Origénisme

Les thèses attribuées à Origène — préexistence des âmes, apocatastase universelle, Christ-Nous — ont embrasé deux crises (393-404, VIe siècle) avant d'être anathématisées en 543 puis au concile de Constantinople II (553).

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L'origénisme désigne l'ensemble des thèses condamnées par l'Église qui sont attribuées à Origène d'Alexandrie : la préexistence des âmes tombées dans des corps en punition d'une faute antérieure, la restauration finale universelle — l'apocatastase — qui ramènerait jusqu'aux démons dans l'unité première, un Christ rabaissé au rang d'intelligence créée, et des corps ressuscités sphériques et éthérés[1]. Ce n'est pas la biographie d'un homme — elle a son article propre — mais l'histoire d'un système : comment des hypothèses spéculatives, semées au IIIe siècle dans le De principiis, ont embrasé les déserts d'Égypte, divisé Jérôme et Rufin, fait tomber saint Jean Chrysostome, agité les monastères de Palestine, puis été anathématisées en 543 et en 553[2].

Le dossier est délicat, et c'est ce qui en fait l'intérêt : Origène n'a jamais été condamné de son vivant — saint Jérôme l'atteste expressément[3] — et l'homme qui a écrit ces pages dangereuses est aussi celui qui posait comme règle de ne croire que ce qui ne s'écarte en rien de la tradition ecclésiastique et apostolique[4]. L'Église n'a donc pas condamné un ennemi, mais amputé un héritage : elle a gardé l'exégète, le prédicateur et le martyr de la persécution de Dèce, et elle a rejeté les hypothèses, parce qu'elles contredisaient la foi sur l'âme, le corps, le Christ et l'enfer[5].

Cet article traite la doctrine condamnée, ses deux crises et ses condamnations. Il renvoie sans les redoubler : à Origène (v. 185-v. 253) pour l'homme et son œuvre, à Les hérésies des premiers siècles pour le panorama, à l'Arianisme, Apollinarisme, Le docétisme et Adoptianisme pour les autres erreurs sur le Christ, à La crise nestorienne et à La crise monophysite pour la suite des débats, et à Gnosticisme pour la gnose concurrente.

Origène et origénisme : la distinction qui change tout

L'homme : un maître, un confesseur, jamais un condamné de son vivant

Origène naît vers 185 à Alexandrie, dirige l'école catéchétique de la ville, puis, chassé par son évêque Démétrius en 231, fonde une seconde école à Césarée de Palestine ; torturé sous la persécution de Dèce en 250, il meurt vers 253 ou 254 des suites de ses souffrances, honoré comme confesseur de la foi[6]. Son œuvre est immense — des milliers de titres : commentaires scripturaires, homélies, apologies — et l'Église lui doit une dette durable : avant les controverses, saint Jérôme lui-même reconnaît tout ce qu'il lui doit, jusque dans les prologues de ses propres traductions et commentaires[7]. Ses premiers contradicteurs — saint Méthode, évêque et martyr en 311, qui réfute sa doctrine de la résurrection, ou saint Eustathe d'Antioche, mort en exil vers 337, qui critique son allégorisme — le combattent sur des points précis sans faire de lui un hérésiarque[8]. Et quand Alexandrie organise contre lui, du vivant même d'Origène, non pas un mais deux conciles — l'un qui le bannit, l'autre qui le dépose du sacerdoce —, c'est pour son ordination irrégulière à Césarée et son différend avec Démétrius, jamais sur un point de doctrine[9].

Le système : des hypothèses du De principiis

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Le réservoir de toutes les thèses condamnées est un seul livre : le De principiis — en grec Peri Archon, « Des principes » —, le premier essai de théologie systématique de l'histoire chrétienne[10]. Or ce livre nous est parvenu dans des conditions qui obligent à la prudence : l'original grec est très largement perdu, et c'est surtout la traduction latine de Rufin, en 397, qui le transmet — une traduction dont Rufin lui-même avoue avoir adouci les passages les plus choquants, tandis que saint Jérôme l'accuse d'avoir falsifié la pensée du maître[11]. Autrement dit, l'Église a jugé un système connu à travers un filtre deux fois déformant : les audaces d'Origène, puis les prudences de son traducteur. C'est ce système — tel qu'il a été reçu, enseigné par les moines et finalement condamné — que le mot origénisme désigne : non pas tant la théologie d'Origène que les doctrines, à tort ou à raison attribuées à Origène, dont la nouveauté et le danger ont appelé très tôt la réfutation des écrivains orthodoxes[12].

La règle d'or d'Origène : ne croire que la foi de l'Église

Avant d'entrer dans les thèses, il faut entendre la profession de foi qui ouvre le De principiis lui-même, dans la traduction de Rufin. Origène y pose sa règle directrice :

« Illa sola credenda est veritas quae in nullo ab ecclesiastica et apostolica discordat traditione. » — Origène, préface du De principiis, trad. Rufin[13]

Soit, en français : « On ne doit tenir pour vérité que ce qui ne s'écarte en rien de la tradition ecclésiastique et apostolique. » (traduction Ignispedia). Et il revient à la charge ailleurs : on ne doit croire que « de la manière que les Églises de Dieu nous l'ont transmis par succession »[14]. Pour lui, le catholique se reconnaît à ceci : appartenir à l'Église, dépendre d'elle — hors d'elle, point de salut —, tandis que celui qui la quitte marche dans les ténèbres : c'est un hérétique[15]. Il a même sa belle image : ici-bas, nous n'avons que deux lumières pour nous guider, le Christ et l'Église ; et l'Église reflète fidèlement la lumière reçue du Christ, comme la lune reflète les rayons du soleil[16].

Un homme animé de tels sentiments a pu se tromper — il est homme — mais sa disposition d'esprit est essentiellement catholique, et il ne mérite pas d'être rangé parmi les fauteurs d'hérésie[17]. C'est exactement le jugement que l'Église a fini par porter : condamner les thèses, sans faire d'Origène un hérésiarque au sens où Arius ou Nestorius le sont.

Les thèses condamnées : ce que l'Église a rejeté

D'où vient le système : un alliage de philosophie et de théologie

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Le système condamné se ramène à quelques hypothèses dont Origène n'a pas vu l'erreur ni le danger[18]. Il spécule à partir de trois matériaux : l'Écriture, la philosophie grecque — surtout Platon et les stoïciens, découverts à l'école d'Ammonius Saccas — et des questions que personne avant lui n'avait affrontées de front[19]. Le résultat est incohérent jusque dans ses principes : la théorie d'une restauration finale, par exemple, contredit frontalement la théorie d'épreuves successives indéfinies — et Origène lui-même, sentant la contradiction, recule devant les conséquences, proteste contre les conclusions logiques et corrige souvent, par des professions de foi orthodoxes, l'hétérodoxie de ses spéculations[20]. On trouverait sans peine dans son œuvre une masse de textes qui contredisent ces principes et en ruinent les conclusions[21]. C'est pourquoi l'Église, quand elle frappera, visera les hypothèses en elles-mêmes, dignes de censure quoi qu'Origène ait pensé au fond[22].

La création éternelle et l'égalité originelle des esprits

Première hypothèse : Dieu aurait créé de toute éternité. Origène défend avec énergie, contre les philosophes païens, que tout ce qui existe hors de Dieu a été créé par lui — pas de matière incréée[23]. Mais il ajoute qu'il serait absurde d'imaginer la nature de Dieu inactive, sa bonté inefficace ou sa domination sans sujets : Dieu aurait donc toujours créé, ce qui force à admettre une double série infinie de mondes, avant et après le monde présent[24].

