Jérémie (vers 650-580 av. J.-C.)

Jérémie, prophète de la chute de Jérusalem et de l'alliance nouvelle : son livre de 52 chapitres, sa vie de persécuté, la promesse de la loi écrite dans le cœur accomplie à la Cène, et sa place dans la prière de l'Église.

Ignispedia

Jérémie est, selon l'Écriture reçue par l'Église, le prophète de la chute de Jérusalem et de l'alliance nouvelle : appelé adolescent sous le roi Josias vers 627 av. J.-C., il prêche pendant plus de quarante ans, voit le Temple brûlé et la ville déportée, puis annonce au milieu des ruines la promesse la plus citée du Nouveau Testament, celle d'une alliance écrite non plus sur la pierre mais dans le cœur. Son livre, le plus long des livres prophétiques avec ses 52 chapitres, mêle oracles de jugement, récits de persécution et visions d'espérance, et l'Église le reçoit des mains de son auteur assisté de Baruch son secrétaire.

Ni chroniqueur désespéré ni poète du malheur, Jérémie est l'homme que Dieu établit, selon sa propre parole, sur les nations et les royaumes pour arracher et pour planter. Battu, mis au carcan, jeté dans une citerne de boue, il ne se tait jamais. Les Pères le commentent abondamment, le Nouveau Testament le cite aux moments décisifs, de Bethléem à la Cène, et sa figure du juste persécuté par les siens prépare celle du Christ pleurant sur Jérusalem. L'article présente d'abord le livre tel que l'Église le reçoit, sa place dans le canon, son auteur traditionnel et ses témoins anciens, puis son plan, la vie du prophète, sa théologie, son accomplissement dans le Christ, sa présence dans la liturgie, et enfin le débat avec l'exégèse historico-critique moderne.

Jérémie dans le canon des Écritures

Le second des grands prophètes

La Bible chrétienne range les grands prophètes dans un ordre fixe : Isaïe, Jérémie, Ézéchiel, Daniel, quatre livres de taille et de portée comparables qui dominent l'Ancien Testament prophétique[1]. Dans la Bible hébraïque, Jérémie occupe la même position centrale parmi les Prophètes postérieurs, entre Isaïe et Ézéchiel, et la tradition juive comme la tradition chrétienne n'ont jamais varié sur ce point : le livre de Jérémie est une pièce maîtresse du canon, pas un recueil tardif ni une annexe[2].

Avec ses 52 chapitres, c'est le plus long des livres prophétiques, plus étendu qu'Isaïe et qu'Ézéchiel, et l'un des plus longs de toute la Bible[3]. Cette ampleur n'est pas un accident de compilation : le livre lui-même raconte comment il a grandi, d'un premier rouleau brûlé par le roi à un second rouleau augmenté, et l'Église reçoit l'ensemble comme l'œuvre du prophète (voir plus bas, le rouleau brûlé et réécrit).

Les deux livres rattachés à son nom

Deux livres du canon catholique portent la marque directe de Jérémie et se lisent avec lui : les Lamentations et Baruch. Les Lamentations rassemblent cinq poèmes de deuil sur la ville détruite, dont les quatre premiers sont des acrostiches alphabétiques, chaque strophe commençant par une lettre successive de l'alphabet hébreu[4]. La tradition les attribue à Jérémie, appuyée sur le livre des Chroniques qui rapporte que Jérémie composa une complainte sur la mort du roi Josias, entrée au répertoire des chantres d'Israël[5]. La Vulgate les place aussitôt après le livre de Jérémie, et le concile de Trente les reçoit dans le canon sous son patronage[6].

Le livre de Baruch porte le nom du secrétaire de Jérémie, fils de Nériya, qui écrivit sous sa dictée et lut le rouleau au Temple[7]. Trente le reçoit dans le canon avec la formule explicite de Jérémie accompagné de Baruch, et son sixième et dernier chapitre, la Lettre de Jérémie aux exilés, prolonge la mission du prophète auprès des déportés[8]. L'Église lit donc un dossier de trois livres : l'œuvre, la plainte et le secrétariat.

Les autres mentions de Jérémie dans la Bible

Jérémie n'est pas confiné à son livre : une vingtaine de passages d'autres livres bibliques le nomment, le citent ou supposent son histoire, ce qui interdit de traiter son dossier comme une pièce isolée. Le tableau ci-dessous rassemble les principales mentions hors du livre lui-même.

Livre bibliquePassageCe que le texte apporte sur Jérémie
2 Chroniques2 Ch 35, 25 ; 36, 12-21La complainte sur Josias, puis Jérémie méprisé par Sédécias et la désolation de soixante-dix ans accomplissant sa parole
EsdrasEsd 1, 1L'édit de Cyrus accomplit la parole prononcée par la bouche de Jérémie
DanielDn 9, 2Daniel scrute les livres et comprend les soixante-dix ans annoncés par Jérémie
Ben SiraSi 49, 6-8Long éloge : maltraité dès le sein maternel, consacré prophète, pleuré par le peuple
2 Maccabées2 M 2, 4-8 ; 15, 12-16Jérémie cache l'arche sur la montagne, puis apparaît en songe à Judas Maccabée l'épée d'or à la main
MatthieuMt 2, 17-18 ; 16, 14 ; 27, 9-10Rachel pleurant ses enfants, la foule qui prend Jésus pour Jérémie revenu, les trente pièces attribuées à sa parole
HébreuxHe 8, 8-12La promesse de l'alliance nouvelle citée en entier comme parole de Dieu
ApocalypseAp 18La chute de Babylone chantée dans les images de Jérémie contre Babylone (Jr 50-51)

Le témoin le plus décisif reste le Nouveau Testament lui-même : Matthieu et l'auteur de l'épître aux Hébreux citent Jérémie comme une autorité vivante, Daniel le lit comme une horloge des temps, et Esdras fait commencer le retour d'exil à l'heure exacte qu'il avait fixée[9]. On ne règle ni un calendrier de restauration (Dn 9, 2), ni une théologie de l'alliance (He 8), ni une accusation publique (Mt 16, 14) sur un personnage dont on saurait qu'il n'a jamais vécu.

L'auteur et la datation reçus par l'Église

Un prêtre d'Anatot, fils de Hilqiya

Le livre s'ouvre sur une carte d'identité sans détour : paroles de Jérémie, fils de Hilqiya, l'un des prêtres d'Anatot, au pays de Benjamin[10]. Anatot est un village sacerdotal à quelques kilomètres au nord-est de Jérusalem, ville assignée aux descendants d'Aaron, et Jérémie naît donc dans le sacerdoce sans jamais l'exercer au Temple : son autel sera la parole, son sanctuaire la rue et la cour du palais[11]. Son père porte le nom de Hilqiya, comme le grand prêtre qui découvrit le livre de la Loi sous Josias, et rien n'interdit ni n'impose d'identifier les deux hommes : l'Église reçoit le fils du prêtre d'Anatot sans trancher une homonymie que le texte ne tranche pas[12].

Le nom même de Jérémie porte son programme : en hébreu Yirmeyahou, que la tradition rend par Dieu élève, Dieu affermit ou Dieu jette bas, selon la racine retenue, et les trois sens conviennent à celui qui fut jeté dans la citerne, relevé par Dieu et établi sur les royaumes[13]. Il naît vers 650 av. J.-C., sous le long règne idolâtre de Manassé, et grandit dans les années où le jeune Josias restaure le Temple et retrouve la Loi : sa vocation s'allume dans le renouveau et s'accomplit dans la catastrophe[14].

La chronologie du ministère : de Josias à l'Égypte

L'Écriture date elle-même le ministère avec une précision rare : la parole vint à Jérémie la treizième année du règne de Josias, puis sous Joiaqim et jusqu'à la fin de la onzième année de Sédécias, quand Jérusalem fut déportée[15]. Josias régnant de 640 à 609, l'appel se situe vers 627 av. J.-C., et la chute au CPI de l'été 587 ou 586, ce qui donne plus de quarante ans de prédication continue, le plus long ministère prophétique daté de la Bible[16]. Emmené de force en Égypte après l'assassinat de Godolias, Jérémie y prononce encore des oracles, et la tradition situe sa mort après 580, soit plus de soixante-dix ans de vie[17].

