Esther est, selon l'Écriture reçue par l'Église, la jeune Juive orpheline devenue reine de Perse à Suse, qui sauva tout son peuple d'un massacre planifié en risquant sa propre vie, et dont la mémoire se célèbre chaque année à la fête de Pourim. Son nom hébreu est Hadassa, le myrte, et son nom de cour Esther, l'étoile. Cousine et fille adoptive de Mardochée, elle est choisie pour épouse par le roi Assuérus, que l'histoire identifie à Xerxès Ier, et déjoue le complot d'Aman l'Agaguite par le jeûne, la prière et un courage qui entre dans la loi malgré la loi. Son livre compte dix chapitres dans la Bible hébraïque et seize dans la Vulgate, avec les additions grecques. L'Église le reçoit comme Écriture inspirée : cité dès Clément de Rome vers 96, paraphrasé par Josèphe au Ier siècle, traduit de l'hébreu par saint Jérôme, inscrit aux canons d'Hippone et de Carthage, confirmé à Florence en 1442 et défini à Trente en 1546.
Son histoire se lit comme le récit le plus tendu de tout l'Ancien Testament : un décret irrévocable fixe au 13 Adar l'extermination des Juifs de cent vingt-sept provinces, une reine cachant son origine, trois jours de jeûne, deux banquets, une nuit d'insomnie du roi, et le retournement complet, le gibet dressé pour Mardochée servant à pendre Aman. Le texte hébreu ne nomme jamais Dieu, et c'est précisément sa théologie : la providence qui agit sans se montrer, par des coïncidences trop justes pour être des hasards. La version grecque, elle, donne les prières à voix haute, et l'Église fait entendre la prière d'Esther le jeudi de la première semaine de Carême.
L'article présente d'abord la personne et le livre tels que l'Église les reçoit, leur place dans le canon, leur auteur et leur datation traditionnels, puis l'histoire d'Esther, les témoins anciens, le plan du livre, sa théologie, son accomplissement dans le Christ, dans Marie et dans l'Église, sa présence dans la liturgie et les arts, et enfin le débat avec l'exégèse historico-critique moderne. Le récit détaillé du livre, chapitre par chapitre, se lit dans l'article dédié Le livre d'Esther.
Esther dans le canon des Écritures
Une reine au rang des Écritures
Dans la Bible hébraïque, le livre d'Esther appartient aux Ketuvim, les Écrits, troisième partie du canon, et plus précisément aux cinq Meguillot, les Rouleaux que la synagogue lit aux grandes fêtes : le Cantique à Pâque, Ruth à la Pentecôte, les Lamentations le 9 Ab, l'Ecclésiaste à la fête des Tentes, et Esther à Pourim[1]. Esther est donc le livre d'une fête encore célébrée aujourd'hui, lu en entier à la synagogue les 14 et 15 Adar, au printemps[2]. Dans la Septante grecque, dans la Vulgate latine et dans les Bibles chrétiennes, le livre se lit parmi les livres historiques, après Judith et avant les Maccabées, comme le récit de la garde de Dieu sur son peuple dispersé[3]. Le concile de Trente, à sa quatrième session le 8 avril 1546, nomme Esther parmi les livres reçus en entier avec toutes leurs parties, sous peine d'anathème pour qui refuserait ce canon[4]. Le premier concile du Vatican, dans la constitution Dei Filius du 24 avril 1870, confirme ce canon sans y rien changer[5].
Le texte reçu : l'hébreu sobre et le grec explicite
Le livre nous est parvenu sous deux formes anciennes. Le texte hébreu, sobre et tendu, raconte toute l'affaire en dix chapitres sans jamais nommer Dieu, ni prière, ni Temple, ni Loi explicite[6]. La version grecque de la Septante ajoute six longues additions, environ cent sept versets : le songe de Mardochée, les édits royaux, les prières de Mardochée et d'Esther, la démarche d'Esther vers le roi, et l'interprétation du songe[7]. Loin de se contredire, les deux formes se complètent : l'hébreu montre la providence cachée, le grec la prière qui l'appelle. Saint Jérôme atteste l'ancienneté du fond hébreu : dans sa préface, il déclare avoir relevé le livre des archives des Hébreux et l'avoir traduit mot à mot, avec plus d'exactitude que ses prédécesseurs, tout en rejetant à la fin du livre les additions qu'il ne trouvait pas dans l'hébreu[8]. La Vulgate compte donc seize chapitres, les additions formant les chapitres 11 à 16, et c'est ce texte que l'Occident lit depuis quinze siècles[9].
Florence, Trente et la réception sans rupture
La réception d'Esther ne connaît aucune éclipse dans l'Église. Le décret Cantate Domino du concile de Florence, en 1442, range Esther parmi les livres de l'Ancien Testament reçus par l'Église[10]. Un siècle plus tard, Trente définit le canon avec l'anathème, et Vatican I le confirme. Entre les deux, les listes anciennes avaient déjà parlé : le concile d'Hippone en 393 et celui de Carthage en 397 inscrivent Esther au canon[11], et le pape Innocent Ier, écrivant à Exupère de Toulouse en 405, donne la même liste[12]. Du Ier au XXe siècle, la chaîne ne se rompt jamais : Clément, Josèphe côté juif, les Pères grecs et latins, les conciles africains, Jérôme, les médiévaux, Florence, Trente, Vatican I[13].
L'auteur et la datation reçus par l'Église
Les hommes de la Grande Assemblée
La tradition juive, relayée par le Talmud de Babylone, attribue la mise par écrit d'Esther aux hommes de la Grande Assemblée : « les hommes de la Grande Assemblée ont écrit Ézéchiel, les Douze, Daniel et le rouleau d'Esther »[14]. Cette assemblée de cent vingt anciens, rassemblée autour d'Esdras au retour de l'exil, compte dans ses rangs, selon Maïmonide, Mardochée lui-même, le cousin d'Esther[15]. La leçon est double : le livre est proche des événements, écrit par ceux qui ont vécu le retour, et il est reçu d'emblée comme Écriture, non comme un roman tardif. La tradition chrétienne n'a jamais contesté cette ancienneté : Jérôme traduit un texte hébreu qu'il dit relevé des archives, et les Pères citent le livre comme une autorité, non comme une fable[16].
