Les livres des Maccabées referment la grande bibliothèque historique de l'Ancien Testament. Après l'épopée de l'entrée en Terre promise — Josué, les Juges, Samuel, les Rois —, après l'Exil et le retour racontés par les Chroniques, Esdras et Néhémie, ils racontent le dernier grand combat d'Israël avant la venue du Christ : la révolte d'un petit peuple fidèle contre un empire qui veut lui arracher sa foi. Nous sommes au IIᵉ siècle avant Jésus-Christ (règne d'Antiochos IV : 175-164 ; révolte de Judas Maccabée : 167-160, puis Judée hasmonéenne jusqu'à l'assassinat de Simon en 134 (135 selon certaines chronologies[1])). Le roi grec Antiochos IV Épiphane a profané le Temple de Jérusalem, interdit la Loi de Moïse sous peine de mort, et dressé une idole sur l'autel des holocaustes. Contre lui se lèvent un vieux prêtre, Mattathias, et ses fils — au premier rang desquels Judas, surnommé "le Marteau" (Maccabée), qui donnera son nom à toute l'aventure.
Mais ces deux livres sont bien plus qu'une chronique de guerre. Ils sont, dans toute la Bible, les pages où s'expriment avec le plus de force quatre vérités que le christianisme tiendra pour centrales : la résurrection des morts, la création du monde à partir de rien, la prière efficace pour les défunts, et l'intercession des saints du Ciel. C'est ici que sept frères et leur mère affrontent le martyre en confessant que « le Roi du monde [les] ressuscitera » (extrait, 2 M 7, 9) ; c'est ici que Judas Maccabée fait offrir un sacrifice pour ses soldats tombés, « afin que les morts soient délivrés de leurs péchés » (extrait, 2 M 12, 46) — verset que l'Église citera pendant des siècles pour fonder sa foi au purgatoire.
C'est aussi pour cette raison que les livres des Maccabées sont, depuis la Réforme, au cœur d'un débat sur le canon des Écritures : reçus par les catholiques et les orthodoxes, ils ont été retirés des bibles protestantes — précisément, pour partie, parce qu'ils soutenaient une doctrine que les réformateurs combattaient. Cet article présente donc : (1) l'identité de ces livres — nom, nombre, place, langue ; (2) le contexte historique de la crise hellénistique et d'Antiochos IV ; (3) le premier livre, geste sobre de la dynastie hasmonéenne ; (4) le second livre, drame théologique du martyre ; (5) les grandes doctrines qui en dépendent ; (6) la question du canon qui sépare catholiques et protestants ; (7) leur lecture spirituelle et leur actualité. Pour le recueil biblique dans son ensemble, voir La Bible et Ancien Testament ; pour la prophétie qui éclaire ces événements, le livre de Daniel.
Identité des livres : nom, nombre et langue
Un nom venu d'un surnom de guerre
Le mot « Maccabées » ne désigne au départ ni un auteur ni un lieu, mais un homme : Judas, troisième fils de Mattathias et âme de la révolte. Son surnom, Maqqaba en hébreu, signifie selon l'interprétation la plus reçue « le marteau » — image du guerrier qui frappe et brise les armées ennemies, comme le marteau l'enclume[2]. De Judas, le surnom est passé à ses frères, puis à toute la famille — qu'on appelle aussi les Hasmonéens, du nom d'un ancêtre, Hashmon — et enfin aux deux livres qui racontent leur histoire. « Les Maccabées », c'est donc d'abord une famille de combattants de la foi, et par extension les livres qui chantent leur résistance.
Deux livres — et même quatre
La tradition connaît quatre livres portant ce titre, mais seuls deux appartiennent au canon de l'Église catholique[3] :
| Livre | Statut catholique | Langue | Sujet |
|---|---|---|---|
| 1 Maccabées | Canonique (deutérocanonique) | grec (original hébreu perdu) | Révolte hasmonéenne, de Mattathias à Simon (~175-134) |
| 2 Maccabées | Canonique (deutérocanonique) | grec | Profanation, martyres, victoires de Judas (~180-161) |
| 3 Maccabées | Non canonique | grec | Persécution des juifs d'Égypte (récit situé sous Ptolémée IV) |
| 4 Maccabées | Non canonique | grec | Traité philosophique sur la raison et les passions |
1 et 2 Maccabées ne forment pas une œuvre suivie en deux tomes. Ce sont deux ouvrages indépendants, d'auteurs différents, qui racontent partiellement les mêmes événements sous deux angles opposés : le premier en chronique militaire sobre, le second en drame religieux. 3 et 4 Maccabées, présents dans certains grands manuscrits grecs comme le Codex Alexandrinus, n'ont jamais été tenus pour canoniques par l'Église latine : 3 Maccabées est reçu au canon de plusieurs Églises orthodoxes de tradition grecque et slave, tandis que 4 Maccabées figure généralement en appendice, non canonique — parfois présenté comme reçu au canon de la seule Église géorgienne, présentation que d'autres contestent : son statut exact reste donc discuté. 3 Maccabées raconte une persécution des juifs d'Égypte sans rapport avec la révolte ; 4 Maccabées est une méditation philosophique d'inspiration stoïcienne sur l'empire de la raison sur les passions[4].
Place dans le canon : les derniers livres historiques
Dans la Bible catholique, les livres des Maccabées closent la série des livres historiques de l'Ancien Testament — cette grande fresque qui court de Josué à Esther et raconte l'histoire d'Israël depuis l'entrée en Canaan[5]. Ils en sont le dernier maillon chronologique : avec eux, le récit biblique de l'Ancien Testament s'avance au plus près du Nouveau, à un peu plus d'un siècle de la naissance du Christ. Après les Maccabées, la Bible se tait sur l'histoire d'Israël jusqu'à ce que paraisse, dans l'Évangile, « Jésus, né à Bethléem de Judée, au temps du roi Hérode ».
Cette place ultime n'est pas qu'une affaire de calendrier. Elle situe les Maccabées au seuil de l'attente messianique : le peuple qui se bat pour son Temple et sa Loi est celui-là même qui, un peu plus d'un siècle et demi plus tard, verra le Messie monter à ce Temple. Et c'est précisément dans ces livres que la foi d'Israël mûrit vers ses sommets — la résurrection, la vie éternelle — que le Christ viendra accomplir.
Texte et langue : un héritage de la Septante
Les deux livres nous sont parvenus en grec, par l'intermédiaire de la Septante — la traduction grecque de la Bible réalisée à Alexandrie à partir du IIIᵉ siècle av. J.-C., et que l'Église primitive a reçue comme sa Bible[6]. Pour 2 Maccabées, le grec est la langue d'origine : l'ouvrage a été pensé et écrit en grec, dans le beau style rhétorique de la diaspora hellénophone. Pour 1 Maccabées, le cas est différent : tout indique que l'auteur écrivait en hébreu — saint Jérôme affirmait encore avoir vu le texte hébreu[7] —, mais cet original s'est perdu, et seul subsiste le grec. Ce détail aura son importance dans le débat sur le canon : c'est en partie parce que l'hébreu avait disparu et que les livres ne circulaient qu'en grec qu'ils ne furent pas retenus dans la Bible juive rabbinique.
