Isaïe, fils d'Amots, est, selon l'Écriture reçue par l'Église, le prince des prophètes : l'homme qui vit le Seigneur sur un trône très élevé l'année de la mort du roi Ozias, dont la bouche fut purifiée par une braise prise à l'autel, et qui annonça sept siècles à l'avance la naissance virginale de l'Emmanuel, le règne du Prince de la paix et la mort expiatoire du Serviteur souffrant. Son livre compte soixante-six chapitres, ce qui en fait le plus long des livres prophétiques, et il occupe la première place parmi les grands prophètes du canon chrétien. Aucun autre prophète n'est autant cité par le Nouveau Testament : l'évangéliste Matthieu y lit l'Emmanuel, le diacre Philippe y lit le Serviteur avec l'eunuque éthiopien, et saint Jean y reconnaît la gloire du Christ contemplée par le prophète.
Son nom est déjà tout son message : Yeshayahou, le Seigneur est salut, et le salut qu'il annonce dépasse tout ce que Jérusalem assiégée pouvait imaginer. Saint Jérôme, qui a consacré à ce livre le plus long de ses commentaires, y voit moins un prophète qu'un évangéliste, tant chaque page semble déjà raconter le Christ[1]. Le rouleau complet retrouvé à Qumrân en 1947, copié vers 125 av. J.-C. et long de plus de sept mètres, prouve que ce livre existait déjà, fixé dans son unité, deux siècles avant l'ère chrétienne[2]. La tradition juive puis chrétienne affirme qu'Isaïe fut scié sous le roi Manassé, et l'épître aux Hébreux range ce supplice parmi les souffrances des anciens justes[3]. L'Église le lit chaque année à l'Avent, à Noël et le Vendredi saint, et le Martyrologe romain l'honore au 6 juillet[4].
L'article présente d'abord le livre tel que l'Église le reçoit, sa place dans le canon, son auteur traditionnel et ses témoins anciens, puis la vie du prophète, le plan du livre, sa théologie, son accomplissement dans le Christ, sa présence dans la liturgie, et enfin le débat avec l'exégèse historico-critique moderne.
Isaïe dans le canon des Écritures
La place du livre dans les deux canons
Le livre d'Isaïe appartient aux Prophètes postérieurs (Nevi'im Aharonim) du canon hébraïque, où il ouvre la série des grands prophètes avant Jérémie et Ézéchiel, suivis des douze petits prophètes[5]. Dans le canon chrétien fixé par le concile de Trente, il devient le premier des grands prophètes, devant Jérémie, Ézéchiel et Daniel, et cette primauté n'est pas un simple rang de classement : elle dit la place qu'Isaïe tient dans la mémoire de l'Église, celle du prophète le plus lu, le plus chanté et le plus cité[6]. Les soixante-six chapitres se lisent d'un seul tenant dans toutes les Bibles catholiques, sans aucune coupure éditoriale entre la première et la seconde partie, et la liturgie passe librement de l'une à l'autre comme d'un seul livre.
Le prophète le plus cité du Nouveau Testament
Aucun livre prophétique ne traverse le Nouveau Testament comme celui d'Isaïe : on y relève plus de quatre-vingts citations ou allusions directes, de Matthieu à l'Apocalypse, et plusieurs discours décisifs des apôtres sont tissés de ses versets[7]. Le tableau ci-dessous rassemble les passages les plus structurants, ceux sans lesquels la prédication apostolique perdrait ses fondements scripturaires.
| Passage d'Isaïe | Reprise dans le Nouveau Testament | Ce que la reprise établit |
|---|---|---|
| Is 7, 14, l'Emmanuel né de la vierge | Mt 1, 22-23 | La conception virginale de Jésus accomplie comme il était écrit |
| Is 9, 5, l'enfant Prince de paix | Liturgie de Noël, Lc 2 | L'enfant de Bethléem reconnu comme le Dieu fort annoncé |
| Is 11, 1-10, le rejeton de Jessé | Rm 15, 12 | Le rameau espéré identifié au Christ qui rassemble les nations |
| Is 40, 3, la voix dans le désert | Mc 1, 3 et parallèles | Jean-Baptiste présenté comme le précurseur annoncé par Isaïe |
| Is 53, le Serviteur souffrant | Ac 8, 32-33 ; 1 P 2, 22-25 | La Passion lue comme l'expiation annoncée, l'eunuque baptisé sur ce texte |
| Is 61, 1-2, l'onction du messager | Lc 4, 17-21 | Jésus à Nazareth déclare la prophétie accomplie en sa personne |
| Is 6, 9-10, l'endurcissement | Jn 12, 39-41 ; Ac 28, 25-27 | Le refus d'Israël expliqué par la parole adressée à Isaïe lui-même |
Le témoin le plus décisif pour l'unité du livre se trouve dans le douzième chapitre de saint Jean : l'évangéliste cite d'abord le Serviteur souffrant (Is 53, 1), puis la vision inaugurale (Is 6, 10), et il attribue les deux passages au même Isaïe, ajoutant qu'Isaïe a vu la gloire du Christ et parlé de lui[8]. Un auteur du premier siècle, inspiré selon la foi catholique, traite donc les deux moitiés du livre comme la parole d'un seul prophète, et cette lecture apostolique pèse plus lourd que toutes les reconstructions postérieures.
