. Ils l'ont appelé le « démon de midi », et ils en ont fait l'objet d'une véritable science de l'âme[1].

De ce diagnostic des Pères du désert, une chaîne ininterrompue de maîtres a transmis l'analyse et les remèdes : Évagre le Pontique — moine du désert, non canonisé —, qui le premier en donna le portrait classique ; saint Antoine le Grand, à qui un ange montra l'antidote ; saint Jean Cassien, qui porta cette sagesse à l'Occident ; saint Jean Climaque, qui en grava le degré dans son Échelle ; saint Benoît, qui en fit une loi de vie ; saint Thomas d'Aquin, qui en donna la définition théologique exacte ; saint François de Sales, qui la traqua sous le nom de tristesse au cœur de la vie dévote ; et, jusqu'à nos jours, le pape François, qui lui a consacré toute une catéchèse lors de l'audience générale du 14 février 2024[2].

Cet article rassemble cette voix : ce que les saints, les docteurs et le magistère ont dit du combat contre l'acédie, chacun avec son accent propre. Ce ne sont pas des théoriciens : ce sont des hommes qui ont combattu ce mal corps à corps, dans leur cellule, à l'heure où la ferveur retombe, et c'est ce qui donne à leurs paroles leur poids. On n'y traite pas du « comment » pratique — la nature de l'acédie, ses distinctions d'avec la dépression ou la sécheresse, et le détail des remèdes font l'objet de l'article Comment grandir dans le combat contre l'acédie, auquel on renvoie. Ici, on écoute ces maîtres, du désert d'Égypte jusqu'à Rome aujourd'hui.

Pourquoi écouter les saints sur le combat contre l'acédie ?

Une science née au combat, non à la table d'étude

L'acédie n'a pas été découverte par des philosophes, mais par des combattants. Les moines du désert ne spéculaient pas sur les passions : ils les affrontaient, seuls, dans le silence de la cellule, et ils ont observé l'ennemi avec la précision d'un médecin qui décrit une maladie. C'est pourquoi leur parole a une autorité d'expérience. Quand Évagre le Pontique (vers 345-399), lui-même moine au désert de Kellia, décrit minute par minute l'assaut du démon de midi — le regard qui guette la fenêtre, le soleil qui semble immobile, le désir de fuir ailleurs —, il ne récite pas une théorie : il raconte ce qu'il a subi. Sur ce sujet plus que sur d'autres, les écouter vaut mieux que raisonner seul.

Une étonnante unanimité, du désert à nos jours

Mis bout à bout, leurs textes composent une seule doctrine, étonnamment stable à travers seize siècles. Le même mal — la tristesse du bien spirituel —, les mêmes symptômes — l'instabilité, le dégoût du devoir, le « à quoi bon ? » —, et les mêmes remèdes — rester, travailler, prier, espérer — reviennent chez Évagre au IVᵉ siècle, chez Cassien et Climaque, chez Thomas d'Aquin au XIIIᵉ, chez François de Sales au XVIIᵉ, et jusque dans la catéchèse du pape François en 2024. Cette continuité n'est pas un hasard d'érudits qui se recopient : c'est la marque d'une observation vraie, vérifiée par des générations d'âmes qui ont mené le même combat.

Tous échos d'une parole du Christ

Avant les saints, il y a l'Écriture. Les Pères n'ont pas inventé l'acédie : ils ont reconnu, dans le « fléau qui frappe à midi » du Psaume 90, l'ennemi qui les assiégeait — le daemonium meridianum de la Vulgate[3]. Et ils ont entendu, dans l'avertissement du Christ à Gethsémani, le diagnostic de fond de toute acédie :

« Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation : l'esprit est ardent, mais la chair est faible. » — Évangile selon saint Matthieu 26, 41[4]

C'est cette phrase que cite le Catéchisme, qui décrit l'acédie comme une « forme de dépression due au relâchement de l'ascèse, à la baisse de la vigilance, à la négligence du cœur »[5]. De même, saint Paul a donné par avance le mot d'ordre du combat, que tous les saints rediront après lui :

« Ne nous lassons pas de faire le bien ; en son temps nous récolterons, si nous ne perdons pas courage. » — Lettre aux Galates 6, 9[6]

La chaîne des maîtres de l'acédie, du IVe au XXIe siècle — infographie originale Ignispedia créée par IA.

« Se lasser de faire le bien » : Paul nomme ici l'acédie même, et son remède — « ne pas perdre courage ». Tout ce que ces maîtres diront du combat contre le démon de midi n'est qu'un commentaire vécu de ces paroles. On peut le vérifier en parcourant, siècle après siècle, ce grand chœur de maîtres.