Le contexte : la crise hellénistique et Antiochos IV
Pour comprendre les Maccabées, il faut remonter à Alexandre le Grand. À sa mort (323 av. J.-C.), son empire se partage entre ses généraux. La Judée tombe d'abord sous la coupe des Lagides d'Égypte, puis, après 200 av. J.-C., sous celle des Séleucides de Syrie. Avec eux déferle l'hellénisme : langue grecque, gymnases, cités à la grecque, panthéon olympien. Une partie de l'aristocratie juive de Jérusalem se laisse séduire et veut « moderniser » Israël en l'alignant sur la culture dominante. C'est la toile de fond du drame[8].
L'hellénisation et la crise du sacerdoce
La crise éclate au cœur même du sacerdoce. Le grand prêtre légitime, Onias III, homme pieux, est évincé par son frère Jason, qui achète la charge au roi et transforme Jérusalem en cité grecque, allant jusqu'à bâtir un gymnase au pied de la Citadelle où de jeunes prêtres délaissent l'autel pour les jeux du stade (2 M 4). Jason est bientôt supplanté par un intrigant pire encore, Ménélas, qui pille les vases sacrés du Temple. Le sanctuaire de Dieu devient l'enjeu d'une surenchère de corruption. La maladie hellénistique n'est donc pas seulement venue de l'extérieur : elle a trouvé en Israël même des complices, et c'est cette apostasie interne que les Maccabées combattront autant que l'armée du roi.
Antiochos IV Épiphane et l'abomination de la désolation
En 175 av. J.-C. monte sur le trône séleucide Antiochos IV, qui se fait surnommer Épiphane — « le [dieu] manifeste » —, titre d'une démesure que ses contemporains railleront en Épimane, « le fou ». Revenant frustré d'une campagne d'Égypte, il décide de briser net la singularité juive. En 167 av. J.-C., il franchit l'irréparable : il fait cesser le sacrifice quotidien, interdit le sabbat, la circoncision et la lecture de la Loi sous peine de mort, fait brûler les rouleaux de l'Écriture, et — sommet de l'horreur pour un juif — érige sur l'autel des holocaustes un autel païen à Zeus Olympien, où l'on immole des porcs. C'est ce que la Bible nomme l'« abomination de la désolation »[9].
« Le quinzième jour du neuvième mois, en l'année 145, Antiocos éleva sur l'autel des sacrifices l'Abomination de la désolation, et, dans les villes de Juda autour de Jérusalem, ses partisans élevèrent des autels païens. » — 1 Maccabées 1, 54[10]
L'expression n'est pas neuve : elle vient du livre de Daniel (Dn 9, 27 ; 11, 31 ; 12, 11), qui avait annoncé en termes voilés cette profanation. Les deux livres s'éclairent mutuellement : Daniel prophétise la persécution sous le chiffre des « quatre royaumes », les Maccabées la racontent en clair. Et le Christ lui-même reprendra l'expression de Daniel pour annoncer la ruine future de Jérusalem (Mt 24, 15) — preuve que l'épreuve maccabéenne est devenue, dans la Bible, le type de toute persécution de la foi[11].
Le premier livre des Maccabées : la geste hasmonéenne
Le premier livre est une chronique de guerre au style dépouillé, presque annalistique. Son auteur, un juif de Judée fervent partisan de la dynastie hasmonéenne, écrit probablement sous le règne de Jean Hyrcan (134-104 av. J.-C.), assez près des faits pour en garder la mémoire vive[12]. Il raconte, en seize chapitres, comment une famille de prêtres de campagne a sauvé la foi d'Israël.
Mattathias et le refus de l'apostasie
Tout commence dans le village de Modîn, où des officiers du roi viennent contraindre les juifs à sacrifier aux idoles. Le vieux prêtre Mattathias est sommé de donner l'exemple. Sa réponse est le manifeste de toute la révolte :
« Toutes les nations qui appartiennent aux États du roi peuvent bien lui obéir [...]. Mais moi, mes fils et mes frères, nous suivrons l'Alliance de nos pères. Que le Ciel nous préserve d'abandonner la Loi et ses préceptes ! » — 1 Maccabées 2, 19-21[13]
Voyant un autre juif s'avancer pour sacrifier, Mattathias, enflammé d'ardeur pour la Loi, le tue sur l'autel même, abat l'officier royal, renverse l'autel païen, puis crie par la ville : « Ceux qui sont enflammés d'une ardeur jalouse pour la Loi, et qui soutiennent l'Alliance, qu'ils sortent tous de la ville à ma suite. » (1 M 2, 27). Il s'enfuit dans les montagnes avec ses fils, et la résistance armée est née. Mourant l'année suivante (166 av. J.-C.), il confie le commandement à son fils Judas — non sans avoir rappelé à ses enfants l'exemple des héros de la foi, d'Abraham à Daniel.
Judas Maccabée, « le Marteau »
Judas Maccabée est le grand héros du livre. À la tête d'une poignée d'hommes mal armés, il défait coup sur coup les généraux séleucides Apollonius, Séron, Gorgias et Lysias. Sa stratégie est celle de la guérilla, mais sa vraie arme est la foi. Avant chaque bataille contre des forces écrasantes, il rappelle aux siens que la victoire ne tient pas aux gros bataillons :
« Il arrive facilement qu'une multitude tombe aux mains d'un petit nombre [...]. En effet, la victoire au combat ne dépend pas de l'importance de l'armée : c'est du Ciel que vient la force. » — 1 Maccabées 3, 18-19[14]
Cette parole résume la théologie de tout le livre : Israël ne vainc pas par sa puissance, mais parce que Dieu combat pour lui — exactement comme au temps de Josué et de Gédéon. La figure de Judas a tant frappé l'Occident chrétien qu'on l'a rangé, au Moyen Âge, parmi les Neuf Preux, ces neuf modèles de chevalerie aux côtés de David, d'Alexandre et de Charlemagne[15].
La purification du Temple et la fête de la Dédicace
Le sommet du premier livre est la reconquête de Jérusalem et la purification du Temple profané. Judas démolit l'autel souillé, en bâtit un neuf avec des pierres intactes, refait les objets sacrés, et rallume la lampe du sanctuaire. Le 25 du mois de Kisleu 164 av. J.-C. — trois ans après la profanation —, on offre de nouveau le sacrifice. La joie est si grande qu'on institue une fête annuelle :
« Judas Maccabée décida, avec ses frères et toute l'assemblée d'Israël, que l'anniversaire de la dédicace de l'autel serait célébré pendant huit jours chaque année à cette date, dans la joie et l'allégresse. » — 1 Maccabées 4, 59[16]
Cette fête est la Hanoukka — la « Dédicace » —, toujours célébrée par les juifs aujourd'hui, huit jours durant, autour de l'allumage des lumières. Elle est aussi, fait remarquable, la seule fête d'origine maccabéenne mentionnée dans le Nouveau Testament : l'évangile de Jean note que Jésus enseignait au Temple lors de « la fête de la dédicace du Temple à Jérusalem [...] ; c'était l'hiver » (Jn 10, 22)[17]. Jésus est donc présent au Temple lors de cette fête héritée des Maccabées.
