Le Siracide

Livre sapientiel deutérocanonique de l'Ancien Testament, le Siracide (l'« Ecclésiastique », à ne pas confondre avec l'Ecclésiaste) est le seul livre de l'Ancien Testament à porter en colophon la signature de son auteur : Jésus, fils de Sira, scribe de Jérusalem, l'écrit vers 180 av. J.-C., et son petit-fils le traduit en grec après 132. Présentation de ses trois noms, du prologue unique du traducteur, de la redécouverte de son texte hébreu (Caire, Massada, Qumran), de sa doctrine (crainte de Dieu, Sagesse identifiée à la Loi, libre arbitre, éloge des Pères), de sa liturgie (antienne Ô Sagesse, lecture mariale) et de sa lecture spirituelle.

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Le Siracide — que la tradition latine appelle aussi l'Ecclésiastique, « le livre de l'Église » — est le plus vaste et l'un des plus aimés des livres de sagesse de la Bible. Sur cinquante et un chapitres, un scribe de Jérusalem du début du IIᵉ siècle avant Jésus-Christ y rassemble le meilleur de la tradition d'Israël : comment craindre Dieu, honorer ses parents, choisir ses amis, tenir sa langue, faire l'aumône, élever ses enfants, traverser l'épreuve, vieillir et mourir dans la paix. C'est un livre où la plus haute théologie de la Sagesse divine côtoie les conseils les plus concrets sur l'argent, la table, la maladie ou le médecin. Pendant des siècles, l'Église en a fait son manuel privilégié pour former les âmes : c'est de là que vient son nom d'Ecclesiasticus, « le livre que l'on lit à l'église ».

Le Siracide occupe une place singulière dans l'Écriture pour au moins trois raisons. D'abord, c'est le seul livre de l'Ancien Testament à porter, en colophon explicite, la signature de son auteur : celui-ci se nomme — « Jésus, fils de Sira » (Si 50, 27). Ensuite, il est précédé d'un prologue unique, écrit par le petit-fils de l'auteur, qui raconte comment il a traduit l'œuvre de son grand-père en grec : ce prologue offre, par surcroît, l'un des plus anciens témoignages conservés de la division de la Bible hébraïque en « la Loi, les Prophètes et les autres livres ». Enfin, le Siracide a connu une aventure textuelle extraordinaire : son original hébreu, perdu pendant près de mille ans et connu seulement par le grec et le latin, a refait surface à partir de 1896 dans une synagogue du Caire, puis à Massada et à Qumran.

Cet article présente : (1) l'identité du livre — ses trois noms, son auteur signé, son prologue, sa place dans le canon et la redécouverte de son texte hébreu ; (2) sa composition, sa date et son contexte — Jérusalem face à l'hellénisme ; (3) sa structure et son contenu — de la crainte du Seigneur à l'éloge des Pères ; (4) ses grandes leçons doctrinales et morales — libre arbitre, famille, aumône, médecine, amitié ; (5) sa réception dans la Tradition, la liturgie et la controverse avec la Réforme ; (6) sa lecture spirituelle pour aujourd'hui. Pour une vue d'ensemble du recueil biblique, voir l'article La Bible ; pour le grand cadre, voir l'Ancien Testament ; et pour ne pas confondre les deux livres au nom voisin, voir plus bas la mise au point sur l'Ecclésiaste (Qohélet).

Identité du livre : noms, auteur, canon et texte

Trois noms pour un seul livre

Peu de livres bibliques portent autant de noms, et cette pluralité a longtemps semé la confusion.

Les trois noms d'un même livre et la distinction avec l'Ecclésiaste — Infographie originale Ignispedia créée par IA.
  • Siracide : forme française tirée du grec Sirach (Σιράχ), le nom de famille de l'auteur. C'est le titre retenu aujourd'hui par la plupart des bibles catholiques françaises[3].
  • Ecclésiastique (latin Liber Ecclesiasticus) : titre propre de la tradition latine, qu'il ne faut surtout pas confondre avec l'Ecclésiaste. Le mot signifie « le livre de l'Église » : attesté dès le milieu du IIIᵉ siècle sous la plume de saint Cyprien, ce titre est resté attaché à ce seul livre, par excellence, parce qu'il servait de manuel de lecture morale pour la formation des catéchumènes et des fidèles[4]. Il ne faut pas le confondre avec la catégorie plus large des libri ecclesiastici de Rufin d'Aquilée (fin du IVᵉ siècle), qui englobe l'ensemble des deutérocanoniques.
  • Sagesse de Ben Sira (ou Sagesse de Jésus, fils de Sira) : titre le plus exact, qui nomme l'auteur. C'est sous ce nom — Ben Sira — que le livre est cité dans la littérature rabbinique[5].

⚠️ À ne pas confondre. L'Ecclésiastique (= le Siracide, Ben Sira) et l'Ecclésiaste (= Qohélet) sont deux livres différents. L'Ecclésiaste est le bref livre protocanonique (reçu dans le canon sans discussion) du « Vanité des vanités » (voir l'Ecclésiaste). L'Ecclésiastique est le long livre deutérocanonique (reçu plus tardivement, voir § Place dans le canon) de Ben Sira. La ressemblance des noms latins (Ecclesiastes / Ecclesiasticus) est une source d'erreurs constante[6].

L'auteur : le seul « signé » de l'Ancien Testament

Le Siracide présente ici une particularité précieuse : son auteur se nomme lui-même, à la fin de son œuvre, dans une sorte de colophon (une note placée à la fin d'un livre, où l'auteur signe de son nom) :

« Cet enseignement, plein d'intelligence et de savoir, a été gravé dans ce livre par Jésus, fils de Sira, fils d'Éléazar, de Jérusalem, qui a répandu comme une ondée la sagesse de son cœur. » — Siracide 50, 27[7]

C'est un scribe de Jérusalem, un sage de métier — du nom reconstruit de Yeshua (Jésus) ben Eléazar ben Sira, d'où le nom abrégé de Ben Sira (voir note)[8] : un homme cultivé, versé dans la Loi, les Prophètes et les écrits, qui a sans doute tenu une école de sagesse où il formait de jeunes gens (cf. Si 51, 23 : « Approchez-vous de moi, vous qui n'avez pas d'instruction, prenez place dans mon école »). Il a beaucoup voyagé, fréquenté les grands, médité l'Écriture, et consigné dans son livre le fruit d'une longue vie d'observation et de prière[9].

Que l'auteur d'un livre biblique soit ainsi identifiable et daté est précieux : cela ancre le Siracide dans une histoire concrète, celle de la Jérusalem du IIᵉ siècle avant le Christ, et permet de le situer avec une précision rare.

Le prologue du petit-fils : un document unique

Le Siracide s'ouvre par un texte qui ne ressemble à aucun autre dans la Bible : un prologue écrit non par l'auteur, mais par son petit-fils, le traducteur grec. Ce petit-fils explique qu'ayant trouvé en Égypte une copie de l'œuvre hébraïque de son grand-père, il a entrepris de la traduire en grec pour la rendre accessible aux Juifs de la diaspora :

« La Loi, les Prophètes et les livres qui leur font suite nous ont transmis de nombreuses et grandes leçons [...]. C'est la trente-huitième année du règne de Ptolémée Évergète que je me suis rendu en Égypte. » — Prologue du traducteur grec[10]

Ce court texte est doublement précieux. D'une part, il date l'œuvre : la « trente-huitième année » de Ptolémée VIII Évergète II correspond à l'an 132 av. J.-C., date de l'arrivée du petit-fils en Égypte — arrivée qu'il faut distinguer du travail de traduction lui-même, mené ensuite au prix d'un long labeur et dont la date d'achèvement reste inconnue ; le grand-père a donc écrit une à deux générations plus tôt, vers 180 av. J.-C.[11] D'autre part, il offre l'un des plus anciens témoignages conservés de la division de la Bible hébraïque en trois parties — « la Loi, les Prophètes, et les autres livres » (la Torah, les Nebiim, les Ketuvim) —, structure que le judaïsme et l'Église reconnaîtront ensuite[12]. Le prologue contient aussi un aveu de traducteur d'une honnêteté remarquable : « Ce qui est exprimé à l'origine en hébreu n'a plus la même force une fois traduit dans une autre langue », l'une des plus anciennes réflexions conservées sur les limites de la traduction[13].