Les Pères du désert : la naissance d'une science de l'âme

Évagre le Pontique : le portrait classique du « démon de midi »

Tout commence avec Évagre le Pontique, le premier à donner du « démon de midi » le portrait resté classique et à organiser le combat intérieur autour de huit pensées mauvaises, dont l'acédie est la sixième[7]. Il n'est pas canonisé dans l'Église catholique — seule l'Église syriaque orthodoxe le vénère comme saint — et son nom fut associé aux condamnations des thèses origénistes au IIᵉ concile de Constantinople (553)[8]. Le mot lui-même est plus ancien que lui — c'est le daemonium meridianum du Psaume 90[9] — mais c'est lui qui en a fixé le portrait et la place pour toute la tradition :

« Le démon de l'acédie, qu'on appelle aussi le "démon de midi", est le plus pesant de tous ; il attaque le moine vers la quatrième heure et assiège son âme jusqu'à la huitième heure. Il lui fait paraître le soleil lent à se mouvoir ou immobile, et le jour long de cinquante heures. » — Évagre le Pontique, Traité pratique, ch. 12[10]

« Le plus pesant de tous » : l'expression dit la gravité du combat. Évagre décrit ensuite, avec une finesse de clinicien, les symptômes — le regard sans cesse tourné vers la fenêtre, le dégoût du lieu où l'on vit, la conviction qu'on serait plus utile ailleurs, l'envie de fuir. C'est ce portrait que le pape François citera encore en 2024 : « l'œil de celui qui est sous l'acédie cherche continuellement les fenêtres »[11]. Mais Évagre ne fait pas que décrire le mal : il en donne le remède souverain, qui sera repris par toute la tradition — ne pas fuir :

Le démon de midi selon Évagre : regarder par la fenêtre, trouver le jour interminable, se dégoûter du devoir et vouloir fuir — infographie originale Ignispedia créée par IA.

« Il ne faut pas abandonner la cellule à l'heure des tentations, en forgeant des prétextes en apparence raisonnables ; il faut au contraire rester assis à l'intérieur, faire patience. » — Évagre le Pontique, Traité pratique, ch. 28[12]

Saint Antoine le Grand : l'ange qui travaillait et priait

Si Évagre a nommé le mal, c'est à saint Antoine le Grand (vers 251-356), le père des moines, que la tradition attribue la plus belle illustration de son remède. Les Apophtegmes des Pères du désert rapportent que le grand abbé lui-même fut un jour terrassé par l'acédie :

« Abba Antoine, alors qu'il était dans le désert, fut en proie à l'acédie ; il dit à Dieu : "Seigneur, je veux être sauvé mais mes pensées ne me lâchent pas, que faire en mon affliction, comment être sauvé ?" Allant un peu dehors, Abba Antoine voit un homme semblable à lui, assis à travailler, puis levé de son travail pour prier, et à nouveau assis à tresser une corde, puis encore debout pour la prière. C'était un ange du Seigneur envoyé à Antoine pour le corriger et l'affermir. Et il entendit l'ange lui dire : "Fais ainsi et tu seras sauvé." Entendant ces paroles, il éprouva beaucoup de joie et de courage, et faisant ainsi, il fut sauvé. » — Apophtegmes des Pères du désert, collection alphabétique, Antoine 1[13]

« Fais ainsi et tu seras sauvé » : le rythme ordonné du travail et de la prière — infographie originale Ignispedia créée par IA.

L'enseignement est tout entier dans l'alternance que l'ange montre : travail et prière, l'un soutenant l'autre. Contre la torpeur de midi, point de grande théorie ni de coup d'éclat, mais l'humble rythme d'une vie ordonnée — faire ce qu'on a à faire, prier à son heure, et recommencer. C'est la même leçon que donnera, transmis par les Pères, le mot fameux du désert : « Va, assieds-toi dans ta cellule, et ta cellule t'enseignera tout. »

Saint Jean Cassien : le combat transmis à l'Occident

C'est saint Jean Cassien (vers 360-435) qui a porté à l'Occident latin la science monastique de l'Orient. Dans ses Institutions cénobitiques, il consacre tout le livre X à « l'esprit d'acédie », dont il dresse un portrait inoubliable : le moine assailli « vers la sixième heure », pris de dégoût pour sa cellule, méprisant ses frères, persuadé qu'il serait plus fervent dans un autre monastère, glissant vers la somnolence ou la fuite[14]. Pour Cassien, l'arme première est le travail des mains contre l'oisiveté qui ouvre la porte au mal, et il l'appuie sur la parole de saint Paul :

« Si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus. » — Deuxième lettre aux Thessaloniciens 3, 10, citée par saint Jean Cassien[15]

Cassien rapporte que les Pères d'Égypte ne laissaient jamais un moine inoccupé, sachant qu'un cœur tenu à son ouvrage donne moins de prise au démon de midi. C'est par lui que cette doctrine deviendra le bien commun de tout l'Occident monastique.

