Daniel est, selon l'Écriture reçue par l'Église, le prophète de l'exil par excellence : le jeune Judéen déporté à Babylone en 605 avant Jésus-Christ, qui traversa sans faillir les règnes de Nabuchodonosor, de Belschatsar, de Darius et de Cyrus, interpréta les songes des rois, survécut à la fournaise de ses compagnons et à la fosse aux lions, puis reçut les plus vastes visions de tout l'Ancien Testament sur la succession des empires, la venue du Fils d'homme sur les nuées et la résurrection des morts. Son livre compte douze chapitres dans la Bible hébraïque, auxquels la Septante et l'Église ajoutent les passages grecs de Suzanne, du Cantique des trois enfants et de Bel et le Dragon. Le Christ lui-même l'appelle le prophète Daniel et fait de sa vision du Fils d'homme le titre qu'il se donne le plus souvent dans les évangiles[1].
Son nom est déjà une profession de foi : Daniyyel, Dieu est mon juge, et toute sa vie illustre ce nom. Ézéchiel, son contemporain exilé comme lui, le cite déjà comme un modèle de justice aux côtés de Noé et de Job, puis comme un modèle de sagesse supérieur à celui de Tyr[2]. Le premier livre des Maccabées, vers 100 avant Jésus-Christ, propose ses compagnons sauvés de la fournaise et Daniel sauvé des lions comme exemples aux combattants de la foi[3]. Les grottes de Qumrân ont livré huit copies du livre, antérieures à l'ère chrétienne[4]. L'Église chante chaque dimanche aux Laudes le Cantique des trois enfants tiré de son livre, lit ses visions aux fêtes du Christ Roi et de la fin des temps, et le Martyrologe romain l'inscrit au 21 juillet[5].
L'article présente d'abord le livre tel que l'Église le reçoit, sa place dans le canon, son auteur traditionnel et ses témoins anciens, puis la vie du prophète, le plan du livre, sa théologie, son accomplissement dans le Christ, sa présence dans la liturgie, et enfin le débat avec l'exégèse historico-critique moderne.
Daniel dans le canon des Écritures
La place du livre dans les deux canons
Dans la Bible hébraïque, le livre de Daniel figure parmi les Écrits (Ketouvim), la troisième partie du canon, et non parmi les Prophètes[6]. Ce classement ne dit rien d'une moindre autorité : les Écrits contiennent les Psaumes et il a pour voisin le livre d'Esther, autre mémoire de la diaspora. Il reflète l'ordre de réception des livres après l'exil. Dans le canon chrétien fixé par le concile de Trente, qui reçoit les livres en entier avec toutes leurs parties, Daniel devient le quatrième des grands prophètes, après Isaïe, Jérémie et Ézéchiel[7]. Ce rang dit l'ordre dans lequel l'Église lit la crise de l'exil : la sainteté offensée, les larmes du siège, la gloire entrevue au Kebar, puis les royaumes pesés à Babylone.
Les parties grecques reçues par l'Église
La Bible hébraïque transmise par les massorètes donne Daniel en hébreu et en araméen, en douze chapitres. La Septante, traduite à Alexandrie aux IIIe et IIe siècles avant Jésus-Christ, transmet en plus trois ensembles en grec : Suzanne (l'innocente sauvée par le jeune Daniel), le Cantique des trois enfants dans la fournaise, et Bel et le Dragon (le repas du dieu démasqué, Habacuc porté à Daniel dans la fosse)[8]. L'Église a reçu ces passages avec le reste du livre : saint Jérôme les traduit en latin d'après la version de Théodotion, et Trente les confirme dans le canon[9]. Le lecteur qui ouvre sa Bible y trouve Suzanne au chapitre 13 et Bel et le Dragon au chapitre 14.
Un livre connu de tout le judaïsme ancien
Daniel n'est pas un livre tardif redécouvert par hasard : il est supposé connu par les auteurs juifs bien avant l'ère chrétienne. Le premier livre des Maccabées loue la foi d'Ananias, Azarias et Misaël sauvés de la flamme et l'innocence de Daniel sauvé des lions[10]. Flavius Josèphe consacre à Daniel de longs chapitres de ses Antiquités judaïques et le loue comme le plus grand des prophètes, dont les écrits se lisent encore[11]. Le Nouveau Testament le cite avec le titre de prophète, et le Talmud de Babylone attribue sa mise par écrit aux hommes de la Grande Assemblée[12]. Cette réception continue, du VIe siècle à Trente, est le premier fait que toute théorie sur le livre doit expliquer.
L'auteur et la datation reçus par l'Église
Daniel, jeune déporté de la troisième année de Joiaqim
Le livre s'ouvre sur une date précise : la troisième année du règne de Joiaqim, roi de Juda, Nabuchodonosor assiège Jérusalem et emmène à Babylone une partie des ustensiles du Temple avec des jeunes gens de la lignée royale[13]. Cette troisième année correspond à 605 avant Jésus-Christ, année de la bataille de Karkémish où Babylone brise l'Égypte et devient la puissance dominante[14]. Daniel fait partie de ces jeunes captifs, avec Ananias, Misaël et Azarias, renommés par le chef des eunuques Aschpenaz en Baltassar, Sidrak, Misak et Abdénago[15]. S'il a une quinzaine d'années à la déportation, sa naissance se situe vers 620, sous le règne de Josias, dans les dernières années du royaume de Juda.
« La troisième année du règne de Joiaqim, roi de Juda, Nabuchodonosor, roi de Babylone, vint à Jérusalem et l'assiégea. » — Daniel, Dn 1, 1[16]
Soixante-dix ans à la cour de Babylone
Daniel reste à la cour jusqu'à la première année de Cyrus, et l'une de ses dernières visions est datée de la troisième année de ce même Cyrus, soit 536 avant Jésus-Christ[17]. Entre ces deux bornes s'écoule une vie entière au service des rois païens sans jamais adorer leurs dieux : il refuse les mets du roi pour garder la Loi, interprète le songe de la statue sous Nabuchodonosor, lit l'écriture de feu sous Belschatsar, prie vers Jérusalem sous Darius malgré l'édit, et conseille Cyrus[18]. Cette longévité fait de lui le témoin de tout l'exil, de la première déportation à l'édit du retour, comme Moïse avait été le témoin de la sortie d'Égypte et comme Ézéchiel fut le témoin du châtiment puis de l'espérance.
