Les livres de Samuel

Les deux livres de Samuel racontent la naissance de la royauté en Israël, de Samuel le prophète au roi David — et l'alliance davidique (2 Samuel 7) qui fonde l'espérance du Messie, fils de David.

Ignispedia

Les livres de Samuel (en hébreu Shemouel) sont deux livres historiques de l'Ancien Testament qui racontent la naissance de la royauté en Israël, depuis le dernier des juges jusqu'au règne du roi David. Dans la Bible hébraïque, ils ne formaient à l'origine qu'un seul livre ; c'est la traduction grecque de la Septante qui l'a coupé en deux, sous le nom de Premier et Deuxième livres des Règnes[1]. L'Église catholique les reçoit parmi les livres inspirés, dans la continuité des Juges et de Ruth et juste avant les livres des Rois, dont ils forment l'introduction directe[2].

Le récit se déploie autour de trois figures qui se relaient et s'éclairent mutuellement : Samuel, prophète, juge et faiseur de rois qui oint les deux premiers souverains ; Saül, premier roi choisi par Dieu mais rejeté pour sa désobéissance ; et David, le berger de Bethléem oint par surprise, vainqueur de Goliath, fondateur d'une dynastie et auteur traditionnel de nombreux psaumes. À travers eux, le livre pose une question décisive : comment un peuple gouverné par Dieu seul peut-il avoir un roi sans cesser d'appartenir à Dieu ?

Le sommet théologique de l'ensemble est l'alliance que Dieu conclut avec David par la bouche du prophète Nathan : « Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi, ton trône sera stable pour toujours » (2 S 7, 16)[3]. Cette promesse d'un règne sans fin, humainement irréalisable, est l'une des racines les plus profondes de l'attente du Messie, « fils de David ». Le Nouveau Testament en montre l'accomplissement dans le Christ, à qui l'ange Gabriel promet le trône de David son père pour un règne qui « n'aura pas de fin » (Lc 1, 32-33)[4].

De la naissance de Samuel au recensement ordonné par David, ces livres racontent comment Israël, peuple gouverné par Dieu seul, s'est donné un roi — et comment Dieu a scellé avec David une alliance dont le Nouveau Testament montre l'accomplissement dans le Christ (Lc 1, 32-33 ; Ac 2, 30-31).

Un seul livre devenu deux : nom, place et division

« Samuel » : pourquoi ce titre ?

Le livre porte le nom de Samuel (Shemouel), le prophète dont la vocation ouvre le récit. Ce choix peut surprendre : Samuel meurt dès le chapitre 25 du premier livre[5], et l'essentiel des deux livres concerne en réalité Saül et David. La tradition juive l'explique par le rôle charnière du personnage : Samuel est celui qui fait entrer Israël dans l'âge des rois, en oignant successivement Saül puis David. Il est, en quelque sorte, la matrice prophétique de toute la monarchie. Le nom hébreu signifie traditionnellement « Dieu a entendu » ou « demandé à Dieu », en écho à la prière par laquelle sa mère Anne l'avait obtenu (1 S 1, 20)[6].

De l'unique rouleau hébreu aux « Livres des Règnes »

Dans la Bible hébraïque, Samuel est un livre unique, non divisé. La coupure en deux remonte à la Septante, la traduction grecque des Juifs d'Alexandrie (IIIᵉ-IIᵉ siècle av. J.-C.), qui regroupa Samuel et les Rois en un seul ensemble de quatre « Livres des Règnes » (Βασιλειῶν Αʹ-Δʹ) : nos deux livres de Samuel devinrent ainsi 1-2 Règnes, et les deux livres des Rois 3-4 Règnes[7]. La Vulgate latine de saint Jérôme conserva cette division mais les appela 1-4 Rois. Les éditions hébraïques imprimées n'adoptèrent la coupure en deux qu'au début du XVIᵉ siècle, sous l'influence des bibles chrétiennes[8]. La numérotation « 1-2 Samuel » que nous utilisons aujourd'hui est donc, paradoxalement, plus récente que le texte hébreu d'un seul tenant.

Infographie Ignispedia — l'architecture des deux livres : de Samuel le juge à David le roi, 55 chapitres répartis en grands blocs narratifs.

Le tableau ci-dessous récapitule les noms du livre selon les grandes traditions, pour éviter une confusion fréquente quand on lit les Pères de l'Église ou d'anciennes éditions latines, où « 1 Rois » désigne souvent notre 1 Samuel.

TraditionNom du / des livre(s)Correspondance moderne
Bible hébraïque (TM)Shemouel (un seul livre)1-2 Samuel réunis
Septante grecqueBasileiōn A-B (Règnes 1-2)1-2 Samuel
Vulgate latineRegum I-II (Rois 1-2)1-2 Samuel
Bibles modernes1 Samuel / 2 Samuel1-2 Samuel

Place dans le canon catholique

Dans le canon catholique des 46 livres de l'Ancien Testament[9], Samuel appartient au groupe des livres historiques. Il prend la suite immédiate du livre des Juges et du livre de Ruth, qui décrivaient une période d'anarchie où « chacun faisait ce qui lui semblait bon » (Jg 21, 25), et il prépare directement les livres des Rois, qui raconteront Salomon, le schisme et la chute des deux royaumes. Les livres des Chroniques, écrits plus tard, reprendront en partie la même histoire sous un angle liturgique et sacerdotal. Sur l'ensemble du canon et son histoire, voir l'article de fond sur la Bible.

Que racontent les livres de Samuel ?

Les deux livres forment un récit continu que l'on peut suivre comme une grande fresque en trois mouvements : la fin des juges et la naissance de la royauté (Samuel et Saül), l'ascension de David, puis le règne de David avec ses gloires et ses fautes. La table suivante en donne la carte d'ensemble avant le résumé détaillé.

LivreSectionChapitresContenu
1 SamuelSamuel, dernier juge1–7Naissance, vocation, sacerdoce d'Éli, l'arche capturée
1 SamuelL'institution de la royauté8–15Demande d'un roi, Saül oint, ses désobéissances
1 SamuelAscension de David16–31David oint, Goliath, fuite, mort de Saül à Guilboa
2 SamuelDavid roi1–8Roi de Juda puis de tout Israël, Jérusalem, l'arche
2 SamuelLe péché et la crise9–20Bethsabée, Nathan, révolte d'Absalom
2 SamuelAppendices21–24Famine, exploits, cantique, recensement, autel

Premier livre de Samuel : du sanctuaire de Silo à la mort de Saül

Samuel, dernier des Juges (1 S 1–7)

Le livre s'ouvre au sanctuaire de Silo, où Anne, femme stérile et méprisée, supplie le Seigneur de lui donner un fils, promettant de le consacrer à Dieu. Sa prière est exaucée : elle enfante Samuel et le confie au prêtre Éli. L'enfant grandit dans le Temple et reçoit, une nuit, l'appel de Dieu qu'il ne reconnaît d'abord pas, jusqu'à la réponse devenue célèbre :

« Parle, ton serviteur écoute. » — Samuel, 1 Samuel 3, 10[10]

Le jeune Samuel en prière — Sir Joshua Reynolds, The Infant Samuel (1776), Tate Britain ; reproduction du domaine public via Wikimedia Commons.