Jonathan, Simon et l'indépendance
Judas tombe au combat à Élasa en 160 av. J.-C., mais la lutte continue avec ses frères. Jonathan prend la tête du mouvement, devient grand prêtre (152) et joue habilement des rivalités séleucides, jusqu'à sa mort par traîtrise (143/142). Simon, dernier des fils de Mattathias, obtient enfin l'indépendance de fait : en 141 av. J.-C., il chasse la garnison séleucide de la Citadelle (l'Acra) de Jérusalem, et le peuple le proclame chef et grand prêtre héréditaire. Ainsi naît la dynastie hasmonéenne, qui régnera sur une Judée indépendante jusqu'à l'arrivée des Romains et d'Hérode. Le premier livre s'achève sur cette page de gloire nationale, transmise au fils de Simon, Jean Hyrcan.
Un récit sobre : la valeur historique de 1 Maccabées
Les historiens tiennent 1 Maccabées pour une source de premier ordre sur l'époque séleucide. Son auteur connaît la géographie, la chronologie (datée selon l'ère séleucide), les institutions, et son récit concorde largement avec les sources grecques et avec Flavius Josèphe, qui s'en sert abondamment dans ses Antiquités judaïques[18]. Les spécialistes notent toutefois que l'auteur, en bon écrivain biblique, stylise parfois ses scènes sur le modèle des anciens récits de l'Écriture — Judas en nouveau Josué, les ennemis en nouveaux Philistins[19]. Cette mise en forme théologique n'entame pas la fiabilité du fond : elle montre seulement que, pour l'auteur sacré, l'histoire d'Israël est toujours une histoire sainte, où Dieu agit.
Le deuxième livre des Maccabées : la théologie du martyre
Le second livre est d'une tout autre nature. Là où le premier alignait les batailles, celui-ci médite le sens des événements. Son grec est plus orné, son intérêt plus religieux : il multiplie les interventions célestes, les apparitions, les prières, et il accorde une place centrale aux martyrs. Ce n'est pas une suite de 1 Maccabées, mais un récit indépendant et partiellement parallèle, couvrant une période plus courte et plus ancienne (env. 180-161 av. J.-C.).
Un abrégé de Jason de Cyrène
L'auteur de 2 Maccabées ne se cache pas : il déclare lui-même résumer une œuvre plus vaste, en cinq volumes, d'un certain Jason de Cyrène, aujourd'hui perdue. Il compare son travail à celui d'un architecte qui décore une maison bâtie par un autre, et avoue la peine d'un tel abrégé :
« Mais pour nous qui avons entrepris ce pénible travail de résumé, la tâche, loin d'être aisée, nous coûta sueur et veilles. » — 2 Maccabées 2, 26[20]
Cette préface est précieuse : c'est l'un des rares endroits de la Bible où un auteur sacré décrit sa propre méthode de travail, reconnaissant qu'il a sélectionné, condensé et mis en forme une documentation antérieure. Loin de fragiliser l'inspiration, ce témoignage l'éclaire : Dieu inspire des hommes réels, qui peinent sur leur ouvrage comme tout écrivain. La datation de l'abrégé reste discutée — entre 150 et 100 av. J.-C. —, le bibliste Daniel R. Schwartz plaidant pour une date haute, proche des faits[21].
Le martyre d'Éléazar
Le cœur du livre est une galerie de martyrs, premiers martyrs de toute la Bible à mourir explicitement pour la foi dans l'espérance de la résurrection. Le premier est le vieux scribe Éléazar, âgé de quatre-vingt-dix ans (2 M 6, 24), qu'on veut forcer à manger de la viande de porc. On lui propose même une ruse charitable : faire semblant, pour sauver sa vie. Il refuse, de peur de scandaliser les jeunes par sa lâcheté :
« Une telle comédie est indigne de mon âge [...]. En choisissant de mourir avec détermination et noblesse pour nos vénérables et saintes lois, j'aurai laissé aux jeunes gens le noble exemple d'une belle mort. » — 2 Maccabées 6, 24-28[22]
Éléazar inaugure une idée neuve dans la pensée religieuse : il vaut mieux mourir que pécher, et le témoignage du sang est plus fécond que la survie achetée par la trahison. Les Pères de l'Église verront en lui, et plus encore dans les sept frères qui suivent, les précurseurs des martyrs chrétiens[23].
Les sept frères et leur mère
Vient alors la page la plus célèbre du livre : le martyre de sept frères et de leur mère, suppliciés l'un après l'autre sous les yeux du roi Antiochos. À chaque supplice, l'un d'eux confesse sa foi en la résurrection des corps — la plus claire affirmation de cette vérité dans tout l'Ancien Testament :
« Tu es un scélérat, toi qui nous arraches à cette vie présente, mais puisque nous mourons par fidélité à ses lois, le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle. » — 2 Maccabées 7, 9[24]
« Mieux vaut mourir par la main des hommes, quand on attend la résurrection promise par Dieu, tandis que toi, tu ne connaîtras pas la résurrection pour la vie. » — 2 Maccabées 7, 14[25]
Mais c'est la mère qui domine la scène. Voyant périr ses sept fils en un seul jour, elle les encourage l'un après l'autre dans la langue de leurs pères, « cette femme héroïque leur parlait avec un courage viril » (2 M 7, 21). À son benjamin, le dernier vivant, elle adresse une exhortation où se trouve l'un des textes les plus profonds de toute la Bible — l'affirmation de la création du monde à partir de rien :
« Je t'en conjure, mon enfant, regarde le ciel et la terre avec tout ce qu'ils contiennent : sache que Dieu a fait tout cela de rien, et que la race des hommes est née de la même manière. » — 2 Maccabées 7, 28[26]
Le raisonnement de la mère est d'une force admirable : le Dieu qui a tiré l'univers du néant peut, à plus forte raison, rendre la vie à des corps déchirés. La foi en la résurrection se fonde sur la foi en la création. Le Catéchisme de l'Église catholique cite expressément ces martyrs comme le moment où « la résurrection des morts » commence à s'exprimer en Israël[27].
Onias et Jérémie : les saints intercèdent du Ciel
Un autre passage, moins connu mais doctrinalement majeur, montre les saints défunts priant pour les vivants. Avant la bataille décisive contre le général Nicanor, Judas raconte une vision : le grand prêtre Onias III, mort, lui apparaît les bras tendus, priant pour tout le peuple ; puis paraît « un homme remarquable par ses cheveux blancs », que Onias présente comme Jérémie, le prophète mort depuis des siècles, « l'ami de ses frères, celui qui prie beaucoup pour le peuple et pour la Ville sainte » (2 M 15, 12-14). Jérémie remet alors à Judas une épée d'or :
« Reçois cette épée sainte que Dieu te donne. Par elle, tu briseras tes adversaires. » — 2 Maccabées 15, 16[28]
Ce texte est l'un des plus clairs témoignages bibliques de l'intercession des saints : des justes déjà entrés dans la gloire continuent de prier pour ceux qui combattent sur la terre. La tradition catholique y reconnaît l'amorce de la doctrine de la communion des saints[29].