Seconde hypothèse : à l'origine, toutes les natures intellectuelles ont été créées égales et semblables, Dieu n'ayant aucun motif de les créer autrement[25]. Leurs différences présentes ne viendraient que du différent usage du libre arbitre : créés bons et heureux, les esprits se seraient lassés de leur bonheur et seraient tombés, par négligence, les uns plus, les autres moins[26]. De là la hiérarchie des anges — et les quatre catégories d'intelligences créées : les anges, les astres (à supposer, comme il est probable, qu'ils soient animés), les hommes et les démons[27]. Et comme ce que le libre arbitre a fait, le libre arbitre peut le défaire, leurs rôles pourraient un jour s'échanger : la Trinité seule est essentiellement immuable dans le bien[28].

La matière au service des esprits : pourquoi nous avons un corps

Troisième hypothèse : la matière n'existe que pour le spirituel ; si le spirituel n'en avait pas besoin, elle n'existerait pas, car sa finalité n'est pas en elle-même[29]. Origène n'ose pas l'affirmer expressément, mais il lui semble que les esprits créés, même les plus parfaits, ne peuvent se passer d'une matière extrêmement diluée et subtile qui leur sert de véhicule et de moyen d'action[30]. La matière aurait donc été créée en même temps que le spirituel — le spirituel étant logiquement premier — et elle ne cessera jamais d'être, parce que le spirituel, si parfait soit-il, en aura toujours besoin[31]. Matière à transformations indéfinies, adaptée à l'état variable des esprits : destinée aux esprits les plus imparfaits, elle s'épaissit et forme les corps de ce monde visible ; au service des intelligences supérieures, elle brille de l'éclat des corps célestes et sert de vêtement aux anges de Dieu et aux fils de la Résurrection[32].

Traduction concrète, celle que retiendront les anathèmes : nos corps grossiers seraient la punition d'esprits refroidis — des intelligences déchues, cachées dans de la chair comme dans une prison. C'est toute la doctrine chrétienne du corps — créé bon, appelé à la résurrection — qui se trouve ainsi inversée.

L'apocatastase : quand tout redevient un, même le démon

Quatrième hypothèse, la plus célèbre et la plus condamnée : l'universalité de la rédemption et la restauration finale. Certains textes scripturaires — notamment la première épître aux Corinthiens, chapitre 15, versets 25 à 28, sur Dieu qui sera « tout en tous » — semblent étendre à tous les êtres raisonnables le bénéfice de la Rédemption ; Origène s'y laisse conduire, avec son principe philosophique favori, jamais démontré : la fin est toujours comme le commencement[33]. Il écrit :

« Nous pensons que la bonté de Dieu, par la médiation du Christ, ramènera toutes les créatures à une seule et même fin. » — Origène, De principiis, I, 6, 1-3 (traduction Ignispedia)[34]

La restauration universelle — l'apokatastasis — suivrait nécessairement de ces principes[35]. Prise au sérieux, elle signifie que les peines de l'enfer ne sont pas éternelles, que les démons eux-mêmes seront un jour restaurés, et que toute distinction — hypostases, nombres, corps, noms — disparaîtra dans l'unité finale.

Or Origène, encore une fois, se contredit lui-même dans le sens orthodoxe : il affirme que la charité des élus au ciel ne faillit pas — leur liberté y sera liée de telle sorte que le péché sera impossible[36] — et que les réprouvés resteront fixés dans le mal, moins par incapacité de s'en libérer que parce qu'ils veulent être mauvais, la malice leur étant devenue comme une seconde nature[37]. Il se mettait même en colère quand on l'accusait d'enseigner le salut éternel du diable[38]. Défense que l'Église a entendue — à la suite de saint Athanase, qui demande qu'on ne cherche pas la vraie pensée d'Origène dans les ouvrages où il discute le pour et le contre à titre d'exercice intellectuel, et de saint Jérôme, qui distingue entre dogmatiser et énoncer des opinions hypothétiques à éclaircir par la discussion[39] — mais sans absoudre les hypothèses elles-mêmes.

Le Christ des origénistes : une intelligence parmi d'autres

Les anathèmes de 543 détaillent, avec une précision redoutable, jusqu'où le système rabaissait le Christ. Le tableau ci-dessous en donne la mesure : ce n'est plus seulement l'âme ou le corps qui est en cause, comme chez les autres hérétiques du temps, mais la personne même du Fils.

Ce que dit le système condamnéCe que confesse la foi catholique
Le Christ serait l'unique esprit resté inébranlable dans la contemplation, devenu roi des êtres raisonnables — premier entre égaux[40]Le Fils est Dieu de Dieu, consubstantiel au Père, et non une créature même éminente
L'âme du Seigneur aurait préexisté et se serait unie au Verbe avant l'incarnation[41]L'âme humaine du Christ est créée avec son corps, assumée dans l'unité de la personne du Verbe
Le Verbe se serait fait semblable à tous les ordres célestes — chérubin pour les chérubins, séraphin pour les séraphins[42]Le Fils s'est fait homme, une fois, dans l'histoire — non ange ni archange
Ce n'est pas le Verbe fait chair qui serait descendu aux enfers et monté aux cieux, mais le Nous uni à lui[43]C'est le Verbe lui-même, une Personne divine, qui est mort, ressuscité et monté aux cieux
Le règne du Christ aurait une fin, dissous dans l'unité finale[44]Son règne n'aura pas de fin (symbole de Nicée-Constantinople)
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Face à ce tableau, on comprend que l'Église n'ait pas vu une querelle d'école, mais une autre religion : un Christ qui n'est qu'une intelligence très fidèle, cela ressemble davantage au premier des anges qu'au Fils unique.

Les appendices cosmologiques : astres animés et corps sphériques

Le système traînait enfin des thèses cosmologiques que les anathèmes relèvent une à une : le soleil, la lune et les étoiles seraient des êtres raisonnables, devenus ce qu'ils sont pour s'être tournés vers le mal[45] ; après la résurrection, le corps du Seigneur serait éthéré, de forme sphérique, et tels seraient les corps de tous après la résurrection — la nature de nos corps véritables devant être anéantie[46] ; le jugement futur signifierait la destruction du corps, la fin de l'histoire étant une nature immatérielle, sans matière, pur esprit[47]. Chaque fois, c'est la résurrection de la chair — article du symbole — qui est niée au profit d'un salut purement spirituel.

Première crise origéniste (393-404) : des déserts au concile du Chêne

Nitrie contre Scéta : moines allégoristes et moines anthropomorphites

La première crise éclate dans les déserts d'Égypte, pendant la seconde moitié du IVe siècle[48]. À Nitrie, les moines professent pour Origène un enthousiasme exagéré ; à Scéta tout proche, les frères voisins, par réaction excessive et peur maladive de l'allégorisme, tombent dans l'anthropomorphisme — ils se représentent Dieu avec un corps humain[49]. Deux excès face à face : d'un côté on spiritualise tout jusqu'à dissoudre la lettre, de l'autre on matérialise Dieu lui-même. Ces discussions doctrinales envahissent peu à peu les monastères de Palestine, placés sous la vigilance de saint Épiphane, évêque de Salamine : convaincu des dangers de l'origénisme, il l'a combattu dans ses écrits — tout le chapitre 64 de son Panarion lui est consacré — et il est résolu à en empêcher la diffusion et à l'extirper complètement[50].

  1. vers 185
    Naissance d'Origène à Alexandrie

    Il dirigera l'école catéchétique de la ville avant d'être chassé en 231 et de fonder l'école de Césarée[51].

  2. 250-254
    Persécution de Dèce et mort d'Origène

    Torturé pour la foi, il survit à Dèce (251) mais meurt vers 253 ou 254 des suites de ses souffrances, honoré comme confesseur[52].

  3. 376-377
    Épiphane réfute Origène dans le Panarion

    Le chapitre 64 du grand répertoire des hérésies est consacré aux erreurs origénistes[53].

  4. 392
    L'incident Aterbius à Jérusalem

    Un moine de Scéta accuse de front d'origénisme Jérôme et Rufin, alors encore amis et voisins — Bethléem et mont des Oliviers[54].

