Satan dans la Bible

Serpent de la Genèse, accusateur de Job, tentateur du Christ, dragon de l'Apocalypse : comment l'Écriture révèle peu à peu Satan, du soupçon initial à la défaite consommée, et ce que l'Église en tient pour la foi.

Ignispedia

De la première page de la Bible à la dernière, un même adversaire traverse l'Écriture : le serpent qui séduit en Genèse, l'accusateur qui réclame Job, le tentateur que le Christ affronte au désert, le dragon que saint Michel précipite dans l'Apocalypse[1]. L'Écriture ne le présente jamais comme un second dieu du mal, mais comme une créature déchue, dont la puissance réelle reste strictement bornée par Dieu[2].

Cet article suit le dossier dans l'ordre du canon catholique, en partant de la lecture traditionnelle : datations et attributions reçues, témoins anciens, théologie des Pères et du magistère, accomplissement dans le Christ, usage liturgique. Les hypothèses de l'exégèse moderne sont exposées loyalement en fin d'article, avec leurs limites, pour que le lecteur comprenne pourquoi la lecture traditionnelle reste défendable[3].

L'enjeu n'est pas académique : l'Église enseigne que derrière le mal à l'œuvre dans le monde, il y a un être personnel, et que le Christ l'a vaincu. Comme le rappelait Paul VI en 1972, sort du cadre de l'enseignement biblique et ecclésiastique celui qui refuse de reconnaître cette réalité, ou qui en fait un simple symbole des causes inconnues de nos misères[4].

Le dossier dans le canon : où l'Écriture parle de Satan

Le tableau suivant donne le plan du dossier : chaque corpus du canon, son apport propre et sa datation traditionnelle. C'est la carte de tout l'article : la révélation avance par étapes, du soupçon initial à l'identité dévoilée[5].

Corpus du canonPassages principauxApport sur SatanDatation traditionnelle
Pentateuque (Moïse)Gn 3 ; Nb 22, 22 ; Lv 16 (Azazel)Le serpent séducteur ; le mot satan comme nom commun (adversaire) ; le bouc pour Azazel, dossier débattuMoïse, vers le XIIIe siècle av. J.-C.[6]
Livres historiques1 Ch 21, 1 (parallèle 2 S 24, 1) ; 1 R 11 (adversaires politiques dits satan)Première apparition du nom comme acteur céleste dans le récit du recensement de DavidChroniques attribuées à Esdras, après le retour d'exil (Ve siècle av. J.-C.)[7]
Livres poétiques et sapientiauxJb 1-2 ; Ps 109, 6[8] ; Sg 2, 24 ; Si 21, 2L'accusateur dans la cour céleste ; la jalousie du diable comme entrée de la mort dans le mondeJob rapporté à Moïse par la tradition juive ; Sagesse d'Alexandrie, IIe-Ier siècle av. J.-C.[9]
ProphètesZa 3, 1-2 ; Is 14 ; Ez 28 ; Dn 10 et 12 (Michel)Satan accusateur du grand prêtre Josué ; oracles lus traditionnellement comme portraits du déchu ; Michel, prince célesteZacharie au retour d'exil, 520 av. J.-C.[10]
Livres grecs (deutérocanoniques)Tb 3 et 8 (Asmodée) ; Sg 2, 24Le démon Asmodée vaincu par l'ange Raphaël ; le diable jaloux, meurtrier dès l'origineReçus dans la Septante et fixés au canon catholique à Trente[11]
ÉvangilesMt 4 ; Mc 1 et 3 ; Lc 4 et 10, 18 ; Jn 8, 44 ; Jn 12, 31 ; Jn 14, 30Tentations, exorcismes, Béelzéboul, prince de ce monde, homicide et menteur dès le commencementTémoignage apostolique, Ier siècle[12]
Paul et lettres catholiquesEp 6 ; 2 Co 4, 4 et 11, 14 ; 1 P 5, 8 ; Jc 4, 7 ; Jude 9 ; 2 P 2, 4 ; 1 Jn 3, 8 et 5, 19 ; He 2, 14Armure de Dieu, ange de lumière, lion rugissant, anges pécheurs, destruction des œuvres du diableIer siècle apostolique[13]
ApocalypseAp 12 ; Ap 20Le dragon identifié : serpent ancien, Diable et Satan ; défaite, mille ans, étang de feuSaint Jean, fin du Ier siècle (tradition patristique, Irénée)[14]

Ce tableau appelle trois remarques de méthode. D'abord, l'Ancien Testament parle peu et par énigmes : c'est normal dans une révélation progressive, et le silence relatif des premiers livres ne prouve pas l'absence de la réalité, pas plus que le silence des Évangiles de l'enfance ne prouverait l'inexistence de la Résurrection[15]. Ensuite, le Nouveau Testament relit l'Ancien à la lumière du Christ : c'est l'Apocalypse qui donne la clé d'identité en appelant le dragon « le serpent des origines »[16], selon le principe augustinien rappelé par le Catéchisme : le Nouveau est caché dans l'Ancien, et l'Ancien est dévoilé dans le Nouveau[17]. Enfin, les datations traditionnelles ci-dessus sont celles que la tradition juive, les Pères et la liturgie ont reçues ; les redatations modernes sont discutées en fin d'article, sans qu'elles s'imposent comme un verdict[18].

Le nom et les visages : que veut dire Satan ?

Comprendre le mot, c'est déjà comprendre la doctrine : l'Écriture ne donne pas d'abord un nom propre, elle décrit une fonction d'adversaire, avant de révéler une personne.

Un nom commun devenu nom propre

En hébreu, satan signifie l'adversaire, celui qui s'oppose ou qui accuse. Le mot sert pour des hommes : l'ange du Seigneur se poste en satan, c'est-à-dire en adversaire, sur la route de Balaam[19] ; Hadad et Rézon sont suscités comme satan, comme adversaires politiques, contre Salomon infidèle[20]. Dans ces passages, satan n'est pas un nom propre : c'est un rôle. La tradition n'a jamais nié ce fait linguistique ; elle y voit la première couche d'un dévoilement : l'adversaire humain laisse entrevoir, en filigrane, l'Adversaire tout court[21].

Dans Job, Zacharie et les Chroniques, le mot garde son article (le satan), mais le porteur est céleste : il paraît parmi les fils de Dieu devant le Seigneur[22], debout à la droite du grand prêtre pour l'accuser[23]. C'est seulement dans les livres les plus tardifs et dans le Nouveau Testament que Satanas devient un nom propre désignant une personne singulière[24]. Loin d'être une contradiction, cette trajectoire est exactement celle d'une révélation progressive : Dieu nomme l'ennemi au rythme où il arme son peuple contre lui[25].

Diable, Bélial, prince de ce monde, dragon

La Septante, Bible grecque des Juifs d'Alexandrie devenue l'Ancien Testament de l'Église, traduit l'hébreu satan par diabolos : celui qui jette la division, le calomniateur, l'accusateur[26]. Le Nouveau Testament reprend ce vocabulaire et le déploie en une galerie de titres, chacun révélant une facette :

Nom ou titreSensPassage clé
SatanL'adversaire, l'accusateurJb 1-2 ; Za 3, 1-2 ; 1 Ch 21, 1
Diable (diabolos)Le diviseur, le calomniateurSg 2, 24 ; Jn 8, 44 ; Ap 12, 9
TentateurCelui qui éprouve pour faire tomberMt 4, 3 ; 1 Th 3, 5
Prince de ce mondePouvoir usurpé sur l'humanité pécheresse, jugé et jeté dehorsJn 12, 31 ; Jn 14, 30 ; Jn 16, 11
BélialLe vaurien, le sans-joug ; nom du prince des ténèbres à QumrânDt 13, 14 ; 2 Co 6, 15
Serpent ancien, dragonL'ennemi des origines, identifié à la finGn 3 ; Ap 12, 9 ; Ap 20, 2
Lion rugissantLe prédateur qui rôde autour des fidèles1 P 5, 8[27]
Ange de lumière (déguisé)Le séducteur qui singe le bien2 Co 11, 14[28]

Deux faux amis méritent d'être écartés. Lucifer n'est pas, dans l'Écriture, le nom propre du diable : c'est le mot de la Vulgate de saint Jérôme en Is 14, 12 (lucifer, qui mane oriebaris, l'astre brillant du matin), passé dans l'usage pour désigner l'ange déchu d'après l'interprétation traditionnelle de ce passage[29]. Béelzéboul, prince des démons dans les Évangiles, est le nom que les adversaires du Christ donnent au chef des esprits impurs, et Jésus l'assume dans sa réponse sur la maison divisée[30] : c'est un surnom polémique, pas une seconde personne.