La maison d'Éli est châtiée pour la corruption de ses fils, et l'arche d'Alliance, emportée au combat comme un talisman, est capturée par les Philistins (1 S 4). Mais l'arche se révèle redoutable chez l'ennemi : la statue du dieu Dagon s'effondre devant elle, et des fléaux frappent les villes philistines jusqu'à ce qu'on la renvoie (1 S 5–6)[11]. Devenu juge, Samuel rappelle le peuple à la fidélité et lui obtient la victoire à Ében-Ézer (1 S 7).

L'institution de la royauté : Saül (1 S 8–15)

Vieillissant, Samuel voit le peuple réclamer un roi « comme en ont toutes les nations » (1 S 8, 5). Dieu interprète cette demande comme un rejet de sa propre royauté :

« Ce n'est pas toi qu'ils rejettent, c'est moi qu'ils rejettent : ils ne veulent pas que je règne sur eux. » — Le Seigneur à Samuel, 1 Samuel 8, 7[12]

Dieu accède pourtant à leur demande, non sans avertir des servitudes qu'impose un roi. Samuel oint Saül, un Benjaminite de haute taille, qui remporte d'abord des victoires. Mais Saül désobéit à deux reprises : il offre un sacrifice qui ne lui revenait pas (1 S 13), puis épargne le roi amalécite et le meilleur du butin, malgré l'ordre divin qui vouait Amalec à l'anathème, c'est-à-dire à la destruction totale (1 S 15, 3). Samuel prononce alors la sentence qui scelle le rejet de Saül et énonce un principe spirituel majeur :

« L'obéissance vaut mieux que le sacrifice, la docilité vaut mieux que la graisse des béliers. » — Samuel à Saül, 1 Samuel 15, 22[13]

L'ascension de David et le déclin de Saül (1 S 16–31)

Dieu envoie Samuel à Bethléem oindre en secret un nouveau roi parmi les fils de Jessé. Contre toute attente, ce n'est aucun des fils aînés, mais le plus jeune, le berger David, qui est choisi. Le récit livre ici l'une des phrases les plus citées de toute la Bible :

« Dieu ne regarde pas comme les hommes : les hommes regardent l'apparence, mais le Seigneur regarde le cœur. » — Le Seigneur à Samuel, 1 Samuel 16, 7[14]

David et Goliath — Le Caravage, vers 1600, musée du Prado ; œuvre et reproduction signalées dans le domaine public par Wikimedia Commons.

Suivent les grands épisodes de l'ascension de David : il apaise le roi tourmenté en jouant de la harpe, puis terrasse le géant Goliath avec le nom du Seigneur des armées (1 S 17, 45)[15]. Sa gloire grandissante éveille la jalousie de Saül, qui cherche à le tuer. Commence alors une longue fuite, jalonnée d'épisodes où David, ayant deux fois Saül à sa merci, refuse de porter la main sur l'oint du Seigneur (1 S 24 et 26). Le premier livre s'achève sur la défaite d'Israël et la mort de Saül et de ses fils au mont Guilboa (1 S 31).

Deuxième livre de Samuel : le règne de David

David roi de Juda puis de tout Israël (2 S 1–8)

Infographie Ignispedia — trois destins, une même leçon : Dieu élève les humbles obéissants et abaisse les puissants qui se détournent de lui.

Le deuxième livre s'ouvre sur le deuil de David : à l'annonce de la mort de Saül et de son ami Jonathan, il compose une élégie d'une grande beauté (2 S 1). David est d'abord proclamé roi de Juda à Hébron, puis, après une guerre civile, roi de tout Israël. Il prend Jérusalem, ville-frontière neutre, et en fait sa capitale. Surtout, il y transfère l'arche d'Alliance dans une procession exultante où il danse devant Dieu (2 S 6), faisant de Jérusalem le cœur religieux du peuple[16].

Le péché et la traversée : Bethsabée et Absalom (2 S 9–20)

Au sommet de sa gloire, David tombe. Il commet l'adultère avec Bethsabée, puis fait périr son mari Urie le Hittite pour couvrir la faute (2 S 11). Le prophète Nathan vient le confondre par une parabole — celle du riche qui vole l'unique brebis du pauvre — et lui assène :

« Cet homme, c'est toi ! » — Nathan à David, 2 Samuel 12, 7[17]

Nathan reprend David — Eugène Siberdt, XIXe siècle ; peinture du domaine public reproduite via Wikimedia Commons.

David ne se justifie pas ; il reconnaît son péché : « J'ai péché contre le Seigneur ! » (2 S 12, 13)[18]. Le titre même du psaume 51 (50) le rattache à cet épisode : c'est le Miserere, grand psaume de repentance[19]. Mais le pardon n'efface pas les conséquences : la maison de David est ébranlée par des drames, jusqu'à la révolte de son fils Absalom, qui le chasse de Jérusalem avant de périr (2 S 15–18). David pleure son fils rebelle avec une douleur déchirante (2 S 19, 1).

Les appendices (2 S 21–24)

Les quatre derniers chapitres forment une annexe de composition plus libre : une famine, des exploits des « braves » de David, deux poèmes — dont un grand cantique d'action de grâce (2 S 22, repris comme psaume 18) et les « dernières paroles de David » (2 S 23) — puis le recensement fautif et la peste qui s'ensuit. L'ange exterminateur s'arrête à l'aire d'Arauna le Jébuséen (Ornan dans les Chroniques), où David élève un autel : ce lieu deviendra, selon les Chroniques, l'emplacement du futur Temple de Jérusalem (2 S 24)[20].