Roi de Juda (dates reçues)Événement majeurJérémie dans l'histoire
Josias (640-609)Réforme et découverte du livre (622), mort à Megiddo (609)Appel vers 627, oracles contre l'idolâtrie persistante (Jr 1-6, 11)
Joachaz (609, trois mois)Déposé par Pharaon, exilé en ÉgypteOracle funèbre : on ne pleure pas Josias mais celui qui s'en va sans retour (Jr 22, 10-12)
Joiaqim (609-598)Vassal de l'Égypte puis de Babylone, brûle le rouleauDiscours du Temple (Jr 7 ; 26), rouleau brûlé et réécrit (Jr 36), persécutions
Joiaqîn (598-597, trois mois)Prise de 597, première déportation, Ézéchiel exiléOracle contre le roi au sceau arraché (Jr 22, 24-30), lettre aux exilés suivra (Jr 29)
Sédécias (597-586/587)Révolte, siège de dix-huit mois, chute et Temple brûléCiterne, champ d'Anatot, oracles de consolation (Jr 30-33), témoin de la chute (Jr 39)
Godolias (586/587, quelques mois)Gouverneur sous tutelle babylonienne, assassinéJérémie reste auprès de lui, puis est entraîné en Égypte (Jr 40-43)

James Ussher, dans ses Annales de 1650-1654, place l'appel en 628 et la chute en 588, soit un à deux ans au-dessus de la computation ci-dessus : l'écart vient du point d'ancrage choisi pour Josias, non d'un désaccord sur les durées du texte, et dans les deux systèmes le ministère dépasse quarante ans[18]. Ce qui est reçu, c'est la cohérence interne des dates bibliques et leur ancrage dans l'histoire des empires, non un millésime imposé à la foi.

Les témoins anciens de Jérémie

La chaîne des témoins qui parlent de Jérémie comme d'un homme réel part du IIe siècle avant Jésus-Christ et ne s'interrompt plus. Vers 180 av. J.-C., le sage Jésus, fils de Sira, consacre à Jérémie un éloge ému : maltraité dès le sein de sa mère, consacré prophète pour arracher et pour planter, pleuré par un peuple qui se souvient[19]. Au IIe siècle également, le deuxième livre des Maccabées suppose toute son histoire connue : Jérémie cachant l'arche sur la montagne où Moïse gravit le Nébo, puis apparaissant en songe au milieu des anciens pour remettre à Judas une épée d'or[20].

« Jérémie, le prophète de Dieu, apparut alors : il tenait en main une épée d'or et, la tendant à Judas, il lui adressa ces paroles saintes. »

Le deuxième livre des Maccabées, 15, 15-16[21]

Vers 93-94 ap. J.-C., Flavius Josèphe raconte Jérémie en historien pour des lecteurs romains : les prophéties contre Sédécias, le siège, Godolias, la fuite en Égypte, sur plusieurs chapitres de ses Antiquités judaïques[22]. Le Talmud de Babylone, au traité Baba Batra, tranche l'attribution : Jérémie écrivit son propre livre, le livre des Rois et les Lamentations[23]. Le canon d'Origène, rapporté par Eusèbe de Césarée, compte Jérémie avec les Lamentations et la lettre en un seul livre, au cinquième rang des prophètes[24]. Puis les Pères prennent le relais : Origène prêche vingt homélies sur Jérémie conservées en grec, saint Jérôme lui consacre six livres de commentaire, et saint Augustin le situe dans sa fresque des temps prophétiques[25].

  1. Vers 627 av. J.-C.
    L'appel sous Josias

    La parole vient à Jérémie la treizième année de Josias : établi sur les nations pour arracher et pour planter.

  2. Vers 180 av. J.-C.
    Ben Sira loue Jérémie

    Le Siracide 49 célèbre le prophète maltraité, consacré dès le sein, et la désolation accomplissant sa parole.

  3. IIe siecle av. J.-C.
    Les Maccabées supposent Jérémie

    Le deuxième livre des Maccabées raconte l'arche cachée et l'apparition à Judas Maccabée.

  4. Ier siecle av. J.-C.
    Qumrân copie Jérémie

    Plusieurs manuscrits (4QJer) attestent le livre en hébreu, dont une forme courte proche de la Septante.

  5. Vers 93-94
    Josèphe publie les Antiquités

    Les livres X racontent Jérémie en historien, jusqu'à Godolias et la fuite en Égypte.

  6. IIIe-IVe siecle
    Origène et Jérôme commentent

    Vingt homélies grecques d'Origène, puis six livres de commentaire de Jérôme, inachevés à sa mort.

  7. 8 avril 1546
    Le concile de Trente tranche

    Jérémie reçu avec Baruch dans le canon catholique, en entier avec toutes ses parties.

  8. 1965
    Dei Verbum

    Le concile Vatican II confirme la valeur impérissable des livres de l'Ancien Testament.

Le plan du livre de Jérémie

Une architecture en quatre massifs

Le livre de Jérémie n'est pas un journal tenu au jour le jour : c'est une composition ordonnée dont le plan se laisse décrire simplement, et le tableau ci-dessous en donne la carte. Les oracles contre Juda ouvrent, les récits du ministère occupent le centre avec les promesses de restauration, les oracles contre les nations ferment la marche, et un appendice historique conclut[26].

Massif (chapitres)ContenuRepères
Oracles contre Juda (1-25)Appel, réquisitoires contre l'idolâtrie, annonces du malheur venu du nord, premiers oracles de consolationL'appel (1), le discours du Temple (7), le potier (18), les deux visions initiales
Récits et promesses (26-45)Arrestations, procès, lettres, gestes prophétiques, livre de la consolation (30-33), oracle personnel à Baruch (45)Le rouleau brûlé (36), la citerne (38), l'alliance nouvelle (31), le champ d'Anatot (32)
Oracles contre les nations (46-51)Jugements sur l'Égypte, les Philistins, Moab, Ammon, Édom, Damas, BabyloneKarkémish (46), Babylone ivre puis jugée (50-51), le livre jeté dans l'Euphrate (51, 59-64)
Appendice historique (52)Prise de Jérusalem, déportations chiffrées, grâce faite à JoiaqînReprend 2 R 24-25 : chute datée, Temple pillé, Joiaqîn relevé à Babylone

Aucun de ces massifs ne fonctionne seul : les oracles donnent le pourquoi du jugement, les récits donnent le prix payé par le messager, les oracles contre les nations donnent l'horizon universel, et l'appendice donne la vérification historique[27]. C'est l'ensemble, reçu comme un tout, qui fait de Jérémie le prophète de la chute et du relèvement.

Le rouleau brûlé et réécrit

Le chapitre 36 raconte la fabrication du livre lui-même, fait unique dans la Bible prophétique. La quatrième année de Joiaqim, Dieu ordonne à Jérémie de mettre par écrit toutes les paroles prononcées depuis Josias : le prophète dicte à Baruch, fils de Nériya, qui lit le rouleau au Temple devant le peuple[28]. Le roi, assis devant son brasero en plein hiver, fait découper le rouleau morceau par morceau et le jette au feu, malgré les supplications de ses officiers, puis ordonne d'arrêter le prophète et son scribe, que Dieu tient cachés[29].

Loin d'effacer la parole, le feu la multiplie : Dieu ordonne de reprendre un autre rouleau, Jérémie dicte de nouveau à Baruch toutes les paroles du premier, et beaucoup d'autres paroles semblables y furent ajoutées[30]. Le livre porte ainsi en lui-même la trace de sa croissance : une première édition détruite par le pouvoir, une seconde augmentée par le prophète, du vivant même des témoins. Quand l'exégèse moderne s'étonne des reprises et des doublons du texte, le chapitre 36 répond d'avance : le livre a grandi sous les yeux de son auteur, et il le dit.

« Prends de nouveau un autre rouleau et écris-y toutes les paroles qui se trouvaient sur le premier rouleau que Joiaqim, roi de Juda, a brûlé. »

Le Seigneur à Jérémie, 36, 28[31]

Baruch n'est pas un copiste anonyme : fils de Nériya, frère de Seraïa le quartier-maître de Sédécias, il partage les périls du prophète, lit le rouleau à sa place quand celui-ci est empêché, descend en Égypte avec lui, et reçoit un oracle personnel où Dieu lui reproche de chercher de grandes choses et lui promet sa vie pour butin partout où il ira[32]. C'est à lui que l'Église doit la conservation matérielle du livre, et c'est son nom que porte le livre deutérocanonique reçu à Trente.

