Le livre d'Esdras

Le livre d'Esdras raconte le retour de l'Exil de Babylone, la reconstruction du second Temple (538-515 av. J.-C.) et la réforme du scribe Esdras. Guide catholique : structure, contexte perse, sections araméennes, les « quatre Esdras » et le canon de Trente.

Ignispedia

Le livre d'Esdras est l'un des livres historiques de l'Ancien Testament. Il raconte comment, après les soixante-dix ans de l'Exil à Babylone, le peuple juif rentre à Jérusalem, rebâtit le second Temple et se reconstitue comme communauté de l'Alliance autour de la Loi de Moïse. C'est, avec le livre de Néhémie qui le prolonge, le grand récit de la Restauration d'Israël sous la domination perse, entre 538 et 458 avant Jésus-Christ[1].

Son héros, Esdras, est un prêtre descendant d'Aaron et un scribe — un spécialiste de l'Écriture — qui revient de Babylone vers 458 pour rétablir l'observance de la Loi dans la province de Judée. La tradition juive le tient pour une figure presque aussi décisive que Moïse : le Talmud rapporte qu'Esdras aurait été digne de recevoir la Torah si Moïse ne l'avait pas précédé (Sanhédrin 21b)[2], et lui attribue la rédaction du livre qui porte son nom ainsi que des généalogies des Chroniques (Baba Bathra 15a)[3] — d'où son rôle de refondateur du judaïsme post-exilique[4]. Le livre porte son nom parce qu'il culmine dans sa mission, même si la première moitié — la reconstruction du Temple — se déroule deux générations avant lui.

Chronologie du retour d'exil : destruction de Jérusalem, édit de Cyrus, reprise du chantier, dédicace du second Temple et mission d'Esdras. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Pour le lecteur catholique, Esdras n'est pas un simple dossier d'archives perses. C'est le livre où l'on voit Dieu tenir parole : il avait promis par les prophètes que l'Exil ne serait pas la fin, qu'un « reste » reviendrait et que la Maison du Seigneur serait relevée. Le Catéchisme y lit l'une des grandes figures de l'Église : « le Reste des pauvres qui [revient de l'Exil] est l'une des figures les plus transparentes de l'Église »[5].

Que raconte le livre d'Esdras ?

Le livre se lit en deux grands mouvements, séparés par une soixantaine d'années de silence. La première moitié (chapitres 1 à 6) est racontée à la troisième personne et concerne le retour collectif et la reconstruction du Temple. La seconde (chapitres 7 à 10) bascule en grande partie à la première personne — ce qu'on appelle les « Mémoires d'Esdras » — et concerne la mission personnelle du scribe[6].

Première partie (Esd 1–6) : le retour et le second Temple

Tout commence par un coup de théâtre politique. En 538 av. J.-C., le roi perse Cyrus le Grand, qui vient de s'emparer de Babylone, publie un édit autorisant les déportés juifs à rentrer chez eux et à rebâtir leur sanctuaire :

« Ainsi parle Cyrus, roi de Perse : Le Seigneur, le Dieu du ciel, m'a donné tous les royaumes de la terre ; et il m'a chargé de lui bâtir une maison à Jérusalem, en Juda. Quiconque parmi vous fait partie de son peuple, que son Dieu soit avec lui, qu'il monte à Jérusalem [...] et qu'il bâtisse la Maison du Seigneur. » — Esdras 1, 2-3[7]

Le narrateur précise que cet édit accomplit « la parole du Seigneur proclamée par Jérémie » : Dieu « inspira Cyrus » lui-même[8]. Un convoi de rapatriés se met en route, conduit par Zorobabel — prince de la lignée de David — et par le grand prêtre Josué (Jeshua). Le livre en donne le dénombrement minutieux : « L'assemblée tout entière était de 42 360 personnes », sans compter 7 337 serviteurs et servantes, et 200 chanteurs et chanteuses, sans oublier les bêtes de somme[9].

De retour à Jérusalem, les rapatriés relèvent d'abord l'autel des holocaustes, puis posent les fondations du Temple la deuxième année. La scène est mémorable : les jeunes acclament, mais les anciens, qui avaient connu le Temple de Salomon, « pleuraient à chaudes larmes » en voyant des fondations si modestes[10].

L'élan se brise vite. Les « adversaires de Juda » — les populations installées dans le pays — proposent d'abord leur aide, sont éconduits, puis font campagne auprès de la cour perse pour faire arrêter les travaux. Le chantier reste interrompu « jusqu'au règne de Darius, roi de Perse »[11]. Ce n'est qu'en 520, secoué par la prédication des prophètes Aggée et Zacharie, que Zorobabel relance la construction[12]. Le gouverneur perse de la région, Tatnaï, ouvre une enquête ; on retrouve dans les archives royales l'édit original de Cyrus, et le roi Darius Ier confirme l'autorisation, ordonnant même de financer le chantier sur le trésor public[13].