La chronologie reçue : de 605 à 536
Les dates portées par le livre dessinent une carrière complète à la cour babylonienne puis perse :
- Vers 620 av. J.-C.Naissance en Juda
Daniel naît dans le royaume de Juda, sous le règne de Josias, dans une famille de la lignée royale selon la tradition reçue.
- 605 av. J.-C.Déportation à Babylone
Troisième année de Joiaqim : première déportation. Daniel, Ananias, Misaël et Azarias sont emmenés à Babylone et formés à la cour (Dn 1).
- Vers 602 av. J.-C.Le songe de la statue
Deuxième année de Nabuchodonosor : Daniel interprète le songe de la statue aux pieds d'argile et devient chef des sages de Babylone (Dn 2).
- Vers 586-570 av. J.-C.Fournaise et folie du roi
Les trois compagnons refusent l'adoration de la statue d'or et sortent indemnes de la fournaise (Dn 3). Nabuchodonosor, frappé de folie sept temps, retrouve la raison et loue le Très-Haut (Dn 4).
- 539 av. J.-C.Le festin de Belschatsar
Nuit de la prise de Babylone : la main écrit sur le mur, Daniel lit la sentence, Belschatsar est tué (Dn 5).
- Vers 538 av. J.-C.La fosse aux lions
Sous Darius le Mède, Daniel prie vers Jérusalem malgré l'édit, passe une nuit dans la fosse et en sort indemne (Dn 6).
- 536 av. J.-C.Dernière vision sous Cyrus
Troisième année de Cyrus : la vision de l'homme vêtu de lin et l'annonce du temps de la fin, avec la promesse de la résurrection (Dn 10 à 12).
Les quatre jeunes gens et leurs deux noms
| Nom hébreu | Sens | Nom babylonien | Destin dans le livre |
|---|---|---|---|
| Daniel | Dieu est mon juge | Baltassar | Chef des sages, visions jusqu'à Cyrus |
| Ananias | Le Seigneur fait grâce | Sidrak | Fournaise, puis fonctions en Babylonie |
| Misaël | Qui est comme Dieu | Misak | Fournaise, puis fonctions en Babylonie |
| Azarias | Le Seigneur secourt | Abdénago | Fournaise, puis fonctions en Babylone |
Le changement de nom est une politique d'assimilation : donner aux captifs des noms portant ceux des dieux de Babylone pour leur faire oublier le leur[19]. Elle échoue : le livre continue d'appeler Daniel par son nom hébreu dans les visions, et l'Église ne retient que les noms de l'alliance.
La vie de Daniel selon le livre
Les légumes et la fidélité quotidienne
Avant les songes et les lions, le premier acte de résistance de Daniel est alimentaire : avec ses compagnons, il refuse les mets de la table royale et les vins du roi, qui auraient souillé la Loi, et ne demande que des légumes et de l'eau[20]. Au bout de dix jours, leurs visages paraissent en meilleure mine que ceux des jeunes gens nourris royalement. L'épisode fonde toute la suite : celui qui reste fidèle dans la nourriture restera fidèle devant la fournaise, et Dieu donne aux quatre jeunes gens la science, l'intelligence des lettres et, à Daniel, l'intelligence des visions et des songes[21]. Comme Joseph intendant de Pharaon, Daniel montre qu'on peut servir un pouvoir païen sans l'adorer.
Le songe de la statue et la pierre
La deuxième année de Nabuchodonosor, le roi exige de ses magiciens, enchanteurs et Chaldéens non seulement l'interprétation, mais le contenu même de son songe, sous peine de mort[22]. Daniel obtient un délai, prie avec ses compagnons, reçoit la révélation de nuit et bénit le Dieu qui révèle les mystères[23]. Le songe montre une statue immense à la tête d'or, la poitrine d'argent, le ventre de bronze, les jambes de fer et les pieds mêlés de fer et d'argile, puis une pierre détachée sans main d'homme qui brise la statue et devient une grande montagne remplissant toute la terre[24]. Daniel y lit la succession des royaumes humains et l'avènement d'un royaume donné par Dieu lui-même, qui ne passera jamais à un autre peuple[25].
« Le Dieu du ciel suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit, et ce royaume ne passera pas à un autre peuple. Il pulvérisera tous ces royaumes et y mettra fin, et lui-même subsistera à jamais. » — Daniel, Dn 2, 44[26]
Nabuchodonosor se prosterne alors devant Daniel et confesse que son Dieu est le Dieu des dieux[27]. Le songe de la statue devient la matrice de toute l'apocalyptique du livre : chaque vision suivante reprend la même histoire des empires sous une autre image.
La fournaise des trois jeunes gens
Nabuchodonosor dresse une statue d'or dans la plaine de Doura et ordonne à tous les peuples de se prosterner quand sonneront trompe, flûte et cithare[28]. Sidrak, Misak et Abdénago refusent : leur Dieu peut les délivrer, et même s'il ne le faisait pas, ils n'adoreraient pas[29]. Jetés dans la fournaise chauffée sept fois plus, ils marchent libres au milieu des flammes en chantant, et le roi voit avec eux un quatrième personnage semblable à un fils des dieux[30]. L'épisode donne à l'Église son cantique dominical, le Benedicite, chanté chaque dimanche aux Laudes[31]. Il donne aussi aux persécutés de tous les siècles la réponse à garder devant les idoles des empires.
« Béni sois-tu, Seigneur, Dieu de nos pères, loué soit ton nom, glorifié pour les siècles. Béni soit ton saint nom de gloire, chanté pour les siècles. » — Le Cantique des trois enfants, Dn 3, 52[32]
La folie de Nabuchodonosor et l'écriture sur le mur
Le chapitre 4 raconte la seconde épreuve du roi : averti par un songe d'un arbre abattu, il vit sept temps parmi les bêtes, mange l'herbe comme les bœufs, puis lève les yeux au ciel, retrouve la raison et bénit le Très-Haut[33]. Le récit, rédigé comme une lettre du roi lui-même à tous les peuples, montre le plus grand monarque de l'époque confessant que Dieu abaisse ceux qui marchent dans l'orgueil[34]. Sous Belschatsar, qui boit dans les vases du Temple pendant le siège des Perses, une main écrit sur le mur Mené, Teqel, Peres : compté, pesé, divisé[35]. Daniel lit la sentence, reçoit en récompense le manteau de pourpre et le troisième rang du royaume, et la nuit même Belschatsar est tué[36]. Le détail du troisième rang, longtemps jugé invraisemblable, s'éclaire par la corégence : Nabonide premier, Belschatsar second, Daniel troisième[37].