Les deux formes anciennes du texte

Jérémie est aussi le livre biblique où la comparaison des versions anciennes est la plus instructive. La forme grecque de la Septante est plus courte d'environ un septième que la forme hébraïque massorétique reçue dans la Vulgate, et surtout elle place les oracles contre les nations au milieu du livre, après le verset 13 du chapitre 25, au lieu de les grouper à la fin[33]. Or les manuscrits hébreux de Qumrân, vieux de deux siècles avant Jésus-Christ, attestent les deux formes : certains fragments suivent le texte long, d'autres une forme courte apparentée à celle que les traducteurs grecs avaient sous les yeux[34].

L'Église reçoit le texte long, celui de la Vulgate de saint Jérôme traduite sur l'hébreu, et le concile de Trente le confirme en entier avec toutes ses parties[35]. Mais l'existence ancienne des deux formes n'embarrasse pas la lecture traditionnelle, elle l'illustre : le chapitre 36 avait prévenu qu'il y eut au moins deux éditions du vivant du prophète, et Qumrân montre simplement que les deux familles de texte circulaient déjà avant l'ère chrétienne[36]. Nulle part ailleurs la fabrication d'un livre prophétique n'est aussi bien documentée par le livre lui-même.

La vie de Jérémie

L'appel : connu avant de naître

Tout commence par une parole qui devance la naissance : avant de te former au ventre de ta mère, je te connaissais, avant que tu sortes de son sein, je t'ai consacré, comme prophète des nations je t'ai établi[37]. Jérémie objecte qu'il ne sait pas parler et qu'il est un enfant, et Dieu lui répond de ne pas dire qu'il est un enfant, touche sa bouche de sa main et met ses paroles dans cette bouche d'adolescent[38]. Puis vient l'investiture, la plus solennelle de toute la Bible prophétique : je t'établis en ce jour sur les nations et sur les royaumes, pour arracher et renverser, pour démolir et détruire, pour bâtir et planter[39].

« Avant de te former au ventre de ta mère, je te connaissais ; avant que tu sortes de son sein, je t'ai consacré ; comme prophète des nations, je t'ai établi. »

Le Seigneur à Jérémie, 1, 5[40]

Deux visions scellent l'appel et donnent au jeune homme la grammaire de tout son ministère. Une branche d'amandier, et Dieu explique le jeu de mots intraduisible : l'amandier se dit shaqed, le vigilant, et Dieu veille (shoqed) sur sa parole pour l'accomplir[41]. Une marmite bouillonnante inclinée depuis le nord, et Dieu annonce que le malheur se déversera du nord sur le pays : Babylone, dont les rois poseront leurs trônes aux portes de Jérusalem[42]. En deux images, le prophète tient déjà les deux moitiés de sa vie : la vigilance de la parole et le malheur venu du nord.

Sous Josias : la réforme et ses limites

Jérémie prêche d'abord sous le bon roi Josias, l'auteur de la grande réforme et de la Pâque retrouvée, et ses premiers oracles gardent la trace de cette espérance : souviens-toi de la ferveur de ta jeunesse, des fiançailles du désert, quand Israël suivait Dieu dans une terre non ensemencée[43]. Mais très vite le réquisitoire perce la réforme : le pays est rempli d'adultères spirituels, Juda a vu Samarie répudiée et n'a pas craint de l'imiter, et la conversion officielle n'a pas touché les cœurs[44]. Le chapitre 11, avec l'alliance retrouvée et aussitôt trahie, sonne comme le bilan du règne : maudite soit l'homme qui n'écoute pas les paroles de cette alliance, et le peuple répond par un complot contre le prophète dans son propre village d'Anatot[45].

« Ils m'ont abandonné, moi, la source d'eau vive, pour se creuser des citernes, citernes fissurées qui ne retiennent pas l'eau. »

Le Seigneur par Jérémie, 2, 13[46]

La mort de Josias à Megiddo en 609, tué par Pharaon Néko, brise le printemps : Jérémie compose une complainte entrée au répertoire des chantres, et pour le successeur éphémère Joachaz, exilé en Égypte, il prononce l'oracle le plus bref et le plus dur de sa carrière, ne pleurez pas celui qui est mort, pleurez celui qui s'en va car il ne reviendra plus[47]. Le deuil national devient prophétie : désormais les rois passeront et la parole restera.

Le discours du Temple et le procès

Au début du règne de Joiaqim, Jérémie reçoit l'ordre de se tenir à la porte du Temple et d'y prononcer le discours le plus scandaleux de sa vie : ne vous fiez pas aux paroles mensongères, Temple du Seigneur, Temple du Seigneur, comme si les pierres protégeaient les crimes, voleurs, meurtriers, adultères qui viennent ensuite se présenter devant Dieu dans cette maison[48]. La démonstration se fait par l'histoire : allez à Silo, où Dieu avait fait résider son nom, et voyez ce qu'il en a fait à cause de la méchanceté de son peuple, et Jérusalem subira le même sort[49]. Le sanctuaire ne couvre pas le péché : il l'aggrave quand on s'en sert comme d'un sauf-conduit.

Les prêtres et les prophètes de métier se saisissent de lui et réclament sa mort : cet homme mérite la mort, il a prophétisé contre cette ville[50]. Jérémie se défend avec une simplicité qui désarme : c'est le Seigneur qui m'a envoyé prophétiser tout ce que vous avez entendu, amendez vos voies, et quant à moi, je suis entre vos mains, faites de moi ce qui vous semblera bon[51]. Les anciens du pays le sauvent en citant le précédent de Michée, qui avait annoncé Sion labourée comme un champ sous Ézéchias sans être mis à mort, et le prophète échappe au sort d'Ouriya, autre prophète du même temps que Joiaqim fit ramener d'Égypte pour l'exécuter[52]. Le procès du chapitre 26 est le premier procès d'un prophète pour ses paroles, et il fixe le modèle de tous les suivants, jusqu'à celui de Jésus devant les mêmes murailles.

Battu, entravé, jeté dans la boue

La persécution ne s'arrête plus. Pashehur, prêtre et inspecteur du Temple, fait frapper Jérémie et le met au carcan à la porte Haute, et le prophète, relâché le lendemain, le rebaptise d'un nom de terreur : on ne t'appelle plus Pashehur mais Terreur-de-toutes-parts, et il lui annonce l'exil et la mort à Babylone[53]. C'est dans la foulée de cette humiliation que Jérémie prononce la plus déchirante de ses confessions : tu m'as séduit, Seigneur, et je me suis laissé séduire, tu m'as maîtrisé, tu as été le plus fort, et la parole est devenue dans mon cœur comme un feu dévorant, impossible à contenir[54].

« Tu m'as séduit, Seigneur, et je me suis laissé séduire ; tu m'as maîtrisé, tu as été le plus fort. La parole du Seigneur est devenue pour moi opprobre et dérision, chaque jour. »

Jérémie, 20, 7-8[55]

Les chapitres 11 à 20 égrènent ces confessions, uniques dans la Bible prophétique par leur âpreté : Jérémie s'y plaint d'être un objet de risée, demande à voir la vengeance de Dieu sur ses persécuteurs, maudit le jour de sa naissance, et chaque fois se relève pour parler encore[56]. L'Église n'a jamais gommé ces cris : elle y entend la vérité d'un homme réel aux prises avec une mission qui le broie, et la préfiguration du juste souffrant qui ne maudit ni Dieu ni les hommes.

Sous Sédécias, le dernier roi, l'étau se resserre. Jérémie déconseille la révolte contre Babylone et porte un joug de bois sur son cou en signe de soumission voulue par Dieu, et le prophète de cour Hananya brise le joug devant le peuple en annonçant la délivrance dans deux ans : Jérémie lui répond que Dieu brise ainsi les faux espoirs, et Hananya meurt dans l'année, comme annoncé[57]. Puis vient la lettre aux exilés de 597, le plus pastoral de ses écrits : construisez des maisons, plantez des jardins, prenez femmes et maris, et recherchez le bien de la ville où je vous ai déportés, car votre bien dépend de son bien[58].