Saint Jean Climaque : l'acédie au treizième degré de l'Échelle

Au VIᵉ-VIIᵉ siècle, au monastère du Sinaï, saint Jean Climaque (vers 579-649) rassemble la sagesse du désert dans L'Échelle sainte, où la montée vers Dieu se gravit degré après degré. Il consacre tout le treizième degré à l'acédie, qu'il définit d'une netteté restée célèbre :

« L'acédie est un relâchement de l'esprit, une langueur de l'âme, un dégoût des exercices de la vie religieuse, une aversion pour la sainte profession. […] Étant dans le saint exercice de la prière, elle nous retrace l'image de mille choses différentes. » — Saint Jean Climaque, L'Échelle sainte, degré 13[16]

L'Échelle de l'ascension divine, icône du XIIe siècle conservée au monastère Sainte-Catherine du Sinaï — domaine public, Wikimedia Commons.

Climaque démasque la ruse maîtresse de l'acédie : elle ne dit jamais « arrête de prier », mais « rappelle quelque affaire indispensable » pour tirer l'âme hors de la prière par de « bonnes raisons »[17]. Déraisonnable elle-même, elle se déguise toujours en sagesse pratique. Et Climaque promet, comme Évagre, que la victoire sur ce vice ouvre toute la vie spirituelle : « Celui qui, par la victoire qu'il aura remportée sur la paresse, sera monté sur ce treizième degré, excellera dans toute sorte de vertus. »[18]

Saint Benoît : « l'oisiveté est l'ennemie de l'âme »

Ce que les Pères du désert avaient observé, saint Benoît (vers 480-547) en a fait une loi de vie pour tout l'Occident. Au chapitre 48 de sa Règle, qui ordonne la journée du moine entre prière et travail, il pose un principe d'une concision célèbre :

« L'oisiveté est l'ennemie de l'âme ; c'est pourquoi les frères doivent s'occuper à certaines heures au travail des mains, et à d'autres heures à la lecture des choses divines. » — Saint Benoît, Règle, ch. 48[19]

La formule latine — « Otiositas inimica est animae » — est devenue l'un des axiomes de la sagesse monastique. Benoît ne dit pas que le repos est mauvais, mais que l'âme désœuvrée s'offre sans défense au démon de midi : le célèbre équilibre bénédictin de la prière et du travail (ora et labora) est, dans son principe, une stratégie contre l'acédie. En remplissant chaque heure d'un devoir précis, la Règle ôte à la torpeur le vide où elle prospère.

Saint Thomas d'Aquin : la définition du docteur

Trois siècles après Climaque, saint Thomas d'Aquin (1225-1274) donne au combat son analyse théologique définitive. Il consacre à l'acédie toute la question 35 de la Secunda Secundae de sa Somme théologique, et en fixe la définition exacte, à la suite de saint Jean Damascène :

« L'acédie est une tristesse à l'égard du bien spirituel en tant que bien divin. […] Elle implique un certain dégoût de l'action. » — Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIa-IIae, q. 35, a. 1-2[20]

Tout est dans ces mots. L'acédie n'est pas la tristesse devant un malheur ordinaire : c'est la tristesse devant le bien divin lui-même, ressenti non comme un attrait mais comme un fardeau. Elle s'oppose ainsi de front à la « joie de la charité » qui devrait être la vie de l'âme. Thomas montre aussi qu'elle n'est jamais seule : reprenant saint Grégoire le Grand (540-604), qui le premier rangea l'acédie parmi les sept péchés capitaux, il énumère sa descendance :

« De l'acédie naissent la malice, la rancœur, la pusillanimité, le désespoir, la torpeur à l'égard des commandements, et la divagation de l'esprit vers les choses défendues. » — Saint Thomas d'Aquin, d'après saint Grégoire le Grand, Somme théologique, IIa-IIae, q. 35, a. 4[21]

Les six « filles » de l'acédie : malice, rancœur, pusillanimité, désespoir, torpeur et divagation — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Cette dernière « fille » — la divagation de l'esprit — est décisive : elle explique que l'acédie se manifeste autant par l'agitation fébrile que par la mollesse. Le découragement spirituel n'engendre pas que l'avachissement ; il enfante aussi l'instabilité, la dispersion et la fuite en avant.

