Le livre de Josué

Sixième livre de la Bible et premier des livres historiques, le livre de Josué raconte l'entrée d'Israël en Terre promise sous la conduite de Josué, successeur de Moïse : passage du Jourdain, chute de Jéricho, partage du pays et grande alliance de Sichem. Présentation de sa structure, de sa datation, de ses grandes questions (le soleil arrêté, l'archéologie, l'anathème) et de sa lecture spirituelle, où Josué — homonyme de Jésus — figure le Christ introduisant les siens au Ciel.

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Le livre de Josué ouvre la grande fresque historique de la Bible : après les cinq livres de la Loi — la Genèse, l'Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome —, il raconte comment Israël entre enfin dans la Terre promise sous la conduite de Josué fils de Noun, successeur de Moïse. Le récit s'ouvre sur une parole de Dieu au seuil du Jourdain et se referme, vingt-quatre chapitres plus tard, sur le grand rassemblement de Sichem où le peuple jure fidélité à son Seigneur. Entre les deux : la traversée à pied sec du fleuve, la chute des murailles de Jéricho, la longue suite des batailles, puis le partage minutieux du pays entre les douze tribus.

Bien plus qu'une chronique militaire, le livre de Josué est un livre théologique. Son objet n'est pas d'abord la conquête, mais le don : la terre n'est pas arrachée par la force d'Israël, elle est reçue de Dieu comme l'accomplissement du serment fait à Abraham, Isaac et Jacob. C'est pourquoi la tradition juive le classe parmi les Prophètes et non parmi les simples livres d'histoire : il lit les événements comme une parole de Dieu adressée à son peuple. La grande Tradition chrétienne y a vu davantage encore. Parce que Josué et Jésus sont le même nom — « le Seigneur sauve » —, les Pères de l'Église, Origène en tête, ont reconnu dans le conquérant de Canaan une figure du Christ introduisant l'humanité rachetée dans le vrai « repos » de Dieu.

Cet article présente : (1) l'identité du livre — son nom, sa place dans le canon, son texte et sa langue ; (2) les questions de composition, d'auteur et de datation, de la tradition rabbinique à l'exégèse contemporaine ; (3) la structure et le contenu détaillés des trois grandes parties ; (4) les grandes questions que le livre soulève — le soleil arrêté à Gabaon, l'archéologie de la conquête, et surtout le problème moral de l'anathème (hérem) ; (5) la lecture spirituelle et typologique que l'Église en a toujours faite ; (6) son actualité pour la vie chrétienne. Pour une vue d'ensemble du recueil biblique, voir l'article La Bible ; pour la période qui suit immédiatement, le livre des Juges.

Identité du livre : nom, place et langue

Un nom qui annonce le salut

Le héros et le titre du livre portent le nom hébreu Yehoshua (יְהוֹשֻׁעַ), forme longue qui se contracte plus tard en Yeshua. Ce nom est une petite phrase : il joint le nom divin YHWH au verbe yasha, « sauver », et signifie « le Seigneur sauve » ou « le Seigneur est salut »[1]. Le livre des Nombres note d'ailleurs que Moïse a lui-même rebaptisé son lieutenant : « Moïse donna à Osée, fils de Noun, le nom de Josué » (Nb 13, 16), transformant un nom qui signifie « salut, délivrance » (Hoshéa) en une confession de foi sur l'auteur véritable du salut[2].

Ce détail onomastique commande toute la réception chrétienne du livre. Quand les juifs d'Alexandrie traduisent la Bible en grec — la Septante, à partir du IIIᵉ siècle av. J.-C. —, ils rendent Yehoshua par Ἰησοῦς, Iēsous. Or c'est exactement le nom que l'ange dictera à Marie : « Tu l'appelleras du nom de Jésus, car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés » (Mt 1, 21)[3]. Dans la Bible grecque lue par les Pères, Josué et Jésus portent le même nom (Iēsous)[4] : le conquérant de Canaan et le Sauveur du monde partagent le même nom et la même mission de salut. En latin, la Vulgate distingue les deux : Josue pour le fils de Noun, Iesus pour Jésus. L'article reviendra longuement sur cette homonymie, clef de la lecture spirituelle du livre.

Place dans le canon

Dans la Bible catholique, le livre de Josué est le sixième livre de l'Ancien Testament et le premier des livres historiques, cette grande série qui court de Josué à Esther et raconte l'histoire d'Israël depuis l'entrée en Canaan jusqu'à l'époque perse[5]. Il fait immédiatement suite au Deutéronome, dont il prolonge le récit : le Deutéronome s'achève sur la mort de Moïse au seuil de la terre (Dt 34), Josué s'ouvre sur l'ordre divin de la franchir.

Le canon juif le classe différemment et plus profondément : il ouvre la section des Nevi'im rishonim, les « Premiers Prophètes » (Josué, Juges, Samuel, Rois)[6]. Ce classement n'est pas anodin : pour la tradition d'Israël, ces livres ne sont pas de la simple historiographie, mais une relecture prophétique de l'histoire, qui juge les rois et le peuple à l'aune de la fidélité à l'Alliance. Le tableau ci-dessous situe Josué dans les deux grandes architectures du canon.

TraditionSectionPlace de JosuéLivres voisins
Canon catholiqueLivres historiques1ᵉʳ des historiques (6ᵉ de la Bible)après le Deutéronome, avant les Juges
Canon juif (TaNaK)Nevi'im rishonim (Premiers Prophètes)1ᵉʳ des Prophètes antérieursavant Juges, Samuel, Rois
Exégèse critique« Histoire deutéronomiste »2ᵉ maillon (Dt → Jos → Jg → Sm → R)s'appuie sur le Deutéronome

Texte et langue : un livre en deux versions

Le livre de Josué est écrit en hébreu biblique, comme la quasi-totalité de l'Ancien Testament. Mais il pose un problème textuel de premier ordre : la Septante grecque en offre une version sensiblement plus courte (de l'ordre de quelques pour cent, selon les décomptes des spécialistes) et parfois différemment ordonnée que le texte massorétique hébreu reçu[7]. Loin d'être une curiosité d'érudit, cet écart confirme que le livre a connu plusieurs états avant de se fixer. Les manuscrits de la mer Morte l'attestent : le fragment 4QJosh^a de Qumrân présente un texte distinct des deux, plaçant par exemple la construction de l'autel d'Ébal à un autre endroit du récit[8]. La critique textuelle catholique ne s'en alarme pas : l'Église a toujours su que la Parole de Dieu nous parvient par une transmission vivante. Le Concile de Trente a défini le canon des Écritures et déclaré authentique la Vulgate (session IV, 8 avril 1546) ; Dei Verbum enseigne que « les livres de l'Écriture enseignent fermement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu voir consignée dans les Lettres sacrées pour notre salut » (§ 11). Cette autorité reconnue au texte n'exige pas une uniformité matérielle impossible entre tous les témoins manuscrits.