« Moi, je connais les projets que j'ai formés pour vous, projets de paix et non de malheur, pour vous donner un avenir et une espérance. »

Le Seigneur par Jérémie aux exilés, 29, 11[59]

Le siège, la citerne et la chute

Le siège commence en janvier 588 : Nabuchodonosor investit Jérusalem, et Jérémie, qui annonce la reddition comme seule planche de salut, est accusé de démoraliser les combattants[60]. Les princes obtiennent du faible Sédécias qu'on le jette dans la citerne de Malkiya, où il n'y a pas d'eau mais de la boue, et Jérémie s'y enfonce : c'est un Éthiopien, Ébed-Mélek, eunuque du palais, qui obtient du roi la permission de le remonter avec des cordes et des chiffons[61]. L'Église retient le nom du sauveur africain comme celui du juste païen, et Dieu lui promet sa vie pour butin au jour du désastre[62].

Entre-temps, en plein siège, Jérémie accomplit le geste le plus fou de sa vie : sur l'ordre de Dieu, il achète le champ familial d'Anatot à son cousin Hanaméel, pèse dix-sept sicles d'argent, fait rédiger l'acte devant témoins et le confie à Baruch dans un vase de terre pour qu'il se conserve longtemps, car on achètera encore des maisons et des champs dans ce pays[63]. Acheter de la terre quand l'ennemi la confisque, c'est la Résurrection avant la lettre : le prophète met son argent là où est sa foi.

En juillet 587 ou 586, la brèche est ouverte, Sédécias fuit et est capturé à Jéricho, ses fils sont égorgés sous ses yeux puis on lui crève les yeux, et un mois plus tard le général Nebouzaradân brûle le Temple, le palais et les maisons, abat les remparts et déporte le reste du peuple[64]. Jérémie, relâché, choisit de rester avec les pauvres laissés pour la vigne et les champs plutôt que de partir honoré à Babylone : le prophète du malheur devient le pasteur du reste[65].

Godolias et la fuite en Égypte

Le Babylonien confie le pays à Godolias, qui s'installe à Miçpa et prêche la soumission loyale : Jérémie se joint à lui, et quelques mois d'ordre renaissent[66]. Mais un prince de sang royal, Ismaël, jaloux et soudoyé par Ammon, assassine Godolias en plein banquet avec les envoyés babyloniens et massacrent les Juifs présents : le reste, terrifié par les représailles, décide de fuir en Égypte malgré l'interdit solennel que Jérémie leur rapporte après dix jours de prière[67]. On l'entraîne de force avec Baruch jusqu'à Taphnès, dans le delta du Nil, où il prononce ses derniers oracles, dont le réquisitoire contre les femmes qui continuent d'offrir des gâteaux à la Reine du ciel[68].

Après le chapitre 44, l'Écriture se tait sur Jérémie : ni date ni lieu de mort, ni tombeau. Une tradition hagiographique tardive, recueillie dans les Vies des prophètes, rapporte qu'il aurait été lapidé par ses propres compatriotes à Taphnès pour ses reproches, et que les Égyptiens l'auraient enseveli avec honneur[69]. L'Église reçoit ce récit pour ce qu'il est, une tradition sans garantie scripturaire, et elle n'en a pas besoin : le dernier mot du livre n'est pas la mort du prophète mais la grâce faite à Joiaqîn à Babylone, signe que l'histoire reste ouverte[70].

La théologie de Jérémie

L'alliance nouvelle : la loi dans le cœur

Le sommet du livre et l'un des sommets de tout l'Ancien Testament tient en quatre versets du chapitre 31 : voici venir des jours où je conclurai avec la maison d'Israël et avec la maison de Juda une alliance nouvelle, non pas comme l'alliance conclue avec leurs pères au jour où je les pris par la main pour les faire sortir d'Égypte, alliance qu'ils ont rompue, mais je mettrai ma loi au-dedans d'eux et je l'écrirai sur leur cœur, je serai leur Dieu et ils seront mon peuple, et ils n'auront plus à s'instruire mutuellement car tous me connaîtront, des plus petits jusqu'aux plus grands, quand j'aurai pardonné leur faute[71].

« Voici venir des jours, oracle du Seigneur, où je conclurai avec la maison d'Israël et avec la maison de Juda une alliance nouvelle. Je mettrai ma loi au-dedans d'eux, je l'écrirai sur leur cœur. »

Le Seigneur par Jérémie, 31, 31.33[72]

Trois nouveautés font la rupture : l'alliance n'est plus écrite sur la pierre mais dans le cœur, la connaissance de Dieu n'est plus réservée aux médiateurs mais donnée à tous, et le pardon n'est plus annuel mais définitif[73]. Le Catéchisme voit dans cette promesse l'annonce du temps de l'Esprit, et l'épître aux Hébreux la cite en entier pour expliquer pourquoi la première alliance a vieilli (voir plus bas, l'accomplissement)[74]. Aucun prophète n'avait porté aussi loin l'espérance : au fond du désastre, Jérémie invente le mot qui nommera le christianisme, le nouveau.

Le potier et l'argile : Dieu reste libre

Descends à la maison du potier, dit Dieu, et là-bas je te ferai entendre mes paroles : Jérémie voit le vase manqué que le potier refait d'une autre manière à son gré, et la leçon tombe comme un couperet, comme l'argile est dans la main du potier, ainsi êtes-vous dans ma main, maison d'Israël[75]. Mais la parabole n'écrase pas l'homme sous le destin : elle fonde au contraire la condition, tantôt j'annonce l'arrachement d'une nation et si elle se détourne du mal je renonce au malheur, tantôt j'annonce la construction et si elle fait le mal je renonce au bien[76]. Dieu garde sa liberté, l'homme garde la sienne, et la prophétie de malheur reste un appel, jamais une condamnation automatique.

« Comme l'argile est dans la main du potier, ainsi êtes-vous dans ma main, maison d'Israël. »

Le Seigneur par Jérémie, 18, 6[77]

Saint Paul reprendra l'image pour défendre la liberté de Dieu dans l'élection, et les Pères y liront la plasticité de la nature humaine entre les mains de la grâce : l'argile ne se fait pas seule, mais elle peut se laisser faire[78].

Le cœur, lieu du drame

Jérémie est le prophète du cœur : le mot revient plus de soixante fois sous sa plume, toujours comme le lieu où tout se joue[79]. Le diagnostic est sans illusion : le cœur est rusé par-dessus tout, incurable, qui peut le connaître, et Dieu seul sonde les cœurs et les reins pour rendre à chacun selon ses œuvres[80]. Les remèdes de surface ne servent à rien : quand tu te laverais à la soude, ta faute resterait une tache devant moi[81]. Il faut la circoncision du cœur, ôtez les prépuces de vos cœurs, sans quoi la colère s'allumera comme un feu inextinguible[82].

« Béni soit l'homme qui met sa confiance dans le Seigneur : il sera comme un arbre planté près des eaux, qui ne craint pas la sécheresse et ne cesse de porter du fruit. »

Jérémie, 17, 7-8[83]

En regard du cœur rusé, le prophète dresse les deux voies : maudit l'homme qui met sa confiance dans un mortel, béni l'homme qui met sa confiance dans le Seigneur, et l'arbre planté près des eaux devient l'image du juste enraciné que les Psaumes et le Nouveau Testament reprendront[84]. Toute la morale de Jérémie tient dans cette alternative, et son alliance nouvelle n'en est que l'accomplissement : Dieu donnera lui-même le cœur capable d'aimer.

Vrais et faux prophètes : paix, paix, et il n'y a pas de paix

Jamais un prophète n'a décrit avec autant de précision la contrefaçon de sa propre mission. Les prophètes de cour annoncent la paix à un peuple qui court au désastre : ils pansent à la légère la blessure de mon peuple en disant paix, paix, alors qu'il n'y a pas de paix[85]. Le critère de discernement est public et vérifiable : quand la parole du prophète s'accomplira, on reconnaîtra qu'il était vraiment envoyé, et Hananya, qui promettait le retour dans deux ans, meurt dans l'année[86]. Le chapitre 23 prononce le malheur sur les pasteurs qui égarent : les prophètes de Samarie prophétisaient par Baal, ceux de Jérusalem commettent l'adultère et marchent dans le mensonge, affermissant les mains des méchants[87].