Astre déchu et roi de Tyr : Isaïe 14 et Ézéchiel 28

Deux oracles prophétiques contre des tyrans, le roi de Babylone (Is 14, 12-15) et le roi de Tyr (Ez 28, 11-19), décrivent une chute vertigineuse avec des traits qui dépassent un simple roi humain : « Comment es-tu tombé du ciel, astre brillant, fils de l'aurore ? » ; « tu étais un modèle de perfection... en Éden, jardin de Dieu... jusqu'au jour où l'on trouva en toi la faute »[31][32]. Les Pères y ont lu, au-delà du tyran visible, le portrait du premier déchu : Tertullien, Origène, Grégoire le Grand et la tradition médiévale voient ici la chute de l'ange orgueilleux, lecture que saint Thomas reprend dans sa théologie de la faute des anges[33].

L'exégèse moderne objecte que ces textes ne visent, au sens littéral immédiat, que des rois humains, et qu'y voir Satan serait une surinterprétation[34]. La réponse catholique tient en deux points : d'abord, le sens littéral premier n'épuise pas le sens de l'Écriture, qui comporte aussi un sens spirituel reçu dans la Tradition[35] ; ensuite, les traits qui excèdent le roi humain (l'Éden, la perfection originelle, la chute du ciel) appellent précisément ce dépassement, que le Nouveau Testament confirme en décrivant la chute de Satan comme un fait accompli : « Je regardais Satan tomber du ciel comme l'éclair »[36].

L'Ancien Testament : une révélation progressive

Le serpent de la Genèse

Le récit de Gn 3 met en scène un serpent, décrit comme le plus rusé des animaux, qui dialogue avec la femme, conteste la parole de Dieu (« Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! »), promet l'ouverture des yeux et provoque la désobéissance[37]. Le texte de la Genèse, pris isolément, ne nomme pas Satan : il parle d'un serpent. C'est le reste de l'Écriture qui donne la clé : le livre de la Sagesse affirme que « c'est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde »[38] ; Jésus qualifie le diable d'« homicide dès le commencement »[39] ; l'Apocalypse identifie le dragon au « serpent des origines »[40]. La lecture catholique reçoit donc le serpent comme l'instrument, ou le masque, du séducteur : saint Augustin explique que le diable, esprit sans corps, s'est servi du serpent pour parler, comme on parle par un instrument[41].

« C'est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde, et ceux qui sont de son parti en font l'expérience. »[42]

Le livre de la Sagesse, Sg 2, 24 (IIe-Ier siècle av. J.-C., Alexandrie)

Sur l'historicité, la position catholique est nette et nuancée à la fois : le récit de la chute en Gn 3 use d'un langage figuré, mais « affirme un événement primitif, un fait qui a eu lieu au commencement de l'histoire de l'homme »[43]. Nos premiers parents sont des personnes réelles, et leur faute un acte libre à l'origine du péché qui marque toute l'histoire humaine : c'est le revers de la Bonne Nouvelle, car sans chute réelle, la Rédemption n'aurait pas de sens[44]. Pie XII a rappelé qu'on ne voit pas comment accorder avec la Révélation l'opinion qui nierait un premier couple unique à l'origine du genre humain[45].

Et Dieu répond aussitôt par la première annonce du salut, le protévangile : « Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance : celle-ci te meurtrira la tête, et toi, tu lui meurtriras le talon »[46]. Dès la troisième page de la Bible, l'adversaire est donc nommé ennemi, et sa défaite annoncée : toute la suite de l'Écriture n'est que le déploiement de cette sentence[47]. La liturgie ne s'y trompe pas : ce passage se lit au Xe dimanche du temps ordinaire (année B), en écho direct à l'affrontement avec Béelzéboul[48].

L'accusateur dans la cour céleste : Job, Zacharie, Chroniques

Le livre de Job ouvre une fenêtre unique sur le ciel : les fils de Dieu se présentent devant le Seigneur, et le satan vient parmi eux ; Dieu l'interroge, il réclame le droit d'éprouver Job, et Dieu fixe la limite de l'épreuve[49]. Le portrait est celui d'un accusateur public : il soupçonne la fidélité intéressée de Job (« Est-ce pour rien que Job craint Dieu ? »), il frappe les biens, la santé, mais il ne peut ni dépasser la mesure fixée ni toucher à la liberté du juste sans permission. La tradition juive rapporte ce livre à Moïse (Talmud, Baba Batra 15a) et y voit un drame de l'époque patriarcale ; le cadre (pays d'Uç, vie pastorale, longévité) confirme cette haute antiquité[50].

Zacharie, prophète du retour d'exil (520 av. J.-C.), reçoit une vision nocturne : le grand prêtre Josué debout devant l'ange du Seigneur, et Satan debout à sa droite pour l'accuser ; le Seigneur fait taire l'accusateur et revêt Josué d'habits de fête[51]. Même structure qu'en Job : accusation, puis réhabilitation par Dieu. Le décor a changé (la restauration du Temple), la fonction reste identique.

Le livre des Chroniques franchit un pas : « Satan se dressa contre Israël, et il incita David à recenser Israël »[52]. Or le même épisode est raconté dans le second livre de Samuel comme l'effet de la colère du Seigneur contre Israël[53]. Contradiction ? La tradition y lit la double causalité familière à toute la Bible : Dieu, cause première, permet et châtie ; Satan, cause seconde, exécute en tentant. C'est exactement la structure de Job : Dieu autorise dans un dessein de justice, Satan frappe par haine. Loin de s'opposer, les deux récits se complètent, et la version des Chroniques, plus tardive, nomme explicitement l'agent que Samuel laissait dans l'ombre : c'est le propre de la révélation progressive que de préciser les contours de l'adversaire[54].

Les figures débattues : Léviathan, Béhémoth, Azazel

La fin du livre de Job déploie deux monstres, Béhémoth et Léviathan, bêtes colossales que Dieu seul maîtrise[55]. Saint Grégoire le Grand, dans ses Morales sur Job (35 livres, composés à Constantinople avant son pontificat), développe la lecture spirituelle de ces monstres comme figures du démon, lecture reprise par tout le Moyen Âge[56]. Les Psaumes et les prophètes associent pareillement le dragon des eaux à l'ennemi de Dieu (Ps 74, 13-14 ; Is 27, 1). Il faut ici de l'honnêteté : au sens littéral immédiat, ce sont des bêtes, peut-être l'hippopotame et le crocodile ; la lecture démoniaque appartient au sens spirituel, légitime et traditionnel, mais second[57]. Un article catholique ne l'impose pas comme le sens premier, il la propose comme la méditation de l'Église.

Le cas d'Azazel (Lv 16) demande la même prudence : au jour des Expiations, un bouc est chargé des péchés et envoyé pour Azazel au désert[58]. S'agit-il d'un nom de démon, d'un lieu désert, ou du bouc lui-même ? Les exégètes, anciens et modernes, se partagent. La tradition y a souvent vu le renvoi du péché à son instigateur dans le désert, lieu des esprits impurs ; mais le texte ne nomme pas Satan, et un article rigoureux ne doit pas transformer une hypothèse pieuse en certitude[59]. Le dossier satanique de l'Ancien Testament est déjà assez fourni sans forcer les textes muets.