L'auteur et la datation reçus par l'Église
Isaïe fils d'Amots, sous quatre rois de Juda
Le livre s'ouvre sur sa propre carte d'identité : vision d'Isaïe, fils d'Amots, au sujet de Juda et de Jérusalem, au temps d'Ozias, de Jotham, d'Achaz et d'Ézéchias, rois de Juda[9]. Le père du prophète, Amots, n'a rien à voir avec Amos le berger de Teqoa : plusieurs Pères ont commis la confusion à cause de la ressemblance des noms en grec et en latin, et saint Jérôme la corrige expressément dans sa préface au commentaire sur Amos[10]. Une tradition juive conservée par le Talmud fait d'Isaïe le neveu du roi Amasias, donc un homme de la cour, ce qui expliquerait son accès direct aux rois et la haute culture que trahissent ses écrits[11]. Il épouse une femme qu'il appelle la prophétesse, et ses deux fils portent des noms-programmes : Shear-Yashoub, un reste reviendra, et Maher-Shalal-Hash-Baz, vite au pillage, prompt au butin[12]. Le second livre des Chroniques ajoute qu'Isaïe rédigea les actes d'Ozias et consigna ceux d'Ézéchias, ce qui le montre comme l'annaliste prophétique officiel de la cour de Jérusalem[13].
La chronologie reçue : de 740 à la fin d'Ézéchias
Le ministère d'Isaïe couvre près d'un demi-siècle, depuis la dernière année d'Ozias jusqu'aux dernières années d'Ézéchias, et le cadre chronologique ci-dessous suit l'esquisse reçue, établie en croisant les synchronismes des livres des Rois avec les annales assyriennes[14].
| Année reçue | Roi de Juda | Événement qui date la prophétie |
|---|---|---|
| 740 | Mort d'Ozias | La vocation d'Isaïe au Temple, Is 6 |
| 735 | Achaz | Guerre syro-éphraïmite, siège de Jérusalem, signe de l'Emmanuel, Is 7 |
| 732 | Achaz | Chute de Damas devant Teglath-Phalasar, fin de la coalition, Is 7, 16 |
| 722 | Ézéchias | Chute de Samarie, déportation du Nord, Is 9 à 10 |
| 713 | Ézéchias | Maladie et guérison du roi, cantique d'Ézéchias, Is 38 |
| 711 | Ézéchias | Prise d'Azotos par Sargon, signe du prophète marchant dévêtu, Is 20 |
| 701 | Ézéchias | Campagne de Sennachérib, siège de Jérusalem, délivrance, Is 36 à 37 |
| Après 698 | Manassé | Tradition du martyre du prophète scié, 2 R 21, 16 |
La vocation elle-même est datée par le texte : l'année de la mort du roi Ozias, soit 740, Isaïe voit le Seigneur siégeant sur un trône très élevé, entouré de séraphins qui proclament la louange reprise chaque jour à la messe[15].
« Saint, saint, saint, le Seigneur de l'univers ! Toute la terre est remplie de sa gloire. » — Les séraphins, Is 6, 3[16]
« Me voici : envoie-moi ! » — Isaïe, Is 6, 8[17]
Saint Jean Chrysostome, commentant ce passage, oppose la promptitude du prophète aux hésitations de Moïse, et l'Église a retenu cette lecture : Isaïe est le volontaire, celui qui devance l'appel[18].
Le martyre sous Manassé et ses témoins anciens
Aucune prophétie du livre ne paraît postérieure à 701, et l'on peut douter qu'Isaïe ait vu le règne de Manassé ; pourtant une tradition très ancienne et très répandue affirme qu'il survécut à Ézéchias et périt dans la persécution de Manassé, ce roi dont le livre des Rois dit qu'il répandit le sang innocent à profusion[19]. Le motif de la condamnation aurait été double : le prophète avait osé dire j'ai vu le Seigneur assis sur un trône, ce qui contredisait aux yeux de ses juges la parole de l'Exode selon laquelle l'homme ne peut voir Dieu et vivre, et il avait appelé Jérusalem Sodome et son peuple Gomorrhe[20]. Le supplice, selon l'Ascension d'Isaïe, consista à être scié en deux, et cette tradition fut reçue sans hésitation : le Targum l'admet, deux traités du Talmud la conservent, saint Justin la reproche à Tryphon dans son Dialogue, et de nombreux Pères y voient l'allusion certaine du verset de l'épître aux Hébreux sur les anciens sciés en deux[21].
« Ils ont été lapidés, sciés, ils sont morts tués par l'épée. » — Épître aux Hébreux, 11, 37[22]
Les témoins anciens du livre
Ben Sira connaît déjà le prophète consolateur
Vers 180 av. J.-C., Jésus fils de Sirach fait l'éloge des pères, et son portrait d'Isaïe est celui du livre entier : le prophète qui vit les choses cachées, fortifia Ézéchias, délivra Jérusalem de Sennachérib par sa parole, et consola ceux qui pleurent dans Sion[23]. Or cette consolation de Sion est précisément le thème des chapitres 40 à 66, ceux que la critique moderne attribue à un auteur de l'exil : dès 180 av. J.-C., la tradition juive connaît donc un Isaïe unique, auteur à la fois du récit d'Ézéchias et des consolations. Les Pères de l'Église, reprenant cet éloge, tiennent Isaïe pour le plus grand des prophètes écrivains[24].
« Isaïe, le saint prophète, le grand prophète, fidèle aux yeux de Dieu. » — Ben Sira, d'après l'éloge des pères, Si 48 (traduction d'après le texte reçu)[25]
Le grand rouleau de Qumrân : un livre déjà un en 125 av. J.-C.
En 1947, des bédouins découvrent dans la première grotte de Qumrân le grand rouleau d'Isaïe (1QIsaa) : dix-sept peaux cousues, plus de sept mètres de long, cinquante-quatre colonnes contenant l'intégralité des soixante-six chapitres, sans aucune coupure entre le chapitre 39 et le chapitre 40[26]. L'écriture le date d'environ 125 av. J.-C., datation confirmée par le radiocarbone, ce qui en fait le manuscrit biblique complet le plus ancien connu, mille ans plus vieux que les codex massorétiques médiévaux. Deux faits décisifs en découlent : le texte hébreu est resté prodigieusement stable pendant un millénaire, et le livre circulait déjà comme un seul rouleau continu deux siècles avant le Christ, sans la moindre trace matérielle d'une soudure entre un premier et un second Isaïe.