« Ils pansent à la légère la blessure de mon peuple, en disant : Paix, paix ! alors qu'il n'y a pas de paix. »

Le Seigneur par Jérémie, 6, 14[88]

L'Église garde ce discernement comme un instrument permanent : le prophète authentique annonce parfois le malheur et console à contretemps, le faux rassure à bon marché et disparaît au jour de l'épreuve[89]. Le critère jérémien, l'accomplissement vérifié, protège à la fois contre la crédulité et contre le mépris des prophéties.

Le germe juste, espérance de David

Au milieu même des oracles contre les derniers rois, incapables et parjures, Jérémie plante la promesse dynastique : voici venir des jours où je susciterai pour David un germe juste, un roi qui régnera avec sagesse, pratiquera le droit et la justice dans le pays, et on l'appellera Le-Seigneur-est-notre-justice[90]. La promesse revient au chapitre 33, en plein siège, comme pour répondre d'avance aux ruines : le trône visible va tomber, la lignée invisible demeure, et Dieu la fera germer au temps fixé[91]. L'Église lit dans ce germe le Christ, fils de David selon la chair, et le lectionnaire proclame la promesse à l'ouverture de chaque année liturgique (voir plus bas, la prière de l'Église).

L'accomplissement dans le Christ et l'Église

La Cène et l'épître aux Hébreux : l'alliance nouvelle accomplie

Aucune promesse de Jérémie n'est citée plus solennellement dans le Nouveau Testament que celle de l'alliance nouvelle, et c'est au moment le plus saint que le Christ la prend à son compte : cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, versé pour vous[92]. Paul transmet la parole aux Corinthiens avec la même formule, et l'Église la prononce à chaque messe sur le calice[93]. L'auteur de l'épître aux Hébreux cite alors Jérémie en entier, du verset 31 au verset 34, pour démontrer que la première alliance, avec son sacerdoce lévitique et ses sacrifices répétés, a vieilli et va disparaître, remplacée par le sacerdoce unique du Christ[94].

« Voici venir des jours, dit le Seigneur, où je conclurai avec la maison d'Israël et avec la maison de Juda une alliance nouvelle. En disant alliance nouvelle, Dieu a rendu ancienne la première. »

L'épître aux Hébreux, 8, 8.13, citant Jérémie 31[95]

Le Catéchisme ramasse cette lecture : la nouvelle alliance, scellée dans le sang du Christ, accomplit la promesse faite par les prophètes d'une loi inscrite dans les cœurs et d'une connaissance universelle de Dieu[96]. Jérémie n'est donc pas seulement le prophète du malheur : il est, au pied de la lettre, le prophète du calice, et chaque eucharistie prononce son nom sans le dire.

Rachel pleure à Bethléem

Quand Hérode fait massacrer les enfants de Bethléem, Matthieu voit s'accomplir la parole de Jérémie sur Rachel pleurant ses enfants : une voix se fait entendre à Rama, des pleurs et une longue plainte, c'est Rachel qui pleure ses enfants et ne veut pas être consolée car ils ne sont plus[97]. Dans Jérémie, la plainte de l'aïeule des tribus du Nord ouvrait déjà sur la consolation, retiens tes pleurs car il y a un salaire pour ta peine, ils reviendront du pays de l'ennemi, et l'Église lit le massacre des Saints Innocents dans la même lumière : les larmes ne sont pas le dernier mot, elles précèdent le retour[98]. La liturgie de la fête des Saints Innocents chante cette double lecture, deuil et espérance mêlés.

Les trente pièces et le champ du potier : la difficulté de Matthieu 27

Le cas le plus discuté de l'usage néotestamentaire de Jérémie est la citation de Matthieu sur les trente pièces d'argent : alors s'accomplit ce que dit le prophète Jérémie, ils prirent les trente pièces, le prix de celui qui fut mis à prix, et ils les donnèrent pour le champ du potier[99]. Or la formule des trente pièces se lit chez Zacharie, et le champ du potier renvoie aux chapitres 18 et 19 de Jérémie avec le vase brisé, ainsi qu'à l'achat du champ du chapitre 32 : Matthieu attribue donc au grand prophète un texte composite[100]. Loin de cacher la difficulté, les Pères l'affrontent : saint Jérôme, dans son Commentaire sur Matthieu, la signale longuement et rapporte avoir lu ces mots dans un écrit hébreu attribué à Jérémie en usage chez les Nazaréens, tandis que saint Augustin y voit la désignation du corpus prophétique sous le nom de son plus grand représentant[101]. L'Église n'a jamais demandé au lecteur de ne pas voir le problème : elle lui demande de le peser avec les Pères, et la solution, quel que soit le détail retenu, confirme le fond, c'est bien le prix du potier de Jérémie que les chefs des prêtres ont payé.

Jérémie, figure du Christ souffrant

Les ressemblances entre le prophète et le Christ ont frappé les premiers lecteurs : la foule elle-même, interrogée par Jésus, répond qu'il est pour certains Jérémie ou l'un des prophètes, tant le prédicateur du Royaume rappelle le prédicateur du jugement[102]. Comme Jésus, Jérémie est rejeté par les siens, comploté dans son village, jugé par les prêtres, pleuré par quelques fidèles ; comme Jésus, il pleure sur la ville, et ses Lamentations fournissent à la liturgie les pleurs du Triduum ; comme l'agneau conduit à la boucherie, il s'offre sans savoir qu'on conspire contre lui[103].

« Moi, j'étais comme un agneau docile qu'on mène à la boucherie, et je ne savais pas qu'ils tramaient contre moi : détruisons l'arbre dans sa vigueur, retranchons-le de la terre des vivants. »

Jérémie, 11, 19[104]

Les Pères n'ont jamais lu Jérémie comme un simple témoin du malheur juif : Origène, dans ses vingt homélies conservées en grec, y cherche partout le Verbe et son Église ; saint Jérôme, dans ses six livres de commentaire, y défend la lecture christologique contre les interprétations purement historiques ; saint Jean Chrysostome cite l'alliance nouvelle et le potier dans ses homélies comme des preuves déjà accomplies[105]. Le prophète persécuté par les siens annonçait le Sauveur persécuté par les siens, et ses larmes sur Jérusalem annonçaient celles du Christ sur la même ville.

Jérémie dans la prière de l'Église

Le lectionnaire : Jérémie au fil de l'année

L'Église n'a pas relégué Jérémie aux archives : elle le fait entendre chaque année à ses fidèles. Le lectionnaire férial des années paires traverse de larges extraits du livre au temps ordinaire, de la vocation aux confessions, et les dimanches eux-mêmes empruntent ses pages décisives[106]. Chaque année liturgique s'ouvre sur sa promesse : au premier dimanche de l'Avent de l'année C, l'Église proclame le germe juste, voici venir des jours où j'accomplirai la promesse de bonheur, je ferai germer pour David un germe de justice[107]. Commencer l'attente du Sauveur par Jérémie, c'est confesser que l'espérance chrétienne est née dans les ruines de Jérusalem.

Les Lamentations au Triduum saint

Le sommet liturgique de Jérémie se situe dans la nuit : pendant le Triduum saint, l'office des Ténèbres chante les Lamentationes Jeremiae prophetae, strophe par strophe, chacune conclue par l'appel qui donne son titre au plus beau répons du temps de la Passion, Jérusalem, Jérusalem, convertis-toi au Seigneur ton Dieu[108]. Les compositeurs, de Palestrina à Victoria, ont mis en polyphonie ces lettres hébraïques qui scandent les poèmes, et chaque génération chrétienne a pleuré sur la Cité mise à mort en y entendant à la fois Jérusalem détruite et le Christ crucifié[109]. Aucun autre livre prophétique ne tient une telle place dans la prière des trois jours saints.

« Il est bon d'attendre en silence le salut du Seigneur. Il est bon pour l'homme de porter le joug dès sa jeunesse. »

Les Lamentations, 3, 26-27[110]

L'Orient fête le prophète au 1er mai

Les Églises d'Orient honorent Jérémie d'une mémoire liturgique au 1er mai, avec tropaire et hymnes célébrant le prophète consacré dès le sein maternel[111]. Le calendrier romain général ne lui a pas attribué de fête propre, et l'Église latine l'honore autrement : par la lecture continue, par les Lamentations du Triduum et par les psaumes de l'office qui chantent les mêmes thèmes du juste persécuté[112]. Nommer Dieu par ses prophètes certains jours et les entendre chaque jour, ce sont deux manières de confesser qu'il s'est lié à des hommes précis et que ce lien tient toujours.

Ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites

De Duhm à Thiel : un siècle de découpages

Depuis la fin du XIXe siècle, une partie de l'exégèse contemporaine propose de lire le livre de Jérémie comme l'assemblage tardif de sources indépendantes. Bernhard Duhm, en 1901, distingue dans le livre des poèmes authentiques du prophète et une prose qu'il attribue à des rédacteurs postérieurs, congédiant d'un trait des pans entiers du texte[113]. Sigmund Mowinckel, en 1914, systématise la découpe en trois sources : les poèmes (A), les récits sur le prophète attribués à Baruch (B), les discours en prose d'école deutéronomiste (C), chacune datée et située après l'exil[114]. Winfried Thiel, dans les années 1970 et 1980, resserre encore l'hypothèse en attribuant l'essentiel de la prose à une rédaction deutéronomiste unique, postexilique, qui aurait fait de Jérémie le porte-parole de sa théologie[115]. Dans ce schéma, le Jérémie historique se réduit à quelques poèmes, et le livre devient l'œuvre d'écoles anonymes des Ve et IVe siècles.

Les fragilités de la reconstruction

Exposée loyalement, cette hypothèse montre aussitôt ses limites. D'abord, aucun manuscrit d'aucune des sources supposées n'existe : ni la poésie pure de Duhm, ni les trois rouleaux de Mowinckel, ni la rédaction de Thiel n'ont jamais été retrouvés, et leurs frontières comme leurs dates varient selon les écoles[116]. Ensuite, la datation procède souvent en cercle : les morceaux sont découpés selon des critères de style, datés selon un schéma présupposé d'évolution religieuse, puis invoqués comme preuve de cette évolution[117]. Surtout, le schéma repose sur un présupposé anti-prophétique : une prédiction précise et datée étant exclue d'avance, tout oracle qui annonce avec exactitude la chute ou les soixante-dix ans est classé d'office parmi les retouches après coup, et la datation basse est présupposée, non démontrée[118]. Enfin, l'argument du silence fait office de preuve : parce que tel livre postérieur ne cite pas tel détail, on conclut que le détail n'existait pas encore, comme si les auteurs anciens étaient tenus de tout citer[119].

Face à cela, le dossier de Jérémie oppose des faits têtus. Le livre lui-même raconte ses deux éditions : le rouleau brûlé sous Joiaqim et le rouleau augmenté dicté à Baruch rendent compte naturellement des reprises, des doublons et des différences d'ampleur, sans recourir à des siècles de rédacteurs anonymes[120]. Qumrân atteste les deux formes dès le IIe siècle avant Jésus-Christ : la pluralité textuelle est ancienne, fixée avant l'ère chrétienne, et non le produit d'une lente sédimentation postexilique tardive[121]. Ben Sira loue déjà Jérémie vers 180 avec toute sa doctrine, et Daniel le lit comme une horloge : la tradition du prophète auteur est donc fixée bien avant les datations les plus basses qu'on propose pour ses rédacteurs[122]. Et les soixante-dix ans, vérifiés par le retour sous Cyrus à l'heure dite, ruinent l'idée d'une prophétie fabriquée après coup : une école postexilique n'invente pas une échéance que l'histoire a tenue.

Ce que l'archéologie confirme

Sans trancher les débats de cabinet, le sol du Proche-Orient a rendu des pièces qui parlent le langage du livre. Les lettres de Lakish, dépêches militaires sur tessons découvertes dans la guérite de la forteresse, montrent un officier qui guette les signaux de Lakish sans plus voir ceux d'Azeqa, en écho exact au verset où Jérémie nomme Lakish et Azeqa comme les dernières villes fortifiées encore debout pendant le siège[123]. Les chroniques babyloniennes confirment la prise de Jérusalem de 597 et la déportation de Joiaqîn, et les tablettes de rations de Babylone mentionnent le roi captif et ses fils entretenus à la table du roi[^babylone}. Quant aux fameuses bulles au nom de Baruch fils de Nériya apparues sur le marché des antiquités, leur authenticité reste débattue entre spécialistes : l'article les signale comme un indice discuté, non comme une preuve, car un dossier solide n'a pas besoin de pièces douteuses[^bulles}.

Pourquoi la datation et l'attribution traditionnelles restent défendables

La chaîne des témoins, la cohérence interne des dates, l'ancrage archéologique des récits, l'ancienneté attestée des deux formes du texte et la lecture constante de l'Église convergent : Jérémie, prêtre d'Anatot, auteur substantiel du livre avec Baruch son secrétaire, ministère de 627 à après 586 av. J.-C. Le Talmud l'a tenu pour l'auteur des Rois et des Lamentations, Origène l'a prêché, Jérôme l'a traduit et commenté, Trente l'a reçu en entier, Vatican II a confirmé la valeur historique des livres anciens, et Benoît XVI a averti contre une exégèse qui réduirait le texte à des strates sans jamais rencontrer les personnes[124]. Une partie de l'exégèse contemporaine propose d'autres reconstructions : elles sont examinées, pesées, et trouvées trop fragiles pour renverser vingt-trois siècles de réception. Le lecteur comprend ainsi pourquoi la tradition tient toujours : non par entêtement, mais parce que le dossier, lu sans présupposé contre la prophétie, la porte.

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Pour aller plus loin

[^babylone}: Chroniques babyloniennes : prise de 597 et déportation de Joiaqîn ; tablettes de rations de Babylone : le roi captif entretenu à la table royale. [^bulles}: Bulles au nom de Baruch fils de Nériya apparues sur le marché des antiquités : authenticité débattue, signalées comme indice discuté, non comme preuve.

Notes et références

  1. Bible chrétienne, ordre reçu : Isaïe, Jérémie (avec Lamentations et Baruch dans la Vulgate), Ézéchiel, Daniel ; Bible hébraïque, Prophètes postérieurs : Isaïe, Jérémie, Ézéchiel, les Douze.

    1
  2. La tradition juive puis chrétienne n'a jamais varié sur la canonicité de Jérémie : listes canoniques anciennes, Septante, Vulgate, Trente.

    2
  3. 52 chapitres : le plus long des livres prophétiques, devant Isaïe (66 chapitres mais plus brefs) et Ézéchiel (48).

    3
  4. Lamentations 1 à 4 : poèmes acrostiches, chaque strophe ou verset commençant par une lettre successive de l'alphabet hébreu ; chapitre 5 : prière non acrostiche de 22 versets.

    4
  5. Deuxième livre des Chroniques, 35, 25 : Jérémie composa une complainte sur Josias, entrée au répertoire des chantres. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    5
  6. Concile de Trente, session IV, 8 avril 1546 : Jérémie reçu avec Baruch, en entier avec toutes ses parties.

    6 8 35
  7. Livre de Jérémie, 36, 4-18 : Baruch écrit sous la dictée et lit le rouleau au Temple. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    7
  8. Mt 2, 17-18 ; Mt 16, 14 ; Mt 27, 9-10 ; He 8, 8-12 ; Dn 9, 2 ; Esd 1, 1 : le Nouveau Testament cite Jérémie aux moments décisifs. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    9
  9. Livre de Jérémie, 1, 1 : paroles de Jérémie, fils de Hilqiya, l'un des prêtres d'Anatot, au pays de Benjamin. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    10
  10. Anatot : village sacerdotal benjaminite au nord-est de Jérusalem, ville lévitique assignée aux descendants d'Aaron.

    11
  11. Hilqiya père de Jérémie (Jr 1, 1) et Hilqiya le grand prêtre du temps de Josias (2 R 22, 4-14) : homonymie non tranchée par le texte, identification ni imposée ni exclue.

    12
  12. Hébreu Yirmeyahou : Dieu élève, Dieu affermit ou Dieu jette bas, selon la racine retenue ; les trois sens conviennent au ministère du prophète.

    13
  13. Naissance vers 650 sous Manassé, vocation dans le renouveau de Josias, ministère dans la catastrophe : la chronologie reçue du livre.