Place dans le canon : un livre deutérocanonique

Le Siracide fait partie des sept livres dits deutérocanoniques de l'Ancien Testament — avec Tobie, Judith, la Sagesse, Baruch et les deux livres des Maccabées —, auxquels s'ajoutent des sections deutérocanoniques d'Esther et de Daniel[14].

Le préfixe deutéro- (« second ») ne signifie pas que ces livres seraient inspirés « au second degré » : il indique seulement que leur canonicité a été discutée plus longtemps avant d'être définitivement reçue. Pour l'Église catholique, les livres deutérocanoniques sont pleinement inspirés et canoniques, au même titre que les autres[15]. Le concile de Trente l'a solennellement confirmé face à la Réforme :

« [...] le même saint concile reçoit et vénère [...] tous les livres tant de l'Ancien Testament que du Nouveau Testament [...] : Tobie, Judith, [...] la Sagesse, l'Ecclésiastique, Isaïe, Jérémie [...]. Si quelqu'un ne reçoit pas ces livres pour sacrés et canoniques dans leur totalité, avec toutes leurs parties [...], qu'il soit anathème. » — Concile de Trente, décret De canonicis Scripturis, 8 avril 1546[16]

Trente n'a pas ajouté le Siracide à la Bible en 1546 : il a confirmé un canon déjà reçu dans l'Église ancienne, attesté par les conciles régionaux d'Hippone (393) et de Carthage (397) et par l'usage liturgique constant[17]. Sur la controverse de canon avec les réformateurs, voir Réponses au protestantisme.

Lu et honoré, même là où il n'est pas « canonique » au sens strict

Fait remarquable : même les Pères qui réservaient au Siracide un statut inférieur le lisaient et le recommandaient. Saint Athanase, dans sa célèbre Lettre festale 39 de 367 — la première liste qui donne, sans plus ni moins, les vingt-sept livres du Nouveau Testament reçus aujourd'hui (des catalogues antérieurs existent, notamment celui d'Eusèbe, Histoire ecclésiastique III, 25) —, range le Siracide non parmi les livres « canoniques » au sens strict, mais parmi ceux que les Pères ont « prescrit de lire » aux catéchumènes pour leur édification[18]. Saint Augustin, lui, l'inclut pleinement dans le canon de l'Écriture[19]. Saint Jérôme, plus réservé sur le canon hébreu, n'a pas traduit le Siracide pour sa Vulgate : le texte latin de l'Ecclesiasticus est en réalité l'ancienne version latine pré-hiéronymienne (Vetus Latina), ce qui explique ses particularités et ses ajouts par rapport au grec[20]. Du côté juif enfin, si Ben Sira fut écarté du canon, il ne fut jamais oublié : le Talmud et les écrits rabbiniques le citent à plusieurs reprises, parfois presque comme une Écriture[21].

L'aventure du texte hébreu : de l'hébreu perdu aux redécouvertes

De la rédaction hébraïque aux découvertes du Caire, de Qumran et de Massada — Infographie originale Ignispedia créée par IA.

L'histoire matérielle du Siracide est l'une des plus romanesques de toute la critique biblique. Écrit en hébreu vers 180 av. J.-C., le livre fut ensuite surtout transmis par le grec de la Septante (la traduction grecque de la Bible hébraïque, réalisée à Alexandrie pour les Juifs de langue grecque), par le latin et — en Orient — par le syriaque de la Peshitta. En Occident chrétien, la connaissance de l'original hébreu se perdit au cours du Moyen Âge : on n'y connut plus le Siracide que par ces traductions, et certains savants en vinrent à douter qu'il eût jamais existé en hébreu[22]. Mais le texte hébreu n'avait pas disparu partout : il continuait de circuler dans la tradition juive — le Talmud le cite, Saadia Gaon (Xᵉ siècle) le commente et en cite plusieurs versets, et des copies hébraïques médiévales ont traversé les siècles.

Les cinq grands ensembles de témoins textuels du Siracide — Infographie originale Ignispedia créée par IA.

La situation bascula en 1896. Deux sœurs écossaises, Agnes Lewis et Margaret Gibson, rapportèrent du Caire un feuillet manuscrit que l'érudit Solomon Schechter identifia avec émotion comme un fragment hébreu de Ben Sira. Il provenait de la Genizah — le « débarras » sacré — de la vieille synagogue Ben Ezra du Caire, où les Juifs déposaient les manuscrits usés portant le nom de Dieu. On y retrouva peu à peu près des deux tiers du texte hébreu, répartis sur plusieurs manuscrits médiévaux (mss A à F)[23]. Mais ces copies dataient du Xᵉ-XIIᵉ siècle : étaient-elles l'écho fidèle de l'original, ou une rétroversion tardive — c'est-à-dire une re-traduction en hébreu faite à partir du grec ? La controverse fit rage pendant un demi-siècle.

Elle connut son tournant décisif en 1964. Fouillant la forteresse de Massada — tombée devant Rome en 73/74 apr. J.-C. —, l'archéologue Yigael Yadin exhuma un rouleau hébreu du Siracide (chapitres 39 à 44), antérieur de plus de mille ans aux manuscrits du Caire. Sa comparaison fut décisive : le texte de Massada coïncide pour l'essentiel avec celui de la Genizah, ce qui fit largement admettre que les copies médiévales transmettaient bien un hébreu authentique et ancien[24]. À ces témoins s'ajoutent les fragments de Qumran : un minuscule morceau (2Q18) et surtout le grand Rouleau des Psaumes (11QPsa), qui inclut le poème acrostiche du chapitre 51[25].

TémoinDateContenuApport
Grec (Septante)après 132 av. J.-C. (arrivée du traducteur en Égypte en 132 ; traduction achevée ensuite, à une date inconnue)Tout le livreTexte de référence, base des traductions
Latin (Vetus Latina / Vulgate)IIᵉ-IVᵉ s. apr. J.-C.Tout le livreSource de la liturgie latine ; ajouts propres
Genizah du Cairemss Xᵉ-XIIᵉ s. (découverte 1896)≈ 2/3 du texte hébreuRetour à la langue originale
MassadaIᵉʳ s. av. J.-C. (découverte 1964)Si 39-44Prouve l'authenticité de l'hébreu de la Genizah
Qumran (2Q18)écriture dite hérodienne (époque hérodienne)Si 6Confirme l'ancienneté du texte hébreu
Qumran (11QPsa)copié vers 30-50 apr. J.-C.Si 51 (poème final, dans le grand Rouleau des Psaumes)Témoin hébreu du Iᵉʳ s. apr. J.-C.

Composition, date et contexte historique

Une œuvre de Jérusalem, vers 180 av. J.-C.

Grâce au prologue et à des indices internes, le Siracide est l'un des livres bibliques que l'on date le plus précisément. Ben Sira écrit à Jérusalem, dans le premier quart du IIᵉ siècle av. J.-C., vraisemblablement vers 190-180 av. J.-C.[26] Un indice interne le confirme : le long éloge du grand prêtre Simon II, fils d'Onias (Si 50), est rédigé avec une telle vivacité de témoin qu'on pense que Ben Sira l'a connu personnellement ; or Simon II exerça le pontificat de 219 à 196 av. J.-C. environ. Surtout, le livre ne porte aucune trace de la grande crise qui allait bouleverser Israël : la persécution d'Antiochos IV Épiphane (à partir de 167 av. J.-C.) et la révolte des Maccabées. Ben Sira écrit donc avant la tempête, dans le calme apparent qui la précède[27].