Saint François de Sales : la tristesse, ennemie de la dévotion

Au XVIIᵉ siècle, saint François de Sales (1567-1622), évêque de Genève et docteur de l'Église, traque l'acédie sous le nom où elle se cache le plus souvent dans la vie ordinaire : la tristesse. Dans l'Introduction à la vie dévote, il consacre tout un chapitre à distinguer la bonne tristesse de la mauvaise, reprenant la distinction de saint Paul :

« La tristesse qui est selon Dieu, dit saint Paul, opère la pénitence pour le salut ; mais la tristesse du monde opère la mort. » — Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote, IVᵉ partie, ch. 12[22]

Il en démonte ensuite le mécanisme avec une précision toute pastorale. La mauvaise tristesse n'est pas innocente : elle est l'outil du tentateur, qui s'en sert pour décourager les âmes et les rendre incapables de tout bien :

« L'ennemi se sert de la tristesse pour exercer ses tentations à l'endroit des bons. […] La mauvaise tristesse trouble l'âme, la met en inquiétude, donne des craintes déréglées, dégoûte de l'oraison […], lui ôte toute suavité et la rend presque percluse et impuissante en toutes ses facultés. » — Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote, IVᵉ partie, ch. 12[23]

« Dégoûte de l'oraison », « percluse et impuissante » : François de Sales décrit là, trait pour trait, l'acédie des Pères, transposée pour le chrétien du monde. Son remède est tout entier dans la joie spirituelle, qu'il fera la matière du chapitre suivant : contre la morosité qui paralyse, l'âme dévote doit cultiver délibérément l'allégresse du cœur.

Les voix modernes : un « mal obscur de notre temps »

Le chœur ne s'est pas tu avec les grands docteurs. Les derniers siècles ont redécouvert l'actualité brûlante de ce combat ancien.

Saint Alphonse de Liguori : persévérer dans la prière contre le « à quoi bon »

Le cœur de l'acédie est un désespoir miniature : le sentiment que l'effort est vain. À ce mensonge, saint Alphonse de Liguori (1696-1787), docteur de l'Église, oppose la persévérance dans la prière, qu'il fait le grand moyen du salut :

« Je dis, et je répondrai toujours, tant que j'aurai vie, que tout notre salut réside dans la prière. » — Saint Alphonse de Liguori, Du grand moyen de la prière[24]

L'enseignement vise exactement la lassitude acédieuse : tant que l'âme prie, elle ne désespère pas ; tant qu'elle demande, elle reçoit la force de tenir. Alphonse rappelle que « Dieu ne refuse à personne la grâce de la prière, par laquelle on obtient l'aide pour vaincre les tentations »[25]. Le « à quoi bon ? » du démon de midi se brise sur cette confiance : la prière persévérante est l'arme du découragé.

Dom Jean-Charles Nault : l'acédie redécouverte

Au XXᵉ siècle, le bénédictin Dom Jean-Charles Nault, abbé de Saint-Wandrille, a consacré à ce vice l'étude la plus complète des dernières décennies, au sous-titre éloquent : « mal obscur de notre temps ». Il insiste sur le malentendu à dissiper :

« L'acédie n'est pas la paresse ; elle peut au contraire se manifester par un activisme effréné. » — Dom Jean-Charles Nault OSB, Le démon de midi[26]

Nault relie l'acédie à la « crise du milieu de vie », au dégoût du devoir d'état, au minimalisme spirituel et à l'instabilité chronique de l'homme contemporain — celui qui fuit le silence, ne tient plus en place et ne sait plus durer dans un engagement[27]. Loin d'être un vice de moines disparus, l'acédie serait l'un des maux les plus répandus de notre époque, précisément parce qu'on ne sait plus le nommer.

Le pape François : « le démon de midi » et la patience de la foi

Signe de cette actualité, le pape François a consacré à l'acédie toute une catéchèse lors de l'audience générale du 14 février 2024, dans son cycle sur les vices et les vertus. Il en rappelle d'abord l'origine et le sens — « acédie, qui signifie littéralement, en grec, "manque de soin" »[28] —, puis en donne le remède, qui rejoint mot pour mot Évagre et Antoine :

« Il faut au contraire avoir le courage de rester et d'accueillir dans mon "ici et maintenant", dans ma situation telle qu'elle est, la présence de Dieu. » — Pape François, audience générale du 14 février 2024[29]

Le pape conclut sur l'espérance, qui couve sous la cendre du découragement : « Et si l'un de nous tombe dans ce vice ou dans la tentation de l'acédie, qu'il s'efforce de regarder à l'intérieur de soi et d'entretenir les braises de la foi. »[30] Seize siècles après les Pères du désert, le successeur de Pierre redit la même chose : contre le démon de midi, rester, faire patience, et garder vive la petite flamme.

L'acédie dépassée dans la Divine Volonté

Le chœur des saints trouve son point d'orgue dans la spiritualité de la Divine Volonté, transmise à la servante de Dieu Luisa Piccarreta (1865-1947). Car la racine dernière de l'acédie est de vivre par ses seules forces : tant que l'âme s'appuie sur sa propre ferveur, celle-ci s'épuise, et l'épuisement ouvre la porte au dégoût. Dans l'enseignement du Livre du Ciel, l'âme qui remet son vouloir au Vouloir divin entre au contraire dans le repos et la fête continuels de Dieu, et agit désormais avec une fraîcheur qui ne connaît ni fatigue ni ennui — l'amour de Dieu étant éternellement neuf[31].