Composition, auteur et datation

La tradition : Josué et la main des anciens

La tradition juive ancienne attribue le livre à Josué lui-même, du moins pour son fond. Le Talmud de Babylone, dans le célèbre passage du traité Baba Batra qui répartit les livres bibliques entre leurs auteurs, rapporte, selon une opinion débattue entre les maîtres, que « Josué écrivit son livre » — précisant aussitôt que les versets qui rapportent sa propre mort (Jos 24, 29-30) furent ajoutés par le grand prêtre Éléazar, et celui qui rapporte la mort d'Éléazar (Jos 24, 33) par son fils Pinhas[9]. Le livre lui-même appuie cette tradition : il note que « Josué écrivit ces paroles dans le livre de la loi de Dieu » (Jos 24, 26) après l'assemblée de Sichem, et il emploie à plusieurs reprises la formule « jusqu'à ce jour », signe d'un noyau ancien complété par une mémoire vive.

Noyau ancien, transmission et mise en forme : les compléments postérieurs n'effacent pas la mémoire ancienne. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

La position catholique traditionnelle applique au livre de Josué, par un principe analogue, la réponse formulée pour le Pentateuque par la Commission biblique pontificale sous saint Pie X (27 juin 1906) — réponse qui ne porte que sur le Pentateuque[10] : elle tient pour l'authenticité substantielle du livre de Josué, tout en admettant des additions et retouches postérieures sous inspiration. Autrement dit : un noyau remonte à l'époque de Josué et aux témoins de la conquête ; le texte final a été mis en forme plus tard, sans que cela entame son inspiration ni sa vérité.

L'exégèse critique : de l'Hexateuque à l'histoire deutéronomiste

L'exégèse moderne a proposé un autre modèle. Au XIXᵉ siècle, on rattachait volontiers Josué au Pentateuque pour former un « Hexateuque » (six livres), en y prolongeant les sources documentaires supposées de la Genèse. Cette hypothèse a été largement abandonnée après les travaux décisifs de l'Allemand Martin Noth. Dans ses Études d'histoire de la tradition (1943), Noth soutient que Josué n'appartient pas au Pentateuque, mais forme avec le Deutéronome, les Juges, Samuel et les Rois une vaste « histoire deutéronomiste » : une relecture théologique de l'histoire d'Israël composée pendant l'Exil (VIᵉ siècle av. J.-C.) pour expliquer la catastrophe de 587 par l'infidélité du peuple à l'Alliance[11].

Cette hypothèse, raffinée depuis par Thomas Römer et ses successeurs, reste dominante à l'université[12]. Elle a sa part de vérité : le livre de Josué porte indéniablement l'empreinte du Deutéronome — même insistance sur la Loi, sur l'unité du sanctuaire, sur la bénédiction conditionnée à la fidélité. Mais un catholique n'est pas tenu d'en adopter toutes les conclusions, surtout lorsqu'elles glissent du constat littéraire (le livre a une théologie deutéronomique) à un postulat philosophique (donc tout y est tardif et largement fictif). L'herméneutique de la continuité invite à distinguer ce qui est largement tenu par l'exégèse contemporaine — une mise en forme finale tardive, une intention théologique forte — de ce qui relève d'un présupposé sceptique sur la valeur historique du récit.

Faire la part des choses : la position catholique

QuestionTradition rabbinique et patristiqueExégèse critique dominanteLecture catholique d'équilibre
AuteurJosué, complété par Éléazar et Pinhasun (ou plusieurs) « Deutéronomiste(s) » exiliquesnoyau ancien + mise en forme inspirée plus tardive
Date de rédactionépoque de Josué, XVᵉ siècle av. J.-C. (chronologie de 1 R 6, 1)VIIᵉ-VIᵉ siècle av. J.-C.composition échelonnée, achevée après l'Exil
Genrerécit historique sacré« historiographie théologique »histoire vraie, racontée avec une intention théologique
Valeur historiquepleinesouvent minoréeréelle, à lire selon les genres littéraires (Dei Verbum § 12)

La constitution conciliaire Dei Verbum offre la clef de cet équilibre. Pour interpréter correctement l'Écriture, enseigne-t-elle, il faut tenir compte des genres littéraires et des manières de sentir, de parler et de raconter propres à l'époque de l'hagiographe[13]. Le récit de conquête antique a ses conventions — chiffres ronds, scènes typiques, exaltation épique de la victoire — qui ne sont pas des mensonges mais une manière de dire la vérité d'un peuple sur son Dieu. Reconnaître ces conventions n'est pas céder au scepticisme : c'est lire le livre tel qu'il a voulu être lu.

Structure et contenu

La structure du livre : conquérir la terre, la recevoir en héritage, puis choisir de servir le Seigneur. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le livre se compose de trois grandes parties d'ampleur inégale, encadrées par l'investiture de Josué (ch. 1) et son testament spirituel (ch. 23-24). Le tableau suivant en donne la carte d'ensemble avant le détail.