Les livres grecs : Sagesse, Tobie, Siracide

Les livres transmis en grec par la Septante et reçus au canon catholique apportent deux pièces majeures. La Sagesse, écrite à Alexandrie aux IIe-Ier siècles avant le Christ, fournit le verset clé déjà cité : la mort entrée dans le monde par la jalousie du diable[60]. C'est la première identification explicite du serpent de la Genèse au diable, dans l'Écriture elle-même.

Le livre de Tobie raconte l'histoire du démon Asmodée, qui a fait mourir les sept maris successifs de Sara, et que l'ange Raphaël, guidant le jeune Tobie, fait fuir en Égypte supérieure avant de l'y enchaîner[61]. Le récit mêle le concret (le foie du poisson brûlé) et le spirituel (la prière des époux) : l'Église y lit une leçon permanente sur la chasteté conjugale, la prière et la garde des anges, plus qu'un traité de démonologie. Asmodée n'est pas Satan lui-même, mais l'un de ses agents : le monde démoniaque a une hiérarchie, comme le monde angélique[62].

Le Siracide ajoute une maxime de sagesse pratique : « Fuis le péché comme un serpent »[63]. Le serpent génésiaque est devenu, dans la langue même de la piété juive, le type du péché à fuir : la figure s'est fixée, le vocabulaire est prêt pour le Nouveau Testament.

Entre les Testaments : Qumrân, les apocalypses et le prince des ténèbres

Entre le dernier prophète et Jean le Baptiste, la littérature juive (dont une partie n'est pas canonique) développe une vision du combat spirituel qui forme l'arrière-plan immédiat des Évangiles. Les manuscrits de la mer Morte (1947-1956) en donnent la preuve documentaire la plus solide : le Rouleau de la Guerre oppose les fils de lumière, conduits par le Prince des lumières, à l'armée de Bélial sous le Prince des ténèbres[64]. Le vocabulaire (lumière contre ténèbres, Bélial comme nom du chef ennemi) irrigue directement le Nouveau Testament : saint Paul demande « quel accord entre le Christ et Bélial ? »[65], et saint Jean structure son évangile autour de la lumière et des ténèbres[66].

Les apocalypses juives non retenues au canon (1 Hénoch, Jubilés) racontent la chute d'anges qui s'unissent aux filles des hommes et corrompent la terre (Hénoch 6-11, figure d'Azazel), ou mettent en scène Mastéma, prince accusateur qui réclame le droit d'éprouver les justes (Jubilés 10)[67]. Ces textes n'ont pas l'autorité de l'Écriture, et l'Église ne les cite pas comme preuve ; mais ils attestent que le judaïsme de l'époque de Jésus croyait à un monde démoniaque personnel et hiérarchisé, et ils éclairent le vocabulaire des Évangiles sans en être la source[68]. La source, pour la foi catholique, reste la Révélation reçue dans le canon, lue dans la Tradition[69].

Le Nouveau Testament : Satan démasqué et vaincu

Avec le Christ, le voile se lève : l'adversaire sort de l'ombre, affronte Jésus en personne, et perd. Le document de la Congrégation pour la doctrine de la foi (1975) note avec force que les exorcismes du Christ furent accomplis « à des heures décisives » de son ministère et qu'ils « posaient le problème de sa mission et de sa personne » : on ne peut les traiter en légendes sans faire de la conscience de Jésus, lucide devant ses juges, la proie de fantasmes[70].

Les tentations et les exorcismes

C'est en acceptant d'être tenté au désert que Jésus commence son ministère public : trois assauts (le pain, le Temple, les royaumes), trois réponses par l'Écriture, et le renvoi final : « Arrière, Satan ! »[71]. Marc, dans sa sobriété, est aussi décisif que Matthieu et Luc : quarante jours au désert avec les bêtes sauvages, tenté par Satan, servi par les anges[72]. La tradition y voit le nouvel Adam réparant la défaite du premier : là où Adam, dans l'abondance du jardin, a cédé, le Christ, dans le dénuement du désert, tient ferme[73].

Les exorcismes ponctuent ensuite tout le ministère : le possédé de Capharnaüm, la fille de la Cananéenne, le démoniaque de Gérasa, l'enfant épileptique[74]. Quand on accuse Jésus d'expulser les démons par Béelzéboul, il répond par la parabole de la maison divisée et du fort enchaîné : « Si c'est par l'Esprit de Dieu que j'expulse les démons, c'est donc que le règne de Dieu est arrivé jusqu'à vous »[75]. La Congrégation de 1975 souligne que le Concile Vatican II lui-même, pour affirmer que l'Église est le Royaume déjà commencé, invoque précisément ces exorcismes[76].

Les noms que Jésus lui donne

Jésus ne fait pas de Satan le centre de sa prédication, mais il en parle « à des instants cruciaux et par des déclarations d'importance »[77]. Le relevé est saisissant : dans le Sermon sur la montagne et dans le Notre Père, il met en garde contre le Malin et fait demander la délivrance[78] ; dans les paraboles, il attribue à Satan les obstacles à la prédication et l'ivraie semée dans le champ[79] ; à Pierre, il annonce que Satan les a réclamés pour les passer au crible comme le blé[80] ; au Cénacle, il déclare imminente la venue du prince de ce monde, tout en certifiant qu'il est déjà condamné[81].

Deux paroles concentrent toute la doctrine. « Je regardais Satan tomber du ciel comme l'éclair »[82] : les Soixante-douze reviennent joyeux de mission, et Jésus contemple dans leur victoire le renversement du prince usurpateur. Et surtout : « Il est homicide dès le commencement, et il ne s'est pas tenu dans la vérité... Quand il dit le mensonge, il le tire de lui-même, parce qu'il est menteur et père du mensonge »[83]. Meurtrier et menteur : les deux métiers du diable depuis la Genèse, le meurtre d'Abel dans le cœur de Caïn et le premier mensonge à Ève, sont ici dénoncés par celui qui est la Vérité et la Vie.

« Vous êtes du diable, votre père, et ce sont les désirs de votre père que vous voulez accomplir. Il est homicide dès le commencement, et il ne s'est pas tenu dans la vérité, parce qu'il n'y a pas en lui de vérité. »[84]

Jésus aux Pharisiens, Jn 8, 44 (traduction liturgique)

Paul, Pierre, Jacques, Jude : l'Église en lutte

Les Apôtres décrivent une Église en guerre, mais une guerre déjà gagnée en principe. Saint Paul nomme l'ennemi dieu de ce monde qui aveugle les incrédules[85], et surtout il équipe les fidèles : « Revêtez l'équipement de combat donné par Dieu... car ce n'est pas contre des adversaires de sang et de chair que nous avons à lutter, mais contre les principautés, les souverainetés, les puissances de ce monde de ténèbres »[86]. Il dénonce aussi la ruse suprême : « Satan lui-même se déguise en ange de lumière »[87]. Le discernement est donc permanent : tout ce qui brille n'est pas de Dieu.

Saint Pierre exhorte à la sobriété vigilante : « Votre adversaire, le diable, comme un lion qui rugit, rôde, cherchant qui dévorer. Résistez-lui, solides dans la foi »[88]. Saint Jacques donne la tactique en une phrase : « Résistez au diable, et il fuira loin de vous »[89]. Saint Jude rappelle la réserve de l'archange Michel lui-même : disputant au diable le corps de Moïse, Michel « n'osa pas porter contre lui un jugement injurieux, mais dit : Que le Seigneur te réprime ! »[90]. Leçon de mesure : même contre le diable, pas d'invective orgueilleuse ; l'autorité appartient au Seigneur.