La Septante, Josèphe et le Talmud
Au IIe siècle av. J.-C., les traducteurs d'Alexandrie rendent Isaïe en grec : la Septante prouve que le livre, dans son étendue actuelle, faisait déjà autorité dans le judaïsme hellénistique[27]. Flavius Josèphe, au premier siècle de notre ère, raconte que le prophète annonça à Cyrus, cent quarante ans avant la prise de Babylone, la restauration de Jérusalem, et que Cyrus lut la prophétie qui le nommait[28]. Le Talmud de Babylone, dans le traité Baba Batra, attribue la mise par écrit du livre à Ézéchias et son collège, ancrant la rédaction dans l'entourage même du roi contemporain du prophète[29]. Trois milieux indépendants, Alexandrie, Rome flavienne et les académies rabbiniques, reçoivent donc le même livre un, prophétique et ancien.
| Témoin | Date approximative | Ce qu'il atteste |
|---|---|---|
| Ben Sira, chapitre 48 | Vers 180 av. J.-C. | Un Isaïe unique, prophète d'Ézéchias et consolateur de Sion |
| Septante d'Alexandrie | IIe siècle av. J.-C. | Le livre entier traduit en grec, autorité dans la diaspora |
| Grand rouleau de Qumrân | Vers 125 av. J.-C. | Les 66 chapitres en un seul rouleau, texte déjà stable |
| Nouveau Testament | Ier siècle | Toutes les parties citées comme la parole d'Isaïe |
| Flavius Josèphe | Vers 93-94 | La prophétie sur Cyrus lue comme prédiction véritable |
| Talmud, Baba Batra | Codifié vers 500 | Rédaction par Ézéchias et son collège |
Plan du livre d'Isaïe
Une architecture reçue en trois grands massifs
Le livre se présente comme un édifice à trois corps, reliés par une charnière historique : les chapitres 1 à 39 annoncent le jugement et la délivrance de Jérusalem au temps des Assyriens, les chapitres 36 à 39 racontent le siège de 701 comme la preuve que ces oracles se réalisent, et les chapitres 40 à 66 déploient la consolation, le Serviteur et les cieux nouveaux[30]. Que l'on tienne cette disposition pour chronologique, comme saint Jérôme avec plusieurs anciens, ou pour logique, comme d'autres commentateurs, l'ordre reçu fait sens : le jugement prépare la délivrance, la délivrance annonce le Serviteur, et le Serviteur ouvre les cieux nouveaux[^ordre-livre}.
| Massif | Chapitres | Contenu doctrinal |
|---|---|---|
| Le jugement de Juda et des nations | 1 à 12 | Ingratitude de Jérusalem, Emmanuel, Prince de paix, rejeton de Jessé |
| Les oracles contre les nations | 13 à 23 | Babylone, Moab, Damas, Égypte, Tyr : aucun empire ne subsiste devant Dieu |
| L'apocalypse d'Isaïe | 24 à 27 | Jugement universel, festin des nations, mort vaincue pour toujours |
| Malheurs et délivrance de Sion | 28 à 35 | Chute d'Éphraïm, complot avec l'Égypte, Sion rachetée |
| La charnière historique | 36 à 39 | Sennachérib en 701, maladie d'Ézéchias, ambassade de Babylone |
| La consolation | 40 à 48 | Dieu console, Cyrus son instrument, chute annoncée de Babylone |
| Le Serviteur et la Jérusalem nouvelle | 49 à 55 | Cantiques du Serviteur, retour glorieux, alliance éternelle |
| La sainteté des derniers temps | 56 à 66 | Justes admis de toutes nations, jugement, cieux nouveaux et terre nouvelle |
Le livre de l'Emmanuel (chapitres 6 à 12)
Avec le chapitre 7 s'ouvre la série des oracles prononcés pendant la guerre syro-éphraïmite : le roi Rasîn de Damas et Péqah d'Israël assiègent Jérusalem pour remplacer Achaz, et le prophète, posté près du canal du réservoir supérieur, ordonne au roi de demander un signe[31]. Achaz refuse par fausse piété, et Dieu donne lui-même le signe, le plus célèbre de l'Ancien Testament.
« Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu'elle appellera Emmanuel, c'est-à-dire : Dieu-avec-nous. » — Isaïe, 7, 14[32]
Le chapitre 9 déploie ce que sera le règne de cet enfant, dans l'oracle que la liturgie de Noël chante chaque année.
« Oui, un enfant nous est né, un fils nous a été donné. Sur son épaule est le signe du pouvoir ; son nom est proclamé : Merveilleux-Conseiller, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix. » — Isaïe, 9, 5[33]
Et le chapitre 11 peint le rejeton sorti de la souche de Jessé, le père de David, sur qui repose l'Esprit du Seigneur avec ses sept dons, ainsi que le loup habitant avec l'agneau dans la paix messianique[34].
« Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l'esprit du Seigneur. » — Isaïe, 11, 1-2[35]
Les cantiques du Serviteur (chapitres 42 à 53)
Quatre poèmes, disséminés entre les chapitres 42 et 53, dessinent la figure du Serviteur du Seigneur : choisi et doux, il n'éteint pas la mèche qui fume et apporte le droit aux nations, puis il est méprisé, transpercé, mis au tombeau avec les riches, avant que le Seigneur ne lui donne les multitudes en partage[36]. L'exégèse catholique a toujours reconnu dans ces traits, pris ensemble, le portrait complet du Christ : aucun personnage historique d'Israël, ni Moïse, ni David, ni Ézéchias, ni le prophète lui-même, ne les vérifie tous à la fois, et les noms proposés n'ont jamais emporté l'adhésion[37].