Histoire ou reconstruction littéraire ? Les limites de la critique moderne
Une partie de l'exégèse contemporaine range 2 Maccabées — et singulièrement le récit du martyre au chapitre 7 — dans le genre hellénistique de l'« histoire pathétique » (tragic history) : un style qui recourt à des scènes dramatiques, des discours recomposés et des chiffres amplifiés pour émouvoir le lecteur, ce qui inviterait à la prudence sur l'exactitude factuelle du récit[30]. L'argument mérite d'être entendu, mais il ne suffit pas à disqualifier le fond de l'épisode. Selon la lecture de Jonathan A. Goldstein, l'un des meilleurs connaisseurs du dossier, les historiens populaires de l'époque hellénistique usaient couramment de discours recomposés et de chiffres amplifiés sans renoncer, pour autant, à transmettre une trame factuelle fidèle des événements : le procédé littéraire n'équivaut pas à l'invention pure[31]. Les documents officiels que l'auteur insère par ailleurs aux chapitres 9 et 11 (lettres royales, décret) s'enracinent, selon les travaux d'Elias Bickerman sur la chancellerie séleucide, dans des pratiques diplomatiques réelles — même si le détail de l'authenticité littérale de certaines pièces continue, sur certains points précis, de faire débat[32].
Cette prudence critique doit elle-même être relativisée. Daniel R. Schwartz, l'un des commentateurs les plus autorisés de 2 Maccabées, a lui-même montré que la lecture savante des Maccabées a constamment varié selon les préoccupations de chaque génération d'historiens : Abraham Geiger y voyait au XIXᵉ siècle un manifeste pharisien pour appuyer son programme de réforme du judaïsme ; les historiens israéliens du XXᵉ siècle y ont privilégié 1 Maccabées comme modèle d'un État juif souverain ; des théologiens chrétiens de l'après-Shoah, tel Martin Hengel, y ont relu la révolte comme une résistance essentiellement religieuse[33]. Ce constat, venu d'un exégète critique parmi les plus reconnus du dossier, illustre bien les limites de toute reconstruction savante du passé : le « consensus » n'est jamais un verdict neutre et définitif, mais une lecture datée, prise dans les présupposés de son temps. Il n'entame en rien la réception continue — juive puis chrétienne, patristique puis liturgique — qui a, dès l'Antiquité, honoré ces martyrs comme réels et vénérables[34].
Les grandes questions doctrinales
Si l'Église tient tant à ces deux livres, ce n'est pas seulement pour leur récit héroïque : c'est parce qu'ils contiennent, à l'état explicite, quatre vérités de foi que le reste de l'Ancien Testament n'exprimait qu'en germe. Le tableau suivant les récapitule avant de les détailler.
| Doctrine | Texte des Maccabées | Confirmation dans l'Église |
|---|---|---|
| Résurrection des corps | 2 M 7, 9.14.23 ; 12, 44 | CEC § 992 ; foi commune |
| Création ex nihilo | 2 M 7, 28 | Latran IV (1215) ; CEC § 297 |
| Purgatoire / prière pour les morts | 2 M 12, 38-46 | Florence, Trente ; CEC §§ 1031-1032 |
| Intercession des saints | 2 M 15, 12-16 | communion des saints ; CEC § 956 |
La résurrection des corps
Avant les Maccabées, l'espérance d'Israël en l'au-delà restait floue : le séjour des morts, le shéol, était une ombre indistincte. C'est dans 2 Maccabées 7, sur fond de martyre, que jaillit l'une des expressions les plus explicites de la foi en une résurrection corporelle pour la vie éternelle. Les sept frères ne se contentent pas d'une survie de l'âme : ils attendent que Dieu leur rende leurs membres arrachés (« C’est du Ciel que je tiens ces membres [...] et c’est par lui que j’espère les retrouver », 2 M 7, 11). Cette espérance, partagée bientôt par les pharisiens (cf. Ac 23, 6), sera reprise et accomplie par le Christ : « Je suis la résurrection et la vie » (Jn 11, 25). Le Catéchisme range donc explicitement le témoignage des martyrs Maccabées parmi les étapes de la « révélation progressive de la Résurrection »[35].
La création « à partir de rien »
Le verset 2 M 7, 28 — « Dieu a fait tout cela de rien » — est le texte biblique le plus net sur la création ex nihilo, c'est-à-dire la production de l'univers à partir d'absolument rien, sans matière préexistante. C'est sur lui que s'appuiera la formulation dogmatique du IVᵉ concile du Latran (1215), qui définit Dieu comme « créateur de toutes choses visibles et invisibles [...], qui par sa toute-puissance a créé du néant l'une et l'autre créature »[36]. Que cette vérité fondatrice de toute la métaphysique chrétienne soit énoncée par une mère au pied de l'échafaud, et non par un philosophe, dit assez que la Bible enseigne la doctrine la plus haute dans la chair de l'expérience la plus déchirante.
Le purgatoire et la prière pour les morts
C'est ici le passage le plus lourd de conséquences, et le plus disputé. Après une bataille, Judas Maccabée fait relever les corps de ses soldats tombés et découvre, sous leurs tuniques, des amulettes consacrées aux idoles — objets interdits par la Loi. Comprenant que ces hommes sont morts marqués d'une faute, mais voulant les aider, Judas organise une collecte et envoie deux mille drachmes au Temple pour faire offrir un sacrifice expiatoire en leur faveur. L'auteur sacré commente :
« Car, s'il n'avait pas espéré que ceux qui avaient succombé ressusciteraient, la prière pour les morts était superflue et absurde. [...] C'était là une pensée religieuse et sainte. Voilà pourquoi il fit ce sacrifice d'expiation, afin que les morts soient délivrés de leurs péchés. » — 2 Maccabées 12, 44-46[37]
Le raisonnement est d'une rigueur implacable, et l'Église l'a fait sien. Prier pour un mort n'a de sens que si : (1) il survit à la mort ; (2) il peut encore être purifié d'une faute ; (3) il n'est ni au Ciel (où il n'en a plus besoin) ni en enfer (où rien ne peut plus l'aider). Il existe donc un état intermédiaire de purification — ce que la tradition appellera le purgatoire —, et la prière des vivants y est efficace. Le Catéchisme de l'Église catholique cite directement ce verset pour fonder la doctrine :
« Cet enseignement s'appuie aussi sur la pratique de la prière pour les défunts dont parle déjà la Sainte Écriture : "Voilà pourquoi il (Judas Maccabée) fit faire ce sacrifice expiatoire pour les morts, afin qu'ils fussent délivrés de leur péché" (2 M 12, 46). » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1032[38]
Les conciles de Florence (1439) et de Trente (1563) ont solennellement confirmé cette foi[39]. C'est précisément cette doctrine que la Réforme rejettera — et l'on verra plus loin que ce rejet n'est pas étranger au retrait des livres des Maccabées de la Bible protestante.
L'intercession des saints
Enfin, la vision d'Onias et de Jérémie priant depuis le Ciel (2 M 15, 12-16) offre un appui scripturaire à la doctrine de l'intercession des saints. Si des justes morts depuis longtemps « prient beaucoup pour le peuple », c'est que la mort ne rompt pas la communion des croyants : les saints du Ciel demeurent solidaires de l'Église militante et intercèdent pour elle. Cette vérité, déployée dans le dogme de la communion des saints, trouve ici l'une de ses racines vétérotestamentaires les plus explicites.
La question du canon : pourquoi catholiques et protestants divergent
Aucun article sur les Maccabées ne serait honnête s'il esquivait la grande question : pourquoi ces livres figurent-ils dans les bibles catholiques et orthodoxes, mais pas dans les bibles juives ni protestantes ? La réponse engage toute l'histoire du canon des Écritures.