La seconde lettre de Pierre et l'épître aux Hébreux confirment la chute : Dieu « n'a pas épargné les anges qui ont péché, mais les a précipités dans le Tartare »[91] ; le Christ s'est fait chair « pour réduire à l'impuissance, par sa mort, celui qui a la puissance de la mort, c'est-à-dire le diable »[92]. Et saint Jean résume la mission : « C'est pour détruire les œuvres du diable que le Fils de Dieu s'est manifesté »[93], tout en avertissant que « le monde entier est au pouvoir du Mauvais »[94].

L'Apocalypse : le dragon identifié, Michel vainqueur

L'Apocalypse donne la clé de tout le dossier : « Il fut jeté dehors, le grand dragon, le serpent des origines, celui qu'on nomme Diable et Satan, le séducteur du monde entier »[95]. Le serpent de la Genèse, l'accusateur de Job, le tentateur des Évangiles : une seule et même personne, enfin nommée de tous ses noms à la fois. La Femme et le Dragon (Ap 12, 1-6), lus par la liturgie de l'Assomption, montrent la menace en arrêt devant celle qui enfante[96] ; la queue du dragon qui entraîne le tiers des étoiles est traditionnellement lue comme la part des anges entraînés dans la chute[97].

Le chapitre 20 enchaîne : le dragon enchaîné pour mille ans, puis relâché un peu de temps, puis jeté dans l'étang de feu pour les siècles des siècles[98]. Sur ces mille ans, la prudence s'impose : l'Église rejette le millénarisme charnel (un règne terrestre et politique du Christ avant la fin), rappelé par le Catéchisme à propos de l'épreuve finale[99]. La lecture reçue depuis saint Augustin y voit le temps de l'Église, où Satan, vaincu en principe par la Croix, reste lié quant à empêcher l'évangélisation des nations, tout en gardant le pouvoir de tenter chaque âme. Le dernier mot revient au feu éternel « préparé pour le diable et ses anges »[100] : l'enfer existe, il est d'abord leur lieu, et les hommes ne s'y perdent que par leur propre choix[101].

La doctrine catholique : une créature déchue, un choix sans retour

L'Écriture donne les faits ; l'Église, guidée par l'Esprit, en dégage la doctrine. Trois affirmations structurent la foi catholique, toutes déjà présentes chez les Pères et définies face aux hérésies dualistes (gnose, manichéisme, cathares) qui faisaient du mal un second principe éternel.

Créé bon, devenu mauvais par lui-même

« Le diable et les autres démons ont été créés par Dieu naturellement bons, mais ce sont eux qui par eux-mêmes se sont rendus mauvais. » C'est la formule du IVe concile du Latran (1215), reprise par le Catéchisme[102]. Le latin conciliaire dit : Diabolus enim et daemones alii a Deo quidem natura creati sunt boni, sed ipsi per se facti sunt mali[103]. Deux vérités en une phrase : contre le dualisme, le diable est une créature, donc inférieur à Dieu et incapable de lui faire échec en principe ; contre l'excuse fataliste, il est devenu mauvais par lui-même, par un acte libre, donc responsable.

Dès le IVe siècle, les Pères enseignaient unanimement cette double vérité. Saint Grégoire de Nazianze disait au néophyte :

« Crois qu'il n'existe pas d'essence du mal, ni de royaume du mal, exempt de commencement ou subsistant par lui-même ou créé par Dieu. »[104]

Saint Grégoire de Nazianze, cité par la Congrégation pour la doctrine de la foi (1975)

Le mal n'est donc pas dans la nature du diable, mais dans un acte contingent de sa volonté : Basile, Ambroise, Augustin et les autres disent équivalemment la même chose en Orient comme en Occident[105]. Saint Augustin précise dans La Cité de Dieu que les anges furent créés ensemble dans un même état de félicité, que ceux qui sont tombés ne le savaient pas d'avance, et que le diable « ne s'est pas tenu dans la vérité » et « pèche dès le commencement » : le défaut du mal n'est pas une nature, mais un acte contre nature, dont l'origine est dans la volonté, non dans le Créateur[106].

Un péché irrémissible, non par manque de miséricorde, mais par obstination

« C'est le caractère irrévocable de leur choix, et non un défaut de l'infinie miséricorde divine, qui fait que le péché des anges est impardonnable. Il n'y a pas de repentir pour les anges après la chute, pas plus qu'il n'y a de repentir pour les hommes après la mort. »[107] La formule, empruntée à saint Jean Damascène, éclaire le mystère : l'ange, pur esprit, choisit d'un choix total, sans l'hésitation ni l'ignorance qui atténuent les fautes humaines ; son non est définitif comme le oui des bons anges est définitif[108].

Saint Thomas d'Aquin organise cette doctrine dans la Somme théologique : la question 63 traite de la faute des anges (sa possibilité, son objet, son motif : l'orgueil et l'envie), et la question 64 de leur châtiment en quatre articles : l'obscurcissement de leur intelligence, l'obstination de leur volonté, leur douleur, et leur lieu de châtiment[109]. L'image à retenir est simple : un esprit qui se fige lui-même dans le refus, et que Dieu respecte jusque dans ce refus, car Dieu ne force jamais une liberté, même pour la sauver malgré elle.

Une puissance réelle, limitée et permise

« La puissance de Satan n'est cependant pas infinie. Il n'est qu'une créature, puissante du fait qu'il est pur esprit, mais toujours une créature. »[110] Il ne peut empêcher l'édification du Règne de Dieu ; son action, même quand elle blesse gravement les hommes et les sociétés, reste permise par une Providence qui guide l'histoire « avec force et douceur », et « nous savons qu'avec ceux qui aiment Dieu, Dieu concourt en tout pour leur bien » (Rm 8, 28)[111].

Paul VI, dans son audience du 15 novembre 1972 sur la demande « délivre-nous du mal », donnait à cette doctrine son expression la plus saisissante :

« Il sort du cadre de l'enseignement biblique et ecclésiastique celui qui se refuse de la reconnaître pour existante ; ou encore qui en fait un principe existant en soi, qui n'aurait pas, comme toute créature, son origine en Dieu, ou même qui l'explique comme une pseudo-réalité, une personnification conceptuelle et imaginaire des causes inconnues de nos misères. »[112]

S. S. Paul VI, audience générale du 15 novembre 1972

La foi apprend aussi à garder confiance : la puissance de Satan « ne peut franchir les frontières que Dieu lui impose » ; s'il peut tenter, « il ne peut nous arracher notre consentement » ; et c'est dans la prière que la victoire se trouve et se couronne[113].

Le Christ vainqueur et le combat chrétien

La doctrine ne serait qu'une théorie sans la victoire du Christ, qui est le cœur du dossier. « Le Dieu de la paix écrasera bientôt Satan sous vos pieds »[114] : la promesse, donnée aux Romains, vaut pour chaque baptisé.

La renonciation du baptême et le pain quotidien

Dès les premiers siècles, la liturgie de l'initiation atteste la foi de l'Église : les catéchumènes, sur le point d'être baptisés, renonçaient à Satan, professaient la Trinité et adhéraient au Christ Sauveur[115]. Le Catéchisme explique pourquoi : « Puisque le baptême signifie la libération du péché et de son instigateur le diable, on prononce un ou plusieurs exorcismes sur le candidat »[116]. Le baptême des petits enfants lui-même conserve un exorcisme : non que l'Église prenne les tout-petits pour des possédés, mais parce qu'ils ont eux aussi besoin de tous les effets de la Rédemption[117].

Chaque jour, le Notre Père fait redire le combat : dans cette demande, le Mal n'est pas une abstraction, mais il désigne une personne, Satan, le Malin, l'ange qui s'oppose à Dieu[118]. Demander « délivre-nous du Mal », c'est demander d'être arraché à la fois au mal présent, passé et futur dont il est l'auteur ou l'instigateur, en même temps que la confiance filiale dans la victoire déjà acquise.