Les grandes figures

Samuel, prophète, juge et faiseur de rois

Samuel est une figure de transition unique : dernier des juges, premier des grands prophètes, et celui qui inaugure la royauté en oignant deux rois. Il cumule des fonctions qui seront ensuite séparées. L'Écriture le place en tête de la lignée des prophètes : saint Pierre rappelle que « tous les prophètes qui ont parlé depuis Samuel et ses successeurs » ont annoncé les jours du Christ (Ac 3, 24), et Dieu lui-même associe Moïse et Samuel comme les deux grands intercesseurs du peuple (Jr 15, 1)[21]. Face au pouvoir politique, Samuel est le garant de la Parole de Dieu. Quant à la promesse d'un « prophète comme Moïse » (Dt 18, 15), le Nouveau Testament l'applique au Christ (Ac 3, 22 ; Ac 7, 37). Son intégrité est soulignée par son discours d'adieu, où il défie quiconque de l'accuser d'avoir pris le bœuf ou l'âne d'autrui (1 S 12).

Saül, le roi rejeté

Saül est un personnage tragique : choisi par Dieu, doué, courageux, mais rongé par la peur, la jalousie et la désobéissance. Son histoire illustre que l'onction royale n'est pas un blanc-seing : le roi reste soumis à la Parole de Dieu transmise par le prophète. Le récit ne caricature pas Saül — il montre sa grandeur initiale et sa déchéance progressive, jusqu'à la nuit désespérée où, abandonné de Dieu, il consulte la nécromancienne d'En-Dor (1 S 28). Sa chute prépare, par contraste, la figure de David.

David, le roi selon le cœur de Dieu

David est la figure centrale et la plus complexe de l'Ancien Testament après Moïse. Berger, musicien, guerrier, roi, poète et pécheur repenti, il est présenté comme l'homme « selon le cœur de Dieu » (1 S 13, 14)[22], non parce qu'il serait sans péché — son adultère et son meurtre sont racontés sans fard — mais parce que, à la différence de Saül, il revient toujours à Dieu dans la repentance. Le Catéchisme de l'Église catholique en fait le modèle même de la prière :

Infographie Ignispedia — l'onction royale reste un service : Saül se justifie, le prophète corrige, David confesse sa faute.

« David est par excellence le roi "selon le cœur de Dieu", le pasteur qui prie pour son peuple et en son nom, celui dont la soumission à la volonté de Dieu, la louange et le repentir seront le modèle de la prière du peuple. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2579[23]

L'alliance davidique : le cœur théologique du livre (2 S 7)

La promesse à David

Le chapitre 7 du deuxième livre est le pivot doctrinal de tout l'ensemble, et l'un des textes les plus lourds de conséquences de l'Ancien Testament. David, installé dans son palais de cèdre, veut bâtir une maison (un temple) pour Dieu. Par la bouche de Nathan, Dieu retourne le projet : ce n'est pas David qui bâtira une maison à Dieu, c'est Dieu qui bâtira une maison (une dynastie) à David. La promesse est solennelle :

« Quand tes jours seront accomplis et que tu reposeras auprès de tes pères, je te susciterai dans ta descendance un successeur, qui naîtra de toi, et je rendrai stable sa royauté. […] Moi, je serai pour lui un père ; et lui sera pour moi un fils. […] Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi, ton trône sera stable pour toujours. » — Le Seigneur à David par le prophète Nathan, 2 Samuel 7, 12-16[24]

« Je serai pour lui un père » : portée messianique

Infographie Ignispedia — de la promesse de Nathan (2 S 7) à l'Annonciation (Lc 1) : le trône éternel promis à David s'accomplit dans le Christ.

Cette promesse comporte une tension que l'histoire d'Israël ne cessera de creuser. À la lettre, elle vise le fils immédiat de David, Salomon, qui bâtira le Temple. Mais elle dit aussi « pour toujours », un trône éternel — ce qu'aucun roi mortel ne peut réaliser. Lorsque la dynastie davidique s'effondrera avec l'Exil à Babylone (587 av. J.-C.), les prophètes ne concluront pas que Dieu a menti, mais que la promesse vise plus loin et plus haut : un descendant de David qui régnera vraiment sans fin. C'est la racine de l'espérance messianique — le mot Messie (mashiah, « oint ») renvoyant précisément à l'onction royale reçue par David[25].

Accomplissement en Jésus, fils de David

Le Nouveau Testament ouvre précisément sur ce fil. L'Évangile selon saint Matthieu commence par « Jésus Christ, fils de David » (Mt 1, 1), et l'ange Gabriel en reprend les termes en les appliquant à Jésus :

« Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n'aura pas de fin. » — L'ange Gabriel à Marie, Luc 1, 32-33[26]

La foule de Jérusalem acclamera Jésus aux cris de « Hosanna au fils de David ! » (Mt 21, 9), et saint Pierre, le jour de la Pentecôte, montrera que la promesse faite à David trouve son sens dans la résurrection du Christ (Ac 2, 30-31)[27]. Le pape François, dans sa catéchèse du 24 juin 2020, résume : selon les promesses, « c'est de la descendance de David, que vient le Messie : un Roi totalement selon le cœur de Dieu »[28]. Le Catéchisme, de son côté, note que « de nombreux Juifs et même certains païens » ont reconnu en Jésus « les traits fondamentaux du “fils de David” messianique promis par Dieu à Israël » (§ 439)[29]. L'alliance davidique de 2 Samuel 7 n'est donc pas une curiosité d'histoire ancienne : elle est l'un des ponts majeurs entre les deux Testaments.

Grands thèmes spirituels et théologiques

Dieu choisit les petits : le cantique d'Anne et le Magnificat

Tout le livre est placé sous le signe du renversement : Dieu abaisse les puissants et élève les humbles. Ce programme est chanté dès le début par Anne, la mère stérile devenue mère de Samuel :

« Le Seigneur fait mourir et vivre ; il fait descendre à l'abîme et en ramène. Le Seigneur rend pauvre et riche ; il abaisse et il élève. De la poussière, il relève le faible. » — Cantique d'Anne, 1 Samuel 2, 6-8[30]

Infographie Ignispedia — le Magnificat reprend le chant d'Anne : Dieu abaisse les puissants, élève les humbles et comble les affamés.

Ce cantique est le modèle direct du Magnificat de la Vierge Marie (Lc 1, 46-55), qui en reprend le mouvement et plusieurs expressions[31]. D'Anne à Marie, c'est la même théologie : Dieu agit en faveur des humbles et tient ses promesses contre toute attente humaine. Le choix de David, dernier-né et berger, illustre la même loi divine.

« Le Seigneur regarde le cœur » (1 S 16, 7)

La scène de l'onction de David à Bethléem condense une intuition centrale de toute la spiritualité biblique : Dieu juge selon l'intériorité, non selon les apparences, le rang ou la force. Cette parole traverse toute la suite : Saül, grand et beau, échoue par l'orgueil du cœur ; David, négligeable aux yeux des hommes, est choisi parce que Dieu lit en lui. C'est aussi la clé du combat contre Goliath : David refuse l'armure du roi et s'avance désarmé « avec le nom du Seigneur des armées » (1 S 17, 45)[32].