La fosse aux lions
Sous Darius le Mède, Daniel devient l'un des trois ministres préposés aux cent vingt satrapes, et le roi songe à le mettre à la tête de tout le royaume[38]. Les rivaux obtiennent un édit interdisant toute prière adressée à un autre qu'au roi pendant trente jours. Daniel monte dans sa chambre haute, ouvre les fenêtres vers Jérusalem et prie trois fois par jour comme avant[39]. Jeté dans la fosse, il en sort indemne au matin : son Dieu a fermé la gueule des lions[40]. Darius publie alors à tous les peuples un décret de crainte envers le Dieu de Daniel, Dieu vivant pour les siècles[41]. Comme Élie nourri au désert et comme David épargné dans la caverne, Daniel montre que la prière persévérante traverse les édits des rois.
« Mon Dieu a envoyé son ange, qui a fermé la gueule des lions. Ils ne m'ont fait aucun mal, car j'ai été trouvé innocent devant lui, et devant toi aussi, ô roi, je n'ai rien fait de mal. » — Daniel, Dn 6, 23[42]
Les témoins anciens du livre
Ézéchiel connaît déjà Daniel
Le plus ancien témoin du livre est un contemporain : Ézéchiel, exilé comme Daniel, le nomme à deux reprises. Dans le chapitre 14, Dieu déclare que même Noé, Daniel et Job ensemble ne sauveraient qu'eux-mêmes par leur justice[43]. Dans le chapitre 28, le prince de Tyr est interpellé : te voilà plus sage que Daniel, aucun mystère ne te dépasse[44]. Ces deux passages supposent un Daniel déjà célèbre pour sa justice et sa sagesse du vivant même d'Ézéchiel, vers 590 avant Jésus-Christ. Un livre fabriqué quatre siècles plus tard ne pourrait pas être cité comme une autorité reconnue au temps de l'exil.
« Même si ces trois hommes s'y trouvaient, Noé, Daniel et Job, ils ne sauveraient, par leur justice, que leur propre vie. Oracle du Seigneur Dieu. » — Ézéchiel, Ez 14, 14[45]
Les Maccabées supposent son historicité
Vers 100 avant Jésus-Christ, le premier livre des Maccabées fait dire à Mattathias mourant : Ananias, Azarias et Misaël, par leur foi, furent sauvés de la flamme ; Daniel, par son innocence, fut délivré de la gueule des lions[46]. L'argument n'a de force que si les auditeurs tiennent ces délivrances pour des faits : on n'encourage pas des combattants à mourir en citant des contes que personne ne croit. Ce témoignage est d'autant plus remarquable que la datation tardive place justement la composition du livre à l'époque des Maccabées : le livre des Maccabées traite Daniel comme une histoire déjà ancienne et exemplaire, non comme une nouveauté de sa propre génération.
Qumrân : huit copies avant l'ère chrétienne
Les grottes de la mer Morte ont livré des fragments de Daniel dans les grottes 1, 4 et 6, soit huit manuscrits au total, dont le grand rouleau 4QDana qui conserve de larges portions des chapitres 1 à 11[47]. Les écritures les plus anciennes remontent à la fin du IIe siècle avant Jésus-Christ, et l'on y trouve déjà le texte sous sa forme connue, avec le passage de l'hébreu à l'araméen au même endroit. À cela s'ajoutent les paraphrases et prières apparentées (Prière de Nabonide, Fils de Dieu araméen) qui montrent un milieu déjà nourri du livre[48]. Quel que soit le jugement porté sur la date de composition, le livre circule, se copie et fait autorité plus d'un siècle avant l'ère chrétienne.
La Septante, Théodotion et le papyrus 967
La traduction grecque de Daniel à Alexandrie suppose un original sémitique déjà fixé aux IIIe et IIe siècles[49]. La vieille Septante de Daniel, jugée maladroite, fut supplantée dans l'usage chrétien par la révision de Théodotion au IIe siècle après Jésus-Christ, au point que les Églises lisent encore Daniel dans cette forme[50]. Le papyrus Chester Beatty 967, copié vers l'an 200, conserve déjà le texte grec d'Ézéchiel, de Daniel et d'Esther, preuve d'un recueil prophétique stable dès le IIIe siècle[51]. L'histoire de la transmission montre un livre lu, traduit et recopié sans interruption, et non une pièce maccabéenne restée confidentielle.
Josèphe, le Talmud et le Christ
Flavius Josèphe, à Rome vers 93 après Jésus-Christ, raconte longuement Daniel : la cour de Nabuchodonosor, les songes, la fosse, et les prophéties sur les Romains qu'il dit accomplies de son temps, appelant Daniel le plus grand des prophètes[52]. Le Talmud de Babylone attribue la mise par écrit de Daniel, comme celle d'Ézéchiel et d'Esther, aux hommes de la Grande Assemblée au retour de l'exil[53]. Surtout, Jésus lui-même cite l'abomination de la désolation dont a parlé le prophète Daniel et ordonne au lecteur de comprendre[54]. Le titre de prophète donné par le Christ tranche pour le chrétien : celui que le Seigneur appelle prophète ne peut être un pseudonyme pieux du IIe siècle.