Deutérocanoniques : un « second canon »
On appelle deutérocanoniques (« du second canon ») sept livres de l'Ancien Testament — Tobie, Judith, Sagesse, Siracide, Baruch, et 1-2 Maccabées — ainsi que des parties d'Esther et de Daniel, qui ont été reçus dans le canon catholique mais dont la canonicité a été reconnue plus tardivement ou plus discutée que celle des autres[40]. Le terme, forgé par le théologien Sixte de Sienne au XVIᵉ siècle, n'implique aucune infériorité de valeur : un livre deutérocanonique est pleinement inspiré et canonique. Il signale seulement que sa réception a connu, dans l'histoire, un chemin plus long.
Ces livres ont un point commun : ils figuraient dans la Septante, la Bible grecque, mais non dans la Bible hébraïque rabbinique. Or l'Église des origines, hellénophone, a reçu la Septante comme son Ancien Testament — les citations de l'Ancien Testament dans le Nouveau suivent le plus souvent le grec. Les deutérocanoniques sont donc entrés dans l'Église avec la Bible même des Apôtres.
Le canon juif et le « mythe de Jamnia »
Pourquoi les Maccabées manquent-ils dans la Bible juive ? On a longtemps répondu : parce qu'un « concile de Jamnia » (Yavné), vers 90 apr. J.-C., aurait fixé le canon hébreu en excluant les livres grecs. Mais les historiens contemporains ont largement abandonné cette explication : rien ne prouve qu'il y ait eu à Jamnia un concile formel arrêtant une liste de livres[41]. La réalité est plus simple : le judaïsme rabbinique, après la ruine du Temple (70 apr. J.-C.), s'est resserré autour des seuls livres conservés en hébreu. Les Maccabées, dont l'hébreu de 1 M avait disparu et dont 2 M était grec d'origine, sont restés hors de ce canon court — d'autant que ces livres exaltaient une dynastie, les Hasmonéens, devenue impopulaire. L'exclusion juive ne fut donc pas un verdict doctrinal sur l'inspiration, mais le fruit d'une histoire.
Saint Jérôme et saint Augustin
Au sein même de l'Église ancienne, deux grands docteurs ont incarné les deux sensibilités. Saint Jérôme (vers 347-420), traducteur de la Vulgate et grand connaisseur de l'hébreu, distinguait nettement les livres du canon hébreu (hebraica veritas) et les autres, qu'il rangeait parmi les livres « ecclésiastiques » : l'Église les lit pour l'édification du peuple, écrivait-il, « mais ne les reçoit pas parmi les Écritures canoniques pour établir l'autorité des dogmes »[42]. Saint Augustin (354-430), au contraire, les tenait pour pleinement canoniques. Il reconnaissait que les juifs ne comptaient pas les Maccabées dans leur canon, mais soutenait que l'Église les reçoit, précisément à cause des martyrs admirables qu'ils racontent :
« Ces livres des Maccabées, les Juifs ne les tiennent pas pour canoniques, mais l'Église les tient pour canoniques, à cause des souffrances extrêmes et admirables de certains martyrs. » — Saint Augustin, La Cité de Dieu, XVIII, 36[43]
C'est la position d'Augustin et des conciles régionaux d'Hippone (393) et de Carthage (397), qui ont listé les Maccabées dans le canon, qui l'a emporté dans l'Église latine et fut transmise par tout le Moyen Âge[44].
De Florence à Trente : la définition solennelle
Le canon catholique a été solennellement fixé à deux reprises. D'abord par le concile de Florence, dans la bulle d'union Cantate Domino (1442), qui énumère les livres saints, Maccabées compris. Puis, face à la Réforme, par le concile de Trente, dans son décret De Canonicis Scripturis du 8 avril 1546, qui dresse la liste définitive et y inclut « les deux livres des Maccabées, le premier et le second », frappant d'anathème quiconque les rejetterait[45].
| Étape | Date | Décision sur les Maccabées |
|---|---|---|
| Septante | IIIᵉ-Iᵉʳ s. av. J.-C. | présents dans la Bible grecque |
| Hippone / Carthage | 393 / 397 | listés dans le canon de l'Église |
| Saint Jérôme | v. 400 | « ecclésiastiques », non canon hébreu |
| Florence (Cantate Domino) | 1442 | inclus dans le canon |
| Réforme (Luther) | 1534 | rejetés (« Apocryphes ») |
| Trente (De Canonicis Scripturis) | 1546 | canoniques, sous peine d'anathème |
Pourquoi Luther les a retirés
Le retrait des Maccabées de la Bible protestante n'est pas un pur hasard d'érudition. Luther s'appuyait sur un argument réel — les livres n'étaient pas dans le canon hébreu, et le Nouveau Testament ne les cite pas formellement comme Écriture. Mais un enjeu doctrinal direct se mêlait à l'argument critique : 2 Maccabées 12 fondait la prière pour les morts, le purgatoire et les indulgences, que la Réforme combattait précisément. Ce rejet allait ainsi de pair avec le combat contre le purgatoire. Luther relégua donc les deutérocanoniques en appendice, sous le titre d'« Apocryphes », livres « utiles et bons à lire » mais non normatifs pour la foi[46].
L'Église a répondu que la norme du canon n'est pas la Bible elle-même — qui ne contient nulle part la liste de ses propres livres —, mais la Tradition vivante qui l'a reçue, transmise et discernée. Reconnaître les Maccabées comme Parole de Dieu n'est pas ajouter à l'Écriture : c'est recevoir l'Écriture telle que l'Église l'a toujours lue, depuis la Bible des Apôtres.
Lecture spirituelle et actualité
Par-delà l'histoire et la controverse, les livres des Maccabées offrent au chrétien une spiritualité du courage et de l'espérance d'une étonnante actualité.
Le courage des martyrs
Les Maccabées ont donné à l'Église ses premiers modèles de martyre. Bien avant les arènes romaines, Éléazar, les sept frères et leur mère ont montré qu'il vaut mieux mourir que renier Dieu, et que le sang versé pour la foi n'est pas une défaite mais une semence. L'Église d'Orient comme d'Occident les a honorés comme saints : les « saints Maccabées » comptent parmi les rares figures de l'Ancien Testament honorées d'une fête au Martyrologe romain, au 1ᵉʳ août — fête conservée au calendrier traditionnel (au calendrier général actuel, le 1ᵉʳ août est la mémoire de saint Alphonse de Liguori), tant leur témoignage a paru annoncer celui des martyrs chrétiens[47]. Dans un temps où la foi est de nouveau persécutée en bien des pays, leur exemple n'a rien perdu de sa force.
« Ce n'est pas du nombre que dépend la victoire »
La parole de Judas avant le combat — « la victoire ne dépend pas de l'importance de l'armée : c'est du Ciel que vient la force » — demeure une grande leçon de confiance. Le chrétien d'aujourd'hui, qui se sent souvent minoritaire et désarmé face à un monde indifférent ou hostile, y retrouve la certitude des petits troupeaux fidèles : ce n'est pas le nombre, ni la puissance, ni les moyens qui sauvent, mais Dieu. La même logique traverse toute la Bible, de Gédéon à la Croix.