Ni négation, ni obsession : la juste attitude

Saint Jean Chrysostome donnait aux chrétiens d'Antioche la règle d'équilibre que l'Église n'a jamais quittée :

« Nous n'avons certainement pas plaisir à vous entretenir du diable, mais la doctrine dont il me fournit l'occasion vous est de la plus grande utilité. »[119]

Saint Jean Chrysostome, cité par la Congrégation pour la doctrine de la foi (1975)

Pas de prédication centrée sur Satan (l'objet de la prédication reste le Seigneur ressuscité), mais pas de silence gêné non plus : ce serait « faire comme si la Rédemption avait obtenu tous ses effets sans qu'il soit encore nécessaire de mener le combat dont parlent le Nouveau Testament et les maîtres de la vie spirituelle »[120]. Et le même Chrysostome corrige l'excès inverse, celui qui met tout sur le dos du démon pour s'exonérer :

« Ce n'est pas le diable, mais l'incurie propre des hommes qui cause toutes leurs chutes et tous les malheurs dont ils se plaignent. »[121]

Saint Jean Chrysostome, cité par la Congrégation pour la doctrine de la foi (1975)

L'Église n'a jamais permis à l'homme d'évacuer sa responsabilité en attribuant ses fautes aux démons[122]. Le diable tente, suggère, ment ; l'homme consent ou refuse, librement. Entre le mensonge de Satan et notre acquiescement demeure toujours « la distance spirituelle » qui fonde notre responsabilité, comme entre la vérité du Christ et nous demeure l'intervalle que la foi doit franchir[123].

La piété catholique a reçu de Léon XIII une arme simple pour ce combat : la prière à saint Michel Archange (« Saint Michel Archange, défendez-nous dans le combat... »), prescrite après les messes basses à partir de 1886[124]. L'Église demande aussi, dans l'exorcisme solennel, réservé au prêtre mandaté par l'évêque, la protection publique contre l'emprise du Malin ; mais l'ordinaire du combat reste la vie sacramentelle, la prière et la résistance dans la foi[125].

L'usage liturgique : Satan dans la prière de l'Église

La liturgie est un témoin ancien de premier ordre : ce que l'Église prie révèle ce qu'elle croit. Or le Missel romain de 1970, comme les lectionnaires qui l'ont précédé, garde tous les passages majeurs du dossier dans la lecture officielle[126].

Le premier dimanche de Carême ramène chaque année les trois récits synoptiques de la tentation (cycles A, B, C) : l'Église fait commencer le combat quadragésimal là où le Christ a commencé le sien[127]. Le protévangile (Gn 3, 15) se lit au Xe dimanche de l'année B et au samedi de la Ve semaine ; la discussion sur Béelzéboul (Mc 3, 20-35) au même Xe dimanche ; l'annonce de la défaite du prince de ce monde (Jn 12, 20-33) au Ve dimanche de Carême (année B) ; la parabole de l'ivraie (Mt 13) au XVe dimanche de l'année A[128]. La fête de l'Assomption et le commun de la Sainte Vierge font lire la Femme et le Dragon (Ap 12, 1-6) ; Éphésiens 6 (l'armure de Dieu) revient au commun des saints ; et la fête de saint Marc propose la mise en garde de Pierre contre le lion rugissant[129].

Les rites eux-mêmes portent la doctrine : les trois scrutins du catéchuménat des adultes, héritiers des anciens exorcismes, visent à « délivrer du péché et du diable » autant qu'à « fortifier dans le Christ » ; le baptême des petits enfants garde son exorcisme déprécatif suivi de l'onction prébaptismale[130]. Et le 29 septembre, la fête des saints archanges Michel, Gabriel et Raphaël célèbre le chef de la milice céleste, celui dont le nom signifie « Qui est comme Dieu ? », cri de ralliement des bons anges face au « Je serai comme Dieu » du tentateur[131].

  1. 1215
    Latran IV : le diable créature déchue

    La constitution Firmiter définit que le diable et les démons, créés bons par Dieu, se sont rendus mauvais par eux-mêmes : rempart dogmatique contre le dualisme cathare[132].

  2. 1265-1274
    Saint Thomas : la faute et le châtiment des anges

    La Somme théologique (Ia, q. 63-64) organise la doctrine : possibilité et motif de la faute angélique, puis intelligence obscurcie, volonté obstinée, douleur et lieu du châtiment[133].

  3. 1886
    Léon XIII : la prière à saint Michel

    La prière à saint Michel Archange est prescrite après les messes basses : l'Église donne aux fidèles une arme quotidienne pour le combat spirituel[134].

  4. 15 novembre 1972
    Paul VI : la réalité du Malin

    L'audience sur « délivre-nous du mal » dénonce le refus moderne de reconnaître le Malin comme réalité personnelle, créature de Dieu[135].

  5. 26 juin 1975
    Foi chrétienne et démonologie

    La Congrégation pour la doctrine de la foi publie l'étude de référence : objections modernes recensées et réfutées, dossier scripturaire, patristique et liturgique complet[136].

  6. 1992
    Le Catéchisme : CEC 391-395

    Le Catéchisme de l'Église catholique fixe l'enseignement commun : ange déchu, choix irrévocable, puissance limitée et permise, victoire du Christ[137].

Ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites

L'honnêteté impose d'exposer les objections fortes avant d'y répondre : c'est la règle du steelman, sans homme de paille[138]. Voici les principales hypothèses d'une partie de l'exégèse contemporaine sur notre dossier.

Première proposition : Satan serait une invention tardive, importée de Perse. L'accusateur céleste n'apparaîtrait qu'après l'exil (Job, Zacharie, Chroniques), au contact du dualisme iranien : les Juifs auraient emprunté aux Perses l'idée d'un prince du mal. Avant, il n'y aurait que le serpent-animal et des adversaires humains[139].

Deuxième proposition : le nom commun serait devenu nom propre par glissement. Le satan-fonction (adversaire, procureur céleste) aurait été promu au rang de personne par la piété populaire et l'apocalyptique, puis par le Nouveau Testament ; 1 Ch 21, 1 serait la réécriture tardive et moralisante de 2 S 24, 1[140].

Troisième proposition : Jésus lui-même n'aurait rien enseigné sur les démons. Certains critiques estiment pouvoir isoler les paroles authentiques du Christ : ses mentions du démon refléteraient les idées juives de son temps ou les traditions des évangélistes, non sa propre pensée ; n'appartenant pas au centre du message, elles ne lieraient plus la foi actuelle. D'autres admettent le sens obvie des textes, mais le jugent inacceptable pour l'homme d'aujourd'hui. Au bout de ces deux routes, les noms de Satan ne seraient que des personnifications mythiques du mal, un langage à décrypter, suivant le programme de démythologisation lancé par Rudolf Bultmann en 1941[141][142].

Ces objections sont sérieuses ; elles ne sont pas concluantes. Quatre limites, au moins, doivent être pesées.

1. Le présupposé anti-surnaturel. Une grande partie des redatations repose non sur une découverte, mais sur une prémisse philosophique : une prophétie précise ou une connaissance spirituelle étant impossibles, le texte est déclaré postérieur à l'événement qu'il semble annoncer ou décrire[143]. Ce n'est pas une conclusion de la recherche, c'en est le point de départ. Le lecteur catholique est en droit de le noter : on ne réfute pas la Révélation en la présupposant impossible.

2. L'argument du silence. Que les premiers livres parlent peu de Satan ne prouve pas qu'ils l'ignorent : la révélation est progressive par principe, et « c'est à la lumière de la mort et de la Résurrection de Jésus-Christ » que le sens ultime des Écritures anciennes se dévoile[144]. Le silence de la Genèse sur le nom de Satan vaut le silence des récits patriarcaux sur la Trinité : personne n'en conclut que la Trinité est une invention tardive[145].