« Les anciens des Juifs continuèrent avec succès les travaux de construction, encouragés par la parole des prophètes Aggée et Zacharie [...]. Ils achevèrent la construction conformément à l'ordre du Dieu d'Israël, selon les décrets de Cyrus et de Darius. » — Esdras 6, 14[14]

Le second Temple est achevé et dédié en 515 av. J.-C. :

« La Maison de Dieu fut achevée le troisième jour du mois nommé Adar, dans la sixième année du règne de Darius. » — Esdras 6, 15[15]

La première partie se clôt sur la joie de la dédicace et la célébration de la Pâque par les rapatriés, « car le Seigneur les avait remplis de joie »[16].

Seconde partie (Esd 7–10) : la mission d'Esdras le scribe

Soixante ans passent. Le Temple est debout, mais la communauté s'est relâchée. C'est alors qu'entre en scène l'homme qui donne son nom au livre. Sous le règne d'Artaxerxès Ier, en sa septième année (≈ 458 av. J.-C.), Esdras quitte Babylone à la tête d'une nouvelle caravane[17]. Le texte le présente d'emblée par sa vocation profonde :

« Esdras, en effet, avait appliqué son cœur à étudier la loi du Seigneur, à la mettre en pratique et à enseigner les décrets et les ordonnances en Israël. » — Esdras 7, 10[18]

Il est « scribe versé dans la loi de Moïse », et le roi perse lui remet une lettre officielle — reproduite en araméen — qui lui confère autorité, fonds et pouvoir judiciaire pour rétablir la Loi divine en Transeuphratène (la province perse à l'ouest de l'Euphrate)[19]. Esdras y voit la main de Dieu : « Béni soit le Seigneur [...] qui a donné ainsi au cœur du roi d'honorer la Maison du Seigneur à Jérusalem »[20].

Arrivé à Jérusalem, Esdras découvre une crise : prêtres, lévites et laïcs ont contracté des mariages avec des femmes des peuples voisins, au mépris de la séparation que la Loi imposait au peuple saint. Le scribe réagit par un geste de deuil public et une longue prière de confession, l'un des sommets spirituels du livre :

« Mon Dieu, j'ai trop de honte et de confusion pour lever mon visage vers toi, mon Dieu. Nos fautes sans nombre nous submergent, nos offenses se sont amoncelées jusqu'au ciel. » — Esdras 9, 6[21]

Esdras ne parle pas en juge, mais en solidaire du péché du peuple : il dit « nos fautes », jamais « leurs fautes ». Le peuple, bouleversé, s'engage alors dans une réforme douloureuse : la dissolution des unions contractées en violation de l'Alliance. Le livre s'achève sur cette réforme et la liste de ceux qui s'y soumettent[22].

Le contexte historique : Israël sous l'empire perse

On ne comprend Esdras qu'en gardant en tête la grande bascule géopolitique du VIᵉ siècle. En 587/586 av. J.-C., Nabuchodonosor II de Babylone avait détruit Jérusalem, rasé le Temple de Salomon et déporté l'élite de Juda — c'est l'Exil, ou « captivité de Babylone »[23]. Un demi-siècle plus tard, Babylone tombe à son tour : en 539, Cyrus le Grand fonde l'empire perse achéménide, le plus vaste que le monde ait connu jusque-là.

La politique perse était, contrairement à la pratique babylonienne, de rapatrier les peuples déportés et de restaurer leurs cultes locaux pour s'assurer leur loyauté. C'est cette politique générale — attestée par ailleurs par le célèbre Cylindre de Cyrus — que la Bible lit, à un niveau plus profond, comme l'instrument d'un dessein divin[24]. Le prophète Isaïe (VIIIᵉ siècle av. J.-C.) avait même annoncé Cyrus par son nom, le nommant « berger » et « oint » (messie) du Seigneur, plus d'un siècle et demi avant les faits (Is 44, 28 – 45, 1)[25]. La tradition juive et chrétienne reçoit ce livre comme l'œuvre du prophète lui-même : une prophétie réelle, que le Nouveau Testament attribue à Isaïe et que la Commission biblique pontificale a confirmée le 28 juin 1908.

Le Cylindre de Cyrus, conservé au British Museum, illustre la politique perse de restauration des cultes locaux et de rapatriement des populations. Photo Marie-Lan Nguyen / Wikimedia Commons, licence CC BY 2.5.

Une source indépendante corrobore la réalité de cette communauté déportée : les tablettes cunéiformes d'Al-Yahudu (« Ville de Juda »), un corpus babylonien d'environ 200 contrats datés de 572 à 477 av. J.-C., attestent l'existence d'un village judéen en Babylonie où des exilés portant des noms théophores hébraïques (terminaison -yahu) exercent l'agriculture et le commerce sur plusieurs générations[26]. Ces tablettes ne mentionnent pas le retour lui-même — mais on ne peut en tirer aucune conclusion contre le récit d'Esdras : elles documentent une seule communauté rurale qui, précisément, n'est pas repartie, et un silence archivistique sur un événement touchant d'autres familles n'équivaut jamais à une preuve qu'il n'a pas eu lieu. L'archéologie confirme ici le cadre général — la réalité de l'exil judéen en Babylonie —, sans avoir vocation à raconter chaque épisode d'un récit biblique qu'elle ne prétend pas concurrencer.