Le péché de David, la repentance et le Miserere

Les livres de Samuel ont l'audace, rare dans la littérature antique, de raconter les fautes graves de leur héros. David, le roi modèle, est aussi adultère et meurtrier. Mais c'est précisément sa manière de pécher et de revenir qui en fait un maître spirituel : confronté par Nathan, il ne se défend pas, il avoue. Cet épisode est la matrice du Miserere (Ps 51), prière de contrition par excellence reprise chaque semaine par l'Église[33]. David enseigne ainsi que la sainteté n'est pas l'absence de chute, mais le retour inlassable vers la miséricorde de Dieu.

L'arche d'Alliance, la sainteté de Dieu et le futur Temple

Le motif de l'arche encadre le récit : capturée par les Philistins au début (1 S 4–6), elle est solennellement ramenée à Jérusalem par David (2 S 6). À travers ses péripéties — la chute de Dagon, la mort d'Ouzza qui la touche sans précaution (2 S 6, 6-7) — le livre rappelle que Dieu n'est pas un objet manipulable mais une présence sainte et redoutable[34]. Le récit s'achève d'ailleurs sur l'achat de l'aire où s'élèvera le Temple (2 S 24), reliant l'arche itinérante au sanctuaire stable que bâtira Salomon.

Quand et par qui les livres de Samuel ont-ils été écrits ?

La tradition juive et chrétienne : Samuel, Gad et Nathan

Infographie Ignispedia — la tradition reçue nomme Samuel, Gad et Nathan ; l'analyse littéraire distingue plusieurs dossiers anciens réunis et transmis.

La tradition juive ancienne, fixée dans le Talmud (traité Baba Bathra 14b-15a), attribue la rédaction du livre à Samuel lui-même pour la première partie, puis, après sa mort, aux prophètes Gad le voyant et Nathan[35]. La plupart des anciens auteurs chrétiens ont repris cette attribution — Samuel pour la partie qui le concerne, Gad et Nathan pour la suite — et saint Grégoire le Grand l'a étendue à l'ouvrage entier, qu'il attribuait au seul Samuel. Cette attribution s'appuie sur un verset des Chroniques mentionnant les « actions du roi David » consignées « dans les Actes de Samuel le voyant, dans les Actes de Nathan le prophète, et dans les Actes de Gad le voyant » (1 Ch 29, 29)[36]. Ni le Talmud ni ces auteurs n'en ont jamais fait un article de foi.

L'hypothèse deutéronomiste et la critique moderne

L'exégèse universitaire moderne situe différemment la composition. Depuis l'ouvrage du bibliste allemand Martin Noth en 1943, beaucoup de chercheurs rattachent Samuel à une vaste « histoire deutéronomiste » — un ensemble allant du Deutéronome aux Rois (Deutéronome, Josué, Juges, Samuel, Rois) rédigé selon une même théologie de l'alliance, et mis en forme vers l'époque de l'Exil (VIᵉ siècle av. J.-C.)[37]. L'Américain Frank Moore Cross a affiné cette thèse en proposant une double rédaction : une première édition au temps du roi Josias (vers 620 av. J.-C.), reprise et complétée pendant l'Exil[38]. Selon ces modèles, les livres de Samuel intègrent des sources anciennes bien antérieures, retravaillées par des rédacteurs successifs.

Ce modèle reste pourtant fragile, de l'aveu même du débat savant. Il n'existe aucun consensus : ni sur l'étendue exacte de cette « histoire deutéronomiste », ni sur le nombre de ses rédactions (une seule chez Noth, deux chez Cross, trois dans l'école de Göttingen), ni même sur son existence — que certains exégètes contestent, comme Claus Westermann (Die Geschichtsbücher des Alten Testaments : gab es ein deuteronomistisches Geschichtswerk ?, 1994) ou, à sa manière, Thomas Römer, dont l'ouvrage s'intitule précisément The So-Called Deuteronomistic History (« la prétendue histoire deutéronomiste »). Le bilan de ces critiques est dressé notamment par Brian N. Peterson (The Authors of the Deuteronomistic History, Fortress, 2014, ch. 1), qui recense les objections de J. C. Geoghegan, de Westermann et de Römer : datations circulaires, argument du silence et confusion entre possibilité littéraire et preuve historique.

Les sources narratives anciennes

Les exégètes identifient à l'intérieur de Samuel plusieurs blocs narratifs d'origine probablement distincte, parmi les plus anciens de la Bible :

  • l'Histoire de l'arche (1 S 4–6 ; 2 S 6), récit du voyage de l'arche ;
  • l'Histoire de l'ascension de David (1 S 16 – 2 S 5), qui légitime son accession au trône ;
  • le récit de succession ou « histoire de la cour » (2 S 9–20 ; 1 R 1–2), chef-d'œuvre de prose historique sur les intrigues entourant l'héritage de David[39].

Ces analyses littéraires distinguent des styles et des blocs narratifs réels, mais les « sources » qu'elles supposent restent des hypothèses reconstruites : aucune copie n'en a jamais été retrouvée, et leur délimitation varie d'un auteur à l'autre.

Ce qu'un catholique peut tenir

Sur la question de l'auteur et de la date, l'Église n'a jamais défini que les livres de Samuel devaient être lus selon telle ou telle hypothèse de composition : un catholique reste libre de tenir la position traditionnelle comme d'examiner les hypothèses de la critique, dès lors que l'on respecte la vérité, l'inspiration et l'inerrance du texte. Cette liberté n'est pas un blanc-seing : dès 1955, le secrétaire et le sous-secrétaire de la Commission Biblique Pontificale précisaient que les exégètes jouissent d'une pleine liberté à l'égard des décrets du début du siècle, sauf là où ils touchent à la foi et aux mœurs — et l'historicité substantielle des faits racontés en fait partie.

Léon XIII, dans Providentissimus Deus (1893), mettait en garde contre la « haute critique » qui prétend juger « l'origine, l'intégrité, l'autorité de tout livre » d'après « les seuls caractères intrinsèques », et rappelait que, « lorsqu'il s'agit d'une question historique, de l'origine et de la conservation de n'importe quel ouvrage, les témoignages historiques ont plus de valeur que tous les autres »[40]. C'est Divino Afflante Spiritu de Pie XII (1943) qui a encouragé l'étude philologique et historique des textes et l'attention aux manières de parler et de raconter propres aux Anciens[41] — ce que Vatican II nommera les « genres littéraires » : la constitution Dei Verbum rappelle que « Dieu, dans la Sainte Écriture, a parlé par des hommes à la manière des hommes », et invite à étudier les circonstances de composition pour discerner ce que l'auteur sacré a voulu affirmer[42].