PartieChapitresContenuMot-clef
I. La conquête1-12Investiture, passage du Jourdain, Jéricho, Aï, Gabaon, campagnes du sud et du nordprendre
II. Le partage13-21Répartition du pays entre les douze tribus, villes de refuge, part des Lévitesrecevoir
III. L'alliance22-24Retour des tribus de Transjordanie, discours d'adieu, assemblée de Sichemservir

Première partie : entrer et conquérir (chapitres 1-12)

L'investiture de Josué et le passage du Jourdain

Le livre s'ouvre sur une parole de Dieu qui investit Josué de la mission de Moïse et lui répète, par trois fois, un même encouragement devenu l'un des versets les plus aimés de la Bible :

« Ne t'ai-je pas commandé : "Sois fort et courageux !" ? Ne crains pas, ne t'effraie pas, car le Seigneur ton Dieu sera avec toi partout où tu iras. » — Josué 1, 9[14]

Entrée par le Jourdain, axe central, campagne du Sud et campagne du Nord jusqu'à Haçor. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

L'entrée en terre promise commence par un miracle qui rappelle l'Exode : comme la mer Rouge s'était ouverte devant Moïse, le Jourdain s'arrête devant l'Arche d'alliance et le peuple traverse à pied sec (Jos 3-4). Douze pierres tirées du lit du fleuve sont dressées à Guilgal en mémorial pour les générations futures. Le parallèle est voulu : Josué est présenté comme le nouveau Moïse, et le passage du Jourdain comme une seconde naissance d'Israël sur sa terre[15].

Rahab et la chute de Jéricho

Avant l'assaut, Josué envoie deux espions à Jéricho, première ville cananéenne sur la route. Ils sont accueillis et cachés par Rahab, une prostituée qui fait alors une profession de foi stupéfiante dans la bouche d'une païenne :

« Le Seigneur votre Dieu est Dieu, en haut dans le ciel et en bas sur la terre. » — Josué 2, 11[16]

En échange de la vie sauve pour elle et les siens, Rahab suspend à sa fenêtre un cordon écarlate qui épargnera sa maison (Jos 2, 18). La prise de la ville, elle, n'a rien d'un siège ordinaire : pendant sept jours, le peuple tourne en silence autour des murs derrière l'Arche ; au septième jour, au son des trompettes et à la clameur de tout Israël, « la muraille s'écroula sur place » (Jos 6, 20)[17]. Le message est limpide : ce n'est pas la guerre qui donne la ville, c'est Dieu. Jéricho est la cité-prémices, vouée tout entière au Seigneur — d'où l'épisode tragique de l'anathème, sur lequel l'article reviendra.

Aï, Gabaon et les grandes coalitions

La conquête connaît aussitôt un échec instructif : devant la petite ville d'Aï, Israël est repoussé, parce qu'un homme, Akân, a violé l'interdit en s'appropriant du butin de Jéricho (Jos 7). La défaite n'est pas militaire mais spirituelle : le péché d'un seul atteint tout le peuple. Une fois la faute punie, Aï est prise (Jos 8).

Survient alors la ruse des Gabaonites : redoutant le sort de Jéricho, ces Cananéens se déguisent en voyageurs venus de loin et arrachent à Josué un traité de paix. Liés par leur serment prêté « au nom du Seigneur », les Israélites épargnent Gabaon (Jos 9) — illustration frappante du caractère sacré de la parole jurée, qui oblige même surprise par la fraude. C'est pour défendre ses nouveaux alliés gabaonites que Josué livre la grande bataille du sud contre une coalition de cinq rois amorites (Jos 10), au cours de laquelle se produit le célèbre épisode du soleil arrêté. La conquête s'achève par la campagne du nord contre Haçor et le roi Yabîn (Jos 11). Le chapitre 12 dresse enfin la liste des trente et un rois vaincus, comme un trophée récapitulatif.

Deuxième partie : recevoir la terre en héritage (chapitres 13-21)

La seconde partie change radicalement de ton : on quitte l'épopée pour la géographie sacrée. Sur près de neuf chapitres, le livre détaille le partage du pays entre les tribus d'Israël, frontière par frontière, ville par ville. Cette section, souvent négligée des lecteurs pressés, est théologiquement capitale : elle montre que la terre est un héritage (nahala) distribué par le sort « devant le Seigneur » (Jos 18, 6), et non un butin saisi par les plus forts. Chaque tribu reçoit sa part de la main de Dieu.

BénéficiairePart reçueParticularité
Ruben, Gad, demi-ManasséTransjordanie (à l'est)déjà attribuée par Moïse (Nb 32)
Juda, Éphraïm, demi-Manassécœur du paysles premières grandes parts (ch. 14-17)
Sept autres tribusreste du payspartagé par le sort à Silo (ch. 18-19)
Léviaucun territoire« le Seigneur, Dieu d'Israël, c'est lui leur héritage » (Jos 13, 33) — 48 villes lévitiques
CalebHébronrécompense de sa fidélité d'éclaireur (Jos 14)

Deux institutions de miséricorde et de justice structurent ce partage : les six villes de refuge (Jos 20), où le meurtrier involontaire peut fuir la vengeance du sang en attendant un jugement équitable, et les quarante-huit villes des Lévites (Jos 21), disséminées dans toutes les tribus pour que le service de Dieu irrigue tout le territoire. La partie se referme sur une note d'accomplissement majeure :

« Aucun des engagements pris par le Seigneur en faveur de la maison d'Israël ne resta sans effet : tout arriva. » — Josué 21, 45[18]

Troisième partie : choisir de servir (chapitres 22-24)

Le livre se clôt sur trois chapitres tournés vers l'avenir de la foi. Les tribus de Transjordanie, renvoyées chez elles, élèvent un grand autel près du Jourdain ; aussitôt soupçonnées de schisme, elles expliquent qu'il s'agit d'un témoin d'unité et non d'un sanctuaire rival — la crise est désamorcée par le dialogue (Jos 22). Puis Josué, vieilli, prononce deux discours d'adieu où il supplie le peuple de rester fidèle et de ne pas se mêler aux nations ni à leurs dieux (Jos 23).

Tout culmine dans la grande assemblée de Sichem (Jos 24), véritable sommet du livre. Josué y refait l'histoire du salut, d'Abraham à la conquête, comme un récit de pure grâce de Dieu ; puis il place le peuple devant un choix décisif et libre :

« S'il ne vous plaît pas de servir le Seigneur, choisissez aujourd'hui qui vous voulez servir [...]. Moi et les miens, nous voulons servir le Seigneur. » — Josué 24, 15[19]

Le peuple répond par le serment de l'Alliance, et Josué « écrit ces paroles dans le livre de la loi de Dieu » et dresse une grande pierre en témoin (Jos 24, 26-27). Le livre s'achève sur trois tombes — Josué, les ossements de Joseph rapportés d'Égypte, et le grand prêtre Éléazar —, manière de sceller dans la terre reçue toute l'histoire de la promesse.