Les trois grands acteurs perses

Roi perseRègne (av. J.-C.)Rôle dans le livre d'Esdras
Cyrus II le Grand559–530Édit de retour (538) ; restitution des objets du Temple (Esd 1)
Darius Ier522–486Confirme l'édit, finance et achève le Temple en 515 (Esd 5–6)
Artaxerxès Ier465–424Envoie Esdras (≈ 458) puis Néhémie (445) avec pleins pouvoirs (Esd 7)

L'Assuérus du livre d'Esther, traditionnellement identifié à Xerxès Ier, règne entre Darius et Artaxerxès (486–465) : les deux livres éclairent ainsi, chacun à sa manière, la condition juive sous les Achéménides.

Chronologie de la Restauration

  1. 587/586 av. J.-C.
    Chute de Jérusalem
    Début de l'Exil

    Nabuchodonosor détruit le Temple de Salomon et déporte Juda à Babylone.

  2. 539 av. J.-C.
    Cyrus prend Babylone
    Naissance de l'empire perse

    La Perse achéménide remplace Babylone et inaugure une politique de rapatriement des peuples.

  3. 538 av. J.-C.
    Édit de Cyrus
    Premier retour

    Les exilés sont autorisés à rentrer ; Zorobabel et Josué conduisent la première caravane (Esd 1–2).

  4. ≈ 537 av. J.-C.
    Fondations du second Temple
    Esd 3

    On relève l'autel, puis on pose les fondations ; joie des jeunes, larmes des anciens.

  5. 536–520 av. J.-C.
    Travaux interrompus
    Esd 4

    L'opposition des peuples du pays et les intrigues à la cour perse bloquent le chantier.

  6. 520 av. J.-C.
    Reprise du chantier
    Aggée et Zacharie

    La prédication des prophètes Aggée et Zacharie relance la construction (Esd 5).

  7. 515 av. J.-C.
    Dédicace du second Temple
    6ᵉ année de Darius — Esd 6, 15

    Le Temple est achevé le 3 Adar ; on célèbre la dédicace et la Pâque.

  8. ≈ 458 av. J.-C.
    Mission d'Esdras
    7ᵉ année d'Artaxerxès — Esd 7

    Le scribe revient de Babylone pour rétablir la Loi ; réforme des mariages mixtes (Esd 9–10).

  9. 445 av. J.-C.
    Mission de Néhémie
    Hors du livre d'Esdras

    Néhémie relève les remparts de Jérusalem ; lecture solennelle de la Loi par Esdras (Ne 8).

Structure littéraire et particularités du texte

Une mosaïque de documents

Anatomie du livre : Esdras 1-6 raconte le retour et le second Temple ; Esdras 7-10 suit la mission du scribe. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le livre d'Esdras n'est pas un récit lisse : c'est une compilation qui intègre des matériaux de natures très diverses, ce qui lui donne un cachet d'authenticité documentaire. On y trouve :

  • des édits royaux (Cyrus en Esd 1 ; Darius en Esd 6 ; Artaxerxès en Esd 7) ;
  • de la correspondance administrative avec la cour perse (Esd 4–5) ;
  • des listes détaillées de rapatriés, de familles sacerdotales et d'objets liturgiques (Esd 2 ; 8 ; 10) ;
  • les Mémoires d'Esdras à la première personne (Esd 7–9) ;
  • une grande prière de confession (Esd 9).

Cette structure en archives explique le va-et-vient des points de vue et la précision des chiffres, des noms propres et des dates de règne.

Un récit d'archives : édits royaux, lettres officielles, listes de rapatriés, mémoires d'Esdras et prière de confession convergent vers la restauration de Juda. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Elle explique aussi un apparent retour en arrière chronologique au chapitre 4 : après les débuts du chantier sous Cyrus, le récit rapporte une plainte rédigée « sous le règne de Xerxès » (Esd 4, 6), puis une correspondance échangée « au temps d'Artaxerxès » (Esd 4, 7-23), avant de reprendre le fil sous Darius, dont la deuxième année voit la fin de l'interruption des travaux (Esd 4, 24)[27]. L'auteur regroupe ici, par thème, les oppositions rencontrées à différentes époques — y compris postérieures — avant de revenir au chantier du Temple sous Darius : c'est la logique d'un dossier d'archives classé par sujet, non une erreur ni une contradiction.

Les sections en araméen

Particularité frappante : deux portions du livre ne sont pas en hébreu mais en araméen, la langue diplomatique de l'empire perse — l'« araméen impérial ». Il s'agit d'Esdras 4, 8 – 6, 18 et d'Esdras 7, 12-26[28]. Ce ne sont pas des passages anodins : ce sont précisément les documents officiels (lettres et décrets) échangés avec l'administration perse. Conserver leur langue d'origine renforçait leur valeur de pièces probantes. Le même phénomène se retrouve dans le livre de Daniel, lui aussi partiellement araméen, ce qui ancre les deux livres dans le milieu linguistique réel de la diaspora orientale.