Un catholique peut donc reconnaître l'existence de sources anciennes intégrées au récit — celles que la tradition attribue à Samuel, Gad et Nathan — sans tomber dans le présupposé rationaliste qui réduirait le livre à une fiction tardive sans valeur historique. De fait, la position traditionnelle explique bien ce que le texte montre : des détails de témoin oculaire, une langue hébraïque de la belle époque, et des récits que les doublets apparents n'empêchent pas de lire comme une histoire suivie — la Catholic Encyclopedia (1910) répond point par point à la théorie des doublets : les deux récits du rejet de Saül ou de la vie épargnée racontent deux événements distincts, le récit de l'Amalécite sur la mort de Saül est une invention intéressée, et l'introduction de David auprès de Saül (1 S 16) se lit hors de son ordre chronologique[43]. Elle situe la rédaction entre le règne d'Abiam et la réforme de Josias (621 av. J.-C.) : le livre parle des « rois de Juda » (1 S 27, 6), donc après le schisme, mais rapporte sans un mot de blâme des sacrifices que, après Josias, aucun auteur n'aurait laissés passer[44].

L'archéologie apporte un point d'ancrage extérieur précieux contre les lectures purement légendaires : la mention « Maison de David » sur la stèle araméenne de Tel Dan, découverte en 1993-1994 et datée du IXᵉ siècle av. J.-C., atteste l'existence historique de la dynastie davidique moins d'un siècle et demi après David[45].

Le texte des livres de Samuel : un cas majeur de critique textuelle

Texte massorétique, Septante et manuscrits de Qumrân (4QSamuel)

Pendant plus de deux mille ans, des copistes ont recopié ces livres à la main : il est normal que des différences se soient glissées entre les copies. Comparer les manuscrits pour retrouver le texte le plus proche de l'original, c'est ce qu'on appelle la critique textuelle — et Samuel en est l'un des dossiers les plus riches, avec Jérémie.

Infographie Ignispedia — trois témoins pour un même livre : le texte massorétique médiéval, la Septante grecque et les rouleaux de Qumrân (4QSamuel).

Le texte hébreu dit « massorétique » (TM) — du nom des massorètes, ces scribes qui, au Moyen Âge (écoles de Tibériade, VIIᵉ-Xᵉ siècle), en fixèrent la vocalisation et les accents, sur un texte consonantique stabilisé dès les premiers siècles — présente de nombreux endroits abîmés ou abrégés. Or la Septante grecque suit souvent un texte hébreu différent et parfois meilleur. La découverte à Qumrân, près de la mer Morte, de plusieurs manuscrits de Samuel — notamment 4QSamuela (4QSama), copié au Iᵉʳ siècle av. J.-C. — a confirmé l'existence d'une forme hébraïque ancienne souvent proche de la Septante et distincte du texte massorétique[46]. Ces manuscrits, mille ans plus anciens que les copies médiévales, montrent que plusieurs formes du texte coexistaient avant l'unification rabbinique.

Le paragraphe de Nahash et les divergences notables

Le cas le plus spectaculaire est un paragraphe entier présent dans 4QSamuela au début du récit de Nahash l'Ammonite (vers 1 S 10, 27 – 11, 1), absent du texte massorétique et de la plupart des bibles courantes. Ce passage, qui explique le contexte de l'attaque ammonite, est jugé par de nombreux critiques comme authentiquement ancien et perdu par accident dans la transmission hébraïque ; la NRSV n'en retient que les premiers mots, en note[47]. D'autres divergences touchent des chiffres (durée du règne de Saül en 1 S 13, 1, notoirement corrompu dans le TM) ou des détails du combat de David et Goliath, plus court dans la Septante : plusieurs manuscrits grecs omettent 1 S 17, 12-31 et 17, 55 – 18, 5, ce qui atténue — sans la faire disparaître — la difficulté du jeune David inconnu de Saül[48].

Loin de fragiliser la foi, ce dossier illustre la transmission réelle et vérifiable d'un texte antique, et le travail patient de l'Église et des savants pour en restituer la forme la plus fidèle. Il rappelle aussi que l'inspiration et l'inerrance portent sur le texte de l'auteur sacré — celui que la critique textuelle cherche à retrouver : « il serait absolument funeste soit de limiter l'inspiration à quelques parties des Écritures, soit d'accorder que l'auteur sacré lui-même s'est trompé » (Léon XIII, Providentissimus Deus, 1893). Quant aux fautes de copie, l'encyclique enseigne qu'elles « ne doi[vent] pas être admises facilement, excepté sur les points pour lesquels le fait a été convenablement prouvé »[49].

TémoinDateLangueParticularité pour Samuel
Texte massorétiquecopies médiévales (Xᵉ s. apr. J.-C.)hébreuTexte de référence, mais passages abîmés et lacunes
Septante (LXX)IIIᵉ-IIᵉ s. av. J.-C.grecSuit souvent un hébreu ancien différent, parfois meilleur
4QSamuel (Qumrân)IIIᵉ-Iᵉʳ s. av. J.-C.hébreuForme ancienne proche de la LXX ; paragraphe de Nahash

Lecture chrétienne et liturgique

David, figure du Christ

La tradition chrétienne lit David comme une figure (un « type ») du Christ. Comme David, Jésus est né à Bethléem, oint de l'Esprit, d'abord méconnu puis rejeté par les siens, persécuté avant de régner. Mais le Christ est aussi « plus grand que David » : David appelle son descendant « mon Seigneur » dans le psaume 110, que Jésus cite pour révéler sa propre transcendance (Mt 22, 41-45)[50]. Le roi pécheur de Samuel annonce ainsi, par contraste autant que par ressemblance, le Roi sans péché dont la royauté est éternelle.

Les livres de Samuel dans la liturgie et la prière

L'Église nourrit sa prière à ces livres : le cantique d'Anne et le récit de la vocation de Samuel sont lus à la liturgie, et de nombreux psaumes sont attribués à David, le « charme des hymnes d'Israël » (2 S 23, 1). Le Catéchisme rappelle que « dans les Psaumes, David, inspiré par l'Esprit Saint, est le premier prophète de la prière juive et chrétienne »[51]. Méditer les livres de Samuel, c'est donc apprendre à prier avec David : dans la louange, dans le combat, dans la chute et surtout dans le repentir.