Le scribe et son école

Ben Sira appartient à une figure sociale bien précise du judaïsme du Second Temple : le scribe (sofer), héritier des sages et préparateur des docteurs de la Loi. Il décrit lui-même cet idéal dans un magnifique portrait (Si 38, 24 – 39, 11) : le scribe est celui qui « cherchera à connaître la sagesse de tous les anciens » (Si 39, 1), qui « voyagera dans les pays étrangers » (Si 39, 4) et « s'appliquera de tout son cœur à servir dès le matin le Seigneur qui l'a créé » (Si 39, 5). À ce métier de la pensée, Ben Sira oppose — sans les mépriser — les métiers manuels (laboureur, forgeron, potier), nécessaires à la cité mais qui ne donnent pas le loisir de la sagesse[28]. Le livre est sans doute né de son enseignement : une école où, comme les sages grecs de la même époque, il transmettait à des disciples l'art de bien vivre selon Dieu.

Le contexte : Israël face à l'hellénisme

Vers 180 av. J.-C., Ben Sira répond à l'hellénisme par une sagesse enracinée dans la Loi — Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le Siracide se comprend dans un moment de tension. Depuis Alexandre le Grand (333 av. J.-C.), la culture grecque — la langue, les gymnases, la philosophie, les mœurs — pénètre partout, y compris en Judée. Une partie de l'aristocratie de Jérusalem est séduite par cet hellénisme ; d'autres y voient une menace mortelle pour la foi des pères. Sans polémique frontale, Ben Sira prend nettement parti : il veut montrer que la vraie sagesse n'est pas à chercher chez les philosophes grecs, mais qu'elle réside tout entière dans la Loi de Moïse et la tradition d'Israël. Son livre est ainsi, à sa manière, une œuvre de résistance culturelle : il offre à la jeunesse juive tentée par la mode grecque une sagesse aussi raffinée que celle des nations, mais enracinée dans la crainte de Dieu et l'Alliance[29].

RepèreDateÉvénement
Conquête d'Alexandre333 av. J.-C.Début de l'hellénisation de l'Orient
Grand prêtre Simon II219-196 av. J.-C.Loué par Ben Sira (Si 50)
Composition hébraïquevers 180 av. J.-C.Ben Sira écrit à Jérusalem
Persécution d'Antiochos IVà partir de 167 av. J.-C.(postérieure au livre)
Traduction grecqueaprès 132 av. J.-C.Le petit-fils traduit en Égypte

Structure et contenu du livre

Un livre de sagesse, dans la lignée des Proverbes

La structure du Siracide, du prologue du traducteur au poème final — Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le Siracide appartient à la littérature sapientielle d'Israël, aux côtés des Proverbes, de Job, de Qohélet, de la Sagesse et de certains Psaumes. Comme les Proverbes, il procède surtout par sentences brèves, instructions et exhortations ; mais il y ajoute des développements plus longs, de véritables petits traités (sur l'amitié, l'éducation, la maladie, le deuil) et de grands hymnes poétiques à la Sagesse et à Dieu créateur. L'ensemble n'a pas de plan rigoureusement systématique — il épouse la liberté d'un maître qui revient sur ses thèmes —, mais une grande architecture s'en dégage[30].

PartieChapitresContenu
Prologue—Préface du petit-fils traducteur (datation, but)
I. Sagesse et crainte de Dieu1-23Éloge de la Sagesse, crainte du Seigneur, conduite morale, maîtrise de soi
II. Sagesse et vie sociale24-43Hymne de la Sagesse (ch. 24), famille, amitié, argent, parole, médecine, création
III. L'éloge des Pères44-50Galerie des grandes figures d'Israël, jusqu'au grand prêtre Simon
Appendices51Prière d'action de grâce et poème acrostiche final

La crainte du Seigneur, commencement de la sagesse

Le livre s'ouvre sur une affirmation qui en donne la clé : toute sagesse a une source unique, Dieu lui-même.

« Toute sagesse vient du Seigneur, et demeure auprès de lui pour toujours. » — Siracide 1, 1[31]

Et cette sagesse n'est pas d'abord une affaire d'intelligence, mais de cœur religieux : elle commence, grandit et s'accomplit dans la crainte du Seigneur — non la peur servile, mais le respect aimant du Dieu vivant.

« La sagesse commence avec la crainte du Seigneur [...]. La sagesse s'accomplit dans la crainte du Seigneur ; elle les enivre de ses fruits. » — Siracide 1, 14.16[32]

Cette idée — la « crainte du Seigneur » comme racine de toute vraie sagesse — traverse tout le livre et le relie aux Proverbes et aux Psaumes. Elle commande aussitôt une morale : qui craint Dieu observe ses commandements, pratique la patience, maîtrise sa colère et sa langue, et reçoit l'épreuve avec confiance.

« Mon fils, si tu viens te mettre au service du Seigneur, prépare-toi à subir l'épreuve [...]. Toutes les adversités, accepte-les ; [...] car l'or est vérifié par le feu, et les hommes agréables à Dieu, par le creuset de l'humiliation. » — Siracide 2, 1.4-5[33]

La Sagesse personnifiée et identifiée à la Loi (ch. 24)

Siracide 24 : la Sagesse divine prend demeure en Israël et s'identifie au livre de l'Alliance — Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le sommet poétique et théologique du livre est le chapitre 24, où la Sagesse prend elle-même la parole et chante sa propre origine. Comme dans les Proverbes (Pr 8), elle est présentée comme une personne, sortie de Dieu avant la création :

« Je suis sortie de la bouche du Très-Haut et, comme la brume, j'ai couvert la terre [...]. Le Créateur de toutes choses m'a donné un ordre, celui qui m'a créée a fixé ma demeure. Il m'a dit : "Viens demeurer parmi les fils de Jacob, reçois ta part d'héritage en Israël, enracine-toi dans le peuple élu." » — Siracide 24, 3.8[34]

Ben Sira opère ici un geste théologique décisif et original : il identifie cette Sagesse cosmique, qui parcourt le ciel et les abîmes, avec la Loi de Moïse, l'Alliance donnée à Israël. La Sagesse universelle a planté sa tente en un lieu précis — Jérusalem, le Temple, la Torah :

« Tout cela, c'est le livre de l'alliance du Dieu Très-Haut, la Loi que Moïse nous a prescrite, héritage laissé aux assemblées de Jacob. » — Siracide 24, 23[35]

Cette identification Sagesse = Loi aura une immense postérité. La tradition chrétienne y a lu une préparation au mystère du Verbe : la Sagesse qui « sort de la bouche du Très-Haut » et vient « habiter » parmi les hommes annonce le Logos qui « s'est fait chair et a habité parmi nous » (Jn 1, 14). C'est pourquoi le chapitre 24 est devenu un texte majeur de la liturgie (voir plus bas).

L'éloge des Pères (ch. 44-50)

La dernière grande section du livre est l'une des plus célèbres de toute la Bible : l'Éloge des Pères, une longue galerie des grandes figures d'Israël, d'Hénoch et Noé jusqu'au grand prêtre contemporain de l'auteur. Elle s'ouvre par un vers fameux :

« Faisons l'éloge de ces hommes glorieux qui sont nos ancêtres. Le Seigneur a créé la gloire à profusion ; il manifeste sa grandeur depuis toujours. » — Siracide 44, 1-2[36]

Ben Sira parcourt alors l'histoire sainte en célébrant Hénoch, Noé, Abraham, Isaac, Jacob, Moïse, Aaron, Pinhas, Josué, les Juges, Samuel, David, Salomon, Élie, Élisée, Ézéchias, Isaïe, Josias, Jérémie, Ézéchiel, Zorobabel, Néhémie — une véritable histoire d'Israël par ses saints. Le mouvement culmine au chapitre 50 dans le portrait éblouissant du grand prêtre Simon, fils d'Onias (Simon II), décrit dans la gloire de sa liturgie au Temple, comparé au soleil, à la lune, à l'arc-en-ciel, à l'olivier et au cyprès — tandis que ses frères prêtres qui l'entourent sont comparés, eux, à la ramure des cèdres du Liban[37]. Par ce sommet liturgique, Ben Sira montre que toute l'histoire d'Israël converge vers le culte du Temple et la sainteté du sacerdoce.