Une histoire datée au plus près : Xerxès Ier
Le roi du livre se nomme Assuérus, forme hébraïque du perse Khsayarsha, c'est-à-dire Xerxès Ier, qui règne de 486 à 465 avant Jésus-Christ[17]. Les repères internes du récit s'ajustent à ce règne : le grand festin de la troisième année, en 483, précède l'expédition de Grèce que raconte Hérodote ; le couronnement d'Esther la septième année, en 479, suit le désastre de Salamine et le retour du roi à Suse ; le décret d'Aman la douzième année, en 474, tombe dans la seconde partie du règne[18]. Les cent vingt-sept provinces, de l'Inde à l'Éthiopie, que mentionne le premier verset du livre[19], décrivent l'empire au faîte de son extension, tel que les inscriptions perses et les historiens grecs le connaissent[20]. Rien, dans ce cadre, ne sent la reconstitution tardive : les titres des fonctionnaires, le protocole du harem, l'irrévocabilité des édits scellés de l'anneau royal et le système des courriers à cheval appartiennent à la Perse achéménide documentée par ailleurs[21].
La langue et les témoins anciens
L'hébreu d'Esther est un hébreu tardif, mêlé de mots perses pour l'administration et la cour, exactement ce qu'on attend d'un Juif de la diaspora écrivant sous les Achéménides[22]. Le livre est traduit en grec à Alexandrie au plus tard au IIe siècle avant Jésus-Christ, comme l'atteste le colophon grec qui date l'arrivée de la traduction à Jérusalem sous un Ptolémée[23]. Au Ier siècle après Jésus-Christ, l'historien juif Josèphe paraphrase tout le livre dans ses Antiquités judaïques, additions grecques comprises, preuve que le texte circule déjà complet et reçu[24]. À Rome, vers 96, Clément cite Esther comme une autorité connue de tous. Un livre composé à l'époque hellénistique tardive, comme une partie de l'exégèse moderne le propose, ne tiendrait pas cette chaîne : traduit en grec au IIe siècle, paraphrasé par Josèphe au Ier, cité comme Écriture à Rome dès la fin du Ier, il est nécessairement bien antérieur[25].
L'histoire d'Esther selon le livre
- vers 483 av. J.-C.Le festin d'Assuérus et la disgrâce de Vasthila troisième année du règne
Le roi tient à Suse un festin de cent quatre-vingts jours pour montrer sa gloire, puis convoque la reine Vasthi, qui refuse de paraître : elle est répudiée et le trône reste vacant[26].
- vers 479 av. J.-C.Hadassa devient la reine Estherla septième année, au mois de Tébeth
La jeune Juive, élevée par son cousin Mardochée, est conduite au palais, plaît au roi plus que toutes les jeunes filles et reçoit la couronne, sans révéler son peuple ni sa parenté[27].
- vers 474 av. J.-C.Le décret d'Amanla douzième année, tirage du pur
- vers 474 av. J.-C.Le jeûne et la démarche d'Esthertrois jours et trois nuits
- vers 474 av. J.-C.Le retournement et le triomphedu gibet d'Aman au 13 Adar
- chaque annéeL'institution de Pourimles 14 et 15 Adar
Vasthi disgraciée et le trône vacant
Tout commence par un festin démesuré : Assuérus, régnant de l'Inde à l'Éthiopie sur cent vingt-sept provinces, tient à Suse un banquet de cent quatre-vingts jours pour montrer la richesse de sa gloire, suivi d'un second festin de sept jours pour tout le peuple de la capitale[32]. Au septième jour, le roi ordonne à la reine Vasthi de paraître avec sa couronne pour montrer sa beauté, et Vasthi refuse[33]. Les sages y voient un précédent dangereux pour tous les foyers de l'empire : Vasthi est répudiée par édit, et des commissaires rassemblent de tout l'empire les jeunes filles parmi lesquelles le roi choisira une reine[34]. La tradition juive et les Pères lisent déjà ici la mécanique du livre : un trône vidé par l'orgueil, une place préparée pour l'humble qui sauvera[35].
Hadassa, l'orpheline devenue reine
C'est alors qu'entre Hadassa, c'est-à-dire Esther : une jeune fille juive, orpheline de père et de mère, élevée comme sa propre fille par son cousin Mardochée, fils de Jaïr, de la tribu de Benjamin[36]. Conduite au palais avec les autres jeunes filles, elle gagne la faveur de l'eunuque gardien, puis celle du roi lui-même, qui l'aime plus que toutes et pose la couronne royale sur sa tête, la septième année de son règne, au mois de Tébeth[37]. Sur l'ordre de Mardochée, elle tait son peuple et sa parenté : ce silence, qui durera jusqu'à l'heure décisive, n'est ni honte ni calcul, mais l'obéissance d'une fille à son père d'adoption et déjà la discrétion de la providence[38]. Pendant ce temps, Mardochée, assis à la porte du roi, déjoue un complot de deux eunuques contre la vie du roi : le fait est consigné par écrit dans les annales, en présence du roi, et oublié pour un temps, comme une graine enfouie qui germera la nuit décisive[39].
Aman l'Agaguite et le décret d'extermination
Après ces événements, le roi élève au premier rang Aman, fils d'Hammedata, l'Agaguite, devant qui tous les serviteurs du roi doivent s'agenouiller[40]. Mardochée refuse de se prosterner, et Aman, apprenant qu'il est juif, dédaigne de frapper Mardochée seul : il veut exterminer tout son peuple dans tout le royaume[41]. Le nom d'Agaguite n'est pas un détail : il rattache Aman à Agag, le roi d'Amalec épargné par Saül contre l'ordre de Dieu, et fait de ce duel le dernier épisode de la guerre héréditaire contre Amalec, celui qui attaqua Israël à Raphidim et dont Dieu a juré d'effacer la mémoire[42]. La douzième année du roi, on tire le pur, c'est-à-dire le sort, pour fixer le jour du massacre : il tombe sur le treizième jour du douzième mois, Adar, onze mois plus tard[43]. Aman promet dix mille talents d'argent au trésor, l'édit est scellé de l'anneau royal, envoyé par courriers dans toutes les provinces, et le roi et Aman s'asseyent pour boire pendant que la ville de Suse est consternée[44].