  5. 394
    Épiphane prêche contre Origène à Jérusalem

    En présence de l'évêque Jean, tenu pour origéniste ; Jean réplique contre l'anthropomorphisme en visant Épiphane[55].

  6. 397
    Rufin traduit le De principiis en latin

    Sa préface cite l'éloge dithyrambique de Jérôme pour Origène : le solitaire de Bethléem se sent trahi, la rupture est consommée[56].

  7. 400
    Théophile retourne sa veste

    Le patriarche d'Alexandrie, jusque-là origéniste avoué, condamne les livres d'Origène au concile d'Alexandrie et expulse les moines de Nitrie[57].

  8. 403
    Le conciliabule du Chêne

    Théophile, convoqué pour s'expliquer, renverse les rôles et fait condamner saint Jean Chrysostome, qui avait accueilli les Grands Frères[58].

  9. 543
    Synode de Constantinople : quinze anathèmes

    Sous le patriarche Mennas, sur ordre de Justinien : l'origénisme est anathématisé doctrine par doctrine[59].

  10. 553
    Constantinople II, canon 11

    Origène est nommé parmi les hérétiques anathématisés, avec Arius, Eunome, Macedonius, Apollinaire, Nestorius et Eutychès[60].

Jérusalem 394 : Épiphane et Jean se répondent en chaire

En 394, Épiphane se rend à Jérusalem et y prêche avec véhémence contre les erreurs d'Origène, en présence de l'évêque de la ville, Jean, tenu pour origéniste[61]. Jean, à son tour, parle contre l'anthropomorphisme — en dirigeant son discours si clairement contre Épiphane que personne ne peut s'y tromper[62]. Un second incident envenime la querelle : Épiphane a élevé au sacerdoce Paulinien, le frère de saint Jérôme, en un lieu soumis au siège de Jérusalem ; Jean se plaint amèrement de cette violation de ses droits, et la réponse d'Épiphane n'est pas de nature à l'apaiser[63].

Jérôme contre Rufin : la plus amère des ruptures

Depuis que Jérôme et Rufin se sont fixés, l'un à Bethléem et l'autre au mont des Oliviers, ils vivent en amitié fraternelle : tous deux admirent, imitent et traduisent Origène, et s'entendent parfaitement avec leur évêque[64]. En 392, un moine de Scéta nommé Aterbius vient à Jérusalem et les accuse tous deux d'origénisme[65]. Jérôme, très sensible sur l'orthodoxie, est profondément blessé par l'insinuation ; deux ans plus tard, il passe dans le camp d'Épiphane, dont il traduit en latin la réponse à Jean de Jérusalem[66]. Rufin apprend — on ne sait comment — l'existence de cette traduction, non destinée au public, et Jérôme le soupçonne de l'avoir obtenue par fraude[67]. Une réconciliation intervient plus tard, mais elle ne dure pas. En 397, Rufin, alors à Rome, traduit en latin le De principiis et, dans sa préface, reprend à son compte l'éloge dithyrambique que Jérôme adressait jadis au catéchiste alexandrin[68]. Le solitaire de Bethléem, cruellement blessé, écrit à ses amis pour réfuter la perfide insinuation de Rufin, dénonce les erreurs d'Origène au pape Anastase, tâche de gagner le patriarche d'Alexandrie à la cause anti-origéniste et engage avec Rufin une polémique marquée, des deux côtés, d'une grande amertume[69].

Théophile d'Alexandrie : le retournement qui change tout

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Jusqu'en 400, Théophile d'Alexandrie est un origéniste reconnu : son confident est Isidore, ancien moine de Nitrie, et ses amis les Grands Frères — Tall Brothers — les chefs accrédités du parti origéniste : Dioscore, Ammonios, Eusèbe et Euthyme, quatre frères de haute stature, disciples de Pambo, célèbres dans tout le désert[70]. Théophile a soutenu Jean de Jérusalem contre Épiphane, dont il a dénoncé l'anthropomorphisme au pape Sirice[71]. Puis, brusquement, il change de camp — on n'a jamais su exactement pourquoi[72]. On raconte que les moines de Scéta, mécontents de sa lettre pascale de 399, ont envahi sa résidence épiscopale et l'ont menacé de mort s'il ne chantait pas la palinodie ; ce qui est certain, c'est qu'il s'est brouillé avec Isidore pour des questions d'argent, et avec les Grands Frères, qui blâmaient son avarice et sa mondanité[73].

Or Isidore et les Grands Frères se sont retirés à Constantinople, où saint Jean Chrysostome leur offre l'hospitalité et intercède pour eux — sans toutefois les admettre à la communion tant que les censures portées contre eux n'auront pas été levées[74]. L'irascible patriarche d'Alexandrie arrête alors son plan : étouffer partout l'origénisme, et sous ce prétexte ruiner Chrysostome, qu'il hait et qu'il envie[75]. Pendant quatre ans, son activité est impitoyable : il condamne les livres d'Origène au concile d'Alexandrie (400), expulse avec une bande armée les moines de Nitrie, écrit aux évêques de Chypre et de Palestine pour les gagner à sa croisade, publie en 401, 402 et 404 des lettres pascales contre la doctrine d'Origène, et envoie au pape Anastase une missive demandant la condamnation de l'origénisme[76]. Le succès dépasse ses espérances : les évêques de Chypre acceptent son invitation ; ceux de Palestine, assemblés à Jérusalem, condamnent les erreurs qu'on leur signale — en ajoutant qu'on ne les enseigne pas chez eux[77]. Anastase, tout en déclarant qu'Origène lui est entièrement inconnu, condamne les propositions extraites de ses livres[78]. Jérôme traduit en latin jusqu'aux élucubrations du patriarche — y compris sa virulente diatribe contre Chrysostome[79].

Le Chêne (403) : quand l'origénisme fait tomber Chrysostome

Épiphane, qui a précédé Théophile à Constantinople, y traite Chrysostome de téméraire et de presque hérétique — jusqu'au jour où la vérité commence à lui apparaître : soupçonnant qu'on l'a peut-être trompé, il quitte brusquement la capitale et meurt en mer avant d'arriver à Salamine[80]. Quant à Théophile, convoqué par l'empereur pour s'expliquer sur sa conduite envers Isidore et les Grands Frères, il réussit par ses manœuvres à inverser les rôles : d'accusé, il devient accusateur, et somme Chrysostome de comparaître devant le conciliabule du Chêne — ad Quercum —, où Chrysostome est condamné[81]. Dès que la vengeance de Théophile est assouvie, on n'entend plus parler d'origénisme : le patriarche d'Alexandrie se remet à lire Origène, prétendant qu'on peut cueillir les roses parmi les épines, et se réconcilie avec les Grands Frères sans leur demander de se rétracter[82]. À peine les querelles personnelles apaisées, le spectre de l'origénisme s'évanouit : conclusion obligée — la controverse était superficielle, et l'orthodoxie d'Origène n'en était pas le seul enjeu[83].

Seconde crise (VIe siècle) : les moines de Palestine et Justinien

La Nouvelle Laure : un origénisme qui n'a presque plus rien d'Origène

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En 514, des doctrines hétérodoxes d'un genre très singulier se sont déjà répandues parmi les moines de Jérusalem et de ses environs[84]. Peut-être les semences de la dispute ont-elles été jetées par Étienne Bar-Soudaïli, moine turbulent expulsé d'Édesse, qui joint à un origénisme de sa façon des vues nettement panthéistes[85]. Complots et intrigues durent une trentaine d'années : les moines suspects d'origénisme sont tour à tour expulsés de leurs monastères, réadmis, puis chassés à nouveau[86]. Leurs chefs et protecteurs sont Nonnus, qui tient le parti soudé jusqu'à sa mort en 547, Théodore Ascidas et Domitien, qui ont gagné la faveur de l'empereur et sont nommés évêques — l'un au siège d'Ancyre en Galatie, l'autre à celui de Césarée en Cappadoce — tout en continuant de résider à la cour, dès 537[87].