    14
  14. Livre de Jérémie, 1, 2-3 : la treizième année de Josias jusqu'à la fin de la onzième année de Sédécias, quand Jérusalem fut déportée. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    15
  15. Josias 640-609 : 13e année vers 627 ; chute en juillet 587 ou 586 : plus de quarante ans de prédication, le plus long ministère prophétique daté.

    16
  16. Jr 43-44 : derniers oracles en Égypte, à Taphnès ; mort après 580 selon la chronologie reçue, l'Écriture restant muette sur la date et le lieu.

    17
  17. James Ussher, Annales Veteris Testamenti, Londres, 1650-1654 : appel en 628, chute en 588 ; mêmes durées internes, point d'ancrage décalé d'un à deux ans.

    18
  18. Ben Sira, 49, 6-8 : l'éloge de Jérémie, maltraité dès le sein, consacré prophète, pleuré par le peuple.

    19
  19. Deuxième livre des Maccabées, 2, 4-8 (l'arche cachée sur la montagne) et 15, 12-16 (l'épée d'or remise à Judas). Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    20
  20. Deuxième livre des Maccabées, 15, 15-16 : Jérémie remet l'épée d'or à Judas Maccabée. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    21
  21. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, livre X, chapitres 5 à 8, vers 93-94 : les prophéties contre Sédécias, le siège, Godolias, la fuite en Égypte.

    22
  22. Talmud de Babylone, Baba Batra, 14b-15a : Jérémie écrivit son livre, le livre des Rois et les Lamentations.

    23
  23. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VI, 25 : le canon d'Origène compte Jérémie avec les Lamentations et la lettre en un seul livre.

    24
  24. Origène, vingt Homélies sur Jérémie conservées en grec, Sources Chrétiennes 232 et 238 ; saint Jérôme, six livres de Commentaire sur Jérémie, vers 414-416, inachevés ; saint Augustin, la fresque des temps prophétiques au livre XVIII de la Cité de Dieu.

    25
  25. Jr 1-25 (oracles contre Juda), 26-45 (récits et promesses), 46-51 (oracles contre les nations), 52 (appendice historique reprenant 2 R 24-25).

    26
  26. Chaque massif suppose les autres : le pourquoi du jugement, le prix du messager, l'horizon universel, la vérification historique.

    27
  27. Livre de Jérémie, 36, 1-18 : la dictée à Baruch et la lecture publique au Temple, la quatrième année de Joiaqim. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    28
  28. Livre de Jérémie, 36, 20-26 : le roi découpe le rouleau et le jette au brasero, puis ordonne l'arrestation du prophète et du scribe. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    29
  29. Livre de Jérémie, 36, 32 : toutes les paroles du premier rouleau furent réécrites, et beaucoup d'autres paroles semblables y furent ajoutées. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    30
  30. Livre de Jérémie, 36, 28 : l'ordre de reprendre un autre rouleau après l'incendie royal. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    31
  31. Jr 32, 12-16 (l'acte d'achat confié à Baruch) ; 36 (la dictée et la lecture) ; 43, 3-6 (accusé puis entraîné en Égypte) ; 45 (l'oracle personnel) ; 51, 59 (Seraïa son frère, quartier-maître de Sédécias). Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    32
  32. La Septante de Jérémie : environ un septième plus courte que le texte massorétique, oracles contre les nations placés après 25, 13 au lieu des chapitres 46-51.

    33
  33. Qumrân : fragments 4QJer attestant les deux formes, dont une forme courte apparentée à celle des traducteurs grecs, IIe siècle avant Jésus-Christ.

    34
  34. Les deux familles de texte circulaient déjà avant l'ère chrétienne : pluralité ancienne, compatible avec les deux éditions du chapitre 36.

    36
  35. Livre de Jérémie, 1, 5 : connu avant la formation, consacré avant la naissance, établi prophète des nations. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    37
  36. Livre de Jérémie, 1, 6-9 : l'objection de l'enfant, la défense de dire je suis un enfant, la main qui touche la bouche. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    38
  37. Livre de Jérémie, 1, 10 : établi sur les nations et les royaumes, pour arracher et renverser, démolir et détruire, bâtir et planter. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    39
  38. Livre de Jérémie, 1, 5 : la vocation antérieure à la naissance. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    40
  39. Livre de Jérémie, 1, 11-12 : la branche d'amandier, shaqed et shoqed, la vigilance sur la parole. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    41
  40. Livre de Jérémie, 1, 13-16 : la marmite bouillonnante du nord, les trônes aux portes de Jérusalem. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    42
  41. Livre de Jérémie, 2, 2 : la ferveur de la jeunesse, les fiançailles du désert. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    43
  42. Livre de Jérémie, 3, 6-11 : Samarie répudiée, Juda qui n'a pas craint de l'imiter. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    44
  43. Livre de Jérémie, 11 : l'alliance retrouvée et trahie, le complot d'Anatot contre le prophète. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    45
  44. Livre de Jérémie, 2, 13 : la source d'eau vive abandonnée pour des citernes fissurées. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    46
  45. Livre de Jérémie, 22, 10-12 : ne pleurez pas Josias, pleurez Joachaz qui s'en va sans retour. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    47
  46. Livre de Jérémie, 7, 1-11 : le discours du Temple, les paroles mensongères, la caverne de voleurs. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    48
  47. Livre de Jérémie, 7, 12-15 : allez à Silo et voyez, Jérusalem subira le même sort. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    49
  48. Livre de Jérémie, 26, 7-11 : les prêtres et prophètes réclament la mort, cet homme mérite la mort. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    50
  49. Livre de Jérémie, 26, 12-15 : la défense de Jérémie, je suis entre vos mains, le sang innocent. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    51
  50. Livre de Jérémie, 26, 16-24 : le précédent de Michée sous Ézéchias sauve Jérémie, Ouriya exécuté par Joiaqim. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    52
  51. Livre de Jérémie, 20, 1-6 : Pashehur frappe le prophète, le carcan, Terreur-de-toutes-parts. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    53
  52. Livre de Jérémie, 20, 7-18 : la confession, le feu dévorant, le jour de la naissance maudit. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    54
  53. Livre de Jérémie, 20, 7-8 : séduit et maîtrisé, l'opprobre de chaque jour. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    55
  54. Jr 11, 18-23 ; 12, 1-6 ; 15, 10-21 ; 17, 12-18 ; 18, 18-23 ; 20, 7-18 : les confessions, uniques par leur âpreté dans la Bible prophétique.

    56
  55. Livre de Jérémie, 27-28 : le joug de bois, Hananya qui le brise, la mort dans l'année. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    57
  56. Livre de Jérémie, 29, 4-7 : la lettre aux exilés, maisons, jardins, recherche du bien de la ville. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    58
  57. Livre de Jérémie, 29, 11 : projets de paix et non de malheur, un avenir et une espérance. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    59
  58. Livre de Jérémie, 38, 1-6 : accusé de démoraliser les combattants, livré aux princes. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    60
  59. Livre de Jérémie, 38, 7-13 : Ébed-Mélek l'Éthiopien fait remonter le prophète de la citerne avec cordes et chiffons. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    61
  60. Livre de Jérémie, 39, 15-18 : la promesse à Ébed-Mélek, sa vie pour butin au jour du désastre. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    62
  61. Livre de Jérémie, 32, 6-15 : l'achat du champ d'Anatot pour dix-sept sicles, l'acte dans un vase de terre. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    63
  62. Livre de Jérémie, 39 : la brèche, la fuite et la capture de Sédécias, le Temple brûlé un mois plus tard, la déportation. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    64
  63. Livre de Jérémie, 40, 1-6 : relâché par les Babyloniens, Jérémie choisit de rester avec les pauvres du pays. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    65
  64. Livre de Jérémie, 40, 7-12 : Godolias à Miçpa, la soumission loyale, le renouveau de quelques mois. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    66
  65. Livre de Jérémie, 42-43 : dix jours de prière, l'interdit de descendre en Égypte, la fuite forcée jusqu'à Taphnès. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    67
  66. Livre de Jérémie, 44 : derniers oracles à Taphnès, le réquisitoire contre les gâteaux de la Reine du ciel. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    68
  67. Vies des prophètes, recueil hagiographique tardif : Jérémie lapidé à Taphnès par ses compatriotes, enseveli avec honneur ; tradition sans garantie scripturaire.