Les grandes questions du livre

Trois difficultés majeures retiennent l'attention de tout lecteur sérieux : un miracle cosmique, un débat archéologique, et un problème moral redoutable.

Le soleil arrêté à Gabaon

Au cœur de la bataille du sud, Josué adresse à Dieu une prière restée fameuse :

« Soleil, arrête-toi sur Gabaon, lune, sur la vallée d'Ayyalone ! Et le soleil s'arrêta, et la lune resta immobile, jusqu'à ce que le peuple fût vengé de ses ennemis. » — Josué 10, 12-13[20]

Langage poétique, phénomène providentiel ou miracle réel : trois lectures qui maintiennent la thèse centrale du récit. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Faut-il comprendre que la Terre a cessé de tourner ? La tradition catholique n'oblige à rien de tel. Plusieurs lectures sont permises et défendables. D'abord, le texte précise que ces vers sont tirés du « livre du Juste » (Sefer ha-Yashar), un recueil de poésie épique : on peut donc y voir un langage poétique célébrant une victoire si rapide qu'elle tient en un seul jour prolongé[21]. Ensuite, certains exégètes proposent un phénomène atmosphérique — une grêle providentielle (mentionnée juste avant, Jos 10, 11) obscurcissant le soleil. Enfin, un catholique peut tout simplement tenir un miracle réel : le Dieu qui a créé les astres peut en suspendre l'effet apparent. L'essentiel, que le texte martèle, n'est pas l'astronomie mais la théologie : « Il n'y eut pas de jour comme celui-là, ni avant lui, ni après lui, ce jour où le Seigneur obéit à la voix d'un homme, car le Seigneur combattait pour Israël » (Jos 10, 14). On ne lira pas ce verset comme un traité de cosmologie : l'Écriture, rappelle Léon XIII dans Providentissimus Deus après saint Augustin, n'a pas été donnée pour enseigner aux hommes la constitution intime des objets visibles ; les auteurs sacrés parlent selon le langage usité à leur époque, comme on le fait encore dans la vie courante[22].

L'archéologie de la conquête

Le livre de Josué est l'un des terrains les plus disputés de l'archéologie biblique. Le cas le plus célèbre est celui de Jéricho, dont le récit promet des murailles écroulées par la seule puissance de Dieu. Les fouilles ont nourri un débat de plus d'un siècle, résumé dans le tableau suivant.

ChercheurDatation de la destruction de la villeConséquence pour le récit biblique
John Garstang (1930-1936)fin du XVᵉ s. av. J.-C. (~1400)concorde avec une conquête « haute »
Kathleen Kenyon (1952-1958)fin du Bronze moyen (~1550)trop ancienne : Jéricho serait en ruine à l'arrivée d'Israël
Bryant G. Wood (1990)réévalue la poterie : fin du Bronze récent I (~1400)rétablit la concordance avec une conquête haute
Bruins & van der Plicht (1995)radiocarbone : ~1562 av. J.-C.invoqué à l'appui de la datation de Kenyon (~1550), débat non clos

Le débat n'est pas tranché[23]. Kathleen Kenyon, pionnière de la stratigraphie, conclut qu'à l'époque supposée de Josué, Jéricho n'était plus qu'un site largement abandonné — ce qui ferait du récit un souvenir embelli. Bryant Wood a contesté sa méthode, lui reprochant de dater une couche par ce qu'elle n'avait pas trouvé (l'absence d'une céramique chypriote) plutôt que par ce qu'elle avait exhumé ; les datations au radiocarbone publiées en 1995 (céréales carbonisées de la couche d'incendie, vers 1562 av. J.-C.) ont été invoquées à l'appui de la chronologie de Kenyon (~1550), sans clore le débat[24]. Le même type de discussion entoure Aï (le site d'et-Tell semble inoccupé à l'époque) et Haçor, dont la destruction violente au Bronze récent est en revanche bien attestée par les fouilles de Yigaël Yadin et Amnon Ben-Tor[25].

Jéricho, Aï et Haçor : trois dossiers archéologiques de portée différente, entre débat, incertitude et concordance partielle. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Que conclure ? La prudence. L'archéologie procède par arguments du silence fragiles — un site mal localisé, une couche érodée, une fourchette de datation large suffisent à brouiller le tableau. Le récit biblique lui-même suggère d'ailleurs une conquête progressive et incomplète (Jos 13, 1 ; 23, 12-13 ; Jg 1), bien loin du raz-de-marée éclair qu'on lui prête parfois. Un catholique peut tenir avec sérénité la vérité substantielle d'une entrée d'Israël en Canaan, sans devoir épouser ni le concordisme naïf qui plaque chaque verset sur une ruine, ni le scepticisme qui dissout l'événement faute d'avoir tout retrouvé.

Le problème de l'anathème (hérem)

C'est la difficulté la plus grave du livre, et l'objection la plus fréquente des critiques de la Bible. À plusieurs reprises, le texte rapporte que les villes conquises sont vouées à l'anathème (hérem), « l'homme comme la femme, le jeune comme le vieillard, [...] les passant tous au fil de l'épée » (Jos 6, 21)[26]. Comment un Dieu bon a-t-il pu ordonner l'extermination de peuples entiers ? La question est trop sérieuse pour être esquivée ; l'Église elle-même demande qu'on l'affronte de front.

Premier point : reconnaître la difficulté. Benoît XVI a consacré à ces « pages obscures » de la Bible un paragraphe entier de son exhortation Verbum Domini. Il y exhorte les chercheurs et les pasteurs « à aider tous les fidèles à s'approcher aussi de ces pages à travers une lecture qui fasse découvrir leur signification à la lumière du mystère du Christ », rappelant que « la révélation biblique est profondément enracinée dans l'histoire » et que « le dessein de Dieu s'y manifeste progressivement et se réalise lentement à travers des étapes successives, malgré la résistance des hommes »[27]. Le récit reflète aussi les conventions guerrières du Proche-Orient ancien, où l'hyperbole de l'extermination totale était un genre littéraire de victoire commun à plusieurs peuples — la stèle de Mésha (IXᵉ s. av. J.-C.) emploie le même mot hérem pour les conquêtes de Moab[28].