Prier pour nos morts
Enfin, les Maccabées fondent l'un des gestes les plus tendres de la foi catholique : prier pour ceux qui nous ont quittés. Faire dire une messe pour un défunt, offrir une prière, gagner une indulgence en sa faveur — tout cela prolonge le geste de Judas envoyant son offrande au Temple « afin que les morts soient délivrés de leurs péchés ». Dans cette pratique se dit une vérité consolante : la charité est plus forte que la mort, et la communion entre vivants et défunts n'est pas rompue. C'est pourquoi l'Église célèbre chaque 2 novembre la commémoration de tous les fidèles défunts, et que la « pensée sainte et salutaire » des Maccabées demeure, vingt-deux siècles plus tard, au cœur de la prière chrétienne.
Pour aller plus loin
- Bible, premier et deuxième livres des Maccabées — à lire dans une traduction catholique complète : Bible de Jérusalem, Traduction officielle liturgique (AELF), ou Bible Crampon (les bibles protestantes ne les contiennent pas, ou les rangent en appendice).
- Pour le recueil biblique dans son ensemble et la question du canon, voir La Bible et l'article de synthèse Ancien Testament.
- Pour la prophétie qui éclaire la persécution d'Antiochos IV (l'« abomination de la désolation »), voir le livre de Daniel.
- Pour les autres livres historiques de l'Ancien Testament, voir Josué, les Juges, Samuel, les Rois, les Chroniques, Esdras et Néhémie.
- Pour un autre livre deutérocanonique racontant un acte de résistance héroïque, voir le livre de Judith.
- Daniel R. Schwartz, 2 Maccabees, Commentaries on Early Jewish Literature, Walter de Gruyter, 2008 — commentaire de référence.
- Jonathan A. Goldstein, I Maccabees et II Maccabees, Anchor Bible, Doubleday, 1976 et 1983.
- Bezalel Bar-Kochva, Judas Maccabaeus: The Jewish Struggle Against the Seleucids, Cambridge University Press, 1989.
Notes et références
1 M 16, 14 date l'assassinat de Simon au mois de Shebat de l'an 177 de l'ère séleucide. Selon le point de départ retenu pour cette ère (automne 312 av. J.-C., comput macédonien, ou printemps 311, comput babylonien), cela correspond à février 135 ou 134 av. J.-C. — d'où les deux dates selon les chronologies. Arbitrage de la vedette : 134 est retenu ici, en cohérence avec la chronologie de Jean Hyrcan (134-104) suivie dans tout l'article ; les ouvrages qui suivent le comput macédonien donnent février 135.
1Le surnom Maccabée (grec Makkabaios) est généralement rattaché à l'araméen/hébreu maqqaba(t), « marteau » — image du guerrier qui martèle l'ennemi. D'autres hypothèses y voient un acronyme du cri de guerre tiré d'Exode 15, 11 (Mi kamokha ba-elim YHWH, « Qui est comme toi parmi les dieux, Seigneur ? »). Étymologie « marteau » couramment retenue par les commentateurs (cf. entre autres Jonathan A. Goldstein, I Maccabees, Anchor Bible, Doubleday, 1976).
2Le canon catholique (concile de Trente, 1546) ne retient que 1 et 2 Maccabées. 3 Maccabées figure dans le Codex Alexandrinus et est reçu au canon de plusieurs Églises orthodoxes de tradition grecque et slave ; 4 Maccabées figure généralement en appendice de certaines bibles grecques, non canonique — parfois présenté comme tenu pour canonique par la seule Église géorgienne, présentation contestée (statut discuté). Aucun des deux n'est canonique pour l'Église latine ni pour les protestants. Cf. Daniel R. Schwartz, 2 Maccabees, de Gruyter, 2008, introduction ; synthèse « 4 Maccabees » (état récent de la question, avec références).
33 Maccabées (juif alexandrin, composition datée par les spécialistes entre env. 100 av. et 30 apr. J.-C.) raconte une persécution des juifs d'Égypte dont le récit se place sous Ptolémée IV Philopator, sans lien avec la révolte hasmonéenne. 4 Maccabées (Iᵉʳ s. apr. J.-C.) est un traité d'inspiration stoïcienne sur « la raison maîtresse des passions », prenant le martyre des Maccabées comme illustration. Cf. H. Anderson, « 3 Maccabees » et « 4 Maccabees », dans J. H. Charlesworth (éd.), The Old Testament Pseudepigrapha, vol. 2, Doubleday, 1985 ; M. Harl, G. Dorival, O. Munnich, La Bible grecque des Septante, Cerf, 1988.
4Dans la Bible catholique, les livres historiques comprennent Josué, Juges, Ruth, 1-2 Samuel, 1-2 Rois, 1-2 Chroniques, Esdras, Néhémie, Tobie, Judith, Esther et 1-2 Maccabées, qui en sont les derniers. Cf. Catéchisme de l'Église catholique, tableau du canon (§ 120).
5La Septante (LXX) est la traduction grecque de la Bible juive réalisée à Alexandrie à partir du IIIᵉ siècle av. J.-C. Elle contient les livres deutérocanoniques absents de la Bible hébraïque rabbinique, dont les Maccabées. L'Église primitive, hellénophone, l'a reçue comme son Ancien Testament. Cf. Marguerite Harl, Gilles Dorival, Olivier Munnich, La Bible grecque des Septante, Cerf, 1988.
6Dans son Prologus Galeatus (préface aux livres de Samuel et des Rois), saint Jérôme affirme avoir vu un texte hébreu (ou araméen) de 1 Maccabées : « Machabaeorum primum librum hebraicum repperi ». Le texte original a depuis disparu ; seul subsiste le grec. 2 Maccabées, en revanche, fut composé directement en grec.
7Sur le contexte séleucide et l'hellénisation de la Judée, voir Emil Schürer, The History of the Jewish People in the Age of Jesus Christ, éd. révisée G. Vermes, F. Millar, M. Black, T&T Clark, Édimbourg, 1973-1987, vol. I ; et Elias Bickerman, The God of the Maccabees (trad. de Der Gott der Makkabäer, 1937), Brill, Leyde, 1979.
8L'« abomination de la désolation » (hébreu shiqquts shomem) désigne l'autel ou la statue païenne dressés sur l'autel du Temple en décembre 167 av. J.-C. Une hypothèse philologique répandue (mais non certaine) y lit un jeu de mots polémique sur Baal Shamem (« Seigneur des cieux », assimilé à Zeus Olympios). Cf. Daniel R. Schwartz, 2 Maccabees, de Gruyter, 2008, commentaire de 2 M 6, 2.
91 Maccabées 1, 54, traduction liturgique (AELF), texte re-vérifié sur aelf.org le 4 octobre 2026. L'« année 145 » est comptée selon l'ère séleucide (ère commençant en 312/311 av. J.-C. selon le comput macédonien ou babylonien), soit décembre 167 av. J.-C. Le « neuvième mois » est Kisleu (novembre-décembre).
10L'expression « abomination de la désolation » vient du livre de Daniel (Dn 9, 27 ; 11, 31 ; 12, 11), qui annonce la persécution séleucide en termes voilés. Le Christ la reprend en Mt 24, 15 (« Quand vous verrez l'abomination de la désolation, annoncée par le prophète Daniel… ») pour annoncer la ruine de Jérusalem. La crise maccabéenne devient ainsi le type biblique de la persécution de la foi.