« Quand vous verrez l'abomination de la désolation, annoncée par le prophète Daniel, installée dans le lieu saint, alors celui qui lit, qu'il comprenne. » — Jésus, Mt 24, 15[55]
Plan du livre de Daniel
Une architecture reçue en deux massifs
Le livre se divise naturellement en deux moitiés : les récits de la cour (chapitres 1 à 6), où Daniel et ses compagnons traversent les épreuves des rois, puis les visions (chapitres 7 à 12), où Dieu montre à Daniel l'avenir des royaumes jusqu'au temps de la fin[56]. Les récits sont racontés à la troisième personne, comme une chronique du témoin ; les visions sont racontées à la première personne, comme le journal du voyant. Cette architecture est suivie par l'exégèse traditionnelle depuis les Pères : d'abord l'histoire qui prouve la fidélité de Dieu, puis la prophétie qui déploie son dessein.
Les récits de la cour (chapitres 1 à 6)
| Chapitre | Épisode | Roi |
|---|---|---|
| 1 | Les légumes et la fidélité des quatre jeunes gens | Nabuchodonosor |
| 2 | Le songe de la statue et la pierre | Nabuchodonosor |
| 3 | La fournaise des trois compagnons | Nabuchodonosor |
| 4 | La folie sept temps et la confession du roi | Nabuchodonosor |
| 5 | L'écriture sur le mur au festin | Belschatsar |
| 6 | La fosse aux lions et l'édit de Darius | Darius le Mède |
Chaque récit se termine par la confession d'un roi païen : Nabuchodonosor loue le Dieu des dieux, Belschatsar reçoit la sentence, Darius ordonne la crainte du Dieu vivant. Les puissants de ce monde finissent par rendre gloire malgré eux, et c'est déjà toute la théologie du livre en actes.
Les visions (chapitres 7 à 12)
| Chapitre | Vision | Date portée par le texte |
|---|---|---|
| 7 | Les quatre bêtes et le Fils d'homme sur les nuées | Première année de Belschatsar |
| 8 | Le bélier, le bouc et la petite corne | Troisième année de Belschatsar |
| 9 | Les soixante-dix semaines révélées à Gabriel | Première année de Darius |
| 10 à 12 | L'homme vêtu de lin, les rois et le temps de la fin | Troisième année de Cyrus |
Les visions reprennent le songe de la statue avec des images de plus en plus précises : les métaux deviennent des bêtes, les bêtes deviennent des rois nommés par leurs gestes, et le calendrier se resserre jusqu'aux soixante-dix semaines puis jusqu'au temps, des temps et la moitié d'un temps[57]. La dernière vision s'achève sur la première annonce claire de la résurrection dans l'Ancien Testament.
Les trois langues du livre
Daniel est avec Esdras le seul livre biblique en deux langues sémitiques : l'hébreu encadre l'ouvrage (chapitre 1 et chapitres 8 à 12) tandis que l'araméen occupe tout le centre, du chapitre 2 verset 4 au chapitre 7[58]. Le basculement se fait au milieu d'une phrase, quand les Chaldéens répondent au roi en araméen, et le texte continue dans cette langue jusqu'à la fin du chapitre 7. Cet araméen est celui de la chancellerie impériale, la langue diplomatique des Perses, et non l'araméen tardif des paraphrases : un faussaire du IIe siècle écrivant pour des Juifs persécutés n'aurait pas rédigé la moitié de son livre dans la langue administrative d'un empire disparu depuis trois siècles[59]. Les parties grecques (Suzanne, Cantique, Bel) complètent l'ensemble transmis par Alexandrie.
La théologie de Daniel
Dieu gouverne les royaumes et les dépose
Le premier article du credo de Daniel est la souveraineté universelle : le Très-Haut domine sur la royauté des hommes et la donne à qui il veut[60]. Nabuchodonosor l'apprend par la folie, Belschatsar l'apprend par la mort, Darius l'apprend par la fosse. Aucun empire n'est éternel, aucun roi ne tient son pouvoir de lui-même, et les dates des règnes sont comptées par Dieu avant de l'être par les scribes. Cette théologie console les exilés de tous les temps : les empires passent, le royaume donné aux saints subsiste, et les persécuteurs d'aujourd'hui ont déjà leur sentence écrite.
La succession des empires et la petite corne
Le songe de la statue, les quatre bêtes montant de la mer et le bélier brisé par le bouc racontent trois fois la même histoire : quatre royaumes humains, puis le jugement[61]. La tradition reçue y lit Babylone, les Mèdes et les Perses, la Grèce d'Alexandre, puis Rome, dont les dix cornes et la petite corne annoncent les persécuteurs des saints[62]. Le chapitre 8 précise le troisième acte : le bélier à deux cornes (Mèdes et Perses), le bouc velu venu d'Occident (la Grèce), la grande corne brisée en quatre, puis la petite corne qui profane le sanctuaire et fait cesser le sacrifice[63]. Cette lecture nourrit l'espérance maccabéenne puis chrétienne : le persécuteur blasphème un temps compté, puis vient la purification.
Le Fils d'homme venant sur les nuées
Au centre des visions se tient la scène la plus citée du livre : je contemplais dans les visions de la nuit, et voici que venait avec les nuées du ciel comme un Fils d'homme ; il parvint jusqu'au Vieillard, et on le fit avancer devant lui. Et il lui fut donné domination, honneur et royauté[64]. Le Vieillard aux vêtements blancs comme la neige et aux cheveux comme la laine pure siège avec des livres ouverts et un fleuve de feu ; le Fils d'homme reçoit un empire qui ne passera pas et que tous les peuples serviront[65]. Jamais l'Ancien Testament n'avait montré avec une telle netteté une figure à la fois humaine et céleste, recevant l'adoration due à Dieu seul.
« Je contemplais, dans les visions de la nuit, et voici que venait, avec les nuées du ciel, comme un Fils d'homme. Il parvint jusqu'au Vieillard, et on le fit avancer devant lui. Et il lui fut donné domination, honneur et royauté ; tous les peuples, nations et langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle qui ne passera pas, et sa royauté ne sera jamais détruite. » — Daniel, Dn 7, 13-14[66]
La résurrection et le temps de la fin
Le dernier chapitre contient la promesse la plus explicite de tout l'Ancien Testament sur l'au-delà : beaucoup de ceux qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour l'opprobre éternel, et ceux qui auront été intelligents resplendiront comme la splendeur du firmament[67]. Le Catéchisme de l'Église catholique cite ce passage au cœur de son exposé sur la résurrection des morts[68]. Daniel reçoit l'ordre de sceller le livre jusqu'au temps de la fin, puis la promesse personnelle qui clôt l'ouvrage : va jusqu'à la fin, tu reposeras et tu te lèveras pour ta part d'héritage à la fin des jours[69]. Le voyant qui a tout vu finit sur une parole d'espérance adressée à lui seul.