Esdras, Néhémie et les Chroniques

Dans la Bible hébraïque, Esdras et Néhémie ne formaient qu'un seul livre, appelé simplement « Esdras » : saint Jérôme l'atteste dans sa préface sur Samuel et les Rois, dite Prologus Galeatus, où il compte Esdras pour un seul livre chez les Hébreux — « divisé en deux livres chez les Grecs et les Latins »[29]. La division en deux livres distincts, ancienne dans les traditions grecque et latine, ne s'impose dans les bibles hébraïques qu'à la fin du Moyen Âge, puis dans les éditions imprimées, à partir de la première Bible rabbinique de Daniel Bomberg (Venise, 1516-1517), sur le modèle latin[30].

De plus, les deux livres des Chroniques s'achèvent exactement sur l'édit de Cyrus par lequel Esdras commence (comparer 2 Ch 36, 22-23 et Esd 1, 1-3) : ce raccord littéral a conduit de nombreux exégètes à parler d'une grande « œuvre du Chroniste » englobant Chroniques + Esdras + Néhémie, fruit d'un même milieu de scribes lévitiques attachés au Temple. L'hypothèse est discutée — certains tiennent au contraire à l'autonomie d'Esdras-Néhémie — mais le lien thématique, lui, est indéniable : tout converge vers le Temple, la Loi et le culte légitime[31].

L'auteur et la date

La tradition juive et chrétienne ancienne attribue le livre — et la mise en ordre d'une bonne part de l'Écriture — à Esdras lui-même. Les Mémoires à la première personne (Esd 7–9) plaident en faveur d'un noyau rédigé par le scribe ou par un proche disciple ; le reste, rédigé à la troisième personne, aurait été composé à partir d'archives authentiques du Temple[32].

L'hypothèse courante de la critique situe la rédaction finale entre la fin du Vᵉ et le IVᵉ siècle av. J.-C., soit peu après les événements rapportés[33]. Un point reste débattu : faut-il dater la mission d'Esdras de la septième année d'Artaxerxès Ier (458), comme le texte l'indique de façon naturelle, ou de celle d'Artaxerxès II (398) ? L'ordre du livre — Esdras avant Néhémie (445) — et la lecture la plus simple du texte invitent à garder la date de 458, conformément à la tradition. La position inverse repose surtout sur des reconstructions hypothétiques et ne s'impose nullement[34].

La datation traditionnelle de la mission d'Esdras vers 458 av. J.-C. s'appuie sur l'indication du texte, l'ordre canonique et la proximité documentaire du récit. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

À retenir. Sur la date d'Esdras, l'Écriture donne une indication claire (« la septième année du roi », Esd 7, 7-8). Un catholique n'est pas tenu d'adopter les inversions chronologiques proposées par certains exégètes : elles relèvent d'hypothèses, non de faits établis.

Esdras dans le canon : les « quatre Esdras »

Les « quatre Esdras » : 1 Esdras et 2 Esdras (Néhémie) sont canoniques ; 3 et 4 Esdras restent apocryphes dans la tradition catholique. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le nom d'« Esdras » a servi d'étiquette à plusieurs livres au fil de l'histoire, ce qui crée une confusion classique. Il faut soigneusement distinguer les livres canoniques (inspirés, reçus par l'Église) des écrits apocryphes (non inspirés).

La nomenclature latine

Dans la Vulgate latine, qui a structuré la tradition catholique, les noms se répartissent ainsi[35] :

DésignationContenuStatut catholique
1 Esdras (I Esdrae)= notre livre d'EsdrasCanonique
2 Esdras (II Esdrae)= notre livre de NéhémieCanonique
3 EsdrasRéécriture grecque (Esdras A) reprenant Chroniques/Esdras/NéhémieApocryphe
4 EsdrasApocalypse juive (visions d'Esdras), Iᵉʳ s. apr. J.-C.Apocryphe

Autrement dit, ce que nous appelons aujourd'hui « le livre d'Esdras » est le premier livre d'Esdras de la Vulgate, et « Néhémie » en est le second. Les bibles de langues anglaise et grecque emploient parfois une numérotation différente (Esdras A/B), d'où la nécessité de toujours vérifier de quel « Esdras » on parle.

3 et 4 Esdras : des apocryphes

Le 3 Esdras (grec Esdras A) est une compilation alternative, surtout célèbre pour son « conte des trois gardes » sur la chose la plus forte du monde (le vin, le roi, les femmes… et la vérité). Le 4 Esdras est une apocalypse poignante, écrite après la destruction du Temple par Rome en 70 apr. J.-C., qui médite sur le mal et la justice de Dieu — un texte longtemps lu et respecté, mais jamais reçu comme inspiré par l'Église[36].