11La datation de 1 Maccabées communément admise par les spécialistes le place sous le règne de Jean Hyrcan (134-104 av. J.-C.), car le livre s'achève sur l'avènement d'Hyrcan (1 M 16, 23-24) et manifeste une admiration pour Rome qui suppose une rédaction antérieure à la conquête de Pompée (63 av. J.-C.). Cf. Goldstein, I Maccabees, Anchor Bible, 1976.
121 Maccabées 2, 19-21, traduction liturgique (AELF). Manifeste de la révolte : Mattathias oppose à l'obéissance servile des nations la fidélité d'Israël à l'Alliance des pères, fût-ce au prix de la désobéissance au roi.
131 Maccabées 3, 18-19, traduction liturgique (AELF). Avant la bataille de Bethoron contre Séron. Thème central du livre : la victoire vient de Dieu et non de la force des armes (cf. 1 S 14, 6 ; Jg 7).
14Au Moyen Âge, Judas Maccabée est compté parmi les Neuf Preux (Neuf Preux : trois païens — Hector, Alexandre, César ; trois juifs — Josué, David, Judas Maccabée ; trois chrétiens — Arthur, Charlemagne, Godefroy de Bouillon), modèles de vertu chevaleresque. Cf. Jacques de Longuyon, Les Vœux du paon, poème composé en 1312-1313 pour Thiébaut de Bar, évêque de Liège, qui introduit le thème des Neuf Preux.
151 Maccabées 4, 59, traduction liturgique (AELF), texte re-vérifié sur aelf.org le 4 octobre 2026. Institution de la fête de la Dédicace (Hanoukka), célébrée pendant huit jours à partir du 25 Kisleu (cf. 1 M 4, 52-54 : le 25 du neuvième mois de l'an 148). La purification du Temple eut lieu en 164 av. J.-C., trois ans après la profanation de 167 (an 145 de 1 M 1, 54).
16Jean 10, 22-23, traduction liturgique (AELF), texte vérifié sur aelf.org : « Alors arriva la fête de la dédicace du Temple à Jérusalem. C'était l'hiver. Jésus allait et venait dans le Temple, sous la colonnade de Salomon. » Unique mention explicite de la fête maccabéenne dans le Nouveau Testament : Jésus est présent au Temple lors de la fête de la Dédicace.
17Flavius Josèphe (37-vers 100 apr. J.-C.) suit de près 1 Maccabées dans ses Antiquités judaïques (livres XII-XIII), ce qui recoupe la valeur historique du livre. La concordance avec les sources grecques séleucides (Polybe) est généralement tenue pour bonne (cf. Bezalel Bar-Kochva, Judas Maccabaeus, Cambridge UP, 1989).
18Sur la mise en forme littéraire du récit (épisodes calqués sur les modèles bibliques : Judas en nouveau Josué, ennemis en nouveaux Philistins), voir en résumé la lecture de Jonathan A. Goldstein (I Maccabees, Anchor Bible, 1976) : ce procédé n'entame pas, selon lui, la fiabilité du fond historique, recoupé par Josèphe et l'archéologie.
192 Maccabées 2, 26, traduction liturgique (AELF). L'auteur déclare abréger l'œuvre en cinq volumes de Jason de Cyrène (2 M 2, 23), aujourd'hui perdue. Rare passage biblique où un hagiographe décrit explicitement sa méthode de travail (sélection, condensation, mise en forme).
20La date de 2 Maccabées (l'abrégé) est discutée, entre 150 et 100 av. J.-C. Daniel R. Schwartz (2 Maccabees, de Gruyter, 2008) défend une date haute (env. 150-140), proche des événements ; d'autres commentateurs la situent plus bas. La période couverte (env. 180-161 av. J.-C.) est antérieure à la fin de 1 Maccabées.
212 Maccabées 6, 24-28, traduction liturgique (AELF), texte re-vérifié sur aelf.org le 4 octobre 2026, condensé. Le vieux scribe Éléazar — dont le verset 24 précise qu'il avait quatre-vingt-dix ans — refuse même de feindre de manger de la viande interdite, par souci de ne pas scandaliser les jeunes — premier des martyrs racontés par le livre.
22Les Pères voient dans les martyrs Maccabées (Éléazar, les sept frères, leur mère) les précurseurs des martyrs chrétiens. Saint Grégoire de Nazianze (Discours 15, Sur les Maccabées) et saint Jean Chrysostome leur consacrent des homélies. Ils comptent parmi les rares figures de l'Ancien Testament honorées d'une fête au Martyrologe romain (1ᵉʳ août, calendrier traditionnel).
232 Maccabées 7, 9, traduction liturgique (AELF), vérifiée sur aelf.org. Parole du deuxième des sept frères. L'une des affirmations les plus explicites, dans l'Ancien Testament, de la résurrection corporelle pour la vie éternelle (cf. Dn 12, 2). Citée par le CEC § 992.
242 Maccabées 7, 14, traduction liturgique (AELF). Parole du quatrième frère : la résurrection est promise aux justes, mais le persécuteur, lui, « ne connaîtra pas la résurrection pour la vie » — distinction entre résurrection de vie et de jugement (cf. Dn 12, 2 ; Jn 5, 29). Citée par le CEC § 992.
252 Maccabées 7, 28, traduction liturgique (AELF), vérifiée sur aelf.org. Parole de la mère à son benjamin : texte biblique le plus net sur la création ex nihilo (Dieu a tout fait « de rien »), fondement scripturaire repris au IVᵉ concile du Latran (1215).
26Catéchisme de l'Église catholique, § 992 (texte vérifié sur vatican.va, édition française) : « La résurrection des morts a été révélée progressivement par Dieu à son Peuple. [...] Dans leurs épreuves, les martyrs Maccabées confessent : "Le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle, nous qui mourons pour ses lois" (2 M 7, 9). »
272 Maccabées 15, 16, traduction liturgique (AELF), texte vérifié sur aelf.org. Dans une vision avant la bataille contre Nicanor, le prophète Jérémie, mort depuis des siècles, remet à Judas une épée d'or — image de l'intercession des saints défunts pour les vivants (cf. 2 M 15, 12-14).
282 M 15, 12-16 (vision d'Onias III et de Jérémie priant pour le peuple) est l'un des appuis scripturaires de la doctrine de l'intercession des saints et de la communion des saints (CEC §§ 956, 962). Les justes entrés dans la gloire continuent d'intercéder pour l'Église en pèlerinage.
29L'« histoire pathétique » (tragic history) est un genre historiographique hellénistique qui privilégie l'effet dramatique et l'appel aux sentiments du lecteur (scènes vives, discours recomposés, chiffres amplifiés), par contraste avec le style sobre et annalistique de 1 Maccabées. Cf. F. W. Walbank, « History and Tragedy », Historia 9 (1960), p. 216-234, étude fondatrice sur ce genre appliqué aux historiens hellénistiques (Duris de Samos, Phylarque).
30En résumé, la position défendue par Jonathan A. Goldstein, II Maccabees, Anchor Bible, Doubleday, 1983 : les historiens populaires grecs usaient de sympathie affichée, de statistiques amplifiées et de discours composés sans que cette licence littéraire les empêche de transmettre un schéma général fidèle des événements.