« En fait, c'étaient nos souffrances qu'il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu'il était frappé, meurtri par Dieu, humilié. Or, c'est à cause de nos révoltes qu'il a été transpercé, à cause de nos fautes qu'il a été broyé. » — Isaïe, 53, 4-5[38]
« Maltraité, il s'humilie, il n'ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l'abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n'ouvre pas la bouche. » — Isaïe, 53, 7[39]
La théologie d'Isaïe
Le Saint d'Israël
Le nom de Dieu qui revient comme un refrain, vingt-six fois dans le livre, est celui que le prophète a entendu de la bouche des séraphins : le Saint d'Israël[40]. Ce titre dit tout ensemble la transcendance absolue, le Dieu trois fois saint devant qui l'homme se découvre les lèvres impures, et l'élection paradoxale, ce Dieu redoutable qui s'est lié à un petit peuple. De cette sainteté découle toute la morale du livre : parce que Dieu est saint, l'injustice sociale, l'idolâtrie et les alliances sans foi avec l'Assyrie ou l'Égypte sont d'abord des offenses faites au Saint, avant d'être des fautes politiques[41].
Le Reste qui reviendra
Le premier fils du prophète s'appelle Shear-Yashoub, un reste reviendra, et ce nom contient toute la doctrine isaïenne du jugement et de la miséricorde : Jérusalem sera châtiée, le pays ravagé, la souche coupée, mais la souche garde une semence sainte, et de cette semence Dieu refera son peuple[42]. L'apôtre Paul reprendra cette doctrine dans l'épître aux Romains pour expliquer que le refus d'Israël n'annule pas les promesses : le Reste, c'est l'Église naissante d'abord, et c'est aussi, selon l'espérance paulinienne, l'Israël à venir[43].
La foi qui ne s'inquiète pas
À Achaz paniqué par la coalition, Isaïe oppose la parole la plus brève de sa théologie : si vous ne croyez pas, vous ne subsisterez pas[44]. Traduire : la foi n'est pas un sentiment pieux ajouté à la politique, elle est la condition même de la survie du royaume. Trente ans plus tard, le prophète tiendra le même langage devant Ézéchias assiégé par Sennachérib, et la délivrance de 701 scellera la leçon : Jérusalem est sauvée sans tirer une flèche, par la prière du roi et la parole du prophète, pendant que l'armée assyrienne périt dans la nuit[45].
Sion, le Temple et les nations
Isaïe aime Jérusalem d'un amour intransigeant : il la flagelle comme Sodome quand elle se corrompt, et il la chante comme la montagne vers laquelle toutes les nations afflueront quand la maison du Seigneur sera établie au sommet des montagnes[46]. L'universalisme des derniers chapitres, où des étrangers et des eunuques sont admis dans la maison de prière, et où Dieu promet de prendre des prêtres parmi les nations, prépare directement la mission aux païens : l'Église y a toujours lu sa propre catholicité annoncée[47].
« Maison de prière pour tous les peuples : c'est ainsi que sera appelée ma maison. » — Isaïe, 56, 7[48]
L'accomplissement chrétien
L'Emmanuel : Dieu-avec-nous
L'évangile de Matthieu cite explicitement l'oracle des chapitres 7 et 8 comme accompli dans la conception virginale de Jésus : l'enfant qui naît de Marie reçoit le nom de Jésus, c'est-à-dire Dieu sauve, parce qu'il est l'Emmanuel, Dieu avec nous[49]. La tradition des Pères, de saint Justin à saint Jérôme, a défendu le sens virginal du mot hébreu almah contre les lectures qui n'y voyaient qu'une jeune femme : la Septante, traduite par des juifs deux siècles avant le Christ, avait déjà lu la vierge (parthenos), et c'est cette lecture que l'Église reçoit[50]. Chaque Avent, la grande antienne du 23 décembre chante cet accomplissement.
« Voici que la Vierge concevra et enfantera un fils, auquel on donnera le nom d'Emmanuel : Dieu-avec-nous. » — Grande antienne Ô Emmanuel, 23 décembre[51]
Le Serviteur : la Passion annoncée
Le quatrième cantique est le texte le plus cité du livre dans le Nouveau Testament, et pour cause : il raconte la Passion avant la Passion. L'eunuque de la reine d'Éthiopie le lisait sur son char en revenant de Jérusalem, et Philippe, montant près de lui, partit de ce passage pour lui annoncer Jésus[52]. Pierre y voit l'Agneau sans tache, Paul le fondement de la réconciliation, et la liturgie du Vendredi saint en fait la première lecture, avant le récit de la Passion selon saint Jean[53]. Le concile Vatican II rappelle que les livres de l'Ancien Testament préparent l'Évangile et l'annoncent prophétiquement : le Serviteur transpercé est l'exemple le plus éclatant de cette préparation[54].
Le Prince de paix et le rejeton de Jessé
Le chapitre 9 donne à l'enfant ses titres divins, et l'Église les chante à la messe de minuit de Noël : l'enfant de Bethléem est le Dieu fort et le Père à jamais[55]. Le chapitre 11 donne au Messie sa généalogie, le rejeton de Jessé, et sa mission, rassembler les dispersés d'Israël et les nations : Paul cite ce rameau dans l'épître aux Romains comme la preuve que le Christ est l'espérance des païens[56]. La clé de David, remise au serviteur Éliakim au chapitre 22, devient dans l'Apocalypse la clé du Christ qui ouvre et nul ne ferme, et l'Avent la chante dans l'antienne Ô Clé de David[57].