3. La datation circulaire et les reconstructions sans témoin. Dater 1 Ch 21, 1 après 2 S 24, 1, c'est d'abord dater les deux textes par une théorie des sources, puis utiliser cet ordre pour prouver l'évolution de la notion : la conclusion redit la prémisse. Or les manuscrits ne livrent aucun témoin d'un état antérieur où Satan serait absent ; la théorie des sources (héritée de Wellhausen et de ses successeurs pour le Pentateuque) reste une reconstruction hypothétique, utile comme outil littéraire, fragile comme verdict historique[146]. La Commission biblique pontificale (1993) rappelle que la méthode historico-critique est indispensable pour établir le texte et son contexte, mais insuffisante pour en épuiser le sens, qui se reçoit dans la Tradition vivante[147].

4. La conscience du Christ, pierre de touche. C'est l'argument décisif du document de 1975 : les paroles de Jésus sur Satan furent prononcées « à des heures critiques » (désert, Cène, Gethsémani), avec une lucidité et une maîtrise attestées par les récits eux-mêmes jusque devant ses juges. Les traiter en « données fabuleuses à démythiser », ce serait admettre qu'à ces heures-là « la conscience de Jésus était la proie de fantasmes illusoires et sa parole dépourvue de toute fermeté », ce qui contredit l'impression des premiers auditeurs comme des lecteurs actuels[148]. On ne peut garder le Christ comme maître de sagesse et lui retirer la vérité sur l'adversaire qu'il est venu vaincre : « Satan, que Jésus avait affronté par ses exorcismes, rencontré au désert et dans sa passion, ne peut pas être le simple produit de la faculté humaine de fabulation »[149].

Reste donc, au terme du débat, la position que l'Église n'a jamais quittée : une révélation progressive, des témoins anciens unanimes (Septante, Qumrân pour le vocabulaire, Pères, liturgie), une doctrine définie contre les dualismes, et un vainqueur nommé Jésus. Comme le conclut le document romain, le malaise contemporain « ne met pas en question un élément secondaire de la pensée chrétienne : il y va d'une foi constante de l'Église, de sa conception de la Rédemption et, au point de départ, de la conscience même de Jésus »[150].

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Ap 12, 9 (traduction liturgique) : « Il fut jeté dehors, le grand dragon, le serpent des origines, celui qu'on nomme Diable et Satan, le séducteur du monde entier. »

    1 16 40 95
  2. Catéchisme de l'Église catholique, § 395 : « La puissance de Satan n'est cependant pas infinie. Il n'est qu'une créature, puissante du fait qu'il est pur esprit, mais toujours une créature » ; son action est permise par la Providence qui guide l'histoire « avec force et douceur » ; « nous savons qu'avec ceux qui l'aiment, Dieu concourt en tout pour leur bien » (Rm 8, 28). Mame / Vatican, 1992.

    2 110 111
  3. Congrégation pour la doctrine de la foi, Foi chrétienne et démonologie, 26 juin 1975 : étude recommandée « comme base sûre pour réaffirmer la doctrine du Magistère sur le thème ». Texte français intégral vérifié sur vatican.va (roman_curia/congregations/cfaith, document rc_con_cfaith_doc_19750626_fede-cristiana-demonologia_fr.html). Toutes les citations du magistère récent, de la liturgie et des objections modernes renvoient à ce texte.

    3 15 48 70 76 77 96 105 113 115 117 120 122 123 126 127 128 129 130 136 138 141 148 149 150
  4. S. S. Paul VI, audience générale du 15 novembre 1972, allocution « Padre nostro... liberaci dal male ! » : « Il sort du cadre de l'enseignement biblique et ecclésiastique celui qui se refuse de la reconnaître pour existante ; ou encore qui en fait un principe existant en soi, qui n'aurait pas, comme toute créature, son origine en Dieu, ou même qui l'explique comme une pseudo-réalité, une personnification conceptuelle et imaginaire des causes inconnues de nos misères. » Cité en note 121 du document de 1975. Texte original italien : « Esce dal quadro dell'insegnamento biblico ed ecclesiastico chi si rifiuta di riconoscerla esistente ; ovvero chi ne fa un principio a se stante, non avente essa pure, come ogni creatura, origine da Dio ; oppure la spiega come una pseudo-realtà, una personificazione concettuale e fantastica delle cause ignote dei nostri malanni » (L'Osservatore Romano, 16 novembre 1972 ; même inquiétude dans l'homélie du 29 juin 1972).

    4 112 135
  5. Dei Verbum, § 14-16 : l'Ancien Testament comme préparation, annonce et préfiguration du Christ, qui y trouve son accomplissement ; le Nouveau dévoile le sens plein de l'Ancien. Texte intégral sur vatican.va.

    5 25 47 54 145
  6. Commission biblique pontificale, réponse du 27 juin 1906 sur l'authenticité mosaïque du Pentateuque : Moïse auteur substantiel des cinq livres, dans la tradition juive unanime relayée par le Christ lui-même (« Moïse a écrit de moi », Jn 5, 46).

    6
  7. Talmud de Babylone, traité Baba Batra 14b-15a : catalogue traditionnel des auteurs (Moïse pour le Pentateuque, la section de Balaam et Job ; Esdras pour les Chroniques jusqu'à son époque). Témoin majeur de la réception juive des attributions.

    7 9 50
  8. Ps 109, 6 : dans ce psaume d'imprécation, un accusateur (satan) se tient à la droite de l'accusé, image judiciaire qui éclaire la fonction de l'accusateur céleste en Jb 1-2 et Za 3 (traduction liturgique).

    8
  9. Za 3, 1-2 (traduction liturgique) : vision du grand prêtre Josué, « Satan, debout à sa droite pour l'accuser », réduit au silence par le Seigneur. Zacharie prophétise au retour d'exil, la deuxième année de Darius (520 av. J.-C. ; Za 1, 1).

    10 23 51
  10. Concile de Trente, session IV (8 avril 1546), décret Sacrosancta : réception des livres saints en entier avec toutes leurs parties, dont les deutérocanoniques transmis par la Septante. Voir aussi Vatican I, Dei Filius, ch. 2 (24 avril 1870).

    11
  11. Sur le canon apostolique du Nouveau Testament et la tradition johannique, voir les articles voisins : Le canon du Nouveau Testament et la réception patristique (Papias, Irénée, Muratori).

    12 13
  12. Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, V, 30, 3 : témoignage du IIe siècle sur l'Apocalypse johannique écrite vers la fin du règne de Domitien (fin du Ier siècle).

    14
  13. Catéchisme de l'Église catholique, § 129, citant saint Augustin (Quaestiones in Heptateuchum, II, 73) : « Le Nouveau Testament est caché dans l'Ancien, et l'Ancien est dévoilé dans le Nouveau ». Texte original latin : « Novum in Vetere latet et in Novo Vetus patet ». Mame / Vatican, 1992.

    17
  14. Commission biblique pontificale, L'interprétation de la Bible dans l'Église (1993) : la méthode historico-critique est indispensable pour établir le texte et éclairer son contexte, mais elle ne saurait ni épuiser le sens de l'Écriture ni se substituer à la lecture dans la Tradition vivante de l'Église. Texte sur vatican.va.

    18 34 59 139 140 143 146 147
  15. Nb 22, 22.32 : l'ange du Seigneur se poste sur la route de Balaam en adversaire (hébreu le-satan).

    19
  16. 1 R 11, 14.23.25 : Hadad l'Édomite et Rézon, suscités comme satan (adversaires) contre Salomon après son infidélité.

    20
  17. Dei Verbum, § 12 : pour découvrir l'intention des auteurs sacrés, tenir compte des genres littéraires, des manières de parler de l'époque et de l'unité de toute l'Écriture lue dans la Tradition vivante. Texte intégral sur vatican.va.

    21
  18. Jb 1, 6-12 et 2, 1-7 (traduction liturgique) : « Un jour, les fils de Dieu se présentèrent devant le Seigneur, et Satan vint aussi avec eux » ; limites fixées à l'épreuve.