« Je suis l'Acte qui ne se répète jamais, Je suis toujours sur le point de dire quelque chose de nouveau. Je suis toujours nouveau en Amour, en Beauté, en Bonheur, en Harmonie. Ainsi, Je ne fatigue personne. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 15, 1er juillet 1923[32]

Là, l'acte de bien cesse d'être une corvée arrachée à la lassitude pour devenir une participation à l'activité bienheureuse de Dieu lui-même. Le « à quoi bon ? » de l'acédie y reçoit sa réponse ultime : rien de ce qu'on fait dans la Volonté divine n'est perdu, et la joie de Dieu en devient la récompense présente.

Une formule par maître : la grammaire commune du combat

Mises côte à côte, les grandes paroles des saints forment une véritable grammaire du combat contre l'acédie. Chacune éclaire la même vérité sous un angle différent.

MaîtreFormule / imageCe qu'elle enseigne
Évagre le Pontique (moine, non canonisé)Le « démon de midi », le plus pesantL'acédie est le combat le plus lourd, à l'heure où la ferveur retombe
Saint Antoine le Grand« Fais ainsi et tu seras sauvé »Alterner travail et prière : l'antidote vécu, non théorique
Saint Jean CassienLe travail des mainsL'oisiveté ouvre la porte ; un cœur occupé donne moins de prise
Saint Jean Climaque« Un dégoût des exercices »L'acédie se déguise en bonnes raisons pour fuir la prière
Saint Benoît« L'oisiveté est l'ennemie de l'âme »Remplir chaque heure d'un devoir ôte au mal son vide
Saint Thomas d'AquinTristitia de spirituali bonoUne tristesse devant le bien divin lui-même, ressenti comme fardeau
Saint François de SalesLa tristesse, outil du tentateurLa mauvaise tristesse dégoûte de l'oraison et paralyse l'âme
Pape François (audience générale du 14 février 2024)« Le courage de rester »Accueillir la présence de Dieu dans l'« ici et maintenant »

Ces formules ne se contredisent jamais : elles se complètent. Le « démon de midi » d'Évagre dit la gravité ; l'ange d'Antoine dit la manière ; l'« oisiveté ennemie » de Benoît dit la prévention ; le tristitia de spirituali bono de Thomas dit la nature ; et le « courage de rester » de François redit, aujourd'hui, le remède de toujours. Toutes pointent vers une même victoire : une fidélité qui dure quand l'enthousiasme retombe.

Ce que les saints ne disent pas : deux confusions à écarter

Trois états à ne pas confondre : acédie, dépression clinique et sécheresse de l'oraison — infographie originale Ignispedia créée par IA.

La voix des saints corrige aussi deux malentendus. L'acédie qu'ils combattent n'est ni la dépression-maladie ni la sécheresse de la prière.

L'acédie n'est pas la dépression clinique

Quand le Catéchisme parle d'une « forme de dépression » à propos de l'acédie[33], il entend une dépression spirituelle et morale, non la maladie psychiatrique. Cette dernière a des causes biologiques et psychologiques, relève du soin médical, et n'est aucunement un péché : une personne malade n'est pas coupable de sa tristesse. L'acédie, elle, comporte un consentement de la volonté, un « je ne veux plus » qui se laisse aller au dégoût. Les saints ne demandent jamais à un cœur écrasé par la maladie de « faire un effort spirituel » : ils combattent le vice, non la souffrance.

L'acédie n'est pas la sécheresse purifiante

De même, la sécheresse de l'oraison — l'aridité sans goût sensible — n'est pas l'acédie. Le Catéchisme la décrit au contraire comme une grâce : « C'est le moment de la foi pure qui se tient fidèlement avec Jésus dans l'agonie et au tombeau. »[34] La différence tient à la réponse de la volonté : dans la sécheresse, l'âme veut prier et persévère sans goût ; dans l'acédie, elle ne veut plus et se sert de l'aridité comme d'un prétexte pour lâcher. Sur ces distinctions, et sur le détail des remèdes, voir Comment grandir dans le combat contre l'acédie.