« Qui sait si ce n'est pas pour un temps comme celui-ci ? »
Mardochée déchire ses vêtements, se couvre du sac et de la cendre, et fait parvenir à Esther l'appel décisif : entrer chez le roi pour implorer la grâce de son peuple. Esther objecte la loi : quiconque entre chez le roi sans être appelé, homme ou femme, est mis à mort, sauf si le roi lui tend le sceptre d'or, et elle n'a pas été appelée depuis trente jours[45]. La réponse de Mardochée est le sommet du livre et l'un des versets les plus cités de toute la Bible :
« Ne t'imagine pas qu'échappant à tous les Juifs, tu seras sauvée dans la maison du roi. Car si tu te tais en cette conjoncture, le salut et la délivrance surgiront d'ailleurs pour les Juifs, tandis que toi et la maison de ton père vous périrez. Et qui sait si ce n'est pas pour une conjoncture comme celle-ci que tu es parvenue à la royauté ? » (Mardochée à Esther, Est 4, 13-14)[46]
Esther accepte, et sa réponse est le second sommet :
« Va, rassemble tous les Juifs qui se trouvent à Suse, et jeûnez pour moi, sans manger ni boire pendant trois jours, nuit et jour. Moi aussi, avec mes servantes, je jeûnerai de même. Puis j'entrerai chez le roi, malgré la loi. Et si je dois périr, je périrai. » (Esther, Est 4, 16)[47]
Le jeûne de trois jours, nuit et jour, sans manger ni boire, précède et porte l'action : Esther n'entre pas chez le roi par audace, mais portée par tout un peuple qui jeûne[48].
Le retournement : Aman pendu à son propre gibet
Esther entre, trouve grâce, le roi lui tend le sceptre d'or et lui offre jusqu'à la moitié du royaume : elle ne demande qu'un banquet, avec Aman, puis un second banquet le lendemain[49]. Entre les deux banquets, tout bascule. Aman, exaspéré de voir Mardochée rester assis à la porte, fait dresser dans sa cour un gibet haut de cinquante coudées pour y pendre Mardochée dès le matin[50]. Mais cette nuit-là, le roi ne trouve pas le sommeil : on lui lit les annales, on y retrouve le complot éventé par Mardochée, jamais récompensé, et au matin c'est à Aman, venu demander la pendaison, que le roi confie l'honneur suprême, revêtir de la pourpre royale celui que le roi veut honorer[51]. Aman doit promener Mardochée en triomphe dans Suse, puis rentre chez lui humilié, et les siens lui annoncent sa chute[52]. Au second banquet, Esther révèle enfin son peuple et dénonce Aman : le roi sort dans le jardin, Aman supplie sur le lit d'Esther, et l'on pend Aman au gibet qu'il avait préparé pour Mardochée[53]. Le psaume l'avait annoncé : qui creuse une fosse y tombera[54].
Le salut des Juifs et l'institution de Pourim
La chute d'Aman ne suffit pas : l'édit scellé de l'anneau royal est irrévocable. Esther pleure de nouveau devant le roi, et un second édit, écrit par Mardochée et scellé du même anneau, autorise les Juifs de toutes les provinces à se rassembler et à se défendre le 13 Adar, envoyé par les courriers montés sur les coursiers royaux[55]. Le jour venu, les Juifs frappent leurs ennemis : cinq cents hommes à Suse, puis, sur la demande d'Esther, un second jour dans la capitale avec trois cents hommes de plus, et soixante-quinze mille dans les provinces, sans piller, avec l'appui des satrapes saisis de la crainte de Mardochée devenu grand dans tout le royaume[56]. Les dix fils d'Aman sont pendus, et Mardochée devient le second du roi, grand parmi les Juifs et agréé de ses frères[57]. Puis Mardochée et Esther écrivent pour instituer la mémoire : les 14 et 15 Adar seront chaque année des jours de festin et de joie, avec envois de portions entre proches et dons aux pauvres, parce que le sort, le pur, s'est retourné en délivrance[58]. C'est la fête de Pourim, que les Juifs célèbrent encore, et le livre se referme sur la grandeur de Mardochée, qui recherchait le bien de son peuple[59].
Les témoins anciens d'Esther
Clément de Rome, vers 96
Le plus ancien témoin chrétien est de poids : saint Clément de Rome, troisième successeur de Pierre, écrivant aux Corinthiens vers 96, cite Esther parmi les modèles donnés en exemple à toute l'Église. Après avoir rappelé Judith, qui exposa sa vie pour sa patrie assiégée, il ajoute :
« Esther aussi, parfaite dans la foi, s'exposa à un danger non moindre, afin de délivrer les douze tribus d'Israël d'une destruction imminente. Par son jeûne et son humilité, elle implora le Maître qui voit toutes choses, le Dieu des siècles, et lui, voyant l'humilité de son âme, délivra le peuple pour lequel elle s'était exposée. » (Saint Clément de Rome, Lettre aux Corinthiens, 55)[60]
Le texte original dit exactement : Esther parfaite dans la foi, exposée au danger pour délivrer les douze tribus d'Israël[61]. Trois faits en découlent : à la fin du Ier siècle, Esther est déjà une figure connue de tous les chrétiens, son jeûne est déjà un modèle de prière, et son livre est manié comme une autorité. On ne cite pas ainsi un conte récent : on cite une Écriture[62].