Surtout, les origénistes de Palestine se sont scindés en deux factions qui s'anathématisent mutuellement : les Isochristoi — « ceux qui se prétendent égaux au Christ » —, pour qui toutes les âmes, originellement égales à celle du Christ, le redeviendront à la fin des temps ; et les Protoktistoi — les « premiers-créés » —, plus modérés, pour qui le Christ est le chef de nombreux frères, la première des créatures[88]. Les deux partis s'accusent l'un l'autre d'hérésie, et les autres chrétiens les accusent tous deux[89]. Ce sont les Protoktistes qui portent l'affaire devant l'empereur : par l'intermédiaire de Pélage, l'apocrisiaire du pape, ils appellent Justinien à condamner les Isochristes[90].

L'édit de Justinien et le synode de 543 : quinze anathèmes

C'est dans ces circonstances qu'un rapport contre l'origénisme est adressé à Justinien — par qui et à quelle occasion, on l'ignore, car les deux récits qui nous sont parvenus divergent : celui de Cyrille de Scythopolis dans la Vie de Sabas, et celui de Libératus dans son Breviarium[91]. L'empereur écrit alors son Liber adversus Origenem : outre un exposé des raisons de condamner l'origénisme, vingt-quatre textes censurables tirés du De principiis, et enfin dix propositions à anathématiser[92][93]. Justinien ordonne au patriarche Mennas de réunir tous les évêques présents à Constantinople et de leur faire souscrire ces anathèmes : c'est le synode local — synodos endemousa — de 543[94]. Une copie de l'édit impérial est adressée aux autres patriarches, y compris au pape Vigile, et tous y adhèrent — pour Vigile, nous avons le témoignage de Libératus et celui de Cassiodore[95].

On s'attendait à ce que Domitien et Théodore Ascidas, en refusant de condamner l'origénisme, tombent en disgrâce : ils signent tout ce qu'on leur demande de signer et restent plus puissants que jamais[96]. Ascidas prend même sa revanche : il persuade l'empereur de faire condamner Théodore de Mopsueste, tenu pour l'ennemi juré d'Origène[97]. Le nouvel édit de Justinien — qui ne nous est pas parvenu — aboutit à la réunion du cinquième concile œcuménique, où sont condamnés Théodore de Mopsueste, Ibas et Théodoret : c'est l'affaire des Trois Chapitres[98].

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Les quinze anathèmes souscrits en 543 — dont le texte est conservé dans les actes — procèdent avec méthode : ils frappent d'abord la préexistence fabuleuse des âmes et la restauration monstrueuse qui s'ensuit[99], puis chaque pièce du système, l'une après l'autre — la création sans corps des intelligences[100], les astres animés[101], les âmes refroidies cachées dans des corps grossiers[102], la circulation des conditions angéliques, psychiques, démoniaques et humaines[103], le Nous démiurge plus ancien que le monde[104], le Christ compatissant qui traverse toutes les classes des êtres[105], le Christ qui ne le serait qu'improprement[106], le Nous qui serait descendu aux enfers à la place du Verbe[107], les corps sphériques[108], le jugement comme destruction du corps[109], le règne du Christ destiné à finir[110], le Christ en rien différent des autres êtres raisonnables[111] — pour s'achever sur l'apocatastase elle-même :

« If anyone shall say that all reasonable beings will one day be united in one, when the hypostases as well as the numbers and the bodies shall have disappeared […] moreover, that in this pretended apocatastasis, spirits only will continue to exist, as it was in the feigned pre-existence: let him be anathema. » — Quatorzième anathème contre Origène (543), trad. Schaff, NPNF 2e série, t. XIV[112]

Soit, en français : « Si quelqu'un dit que tous les êtres raisonnables seront un jour unis en un seul, quand hypostases, nombres et corps auront disparu […] et que dans cette prétendue apocatastase, seuls subsisteront des esprits, comme dans la préexistence alléguée : qu'il soit anathème. » (traduction Ignispedia). Le quinzième anathème frappe enfin le principe lui-même : que la vie des esprits sera comme au commencement, la fin et le commencement étant semblables, la fin étant la vraie mesure du commencement[113].

Constantinople II (553) : Origène nommé dans le canon 11

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Origène et l'origénisme ont-ils été anathématisés par le concile lui-même ? Beaucoup de savants auteurs le croient ; autant le nient ; la plupart des autorités modernes hésitent ou répondent avec des réserves[114]. En s'appuyant sur les études les plus récentes, on peut tenir pour certain : le cinquième concile général n'a été convoqué que pour l'affaire des Trois Chapitres — ni Origène ni l'origénisme n'en sont la cause[115] ; il s'ouvre le 5 mai 553 malgré les protestations du pape Vigile, qui, bien que présent à Constantinople, refuse d'y assister ; dans les huit sessions conciliaires (5 mai-2 juin), dont nous possédons les actes, seule la question des Trois Chapitres est traitée[116] ; seuls les actes concernant les Trois Chapitres sont soumis au pape pour approbation — accordée le 8 décembre 553 puis le 23 février 554[117]. Fait remarquable : les papes Vigile, Pélage Ier (556-561), Pélage II (579-590) et saint Grégoire le Grand (590-604), quand ils traitent du cinquième concile, ne parlent que des Trois Chapitres, sans mentionner l'origénisme, comme s'ils en ignoraient la condamnation[118].

Mais il faut admettre aussi qu'avant l'ouverture du concile — retardée par la résistance du pape —, les évêques déjà réunis à Constantinople ont dû examiner, sur ordre de l'empereur, une forme d'origénisme qui n'avait pratiquement rien de commun avec Origène, mais que tenait l'un des partis origénistes de Palestine[119]. Les évêques ont certainement souscrit aux quinze anathèmes proposés par l'empereur, et un origéniste avoué, Théodore de Scythopolis, a été contraint de se rétracter — mais rien ne prouve que l'approbation du pape, qui protestait alors contre la convocation du concile, ait été demandée[120]. On comprend sans peine comment cette sentence extra-conciliaire a pu être prise plus tard pour un décret du concile œcuménique lui-même[121].

Quoi qu'il en soit de ce débat d'historiens, le concile, dans son onzième anathème, nomme Origène parmi les hérétiques — avec Arius, Eunome, Macedonius, Apollinaire, Nestorius et Eutychès — ainsi que leurs écrits impies, et tous ceux qui persistent à tenir leur opinion jusqu'à la fin[122] :

« If anyone does not anathematize Arius, Eunomius, Macedonius, Apollinaris, Nestorius, Eutyches and Origen, as well as their impious writings, as also all other heretics already condemned and anathematized by the Holy Catholic and Apostolic Church […] let him be anathema. » — IIe concile de Constantinople (553), canon 11, trad. Schaff, NPNF 2e série, t. XIV[123]

Soit, en français : « Si quelqu'un n'anathématise pas Arius, Eunome, Macedonius, Apollinaire, Nestorius, Eutychès et Origène, ainsi que leurs écrits impies, comme aussi tous les autres hérétiques déjà condamnés et anathématisés par la sainte Église catholique et apostolique […] : qu'il soit anathème. » (traduction Ignispedia). Avec ce canon, l'origénisme rejoint officiellement la liste des erreurs que tout catholique doit rejeter — aux côtés de l'Arianisme, de l'Apollinarisme et des doctrines que condamnera bientôt Le monothélisme.

Les deux crises face à face : ce qui change entre 400 et 543

À un siècle et demi de distance, les deux crises n'ont ni les mêmes hommes, ni les mêmes enjeux, ni la même fin. Le tableau suivant les résume — et montre pourquoi la seconde seule a produit une condamnation dogmatique durable.