Pour aller plus loin

  • Traduction liturgique de la Bible (AELF), texte de 1-2 Samuel — la traduction citée dans cet article.
  • F. Bechtel, « First and Second Books of Kings », Catholic Encyclopedia, vol. 8, 1910 (newadvent.org/cathen/08647b.htm).
  • P. Kyle McCarter, I Samuel et II Samuel, Anchor Bible 8-9, Doubleday, 1980-1984.
  • Raymond E. Brown, Joseph A. Fitzmyer, Roland E. Murphy (dir.), The New Jerome Biblical Commentary, Prentice Hall, 1990.
  • Catéchisme de l'Église catholique, §§ 2578-2580 (la prière de David) et § 439 (Jésus fils de David).
  • Articles connexes : La Bible · L'Ancien Testament · Le livre des Juges · Le livre de Ruth · Les livres des Rois · Les Chroniques · Les Psaumes.

Notes et références

  1. La Septante (traduction grecque alexandrine, IIIᵉ-IIᵉ s. av. J.-C.) regroupe Samuel et les Rois en quatre « Livres des Règnes » (Βασιλειῶν Αʹ-Δʹ). Nos 1-2 Samuel correspondent à 1-2 Règnes, et 1-2 Rois à 3-4 Règnes. La Vulgate de saint Jérôme reprend la division mais nomme l'ensemble 1-4 Rois. Cf. F. Bechtel, « First and Second Books of Kings », Catholic Encyclopedia, vol. 8, 1910 (en ligne : newadvent.org/cathen/08647b.htm) : la coupure en deux fut introduite par la Septante pour s'adapter au format plus court des rouleaux grecs, et saint Jérôme, gardant la division, changea le nom en Libri Regum.

    1 7
  2. Catéchisme de l'Église catholique §§ 120-121 : le canon catholique compte 46 livres dans l'Ancien Testament, dont les livres historiques (Josué, Juges, Ruth, 1-2 Samuel, 1-2 Rois, 1-2 Chroniques, etc.). Samuel y prend place entre Ruth et les Rois. Texte officiel : vatican.va.

    2 9
  3. 2 Samuel 7, 16, traduction liturgique (AELF) : « Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi, ton trône sera stable pour toujours. » C'est la conclusion de l'oracle de Nathan (2 S 7, 1-17), texte fondateur de l'alliance davidique.

    3 24
  4. Luc 1, 32-33, traduction liturgique (AELF) : « Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n'aura pas de fin. » L'ange Gabriel reprend explicitement la promesse de 2 S 7 en l'appliquant à Jésus.

    4 26
  5. 1 Samuel 25, 1, traduction liturgique (AELF), rapporte la mort de Samuel : « Samuel mourut. Tout Israël se rassembla pour le pleurer. On l'ensevelit chez lui, à Rama. » Le récit se poursuit ensuite sur David et Saül jusqu'à la fin du livre, d'où l'apparente disproportion entre le titre et le contenu.

    5
  6. 1 Samuel 1, 20, traduction liturgique (AELF) : Anne « lui donna le nom de Samuel (c'est-à-dire : Dieu exauce) car, disait-elle : “Je l'ai demandé au Seigneur.” » Le récit joue sur l'assonance avec la racine shaʾal (« demander »). L'analyse philologique rattache plutôt le nom à shēm (« nom ») : « His-name-is-'El » (« Son-nom-est-El »), le jeu du texte se lisant « He-who-is-from-God ». Cf. P. Kyle McCarter, I Samuel, Anchor Bible 8, Doubleday, 1980, p. 62.

    6
  7. La division de Samuel en deux livres dans les bibles hébraïques imprimées n'apparaît qu'au début du XVIᵉ siècle (édition rabbinique de Daniel Bomberg, Venise, 1516-1517), sous l'influence de la tradition chrétienne héritée de la Septante et de la Vulgate. Cf. F. Bechtel, « First and Second Books of Kings », Catholic Encyclopedia, vol. 8, 1910 (newadvent.org/cathen/08647b.htm).

    8
  8. 1 Samuel 3, 10, traduction liturgique (AELF) : « Parle, ton serviteur écoute. » (Au v. 9, c'est la consigne d'Éli : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute. ») La réponse de Samuel à l'appel nocturne de Dieu est devenue, dans la tradition spirituelle, le modèle de la disponibilité à la Parole.

    10
  9. 1 Samuel 4–6 et 2 Samuel 6 : cycle de l'arche d'Alliance. La chute de la statue de Dagon (1 S 5, 1-5), les fléaux sur les villes philistines, puis la mort d'Ouzza qui touche l'arche sans précaution (2 S 6, 6-7), soulignent la sainteté redoutable de la présence divine. Cf. l'« Histoire de l'arche » identifiée par la critique (Leonhard Rost, 1926).

    11 34
  10. 1 Samuel 8, 7, traduction liturgique (AELF) : « Ce n'est pas toi qu'ils rejettent, c'est moi qu'ils rejettent : ils ne veulent pas que je règne sur eux. » C'est Dieu lui-même qui interprète ainsi la demande d'un roi : un refus de sa royauté directe sur le peuple (théocratie) — demande à laquelle il accède pourtant.

    12
  11. 1 Samuel 15, 22, traduction liturgique (AELF) : « Le Seigneur aime-t-il les holocaustes et les sacrifices autant que l'obéissance à sa parole ? Oui, l'obéissance vaut mieux que le sacrifice, la docilité vaut mieux que la graisse des béliers. » Principe repris par les prophètes (Os 6, 6) et par le Christ (Mt 9, 13).

    13
  12. 1 Samuel 16, 7, traduction liturgique (AELF) : « Ne considère pas son apparence ni sa haute taille, car je l'ai écarté. Dieu ne regarde pas comme les hommes : les hommes regardent l'apparence, mais le Seigneur regarde le cœur. » Verset prononcé lors de l'onction de David à Bethléem.

    14
  13. 1 Samuel 17 : combat de David et Goliath. En 1 S 17, 45, David déclare, traduction liturgique (AELF) : « Tu viens contre moi avec épée, lance et javelot, mais moi, je viens contre toi avec le nom du Seigneur des armées, le Dieu des troupes d'Israël que tu as défié. » La Septante offre une forme nettement plus courte de ce chapitre (plusieurs manuscrits grecs omettent 1 S 17, 12-31 et 17, 55 – 18, 5) : le texte hébreu semble combiner deux récits, ce qui explique que Saül, qui a déjà reçu David à son service (1 S 16, 18-23), paraisse ensuite ne pas le connaître (1 S 17, 55-58).

    15 32
  14. 2 Samuel 6, traduction liturgique (AELF) : transfert de l'arche à Jérusalem. « David, vêtu d'un pagne de lin, dansait devant le Seigneur, en tournoyant de toutes ses forces » (2 S 6, 14), faisant de la ville le centre religieux d'Israël. L'épisode prépare la promesse du chapitre 7.