Deuxième point : le sens théologique. L'anathème n'est pas, dans la Bible, une pulsion raciale ou un appétit de pillage — au contraire, le butin est interdit (d'où le châtiment d'Akân). Il signifie que la victoire et ses fruits appartiennent à Dieu seul, et il protège Israël d'un péril mortel : l'apostasie par contagion idolâtrique, dont l'histoire ultérieure montrera qu'elle perdra effectivement le peuple. La condamnation vise les pratiques des nations cananéennes — sacrifices d'enfants, prostitution rituelle — que la Bible tient pour une abomination (Dt 12, 31)[29].

Texte ancien, sens théologique, pédagogie divine et lecture chrétienne : quatre niveaux pour lire le hérem sans escamoter la difficulté. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Troisième point : la lecture chrétienne. L'Église a toujours lu ces pages à la lumière du Christ, qui révèle le visage définitif de Dieu et abroge la violence comme moyen religieux : « Vous avez appris qu'il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien ! moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent » (Mt 5, 43-44). Le Catéchisme enseigne que l'Ancien Testament contient « de l'imparfait et du provisoire » que le Christ vient porter à son achèvement[30]. C'est pourquoi la grande Tradition, d'Origène à nos jours, lit le hérem d'abord en sens spirituel : les peuples à exterminer sans pitié sont, pour le chrétien, ses vices et ses péchés, qu'aucune complaisance ne doit épargner. La guerre de Josué devient ainsi la figure du combat spirituel intérieur.

Lecture spirituelle et typologique

Josué, figure du Christ

Aucun Père de l'Église n'a lu le livre de Josué avec plus de profondeur qu'Origène (~185-253). Dans ses vingt-six homélies sur le livre — conservées en latin dans la traduction de Rufin, et publiées dans la collection des Sources Chrétiennes[31] —, l'Alexandrin part de l'homonymie Josué = Jésus pour faire de tout le livre une prophétie en images du Christ et de la vie chrétienne. Selon la présentation de son éditrice, à travers les gestes et les actes de Jésus fils de Navé se manifestent, comme en figure, les mystères de Jésus, Fils de Dieu[32]. Ce n'est pas Moïse — la Loi — qui fait entrer le peuple dans la terre du repos, mais Josué : selon la lecture d'Origène, c'est Josué qui, après Moïse, prend le peuple en charge et devient le guide de la route nouvelle vers le Ciel[33].

De Josué à Jésus : le nom, le passage des eaux, la terre du repos et le combat trouvent dans le Christ leur accomplissement. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le grand théologien Jean Daniélou, dans Sacramentum futuri, a montré que cette typologie Josué-Jésus est l'une des plus anciennes et des plus universelles de la tradition chrétienne, attestée dès l'épître de Barnabé et chez saint Justin au IIᵉ siècle[34]. Elle est d'ailleurs déjà amorcée par le Nouveau Testament lui-même : l'épître aux Hébreux observe que « si Josué leur avait donné le repos, David ne parlerait pas après cela d'un autre jour » — « un repos sabbatique doit encore advenir pour le peuple de Dieu », celui qu'ouvre le Christ (He 4, 8-9)[35].

La Terre promise, figure du Ciel et du baptême

Dans cette lecture, chaque élément du récit prend une épaisseur spirituelle. La Terre promise où Josué introduit le peuple est la figure du Ciel, le vrai « repos » promis aux rachetés. Le passage du Jourdain, traversée des eaux pour naître à la terre nouvelle, est lu par les Pères comme une figure du baptême — d'autant que c'est dans ce même Jourdain que Jésus, le nouveau Josué, sera baptisé[36]. Le Catéchisme de l'Église catholique, traitant des préfigurations du baptême, range explicitement la traversée du Jourdain parmi les images vétérotestamentaires de l'entrée « dans la Terre promise, image de la vie éternelle » accordée par le sacrement[37]. Quant à la longue guerre de conquête, elle figure le combat spirituel que tout baptisé doit mener, sa vie durant, contre le péché — le seul ennemi qu'il faille désormais vouer à l'anathème.

Rahab, figure du salut des nations

La prostituée Rahab connaît dans la tradition chrétienne une fortune remarquable, à la mesure du paradoxe qu'elle incarne : une païenne, une pécheresse, devenue par sa foi un modèle pour les croyants. Le Nouveau Testament la cite trois fois en bonne part. L'épître aux Hébreux la place dans la grande galerie des héros de la foi :

« Grâce à la foi, Rahab la prostituée ne périt pas avec ceux qui avaient résisté, car elle avait accueilli pacifiquement les hommes envoyés en reconnaissance. » — Hébreux 11, 31[38]

L'épître de Jacques la donne en exemple d'une foi vivante, agissante (Jc 2, 25)[39], et l'évangile de Matthieu l'inscrit, fait inouï, dans la généalogie même de Jésus (Mt 1, 5) : cette Cananéenne est l'aïeule de Booz, donc de David, donc du Christ[40]. Les Pères ont vu en elle la figure de l'Église rassemblée des nations : comme Rahab fut sauvée par le cordon écarlate suspendu à sa fenêtre, l'humanité pécheresse est sauvée par le Sang du Christ. Le cordon rouge est ainsi devenu, dès saint Clément de Rome (vers l'an 96), l'un des plus anciens symboles patristiques de la Rédemption[41].

Actualité spirituelle : « Sois fort et courageux »

Pauwels Casteels, Josué arrêtant le soleil, XVIIᵉ siècle. Œuvre du domaine public, via Wikimedia Commons.

Par-delà l'histoire et la typologie, le livre de Josué offre au croyant d'aujourd'hui une spiritualité du courage et de la fidélité. Son premier mot d'ordre — « Sois fort et courageux » — n'est pas un slogan martial : il est immédiatement lié à la méditation de la Parole (« Ce livre de la Loi ne quittera pas tes lèvres ; tu le murmureras jour et nuit », Jos 1, 8) et à la présence de Dieu (« je serai avec toi », Jos 1, 5). Le courage biblique n'est pas confiance en soi, mais confiance en Celui qui accompagne.