Josèphe au Ier siècle, la synagogue et Pourim
L'historien juif Flavius Josèphe, dans ses Antiquités judaïques rédigées vers 93-94, paraphrase l'intégralité du livre d'Esther, songe de Mardochée et prières comprises, et conclut en attestant que les Juifs célèbrent Pourim jusqu'à ce jour[63]. Cette paraphrase prouve la réception complète du livre au Ier siècle, dans le judaïsme comme dans l'entourage romain auquel Josèphe écrit. Côté synagogue, la Mishna, codifiée vers 200, consacre tout un traité, Meguilla, à la lecture du rouleau, et la fête se garde les 14 Adar dans les villes ouvertes et le 15 dans les villes fortifiées comme Suse[64]. La lecture publique annuelle, avec ses bénédictions, suppose un rouleau fixé et vénéré depuis longtemps : une fête ne s'invente pas avec son livre en une génération[65].
Jérôme, Augustin et les Pères latins
Saint Jérôme, qui apprend l'hébreu auprès des rabbins de Bethléem, traduit Esther depuis l'hébreu et déclare dans sa préface :
« On constate que le livre d'Esther a été altéré par les divers traducteurs. Pour ma part, je l'ai relevé des archives des Hébreux et traduit mot à mot, avec plus d'exactitude. » (Saint Jérôme, Préface sur Esther)[66]
Le latin original porte : Librum Esther variis translatoribus constat esse vitiatum ; quem ego de archivis Hebraeorum relevans, verbum e verbo expressius transtuli[67]. Jérôme distingue donc le fond hébreu, qu'il traduit fidèlement, des additions qu'il rejette à la fin du livre : c'est le texte de la Vulgate en seize chapitres. Saint Augustin, dans La doctrine chrétienne (II, 8), inscrit Esther dans sa liste des livres canoniques[68]. Les conciles africains confirment : Hippone en 393, Carthage en 397, puis le pape Innocent Ier en 405 dans sa lettre à Exupère de Toulouse[69]. L'Occident lit dès lors Esther dans le même canon que Moïse et Daniel.
Raban Maur et la lecture médiévale
Au IXe siècle, Raban Maur, l'abbé de Fulda surnommé le précepteur de la Germanie, commente Esther dans son Expositio in Hester, conservée dans de nombreux manuscrits médiévaux[70]. Comme les Pères avant lui, il lit Esther en figure : la reine qui intercède annonce Marie, médiatrice et reine, et le peuple sauvé annonce l'Église des nations. Cette lecture typologique traverse tout le Moyen Âge, les vitraux, les retables et les mystères, jusqu'à la tragédie d'Esther que Racine écrira pour Saint-Cyr en 1689[71]. Esther n'est donc pas seulement un livre reçu : c'est une figure contemplée pendant quinze siècles, avant que la critique moderne ne vienne en discuter l'historicité.
Plan du livre d'Esther
Le livre se déploie en deux grands mouvements symétriques, la menace puis le retournement, que résume le tableau suivant, construit d'après l'ordre reçu de la Vulgate.
| Mouvement du livre | Chapitres | Contenu |
|---|---|---|
| Le trône préparé | 1 à 2 | Festin d'Assuérus, disgrâce de Vasthi, couronnement d'Esther, complot éventé par Mardochée |
| La menace | 3 à 5 | Élévation d'Aman, édit d'extermination, jeûne d'Esther, premier banquet |
| Le retournement | 6 à 8 | Insomnie du roi, triomphe de Mardochée, chute d'Aman, second édit |
| Le triomphe et la mémoire | 9 à 10 | Victoire du 13 Adar, institution de Pourim, grandeur de Mardochée |
| Les prières et les songes | 11 à 16 | Additions grecques : songe, édits, prières de Mardochée et d'Esther, démarche vers le roi |
Ce tableau se lit comme la courbe du livre : tout monte vers le décret de mort des chapitres 3 à 5, puis tout se retourne aux chapitres 6 à 8, et la fin fixe la mémoire. Le lecteur qui veut le détail chapitre par chapitre, avec les six additions grecques et leurs cent sept versets, le trouvera dans l'article dédié Le livre d'Esther.
Une architecture en deux volets
La première moitié du livre accumule les menaces : un roi versatile, une reine répudiée, un favori exterminateur, un édit irrévocable, une héroïne qui se tait[72]. La seconde les retourne une à une : l'insomnie du roi réveille la mémoire des annales, l'honneur préparé pour Aman échoit à Mardochée, le gibet change de supplicié, l'édit de mort est neutralisé par un édit de défense, et le jour du massacre devient jour de victoire[73]. Cette symétrie n'est pas un artifice de romancier : c'est la forme littéraire du dogme du livre, le Dieu qui renverse les puissants de leurs trônes, comme chantera Marie dans le Magnificat[74]. Les exégètes anciens comme les modernes reconnaissent cette construction en chiasme, où le centre du livre, le chapitre 6 et la nuit d'insomnie, fait pivoter toute l'histoire[75].
Les additions grecques et leur place
Les six additions de la Septante s'insèrent à leur place narrative : le songe de Mardochée en ouverture, les édits royaux à leur date, les prières au moment du jeûne, la démarche d'Esther au chapitre 5, l'interprétation du songe en clôture[76]. Jérôme, ne les trouvant pas dans l'hébreu, les a reportées à la fin, chapitres 11 à 16, usage conservé par la Vulgate et les Bibles catholiques[77]. L'Église les reçoit avec toutes leurs parties, selon le mot de Trente, et le lectionnaire en fait entendre la plus belle, la prière d'Esther, au Carême[78]. Le détail de ces additions, leur contenu et leur histoire, appartient à l'article Le livre d'Esther.[79]
La théologie d'Esther
La providence cachée : Dieu agit sans se montrer
Le fait le plus célèbre du livre est aussi sa théologie : dans le texte hébreu, Dieu n'est jamais nommé. Ni prière explicite, ni miracle visible, ni prophète, ni Temple : seulement une orpheline, un cousin à la porte du roi, une insomnie, un banquet, un sort qui tombe mal pour les méchants[80]. Et pourtant tout y est conduit : Mardochée le dit lui-même, le salut surgira d'ailleurs, aveu que le secours vient d'un Autre que le texte tait. Les rabbins ont nommé cela la hester panim, la face cachée, d'après le jeu de mots entre Esther et astir, je cacherai[81]. Pour le chrétien, c'est l'école de la foi ordinaire : Dieu gouverne aussi quand il ne se montre pas, par les secondes causes, les concours de circonstances et les fidélités obscures, jusqu'au jour où le voile se lève et où le gibet change de supplicié[82].