Le verdict du concile de Trente (1546)

Face à la contestation protestante du canon, le concile de Trente, dans son décret De Canonicis Scripturis du 8 avril 1546, a fixé définitivement la liste des livres inspirés. Il y inscrit, parmi les livres historiques :

« Le premier livre d'Esdras, et le second qui est intitulé Néhémie. » — Concile de Trente, IVᵉ session[37]

Le décret précise qu'il reçoit ces livres « entiers, avec toutes leurs parties » (libros ipsos integros cum omnibus suis partibus), tels qu'on a coutume de les lire dans l'Église catholique et dans l'ancienne édition de la Vulgate latine — et frappe d'anathème qui refuserait de les tenir pour sacrés et canoniques[38].

Les 3 et 4 Esdras n'y figurent pas : ils seront conservés, avec la Prière de Manassé, en appendice de la Vulgate clémentine (1592), tout en restant clairement hors du canon[39]. La position catholique est donc nette : deux livres d'Esdras inspirés (Esdras et Néhémie), deux écrits apocryphes simplement conservés.

Les grands thèmes théologiques

Dieu tient sa promesse

Le cœur théologique du livre : Dieu restaure son peuple autour du Temple, de la Loi et du petit reste revenu de l'Exil. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le ressort secret du livre n'est pas Cyrus, ni Darius, ni même Esdras : c'est la fidélité de Dieu. Dès la première phrase, le retour accomplit « la parole du Seigneur proclamée par Jérémie » — la promesse que l'Exil durerait soixante-dix ans, puis cesserait (Jr 25, 11-12 ; 29, 10)[40]. Le cœur des rois païens devient l'instrument docile de ce dessein : c'est Dieu qui « inspire » Cyrus, qui « tourne vers eux le cœur » du souverain. L'histoire politique de l'empire perse est relue comme une providence.

Le Temple, cœur de la communauté

La première moitié du livre tout entière converge vers un seul objet : la Maison de Dieu. Sans roi davidique régnant, sans indépendance politique, c'est autour du Temple restauré et de son culte que la communauté juive se reconstitue. Reconstruire le sanctuaire, c'est réaffirmer que Dieu demeure au milieu de son peuple et que l'Alliance n'est pas rompue. La joie de la dédicace de 515 répond, par-delà les ruines, à celle de la dédicace du Temple de Salomon.

La Loi et la figure du scribe

Avec Esdras apparaît un type humain nouveau dans l'histoire d'Israël : non plus seulement le roi, le prêtre ou le prophète, mais le scribe — l'homme qui « étudie », « met en pratique » et « enseigne » la Loi (Esd 7, 10). Esdras incarne le passage d'une religion de la royauté à une religion du Livre : c'est par la lecture, l'étude et l'observance de la Torah que le peuple va désormais vivre. La grande lecture publique de la Loi, où Esdras fait pleurer puis exulter tout Jérusalem, appartient au livre de Néhémie (Ne 8), mais elle est l'aboutissement de la vocation décrite ici.

La sainteté du peuple : la question des mariages mixtes

La réforme la plus dure du livre — la dissolution des mariages avec des femmes étrangères (Esd 9–10) — heurte le lecteur moderne. Il faut la comprendre dans son enjeu réel : non une question d'ethnie, mais de fidélité à l'Alliance. Le danger mortel, maintes fois vérifié dans l'histoire d'Israël, était l'apostasie par contagion religieuse : les unions avec les peuples idolâtres avaient déjà entraîné Salomon lui-même vers les faux dieux (1 R 11). Pour un « reste » fragile, à peine rescapé, tout compromis cultuel menaçait la survie même de la foi monothéiste[41].

L'Église ne lit pas ce passage comme une norme à appliquer telle quelle — la Loi nouvelle ne connaît plus de séparation ethnique, et saint Paul demande au contraire au conjoint chrétien de sanctifier le foyer mixte (1 Co 7, 12-14). Mais le principe spirituel demeure : ne pas laisser l'amour humain devenir le chemin d'un reniement de Dieu. La sévérité d'Esdras dit, à sa manière rude, l'exigence de sainteté d'un peuple consacré.

Le « reste » et la figure de l'Église

Esdras emploie sans cesse le vocabulaire du « reste », des « rescapés » (Esd 9, 8.13-15). C'est l'un des grands thèmes prophétiques : Dieu ne sauve pas une masse, mais préserve un petit reste fidèle par lequel il rebâtit tout. Le Catéchisme y voit explicitement une préfiguration de l'Église :

« L'oubli de la Loi et l'infidélité à l'alliance aboutissent à la mort : c'est l'Exil [...] début d'une restauration promise [...]. L'Exil porte déjà l'ombre de la Croix dans le dessein de Dieu, et le Reste des pauvres qui en revient est l'une des figures les plus transparentes de l'Église. » — Catéchisme de l'Église catholique, n° 710[42]

Lecture catholique et spirituelle

Lu avec les yeux de la foi, le livre d'Esdras devient une parabole de la conversion. L'Exil, c'est le péché qui déporte loin de Dieu ; le retour, c'est la grâce qui ramène ; la reconstruction du Temple, c'est l'âme rebâtie pierre à pierre. Saint Paul appellera le chrétien « temple de Dieu » où habite l'Esprit (1 Co 3, 16) : ce que le second Temple est à Jérusalem, l'âme en état de grâce l'est à la Trinité.