L'Éloge des Pères contient aussi une méditation bouleversante sur la mémoire des justes : même ceux dont le nom s'est perdu ne sont pas oubliés de Dieu.

« Il y en a d'autres dont le souvenir s'est perdu [...]. Il n'en est pas ainsi des hommes de miséricorde, leurs œuvres de justice n'ont pas été oubliées [...]. Leurs corps ont été ensevelis dans la paix, et leur nom reste vivant pour toutes les générations. » — Siracide 44, 9-10.14[38]

C'est ce passage — « Faisons l'éloge des hommes illustres » (Laudemus viros gloriosos) — que la tradition latine a tant aimé, et qui a inspiré des siècles de prédication sur la communion des saints.

Les grandes leçons doctrinales et morales

Le libre arbitre contre le fatalisme (ch. 15)

Siracide 15 : Dieu propose la vie et appelle une réponse humaine réellement libre — Infographie originale Ignispedia créée par IA.

L'un des textes les plus importants de tout l'Ancien Testament sur la liberté humaine se trouve au chapitre 15. Contre la tentation, ancienne et toujours actuelle, de rejeter sur Dieu la responsabilité du mal — « si j'ai péché, c'est que Dieu l'a voulu » —, Ben Sira affirme avec force que Dieu n'est jamais l'auteur du péché, et que l'homme est créé libre et responsable :

« Ne dis pas : "C'est le Seigneur qui m'a dévoyé", car il ne fait pas ce qu'il a en horreur [...]. C'est lui qui, au commencement, a créé l'homme et l'a laissé à son libre arbitre. Si tu le veux, tu peux observer les commandements, il dépend de ton choix de rester fidèle. Le Seigneur a mis devant toi l'eau et le feu : étends la main vers ce que tu préfères. La vie et la mort sont proposées aux hommes, l'une ou l'autre leur est donnée selon leur choix. » — Siracide 15, 11.14-17[39]

Ce passage est si net que le Catéchisme de l'Église catholique le cite expressément pour fonder la doctrine de la liberté : « Dieu a "laissé l'homme à son propre conseil" (Si 15, 14) pour qu'il puisse de lui-même chercher son Créateur et, en adhérant librement à Lui, parvenir à la pleine et bienheureuse perfection »[40]. Sa doctrine est celle que le concile de Trente a définie contre toute lecture déterministe de la prédestination : l'homme n'est pas une marionnette ; son libre arbitre, mû et excité par Dieu, coopère réellement à la grâce (VIᵉ session, Décret sur la justification, can. 4). Le Siracide tient ensemble, sans les opposer, la toute-puissance de Dieu et la vraie liberté de l'homme[41].

La famille : honorer père et mère

Le Siracide consacre à la piété familiale des pages d'une rare beauté. Le commandement d'honorer ses parents y reçoit l'un de ses plus profonds commentaires de toute l'Écriture, jusqu'au devoir tendre et exigeant d'accompagner le père ou la mère devenus vieux et diminués :

« Mon fils, soutiens ton père dans sa vieillesse, ne le chagrine pas pendant sa vie. Même si son esprit l'abandonne, sois indulgent, ne le méprise pas, toi qui es en pleine force. » — Siracide 3, 12-13[42]

La péricope Si 3, 2-6.12-14 (« Celui qui craint le Seigneur honore ses parents »), qui inclut ce passage, est proclamée comme première lecture à la messe de la Sainte Famille en année A[43] : ce texte reste l'une des grandes références chrétiennes sur le respect dû aux anciens et le soin des parents âgés.

L'aumône, la miséricorde et le pardon des péchés

Le Siracide insiste partout sur la miséricorde active : pardonner à son prochain pour être pardonné de Dieu (Si 28, 2), secourir le pauvre, pratiquer l'aumône. Il énonce un principe que la tradition chrétienne reprendra constamment :

« L'eau éteint la flamme du feu, et l'aumône obtient le pardon des péchés. » — Siracide 3, 30[44]

Cette théologie de l'aumône qui « efface les péchés » — proche de la parole de Tobie (Tb 12, 9) et reprise par saint Pierre (« la charité couvre une multitude de péchés », 1 P 4, 8) — sera l'un des points discutés à l'époque de la Réforme, les protestants y voyant un risque de « salut par les œuvres ». Le catholicisme y lit, au contraire, le fruit de la grâce : la charité n'achète pas le pardon, elle en est le signe et la condition disposante — c'est-à-dire une disposition qui prépare l'âme à recevoir le pardon, sans le produire par elle-même —, dans la logique évangélique de la miséricorde (cf. Lc 7, 47).

Le médecin et la médecine (ch. 38)

Dans une page d'une étonnante modernité, Ben Sira défend la médecine comme un don de Dieu, contre une piété mal comprise qui opposerait la prière et le soin :

« Honore à sa juste valeur le médecin pour ses services : le Seigneur l'a créé, lui aussi [...]. Le Seigneur a créé les plantes médicinales, l'homme avisé ne les méprise pas. » — Siracide 38, 1.4[45]

Le sage articule admirablement la foi et la science : devant la maladie, il faut d'abord prier, se convertir, offrir son sacrifice — « puis fais venir le médecin : le Seigneur l'a créé, lui aussi » (Si 38, 12). La guérison vient de Dieu, mais Dieu se sert des remèdes qu'il a lui-même placés dans la création et de l'art qu'il a donné aux hommes. Dès les premiers siècles, les Pères y ont lu l'autorisation scripturaire de la médecine chrétienne et du soin des malades[46].

L'amitié, la langue, l'argent, l'éducation

La sagesse quotidienne de Ben Sira en six domaines concrets — Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le Siracide est enfin une somme de sagesse pratique d'une finesse psychologique remarquable, où chacun peut puiser. Sur l'amitié, il a des accents inoubliables :

« Un ami fidèle, c'est un refuge assuré, celui qui le trouve a trouvé un trésor. Un ami fidèle n'a pas de prix, sa valeur est inestimable. » — Siracide 6, 14-15[47]

Sur la maîtrise de la langue, il met en garde contre la médisance, le mensonge et les paroles qui blessent plus que l'épée (Si 28, 17-18). Sur l'argent, il dénonce l'avarice et l'amour déréglé de la richesse, tout en reconnaissant l'usage juste des biens. Sur l'éducation des enfants, sur la tenue à table, sur la pudeur, sur le bon usage du vin, sur le deuil, sur le prêt et la caution, Ben Sira offre des conseils concrets, parfois rudes, toujours empreints de bon sens et de crainte de Dieu. C'est cette richesse pratique qui a fait du livre, pendant des siècles, le manuel de sagesse par excellence des familles chrétiennes.

Le Siracide dans la Tradition, la liturgie et la controverse

« Le livre de l'Église » : une mine pour la catéchèse morale

Si la tradition latine a réservé à ce seul livre le nom d'Ecclesiasticus, ce n'est pas un hasard : il compte parmi les livres les plus utilisés pour former les âmes. Sa richesse en sentences morales, son équilibre, sa piété concrète en faisaient l'instrument idéal de la catéchèse des catéchumènes et de l'instruction des fidèles. Dès le milieu du IIIᵉ siècle, saint Cyprien le cite à plusieurs reprises dans ses Testimonia ; et l'Imitation de Jésus-Christ semble en reprendre une image, sans jamais le nommer (voir note). Le Siracide a ainsi nourri la morale chrétienne quotidienne comme peu d'autres livres de l'Ancien Testament[48].