Son dernier mot, l'appel de Sichem — « choisissez aujourd'hui qui vous voulez servir » —, fait du livre un grand traité de la liberté croyante. La foi n'est jamais un héritage subi : elle est un choix sans cesse renouvelé, personnel et communautaire. « Moi et les miens, nous voulons servir le Seigneur » : cette parole de Josué, qui engage toute une maison, demeure aujourd'hui encore la profession de foi du père et de la mère de famille, et de quiconque veut bâtir sa vie sur le roc plutôt que sur le sable. Le livre qui s'ouvrait sur l'ordre de traverser un fleuve se referme ainsi sur la décision qui traverse toute existence chrétienne : choisir, librement, de servir Dieu.

Pour aller plus loin

  • Bible, livre de Josué (24 chapitres) — à lire dans une traduction catholique : Bible de Jérusalem, Traduction officielle liturgique (AELF), ou Bible Crampon.
  • Pour le recueil biblique dans son ensemble et la question du canon, voir l'article La Bible et l'article de synthèse Ancien Testament.
  • Pour la suite immédiate de l'histoire d'Israël en Canaan, voir le livre des Juges, puis les livres de Samuel et les livres des Rois.
  • Pour les livres de la Loi qui précèdent, voir la Genèse, l'Exode et le Deutéronome.
  • Origène, Homélies sur Josué, Sources Chrétiennes 71, éd. Annie Jaubert, Cerf, 1960 — la grande lecture spirituelle du livre.
  • Jean Daniélou, Sacramentum futuri. Études sur les origines de la typologie biblique, Beauchesne, 1950.
  • Benoît XVI, Verbum Domini (2010), § 42 — sur les « pages obscures » de la Bible.

Notes et références

  1. Le nom Yehoshua (יְהוֹשֻׁעַ) associe le théonyme abrégé Yeho- (de YHWH) à la racine verbale yš', « sauver, délivrer ». Sens : « le Seigneur sauve » / « le Seigneur est salut ». Cf. Ludwig Koehler & Walter Baumgartner, Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament, Brill, Leyde, éd. 1994-2000, s.v. yāša' et Yehôšua'.

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  2. Nombres 13, 16 : « Tels sont les noms des hommes que Moïse envoya reconnaître le pays. Moïse donna à Osée (Hoshéa), fils de Noun, le nom de Josué (Yehoshua). » Le changement de nom marque la mission : c'est le Seigneur, et non l'homme, qui sauvera. Voir l'article Les Nombres.

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  3. Matthieu 1, 21, traduction liturgique (AELF) : « Elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus, car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » (Iēsous en grec : l'évangéliste explicite l'étymologie même du nom hébreu Yeshua / Yehoshua).

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  4. Dans la Septante comme dans le Nouveau Testament grec, Josué et Jésus portent un seul et même nom (Ἰησοῦς, Iēsous). La Vulgate latine les distingue : Iosue (Josue) pour le fils de Noun (Jos 1, 1 : « Josue filium Nun »), Iesus pour Jésus (Mt 1, 21). Cette identité dans le grec est la base de toute la typologie patristique. Cf. Annie Jaubert, introduction à Origène, Homélies sur Josué, Sources Chrétiennes 71, Cerf, 1960, p. 9-12.

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  5. Dans la Bible catholique, les livres historiques comprennent Josué, Juges, Ruth, 1-2 Samuel, 1-2 Rois, 1-2 Chroniques, Esdras, Néhémie, Tobie, Judith, Esther et 1-2 Maccabées. Josué en est le premier. Cf. Catéchisme de l'Église catholique, tableau du canon (§ 120) ; Concile de Trente, Session IV (8 avril 1546), décret Sacrosancta.

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  6. Le canon juif (TaNaK) répartit les Prophètes en Nevi'im rishonim (« Premiers Prophètes » : Josué, Juges, Samuel, Rois) et Nevi'im aharonim (« Derniers Prophètes » : Isaïe, Jérémie, Ézéchiel, les Douze). C'est l'ordre fixé par le Talmud de Babylone lui-même, traité Baba Batra 14b (« L'ordre des Prophètes est : Josué, Juges, Samuel, Rois... »), repris dans toutes les éditions du TaNaK.

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  7. La Septante (LXX) du livre de Josué est plus brève de quelques pour cent que le texte massorétique (TM) et présente plusieurs variantes d'ordre. Voir Lea Mazor, « The Septuagint Translation of the Book of Joshua » (résumé de thèse), Bulletin of the IOSCS 27 (1994), p. 29-38 ; Emanuel Tov, Textual Criticism of the Hebrew Bible, 3ᵉ éd., Fortress Press, 2012.

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  8. Le fragment 4QJosh^a (grotte 4 de Qumrân, ~Iᵉʳ s. av. J.-C.) place le récit de l'autel de Josué (cf. Jos 8, 30-35 TM) plus tôt dans le livre, juste après la traversée du Jourdain — attestant un état textuel ancien distinct du TM et de la LXX. Cf. E. Ulrich, F. M. Cross et al. (éd.), Discoveries in the Judaean Desert XIV (Qumran Cave 4.IX : Deuteronomy, Joshua, Judges, Kings), Oxford, Clarendon Press, 1995.

    8
  9. Talmud de Babylone, traité Baba Batra 14b-15a : selon la baraïta — opinion attribuée à Rabbi Yehuda (certains disent Rabbi Nehemya), contestée par Rabbi Shimon qui tient que Moïse écrivit la Torah jusqu'au bout — « Josué écrivit son livre et les huit derniers versets de la Torah » (Dt 34, 5-12, la mort de Moïse) ; les versets relatant la mort de Josué (Jos 24, 29-30) sont attribués à Éléazar, et celui relatant la mort d'Éléazar (Jos 24, 33) à Pinhas. Cf. Talmud de Babylone, éd. Steinsaltz (Koren Talmud Bavli), Baba Batra.

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  10. Commission biblique pontificale, réponse De mosaica authentia Pentateuchi (27 juin 1906), sous saint Pie X : affirme l'authenticité mosaïque substantielle du Pentateuque tout en admettant additions, gloses et adaptations postérieures sous inspiration. La réponse ne porte que sur le Pentateuque ; le présent article en applique le principe, par analogie, au livre de Josué qui le prolonge dans le canon. Cf. Denzinger-Hünermann, §§ 3394-3397.