Trois leçons spirituelles se dégagent :

  1. La providence agit à travers l'histoire. Dieu se sert d'un empereur païen pour relever son Temple : rien, dans la grande politique du monde, n'échappe à son dessein de salut. Le croyant peut donc espérer même quand tout semble perdu.
  2. L'œuvre de Dieu rencontre l'opposition — et aboutit quand même. Le chantier d'Esdras est saboté, retardé, dénoncé ; il s'achève pourtant « selon l'ordre du Dieu d'Israël ». C'est la loi de toute œuvre surnaturelle, jusqu'à l'Église elle-même.
  3. La confession humble obtient la miséricorde. La prière d'Esdras (Esd 9), où l'homme juste porte le péché du peuple en disant « nos fautes », annonce de loin l'intercession et la solidarité rédemptrice qui culmineront dans le Christ.

Pour aller plus loin

Lire le texte. Le livre d'Esdras se lit d'un trait (10 chapitres) ; on le complétera par le livre de Néhémie, son prolongement direct, et par les prophètes contemporains du retour, Aggée et Zacharie.

Articles liés d'Ignispedia.

Sources. Texte biblique cité d'après la traduction liturgique officielle (AELF). Données canoniques d'après le décret De Canonicis Scripturis du concile de Trente (1546) et le Catéchisme de l'Église catholique.

Notes et références

  1. Livre d'Esdras, notice de synthèse, Wikipédia (fr) — vue d'ensemble de la structure, de la période couverte et de la nomenclature des livres d'Esdras.

    1
  2. Talmud de Babylone, traité Sanhédrin, folio 21b (parole de Rabbi Yossé) : si Moïse ne l'avait pas précédé, Esdras aurait été digne de recevoir la Torah pour Israël — d'où le rang quasi mosaïque que la tradition lui reconnaît. Cf. texte du folio 21b (traduction anglaise).

    2
  3. La tradition juive (Talmud de Babylone, Baba Bathra 15a) attribue à Esdras la rédaction du livre qui porte son nom et des généalogies des Chroniques jusqu'à son époque. Les « Mémoires d'Esdras » à la première personne (Esd 7–9) constituent le noyau le plus ancien et le plus personnel du livre.

    3 32
  4. Book of Ezra, Wikipédia (en) — structure en deux parties (ch. 1-6 à la 3ᵉ personne ; ch. 7-10 « Mémoires d'Esdras » à la 1ʳᵉ personne), sections araméennes et datation.

    4 6
  5. Catéchisme de l'Église catholique, n° 710 : « L'oubli de la Loi et l'infidélité à l'alliance aboutissent à la mort : c'est l'Exil [...] et le Reste des pauvres qui en revient est l'une des figures les plus transparentes de l'Église. » Texte officiel sur vatican.va (page du n° 710).

    5 42
  6. Livre d'Esdras 1, 1-4, traduction liturgique AELF. Le v. 1 précise que l'édit accomplit « la parole du Seigneur proclamée par Jérémie » et que le Seigneur « inspira Cyrus ». Cf. Jérémie 25, 11-12 et 29, 10 (les soixante-dix ans).

    7 8 40
  7. Livre d'Esdras 2, 64-67 (AELF) : « L'assemblée tout entière était de 42 360 personnes, sans compter leurs serviteurs et leurs servantes, au nombre de 7 337. Il y avait aussi 200 chanteurs et chanteuses. » Les versets 66-67 dénombrent en outre les montures : 736 chevaux, 245 mulets, 435 chameaux et 6 720 ânes. La même liste figure, avec de légères variantes, en Néhémie 7.

    9
  8. Livre d'Esdras 3, 11-13 (AELF) : la pose des fondations ; « Beaucoup de prêtres, de lévites et de chefs de famille parmi les plus âgés, qui avaient vu la première maison, pleuraient à chaudes larmes [...]. Mais beaucoup élevaient la voix en joyeuses ovations. »

    10
  9. Livre d'Esdras 4, 1-5.24 (AELF) : l'offre puis l'opposition des « adversaires de Juda et de Benjamin » ; les travaux cessent « jusqu'au règne de Darius, roi de Perse ».

    11
  10. Livre d'Esdras 5, 1-2 (AELF) : « Alors Zorobabel [...] et Josué [...] se levèrent et se mirent à bâtir la Maison de Dieu à Jérusalem ; avec eux, il y avait les prophètes de Dieu qui les aidaient. » Il s'agit d'Aggée et de Zacharie.