    22 49
  19. Sg 2, 23-24 (traduction liturgique) : « Dieu a créé l'homme pour l'incorruptibilité... c'est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde. »

    24 38 42 60
  20. Sur la Bible grecque d'Alexandrie et sa traduction de satan par diabolos, voir La Septante.

    26
  21. 1 P 5, 8-9 (traduction liturgique) : « Votre adversaire, le diable, comme un lion qui rugit, rôde, cherchant qui dévorer. Résistez-lui, solides dans la foi. »

    27 88
  22. 2 Co 11, 14 (traduction liturgique) : « Satan lui-même se déguise en ange de lumière. »

    28 87
  23. Is 14, 12-15 (traduction liturgique) : « Comment es-tu tombé du ciel, astre brillant, fils de l'aurore ? » Vulgate de saint Jérôme : « quomodo cecidisti de caelo, lucifer, qui mane oriebaris ».

    29 31
  24. Mc 3, 22-27 (traduction liturgique) : l'accusation « C'est par Béelzéboul, le chef des démons, qu'il expulse les démons », la maison divisée, le fort enchaîné ; Mc 3, 27 : « Nul ne peut entrer dans la maison d'un homme fort et piller ses biens, s'il ne l'a d'abord ligoté. »

    30 75
  25. Ez 28, 11-19 (traduction liturgique) : lamentation sur le roi de Tyr, « modèle de perfection... en Éden, jardin de Dieu... jusqu'au jour où l'on trouva en toi la faute ».

    32
  26. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Ia, q. 63 (la faute des anges : possibilité, objet, motif) et q. 64 (leur châtiment : obscurcissement de l'intelligence, obstination de la volonté, douleur, lieu du châtiment). Structure de la q. 64 vérifiée sur newadvent.org/summa/1064.htm.

    33 108 109 133
  27. Sur les quatre sens de l'Écriture (littéral, allégorique, moral, anagogique) et leur usage réglé, voir Le sens spirituel de l'Écriture et L'interprétation catholique de la Bible.

    35 57
  28. Lc 10, 18 (traduction liturgique) : « Je regardais Satan tomber du ciel comme l'éclair. »

    36 82
  29. Gn 3, 1-19 : le serpent, le dialogue, la désobéissance, les sentences (traduction liturgique AELF).

    37 73
  30. Jn 8, 44 (traduction liturgique) : « Il est homicide dès le commencement, et il ne s'est pas tenu dans la vérité... Quand il dit le mensonge, il le tire de lui-même, parce qu'il est menteur et père du mensonge. »

    39 83 84
  31. Saint Augustin, La Cité de Dieu, livre XI, ch. 13 (anges créés dans un même état de félicité), ch. 14 (le diable « ne s'est pas tenu dans la vérité », Jn 8, 44) et ch. 15 (« le diable pèche dès le commencement », 1 Jn 3, 8), ch. 17 (le défaut du mal n'est pas une nature mais un acte contre nature, dont l'origine est dans la volonté). Titres et contenus vérifiés sur newadvent.org/fathers/120111.htm (traduction anglaise NPNF).

    41 106
  32. Catéchisme de l'Église catholique, § 390 : le récit de la chute en Gn 3 « use d'un langage figuré, mais affirme un événement primitif, un fait qui a eu lieu au commencement de l'histoire de l'homme ». Mame / Vatican, 1992. Texte anglais vérifié sur vatican.va (IntraText, archive ENG0015).

    43
  33. Catéchisme de l'Église catholique, § 388-389 : le sens ultime de la chute ne se révèle qu'à la lumière de la mort et de la Résurrection du Christ ; la doctrine du péché originel est « l'envers » de la Bonne Nouvelle du salut en Christ. Mame / Vatican, 1992.

    44
  34. Pie XII, encyclique Humani Generis, 12 août 1950 : sur l'origine du genre humain à partir d'un premier couple unique (monogénisme), contre les lectures qui dissoudraient l'historicité d'Adam. Texte sur vatican.va.

    45
  35. Gn 3, 15 (traduction liturgique) : « Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance : celle-ci te meurtrira la tête, et toi, tu lui meurtriras le talon. »

    46
  36. 1 Ch 21, 1 (traduction liturgique) : « Satan se dressa contre Israël, et il incita David à recenser Israël. »

    52
  37. 2 S 24, 1 (traduction liturgique) : « La colère du Seigneur s'enflamma de nouveau contre Israël : il incita David contre eux en disant : Va, recense Israël et Juda. »

    53
  38. Jb 40, 15 à 41, 26 : Béhémoth et Léviathan, monstres que Dieu seul maîtrise (traduction liturgique).

    55
  39. Saint Grégoire le Grand, Morales sur Job (Moralia in Iob), 35 livres composés à Constantinople avant son pontificat (590-604) : lecture spirituelle de Job, figure du Christ souffrant, et de ses monstres comme figures du démon ; exégèse la plus influente du Moyen Âge latin (Sources Chrétiennes, éd. A. de Vogüé).

    56
  40. Lv 16, 7-10.20-22 : le sort entre les deux boucs, dont un pour Azazel, envoyé au désert chargé des péchés (traduction liturgique ; dossier interprétatif partagé, voir le corps de l'article).

    58
  41. Tb 3, 8 ; 6 ; 8, 1-3 : Asmodée, le démon qui a fait mourir les sept maris de Sara, mis en fuite par Raphaël et enchaîné en Égypte supérieure (traduction liturgique ; canon catholique, Septante et Vulgate).

    61
  42. Sur les natures angéliques, leur hiérarchie et leur garde, voir Les anges dans la Bible.

    62
  43. Si 21, 2 (traduction liturgique) : « Fuis le péché comme un serpent. » Texte original grec : « ὡς ἀπὸ προσώπου ὄφεως φεῦγε ἁμαρτίαν ».

    63
  44. Rouleau de la Guerre (1QM), notamment les colonnes XIII-XIV (prière du Prince des lumières contre Bélial et l'ange des ténèbres) : les fils de lumière contre l'armée de Bélial. Manuscrits de Qumrân, grotte 1 (1947). Voir Les manuscrits de Qumrân (mer Morte, 1947-1956).

    64
  45. 2 Co 6, 14-15 (traduction liturgique) : « Quel accord entre le Christ et Bélial ? »

    65
  46. Jn 1, 5 (traduction liturgique) : « la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont pas arrêtée » ; voir aussi Jn 8, 12 et 12, 35-36.

    66
  47. 1 Hénoch 6-11 (anges déchus et Azazel) et Livre des Jubilés 10 (Mastéma, prince accusateur) : littérature intertestamentaire non canonique, utile comme contexte du vocabulaire des Évangiles, sans autorité scripturaire. Édition de référence : James H. Charlesworth (éd.), The Old Testament Pseudepigrapha, Doubleday, New York, 1983-1985.

    67
  48. James H. Charlesworth (éd.), The Old Testament Pseudepigrapha, vol. 1 (littérature apocalyptique) et vol. 2, Doubleday, New York, 1983-1985 : édition scientifique de référence des pseudépigraphes (Hénoch, Jubilés).

    68
  49. Sur la formation et la fixation du canon, voir Comment la Bible a-t-elle été formée ? et Le canon de l'Ancien Testament.

    69
  50. Mt 4, 1-11 ; Mc 1, 12-13 ; Lc 4, 1-13 : les tentations au désert, dont la clausule « Arrière, Satan ! » (Mt 4, 10, traduction liturgique).

    71
  51. Mc 1, 12-13 (traduction liturgique) : « Au désert pendant quarante jours, tenté par Satan. Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient. »

    72
  52. Mc 1, 21-28 (Capharnaüm) ; Mt 15, 21-28 (Cananéenne) ; Mc 5, 1-20 (Gérasa) ; Mc 9, 14-29 (enfant épileptique) : principales scènes d'exorcismes.