31Sur l'origine chancelière des documents officiels insérés dans 2 Maccabées (lettres et décrets séleucides, notamment au chapitre 11), voir les travaux fondateurs d'Elias Bickerman sur la diplomatique séleucide, notamment « La charte séleucide de Jérusalem », Revue des Études Juives, tome 100, 1935, p. 4-35, et Der Gott der Makkabäer, 1937 (trad. The God of the Maccabees, Brill, 1979). Le détail de l'authenticité littérale de certaines pièces reste discuté par les spécialistes.
32Daniel R. Schwartz, « Modern Scholarship on 1–2 Maccabees in Its Historical Context: Three Episodes », The Bible and Interpretation, août 2024 (https://bibleinterp.arizona.edu/articles/modern-scholarship-1-2-maccabees-its-historical-context-three-episodes) — article relu en ligne le 4 octobre 2026 pour cette correction : les trois épisodes (lecture de Geiger, lecture sioniste privilégiant 1 Maccabées comme œuvre d'État, relecture religieuse à la suite de Hengel) y figurent bien.
33Les « saints Maccabées » (Éléazar, les sept frères et leur mère) sont inscrits au Martyrologe romain au 1ᵉʳ août — parmi les rares saints de l'Ancien Testament à y recevoir une fête propre, conservée au calendrier traditionnel (au calendrier général actuel, le 1ᵉʳ août est la mémoire de saint Alphonse de Liguori, évêque et docteur). Leur culte, attesté à Antioche dès l'Antiquité, témoigne de l'importance accordée très tôt à leur témoignage de martyre. Cf. saint Jean Chrysostome, Homélies sur les Maccabées.
34 47Catéchisme de l'Église catholique, §§ 992-993 : la foi en la résurrection s'exprime d'abord chez « les martyrs Maccabées », puis chez les pharisiens (Ac 23, 6) et bien des contemporains de Jésus (Jn 11, 24), avant d'être accomplie par le Christ : « Je suis la Résurrection et la vie » (Jn 11, 25).
35IVᵉ concile du Latran (1215), constitution Firmiter credimus : Dieu « par sa toute-puissance a créé du néant (de nihilo) tout à la fois, dès le commencement du temps, l'une et l'autre créature, la spirituelle et la corporelle ». Denzinger-Schönmetzer 800. La formule s'enracine dans 2 M 7, 28. Cf. aussi CEC § 297.
362 Maccabées 12, 44-46, traduction liturgique (AELF), versets vérifiés sur aelf.org. La variante Crampon (1923), plus célèbre dans la liturgie, porte : « C'est donc une sainte et salutaire pensée de prier pour les morts, afin qu'ils soient délivrés de leurs péchés. » Fondement scripturaire du purgatoire et de la prière pour les défunts.
37Catéchisme de l'Église catholique, § 1032 (texte vérifié sur vatican.va, édition française) : la doctrine du purgatoire « s'appuie aussi sur la pratique de la prière pour les défunts dont parle déjà la Sainte Écriture », citant 2 M 12, 46. Cf. aussi § 1031 (Florence, DS 1304 ; Trente, DS 1820, 1580) et § 958.
38Le purgatoire a été défini au concile de Florence (décret pour les Grecs, 1439 ; Denzinger-Schönmetzer 1304) et au concile de Trente (décret sur le purgatoire, session XXV, 1563 ; DS 1820). Les deux conciles s'appuient sur la tradition et sur 2 M 12. Cf. CEC § 1031.
39Les deutérocanoniques de l'Ancien Testament sont : Tobie, Judith, Sagesse, Siracide (Ecclésiastique), Baruch, 1-2 Maccabées, et des sections d'Esther et de Daniel. Le terme (« second canon ») est forgé par Sixte de Sienne, Bibliotheca Sancta, 1566. Il n'implique aucune infériorité d'inspiration, seulement une réception plus tardive ou discutée. Les protestants les nomment « Apocryphes ».
40L'hypothèse d'un « concile de Jamnia » (Yavné, vers 90 apr. J.-C.) fixant le canon hébreu est aujourd'hui largement abandonnée : rien n'atteste un concile formel arrêtant une liste de livres. Cf. Jack P. Lewis, « What Do We Mean by Jabneh? », Journal of Bible and Religion 32 (1964), p. 125-132 ; Lee M. McDonald, The Biblical Canon, Hendrickson, 2007.
41Saint Jérôme, Prologus in libris Salomonis (préface aux livres de Salomon, Vulgate ; latin recoupé sur le texte critique) : à propos des deux livres salomoniens, par analogie avec Judith, Tobie et les Maccabées que « l'Église lit bien, mais ne reçoit pas parmi les Écritures canoniques », Jérôme écrit qu'on les lit « pour l'édification du peuple, mais non pour appuyer l'autorité des dogmes ecclésiastiques » (ad aedificationem plebis, non ad auctoritatem ecclesiasticorum dogmatum confirmandam). Position nuancée, distincte du rejet protestant : Jérôme n'exclut pas ces livres de l'usage de l'Église.
42Saint Augustin, La Cité de Dieu, livre XVIII, ch. 36 (latin recoupé sur l'édition augustinus.it) : « Ces livres des Maccabées, les Juifs ne les tiennent pas pour canoniques, mais l'Église les tient pour canoniques, à cause des souffrances extrêmes et admirables de certains martyrs » (« Macchabaeorum libri, quos non Iudaei, sed Ecclesia pro canonicis habet propter quorumdam martyrum passiones vehementes atque mirabiles »). Augustin défend la canonicité, fondée sur la réception de l'Église.
43Les conciles régionaux d'Hippone (393) et de Carthage (397, repris en 419), sous l'influence de saint Augustin, listent les deux livres des Maccabées parmi les Écritures canoniques. Cette liste, transmise par le Moyen Âge latin, sera reprise telle quelle par Florence puis Trente.
44Concile de Trente, session IV, décret De Canonicis Scripturis (8 avril 1546) : énumère le canon complet, dont « les deux livres des Maccabées, le premier et le second », et frappe d'anathème quiconque ne reçoit pas ces livres comme sacrés et canoniques. Denzinger-Schönmetzer 1501-1504 (ancienne numérotation Denzinger 783-784). Confirme le canon du concile de Florence (Cantate Domino, 1442 ; DS 1334-1336, plage citée par le CEC § 120).
45Martin Luther, dans sa Bible allemande (1534), regroupe les deutérocanoniques en appendice de l'Ancien Testament sous le titre « Apocryphes », « livres qui ne sont pas tenus pour égaux aux Saintes Écritures, mais sont cependant utiles et bons à lire ». Le rejet de 2 Maccabées est lié au combat de la Réforme contre le purgatoire et les indulgences, que ce livre fondait scripturairement. Le lien est attesté dès la dispute de Leipzig (1519) : à Eck qui invoquait 2 Maccabées en faveur du purgatoire, Luther répondit que le passage n'avait pas force contraignante, le livre étant hors du canon ; dans sa Bible de 1534, il relégua les deutérocanoniques en appendice. Cf. Catholic Encyclopedia, « Canon of the Old Testament » (New Advent).
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