    12
  11. Livre d'Esdras 6, 1-15 (AELF) : enquête du gouverneur Tatnaï, découverte de l'édit de Cyrus dans les archives, confirmation et financement par Darius, achèvement du Temple « le troisième jour du mois nommé Adar, dans la sixième année du règne de Darius » (v. 15).

    13 14 15
  12. Livre d'Esdras 6, 16-22 (AELF) : dédicace du Temple et célébration de la Pâque par les rapatriés, « car le Seigneur les avait remplis de joie » (v. 22).

    16
  13. Livre d'Esdras 7, 7-9 (AELF) : Esdras part « le premier jour du premier mois » et arrive à Jérusalem « le premier jour du cinquième mois, pendant la septième année du roi » Artaxerxès — soit, selon la chronologie achéménide standard, vers 458 av. J.-C.

    17
  14. Livre d'Esdras 7, 6.10 (AELF) : Esdras « était scribe, versé dans la loi de Moïse » et « avait appliqué son cœur à étudier la loi du Seigneur, à la mettre en pratique et à enseigner les décrets et les ordonnances en Israël ».

    18
  15. Livre d'Esdras 7, 11-26 (AELF) : copie de l'acte officiel d'Artaxerxès au « prêtre Esdras, scribe de la loi du Dieu du ciel », lui accordant fonds, exemptions et pouvoir d'établir juges et magistrats en Transeuphratène (la province perse à l'ouest de l'Euphrate). Le passage est rédigé en araméen (7, 12-26).

    19
  16. Livre d'Esdras 7, 27-28 (AELF) : action de grâce d'Esdras — « Béni soit le Seigneur, le Dieu de nos pères, qui a donné ainsi au cœur du roi d'honorer la Maison du Seigneur à Jérusalem. »

    20
  17. Livre d'Esdras 9, 5-15 (AELF) : prière de confession d'Esdras à l'heure de l'offrande du soir ; « Mon Dieu, j'ai trop de honte et de confusion pour lever mon visage vers toi [...]. Nos fautes sans nombre nous submergent, nos offenses se sont amoncelées jusqu'au ciel. »

    21
  18. Livre d'Esdras 10, 1-17 (AELF) : émotion de l'assemblée, engagement conduit par Shekanya, serment, puis examen des unions par familles à partir « du premier jour du dixième mois ».

    22
  19. Sur la destruction de Jérusalem (587/586) et la déportation babylonienne, voir 2 Rois 25 et 2 Chroniques 36, 17-21, qui chiffre l'Exil à « soixante-dix ans » en accomplissement de Jérémie.

    23
  20. Cyrus Cylinder, British Museum, notice officielle — décret royal (≈ 539 av. J.-C.) illustrant la politique perse de restauration des cultes et de rapatriement des peuples déportés. La Bible relit cette politique générale comme l'instrument d'un dessein divin propre à Israël.

    24
  21. Livre d'Isaïe 44, 28 – 45, 1 : Cyrus y est nommé « mon berger » et « son messie » (oint), annoncé par son nom. La tradition juive et chrétienne reçoit le livre entier comme l'œuvre du prophète Isaïe (VIIIᵉ siècle av. J.-C.) : le Nouveau Testament attribue à Isaïe des passages des deux parties du livre (Jn 12, 38-41, citant Is 53, 1 puis Is 6, 10), le Grand Rouleau d'Isaïe de Qumrân (1QIs-a, IIᵉ siècle av. J.-C.) le transmet comme une seule œuvre, et la Commission biblique pontificale a répondu le 28 juin 1908 (réponses approuvées par saint Pie X) qu'on ne peut enseigner ni que ces oracles seraient des récits composés après les faits, ni qu'il existerait des arguments solides, même cumulés, pour attribuer le livre à deux ou plusieurs auteurs au lieu d'Isaïe seul (Commission biblique pontificale, De libri Isaiae indole et auctore, 28 juin 1908, ASS 41, 1908, p. 613). Une partie de l'exégèse contemporaine propose néanmoins d'attribuer les chapitres 40–55 à un auteur anonyme de la fin de l'Exil (« Second Isaïe ») : cette hypothèse présuppose qu'une annonce nominale aussi précise ne peut être une prophétie réelle, et elle ne s'impose nullement — pas plus que les reconstructions qui voudraient déplacer la mission d'Esdras de 458 à 398 (voir la section « L'auteur et la date »).

    25
  22. Al-Yahudu Tablets — corpus d'environ 200 tablettes cunéiformes babyloniennes (572-477 av. J.-C.) documentant une communauté judéenne déportée établie dans la région de Borsippa, avec ses noms théophores hébraïques et son activité agricole et commerciale sur plusieurs générations. Cf. Al-Yahudu Tablets, Wikipédia (en) ; Tyndale House, « The Al-Yahudu Tablets » (31 mars 2023).