Le chapitre 24 dans la liturgie : antiennes Ô et lecture mariale

Le grand hymne de la Sagesse (ch. 24) a connu une double fortune liturgique. D'une part, ses premiers mots — « Je suis sortie de la bouche du Très-Haut » (latin : Ego ex ore Altissimi prodivi) — ont donné la première des grandes antiennes « Ô » de l'Avent, chantées du 17 au 23 décembre :

« Ô Sagesse, sortie de la bouche du Très-Haut, qui atteins d'une extrémité à l'autre et disposes tout avec force et douceur : viens nous enseigner le chemin de la prudence. » — Antienne « Ô Sapientia », 17 décembre (traduction fidèle du latin)[49]

D'autre part — et c'est l'une des applications les plus belles de tout le Siracide —, l'Église a mis le chant de la Sagesse « sur les lèvres de la Vierge Marie ». Parce que Marie est la créature en qui la Sagesse de Dieu a le plus parfaitement habité, et par qui le Verbe est venu « demeurer parmi nous », la liturgie applique à la Mère de Dieu les paroles de Si 24 — « J'ai grandi comme un cèdre du Liban [...]. Approchez-vous de moi, vous qui me désirez » : le lectionnaire retient Si 24 parmi les lectures d'Ancien Testament du Commun de la Bienheureuse Vierge Marie — Marie, « Siège de la Sagesse » (Sedes Sapientiae)[50]. Cette lecture mariale du livre sapientiel rejoint la typologie de Marie « Siège de la Sagesse » (Sedes Sapientiae).

Le Siracide et la Réforme

Le rejet du Siracide par les réformateurs du XVIᵉ siècle s'inscrit dans leur rejet général des deutérocanoniques, suivant le principe d'un retour à la seule Bible hébraïque. Mais le cas du Siracide est particulier : son chapitre 15 fut une pièce centrale du grand débat sur le libre arbitre — Érasme en fit sa preuve maîtresse en faveur de la liberté humaine (De libero arbitrio, 1524, citant Si 15, 14-17 : « Dieu […] l'a laissé à son libre arbitre »), et Luther lui répondit point par point (De servo arbitrio, 1525). Il faut ici distinguer : la gratuité de la grâce (le salut est un don immérité de Dieu, ce que le catholicisme affirme aussi : sola gratia au sens de « par la grâce seule » comme source) n'est pas niée par le Siracide ; ce qui fut contesté, c'est la coopération réelle de l'homme à cette grâce — le libre arbitre, la charité agissante, l'aumône —, que Luther ramenait à la sola fide (« par la foi seule »). Luther rangea le livre parmi les « apocryphes », « utiles et bons à lire » mais non normatifs ; il en goûtait pourtant la sagesse pratique[51]. Pour l'Église catholique, au contraire, le Siracide reste Parole de Dieu inspirée : sa doctrine de la liberté et de la charité agissante n'est pas un défaut à corriger, mais une part authentique de la Révélation, que le concile de Trente a tenu à confirmer face aux nouveautés protestantes. Sur l'ensemble de ces questions, voir Réponses au protestantisme.

Lecture spirituelle : ce que le Siracide enseigne aujourd'hui

La crainte de Dieu, sagesse du cœur

La grande leçon du livre demeure son ouverture : « La crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse. » À une époque qui réduit volontiers la sagesse à la performance, à la technique ou au développement personnel, le Siracide rappelle qu'elle est d'abord une affaire de cœur et de relation : devenir sage, c'est apprendre à se tenir devant Dieu dans le respect aimant, à ordonner sa vie à sa volonté, à recevoir chaque chose comme un don. Cette crainte filiale n'écrase pas l'homme : elle le libère de l'idolâtrie de soi et lui donne la paix de celui qui sait à qui il appartient.

Liberté et responsabilité

Dans un monde tenté tantôt par le fatalisme (« je suis ainsi, je n'y peux rien »), tantôt par le déterminisme matérialiste qui nie toute liberté réelle, le chapitre 15 du Siracide garde une force intacte : « Si tu le veux, tu peux observer les commandements. » L'homme n'est pas le jouet de ses pulsions, de ses gènes ou de son milieu ; il est créé capable de choisir le bien, et donc responsable. Cette confiance dans la liberté humaine, soutenue par la grâce, est au cœur de l'anthropologie chrétienne et de toute vie spirituelle sérieuse : on ne devient saint ni par hasard ni par contrainte, mais par une suite de choix libres répondant à l'appel de Dieu.

L'humilité et l'abandon

Le Siracide enseigne enfin une humilité qui n'a rien d'un repli craintif : plus on est grand, plus il faut s'abaisser librement devant Dieu, et c'est dans cet abaissement confiant que l'on trouve grâce devant lui — une grandeur reçue, non une petitesse subie.

« Mon fils, accomplis toute chose dans l'humilité, et tu seras aimé plus qu'un bienfaiteur. Plus tu es grand, plus il faut t'abaisser : tu trouveras grâce devant le Seigneur. » — Siracide 3, 17-18[52]

Cette humilité s'accomplit dans l'abandon à la volonté de Dieu au cœur de l'épreuve : « Toutes les adversités, accepte-les ; [...] mets ta confiance en lui, et il te viendra en aide » (Si 2, 4.6). Le sage de Jérusalem rejoint ici, par-delà les siècles, la grande tradition spirituelle de la confiance et de l'abandon que les maîtres de l'Église placeront au sommet de la vie intérieure. Devant la souffrance, le doute ou la peur, le Siracide ne propose ni stoïcisme ni résignation, mais une paix active : craindre Dieu, choisir le bien, s'abaisser, et tout remettre entre les mains de Celui dont « toute sagesse » procède.

Pour aller plus loin

Sur le livre lui-même et les autres livres de sagesse :

Sur les questions de canon et de typologie :

Repères bibliographiques :

  • Patrick W. Skehan & Alexander A. Di Lella, The Wisdom of Ben Sira, Anchor Bible 39, Doubleday, New York, 1987.
  • Maurice Gilbert, Les cinq livres des Sages. Proverbes, Job, Qohélet, Ben Sira, Sagesse, coll. « Lire la Bible » 129, Cerf, 2003.
  • Yigael Yadin, The Ben Sira Scroll from Masada, Israel Exploration Society, Jérusalem, 1965.
  • Catéchisme de l'Église catholique, §§ 120, 1730.
  • La Bible de Jérusalem, introduction et notes au livre de l'Ecclésiastique (Siracide), éd. du Cerf.

Notes et références

  1. Siracide 50, 27, traduction liturgique (AELF). Le colophon nomme l'auteur : « Jésus, fils de Sira, fils d'Éléazar, de Jérusalem » (grec : Ièsous huios Sirach Eleazar ho Hierosolymitès). Unique colophon signé du nom de l'auteur dans tout l'Ancien Testament.

    1 7
  2. Siracide 15, 11.14-17, traduction liturgique (AELF). Texte majeur sur le libre arbitre : Dieu n'est jamais l'auteur du péché ; il a créé l'homme libre et responsable, placé devant le feu et l'eau, la vie et la mort.

    2 39
  3. « Siracide » est la francisation savante du grec Sirach (Σιράχ), forme du nom du grand-père de l'auteur. Le titre est aujourd'hui retenu par la Bible de Jérusalem, la Traduction œcuménique de la Bible (TOB) et la traduction liturgique de l'AELF. Cf. introduction de la Bible de Jérusalem au Siracide.

    3
  4. Le nom latin Ecclesiasticus (« livre de l'Église ») est le titre propre de ce livre dans l'Église d'Occident : saint Cyprien (milieu du IIIᵉ siècle) cite déjà le Siracide comme Écriture dans ses Testimonia — par exemple III, 35 (Si 5, 4, trad. AELF : « Ne dis pas : “J'ai péché, et rien ne m'est arrivé”, car le Seigneur sait attendre longtemps ») et III, 95 (Si 6, 16 ; 9, 13.16 ; 25, 9 ; 28, 24), où la traduction anglaise de Wallis (ANF, vol. V) introduit ces passages par « in Ecclesiasticus ». En revanche, Testimonia III, 86 ne cite pas le Siracide : sa première preuve (« Celui qui fend du bois s'expose au danger ») renvoie à Qo 10, 9 — une traduction en ligne fautive l'attribue à l'Ecclesiasticus, ce qu'il ne faut pas reprendre. La tradition a conservé le nom d'Ecclesiasticus à ce seul livre, par excellence, parce qu'il était abondamment lu à l'église et servait de manuel d'instruction morale aux catéchumènes et aux fidèles. Il faut le distinguer de la catégorie plus large des libri ecclesiastici de Rufin d'Aquilée (fin du IVᵉ siècle, Exposition du Symbole, § 38), qui englobe l'ensemble des deutérocanoniques. Cf. Encyclopédie catholique, « Ecclesiasticus » (newadvent.org).