Gabriel, Michel et les princes des nations
Daniel est le premier livre canonique où les anges portent un nom : Gabriel explique au prophète la vision du bélier puis la prophétie des soixante-dix semaines, volant d'un vol rapide à l'heure de l'offrande du soir[70]. Michel paraît comme l'un des princes éminents qui secourt l'ange messager retenu par le prince du royaume de Perse, puis comme le grand prince qui se tient auprès des fils de ton peuple et se lèvera au temps de la détresse[71]. Le chapitre 10 ouvre ainsi la doctrine des anges des nations, reprise par toute la tradition : chaque peuple a son prince invisible, et les batailles de la terre se jouent aussi dans le ciel.
L'accomplissement chrétien
Le Fils d'homme des évangiles
Aucune prophétie n'est autant reprise par Jésus que celle du Fils d'homme : l'expression revient près de quatre-vingts fois dans les évangiles, toujours dans sa bouche, et elle vient de Daniel 7[72]. Devant le sanhédrin, à l'heure décisive, il fusionne Daniel et le Psaume 110 : désormais vous verrez le Fils d'homme siéger à la droite du Tout-Puissant et venir sur les nuées du ciel[73]. Le grand prêtre déchire ses vêtements parce qu'il a compris : Jésus s'applique la vision réservée au juge eschatologique. Chaque fois que le Christ dit Fils d'homme, il renvoie son auditoire au livre de l'exilé de Babylone.
Les soixante-dix semaines et la venue du Messie
En exil, Daniel médite la prophétie de Jérémie sur les soixante-dix ans de la désolation, et Gabriel lui répond par soixante-dix semaines d'années, soit quatre cent quatre-vingt-dix ans, pour faire cesser la transgression, expier la faute et amener la justice éternelle[74]. Au bout de soixante-neuf semaines, un messie sera retranché, puis le peuple d'un prince détruira la ville et le sanctuaire[75]. Les Pères et les chronologistes chrétiens, depuis Jules l'Africain jusqu'aux commentateurs modernes, font partir le compte de l'édit du retour (édit d'Artaxerxès ou décret de Cyrus selon les lectures) et aboutissent à la vie publique du Christ puis à sa mort, suivie de la ruine de Jérusalem en 70[76]. Les millésimes varient selon le décret retenu, mais la structure demeure : un Messie mis à mort avant la destruction du second Temple, ce que l'histoire a vérifié.
La pierre devenue montagne et l'Église
La pierre détachée sans main d'homme qui brise la statue et devient une montagne remplissant la terre est lue par les Pères comme le Christ né sans semence humaine et son Église couvrant le monde[77]. Saint Jérôme, dans son commentaire rédigé à Bethléem vers 407, y voit le Christ retranchant les royaumes par sa croix puis grandissant en montagne universelle[78]. L'Apocalypse reprend les bêtes de Daniel pour décrire la Bête persécutrice, le Vieillard pour décrire le Fils d'homme aux cheveux blancs, et Michel pour le combat du ciel[79]. Daniel est ainsi le livre de l'Ancien Testament le plus présent dans le dernier livre du Nouveau.
« La pierre se détacha de la montagne, sans qu'une main l'ait touchée, et elle frappa la statue. Alors le Dieu du ciel suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit. » — Daniel, Dn 2, 34.44, lu par les Pères comme l'avènement du Christ[80]
Suzanne, figure de l'Église persécutée
Suzanne, calomniée par deux juges corrompus et sauvée par le discernement du jeune Daniel, est lue depuis les catacombes comme une figure de l'Église persécutée et de l'âme chaste : les fresques des catacombes la montrent les bras en orante entre les deux vieillards, comme l'agneau entre les loups[81]. Le cri de Suzanne, qui préfère tomber innocente aux mains des hommes plutôt que pécher devant Dieu, rejoint celui des trois jeunes gens et de Daniel dans la fosse : tout le livre apprend à préférer Dieu aux puissants, jusqu'au martyre s'il le faut.
Daniel dans la liturgie de l'Église
Le Benedicite des Laudes du dimanche
Chaque dimanche, aux Laudes, l'Église entière chante le Cantique des trois enfants : Toutes les œuvres du Seigneur, bénissez le Seigneur, avec ses trente-deux versets appelant le ciel, la terre, les bêtes et les fils de l'homme à la louange[82]. Aucun autre texte de l'Ancien Testament n'a une place aussi régulière dans la prière hebdomadaire des chrétiens. Le fidèle qui chante le dimanche matin chante avec Ananias, Azarias et Misaël au milieu des flammes : la liturgie fait entrer le peuple de Dieu dans la fournaise devenue chapelle.
Les visions aux fêtes du Christ Roi et de la fin des temps
Lectionnaire romain puise trois fois aux sommets du livre : la vision du Fils d'homme (Dn 7, 13-14) ouvre la solennité du Christ Roi l'année B, la promesse de la résurrection (Dn 12, 1-3) se lit au trente-troisième dimanche ordinaire l'année B, quand l'année liturgique s'achève sur le jugement, et le festin de Belschatsar nourrit les lectures de la fin des temps[83]. L'Église lit donc Daniel exactement comme il se présente : le livre du royaume qui vient et du jugement qui sépare. Le Martyrologe romain inscrit le prophète au 21 juillet, mort à Babylone selon la tradition ancienne, tandis que les Églises d'Orient le fêtent avec les trois jeunes gens en décembre, avant Noël[84].
Les Pères et le commentaire de Jérôme
Le grand commentaire latin du livre est celui de saint Jérôme, rédigé à Bethléem vers 407 pour réfuter le païen Porphyre qui faisait de Daniel un écrit maccabéen : Jérôme répond point par point et fixe pour l'Occident la lecture reçue, historique et messianique[85]. Avant lui, Hippolyte de Rome avait déjà commenté Daniel et Suzanne au début du IIIe siècle, premier commentaire suivi d'un livre biblique en Occident[86]. Saint Augustin cite la prière de Daniel dans la Cité de Dieu parmi les modèles de la confession des péchés du peuple[87]. La chaîne va ainsi sans rupture du Christ citant Daniel jusqu'au Martyrologe : vingt siècles de lecture continue.
Ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites
L'hypothèse d'un livre maccabéen
Une partie de l'exégèse contemporaine propose de dater le livre des années 167-164 avant Jésus-Christ, sous la persécution d'Antiochus IV Épiphane : un auteur inconnu aurait placé sous le nom de Daniel des récits édifiants et des visions soi-disant prédictives pour soutenir les résistants[88]. L'objection fondatrice vient du philosophe païen Porphyre au IIIe siècle après Jésus-Christ, qui niait la possibilité d'une prophétie précise et concluait que le livre avait été écrit après les événements qu'il annonce[89]. L'hypothèse suppose donc d'emblée ce qu'elle devrait prouver : qu'une prédiction détaillée est impossible, et que tout texte précis est nécessairement postérieur aux faits.
Les objections classiques et leurs réponses
Quatre objections reviennent dans la littérature, et chacune a reçu une réponse documentée.
Belschatsar, le roi inconnu des Grecs
Les historiens grecs ne connaissent que Nabonide comme dernier roi de Babylone, et Daniel fait régner Belschatsar la nuit de la chute. Or les cylindres de Nabonide, découverts à Our et à Sippar et conservés au British Museum, nomment Bel-shar-usur, fils premier-né de Nabonide, à qui son père confie la royauté pendant sa longue retraite dans l'oasis de Teima[90]. Belschatsar est le régent de Babylone pendant dix ans, ce que confirme la promesse du troisième rang faite à Daniel : Nabonide premier, Belschatsar second, Daniel troisième[91]. L'objection s'est ainsi retournée : un auteur maccabéen du IIe siècle, quatre siècles après les faits, n'aurait pas pu inventer un corégent oublié des Grecs et confirmé par l'épigraphie.
Darius le Mède, l'inconnu des listes perses
Daniel fait succéder à Belschatsar Darius le Mède, fils d'Assuérus, de la race des Mèdes, âgé de soixante-deux ans[92]. Les listes royales perses ne connaissent aucun Darius avant Darius Ier, et les critiques y voient une confusion. Plusieurs identifications défendables ont été proposées à partir des sources : Gubaru, général mède de Cyrus qui prit Babylone en 539 et la gouverna, ou Cyaxare II, que Xénophon dans la Cyropédie présente comme l'oncle et le beau-père de Cyrus régnant sur les Mèdes[93]. Le titre de Daniel, reçut le royaume, convient à un gouverneur installé par Cyrus plutôt qu'à un souverain indépendant. L'identité exacte reste débattue, et l'article n'impose aucune solution : il suffit de noter que l'obscurité d'un titre de cour perse n'est pas une preuve de fiction.
Les mots grecs du chapitre 3
La liste des instruments de la plaine de Doura contient des noms à consonance grecque : cithare, psaltérion, symphonie[94]. Les partisans de la datation basse y voient la marque de l'époque hellénistique. Mais les instruments de musique voyagent avec le commerce, et la présence de quelques termes d'emprunt dans une liste d'instruments de cour, au carrefour des routes entre la mer Égée et la Mésopotamie, n'exige aucune colonie grecque à Babylone au VIe siècle[95]. Surtout, l'araméen du livre reste celui de la chancellerie impériale, antérieur de plusieurs siècles à l'araméen des paraphrases maccabéennes : on ne peut retenir trois mots grecs comme preuve décisive en écartant tout le profil linguistique du texte[96].
Le silence de Ben Sira
Le Siracide, vers 180 avant Jésus-Christ, loue Isaïe, Jérémie, Ézéchiel et les douze petits prophètes, mais ne nomme pas Daniel[97]. L'argument du silence est fragile : Ben Sira ne nomme pas non plus Esdras, pourtant héros du retour, ni aucun des Écrits, et son catalogue suit l'ordre des Prophètes où Daniel ne figure pas dans le canon hébraïque[98]. Ne pas citer n'est pas nier : l'auteur du premier livre des Maccabées, un demi-siècle plus tard, cite Daniel comme une autorité historique reconnue[99].
Les présupposés et les limites de la reconstruction
Au-delà des objections de détail, la méthode elle-même porte des présupposés qu'il faut nommer. Quand toute prédiction précise classe d'office un passage parmi les retouches après coup, la datation basse est présupposée, non démontrée : le raisonnement tourne en cercle[100]. Les morceaux sont découpés selon des critères stylistiques, datés selon une théorie de l'évolution religieuse d'Israël, puis invoqués comme preuve de cette évolution[101]. Aucun manuscrit des sources supposées, aucune trace d'un original hébreu court, aucune archive d'une rédaction maccabéenne : Qumrân montre au contraire le texte déjà fixé et copié avec vénération[102]. L'exhortation Verbum Domini de Benoît XVI met en garde contre une exégèse qui réduirait le texte à des strates sans jamais rencontrer les personnes qui prient, souffrent et espèrent dans le livre[103]. Le lecteur jugera : d'un côté vingt siècles de réception juive, patristique, liturgique et magistérielle ; de l'autre une reconstruction hypothétique qui exige de tenir pour légende ce que le Christ appelle prophétie.
Pour aller plus loin
Le livre de Daniel se lit en premier dans la Bible elle-même, chapitres 1 à 12, puis Suzanne, le Cantique et Bel et le Dragon dans la TOB ou la Bible de Jérusalem. On consultera ensuite le commentaire de saint Jérôme sur Daniel, rédigé à Bethléem vers 407, la réfutation la plus ancienne et la plus complète de la datation tardive, et le commentaire d'Hippolyte de Rome, le plus ancien conservé en Occident. Parmi les travaux modernes, les commentaires de Joyce Baldwin, de Stephen Miller et de John Goldingay exposent loyalement les deux positions sur la datation. La solennité du Christ Roi et le trente-troisième dimanche ordinaire de l'année B font entendre chaque année les deux sommets du livre, le Fils d'homme et la résurrection.