Première crise (393-404)Seconde crise (514-553)
FoyerDéserts d'Égypte (Nitrie, Scéta), puis Palestine et Constantinople[124]Monastères de Palestine (Jérusalem, Nouvelle Laure), puis Constantinople[125]
Doctrines en causeL'œuvre d'Origène elle-même, lue avec passion ou avec peur[126]Un origénisme de seconde main, mêlé de panthéisme, qui n'a presque plus rien d'Origène[127]
CampsÉpiphane et Jérôme contre Jean de Jérusalem et Rufin ; Théophile retourne sa veste[128]Isochristes contre Protoktistes ; Ascidas et Domitien intriguent à la cour[129]
Moteur cachéLa haine de Théophile pour Chrysostome[130]La revanche d'Ascidas contre Théodore de Mopsueste, ennemi d'Origène[131]
Victime collatéraleSaint Jean Chrysostome, déposé au Chêne (403)[132]Les Trois Chapitres, condamnés à Constantinople II (553)[133]
Issue doctrinaleCondamnations locales (Alexandrie 400, Rome, Chypre, Palestine) puis silence total[134]Quinze anathèmes (543) puis canon 11 du concile œcuménique (553)[135]

La leçon du tableau est claire : tant que les personnes s'agitent, la doctrine attend ; quand les personnes se taisent — Théophile assouvi en 404 —, le spectre s'évanouit sans qu'aucune définition ait tranché. Il faudra un empereur théologien, Justinien, et un concile œcuménique pour que l'Église dise le dernier mot.

Que reste-t-il de l'origénisme ?

Didyme et Évagre : les deux noms emportés avec Origène

Infographie originale Ignispedia créée par IA

La condamnation n'a pas frappé qu'un mort du IIIe siècle. Avec Origène, le canon 11 de 553 — et la mémoire du concile — associent deux héritiers : Didyme l'Aveugle (vers 313-398), le grand exégète aveugle d'Alexandrie resté à la tête de l'école catéchétique plus d'un demi-siècle, et Évagre le Pontique (346-399), le moine-écrivain du désert de Nitrie, maître de la prière contemplative et analyste des pensées mauvaises[136]. Tous deux avaient repris à leur compte les hypothèses les plus hardies — préexistence, restauration universelle — en les durcissant parfois[137]. Évagre, mort en 399, a eu cette chance étrange : échapper de peu aux fureurs de la première crise, pour être anathématisé cent cinquante ans plus tard avec les moines palestiniens qui se réclamaient de lui[138]. Leurs noms rappellent que l'origénisme n'est pas l'affaire d'un seul homme, mais d'une école : Alexandrie, la Palestine, le désert — trois générations de lecteurs d'Origène.

L'héritage gardé : ce que l'Église a refusé de jeter

Contre Celse, XVe siècle, BnF grec 945, f. 48r — Wikimedia Commons, domaine public.

Et pourtant — paradoxe qui fait toute la grandeur du dossier — l'Église n'a jamais jeté Origène tout entier. Elle a gardé l'exégète dont Jérôme lui-même se disait le débiteur, y compris après la rupture[139]. Elle a gardé l'apologiste du Contre Celse, le prédicateur des homélies, le confesseur torturé sous Dèce[140]. Elle a gardé jusqu'à sa règle d'or — ne croire que la foi transmise par succession dans les Églises —, devenue la méthode même avec laquelle elle l'a jugé[141]. Les papes eux-mêmes, on l'a vu, n'ont retenu du cinquième concile que l'affaire des Trois Chapitres, comme si la condamnation de l'origénisme allait de soi sans faire de bruit[142]. C'est la marque des condamnations les plus solides : elles tranchent sans humilier, elles amputent sans arracher la racine.

Le jugement de la Catholic Encyclopedia — qui résume un siècle d'érudition catholique — mérite d'être cité en entier, tant il tient la balance que cet article a voulu tenir :

« A man animated with such sentiments may have made mistakes, because he is human, but his disposition of mind is essentially Catholic and he does not deserve to be ranked among the promoters of heresy. » — F. Prat, « Origen and Origenism », Catholic Encyclopedia, vol. 11, 1911[143]

Soit, en français : « Un homme animé de tels sentiments a pu commettre des erreurs, parce qu'il est homme, mais sa disposition d'esprit est essentiellement catholique, et il ne mérite pas d'être rangé parmi les fauteurs d'hérésie. » (traduction Ignispedia).

La leçon spirituelle : on ne sauve pas le Christ en diminuant l'homme

Il serait facile de ranger l'origénisme au musée des curiosités dogmatiques. Ce serait manquer sa leçon, qui rejoint celle de toutes les hérésies antiques : on ne protège jamais Dieu en rognant sa création. Les origénistes croyaient honorer le Christ en faisant de lui la plus fidèle des intelligences, et sauver les âmes en promettant à toutes — jusqu'aux démons — le retour dans l'unité : ils perdaient à la fois le Christ, qui n'est plus Dieu, et l'homme, qui n'est plus libre[144]. Car si la fin est nécessairement comme le commencement, à quoi bon choisir ? Si tous seront sauvés quoi qu'il arrive, la croix, le jugement, l'enfer — et la liberté elle-même — ne sont plus que des ombres sur le mur d'une caverne platonicienne[145].

La foi catholique confesse l'inverse, avec les mots mêmes que visaient les anathèmes : des âmes créées avec leurs corps et non tombées d'un ciel antérieur ; des corps ressuscités en vérité, et non dissous en sphères éthérées ; un Christ vrai Dieu et vrai homme, et non premier entre égaux ; un jugement où la liberté, prise au sérieux jusqu'au bout, peut dire non pour toujours[146]. C'est pour garder ces quatre vérités — et non par haine d'un grand esprit — que l'Église a prononcé, en 543 puis en 553, le mot terrible et miséricordieux : anathème[147].

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. F. Prat, art. cité : par « origénisme » on n'entend pas tant la théologie d'Origène et le corps de ses enseignements qu'un certain nombre de doctrines, à tort ou à raison attribuées à Origène — allégorisme scripturaire, subordination des Personnes divines, épreuves successives et restauration finale.

    1 12
  2. F. Prat, « Origen and Origenism », Catholic Encyclopedia, vol. 11, Robert Appleton, New York, 1911 (newadvent.org/cathen/11306b.htm) : article de référence lu intégralement pour ce dossier — biographie, système, première crise (392-404), seconde crise et condamnations (543, 553).

    2
  3. F. Prat, art. cité, d'après saint Jérôme : Origène n'a été condamné de son vivant sur aucun point de doctrine — les deux conciles d'Alexandrie le frappent pour son ordination et son différend avec Démétrius (cf. Photius, Bibliothèque, cod. 118).

    3 9
  4. Origène, préface du De principiis, dans la traduction de Rufin : « Illa sola credenda est veritas quae in nullo ab ecclesiastica et apostolica discordat traditione » (F. Prat, art. cité).

    4 13
  5. F. Prat, art. cité : un homme animé de tels sentiments a pu se tromper, parce qu'il est homme, mais sa disposition d'esprit est essentiellement catholique et il ne mérite pas d'être rangé parmi les fauteurs d'hérésie. Texte original : « A man animated with such sentiments may have made mistakes, because he is human, but his disposition of mind is essentially Catholic and he does not deserve to be ranked among the promoters of heresy. »

    5 17 143
  6. F. Prat, art. cité, d'après Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VI : naissance vers 185 à Alexandrie, direction de l'école catéchétique, départ pour Césarée en 231-232, torture sous Dèce (250), survie à Dèce (251), mort vers 253 ou 254 des suites de ses souffrances, à soixante-neuf ans, inhumé à Tyr comme confesseur de la foi.

    6 51 52 140
  7. F. Prat, art. cité : hormis Rufin qui n'est guère qu'un traducteur, saint Jérôme est peut-être l'écrivain latin le plus redevable à Origène — avant les controverses origénistes il l'admet volontiers, et même après il ne s'en dédit pas entièrement (cf. les prologues de ses traductions d'Origène et les préfaces de ses propres commentaires).