Le fruit unanime : la joie ineffable après le combat

Sur le fruit de la victoire, les saints sont aussi unanimes que sur la nature du mal. L'acédie vaincue ne laisse pas l'âme là où elle était : elle la fait passer à une joie plus pure que la ferveur sensible qu'elle avait dérobée. Évagre, qui en avait fait l'expérience, le promet à qui ne déserte pas :

« Après le combat, un état de paix et une joie ineffable s'emparent de l'âme. » — Évagre le Pontique, Traité pratique, ch. 12[35]

« Une joie ineffable » : telle est la récompense de la persévérance, et c'est la même joie que vise toute la vie chrétienne. De Gethsémani au désert d'Égypte, de la cellule de Benoît à la chaire de saint Pierre, le message des saints est un : la sainteté n'est pas affaire d'enthousiasme passager, mais d'une fidélité qui dure quand l'enthousiasme retombe — et c'est au bout de cette patience, jamais avant, que se trouve la joie qui ne déçoit pas. Pour passer de l'écoute des saints à la pratique du combat, on lira Comment grandir dans le combat contre l'acédie.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Évagre le Pontique, Traité pratique, ch. 12, éd. Guillaumont, SC 171, Cerf : « Le démon de l'acédie, qu'on appelle aussi le "démon de midi", est le plus pesant de tous ; il attaque le moine vers la quatrième heure [10 h] et assiège son âme jusqu'à la huitième heure [14 h]. Il lui fait paraître le soleil lent à se mouvoir ou immobile, et le jour long de cinquante heures. » Évagre décrit ensuite les symptômes : regards répétés vers la fenêtre, dégoût du lieu et de l'état de vie, désir de fuir ailleurs, somnolence.

    1 10
  2. Pape François, Catéchèse sur les vices et les vertus — 8. L'acédie, audience générale du 14 février 2024, texte intégral sur vatican.va. Le pape rappelle que l'acédie « signifie littéralement, en grec, "manque de soin" » et qu'elle est définie comme le « démon de midi » qui « nous surprend au milieu de la journée » ; il cite Évagre (« l'œil de celui qui est sous l'acédie cherche continuellement les fenêtres ») et propose comme remède « le courage de rester et d'accueillir dans mon "ici et maintenant" […] la présence de Dieu », concluant sur l'espérance : « qu'il s'efforce de regarder à l'intérieur de soi et d'entretenir les braises de la foi. »

    2 11 28 29 30
  3. Psaume 90 (91), 5-6, traduction liturgique officielle (AELF) : « Tu ne craindras ni les terreurs de la nuit, ni la flèche qui vole au grand jour, ni la peste qui rôde dans le noir, ni le fléau qui frappe à midi. » La Vulgate latine porte : « …ab incursu et daemonio meridiano », traduisant la Septante (daimoniou mesēmbrinou). C'est ce daemonium meridianum (« démon de midi ») que la tradition monastique, depuis Évagre, identifie à l'esprit d'acédie qui assaille le moine à l'heure de midi.

    3 9
  4. Évangile selon saint Matthieu 26, 41, traduction liturgique officielle (AELF) : « Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l'esprit est ardent, mais la chair est faible. » Parole du Christ à Gethsémani, reprise par le Catéchisme (§ 2733) pour décrire l'acédie comme relâchement de la vigilance.

    4
  5. Catéchisme de l'Église catholique, § 2733 : « Une autre tentation, à laquelle la présomption ouvre la porte, est l'acédie. Les Pères spirituels entendent par là une forme de dépression due au relâchement de l'ascèse, à la baisse de la vigilance, à la négligence du cœur. "L'esprit est ardent, mais la chair est faible" (Mt 26, 41). » Édition officielle française, Mame/Plon, 1992.

    5 33
  6. Lettre aux Galates 6, 9, traduction liturgique officielle (AELF) : « Ne nous lassons pas de faire le bien ; en son temps nous récolterons, si nous ne perdons pas courage. » Texte paulinien majeur contre l'acédie : il nomme exactement le mal (« se lasser de faire le bien ») et son remède (« ne pas perdre courage »).

    6
  7. Évagre le Pontique (vers 345-399), Traité pratique (ou Le Moine), ch. 6-14, éd. A. et C. Guillaumont, Sources Chrétiennes n° 170-171, Cerf, 1971. Évagre rattache tous les logismoi (pensées) à huit pensées génériques : gourmandise, fornication (luxure), avarice, tristesse, colère, acédie, vaine gloire, orgueil. L'acédie en est la sixième. C'est de cette liste, transmise par Cassien, que dériveront les sept péchés capitaux de la tradition latine.

    7
  8. Évagre le Pontique, moine du désert d'Égypte (Kellia, mort en 399), n'est pas canonisé dans l'Église catholique : il n'est vénéré comme saint que par l'Église syriaque orthodoxe. Dès 415, saint Jérôme (Lettre 133) l'accusait d'origénisme, et son nom a été inclus dans les condamnations qui ont frappé les thèses origénistes aux conciles de Constantinople de 553 (IIᵉ) et 680 (IIIᵉ) — ce qui explique que certaines de ses œuvres aient circulé sous des noms d'emprunt. Sources : art. « Évagre le Pontique », Wikipédia en français (d'après A. Guillaumont, SC 170-171) ; art. « Evagrius Ponticus », Wikipedia en anglais.