    10
  11. Martin Noth, Überlieferungsgeschichtliche Studien (Études d'histoire de la tradition), Halle, 1943. Noth y soutient (1) que Josué n'appartient pas à un « Hexateuque » prolongeant le Pentateuque, et (2) qu'il forme avec Dt-Jg-Sm-R une « histoire deutéronomiste » unifiée, composée à l'époque de l'Exil pour rendre compte de la chute de Jérusalem (587 av. J.-C.).

    11
  12. Thomas Römer, La Première Histoire d'Israël. L'École deutéronomiste à l'œuvre, Labor et Fides, Genève, 2007 (éd. anglaise The So-Called Deuteronomistic History, T&T Clark, 2005). Synthèse de référence sur l'hypothèse et ses révisions contemporaines (modèles à plusieurs rédactions).

    12
  13. Concile Vatican II, constitution dogmatique Dei Verbum (18 novembre 1965), § 12 : pour découvrir l'intention des hagiographes, « il faut prêter attention, entre autres, aux genres littéraires », car la vérité est présentée et exprimée « de façon différente dans les textes historiques sous l'un ou l'autre mode, dans les textes prophétiques ou poétiques, ou dans les autres genres d'expression ». Texte : vatican.va.

    13
  14. Josué 1, 9, traduction liturgique (AELF). L'ordre divin « Sois fort et courageux » (hazaq we'emats) est répété trois fois au chapitre 1 (v. 6, 7, 9), encadrant l'appel à méditer la Loi (v. 8).

    14
  15. Le parallèle Jourdain / mer Rouge est explicite : « Le Seigneur votre Dieu a mis à sec devant vous les eaux du Jourdain jusqu'à ce que vous ayez passé, comme le Seigneur votre Dieu l'avait fait en asséchant devant nous la mer des Roseaux jusqu'à ce que nous ayons passé » (Jos 4, 23). Josué est dressé en « nouveau Moïse » (cf. Jos 3, 7 ; 4, 14). Voir l'Exode.

    15
  16. Josué 2, 11, traduction Crampon révisée. Profession de foi monothéiste de Rahab, d'autant plus remarquable qu'elle est mise dans la bouche d'une Cananéenne et prostituée.

    16
  17. Josué 6, 20 : « Le peuple poussa des cris et l'on sonna du cor [...] la muraille s'écroula sur place, et le peuple monta vers la ville, chacun devant soi, et ils s'emparèrent de la ville. » Le rite (sept tours, sept jours, sept cors, Arche d'alliance) souligne que la victoire est liturgique avant d'être militaire.

    17
  18. Josué 21, 45 (TM ; certaines éditions notent 21, 43). Verset-clef de la théologie de l'accomplissement : la fidélité de Dieu à sa promesse est intégrale. Cf. aussi Jos 23, 14.

    18
  19. Josué 24, 15, traduction liturgique (AELF) : « Moi et les miens, nous voulons servir le Seigneur. » Sommet rhétorique du livre : l'Alliance n'est pas imposée mais librement choisie par le peuple (cf. Jos 24, 16-24).

    19
  20. Josué 10, 12-13. Le passage est introduit comme une citation du « livre du Juste » (Sefer ha-Yashar), recueil poétique perdu également cité en 2 Samuel 1, 18. Sur le statut littéraire de ces vers, voir la note suivante.

    20
  21. Le Sefer ha-Yashar (« livre du Juste ») est un recueil de poésie épique israélite aujourd'hui perdu, cité deux fois dans la Bible (Jos 10, 13 ; 2 S 1, 18). Que l'épisode du soleil arrêté en soit tiré invite à y lire un langage poétique de victoire plutôt qu'une chronique astronomique. Cf. Roland de Vaux, Les Institutions de l'Ancien Testament, Cerf, 1958-1960.

    21
  22. Léon XIII, encyclique Providentissimus Deus (18 novembre 1893), citant saint Augustin, De Genesi ad litteram, II, 9, 20 : « l'esprit de Dieu, qui parlait par leur bouche, n'a pas voulu enseigner aux hommes ces vérités concernant la constitution intime des objets visibles, parce qu'elles ne devaient leur servir de rien pour leur salut » ; les auteurs sacrés décrivent les choses « comme le comportait le langage usité à cette époque ». Texte : vatican.va ; Acta Sanctae Sedis 26 (1893-1894), p. 269-292. Principe applicable au « soleil arrêté ».

    22
  23. Synthèse du débat : Kathleen M. Kenyon, Digging Up Jericho, Ernest Benn, Londres, 1957 (datation de la destruction au Bronze moyen, ~1550) ; Bryant G. Wood, « Did the Israelites Conquer Jericho? A New Look at the Archaeological Evidence », Biblical Archaeology Review 16/2 (1990), p. 44-58 (réévaluation au Bronze récent I, ~1400) ; Piotr Bienkowski, réponse critique dans BAR 16/5 (1990). Voir aussi John Garstang, The Story of Jericho, 1940.

    23
  24. Hendrik J. Bruins & Johannes van der Plicht, « Tell es-Sultan (Jericho): Radiocarbon Results of Short-Lived Cereal and Multiyear Charcoal Samples from the End of the Middle Bronze Age », Radiocarbon 37/2 (1995), p. 213-220 : les échantillons de céréales carbonisées de la couche d'incendie donnent environ 1562 av. J.-C. (± 38 ans), lecture invoquée à l'appui de la datation de Kenyon (~1550) et contestée par les partisans d'une destruction au Bronze récent.

    24
  25. Pour Haçor, les fouilles de Yigaël Yadin (1955-1958) puis d'Amnon Ben-Tor (depuis 1990) ont mis au jour une destruction violente par le feu à la fin du Bronze récent, cohérente avec Jos 11, 10-13. Pour Aï, le site d'et-Tell paraît inoccupé à l'époque, ce qui a suscité l'hypothèse d'une autre localisation (Khirbet el-Maqatir, proposée par Bryant Wood). Cf. Amnon Ben-Tor, Hazor: Canaanite Metropolis, Israelite City, Israel Exploration Society, 2016.

    25
  26. Le terme hébreu ḥērem (חֵרֶם) désigne ce qui est « voué » irrévocablement à Dieu, soustrait à tout usage humain — d'où, pour les ennemis, l'extermination, et pour les biens, soit la destruction soit la consécration au sanctuaire. Cf. Philip D. Stern, The Biblical Herem: A Window on Israel's Religious Experience, Brown Judaic Studies, 1991.