Notes et références
Mt 24, 15 : l'abomination de la désolation dont a parlé le prophète Daniel. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
1 54 55Ez 14, 14.20 : Noé, Daniel et Job, les trois justes qui ne sauveraient qu'eux-mêmes. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
2 43 451 M 2, 59-60 : Ananias, Azarias et Misaël sauvés de la flamme par leur foi ; Daniel sauvé des lions par son innocence, dans le testament de Mattathias.
3 10 46 99Grottes 1, 4 et 6 de Qumrân : huit manuscrits de Daniel, dont 4QDana conservant de larges portions des chapitres 1 à 11 ; écritures les plus anciennes de la fin du IIe siècle av. J.-C.
4 47 102Martyrologium Romanum (2004) au 21 juillet : à Babylone, le saint prophète Daniel ; les Églises d'Orient le fêtent avec les trois jeunes gens en décembre.
5 84Bible hébraïque : Daniel parmi les Écrits (Ketouvim), après les Prophètes ; ordre reçu du canon juif.
6 98Concile de Trente, session IV, 8 avril 1546 : canon des Écritures reçu en entier avec toutes ses parties, dont Daniel parmi les grands prophètes avec ses parties grecques.
7Septante d'Alexandrie, IIIe-IIe siècle av. J.-C. : Daniel traduit avec les passages grecs (Suzanne, Cantique, Bel et le Dragon), preuve d'un original sémitique antérieur.
8 49Saint Jérôme, traduction latine de Daniel d'après la version de Théodotion, avec les parties grecques reçues dans la Vulgate.
9Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, livre X : Daniel le plus grand des prophètes, ses écrits lus encore et ses prédictions sur les Romains.
11 52Talmud de Babylone, Baba Batra 15a : les hommes de la Grande Assemblée ont mis par écrit Ézéchiel, les douze petits prophètes, Daniel et Esther.
12 53Dn 1, 1 : la troisième année de Joiaqim, soit 605 av. J.-C., année de Karkémish. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
13 16605 av. J.-C. : à Karkémish, Nabuchodonosor brise l'Égypte de Nékao ; Babylone devient la puissance dominante, cadre de la première déportation.
14Dn 1, 6-7 : Daniel, Ananias, Misaël, Azarias renommés Baltassar, Sidrak, Misak, Abdénago par Aschpenaz, chef des eunuques.
15Dn 1, 21 : Daniel jusqu'à la première année du roi Cyrus ; Dn 10, 1 : troisième année de Cyrus, soit 536, dernière vision datée.
17Dn 1 à 6 : continuité du service sous Nabuchodonosor, Belschatsar, Darius et Cyrus, de 605 à 536, sans adoration des dieux des rois.
18Baltassar (Bel protège le roi), Sidrak, Misak (qui est comme Aku), Abdénago (serviteur de Nébo) : noms théophores babyloniens imposés aux captifs.
19Dn 1, 12 : donne-nous des légumes à manger et de l'eau à boire ; le test des dix jours.
20Dn 1, 17 : Dieu donne aux quatre jeunes gens science et intelligence, et à Daniel l'intelligence des visions et des songes.
21Dn 2, 5 : le roi exige le songe et son interprétation, sous peine d'être mis en pièces.
22Dn 2, 19 : le mystère révélé à Daniel dans une vision de nuit, puis la bénédiction du Dieu du ciel.
23Dn 2, 31-35 : la statue aux quatre métaux et aux pieds d'argile, la pierre détachée sans main d'homme.
24Dn 2, 44 : le royaume suscité par le Dieu du ciel, qui ne sera jamais détruit et ne passera pas à un autre peuple.
25 26 80Dn 2, 47 : Nabuchodonosor confesse que le Dieu de Daniel est le Dieu des dieux et le Seigneur des rois.
27Dn 3, 5 : trompe, flûte, cithare, psaltérion et symphonie à la plaine de Doura ; ordre de se prosterner devant la statue d'or.
28 94Dn 3, 17-18 : notre Dieu peut nous délivrer, et même sinon nous n'adorerons pas tes dieux.
29Dn 3, 92 (3, 25 hébreu) : le quatrième personnage semblable à un fils des dieux marchant avec les trois jeunes gens.
30Dn 3, 52-90 grec : le Cantique des trois enfants, chanté aux Laudes du dimanche dans la Liturgie des Heures (Benedicite).
31 82Dn 3, 52 : Béni sois-tu, Seigneur, Dieu de nos pères, ouverture du cantique.
32Dn 4, 31 : Nabuchodonosor lève les yeux au ciel, la raison lui revient, il bénit le Très-Haut après sept temps.
33Dn 4, 37 : le roi confesse que Dieu abaisse ceux qui marchent dans l'orgueil ; lettre à tous les peuples.
34Dn 5, 25-28 : Mené, Teqel, Peres, compté, pesé, divisé ; l'interprétation du festin.
35Dn 5, 29-30 : manteau de pourpre et troisième rang pour Daniel ; Belschatsar tué la nuit même, en 539.
36Dn 5, 16.29 : le troisième rang s'explique par la corégence, Nabonide premier, Belschatsar second ; un faussaire tardif n'invente pas un rang qui suppose la corégence.
37 91Dn 6, 3-4 : Daniel l'un des trois ministres sur cent vingt satrapes, le roi songe à le mettre à la tête du royaume.
38Dn 6, 11 : fenêtres ouvertes vers Jérusalem, trois prières par jour comme avant l'édit des trente jours.
39Dn 6, 23 : Dieu envoie son ange fermer la gueule des lions ; Daniel trouvé innocent.
40 42Dn 6, 27-28 : décret de Darius à tous les peuples, crainte du Dieu vivant ; prospérité de Daniel sous Darius et Cyrus.
41Ez 28, 3 : te voilà plus sage que Daniel, au prince de Tyr ; Daniel déjà proverbial en sagesse vers 590.
44Prière de Nabonide (4Q242) et Fils de Dieu araméen (4Q246) : le milieu de Qumrân médite déjà les figures et le vocabulaire de Daniel.
48Théodotion, IIe siècle ap. J.-C. : révision grecque de Daniel adoptée par les Églises à la place de la vieille Septante.