    7 139
  8. F. Prat, art. cité : saint Méthode, évêque et martyr (311), écrit contre Origène, notamment un traité De la résurrection dont saint Épiphane cite un long extrait (Panarion, hérésie 64) ; saint Eustathe d'Antioche, mort en exil vers 337, critique son allégorisme ; ses principaux adversaires restent toutefois les hérétiques eux-mêmes — sabelliens, ariens, pélagiens, nestoriens, apollinaristes.

    8
  9. F. Prat, art. cité : le De principiis (Peri Archon) est le réservoir de presque tous les textes dangereux ; l'original grec est très largement perdu et l'ouvrage ne survit que par la traduction latine de Rufin (397), dont la fidélité est contestée.

    10
  10. F. Prat, art. cité : en 397, Rufin, alors à Rome, traduit en latin le De principiis et reprend dans sa préface l'éloge dithyrambique adressé jadis par Jérôme au catéchiste alexandrin — d'où la blessure du solitaire de Bethléem et la polémique, amère des deux côtés.

    11 56 68
  11. Origène, cité par F. Prat, art. cité : « non debemus credere nisi quemadmodum per successionem Ecclesiae Dei tradiderunt nobis » (In Matth., sér. 46) — on ne doit croire que de la manière que les Églises de Dieu nous ont transmise par succession (traduction Ignispedia).

    14 141
  12. F. Prat, art. cité : la marque distinctive du catholique est d'appartenir à l'Église et d'en dépendre, hors de laquelle il n'y a pas de salut ; celui qui quitte l'Église marche dans les ténèbres : c'est un hérétique. Texte original : « The distinctive mark of the Catholic is to belong to the Church, to depend on the Church outside of which there is no salvation; on the contrary, he who leaves the Church walks in darkness, he is a heretic. »

    15
  13. F. Prat, art. cité : nous n'avons ici-bas que deux lumières pour nous guider, le Christ et l'Église ; l'Église reflète fidèlement la lumière reçue du Christ, comme la lune reflète les rayons du soleil. Texte original : « we have only two lights to guide us here below, Christ and the Church; the Church reflects faithfully the light received from Christ, as the moon reflects the rays of the sun. »

    16
  14. F. Prat, art. cité : on rencontre ici un malheureux amalgame de philosophie et de théologie ; le système qui en résulte n'est pas cohérent — Origène, reconnaissant franchement la contradiction des éléments incompatibles qu'il tente d'unir, recule devant les conséquences et corrige souvent par des professions de foi orthodoxes l'hétérodoxie de ses spéculations.

    18 20
  15. F. Prat, art. cité : poussé très jeune dans la chaire du maître, Origène fréquente les écoles philosophiques, surtout celle d'Ammonius Saccas, et s'adonne à l'étude des philosophes, particulièrement Platon et les stoïciens — suivant en cela l'exemple de ses prédécesseurs Pantène et Clément.

    19
  16. F. Prat, art. cité : Origène affirme que la charité des élus au ciel ne faillit pas (In Rom., V, 10) ; que les réprouvés resteront fixés dans le mal, moins par incapacité de s'en libérer que parce qu'ils veulent être mauvais (De principiis, I, 8, 4) ; et il se mettait en colère quand on l'accusait d'enseigner le salut éternel du diable — mais les hypothèses qu'il pose ici et là n'en sont pas moins dignes de censure.

    21 22 36 37 38
  17. F. Prat, art. cité, d'après Origène, De principiis, II, 1, 5 : le catéchiste alexandrin a toujours défendu avec énergie, contre les philosophes païens qui admettaient une matière incréée, que tout ce qui existe hors de Dieu a été créé par lui.

    23
  18. F. Prat, art. cité, d'après Origène, De principiis, III, 5, 3 : il serait absurde d'imaginer la nature de Dieu inactive, sa bonté inefficace ou sa domination sans sujets — d'où la double série infinie de mondes avant et après le monde présent. Texte original : « it is absurd to imagine the nature of God inactive, or His goodness inefficacious, or His dominion without subjects ».

    24
  19. F. Prat, art. cité, d'après Origène, De principiis, II, 9, 6 : à l'origine toutes les natures intellectuelles ont été créées égales et semblables, Dieu n'ayant aucun motif de les créer autrement. Texte original : « In the beginning all intellectual natures were created equal and alike, as God had no motive for creating them otherwise ».

    25
  20. F. Prat, art. cité, d'après Origène, De principiis, I, 3, 8 et I, 6, 2 : les esprits créés bons et heureux se sont lassés de leur bonheur et sont tombés, par négligence, les uns plus, les autres moins.

    26
  21. F. Prat, art. cité, d'après Origène, De principiis, I, 7, 3 : les quatre catégories d'intelligences créées — anges, astres (à supposer qu'ils soient animés), hommes et démons — et la réversibilité de leurs rôles, la Trinité seule étant essentiellement immuable dans le bien.

    27 28
  22. F. Prat, art. cité, d'après Origène, De principiis, II, 2, 1 et I, 6, 4 : la matière n'existe que pour le spirituel ; les esprits créés, même les plus parfaits, ne peuvent se passer d'une matière extrêmement diluée qui leur sert de véhicule — créée en même temps que le spirituel, elle ne cessera jamais d'être.

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  23. F. Prat, art. cité, d'après Origène, De principiis, II, 2, 2 : destinée aux esprits imparfaits, la matière s'épaissit et forme les corps de ce monde visible ; au service des intelligences supérieures, elle brille de l'éclat des corps célestes et sert de vêtement aux anges de Dieu et aux fils de la Résurrection. Texte original : « When intended for the more imperfect spirits, it becomes solidified, thickens, and forms the bodies of this visible world. »

    32
  24. F. Prat, art. cité, d'après Origène, De principiis, I, 6, 1-3 : la bonté de Dieu, par la médiation du Christ, ramènera toutes les créatures à une seule et même fin — d'où la restauration universelle (apokatastasis), appuyée sur 1 Co 15, 25-28 et sur le principe jamais démontré que la fin est toujours comme le commencement. Texte original : « We think that the goodness of God, through the mediation of Christ, will bring all creatures to one and the same end ».

    33 34 35
  25. F. Prat, art. cité : que dire pour sa défense, sinon avec saint Athanase (De decretis Nic., 27) qu'il ne faut pas chercher sa vraie pensée dans les ouvrages où il discute le pour et le contre à titre d'exercice intellectuel, ou avec saint Jérôme (Ad Pammach., Epist., XLVIII, 12) que c'est une chose de dogmatiser et une autre d'énoncer des opinions hypothétiques à éclaircir par la discussion ?

    39
  26. Sixième anathème (543) (même source) : la double race des démons, l'unique esprit inébranlable devenu le Christ et roi de tous les êtres raisonnables, et le monde créé non par la Trinité mais par le Nous démiurge, plus ancien que le monde — qu'il soit anathème.

    40 104
  27. Second anathème de l'empereur Justinien contre Origène (NPNF 2e série, t. XIV, newadvent.org/fathers/3812.htm) : si quelqu'un dit que l'âme du Seigneur a préexisté et s'est unie à Dieu le Verbe avant l'incarnation et la conception de la Vierge, qu'il soit anathème. Texte original : « If anyone says or thinks that the soul of the Lord pre-existed and was united with God the Word before the Incarnation and Conception of the Virgin, let him be anathema. »

    41
  28. Quatrième anathème de l'empereur Justinien (même source) : si quelqu'un dit que le Verbe de Dieu s'est fait semblable à tous les ordres célestes — chérubin pour les chérubins, séraphin pour les séraphins —, qu'il soit anathème.

    42
  29. Neuvième anathème contre Origène (543) (NPNF 2e série, t. XIV) : ce n'est pas le Logos divin fait homme, prenant un corps animé d'une âme raisonnable et intellectuelle, qui est descendu aux enfers et monté aux cieux, mais le Nous — qu'il soit anathème.