Le jeûne, la prière et le courage
Esther n'est pas une héroïne par le glaive comme Judith, mais par le jeûne et l'intercession. Trois jours sans manger ni boire, avec tout Suse, avant d'entrer chez le roi : le corps affaibli porte la démarche la plus risquée du livre[83]. La version grecque explicite ce que l'hébreu suggère : la prière d'Esther, dépouillée de ses ornements royaux, couchée dans la cendre avec ses servantes, rappelant à Dieu Noé, Abraham et Daniel sauvés de la fosse[84]. Et le courage d'Esther est un courage prudent, non téméraire : elle n'accuse pas Aman au premier banquet, elle attend le second, laissant à la providence la nuit d'insomnie pour préparer le roi[85]. Clément de Rome avait déjà tout vu : le jeûne et l'humilité, puis la délivrance du peuple[86].
Le retournement des puissants
Le livre entier illustre la loi que Marie chantera : Dieu renverse les puissants de leurs trônes et élève les humbles[87]. Aman dresse un gibet de cinquante coudées et y monte le premier ; Mardochée, en sac à la porte, est promené en pourpre royale ; le 13 Adar fixé pour le massacre devient le jour de la victoire[88]. Le livre des Proverbes l'avait formulée : qui creuse une fosse y tombera[89]. Cette théologie du retournement fait d'Esther le livre biblique le plus proche de la Pâque : comme à la sortie d'Égypte et comme au matin de la Résurrection, la nuit où tout semble perdu est la veille de la délivrance, et les ennemis du peuple de Dieu préparent eux-mêmes l'instrument de leur défaite[90].
Mardochée, Aman et le vieux combat contre Amalec
Le duel de Mardochée et d'Aman referme une guerre vieille de huit siècles. À Raphidim, Amalec attaque Israël par derrière, et Dieu jure d'effacer sa mémoire ; Moïse, les bras soutenus par Aaron et Hour, fait triompher Josué[91]. Saül reçoit l'ordre d'exterminer Amalec et épargne Agag, son roi, désobéissance qui lui coûte la couronne[92]. Or Mardochée est fils de Jaïr, fils de Shimeï, fils de Kis, le père de Saül[93], et Aman est l'Agaguite : le descendant de Saül affronte le descendant d'Agag, et cette fois le Benjamite achève l'œuvre[94]. La tradition juive a toujours lu le livre ainsi, et les Pères y voient le combat permanent de l'Église contre les puissances du mal, jusqu'à la victoire finale que l'Apocalypse racontera[95].
L'accomplissement chrétien
Esther figure de Marie
L'Église contemple en Esther une figure de la Vierge Marie : une jeune femme humble, élevée à la royauté, qui intercède pour son peuple au péril de sa vie et obtient le salut[96]. Comme Esther entre chez le roi sans y être appelée et trouve grâce par le sceptre tendu, Marie entre dans le dessein de Dieu par son fiat et devient la médiatrice de toutes les grâces. Comme Esther tait son origine jusqu'à l'heure, Marie garde toutes choses en son cœur jusqu'à l'heure de la Croix. Raban Maur développe cette lecture : la reine de Suse annonce la Reine du Ciel, et le banquet où elle dénonce l'ennemi annonce le triomphe de la Femme sur le serpent[97]. La liturgie mariale, qui chante Judith comme gloire de Jérusalem, honore en Esther la même royauté de l'intercession[98].
Esther figure de l'Église
Les Pères poussent la figure plus loin : Esther est l'Église des nations, appelée à la royauté après la répudiation de Vasthi, figure de la Synagogue qui a refusé l'appel[99]. Comme Esther, l'Église est tirée de l'humilité, orpheline selon le monde, parée par un Autre, introduite dans le palais du Roi pour y plaider la cause des condamnés. Comme Mardochée, assis à la porte et méprisé, le Christ veille à la porte du monde avant d'être élevé au premier rang[100]. Cette lecture, constante chez les médiévaux, n'oppose pas les Juifs aux chrétiens : elle dit que le salut préparé pour Israël en Esther s'élargit à toutes les nations dans l'Église, selon la promesse faite à Abraham que toutes les familles de la terre seraient bénies en lui[101].
Le Nouveau Testament et Esther
Le Nouveau Testament ne cite jamais Esther nommément, et cette absence même est instructive : l'Église primitive, qui lit le rouleau à Pourim avec les Juifs, n'a pas besoin de le citer pour le vivre, car elle vit son mystère, le retournement pascal[102]. Mais les échos sont partout : le festin royal et les invités qui refusent, dans les paraboles du Christ ; la fosse creusée qui engloutit le creuseur, dans la Passion où les complots se retournent ; et surtout le Magnificat, où Marie chante le Dieu qui renverse les puissants, exactement la théologie du livre d'Esther[103]. Le Christ lui-même, en citant Daniel comme prophète et Jonas comme signe, confirme le rang des livres que la critique discutera, et l'Église étend cette garantie à tout le canon reçu à Trente, Esther comprise[104].
Esther dans la liturgie et les arts
La prière d'Esther au jeudi de Carême
Chaque année, l'Église fait entendre Esther au cœur du Carême : le jeudi de la première semaine, la première lecture de la messe est la prière d'Esther, tirée des additions grecques, avec le psaume de la confiance et l'évangile du demandez et vous recevrez[105]. La reine dépouillée de ses ornements, à jeun depuis trois jours, prie pour son peuple condamné, et l'assemblée en Carême prie avec elle pour le sien. Le bréviaire romain traditionnel, lui, lit Esther au mois d'octobre, après Judith et avant les Maccabées, dans la suite des livres historiques[106]. Ainsi la reine de Suse accompagne les fidèles deux fois l'an : au printemps du jeûne, comme modèle de l'intercession, et à l'automne, comme témoin de la providence[107].