    26
  27. Benoît XVI, exhortation apostolique post-synodale Verbum Domini (30 septembre 2010), § 42 (« Les pages obscures de la Bible ») : « la révélation biblique est profondément enracinée dans l'histoire » ; « le dessein de Dieu s'y manifeste progressivement et se réalise lentement à travers des étapes successives, malgré la résistance des hommes ». Le pape exhorte chercheurs et pasteurs à aider les fidèles à s'approcher de ces pages pour en découvrir la signification à la lumière du mystère du Christ. Texte : vatican.va.

    27
  28. La stèle de Mésha (roi de Moab, vers 840 av. J.-C., découverte en 1868) emploie le mot ḥrm pour décrire le massacre rituel d'Israélites voués au dieu Kemosh — preuve que l'« anathème » de guerre était une convention commune au Proche-Orient ancien, et non une singularité israélite. Cf. les travaux d'André Lemaire sur la stèle de Mésha.

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  29. La Bible motive l'anathème par les pratiques religieuses cananéennes, notamment les sacrifices d'enfants par le feu : « pour leurs dieux, elles vont même jusqu'à consumer par le feu leurs fils et leurs filles ! » (Dt 12, 31 ; cf. Lv 18, 21-25). La Loi interdit aussi expressément la prostitution cultuelle, la qedeshah (Dt 23, 18 ; cf. 1 R 14, 24) ; l'ampleur institutionnelle de cette prostitution dite « sacrée » dans le Canaan du Bronze récent reste débattue entre historiens, et l'article s'en tient ici à ce que la Bible en dit. L'archéologie a apporté des indices convergents allant dans ce sens dans le monde cananéo-punique (tophets puniques, dont l'interprétation reste débattue). Voir le Lévitique.

    29
  30. Catéchisme de l'Église catholique, § 122 : « Bien qu'ils contiennent de l'imparfait et du provisoire », les livres de l'Ancien Testament témoignent de « toute la divine pédagogie de l'amour salvifique de Dieu ». Cf. aussi § 121 sur la valeur permanente de l'AT et § 708 sur la « pédagogie divine ».

    30
  31. Origène, Homélies sur Josué (In Iesu Nave homiliae), 26 homélies conservées dans la traduction latine de Rufin d'Aquilée. Édition critique et traduction : Annie Jaubert, Origène. Homélies sur Josué, Sources Chrétiennes 71, Cerf, Paris, 1960 (texte latin d'après l'éd. W. A. Baehrens, GCS 30, 1921). La datation précise de ces homélies reste discutée ; les situer au temps de la persécution de Dèce (250) n'est qu'une hypothèse.

    31
  32. Synthèse de la présentation d'Annie Jaubert dans son introduction à op. cit., SC 71 (résumé, non citation littérale) : à travers les actes de Jésus fils de Navé se manifestent, comme en figure, les mystères de Jésus, Fils de Dieu — moins ceux du Jésus historique que ceux du Christ glorifié agissant dans les âmes. Origène allégorise systématiquement le récit guerrier en combat spirituel.

    32
  33. Synthèse de la lecture d'ensemble des Homélies sur Josué (SC 71) — résumé, non citation littérale : ce n'est pas Moïse (la Loi) mais Josué (Jésus) qui introduit le peuple dans la terre du repos, figure du Christ qui guide vers le Ciel.

    33
  34. Jean Daniélou, Sacramentum futuri. Études sur les origines de la typologie biblique, Beauchesne, Paris, 1950, partie consacrée à Josué (« Josué et Jésus »). Daniélou y retrace la typologie Josué-Christ depuis l'Épître de Barnabé (ch. 12) et saint Justin (Dialogue avec Tryphon, 113) jusqu'aux Pères grecs et latins.

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  35. Hébreux 4, 8-9, traduction liturgique (AELF) : « Car si Josué leur avait donné le repos, David ne parlerait pas après cela d'un autre jour. Ainsi, un repos sabbatique doit encore advenir pour le peuple de Dieu. » L'auteur sacré distingue le « repos » partiel donné par Josué (la terre) du « repos » définitif ouvert par le Christ (le Ciel).

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  36. La typologie baptismale du Jourdain est développée par les Pères : le peuple passe les eaux pour entrer dans la terre du repos comme le baptisé passe l'eau pour entrer dans la vie nouvelle. Le baptême du Christ dans le même Jourdain (Mt 3, 13-17) parachève la figure. Cf. Jean Daniélou, Bible et liturgie, Cerf, 1951, ch. sur le Jourdain.

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  37. Catéchisme de l'Église catholique, § 1222 : « Enfin, le Baptême est préfiguré dans la traversée du Jourdain, par laquelle le peuple de Dieu reçoit le don de la terre promise à la descendance d'Abraham, image de la vie éternelle. » (cf. aussi §§ 1217-1222 sur les figures bibliques du baptême).

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  38. Hébreux 11, 31, traduction liturgique (AELF). Rahab figure dans la grande « galerie de la foi » du chapitre 11, aux côtés d'Abraham, Moïse et les prophètes.

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  39. Jacques 2, 25, traduction liturgique (AELF) : « Il en fut de même pour Rahab, la prostituée : n'est-elle pas, elle aussi, devenue juste par ses œuvres, en accueillant les envoyés [de Josué] et en les faisant repartir par un autre chemin ? » Jacques l'invoque comme preuve d'une foi agissante.

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  40. Matthieu 1, 5 intègre Rahab à la généalogie de Jésus : « Salmone engendra Booz, de Rahab. » Elle est l'une des quatre femmes (avec Tamar, Ruth et la « femme d'Urie ») nommées dans cette généalogie — toutes liées d'une manière ou d'une autre aux nations, annonçant le salut universel. Voir aussi le livre de Ruth.

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  41. Saint Clément de Rome, Épître aux Corinthiens (1 Clément), 12, vers l'an 96 : Clément voit dans le cordon écarlate de Rahab une prophétie « que par le sang du Seigneur il y aurait rédemption pour tous ceux qui croient et espèrent en Dieu ». C'est l'un des plus anciens commentaires chrétiens d'un texte de Josué. Édition : Annie Jaubert, Clément de Rome. Épître aux Corinthiens, Sources Chrétiennes 167, Cerf, 1971.

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