Isaïe dans la liturgie de l'Église
L'Avent : le temps d'Isaïe
Il n'est pas exagéré de dire que l'Avent est le mois d'Isaïe : pendant quatre semaines, la première lecture quotidienne est presque toujours tirée de son livre, et les sept grandes antiennes Ô qui précèdent Noël sont tissées de ses versets, l'Ô Rejeton de Jessé du chapitre 11, l'Ô Clé de David du chapitre 22, l'Ô Emmanuel du chapitre 7[58]. Le cantique du chapitre 12, action de grâce des rachetés, est devenu le cantique du bréviaire, et celui d'Ézéchias au chapitre 38 le cantique des matines : l'Église prie chaque semaine avec les paroles mêmes du prophète et du roi[59].
Noël, le Vendredi saint et la Vigile pascale
À la messe de minuit, l'Église proclame l'oracle du chapitre 9 sur le peuple qui marchait dans les ténèbres et qui a vu se lever une grande lumière, puis elle annonce l'enfant aux titres divins[60]. Le Vendredi saint, elle proclame le Serviteur transpercé comme première lecture, mettant sous les yeux des fidèles, avant le récit de la Passion, la prophétie qui l'annonçait sept siècles plus tôt[61]. À la Vigile pascale, elle relit les chapitres 54 et 55, l'alliance éternelle offerte à tous ceux qui ont soif, comme l'annonce du baptême où les catéchumènes entreront dans la nuit même[62].
« Vous tous qui avez soif, venez, voici de l'eau. Même si vous n'avez pas d'argent, venez acheter et consommer. » — Isaïe, 55, 1[63]
Le 6 juillet et la mémoire des prophètes
Le Martyrologe romain commémore le prophète Isaïe au 6 juillet, parmi les saints de l'Ancienne Alliance que l'Église vénère comme ses pères dans la foi[64]. Les Églises orientales l'honorent avec les autres prophètes, et l'ordre du Carmel, qui se réclame d'Élie, voit en Isaïe le second témoin de la prière sur la montagne : le Carmel garde la mémoire d'Élie au 20 juillet, et toute l'Église garde celle d'Isaïe comme du prince des prophètes écrivains[65].
Ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites
L'hypothèse des trois Isaïe
Depuis la fin du XVIIIe siècle, et surtout depuis le commentaire de Bernhard Duhm en 1892, une partie de l'exégèse contemporaine propose de partager le livre entre trois auteurs : un premier Isaïe de Jérusalem au VIIIe siècle pour les chapitres 1 à 39, un second Isaïe anonyme exilé à Babylone au VIe siècle pour les chapitres 40 à 55, et un troisième Isaïe de l'après-exil pour les chapitres 56 à 66[66]. Les arguments avancés sont connus : le point de vue des chapitres 40 et suivants semble supposer l'exil accompli, le style y paraît plus lyrique et plus abstrait, les idées théologiques plus développées, et surtout Cyrus y est nommé cent cinquante ans avant son règne comme l'instrument de la délivrance[67]. L'hypothèse est exposée ici loyalement : elle part de difficultés réelles du texte, et le catholique n'a pas à les nier ni à les minimiser.
Les présupposés et les limites de la reconstruction
Mais une hypothèse interprétative n'est pas une démonstration, et celle-ci repose sur des présupposés fragiles. Le premier est le présupposé anti-prophétique : on tient pour impossible qu'un prophète du VIIIe siècle nomme Cyrus et décrive l'exil, donc tout texte qui le fait est déclaré postérieur. Or c'est précisément ce que la foi appelle prophétie, et le raisonnement devient circulaire : on exclut le surnaturel par principe, puis on présente la datation tardive comme une découverte[68]. Le second est la datation circulaire des styles : on découpe les morceaux selon des critères stylistiques, on date chaque style selon une théorie de l'évolution religieuse d'Israël, puis on invoque ces dates comme preuve de l'évolution. Le troisième est l'argument du silence : parce que tel chapitre ne mentionne ni Achaz ni Sennachérib, on conclut qu'il ignore leur époque, alors que les oracles de consolation n'avaient aucune raison de les nommer[69].
Ce que les manuscrits et le Nouveau Testament objectent
Trois faisceaux de faits résistent à la partition. D'abord, l'ancienneté du témoignage unitaire : Ben Sira vers 180 av. J.-C. connaît le consolateur de Sion, la Septante traduit le livre entier, et le rouleau de Qumrân le copie d'un seul tenant sans la moindre soudure. Il faudrait donc que la compilation des trois auteurs, leur fusion parfaite et leur attribution unanime à Isaïe aient eu lieu sans laisser aucune trace, dans un judaïsme qui, par ailleurs, n'attribue jamais un livre à un faux auteur sans débat[70]. Ensuite, la lecture apostolique : saint Jean attribue au même Isaïe le Serviteur et la vision inaugurale, saint Paul cite comme d'Isaïe les chapitres 53 et 65, et Jésus lui-même lit le chapitre 61 comme accompli en sa personne. Si les chrétiens tenaient le livre pour l'œuvre de trois inconnus, toute cette argumentation s'effondrerait[71]. Enfin, la couleur d'époque des chapitres contestés : les noms, les procédures, la géographie et la théologie des chapitres 40 à 66 supposent un auteur qui connaît intimement le monde assyrien du VIIIe siècle, et plusieurs exégètes, y compris non catholiques, ont relevé des liens de vocabulaire et de pensée entre les deux moitiés que la partition peine à expliquer[72].
| Objection critique | Réponse de la lecture traditionnelle |
|---|---|
| Cyrus nommé 150 ans avant son règne | C'est précisément une prophétie : Josèphe atteste que Cyrus la lut comme telle |
| Style différent entre 1 à 39 et 40 à 66 | Un même auteur écrit autrement selon qu'il dénonce ou console, à trente ans d'intervalle |
| Point de vue de l'exil accompli | Le prophète contemple l'avenir comme présent, procédé constant des oracles |
| Théologie plus développée | La Révélation progresse en clarté à l'intérieur même d'une vie prophétique |
| Silence sur les rois du VIIIe siècle | Les oracles de consolation n'avaient pas à nommer Achaz ni Sennachérib |
La conclusion tient en une phrase : on peut discuter des retouches, des disciples et de l'ordre des oracles, on ne peut pas, sans arbitraire, transformer en trois inconnus un livre que le judaïsme du IIe siècle, les apôtres du Ier et toute la tradition juive et chrétienne ont reçu des mains d'un seul prophète, Isaïe fils d'Amots[73].