    69
  68. Livre de Jérémie, 52, 31-34 : la grâce faite à Joiaqîn à Babylone, relevé et admis à la table du roi ; l'histoire reste ouverte. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    70
  69. Livre de Jérémie, 31, 31-34 : l'alliance nouvelle, la loi dans le cœur, la connaissance universelle, le pardon définitif. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

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  70. Livre de Jérémie, 31, 31.33 : l'alliance nouvelle et la loi écrite sur le cœur. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

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  71. Trois nouveautés : intériorité de la loi, universalité de la connaissance, définitivité du pardon ; rupture avec l'alliance du Sinaï rompue.

    73
  72. Catéchisme de l'Église catholique : la promesse d'une loi inscrite dans les cœurs accomplie dans la nouvelle alliance scellée au sang du Christ.

    74 96
  73. Livre de Jérémie, 18, 1-6 : la maison du potier, le vase manqué refait au gré du potier. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    75
  74. Livre de Jérémie, 18, 7-10 : la condition, renoncer au malheur si la nation se détourne, renoncer au bien si elle fait le mal. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

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  75. Livre de Jérémie, 18, 6 : comme l'argile dans la main du potier. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

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  76. Rm 9, 20-21 reprend l'image pour l'élection ; les Pères y lisent la nature humaine entre les mains de la grâce.

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  77. Le cœur plus de soixante fois en Jérémie : lieu du drame, de la ruse et de la promesse.

    79
  78. Livre de Jérémie, 17, 9-10 : le cœur rusé et incurable, Dieu seul sonde les cœurs et les reins. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    80
  79. Livre de Jérémie, 2, 22 : ni la soude ni la potasse n'effacent la tache devant Dieu. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    81
  80. Livre de Jérémie, 4, 4 : circoncisez vos cœurs, ôtez-en les prépuces, sans quoi la colère s'allumera. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    82
  81. Livre de Jérémie, 17, 7-8 : l'arbre planté près des eaux, la sécheresse sans crainte. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    83
  82. Livre de Jérémie, 17, 5-8 : les deux voies, maudit et béni, reprises par les Psaumes et le Nouveau Testament.

    84
  83. Livre de Jérémie, 6, 14 (et 8, 11) : paix, paix, alors qu'il n'y a pas de paix. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    85
  84. Livre de Jérémie, 28, 9 : quand la parole s'accomplira, on reconnaîtra l'envoyé ; Hananya meurt dans l'année (28, 16-17).

    86
  85. Livre de Jérémie, 23 : malheur aux pasteurs qui égarent, prophètes de Samarie et de Jérusalem. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    87
  86. Livre de Jérémie, 6, 14 : les faux pansements sur la blessure du peuple. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    88
  87. Le critère jérémien protège contre la crédulité comme contre le mépris : accomplissement vérifié, jamais rassurance à bon marché.

    89
  88. Livre de Jérémie, 23, 5-6 : le germe juste pour David, roi sage, Le-Seigneur-est-notre-justice. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    90
  89. Livre de Jérémie, 33, 14-16 : la promesse répétée en plein siège, la lignée invisible qui demeure. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    91
  90. Évangile selon saint Luc, 22, 20 : cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, versé pour vous. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    92
  91. Première épître aux Corinthiens, 11, 25 : Paul transmet la parole de la Cène sur la coupe de la nouvelle alliance. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    93
  92. Épître aux Hébreux, 8, 7-13 : la première alliance vieillie, la seconde qui la remplace par le sacerdoce unique du Christ. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    94
  93. Épître aux Hébreux, 8, 8.13, citant Jérémie 31 : l'alliance nouvelle proclamée, la première rendue ancienne. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    95
  94. Évangile selon saint Matthieu, 2, 17-18 : Rachel pleurant ses enfants, accomplissement de Jérémie 31, 15. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    97
  95. Livre de Jérémie, 31, 15-17 : la plainte de Rachel ouvrant sur la consolation, le retour du pays de l'ennemi. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    98
  96. Évangile selon saint Matthieu, 27, 9-10 : les trente pièces attribuées au prophète Jérémie, pour le champ du potier. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    99
  97. La formule des trente pièces se lit chez Zacharie (Za 11, 12-13), le potier et le champ chez Jérémie (18-19 ; 32) : texte composite attribué au grand prophète.

    100
  98. Saint Jérôme, Commentaire sur Matthieu, livre IV, sur 27, 9 : la difficulté signalée, et ces mots lus dans un écrit hébreu attribué à Jérémie en usage chez les Nazaréens.

    101
  99. Évangile selon saint Matthieu, 16, 14 : la foule prend Jésus pour Jean-Baptiste, Élie, Jérémie ou l'un des prophètes. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    102
  100. Livre de Jérémie, 11, 19 : l'agneau docile mené à la boucherie, sans savoir qu'on conspire. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    103
  101. Livre de Jérémie, 11, 19 : détruire l'arbre dans sa vigueur, le retrancher de la terre des vivants. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    104
  102. Origène, Homélies sur Jérémie, la lecture du Verbe partout ; saint Jérôme, le Commentaire et la lecture christologique ; saint Jean Chrysostome, l'alliance nouvelle et le potier comme preuves accomplies.

    105
  103. Lectionnaire romain : lecture continue de Jérémie au temps ordinaire des années paires, emprunts dominicaux aux pages décisives.

    106
  104. Premier dimanche de l'Avent, année C : Jérémie 33, 14-16, le germe de justice promis à David. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    107
  105. Office des Ténèbres du Triduum : Lamentationes Jeremiae prophetae, chaque leçon conclue par Jerusalem, Jerusalem, convertere ad Dominum Deum tuum.

    108
  106. Mises en polyphonie des Lamentations, de Palestrina à Victoria : les lettres hébraïques scandant la prière des trois jours saints.

    109
  107. Lamentations, 3, 26-27 : attendre en silence le salut, porter le joug dès la jeunesse. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    110
  108. Églises d'Orient : mémoire liturgique du prophète Jérémie au 1er mai, tropaire du consacré dès le sein.

    111
  109. Calendrier romain général : pas de fête propre de Jérémie ; honneur rendu par la lecture continue, les Lamentations du Triduum et l'office.

    112
  110. Bernhard Duhm, Das Buch Jeremia, Tübingen, 1901 : poèmes authentiques contre prose de rédacteurs postérieurs.

    113
  111. Sigmund Mowinckel, Zur Komposition des Buches Jeremia, Kristiania, 1914 : sources A (poèmes), B (récits dits de Baruch), C (prose deutéronomiste).

    114
  112. Winfried Thiel, Die deuteronomistische Redaktion von Jeremia, Neukirchen, 1973 et 1981 : l'essentiel de la prose attribué à une rédaction deutéronomiste postexilique.

    115
  113. Aucun manuscrit des sources supposées : frontières et dates variant selon les écoles, de Duhm à Thiel.

    116
  114. Les morceaux sont découpés selon des critères stylistiques, datés selon un présupposé d'évolution religieuse, puis invoqués comme preuve de cette évolution.

    117
  115. Quand toute prédiction précise classe d'office un oracle parmi les retouches après coup, la datation basse est présupposée, non démontrée.

    118
  116. L'absence de citation d'un détail dans un livre postérieur est traitée comme preuve de son inexistence, comme si les auteurs anciens devaient tout citer.

    119
  117. Jr 36 : rouleau brûlé puis rouleau augmenté du vivant des témoins ; les reprises et doublons s'expliquent sans siècles de rédacteurs anonymes.

    120
  118. Qumrân, IIe siècle avant Jésus-Christ : les deux formes déjà fixées ; pluralité ancienne, non sédimentation tardive.

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  119. Si 49 et Dn 9, vers 180 et au IIe siècle : la tradition du prophète auteur est fixée bien avant les datations basses proposées pour ses rédacteurs.

    122
  120. Lettres de Lakish, ostracon IV : les signaux de Lakish guettés, ceux d'Azeqa invisibles ; écho de Jr 34, 7, Lakish et Azeqa dernières villes fortifiées.

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  121. Benoît XVI, exhortation Verbum Domini, 30 septembre 2010 : contre une exégèse qui réduirait le texte à des strates sans rencontrer les personnes.

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