    8
  9. Évagre le Pontique, Traité pratique, ch. 28, éd. Guillaumont, SC 171, Cerf : « Il ne faut pas abandonner la cellule à l'heure des tentations, en forgeant des prétextes en apparence raisonnables ; il faut au contraire rester assis à l'intérieur, faire patience et accueillir noblement tous les assaillants. » Le remède souverain de l'acédie est la stabilité : ne pas fuir.

    12
  10. Apophtegmes des Pères du désert (collection systématique grecque / collection alphabétique, Antoine n° 1) ; éd. de référence : Les Apophtegmes des Pères, trad. J.-C. Guy, Sources Chrétiennes n° 387, Cerf. Le récit attribue à saint Antoine le Grand (vers 251-356), père des moines, la vision de l'ange alternant travail et prière, avec la parole : « Fais ainsi et tu seras sauvé. » C'est le texte fondateur du remède monastique à l'acédie : l'alternance ordonnée du travail des mains et de la prière.

    13
  11. Jean Cassien (vers 360-435), Institutions cénobitiques, livre X « De spiritu acediae » (« De l'esprit d'acédie »), éd. J.-C. Guy, Sources Chrétiennes n° 109, Cerf. Cassien décrit le moine assailli « vers la sixième heure » (midi) : dégoût du lieu et de la cellule, mépris des frères, conviction qu'il serait plus utile ailleurs, somnolence et désir de fuite. Il assigne comme remède principal le travail des mains contre l'oisiveté, citant la parole de saint Paul : « Si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus » (2 Th 3, 10), et l'usage des Pères d'Égypte qui ne laissaient jamais un moine inoccupé.

    14 15
  12. Saint Jean Climaque (vers 579-649), L'Échelle sainte (Échelle du Paradis), degré 13 « De l'acédie » : « L'acédie est un relâchement de l'esprit, une langueur de l'âme, un dégoût des exercices de la vie religieuse, une aversion pour la sainte profession. » Climaque note qu'elle rend l'âme « froide et glacée » dans le chant et « faible » dans la prière, et qu'« étant dans le saint exercice de la prière, elle nous retrace l'image de mille choses différentes ».

    16
  13. Saint Jean Climaque, L'Échelle sainte, degré 13 : « L'acédie nous rappelle quelque affaire indispensable ; et, déraisonnable elle-même, elle met tout en œuvre pour nous tirer hors de la prière par de bonnes raisons. » C'est la ruse propre de l'acédie : elle ne combat pas la prière de front, mais la fait différer au nom d'une fausse urgence.

    17
  14. Saint Jean Climaque, L'Échelle sainte, degré 13, conclusion : « Celui qui, par la victoire qu'il aura remportée sur la paresse, sera monté sur ce treizième degré, excellera dans toute sorte de vertus. » Climaque range parmi les remèdes la psalmodie fervente, l'occupation continuelle, la méditation de la mort et la componction.

    18
  15. Saint Benoît de Nursie (vers 480-547), Règle, ch. 48 « Du travail manuel de chaque jour » : « Otiositas inimica est animae ; et ideo certis temporibus occupari debent fratres in labore manuum, certis iterum horis in lectione divina » — « L'oisiveté est l'ennemie de l'âme ; c'est pourquoi les frères doivent s'occuper à certaines heures au travail des mains, et à d'autres heures à la lecture des choses divines. » L'équilibre bénédictin du travail et de la prière (ora et labora) est, dans son principe, une stratégie contre l'acédie. Éd. de référence : La Règle de saint Benoît, A. de Vogüé et J. Neufville, Sources Chrétiennes n° 181-182, Cerf.

    19
  16. Saint Thomas d'Aquin (1225-1274), Somme théologique, IIa-IIae, q. 35, a. 1 et a. 2 : l'acédie (acedia) est « quaedam tristitia aggravans » (« une tristesse appesantissante », selon S. Jean Damascène) ; son objet propre est « le bien divin » : « acedia est tristitia de spirituali bono, inquantum est bonum divinum » (« l'acédie est une tristesse à l'égard du bien spirituel en tant que bien divin »). L'article 2 précise qu'elle « implique un certain dégoût de l'agir » (taedium operandi). Édition léonine ; traduction française de la Revue des Jeunes, Cerf.