    16
  15. 2 Samuel 12, 7, traduction liturgique (AELF) : après la parabole de la brebis du pauvre, le prophète Nathan déclare à David : « Cet homme, c'est toi ! » C'est l'un des sommets de la liberté prophétique face au pouvoir royal.

    17
  16. 2 Samuel 12, 13, traduction liturgique (AELF) : « David dit à Nathan : "J'ai péché contre le Seigneur !" Nathan lui répondit : "Le Seigneur a passé sur ton péché, tu ne mourras pas." » L'aveu immédiat de David contraste avec les justifications de Saül.

    18
  17. Le psaume 51 (50), le Miserere, porte dans son titre l'indication de sa circonstance : la visite du prophète Nathan à David après sa faute avec Bethsabée (Ps 51, 1-2). C'est ce rattachement donné par le psaume lui-même qui en fait, dans la liturgie, le grand psaume pénitentiel, récité chaque vendredi aux Laudes. Cf. Catéchisme de l'Église catholique § 2579.

    19 33
  18. 2 Samuel 24 : recensement, peste, et arrêt de l'ange à l'aire d'Arauna le Jébuséen (nommé Ornan dans les Chroniques), où David élève un autel. 1 Chroniques 21, 28 – 22, 1 et 2 Chroniques 3, 1 identifient ce lieu au mont Moriya, emplacement du futur Temple bâti par Salomon.

    20
  19. Deutéronome 18, 15, traduction liturgique (AELF) : « Au milieu de vous, parmi vos frères, le Seigneur votre Dieu fera se lever un prophète comme moi, et vous l'écouterez. » Le Nouveau Testament applique cette promesse au Christ : « Le Seigneur votre Dieu suscitera pour vous, du milieu de vos frères, un prophète comme moi : vous l'écouterez en tout ce qu'il vous dira » (Ac 3, 22, AELF). Samuel, lui, ouvre la lignée des prophètes : « tous les prophètes qui ont parlé depuis Samuel et ses successeurs » (Ac 3, 24, AELF), et Dieu associe Moïse et Samuel comme les deux grands intercesseurs : « Même si Moïse et Samuel se tenaient devant moi, je n'aurais pas d'égard pour ce peuple » (Jr 15, 1, AELF).

    21
  20. 1 Samuel 13, 14, traduction liturgique (AELF) : « Le Seigneur a cherché un homme selon son cœur et l'a institué chef de son peuple. » Verset cité par saint Paul dans son discours d'Antioche de Pisidie : « J'ai trouvé David, fils de Jessé ; c'est un homme selon mon cœur qui réalisera toutes mes volontés » (Actes 13, 22, AELF).

    22
  21. Catéchisme de l'Église catholique § 2579 : « David est par excellence le roi "selon le cœur de Dieu", le pasteur qui prie pour son peuple et en son nom, celui dont la soumission à la volonté de Dieu, la louange et le repentir seront le modèle de la prière du peuple. […] Dans les Psaumes David, inspiré par l'Esprit Saint, est le premier prophète de la prière juive et chrétienne. » Texte officiel : vatican.va.

    23 51
  22. Le mot Messie vient de l'hébreu mashiah (« oint »), rendu en grec par christos. L'onction royale reçue par Saül puis par David (1 S 10, 1 ; 16, 13) fonde le titre : le roi davidique est « l'oint du Seigneur ». L'attente d'un Messie davidique est développée par Isaïe (Is 9 ; 11), Jérémie (Jr 23, 5) et Ézéchiel (Ez 34, 23-24).

    25
  23. Actes 2, 30-31, traduction liturgique (AELF) : saint Pierre, à la Pentecôte, déclare que David, « comme il était prophète, savait que Dieu lui avait juré de faire asseoir sur son trône un homme issu de lui », et qu'« il a vu d'avance la résurrection du Christ ». La promesse de 2 S 7 est ainsi accomplie dans la Résurrection.

    27
  24. Pape François, audience générale du 24 juin 2020, catéchèse « La prière de David » : « Selon les promesses, c'est de la descendance de David, que vient le Messie : un Roi totalement selon le cœur de Dieu, en parfaite obéissance au Père, dont l'action réalise fidèlement son plan de salut » (avec renvoi au Catéchisme, n. 2579). Texte officiel : vatican.va.

    28
  25. Catéchisme de l'Église catholique § 439 : « De nombreux Juifs et même certains païens qui partageaient leur espérance ont reconnu en Jésus les traits fondamentaux du "fils de David" messianique promis par Dieu à Israël. » Cf. aussi § 709 sur la royauté de David ordonnée à la préparation du Messie.

    29
  26. Cantique d'Anne, 1 Samuel 2, 1-10, ici versets 4 et 6-8, traduction liturgique (AELF). Anne célèbre le Dieu qui renverse les situations : « L'arc des forts est brisé, mais le faible se revêt de vigueur. […] Le Seigneur fait mourir et vivre ; il fait descendre à l'abîme et en ramène. Le Seigneur rend pauvre et riche ; il abaisse et il élève. De la poussière, il relève le faible. »

    30
  27. Le Magnificat (Luc 1, 46-55) reprend le mouvement et plusieurs motifs du cantique d'Anne : Dieu « renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles », « comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides » (Lc 1, 52-53, AELF) — en écho direct à Anne qui chante que le Seigneur « abaisse et élève » et « relève le faible » (1 S 2, 7-8).

    31
  28. Talmud de Babylone, traité Baba Bathra 14b-15a : « Samuel a écrit son livre » ; et, Samuel étant mort, le livre fut achevé par Gad le voyant et Nathan le prophète. Cette attribution classique fut reprise par la plupart des anciens auteurs chrétiens — Samuel pour la partie qui le concerne (1 S 1–24), Gad et Nathan pour la suite — et saint Grégoire le Grand l'étendit à l'ouvrage entier, attribué au seul Samuel. Cf. F. Bechtel, « First and Second Books of Kings », Catholic Encyclopedia, vol. 8, 1910 (newadvent.org/cathen/08647b.htm). Elle n'a jamais été définie comme dogme par l'Église.

    35
  29. 1 Chroniques 29, 29, traduction liturgique (AELF) : « Les actions du roi David, des premières aux dernières, cela est écrit dans les Actes de Samuel le voyant, dans les Actes de Nathan le prophète, et dans les Actes de Gad le voyant. » Verset invoqué à l'appui de l'attribution traditionnelle.