Esther peinte : de Suse à Saint-Cyr
Esther devant Assuérus compte parmi les scènes bibliques les plus peintes d'Occident : la jeune reine évanouie soutenue par ses servantes, le sceptre d'or tendu, le tyran apaisé[108]. Artémisia Gentileschi en donne vers 1628 la version la plus célèbre, aujourd'hui au Metropolitan Museum de New York, d'une gravité toute romaine[109]. Les manuscrits médiévaux enluminent le banquet et le gibet, les vitraux racontent Pourim aux illettrés, et les synagogues gardent des Meguillot illustrées où le rouleau lui-même devient objet d'art[110]. Au théâtre, Racine écrit Esther en 1689 pour les demoiselles de Saint-Cyr, tragédie biblique qui fait pleurer la cour de Louis XIV sur le sort des Juifs persécutés[111]. En musique, Haendel compose l'oratorio Esther en 1718, remanié en 1732, premier grand oratorio anglais, où le chœur final chante la délivrance[112].
Ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites
Une datation basse : l'époque hellénistique
Une partie de l'exégèse contemporaine propose de dater le livre d'Esther de l'époque hellénistique, IIe ou IIIe siècle avant Jésus-Christ, et d'y voir un roman de cour édifiant plutôt qu'un récit historique : une diaspora menacée par l'hellénisation se raconterait, sous des noms perses d'emprunt, sa propre résistance[113]. Les arguments avancés sont le silence des annales perses sur une reine Esther, les invraisemblances de cour relevées dans le récit, l'absence du livre parmi les manuscrits de Qumrân, et la théologie trop discrète pour un livre ancien[114]. Cette hypothèse est présentée loyalement ici, car elle est largement enseignée, mais elle doit être pesée : une datation n'est pas une démonstration, et un classement en roman ne dispense pas d'examiner les pièces du dossier[115].
Les objections historiques, une par une
Première objection : Hérodote ne connaît que vingt satrapies, quand Esther parle de cent vingt-sept provinces. La réponse distingue les circonscriptions fiscales d'Hérodote des districts administratifs : l'empire achéménide compte des dizaines de subdivisions, et les listes varient selon les sources, comme les historiens de la Perse le reconnaissent[116]. Deuxième objection : aucune reine nommée Esther dans les annales, et l'épouse de Xerxès s'appelle Amestris chez Hérodote. Mais Amestris, reine cruelle et jalouse des Histoires, ressemble mal à Vasthi comme à Esther, et les harems perses comptent plusieurs reines et favorites dont les annales ne retiennent que la principale : l'argument du silence, sur des archives aussi lacunaires, ne prouve rien[117]. Troisième objection : Mardochée, transporté avec Jéchonias en 597, serait centenaire en 479. Le texte dit seulement qu'il est fils de Jaïr, fils de Shimeï, fils de Kis, sans donner d'âge ni affirmer qu'il fut lui-même déporté : la mention de la déportation date la famille, non l'homme[118]. Quatrième objection : l'absence du livre à Qumrân. Les grottes n'ont livré qu'une partie de la littérature juive, et l'argument du silence vaut ici moins qu'ailleurs : Josèphe, Clément et la Mishna attestent la réception par trois voies indépendantes[119].
Ce que l'archéologie apporte au dossier
Sans trancher chaque détail, les fouilles confirment le décor avec une précision que les romanciers tardifs atteignent rarement. Les tablettes administratives de Persépolis, publiées par Hallock en 1969, nomment un fonctionnaire Marduka, forme exacte du nom de Mardochée, servant à la cour sous Darius et au début du règne de Xerxès[120]. Les fouilles françaises de Suse, conduites par Dieulafoy en 1884-1886 puis par Morgan, ont dégagé le palais aux chapiteaux immenses, la salle du trône et les colonnades qui correspondent au décor du livre[121]. Le protocole des édits irrévocables scellés, le système des courriers royaux décrits par Hérodote et Xénophon, les titres des eunuques et des satrapes : tout appartient à la Perse du Ve siècle, non à la Judée hellénistique[122]. Un auteur du IIe siècle composant de toutes pièces un roman perse n'aurait ni ces archives ni ce vocabulaire : la couleur locale d'Esther est celle d'un témoin, non d'un pastiche[123].
La méthode en cause : présupposés et cercles
Au-delà des faits, c'est la méthode qui doit être examinée. Dater Esther de l'époque hellénistique parce que sa théologie serait trop discrète pour l'époque perse, c'est dater par l'idéologie supposée : on décide d'abord de ce qu'un Juif du Ve siècle peut penser, puis on déclasse le texte qui pense autrement[124]. Classer le livre parmi les fictions parce que Dieu n'y est pas nommé, c'est postuler le genre pour dispenser la vérification : la sobriété théologique devient preuve de roman, et le roman dispense de vérifier les affirmations historiques[125]. Écarter la chaîne Clément, Josèphe, Septante au motif que des croyants ne comptent pas comme témoins, c'est traiter la Tradition comme suspecte par principe, ce qu'aucune autre histoire ancienne n'accepterait : on ne demande pas à Hérodote d'être neutre pour le croire[126]. L'Église, qui reçoit Esther comme Écriture inspirée et sans erreur, n'a jamais exigé que chaque verset soit vérifiable aux archives : elle demande que le livre soit lu pour ce qu'il dit, un récit vrai de la garde de Dieu, dont les témoins anciens garantissent l'ancienneté et dont l'archéologie confirme le décor[127].
Pour aller plus loin
Le livre d'Esther se lit en premier dans la Bible elle-même, chapitres 1 à 10 en hébreu puis 11 à 16 dans la Vulgate, dans la TOB ou la Bible de Jérusalem, en comparant les notes sur les additions grecques. On lira ensuite la préface de saint Jérôme au livre d'Esther, brève et décisive, puis la lettre de Clément de Rome aux Corinthiens, chapitre 55, le plus ancien témoin chrétien. Pour le récit détaillé chapitre par chapitre, l'article Le livre d'Esther donne le commentaire suivi. Les figures proches se découvrent dans Judith, la veuve qui délivre par le glaive quand Esther délivre par le jeûne, dans Daniel, le Juif de la cour étrangère resté fidèle, dans Joseph, l'Israélite élevé au premier rang d'un empire, et dans Moïse, Abraham et David, les pères du peuple qu'Esther sauve. Les livres de Tobie et des Maccabées, en cours de rédaction, complèteront la garde de Dieu sur la diaspora.