    4
  5. Le titre hébreu et la tradition rabbinique nomment le livre Sefer Ben Sira (« Livre de Ben Sira »). C'est le titre le plus exact puisqu'il désigne l'auteur. Cf. Jewish Encyclopedia (1906), « Sirach, The Wisdom of Jesus the Son of » ; P. W. Skehan & A. A. Di Lella, The Wisdom of Ben Sira, Anchor Bible 39, 1987 (ouvrage de référence, sans renvoi de pages vérifié dans cette note).

    5
  6. La quasi-homonymie latine est une source classique de confusion : Ecclesiastes = Qohélet (l'Ecclésiaste, livre protocanonique court, « Vanité des vanités ») ; Ecclesiasticus = Ben Sira (le Siracide, livre deutérocanonique long). Les deux sont des livres de sagesse composés en hébreu, mais d'auteurs, de dates et de statuts canoniques distincts, et leurs histoires de transmission diffèrent.

    6
  7. Il faut distinguer trois choses. (1) La traduction : la traduction liturgique (AELF) rend Si 50, 27 par « Jésus, fils de Sira, fils d'Éléazar, de Jérusalem ». (2) Les variantes manuscrites : le grec de l'édition Rahlfs porte Ἰησοῦς υἱὸς Σιραχ Ελεαζαρ ὁ Ἱεροσολυμίτης (« Jésus fils de Sirach, Éléazar, de Jérusalem »), avec Éléazar au nominatif — une faute pour le génitif Ἐλεαζάρου (« fils d'Éléazar ») ; les grandes onciales (Vaticanus, Sinaiticus, Alexandrinus, Venetus) portent cet ajout d'Éléazar (Ἐλεάζαρ ou Ἐλεάσαρος), probablement le nom du grand-père de l'auteur. Le manuscrit hébreu B de la Genizah et la copie qu'utilisait Saadia Gaon au Xᵉ siècle ajoutent quant à eux un Shim'on en tête : « Shim'on ben Yeshua ben Eléazar ben Sira ». (3) La reconstruction critique : Yeshua ben Eléazar ben Sira, d'où le nom courant de Ben Sira. Cf. Jewish Encyclopedia (1906), « Sirach, The Wisdom of Jesus the Son of » ; Rahlfs, Septuaginta, Si 50, 27.

    8
  8. Ben Sira se présente comme un scribe et un sage de métier ; son école est évoquée en Si 51, 23, traduction liturgique (AELF) : « Approchez-vous de moi, vous qui n'avez pas d'instruction, prenez place dans mon école ». L'idéal du scribe est décrit longuement en Si 38, 24 – 39, 11.

    9
  9. Prologue du traducteur grec du Siracide, traduction liturgique (AELF). Le petit-fils de l'auteur explique avoir traduit en grec l'œuvre hébraïque de son grand-père pour les Juifs de la diaspora. Ce prologue ne fait pas partie du texte inspiré au sens strict mais est transmis avec lui.

    10
  10. La « trente-huitième année du règne de Ptolémée Évergète » désigne Ptolémée VIII Évergète II (qui comptait son règne depuis 170 av. J.-C.), soit 132 av. J.-C. pour l'arrivée du petit-fils en Égypte — arrivée à distinguer de l'achèvement de la traduction, postérieur et de date inconnue (le prologue dit seulement le labeur que ce travail coûta). Le grand-père a donc composé l'œuvre une à deux générations plus tôt, vers 190-180 av. J.-C. Texte même du prologue (trad. AELF).

    11
  11. Le prologue mentionne à trois reprises la Loi, les Prophètes et les autres livres qui les suivent (trad. AELF : « la Loi elle-même, les Prophètes et les autres livres »). C'est l'un des plus anciens témoignages conservés d'une division tripartite de la Bible hébraïque (Torah, Nebiim, Ketuvim), antérieur à la fixation du canon juif. Texte même du prologue (prologue du Siracide, trad. AELF, disponible sur aelf.org).

    12
  12. Le prologue contient cette remarque célèbre (trad. AELF : « ce qui est exprimé à l'origine en hébreu n'a plus la même force une fois traduit dans une autre langue »), l'une des plus anciennes réflexions explicites conservées sur les limites de la traduction.

    13
  13. Les sept livres deutérocanoniques de l'Ancien Testament sont : Tobie, Judith, Sagesse, Siracide (Ecclésiastique), Baruch, 1 et 2 Maccabées ; s'y ajoutent les parties deutérocanoniques d'Esther et de Daniel. Cf. Catéchisme de l'Église catholique, § 120.

    14
  14. Catéchisme de l'Église catholique, § 120 : énumération des 46 livres de l'Ancien Testament reçus par l'Église, Siracide compris (texte contrôlé mot à mot sur vatican.va, qui cite lui-même DS 179 ; 1334-1336 ; 1501-1504). Le terme « deutérocanonique » (forgé par Sixte de Sienne au XVIᵉ s.) signifie « du second canon » au sens chronologique de la réception, non d'une moindre inspiration.

    15
  15. Concile de Trente, IVᵉ session, décret De canonicis Scripturis (8 avril 1546). Texte dans Denzinger, n° 1501-1504 (1501 : réception et vénération des livres ; 1502 : liste de l'Ancien Testament nommant l'Ecclesiasticus ; 1503 : Nouveau Testament ; 1504 : anathème « Si quis autem libros ipsos integros... ») — mêmes numéros cités par le Catéchisme, § 120. Liste complète sur en.wikisource.org (Canons and Decrees of the Council of Trent, Session IV). Session, date et liste vérifiées (IVᵉ session, 8 avril 1546).

    16
  16. Le canon incluant le Siracide est attesté avant Trente : conciles d'Hippone (393) et de Carthage (397 et 419), et usage liturgique constant (dates confirmées). Cf. Encyclopédie catholique, « Canon of the Old Testament » (newadvent.org).

    17
  17. Saint Athanase d'Alexandrie, Lettre festale 39 (367) : il distingue les livres « canoniques » au sens strict des livres que les Pères ont « prescrit de lire » aux catéchumènes pour leur édification — parmi lesquels la Sagesse de Salomon, la Sagesse de Sira (Ecclésiastique), Esther, Judith et Tobie. Témoignage majeur de l'usage ecclésial ancien du Siracide.

    18
  18. Saint Augustin, De doctrina christiana II, 8, 13, inclut l'Ecclesiasticus dans son énumération des livres canoniques de l'Écriture, reflétant la position des conciles africains (Hippone, Carthage) qu'il a inspirés.

    19
  19. Saint Jérôme n'a pas traduit le Siracide à neuf pour la Vulgate : le texte latin de l'Ecclesiasticus reste pour l'essentiel l'ancienne version latine pré-hiéronymienne (Vetus Latina), faite sur le grec et retouchée à la marge seulement avant son adoption dans la Vulgate ; elle comporte des versets et expansions (le texte grec long, « GII ») absents du texte court. Cf. Encyclopédie catholique, « Ecclesiasticus » (newadvent.org) ; introduction de la Bible de Jérusalem (citée sans renvoi de pages vérifié dans cette note).

    20
  20. Plusieurs traités du Talmud et des midrashim citent Ben Sira, parfois introduit par des formules proches de celles réservées à l'Écriture, signe que le livre est resté lu et estimé dans le judaïsme malgré son exclusion du canon. Cf. Jewish Encyclopedia (1906), « Sirach, The Wisdom of Jesus the Son of ».