    26
  23. Livre d'Esdras 4, 6-7.24, traduction liturgique AELF : plainte « sous le règne de Xerxès » (v. 6), correspondance « au temps d'Artaxerxès » (v. 7-23), puis reprise — « Il fut interrompu jusqu'à la deuxième année du règne de Darius, roi de Perse » (v. 24). Xerxès (486-465) et Artaxerxès Ier (465-424) régnant après Darius Ier (522-486), l'ordre du chapitre est thématique, non strictement chronologique : les lettres illustrent, par anticipation, l'hostilité durable des pouvoirs locaux.

    27
  24. Les deux sections araméennes du livre sont Esdras 4, 8 – 6, 18 et 7, 12-26 ; elles reproduisent la correspondance et les décrets officiels échangés avec l'administration perse, en « araméen impérial », langue diplomatique des Achéménides. Cf. Book of Ezra, Wikipédia (en).

    28
  25. Saint Jérôme, préface sur Samuel et les Rois dite Prologus Galeatus : dans son décompte des vingt-deux livres hébreux, Esdras figure comme le huitième — « Octavus Ezras, qui et ipse similiter apud Graecos et Latinos in duos libros divisus est » (« le huitième, Esdras, lui-même pareillement divisé en deux livres chez les Grecs et les Latins ») : un seul livre, donc, dans la tradition hébraïque. Texte latin vérifié sur Epistolae, Columbia University.

    29
  26. Dans les bibles hébraïques imprimées, la séparation en deux livres se généralise à partir de la première Bible rabbinique de Daniel Bomberg (Venise, 1516-1517), sur le modèle des bibles latines — qui séparaient déjà les deux livres depuis le Moyen Âge. Cf. « An Introduction to the Books of Ezra-Nehemiah » (Bible.org) et « Naming Nehemiah » (Jewish Bible Quarterly).

    30
  27. Le raccord littéral entre la fin des Chroniques (2 Ch 36, 22-23) et le début d'Esdras (1, 1-3) a nourri l'hypothèse d'une « œuvre du Chroniste » (Chroniques + Esdras + Néhémie). L'hypothèse, majoritaire un temps, est aujourd'hui discutée ; l'unité thématique autour du Temple et de la Loi reste, elle, manifeste.

    31
  28. Hypothèse courante des introductions critiques, à recevoir comme synthèse des usuels et non comme fait établi : à partir d'archives authentiques (édits royaux, listes, correspondance officielle), la rédaction finale d'Esdras-Néhémie se situerait entre la fin du Vᵉ et le IVᵉ siècle av. J.-C. Cf. Book of Ezra, Wikipédia (en), notice de synthèse.

    33
  29. Le débat « Artaxerxès Ier (458) vs Artaxerxès II (398) » pour la mission d'Esdras repose sur l'ordre relatif d'Esdras et de Néhémie. La lecture naturelle du texte (Esd 7, 7) et l'ordre canonique soutiennent la date traditionnelle de 458 ; les inversions proposées demeurent hypothétiques.

    34
  30. Numérotation de la tradition latine, lisible dans la Vulgate elle-même : notre livre y est intitulé I Esdrae et Néhémie II Esdrae, tandis que l'édition clémentine (1592) rejette III et IV Esdrae en appendice, hors canon ; le concile de Trente (IVᵉ session, 8 avril 1546) ne retient comme inspirés que le « premier livre d'Esdras, et le second qui est intitulé Néhémie » (voir ci-dessous « Le verdict du concile de Trente »). Les bibles grecques et de langue anglaise emploient parfois une numérotation différente (Esdras A/B), d'où la nécessité de toujours vérifier de quel « Esdras » on parle.

    35
  31. Le 4 Esdras (aussi appelé 2 Esdras dans les bibles anglaises, ou Apocalypse d'Esdras) est une apocalypse juive composée après 70 apr. J.-C. ; respecté dans la tradition latine, il n'a jamais été reçu comme canonique par l'Église catholique. Cf. Esdras, Wikipédia (en).

    36
  32. Concile de Trente, IVᵉ session, décret De Canonicis Scripturis, 8 avril 1546 : la liste des livres inspirés mentionne « le premier livre d'Esdras, et le second qui est intitulé Néhémie » (Esdrae primus et secundus, qui dicitur Nehemias). Le décret ajoute que ces livres sont reçus « entiers, avec toutes leurs parties » (libros ipsos integros cum omnibus suis partibus), frappant d'anathème qui refuserait de les tenir pour sacrés et canoniques (Denzinger 1504). Cf. Canon of Trent, Wikipédia (en).

    37 38
  33. Après Trente, les 3 et 4 Esdras, avec la Prière de Manassé, ont été conservés en appendice de la Vulgate clémentine (1592) sous le pape Clément VIII, tout en restant hors du canon des Écritures inspirées.

    39
  34. Sur le danger d'apostasie par les unions idolâtres, cf. Deutéronome 7, 3-4 et 1 Rois 11, 1-8 (Salomon entraîné vers les faux dieux). La réforme d'Esdras (Esd 9–10) vise la fidélité cultuelle d'un « reste » fragile, non une discrimination ethnique. La Loi nouvelle déplace l'enjeu : cf. 1 Corinthiens 7, 12-14.

    41