    43 107
  30. Douzième anathème contre Origène (543) (même source) : si quelqu'un dit que le Royaume du Christ aura une fin, qu'il soit anathème.

    44 110
  31. Troisième anathème contre Origène (543) (même source) : si quelqu'un dit que le soleil, la lune et les étoiles sont aussi des êtres raisonnables devenus ce qu'ils sont pour s'être tournés vers le mal, qu'il soit anathème.

    45 101
  32. Dixième anathème contre Origène (543) (même source) : si quelqu'un dit qu'après la résurrection le corps du Seigneur était éthéré, de forme sphérique, que tels seront les corps de tous après la résurrection, et que la nature de leurs corps sera anéantie, qu'il soit anathème.

    46 108
  33. Onzième anathème contre Origène (543) (même source) : si quelqu'un dit que le jugement futur signifie la destruction du corps et que la fin de l'histoire sera une nature immatérielle, sans plus aucune matière, mais seulement esprit, qu'il soit anathème.

    47 109
  34. F. Prat, art. cité : pendant la seconde moitié du IVe siècle, les moines de Nitrie professent pour Origène un enthousiasme exagéré, tandis que les frères voisins de Scéta, par réaction excessive et peur de l'allégorisme, tombent dans l'anthropomorphisme.

    48 49 124
  35. F. Prat, art. cité : les monastères de Palestine sont sous la vigilance de saint Épiphane, évêque de Salamine, convaincu des dangers de l'origénisme, qu'il a combattu dans ses écrits (Panarion, hérésie 64) et résolu d'en empêcher la diffusion et de l'extirper complètement.

    50 53
  36. F. Prat, art. cité : en 392, Aterbius, moine de Scéta, vient à Jérusalem et accuse d'origénisme Jérôme et Rufin — alors fixés l'un à Bethléem, l'autre au mont des Oliviers, vivant en amitié fraternelle, admirant et traduisant Origène.

    54 65 66 126
  37. F. Prat, art. cité : en 394, Épiphane, venu à Jérusalem, y prêche avec véhémence contre les erreurs d'Origène en présence de l'évêque Jean, tenu pour origéniste ; Jean réplique contre l'anthropomorphisme en visant si clairement Épiphane que personne ne peut s'y tromper.

    55 61 62
  38. F. Prat, art. cité : pendant quatre ans, Théophile condamne les livres d'Origène au concile d'Alexandrie (400), expulse avec une bande armée les moines de Nitrie, écrit aux évêques de Chypre et de Palestine, publie ses lettres pascales de 401, 402 et 404 contre la doctrine d'Origène, et demande au pape Anastase la condamnation de l'origénisme.

    57 76
  39. F. Prat, art. cité : Théophile, convoqué par l'empereur pour s'expliquer sur Isidore et les Grands Frères, inverse les rôles par ses manœuvres — d'accusé il devient accusateur — et fait condamner Chrysostome au conciliabule du Chêne (ad Quercum).

    58 81 132
  40. F. Prat, art. cité : Justinien ordonne au patriarche Mennas de réunir tous les évêques présents à Constantinople et de leur faire souscrire ces anathèmes — le synode local (synodos endemousa) de 543.

    59 94 135
  41. IIe concile de Constantinople (553), canon 11 — NPNF 2e série, t. XIV (Schaff), newadvent.org/fathers/3812.htm : si quelqu'un n'anathématise pas Arius, Eunome, Macedonius, Apollinaire, Nestorius, Eutychès et Origène, ainsi que leurs écrits impies, comme tous les autres hérétiques déjà condamnés — qu'il soit anathème. Texte original : « If anyone does not anathematize Arius, Eunomius, Macedonius, Apollinaris, Nestorius, Eutyches and Origen, together with their impious, godless writings […] let him be anathema. »

    60 122 123
  42. F. Prat, art. cité : Épiphane avait élevé Paulinien, frère de saint Jérôme, au sacerdoce en un lieu soumis au siège de Jérusalem ; plainte amère de Jean sur cette violation de ses droits, réponse d'Épiphane nullement apaisante.

    63
  43. F. Prat, art. cité : depuis leur installation, Jérôme et Rufin vivent en amitié fraternelle et s'entendent parfaitement avec leur évêque — jusqu'à l'incident Aterbius.

    64
  44. F. Prat, art. cité : deux ans après Aterbius, Jérôme passe dans le camp d'Épiphane et traduit en latin sa réponse à Jean de Jérusalem ; Rufin apprend — on ne sait comment — l'existence de cette traduction non destinée au public, et Jérôme le soupçonne de l'avoir obtenue par fraude.

    67
  45. F. Prat, art. cité : Jérôme écrit à ses amis pour réfuter Rufin, dénonce les erreurs d'Origène au pape Anastase, tâche de gagner le patriarche d'Alexandrie à la cause anti-origéniste, et engage avec Rufin une polémique amère des deux côtés.

    69 128
  46. H. Wace, Dictionary of Christian Biography, notice « Ammonius » : les Grands Frères (Tall Brothers) sont quatre frères de haute stature — Dioscore, Ammonios, Eusèbe et Euthyme —, disciples de Pambo, parmi les plus célèbres moines de Nitrie ; F. Prat, art. cité : chefs accrédités du parti origéniste, amis et confidents de Théophile.

    70
  47. F. Prat, art. cité : jusqu'en 400, Théophile d'Alexandrie est un origéniste reconnu — Isidore, ancien moine de Nitrie, est son confident — et il a soutenu Jean de Jérusalem contre Épiphane, dont il a dénoncé l'anthropomorphisme au pape Sirice.

    71
  48. F. Prat, art. cité : Théophile change brusquement de camp — on n'a jamais su exactement pourquoi ; on raconte que les moines de Scéta, mécontents de sa lettre pascale de 399, envahirent sa résidence et le menacèrent de mort ; ce qui est certain, c'est sa brouille avec Isidore pour des questions d'argent et avec les Grands Frères, qui blâmaient son avarice et sa mondanité.

    72 73
  49. F. Prat, art. cité : Isidore et les Grands Frères, retirés à Constantinople, y reçoivent l'hospitalité de saint Jean Chrysostome, qui intercède pour eux sans les admettre à la communion tant que les censures ne sont pas levées.

    74
  50. F. Prat, art. cité : l'irascible patriarche d'Alexandrie arrête son plan — étouffer partout l'origénisme, et sous ce prétexte ruiner Chrysostome, qu'il hait et qu'il envie.

    75 130
  51. F. Prat, art. cité : les évêques de Chypre acceptent l'invitation de Théophile ; ceux de Palestine, assemblés à Jérusalem, condamnent les erreurs signalées en ajoutant qu'on ne les enseigne pas chez eux.

    77
  52. F. Prat, art. cité : Anastase, tout en déclarant qu'Origène lui est entièrement inconnu, condamne les propositions extraites de ses livres.

    78
  53. F. Prat, art. cité : saint Jérôme traduit en latin les élucubrations du patriarche — jusqu'à sa virulente diatribe contre Chrysostome.

    79
  54. F. Prat, art. cité : Épiphane, venu à Constantinople avant Théophile, y traite Chrysostome de téméraire et de presque hérétique, jusqu'au jour où, soupçonnant qu'on l'a trompé, il quitte brusquement la capitale et meurt en mer avant d'arriver à Salamine.

    80
  55. F. Prat, art. cité : dès la vengeance de Théophile assouvie, on n'entend plus parler d'origénisme — le patriarche se remet à lire Origène, prétendant cueillir les roses parmi les épines, et se réconcilie avec les Grands Frères sans leur demander de se rétracter ; à peine les querelles personnelles apaisées, le spectre s'évanouit.

    82 83 134
  56. F. Prat, art. cité : en 514, des doctrines hétérodoxes d'un genre très singulier se sont déjà répandues parmi les moines de Jérusalem et de ses environs.