Notes et références
Les cinq Rouleaux et leurs fêtes : le Cantique à Pâque, Ruth à la Pentecôte, les Lamentations le 9 Ab, l'Ecclésiaste aux Tentes, Esther à Pourim. Mishna, Meguilla ; usage constant des synagogues.
1Est 9, 17-22 : 14 Adar dans les villes ouvertes, 15 Adar à Suse et dans les villes fortifiées. Traduction œcuménique de la Bible (TOB), Cerf, 2010.
2Septante, Vulgate et Bibles catholiques : Esther parmi les livres historiques, après Judith et avant les Maccabées. Bible de Jérusalem, Cerf, édition 2000.
3Concile de Trente, session IV, décret sur les Écritures canoniques, 8 avril 1546 : Esther reçue en entier avec toutes ses parties. Denzinger, Enchiridion, n. 1502-1504.
4Vatican I, constitution Dei Filius, chapitre 2, 24 avril 1870 : confirmation du canon de Trente. Denzinger, n. 1787.
5Texte massorétique d'Esther : aucune occurrence du nom divin. Biblia Hebraica Stuttgartensia, Deutsche Bibelgesellschaft, 1997.
6Six additions (A à F), environ cent sept versets. Septante, édition Rahlfs, Deutsche Bibelgesellschaft, 2006.
7Saint Jérôme, Préface sur Esther : relevé des archives des Hébreux, traduit mot à mot ; additions rejetées à la fin. Patrologie latine, vol. 28.
8Vulgate clémentine : Esther en seize chapitres, les additions formant les chapitres 11 à 16. Biblia Sacra Vulgata, Deutsche Bibelgesellschaft, 2007.
9Concile de Florence, décret Cantate Domino pour les Jacobites, 1442 : liste des livres reçus, dont Esther. Denzinger, n. 1334-1336.
10Hippone 393 (canon 36), Carthage 397 (canon 47) : Esther au canon ; Innocent Ier, lettre à Exupère de Toulouse, 405 : même liste. Denzinger, n. 213.
11 12 69Chaîne continue : Clément, Josèphe, Pères grecs et latins, conciles africains, Jérôme, Raban Maur, Florence, Trente, Vatican I.
13Talmud de Babylone, Baba Batra 15a : les hommes de la Grande Assemblée ont écrit Ézéchiel, les Douze, Daniel et le rouleau d'Esther. Édition Vilna ; Sefaria.
14Maïmonide, Mishneh Torah, introduction sur la transmission de la Loi orale : Mardochée le linguiste parmi les cent vingt anciens de la Grande Assemblée.
15Clément (Lettre 55), Augustin (Doctrine chrétienne II, 8), Jérôme (préface) : Esther citée comme autorité, non comme fable.
16Assuérus, forme hébraïque du perse Khsayarsha : Xerxès Ier, 486 à 465 av. J.-C. Hérodote, Histoires, livre VII ; inscriptions de Persépolis. Les Belles Lettres, Budé.
17Troisième année : le festin (Est 1, 3) ; septième année : le couronnement au mois de Tébeth (Est 2, 16) ; douzième année : le décret (Est 3, 7). TOB 2010.
18Est 1, 1 : de l'Inde à l'Éthiopie, cent vingt-sept provinces. TOB 2010.
19 32Empire au faîte sous Darius et Xerxès : inscription de Naqsh-e Rostam (DNa) ; Hérodote, livre III, 89-97.
20Protocole achéménide : édits scellés, courriers royaux, titres des eunuques. Hérodote ; Xénophon, Cyropédie, livre VIII.
21Hébreu tardif mêlé de persismes administratifs. Carey Moore, Esther (Anchor Bible), Doubleday, 1971.
22Addition F (Est L) : traduction apportée à Jérusalem sous un Ptolémée, donc original antérieur. Septante, Rahlfs, 2006.
23Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, livre XI : paraphrase complète d'Esther. Les Belles Lettres, Budé ; Cerf.
24Traduit en grec au IIe siècle av. J.-C., paraphrasé au Ier siècle ap. J.-C. : composition nécessairement antérieure à l'époque hellénistique tardive.
25Est 1 : festin de cent quatre-vingts jours, refus de Vasthi, répudiation. TOB 2010.
26Est 2 : Hadassa couronnée la septième année au mois de Tébeth, sans révéler son origine. TOB 2010.
27Est 3 : élévation d'Aman, tirage du pur, édit pour le 13 Adar. TOB 2010.
28Est 4 à 5 : jeûne de trois jours, entrée chez le roi, deux banquets. TOB 2010.
29Est 6 à 9 : insomnie du roi, triomphe de Mardochée, chute d'Aman, victoire du 13 Adar. TOB 2010.
30Est 9, 17-22 : 14 et 15 Adar, festins, envois de portions, dons aux pauvres. TOB 2010.
31 58Est 1, 10-12 : Vasthi refuse de paraître. TOB 2010.
33Est 1, 19-22 : édit contre Vasthi, convocation des jeunes filles. TOB 2010.
34Targum Sheni ; Midrash Esther Rabba : lectures anciennes de la disgrâce comme préparation du trône d'Esther.
35Est 2, 5-7 : Mardochée fils de Jaïr, Hadassa orpheline élevée comme sa fille. TOB 2010.
36Est 2, 16-17 : couronne posée la septième année, au mois de Tébeth. TOB 2010.
37Est 2, 10 et 20 : son peuple tu sur l'ordre de Mardochée. TOB 2010.
38Est 2, 21-23 : complot des deux eunuques éventé, consigné dans les annales. TOB 2010.