    21
  21. En Occident chrétien, le Siracide ne fut plus connu pendant des siècles que par le grec, le latin (et en Orient par le syriaque de la Peshitta) ; certains érudits doutaient même qu'il eût existé un original hébreu. Mais l'hébreu de Ben Sira circulait toujours dans le monde juif : citations talmudiques, sept citations relevées chez Saadia Gaon (Xᵉ siècle) et copies médiévales. Cf. The Book of Ben Sira, Introduction (bensira.org) ; Jewish Encyclopedia (1906), « Sirach, The Wisdom of Jesus the Son of » (Saadia et citations talmudiques).

    22
  22. La redécouverte commence en 1896, lorsque Agnes Lewis et Margaret Gibson rapportent du Caire un feuillet que Solomon Schechter identifie comme un fragment hébreu de Ben Sira, issu de la Genizah de la synagogue Ben Ezra (Le Caire). On en retrouvera environ les deux tiers, répartis sur plusieurs manuscrits médiévaux (sigles A à F). Le mot de rétroversion employé dans le corps de l'article désigne l'hypothèse alors débattue d'une re-traduction tardive en hébreu faite à partir du grec. Cf. Cambridge University Library, Taylor-Schechter Genizah Research Unit.

    23
  23. Yigael Yadin exhume le 8 avril 1964 à Massada (forteresse tombée en 73 ou 74 apr. J.-C.), dans une casemate du rempart oriental, un rouleau hébreu du Siracide (Si 39, 27 – 43, 30, soit les chapitres 39 à 44), publié dans The Ben Sira Scroll from Masada, with Introduction, Emendations, and Commentary (Israel Exploration Society et Shrine of the Book, Jérusalem, 1965). Sa concordance pour l'essentiel avec les manuscrits de la Genizah fit largement admettre aux spécialistes que ces derniers transmettaient un hébreu authentique et ancien (ouvrage cité au niveau du volume, sans renvoi de pages vérifié dans cette note).

    24
  24. À Qumran, deux témoins de dates distinctes : un petit fragment (2Q18, restes de Si 6) en écriture dite hérodienne ; et le grand Rouleau des Psaumes de la grotte 11 (11QPsa), qui inclut le poème final (Si 51, 13-30) et que la Library of Congress date d'environ 30-50 apr. J.-C. (« Copied ca. 30-50 C.E. »). Ils confirment l'ancienneté et la continuité du texte hébreu. Cf. Library of Congress, exposition Scrolls from the Dead Sea, notice du Psalms Scroll.

    25
  25. Datation majoritaire : premier quart du IIᵉ s. av. J.-C., vers 190-180 av. J.-C. — elle découle du prologue (arrivée du petit-fils en Égypte en 132 av. J.-C.) et des indices internes rappelés dans le corps de l'article (ouvrages de référence cités sans renvoi de pages vérifié dans cette note : Skehan & Di Lella, The Wisdom of Ben Sira, Anchor Bible 39, Doubleday, 1987 ; introduction de la Bible de Jérusalem au Siracide). Le pontificat de Simon II (219-196 av. J.-C.) est celui que retiennent les notes de la NABRE à Si 50.

    26
  26. Deux indices situent le livre avant la crise maccabéenne : l'éloge vivant du grand prêtre Simon II (Si 50), que Ben Sira semble avoir connu, et l'absence totale de toute allusion à la persécution d'Antiochos IV Épiphane (à partir de 167 av. J.-C.) et à la révolte des Maccabées. La datation précise du pontificat de Simon II (219-196 av. J.-C., donnée dans le corps de l'article) est celle des notes de la NABRE à Si 50 (« Simeon II, in whose time as high priest (219–196 B.C.) »).

    27
  27. Siracide 38, 24 – 39, 11 : grand portrait du scribe idéal, opposé (sans mépris) aux artisans (laboureur, graveur, forgeron, potier) qui « assurent la solidité du monde » mais n'ont pas le loisir de la sagesse. L'idéal du sage : méditer la Loi, scruter la sagesse des anciens, voyager, prier, conseiller les grands.

    28
  28. Le Siracide est lu par les spécialistes comme une réponse à la pénétration de la culture grecque en Judée : Ben Sira oppose à la sagesse hellénistique une sagesse pleinement juive, identifiée à la Loi de Moïse (cf. Si 24) — lecture proposée par les ouvrages de référence (introduction de la Bible de Jérusalem ; Maurice Gilbert, Les cinq livres des Sages. Proverbes, Job, Qohélet, Ben Sira, Sagesse, coll. « Lire la Bible » 129, Cerf, 2003 ; cités sans renvoi de pages vérifié dans cette note).

    29
  29. Le livre n'a pas de plan strictement systématique ; les commentateurs y distinguent néanmoins de grands ensembles (ch. 1-23 ; 24-43 ; 44-50 ; appendice ch. 51), articulés par les poèmes sur la Sagesse (1 ; 24) — découpage suivi par les ouvrages de référence (dont Skehan & Di Lella, The Wisdom of Ben Sira, Anchor Bible 39, 1987, cité sans renvoi de pages vérifié dans cette note).

    30
  30. Siracide 1, 1, traduction liturgique (AELF) : « Toute sagesse vient du Seigneur, et demeure auprès de lui pour toujours. » Verset programmatique de tout le livre : la sagesse a Dieu pour unique source.

    31
  31. Siracide 1, 14 et 16, traduction liturgique (AELF). Le thème de la « crainte du Seigneur » (commencement, plénitude, racine et couronne de la sagesse) structure le premier poème et tout le livre. Il rejoint Pr 1, 7 et Ps 110 (111), 10.

    32
  32. Siracide 2, 1.4-5, traduction liturgique (AELF). Sur le service de Dieu et l'épreuve : « prépare-toi à subir l'épreuve [...] car l'or est vérifié par le feu, et les hommes agréables à Dieu, par le creuset de l'humiliation. »

    33
  33. Siracide 24, 3 et 8, traduction liturgique (AELF). La Sagesse personnifiée chante son origine (« Je suis sortie de la bouche du Très-Haut ») et son installation en Israël sur l'ordre du Créateur. Parallèle majeur : Pr 8, 22-31.

    34
  34. Siracide 24, 23, traduction liturgique (AELF) : la Sagesse cosmique est explicitement identifiée à la Loi de Moïse — « Tout cela, c'est le livre de l'alliance du Dieu Très-Haut, la Loi que Moïse nous a prescrite, héritage laissé aux assemblées de Jacob. » Geste théologique central du livre. (Numérotation grecque ; Vulgate : Si 24, 32-33.)

    35
  35. Siracide 44, 1-2, traduction liturgique (AELF). Ouverture de l'Éloge des Pères (latin : Laudemus viros gloriosos et parentes nostros in generatione sua).

    36
  36. Siracide 50, 1-21, traduction liturgique (AELF) : portrait du grand prêtre Simon, fils d'Onias (Simon II), célébré pour avoir réparé et fortifié le Temple et pour la splendeur de sa liturgie. Simon lui-même est comparé au soleil, à la lune, à l'arc-en-ciel, à l'olivier et au cyprès (Si 50, 6-10 : « comme le cyprès qui s'élève jusqu'aux nuages ») ; la comparaison au cèdre du Liban (Si 50, 12 : « ses frères autour de lui formaient une couronne, pareils à la ramure des cèdres du Liban ») concerne ses frères prêtres qui l'entourent. Sommet de la section et de tout le livre.

    37
  37. Siracide 44, 9-10 et 14, traduction liturgique (AELF). Méditation sur la mémoire des justes : ceux dont le nom s'est perdu et ceux, « hommes de miséricorde », dont « les œuvres de justice n'ont pas été oubliées » et dont « le nom reste vivant pour toutes les générations ».

    38
  38. Catéchisme de l'Église catholique, § 1730 : « Dieu a créé l'homme raisonnable en lui conférant la dignité d'une personne douée de l'initiative et de la maîtrise de ses actes. "Dieu a 'laissé l'homme à son propre conseil' (Si 15, 14) pour qu'il puisse de lui-même chercher son Créateur et, en adhérant librement à Lui, parvenir à la pleine et bienheureuse perfection" » (la seconde phrase reprenant Gaudium et spes, 17). Le Siracide y fonde la doctrine catholique de la liberté (citation contrôlée mot à mot sur vatican.va, avec le renvoi « (GS 17) »).