    20
  17. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIa-IIae, q. 35, a. 4, ad 2-3 : l'acédie est un vice capital, et saint Thomas reprend de saint Grégoire le Grand (Moralia in Iob, XXXI, 45) la liste de ses « filles » : « malitia, rancor, pusillanimitas, desperatio, torpor circa praecepta, vagatio mentis circa illicita » — la malice, la rancœur, la pusillanimité, le désespoir, la torpeur à l'égard des commandements et la divagation de l'esprit vers les choses défendues. Cette dernière fille explique que l'acédie se manifeste autant par l'agitation que par la mollesse.

    21
  18. Saint François de Sales (1567-1622), Introduction à la vie dévote, IVᵉ partie, ch. 12 « De la tristesse ». Reprenant 2 Co 7, 10, il distingue « la tristesse qui est selon Dieu » (qui « opère la pénitence pour le salut ») et « la tristesse du monde » (qui « opère la mort »), et décrit la mauvaise tristesse comme l'instrument du tentateur : « L'ennemi se sert de la tristesse pour exercer ses tentations à l'endroit des bons. […] La mauvaise tristesse trouble l'âme, la met en inquiétude, donne des craintes déréglées, dégoûte de l'oraison […], lui ôte toute suavité et la rend presque percluse et impuissante en toutes ses facultés. » Texte établi d'après l'édition de référence (texte intégral, Wikisource / édition Boulenger).

    22 23
  19. Saint Alphonse-Marie de Liguori (1696-1787), docteur de l'Église, Du grand moyen de la prière (Del gran mezzo della preghiera, 1759) : « Je dis, et je répondrai toujours, tant que j'aurai vie, que tout notre salut réside dans la prière. » Et : « Dieu ne refuse à personne la grâce de la prière, par laquelle on obtient l'aide pour vaincre les concupiscences et les tentations. » Saint Alphonse fait de la prière persévérante le moyen ordinaire de la persévérance finale, remède direct au découragement acédieux.

    24 25
  20. Dom Jean-Charles Nault OSB, Le démon de midi. L'acédie, mal obscur de notre temps, éd. L'Échelle de Jacob (rééd. abrégée d'une thèse primée du Prix Henri de Lubac). Nault y montre que l'acédie « n'est pas la paresse » et « peut au contraire se manifester par un activisme effréné » : l'instabilité, l'agitation, le besoin de bouger et de changer en sont des symptômes aussi sûrs que la mollesse. L'auteur, bénédictin et abbé de Saint-Wandrille, a soutenu la thèse de référence contemporaine sur l'acédie.

    26
  21. Dom Jean-Charles Nault OSB, Le démon de midi. L'acédie, mal obscur de notre temps : le sous-titre même souligne l'actualité du vice. Nault relie l'acédie à la « crise du milieu de vie », au dégoût du devoir d'état, au minimalisme spirituel et à l'instabilité chronique de l'homme contemporain, qui fuit le silence et ne sait plus durer dans un engagement.

    27
  22. Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 11, 10 avril 1914 : « Ma Volonté, par contre, est en repos perpétuel. […] Ma Volonté agit par des actes simples. L'âme qui Lui laisse toute la place trouve le repos. Elle n'éprouve ni anxiété, ni impatience. » Et tome 19, 9 avril 1926 : « [L'âme] se réjouit et fait la fête. Car les Œuvres effectuées dans l'âme par ma Volonté ont l'empreinte de la Joie et de la Fête éternelle. […] la fête reprend son cours et les divertissements, les jeux, les délices recommencent entre la créature et Nous. » Éditions Résiac / Centro Studi Piccarreta.

    31
  23. Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 15, 1er juillet 1923 : « Je suis l'Acte qui ne se répète jamais, Je suis toujours sur le point de dire quelque chose de nouveau. Je suis toujours nouveau en Amour, en Beauté, en Bonheur, en Harmonie. Ainsi, Je ne fatigue personne. » Éditions Résiac / Centro Studi Piccarreta.

    32
  24. Catéchisme de l'Église catholique, § 2731 : « Une autre difficulté, surtout pour ceux qui veulent sincèrement prier, est la sécheresse. Elle appartient à l'oraison, où le cœur est asséché, sans goût pour les pensées, souvenirs et sentiments, même spirituels. C'est le moment de la foi pure qui se tient fidèlement avec Jésus dans l'agonie et au tombeau. » Le Catéchisme distingue ainsi la sécheresse — épreuve purifiante de la foi — de l'acédie, qui est un relâchement coupable.

    34
  25. Évagre le Pontique, Traité pratique, ch. 12 (suite), éd. Guillaumont, SC 171, Cerf : Évagre note que l'acédie, contrairement aux autres pensées, n'est suivie immédiatement d'aucune autre, mais qu'« après le combat, un état de paix et une joie ineffable » succèdent dans l'âme qui a tenu bon. La récompense de la persévérance contre le démon de midi est donc une joie supérieure à la ferveur sensible qu'il avait dérobée.

    35