50Papyrus Chester Beatty 967, vers 200 ap. J.-C. : texte grec pré-hexaplaire d'Ézéchiel, Daniel et Esther, recueil prophétique déjà stable.
51Architecture suivie par l'exégèse traditionnelle depuis les Pères : récits de la cour (1 à 6), visions (7 à 12).
56Dn 12, 7 : un temps, des temps et la moitié d'un temps, la durée comptée de la persécution finale.
57Dn 1, 1 à 2, 4a en hébreu ; Dn 2, 4b à 7, 28 en araméen ; Dn 8 à 12 en hébreu ; parties grecques transmises par Alexandrie.
58L'araméen de Daniel est celui de la chancellerie perse, antérieur de plusieurs siècles à l'araméen moyen des paraphrases ; profil linguistique favorable à l'ancienneté.
59 96Dn 4, 22 : le Très-Haut domine sur la royauté des hommes et la donne à qui il veut.
60Dn 2 (métaux), Dn 7 (bêtes), Dn 8 (bélier et bouc) : trois reprises de la même succession des empires jusqu'au jugement.
61Dn 7, 8.24-25 : la petite corne aux yeux d'homme, blasphèmes et persécution des saints un temps compté ; lecture reçue des persécuteurs, d'Antiochus aux empereurs.
62Dn 8, 20-25 : le bélier Mèdes et Perses, le bouc la Grèce, la corne brisée en quatre, la petite corne contre le sanctuaire.
63Dn 7, 13-14 : le Fils d'homme sur les nuées devant le Vieillard, domination éternelle servie par tous les peuples.
64 66Dn 7, 14 : royauté qui ne sera jamais détruite ; verset lu au Christ Roi, année B.
65Dn 12, 2-3 : la multitude réveillée, vie éternelle ou opprobre, les intelligents comme la splendeur du firmament.
67Catéchisme de l'Église catholique, 992 : la résurrection des morts annoncée par Dn 12, 2, accomplie dans le Christ ressuscité.
68Dn 12, 13 : va jusqu'à la fin, tu reposeras et tu te lèveras pour ta part d'héritage à la fin des jours.
69Dn 9, 21 : Gabriel volant d'un vol rapide rejoint Daniel à l'heure de l'offrande du soir.
70Dn 12, 1 : en ce temps-là se lèvera Michel, le grand prince, au temps de la détresse ; Dn 10, 13 : l'un des princes éminents.
71Près de quatre-vingts emplois de Fils d'homme dans les évangiles, toujours dans la bouche de Jésus, renvoyant à Dn 7, 13.
72Mt 26, 64 : devant le sanhédrin, le Fils d'homme à la droite du Tout-Puissant sur les nuées, fusion de Dn 7, 13 et du Ps 110, 1.
73Dn 9, 24 : soixante-dix semaines pour faire cesser la transgression, expier la faute, amener la justice éternelle.
74Dn 9, 26 : après soixante-deux semaines un messie sera retranché, puis ville et sanctuaire détruits par le peuple d'un prince.
75Jules l'Africain, Chronographies, IIIe siècle : premier comput chrétien des soixante-dix semaines aboutissant au Christ ; lectures patristiques convergentes malgré des décrets de départ discutés.
76Lecture patristique constante : la pierre sans main d'homme, naissance virginale du Christ, et la montagne, l'Église remplissant la terre.
77Saint Jérôme, Commentaire sur Daniel, Bethléem, vers 407 : réfutation point par point de Porphyre, lecture historique et messianique fixée pour l'Occident.
78 85Ap 1 (Vieillard), Ap 12, 7 (Michel), Ap 13 (les bêtes) : Daniel est le livre de l'Ancien Testament le plus repris par l'Apocalypse.
79Fresques des catacombes : Suzanne en orante entre les vieillards, figure de l'Église persécutée et de l'âme chaste.
81Lectionnaire romain : Dn 7, 13-14 au Christ Roi année B ; Dn 12, 1-3 au 33e dimanche ordinaire année B ; Dn 3 et Dn 5 aux lectures de la fin des temps.
83Hippolyte de Rome, Commentaire sur Daniel, vers 204 : le plus ancien commentaire suivi d'un livre biblique conservé en Occident.
86Saint Augustin, La Cité de Dieu : la prière pénitentielle de Daniel (Dn 9) parmi les modèles de la confession du peuple.
87Hypothèse courante d'une partie de l'exégèse : composition en 167-164 av. J.-C. sous Antiochus IV Épiphane, récits édifiants et visions postdatées.
88Porphyre de Tyr, Contre les chrétiens, livre XII, IIIe siècle, perdu et connu par Jérôme : Daniel écrit après les faits, thèse reprise par la critique moderne.
89Cylindres de Nabonide d'Our et de Sippar (British Museum) : Bel-shar-usur, fils premier-né, investi de la royauté pendant la retraite de Nabonide à Teima ; corégence expliquant le troisième rang.
90Dn 5, 31 et 6, 1 : Darius le Mède, âgé de soixante-deux ans, reçut le royaume ; Dn 9, 1 : fils d'Assuérus, de la race des Mèdes.
92Identifications proposées : Gubaru, général de Cyrus gouverneur de Babylone en 539, ou le Cyaxare II de la Cyropédie de Xénophon ; titre de cour débattu, non preuve de fiction.
93Dn 3, 5 : quelques noms d'instruments à consonance grecque dans une liste de cour au carrefour des routes ; emprunts commerciaux possibles dès le VIe siècle, sans exiger une date hellénistique.
95Si 49 : Ben Sira loue Isaïe, Jérémie, Ézéchiel et les Douze sans nommer Daniel ni Esdras ; catalogue ordonné aux Prophètes, où Daniel ne figure pas dans le canon hébraïque.
97Quand toute prédiction précise est classée d'office parmi les retouches après coup, la datation basse est présupposée par la méthode, non démontrée par les manuscrits.
100Morceaux découpés selon des critères stylistiques, datés selon une théorie de l'évolution religieuse, puis invoqués comme preuve de cette évolution : le raisonnement tourne en cercle.
101Benoît XVI, exhortation Verbum Domini, 30 septembre 2010 : contre une exégèse réduisant le texte à des strates sans rencontrer les personnes.
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