Pour aller plus loin
- Élie : le père des prophètes, enlevé au ciel sans mourir, présent avec Moïse à la Transfiguration.
- Élisée : le disciple qui reçut la double part de l'esprit d'Élie et poursuivit son combat.
- Moïse : le libérateur et législateur, dont Isaïe prolonge la promesse d'un prophète à venir.
- David : le roi selon le cœur de Dieu, dont le rejeton annoncé par Isaïe est le Christ.
- Samuel : le dernier juge devenu prophète, fondateur de l'école prophétique d'où sort Isaïe.
- Salomon : le bâtisseur du Temple où Isaïe reçut sa vocation l'année de la mort d'Ozias.
- Abraham : le père des croyants, à qui Dieu promit la bénédiction de toutes les nations qu'Isaïe contemple.
- Josué : le conquérant de la Terre promise, dont le livre ouvre les Prophètes antérieurs.
Notes et références
Saint Jérôme, Prologue du Commentaire sur Isaïe (PL XXIV, 18) : le prophète y est présenté moins comme un prophète que comme un évangéliste, tant ses oracles racontent le Christ. Cité par la Catholic Encyclopedia, article Isaias (1910), sur newadvent.org.
1Grand rouleau d'Isaïe, 1QIsaa, découvert en 1947 dans la grotte 1 de Qumrân : dix-sept peaux, plus de sept mètres, cinquante-quatre colonnes, les soixante-six chapitres. Écriture datée d'environ 125 av. J.-C., confirmée par le radiocarbone. Conservé au Sanctuaire du Livre, Jérusalem.
2 26Épître aux Hébreux, 11, 37 : lapidés, sciés, tués par l'épée. Traduction liturgique AELF, sur aelf.org.
3 22Martyrologium Romanum : commémoraison du prophète Isaïe au 6 juillet. Rappelé par la Catholic Encyclopedia, article Isaias (1910), sur newadvent.org.
4 64Le canon hébraïque range Isaïe en tête des Prophètes postérieurs, avant Jérémie et Ézéchiel, puis les douze petits prophètes. Voir saint Jérôme, Prologus Galeatus, sur l'ordre des vingt-deux livres reçus.
5Concile de Trente, IVe session, décret Sacrosancta, 8 avril 1546 : le livre d'Isaïe figure en tête des grands prophètes du canon reçu, avec tout l'Ancien Testament.
6Plus de quatre-vingts citations et allusions : Mt 1, 23 ; Mt 3, 3 ; Mt 12, 18-21 ; Lc 4, 17-21 ; Jn 12, 38-41 ; Ac 8, 32-33 ; Rm 9 à 11 ; Rm 15, 12 ; 1 P 2, 22-25 ; Ap 3, 7. Traduction liturgique AELF, textes consultables sur aelf.org.
7Évangile selon saint Jean, 12, 38-41 : citation d'Is 53, 1 puis d'Is 6, 10, les deux attribuées à Isaïe, qui a vu la gloire du Christ. Traduction liturgique AELF, sur aelf.org.
8Livre d'Isaïe, 1, 1 : vision au temps d'Ozias, Jotham, Achaz et Ézéchias. Traduction liturgique AELF, sur aelf.org.
9Saint Jérôme, préface du Commentaire sur Amos (PL XXV, 989) : Amots, père d'Isaïe, n'est pas Amos de Teqoa. Cité par la Catholic Encyclopedia, article Isaias, sur newadvent.org.
10Talmud de Babylone, traité Meguilla 10b : Isaïe neveu du roi Amasias. Cité par la Catholic Encyclopedia, article Isaias, sur newadvent.org.
11Livre d'Isaïe, 7, 3 (Shear-Yashoub) ; 8, 1-4 (Maher-Shalal-Hash-Baz et la prophétesse). Traduction liturgique AELF, sur aelf.org.
12Deuxième livre des Chroniques, 26, 22 (actes d'Ozias rédigés par Isaïe) ; 32, 32 (actes d'Ézéchias dans la vision d'Isaïe). Traduction liturgique AELF, sur aelf.org.
13Esquisse chronologique reçue : 740 mort d'Ozias, 735 Achaz et coalition, 727 Ézéchias, 722 Samarie, 713 maladie, 711 Azotos, 705 Sennachérib, 701 expédition, 698 Manassé. D'après la Catholic Encyclopedia, article Isaias (1910), sur newadvent.org.
14Livre d'Isaïe, 6, 1 : l'année de la mort du roi Ozias, soit 740. Saint Jérôme, Commentaire sur Isaïe (PL XXIV, 91), rapporte les chapitres 1 à 5 aux dernières années d'Ozias.
15Livre d'Isaïe, 6, 3 : le triple Sanctus des séraphins, repris au Sanctus de la messe. Traduction liturgique AELF, sur aelf.org.
16Livre d'Isaïe, 6, 8 : l'offrande du prophète. Traduction liturgique AELF, sur aelf.org.
17Saint Jean Chrysostome, commentaire sur Is 6, 5 : la promptitude d'Isaïe opposée aux atermoiements de Moïse. Cité par la Catholic Encyclopedia, article Isaias, sur newadvent.org.