    36
  30. Martin Noth (1902-1968), Überlieferungsgeschichtliche Studien (« Études d'histoire des traditions »), Halle, 1943. Noth y formule l'hypothèse d'une « histoire deutéronomiste » (Deutéronome à 2 Rois) composée par un auteur unique à l'époque de l'Exil (VIᵉ s. av. J.-C.) à partir de sources antérieures. Trad. anglaise : The Deuteronomistic History, JSOT Supplement 15, Sheffield, 1981.

    37
  31. Frank Moore Cross (1921-2012), Canaanite Myth and Hebrew Epic, Harvard University Press, 1973, p. 274-289. Cross propose une double rédaction de l'histoire deutéronomiste : une première édition optimiste sous le roi Josias (vers 620 av. J.-C.), reprise et corrigée pendant l'Exil après la chute de Jérusalem (587 av. J.-C.).

    38
  32. Sur les blocs narratifs anciens : Leonhard Rost, Die Überlieferung von der Thronnachfolge Davids (« La tradition de la succession au trône de David »), Stuttgart, 1926, qui isole le « récit de succession » (2 S 9–20 ; 1 R 1–2) comme l'un des plus anciens chefs-d'œuvre de l'historiographie hébraïque. Délimitations reprises et discutées par P. Kyle McCarter, Anchor Bible 8-9, 1980-1984.

    39
  33. Léon XIII, encyclique Providentissimus Deus sur l'étude de l'Écriture Sainte, 18 novembre 1893 : contre la « haute critique » qui prétend juger « l'origine, l'intégrité, l'autorité de tout livre » d'après « les seuls caractères intrinsèques », l'encyclique rappelle que « lorsqu'il s'agit d'une question historique, de l'origine et de la conservation de n'importe quel ouvrage, les témoignages historiques ont plus de valeur que tous les autres ». Sur l'inerrance : « il serait absolument funeste soit de limiter l'inspiration à quelques parties des Écritures, soit d'accorder que l'auteur sacré lui-même s'est trompé ». Texte français : intratext.com.

    40
  34. Pie XII, encyclique Divino Afflante Spiritu sur les études bibliques, 30 septembre 1943 (Acta Apostolicae Sedis 35, 1943, p. 297-326). Tournant de l'exégèse catholique : l'encyclique encourage l'étude philologique et historique des textes (langues anciennes, archéologie) et l'attention aux manières de parler et de raconter propres aux Anciens — sans rien céder sur l'inspiration ni sur l'inerrance. Texte officiel (anglais) : vatican.va.

    41
  35. Concile Vatican II, constitution dogmatique Dei Verbum, 18 novembre 1965, § 12 : « Dieu, dans la Sainte Écriture, a parlé par des hommes à la manière des hommes. » Le concile invite à étudier les genres littéraires et les circonstances de composition pour discerner ce que l'auteur sacré a voulu affirmer. Texte officiel : vatican.va.

    42
  36. Sur les doublets et les contradictions apparentes, cf. F. Bechtel, « First and Second Books of Kings », Catholic Encyclopedia, vol. 8, 1910 (newadvent.org/cathen/08647b.htm) : les deux récits du rejet de Saül (1 S 13 et 15) et les deux scènes de la vie épargnée (1 S 24 et 26) racontent deux événements distincts ; le second récit de la mort de Saül (2 S 1) est l'invention intéressée de l'Amalécite ; l'introduction de David à la cour (1 S 16, 14-23) se lit hors de son ordre chronologique, l'auteur ayant voulu contraster David, sur qui l'esprit du Seigneur vient de descendre, et Saül, que cet esprit abandonne.

    43 48
  37. Ibid. : la mention des « rois de Juda » (1 S 27, 6) suppose le schisme accompli et au moins deux ou trois rois de Juda seul — soit pas avant le règne d'Abiam ; et l'auteur rapporte sans censure des sacrifices contraires à la Loi que, après la réforme de Josias (621 av. J.-C.), ses lecteurs n'auraient pas tolérés — soit avant Josias. Entre ces deux bornes, la pureté de la langue plaide pour une date haute.

    44
  38. Stèle de Tel Dan : inscription araméenne découverte en 1993-1994 par l'équipe d'Avraham Biran au nord d'Israël, datée du IXᵉ siècle av. J.-C., mentionnant la « Maison de David » (bytdwd). Publication : A. Biran et J. Naveh, « An Aramaic Stele Fragment from Tel Dan », Israel Exploration Journal 43 (1993), p. 81-98, et 45 (1995), p. 1-18. C'est la plus ancienne attestation épigraphique extra-biblique généralement admise de la dynastie davidique.

    45
  39. 4QSamuela (4QSama) : manuscrit hébreu de Samuel découvert dans la grotte 4 de Qumrân, copié vers le milieu du Iᵉʳ siècle av. J.-C. Son texte est souvent proche de la Septante et distinct du texte massorétique. Édition : Frank Moore Cross, Donald W. Parry, Richard J. Saley, Eugene Ulrich, Qumran Cave 4.XII: 1-2 Samuel, Discoveries in the Judaean Desert XVII, Oxford, 2005.

    46
  40. Le paragraphe de Nahash : 4QSamuela contient, avant 1 Samuel 11, un passage sur les exactions de Nahash l'Ammonite absent du texte massorétique. L'historien Flavius Josèphe (Antiquités juives, livre VI, ch. 5) en connaissait déjà la substance : Nahash crevait l'œil droit des Transjordaniens avant de marcher sur Jabès. La traduction anglaise NRSV n'en retient que les premiers mots, signalés en note comme absents du texte massorétique (leçon de Qumrân et de la Septante). Cf. Frank Moore Cross, « The Ammonite Oppression of the Tribes of Gad and Reuben », dans H. Tadmor et M. Weinfeld (dir.), History, Historiography and Interpretation, Magnes, Jérusalem, 1983, p. 148-158.

    47
  41. La doctrine catholique de l'inspiration (cf. Dei Verbum § 11) affirme que Dieu est l'auteur de l'Écriture en se servant pleinement d'auteurs humains, avec leurs facultés et leur culture. L'inerrance porte donc sur le texte de l'auteur sacré, que la critique textuelle cherche à restituer à travers l'histoire des copies : Providentissimus Deus enseigne que les fautes de copistes « ne doi[vent] pas être admises facilement, excepté sur les points pour lesquels le fait a été convenablement prouvé » (voir la note Providentissimus Deus ci-dessous).

    49
  42. Matthieu 22, 41-45 : Jésus interroge les pharisiens sur le psaume 110 (109), où David appelle le Messie « mon Seigneur ». L'argument montre que le Messie, tout en étant « fils de David », lui est supérieur — clé christologique majeure reliant la royauté davidique à la divinité du Christ.

    50