    84 125
  57. F. Prat, art. cité : peut-être les semences ont-elles été jetées par Étienne Bar-Soudaïli, moine turbulent expulsé d'Édesse, qui joint à un origénisme de sa façon des vues nettement panthéistes.

    85
  58. F. Prat, art. cité : complots et intrigues durent une trentaine d'années — les moines suspects sont tour à tour expulsés, réadmis, puis chassés à nouveau.

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  59. F. Prat, art. cité : Nonnus tient le parti soudé jusqu'à sa mort en 547 ; Théodore Ascidas et Domitien, en faveur à la cour, sont nommés évêques — l'un à Ancyre en Galatie, l'autre à Césarée en Cappadoce — tout en résidant à la cour, dès 537.

    87
  60. Les deux partis palestiniens — Isochristoi (« ceux qui se prétendent égaux au Christ ») et Protoktistoi (« premiers-créés ») — et leurs accusations mutuelles : synthèse des historiens modernes, vérifiée sur l'article « Origenist crises » (Wikipédia anglophone, consultée le 2026-10-04) ; sur l'appel des Protoktistes à Justinien par Pélage, apocrisiaire du pape, voir la même source.

    88 89 129
  61. Voir note précédente : les Protoktistes appellent Justinien à condamner les Isochristes par l'intermédiaire de Pélage, l'apocrisiaire du pape (article « Origenist crises », Wikipédia anglophone).

    90
  62. F. Prat, art. cité : un rapport contre l'origénisme est adressé à Justinien — par qui et à quelle occasion, on l'ignore, les deux récits (Cyrille de Scythopolis, Vie de Sabas ; Libératus, Breviarium, XXIII) étant en désaccord.

    91
  63. F. Prat, art. cité : Justinien écrit son Liber adversus Origenem — exposé des motifs, vingt-quatre textes censurables tirés du De principiis, et dix propositions à anathématiser.

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  64. Denzinger, Canons against Origen [tirés du Livre contre Origène de l'empereur Justinien, 543], canon 1er (éd. anglaise Roy, n. 203) : si quelqu'un dit que les âmes des hommes ont préexisté — autrefois esprits et saintes puissances, rassasiés de la vision de Dieu, tournés vers le mal, devenus âmes (psychai) et condamnés à des corps en punition — qu'il soit anathème ; cf. le premier anathème justinien dans NPNF 2e série, t. XIV (même page).

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  65. F. Prat, art. cité : copie de l'édit adressée aux autres patriarches, y compris au pape Vigile — tous adhèrent ; pour Vigile, témoignages de Libératus (Breviar., XXIII) et de Cassiodore (Institutiones, I).

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  66. F. Prat, art. cité : on s'attendait à voir Domitien et Ascidas tomber en disgrâce pour refus de condamner — ils signent tout ce qu'on leur demande et restent plus puissants que jamais.

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  67. F. Prat, art. cité, d'après Libératus (Breviar., XXIV), Facundus d'Hermiane (Défense des Trois Chapitres, I, 2) et Évagre (Hist., IV, 38) : Ascidas persuade l'empereur de faire condamner Théodore de Mopsueste, tenu pour l'ennemi juré d'Origène.

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  68. F. Prat, art. cité : le nouvel édit de Justinien — non conservé — aboutit au cinquième concile œcuménique, où sont condamnés Théodore de Mopsueste, Ibas et Théodoret : l'affaire des Trois Chapitres.

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  69. Premier anathème contre Origène (543) — NPNF 2e série, t. XIV (Schaff), « The Anathemas Against Origen » (newadvent.org/fathers/3812.htm) : si quelqu'un affirme la fabuleuse préexistence des âmes et la monstrueuse restauration qui s'ensuit, qu'il soit anathème. Texte original : « If anyone asserts the fabulous pre-existence of souls, and shall assert the monstrous restoration which follows from it: let him be anathema. »

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  70. Deuxième anathème (543) (même source) : la création de tous les êtres raisonnables comme pures intelligences sans corps, unies par identité de substance — qu'il soit anathème.

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  71. Quatrième anathème (543) (même source) : les créatures raisonnables dont l'amour divin s'est refroidi, cachées dans des corps grossiers comme les nôtres et appelées hommes — qu'il soit anathème.

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  72. Cinquième anathème (543) (même source) : la circulation des conditions — de l'angélique au psychique, du psychique au démoniaque et à l'humain, et retour — qu'il soit anathème.

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  73. Septième anathème (543) (même source) : le Christ compatissant aux chutes des esprits, traversant toutes les classes, ange parmi les anges, revêtant chaque ordre d'une forme correspondante — sans professer que Dieu le Verbe s'est humilié et fait homme — qu'il soit anathème.

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  74. Huitième anathème (543) (même source) : le Christ qui ne le serait qu'improprement, par l'abaissement du Nous, le Logos n'étant appelé Christ que par cette union — qu'il soit anathème.

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  75. Treizième anathème (543) (même source) : le Christ en rien différent des autres êtres raisonnables, tous placés à la droite de Dieu comme lui — qu'il soit anathème.

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  76. Quatorzième anathème (543) (même source) : l'union finale de tous les êtres raisonnables en un seul, avec disparition des hypostases, des nombres et des corps — la prétendue apocatastase où seuls subsisteraient des esprits — qu'il soit anathème. Texte original : « If anyone shall say that all reasonable beings will one day be united in one […] moreover, that in this pretended apocatastasis, spirits only will continue to exist, as it was in the feigned pre-existence: let him be anathema. »

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  77. Quinzième anathème (543) (même source) : la vie des esprits semblable à celle du commencement, la fin et le commencement étant semblables, la fin étant la vraie mesure du commencement — qu'il soit anathème.

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  78. F. Prat, art. cité, d'après les études les plus récentes (not. Dickamp) : beaucoup croient à une condamnation par le concile, autant la nient, la plupart hésitent — mais il est certain que le cinquième concile n'a été convoqué que pour les Trois Chapitres, et que ni Origène ni l'origénisme n'en sont la cause.

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  79. F. Prat, art. cité : le concile s'ouvre le 5 mai 553 malgré les protestations de Vigile, présent à Constantinople mais refusant d'y assister ; dans les huit sessions (5 mai-2 juin), dont nous possédons les actes, seule la question des Trois Chapitres est traitée.

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  80. F. Prat, art. cité : seuls les actes concernant les Trois Chapitres sont soumis au pape pour approbation — accordée le 8 décembre 553 puis le 23 février 554.

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  81. F. Prat, art. cité : Vigile, Pélage Ier (556-561), Pélage II (579-590) et Grégoire le Grand (590-604), quand ils traitent du cinquième concile, ne parlent que des Trois Chapitres et ne mentionnent pas l'origénisme, comme s'ils en ignoraient la condamnation.

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  82. F. Prat, art. cité, d'après Dickamp : avant l'ouverture — retardée par la résistance du pape —, les évêques déjà réunis examinent sur ordre de l'empereur une forme d'origénisme sans presque rien d'Origène ; ils souscrivent aux quinze anathèmes, Théodore de Scythopolis, origéniste avoué, est contraint de se rétracter — sans preuve que l'approbation du pape ait été demandée ; cette sentence extra-conciliaire aura été prise plus tard pour un décret du concile œcuménique.

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  83. Dates conventionnelles des manuels : Didyme l'Aveugle, vers 313-398, à la tête de l'école catéchétique d'Alexandrie ; Évagre le Pontique, 346-399, moine de Nitrie ; tous deux reprenant — en les durcissant parfois — les hypothèses de la préexistence et de la restauration universelle, et anathématisés avec Origène au VIe siècle.

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  84. Synthèse éditoriale Ignispedia à partir des pièces du dossier : les anathèmes 1, 10, 11, 14 et 15 (préexistence, corps, apocatastase), le canon 11 de 553 et la règle d'or d'Origène (notes ci-dessus).

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