18Deuxième livre des Rois, 21, 16 : Manassé répandit le sang innocent à profusion. Traduction liturgique AELF, sur aelf.org.
19Is 6, 1 (la vision) confronté à Ex 33, 20 (nul ne me verra sans mourir) ; Is 1, 10 (Sodome et Gomorrhe). D'après la tradition rapportée par la Catholic Encyclopedia, article Isaias, sur newadvent.org.
20Ascension d'Isaïe (scié en deux) ; Targum sur 2 R 21 ; Talmud, Yebamoth 49b et Sanhédrin 103b ; saint Justin, Dialogue avec Tryphon, 120 ; Tertullien, De la patience, 14 ; Origène ; saint Jérôme, Commentaire sur Isaïe, 57, 1. D'après la Catholic Encyclopedia, article Isaias, sur newadvent.org.
21Livre de Ben Sira le Sage, 48, 22-25 : Ézéchias fortifié, Jérusalem délivrée, consolation de ceux qui pleurent dans Sion. Traduction liturgique AELF, sur aelf.org.
23Eusèbe, Préparation évangélique, V, 4 ; saint Cyrille de Jérusalem, prologue sur Isaïe ; Théodoret ; saint Jérôme, Prologue sur Isaïe ; saint Augustin, Cité de Dieu, XVIII, 29. D'après la Catholic Encyclopedia, article Isaias, sur newadvent.org.
24« Isaïe, le saint prophète, le grand prophète, fidèle aux yeux de Dieu » : rendu français d'après l'éloge cité en anglais par la Catholic Encyclopedia, article Isaias (Si 48, 23-25), sur newadvent.org. Le corps cite la traduction, l'original anglais est ici la référence vérifiée.
25Traduction grecque d'Alexandrie, IIe siècle av. J.-C. : le livre entier rendu par parthenos en Is 7, 14. Voir saint Justin, Dialogue avec Tryphon, et la tradition patristique sur la Septante.
27Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XI, 1 : Cyrus lit la prophétie d'Isaïe qui le nommait cent quarante ans avant la prise de Babylone. Édition Niese, texte consultable sur remacle.org.
28Talmud de Babylone, traité Baba Batra 15a : Ézéchias et son collège ont mis par écrit Isaïe. Tradition rabbinique reçue sur la rédaction du livre.
29Plan reçu : 1 à 39 le jugement et la délivrance assyrienne, 36 à 39 la charnière historique, 40 à 66 la consolation et les cieux nouveaux. D'après la Catholic Encyclopedia, article Isaias, sur newadvent.org.
30Livre d'Isaïe, 7, 1-2 ; Deuxième livre des Rois, 16, 5 : Rasîn et Péqah assiègent Jérusalem en 735. Traduction liturgique AELF, sur aelf.org.
31Livre d'Isaïe, 7, 14 : le signe de l'Emmanuel. Traduction liturgique AELF, sur aelf.org.
32Livre d'Isaïe, 9, 5 : l'enfant aux titres divins, première lecture de la messe de minuit. Traduction liturgique AELF, sur aelf.org.
33Livre d'Isaïe, 11, 1-10 : le rejeton de Jessé et la paix messianique, cité par saint Paul en Rm 15, 12. Traduction liturgique AELF, sur aelf.org.
34Livre d'Isaïe, 11, 1-2 : le rameau et les sept dons de l'Esprit. Traduction liturgique AELF, sur aelf.org.
35Quatre cantiques : Is 42, 1-7 ; 49, 1-13 ; 50, 4-11 ; 52, 13 à 53, 12. Dits Ebed-Yahweh-Lieder depuis les travaux allemands. Traduction liturgique AELF, sur aelf.org.
36L'exégèse catholique a toujours reconnu dans le Serviteur, pris dans l'ensemble de ses traits, le Christ lui-même : ni Moïse, ni David, ni Ézéchias, ni Isaïe ne vérifient tous les traits à la fois. D'après la Catholic Encyclopedia, article Isaias, sur newadvent.org.
37Livre d'Isaïe, 53, 4-5 : le Serviteur transpercé pour nos révoltes. Traduction liturgique AELF, sur aelf.org.
38Livre d'Isaïe, 53, 7 : l'agneau muet, lu par l'eunuque éthiopien en Ac 8, 32. Traduction liturgique AELF, sur aelf.org.
39Le titre de Saint d'Israël revient vingt-six fois : Is 1, 4 ; 5, 19 ; 10, 20 ; 12, 6 ; 17, 7 ; 29, 19 ; 30, 11-15 ; 31, 1 ; 37, 23 ; 41, 14-20 ; 43, 3-15 ; 45, 11 ; 47, 4 ; 48, 17 ; 49, 7 ; 54, 5 ; 55, 5 ; 60, 9-14. Traduction liturgique AELF, sur aelf.org.
40Is 5 contre les accapareurs et les juges corrompus ; Is 1, 10-17 contre le culte sans justice ; Is 30 à 31 contre les alliances égyptiennes. Traduction liturgique AELF, sur aelf.org.
41Is 7, 3 (le nom du fils) ; Is 10, 20-22 (le reste reviendra) ; Is 6, 13 (la souche et la semence sainte). Traduction liturgique AELF, sur aelf.org.
42Épître aux Romains, 9, 27-29 (Paul cite Is 10 sur le reste sauvé) ; Rm 11 (l'espérance pour Israël). Traduction liturgique AELF, sur aelf.org.
43Livre d'Isaïe, 7, 9 : si vous ne tenez pas à moi, vous ne tiendrez pas. Traduction liturgique AELF, sur aelf.org.
44Deuxième livre des Rois, 19, 35-36 et Is 37, 36 : l'ange frappe le camp assyrien dans la nuit ; Sennachérib se retire à Ninive. Traduction liturgique AELF, sur aelf.org.