    40
  39. Le Concile de Trente, VIᵉ session (13 janvier 1547), Décret sur la justification, définit contre tout déterminisme que le libre arbitre de l'homme, « mû et excité par Dieu », coopère en donnant son assentiment à l'appel divin — et peut refuser cet assentiment : can. 4 (Denzinger-Hünermann n° 1554, « Si quis dixerit liberum hominis arbitrium a Deo motum et excitatum... » ; VIᵉ session, 13 janvier 1547 — session et date vérifiées). Le chapitre 15 du Siracide — notamment Si 15, 14, cité par le Catéchisme (§ 1730) à la suite de Gaudium et spes, 17 — est le lieu scripturaire classique de cette même doctrine : Dieu n'est jamais l'auteur du péché, et l'homme demeure libre et responsable. Le catholicisme tient ensemble souveraineté divine et liberté humaine.

    41
  40. Siracide 3, 12-13, traduction liturgique (AELF). Devoir d'assister le père âgé, même diminué (« même si son esprit l'abandonne »). Le lectionnaire donne pour la messe de la Sainte Famille, en année A, la péricope Si 3, 2-6.12-14 (« Celui qui craint le Seigneur honore ses parents ») en première lecture (vérifié sur le lectionnaire AELF en vigueur : Sainte Famille, année A, première lecture Si 3, 2-6.12-14).

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  41. Siracide 3, 30, traduction liturgique (AELF) : « L'eau éteint la flamme du feu, et l'aumône obtient le pardon des péchés. » À rapprocher de Tb 12, 9 et de 1 P 4, 8 (« la charité couvre une multitude de péchés »).

    44
  42. Siracide 38, 1 et 4, traduction liturgique (AELF). Éloge du médecin et de la médecine, dons de Dieu : honorer le médecin, ne pas mépriser les remèdes que le Seigneur a tirés de la terre.

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  43. Siracide 38, 1-15, traduction liturgique (AELF), articule prière, conversion, sacrifice et recours au médecin (« Puis fais venir le médecin : le Seigneur l'a créé, lui aussi », v. 12). Clément d'Alexandrie cite ce passage comme une parole de l'Écriture, à propos de l'usage des onguents (Pédagogue, livre II, ch. 8) : « Honour the physician for his usefulness, says the Scripture, for the Most High made him; and the art of healing is of the Lord » (Si 38, 1-2, avec la suite sur le préparateur d'onguents, Si 38, 7-8). Texte contrôlé sur la traduction anglaise des Ante-Nicene Fathers, vol. 2 (trad. W. Wilson, 1885), en ligne sur newadvent.org (Pédagogue, livre II, ch. 8, On the Use of Ointments and Crowns).

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  44. Siracide 6, 14-15, traduction liturgique (AELF) : « Un ami fidèle, c'est un refuge assuré [...]. Un ami fidèle n'a pas de prix. » L'un des plus beaux éloges bibliques de l'amitié (cf. tout le développement Si 6, 5-17).

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  45. Saint Cyprien cite réellement le Siracide dans ses Testimonia : II, 1 ; III, 1, 35 (Si 5, 4), 51 (Si 10, 26) et 95 (Si 6, 16 ; 9, 13.16 ; 25, 9 ; 28, 24) — relevé confirmé par la Jewish Encyclopedia (« Ecclesiasticus ») pour II, 1 et III, 1.35.51.95, et contrôlé sur le texte (ANF, vol. V) pour III, 35, 51 et 95 — mais pas en III, 86, dont la première preuve appartient à Qo 10, 9 (voir note nom-ecclesiastique). Pour l'Imitation de Jésus-Christ, il faut distinguer trois cas. (1) Allusion : livre I, ch. 17 « De la vie religieuse » — « ici les hommes sont éprouvés comme l'or dans la fournaise » renvoie à Si 2, 5 (« car l'or est vérifié par le feu »), et non à Si 1, 17-18. (2) Note ajoutée par un éditeur : le rapprochement du livre III, ch. 30 (« je suis proche et je rendrai toutes choses… ») avec Si 35, 20 vient des notes marginales de certaines éditions, pas du texte de l'Imitation. (3) Rapprochements non validés : les ch. I, 4 et I, 20 ne contiennent aucune citation vérifiable de Si 19, 16, Si 14, 1 ou Si 2, 11 — ces références sont retirées. Surtout, l'Imitation ne nomme le Siracide nulle part dans son texte (le mot Ecclesiasticus n'y figure pas). Texte contrôlé sur l'édition du Projet Gutenberg (d'après l'édition anglaise de 1893). Sur l'usage du Siracide dans la catéchèse morale et la liturgie, qui lui a valu son nom d'Ecclesiasticus, voir Encyclopédie catholique, « Ecclesiasticus » (newadvent.org).

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  46. La première des grandes antiennes « Ô » de l'Avent (Liturgia Horarum, 17 décembre, antienne du Magnificat aux vêpres), « O Sapientia, quae ex ore Altissimi prodiisti, attingens a fine usque ad finem, fortiter suaviterque disponens omnia : veni ad docendum nos viam prudentiae », s'inspire directement de Si 24, 3 (« Je suis sortie de la bouche du Très-Haut ») et de Sg 8, 1. Traduction française ci-dessus : traduction fidèle du latin. Elle invoque la Sagesse de Dieu, lue par la liturgie comme figure du Christ à venir (attribution vérifiée : AELF, vêpres du 17 décembre, antienne du Magnificat « Ô Sagesse de la bouche du Très-Haut... » ; Si 24, 3 et Sg 8, 1 contrôlés dans la traduction liturgique).

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  47. Le lectionnaire retient Si 24 parmi les lectures d'Ancien Testament du Commun de la Bienheureuse Vierge Marie : l'Ordo Lectionum Missae y propose, en une seule option d'Ancien Testament (n° 707, 6ᵉ lecture), le passage Sir 24, 1.3-4.8-12.19-21 (référence de l'édition latine ; la numérotation française courante peut différer d'un ou deux versets). L'application mariale, elle, est bien attestée : la liturgie met ainsi le chant de la Sagesse sur les lèvres de la Vierge Marie, créature en qui la Sagesse a parfaitement habité et par qui le Verbe est venu demeurer parmi les hommes. Cette lecture mariale prolonge le titre Sedes Sapientiae (« Siège de la Sagesse », invoqué dans les litanies de Lorette).

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  48. Martin Luther range l'Ecclésiastique parmi les « apocryphes », sous l'intitulé placé en tête de cette section : « Apocrypha. Das sind Bücher, so der heiligen Schrift nicht gleich gehalten, und doch nützlich und gut zu lesen sind » (« livres qui ne sont pas tenus pour égaux aux Saintes Écritures, mais cependant utiles et bons à lire ») — formule de la Bible de Luther, section des apocryphes (édition de 1534, cf. relevé sur bible-researcher.com). Le point doctrinal précis où le Siracide fut contesté est le libre arbitre : Érasme avait fait de Si 15, 14-17 la preuve maîtresse de son De libero arbitrio (1524), et Luther y répondit dans son De servo arbitrio (1525) en contestant la force probante du passage — et en rappelant que l'Ecclésiastique ne figurait pas au canon. La gratuité de la grâce comme don de Dieu n'est pas en cause : elle est aussi la doctrine catholique ; ce qui fut contesté, c'est la coopération réelle de la liberté humaine et la valeur des œuvres de charité.

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  49. Siracide 3, 17-18, traduction liturgique (AELF) : « Mon fils, accomplis toute chose dans l'humilité, et tu seras aimé plus qu'un bienfaiteur. Plus tu es grand, plus il faut t'abaisser : tu trouveras grâce devant le Seigneur. » L'un des grands textes bibliques sur l'humilité.

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