    74
  53. Mt 6, 9-13 : le Notre Père (« délivre-nous du Mal ») ; Mt 5 (Sermon sur la montagne) et la garde contre le Malin, selon l'analyse du document de 1975.

    78
  54. Mt 13, 19 (le Malin ravit la semence) et Mt 13, 24-30.36-43 (l'ivraie semée par l'ennemi, « l'ennemi qui l'a semée, c'est le diable », Mt 13, 39).

    79
  55. Lc 22, 31-32 (traduction liturgique) : « Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme le blé. »

    80
  56. Jn 14, 30 (traduction liturgique) : « le prince de ce monde vient. Certes, sur moi il n'a aucune prise » ; Jn 12, 31 : « c'est maintenant que le prince de ce monde va être jeté dehors » ; Jn 16, 11 : « le prince de ce monde est jugé ».

    81
  57. 2 Co 4, 4 (traduction liturgique) : « le dieu de ce monde a aveuglé l'intelligence des incrédules ».

    85
  58. Ep 6, 11-12 (traduction liturgique) : « Revêtez l'équipement de combat donné par Dieu... car ce n'est pas contre des adversaires de sang et de chair que nous avons à lutter, mais contre les principautés, les souverainetés, les puissances de ce monde de ténèbres, les esprits du mal qui sont dans les régions célestes. »

    86
  59. Jc 4, 7 (traduction liturgique) : « Soumettez-vous à Dieu, et résistez au diable : il fuira loin de vous. »

    89
  60. Jude 9 (traduction liturgique) : disputant au diable le corps de Moïse, l'archange Michel « n'osa pas porter contre lui un jugement injurieux, mais dit : Que le Seigneur te réprime ! »

    90
  61. 2 P 2, 4 (traduction liturgique) : Dieu « n'a pas épargné les anges qui ont péché, mais il les a précipités dans le Tartare ».

    91
  62. He 2, 14 (traduction liturgique) : le Christ s'est fait chair « pour réduire à l'impuissance, par sa mort, celui qui a la puissance de la mort, c'est-à-dire le diable ».

    92
  63. 1 Jn 3, 8 (traduction liturgique) : « Celui qui commet le péché est du diable, car, depuis le commencement, le diable est pécheur. C'est pour détruire les œuvres du diable que le Fils de Dieu s'est manifesté. »

    93
  64. 1 Jn 5, 19 (traduction liturgique) : « le monde entier est au pouvoir du Mauvais ».

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  65. Ap 12, 4 (traduction liturgique) : la queue du dragon « entraînait le tiers des étoiles du ciel », lues traditionnellement comme la part des anges déchus.

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  66. Ap 20, 1-3.10 : le dragon enchaîné pour mille ans, relâché un peu de temps, puis jeté dans l'étang de feu « pour les siècles des siècles » (traduction liturgique).

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  67. Catéchisme de l'Église catholique, § 675-677 : l'épreuve finale de l'Église, l'imposture antichristique (dont le millénarisme sous ses formes), et l'entrée dans la gloire du Royaume par l'ultime Pâque. Mame / Vatican, 1992.

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  68. Mt 25, 41 (traduction liturgique) : « Allez-vous-en loin de moi, vous les maudits, dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges. »

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  69. Catéchisme de l'Église catholique, § 1033-1034 : l'enfer comme refus définitif de Dieu, dont la peine principale est la séparation éternelle ; Jésus parle souvent de la « géhenne » et du « feu qui ne s'éteint pas » réservé à ceux qui refusent de croire et de se convertir. Mame / Vatican, 1992.

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  70. Catéchisme de l'Église catholique, § 391 : « Derrière le choix désobéissant de nos premiers parents, il y a une voix séductrice, opposée à Dieu, qui, par envie, les fait tomber dans la mort » (cf. Sg 2, 24) ; « L'Écriture et la Tradition de l'Église voient en cet être un ange déchu, appelé Satan ou diable » (cf. Jn 8, 44 ; Ap 12, 9) ; « L'Église enseigne qu'il a d'abord été un ange bon, créé par Dieu », citant Latran IV (DS 800). Mame / Vatican, 1992. Texte anglais vérifié verbatim sur vatican.va.

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  71. IVe concile du Latran (1215), constitution Firmiter : « Le diable et les autres démons ont été créés par Dieu naturellement bons, mais ce sont eux qui par eux-mêmes se sont rendus mauvais » (DS 800). Texte original latin : « Diabolus enim et daemones alii a Deo quidem natura creati sunt boni, sed ipsi per se facti sunt mali. » Repris par Lyon II, Florence, Trente et Vatican I (Dei Filius), puis par le CEC 391.

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  72. Saint Grégoire de Nazianze au néophyte : « Crois qu'il n'existe pas d'essence du mal, ni de royaume [du mal], exempt de commencement ou subsistant par lui-même ou créé par Dieu », cité dans Foi chrétienne et démonologie (1975), note 65. Le document recense les affirmations équivalentes chez Basile, Chrysostome et Didyme en Orient, Tertullien, Eusèbe de Verceil, Ambroise et Augustin en Occident.

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  73. Catéchisme de l'Église catholique, § 393 : « C'est le caractère irrévocable de leur choix, et non un défaut de l'infinie miséricorde divine, qui fait que le péché des anges est impardonnable. Il n'y a pas de repentir pour les anges après la chute, pas plus qu'il n'y a de repentir pour les hommes après la mort », d'après saint Jean Damascène (De fide orthodoxa, II, 4). Mame / Vatican, 1992.

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  74. Rm 16, 20 (traduction liturgique) : « Le Dieu de la paix écrasera bientôt Satan sous vos pieds. »

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  75. Catéchisme de l'Église catholique, § 1237 : « Puisque le baptême signifie la libération du péché et de son instigateur le diable, on prononce un ou plusieurs exorcismes sur le candidat ». Mame / Vatican, 1992.

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  76. Catéchisme de l'Église catholique, § 2851 : dans la demande « délivre-nous du Mal », « le Mal n'est pas une abstraction, mais il désigne une personne, Satan, le Malin, l'ange qui s'oppose à Dieu ». Mame / Vatican, 1992.

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  77. Saint Jean Chrysostome aux chrétiens d'Antioche : « Nous n'avons certainement pas plaisir à vous entretenir du diable, mais la doctrine dont il me fournit l'occasion vous est de la plus grande utilité », cité dans Foi chrétienne et démonologie (1975), note 2.

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  78. Saint Jean Chrysostome : « Ce n'est pas le diable, mais l'incurie propre des hommes qui cause toutes leurs chutes et tous les malheurs dont ils se plaignent », cité dans Foi chrétienne et démonologie (1975), note 122.

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  79. Prière à saint Michel Archange (« Saint Michel Archange, défendez-nous dans le combat... »), composée par Léon XIII et prescrite après les messes basses à partir de 1886.

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  80. Catéchisme de l'Église catholique, § 1673 : quand l'Église demande publiquement et avec autorité, au nom de Jésus-Christ, qu'une personne soit protégée contre l'emprise du Malin, on parle d'exorcisme ; l'exorcisme solennel ne peut être pratiqué que par un prêtre, avec la permission de l'évêque. Mame / Vatican, 1992.

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  81. Missel romain, 29 septembre : fête des saints archanges Michel, Gabriel et Raphaël. Le nom de Michel (« Qui est comme Dieu ? ») répond au tentateur.

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  82. Rudolf Bultmann, Neues Testament und Mythologie (conférence de 1941) : programme de démythologisation consistant à retraduire le langage mythique du Nouveau Testament (dont les démons) en langage existentiel moderne.

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  83. Catéchisme de l'Église catholique, § 388 : bien que le peuple de Dieu ait cherché à comprendre la condition humaine à la lumière du récit de la chute en Genèse, « il ne pouvait en saisir le sens ultime, qui n'est révélé qu'à la lumière de la mort et de la Résurrection de Jésus-Christ ». Mame / Vatican, 1992.

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