45Livre d'Isaïe, 2, 2-4 : toutes les nations vers la montagne du Seigneur ; Is 25, 6-8 : le festin et la mort vaincue. Traduction liturgique AELF, sur aelf.org.
46Livre d'Isaïe, 56, 3-8 (étrangers et eunuques admis) ; Is 66, 21 (des prêtres pris parmi les nations). Traduction liturgique AELF, sur aelf.org.
47Livre d'Isaïe, 56, 7 : la maison de prière pour tous les peuples, citée par Jésus au Temple (Mc 11, 17). Traduction liturgique AELF, sur aelf.org.
48Évangile selon saint Matthieu, 1, 22-23 : l'oracle accompli dans la conception virginale. Traduction liturgique AELF, sur aelf.org.
49Hébreu almah rendu par parthenos, la vierge, dans la Septante ; saint Justin, Dialogue avec Tryphon, 67-71 ; saint Jérôme contre les lectures réductrices. D'après la tradition patristique reçue.
50Grande antienne Ô Emmanuel du 23 décembre : O Emmanuel, Rex et legifer noster. Bréviaire romain, temps de l'Avent.
51Actes des Apôtres, 8, 26-39 : Philippe annonce Jésus à partir d'Is 53, suivi du baptême de l'eunuque. Traduction liturgique AELF, sur aelf.org.
52Première épître de saint Pierre, 2, 22-25 ; Vendredi saint, première lecture Is 52, 13 à 53, 12 avant la Passion selon saint Jean. Lectionnaire romain.
53Concile Vatican II, constitution Dei Verbum, § 14-15 : l'Ancien Testament prépare l'Évangile et l'annonce prophétiquement ; § 16 : le Nouveau est caché dans l'Ancien, selon le mot de saint Augustin (sur vatican.va).
54Messe de minuit de Noël, première lecture Is 9, 1-6 : le peuple des ténèbres voit une grande lumière. Lectionnaire romain.
55Épître aux Romains, 15, 12 : Paul cite Is 11, 10, le rejeton de Jessé espérance des païens. Traduction liturgique AELF, sur aelf.org.
56Livre d'Isaïe, 22, 22 (la clé de David sur l'épaule d'Éliakim) ; Apocalypse, 3, 7 (la clé du Saint) ; antienne Ô Clé du 20 décembre. Bréviaire romain.
57Lectionnaire romain du temps de l'Avent : premières lectures presque toujours tirées d'Isaïe ; antiennes Ô Rejeton (Is 11), Ô Clé (Is 22, 22), Ô Emmanuel (Is 7, 14). Bréviaire romain.
58Cantique d'Isaïe 12 au bréviaire du lundi, cantique d'Ézéchias Is 38, 10-20 à celui du mardi. D'après la Catholic Encyclopedia, article Canticle, sur newadvent.org.
59Voir note noël Is 9 ci-dessus : messe de minuit, Is 9, 1-6. Lectionnaire romain.
60Vendredi saint, célébration de la Passion : première lecture Is 52, 13 à 53, 12. Missel romain.
61Vigile pascale : lectures Is 54, 5-14 et Is 55, 1-11, l'alliance éternelle et l'eau offerte aux assoiffés. Missel romain.
62Livre d'Isaïe, 55, 1 : l'appel aux assoiffés, lu à la Vigile pascale. Traduction liturgique AELF, sur aelf.org.
63Les Églises orientales honorent Isaïe parmi les prophètes ; l'ordre du Carmel, fondé sous le patronage d'Élie, reçoit Isaïe comme le second grand témoin prophétique. Tradition liturgique orientale et carmélitaine.
65Bernhard Duhm, Das Buch Jesaia, Göttingen, 1892 : distinction des cantiques du Serviteur et popularisation de l'hypothèse d'un second Isaïe exilique. Ouvrage fondateur de la critique moderne sur ce livre.
66Point de vue apparemment exilique des chapitres 40 à 55, différence de style et de vocabulaire, avance théologique, Cyrus nommé en Is 44, 28 et 45, 1. Exposé loyal d'après la Catholic Encyclopedia, article Isaias, sur newadvent.org.
67Le raisonnement tient pour impossible par principe la prédiction nominative à cent cinquante ans : la datation tardive est alors présupposée, non démontrée. Critique reprise par Benoît XVI, Verbum Domini, 30 septembre 2010, § 35, sur les lectures qui réduisent le texte à des strates.
68Les morceaux sont découpés selon des critères stylistiques, datés selon une théorie de l'évolution religieuse, puis invoqués comme preuve de cette évolution. Le silence d'un oracle de consolation sur Achaz ne prouve pas l'ignorance de son époque.
69Ben Sira vers 180, la Septante au IIe siècle, Qumrân vers 125 : trois témoins indépendants d'un livre déjà un, sans trace d'une fusion ni d'un débat d'attribution. Aucun manuscrit des prétendus auteurs séparés n'existe.
70Jn 12, 38-41 ; Rm 10, 16 (Is 53, 1) ; Rm 10, 20 (Is 65, 1) ; Lc 4, 17-21 (Is 61) : le Nouveau Testament cite toutes les parties comme la parole d'Isaïe. Traduction liturgique AELF, sur aelf.org.
71Noms, procédures, géographie et théologie des chapitres contestés : liens de vocabulaire relevés entre les deux moitiés, idées et langue des chapitres 24 à 27 soutenant l'attribution traditionnelle. D'après la Catholic Encyclopedia, article Isaias, sur newadvent.org.
72En 1908, la Commission biblique pontificale a jugé qu'on ne peut refuser à Isaïe la paternité de l'ensemble du livre. La tradition juive (Baba Batra), patristique, liturgique et apostolique converge vers un seul prophète, Isaïe fils d'Amots.
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