39Est 3, 1-2 : Aman l'Agaguite élevé au premier rang, prosternation exigée. TOB 2010.
40Est 3, 5-6 : Mardochée refuse, Aman vise tout le peuple. TOB 2010.
41Ex 17, 8-16 : Amalec à Raphidim, mémoire à effacer ; Dt 25, 17-19. TOB 2010.
42Est 3, 7 : pur tiré la douzième année, treizième jour d'Adar. TOB 2010.
43Est 3, 12-15 : dix mille talents, anneau royal, Suse consternée. TOB 2010.
44Est 4, 10-11 : loi de l'entrée non appelée, trente jours sans appel. TOB 2010.
45Est 4, 13-14 : réponse de Mardochée, pour une conjoncture comme celle-ci. TOB 2010.
46Est 4, 16 : réponse d'Esther, jeûne de trois jours nuit et jour. TOB 2010.
47Est 4, 16 ; Clément, Lettre 55 : le jeûne et l'humilité portent la délivrance.
48Est 5, 1-8 : sceptre tendu, moitié du royaume offerte, deux banquets. TOB 2010.
49Est 5, 14 : gibet haut de cinquante coudées. TOB 2010.
50Est 6, 1-11 : insomnie du roi, lecture des annales, triomphe de Mardochée. TOB 2010.
51Est 6, 12-14 : humiliation d'Aman, les siens lui annoncent sa chute. TOB 2010.
52Est 7, 7-10 : dénonciation au second banquet, pendaison au gibet préparé. TOB 2010.
53Ps 7, 16 : la fosse creusée engloutit celui qui l'a creusée. TOB 2010.
54Est 8, 3-14 : second édit de Mardochée, courriers sur coursiers royaux. TOB 2010.
55Est 9, 5-16 : cinq cents hommes à Suse, trois cents le second jour, soixante-quinze mille dans les provinces, sans piller. TOB 2010.
56Est 9, 12-14 et 10, 3 : dix fils d'Aman pendus, Mardochée second du roi. TOB 2010.
57Est 10, 3 : Mardochée grand parmi les Juifs, recherchant le bien de son peuple. TOB 2010.
59Saint Clément de Rome, Lettre aux Corinthiens, 55, vers 96 : Judith puis Esther, jeûne et humilité, délivrance du peuple. Sources Chrétiennes n. 167, Cerf, 1971.
601 Clem 55 : Esther parfaite dans la foi, exposée au danger pour délivrer les douze tribus d'Israël. Sources Chrétiennes n. 167.
61Citation comme autorité à la fin du Ier siècle : réception déjà complète, incompatible avec un conte récent.
62Josèphe, Antiquités judaïques XI, 184-296 : paraphrase intégrale, Pourim célébré jusqu'à ce jour. Budé ; Cerf.
63Mishna, traité Meguilla 1, 1-2 : lecture les 14 et 15 Adar. Traduction française, Verdier.
64Fête annuelle, rouleau fixé, lecture publique : ancienneté de la réception, non une invention d'une génération.
65Préface sur Esther : Librum Esther variis translatoribus constat esse vitiatum ; quem ego de archivis Hebraeorum relevans, verbum e verbo expressius transtuli. Patrologie latine, vol. 28 ; traduction française de l'auteur.
66 67Saint Augustin, La doctrine chrétienne II, 8 : Esther dans la liste des livres canoniques. Bibliothèque augustinienne 11/2.
68Raban Maur, Expositio in Hester : commentaire suivi du livre. Patrologie latine, vol. 109 ; manuscrits médiévaux conservés.
70Lecture typologique médiévale d'Esther, figure de Marie et de l'Église ; Racine, Esther, Saint-Cyr, 1689.
71Première moitié : menaces accumulées des chapitres 1 à 5.
72Seconde moitié : retournements des chapitres 6 à 10.
73Lc 1, 52 : il renverse les puissants de leurs trônes. TOB 2010.
74Construction en chiasme autour du chapitre 6, la nuit d'insomnie : exégèse ancienne et moderne.
75Additions A à F à leur place narrative : songe, édits, prières, démarche, interprétation. Rahlfs, 2006.
76Jérôme : additions reportées en fin, chapitres 11 à 16. Vulgata, 2007.
77Lectionnaire romain, jeudi de la première semaine de Carême : la prière d'Esther. AELF.
78Article Le livre d'Esther : commentaire suivi chapitre par chapitre.
79Nom divin absent de l'hébreu (BHS, 1997) ; gouvernement par les secondes causes.
80Dt 31, 18 : astir panaï, je cacherai ma face ; jeu de mots rabbinique avec le nom d'Esther.
81Rm 8, 28 : tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu. TOB 2010.
82Est 4, 16 : trois jours sans manger ni boire, nuit et jour.
83Addition C : Esther dépouillée de ses ornements, rappelant Noé, Abraham et Daniel. Rahlfs, 2006 ; TOB 2010.
84Est 5, 4-8 : accusation différée au second banquet, la nuit d'insomnie entre les deux.
851 Clem 55 : par son jeûne et son humilité, elle implora le Maître. Sources Chrétiennes n. 167.
86Lc 1, 51-53 : renversement des puissants, élévation des humbles. TOB 2010.
87Est 6 à 9 : gibet, pourpre royale, 13 Adar retourné en victoire.
88Pr 26, 27 : qui creuse une fosse y tombera. TOB 2010.
89Ex 14 : la nuit de la délivrance ; 1 Co 5, 7 : le Christ, notre Pâque. TOB 2010.
90Ex 17, 8-16 : Amalec à Raphidim, bras de Moïse soutenus, Josué triomphe. TOB 2010.
911 S 15 : Agag épargné contre l'ordre, couronne perdue. TOB 2010.
92Est 2, 5 et 1 S 9, 1 : Kis, de la tribu de Benjamin, père de Saül. TOB 2010.
93Le Benjamite contre l'Agaguite : Mardochée achève l'œuvre manquée par Saül.
94Ep 6, 12 : combat contre les puissances ; Ap 12 : la Femme face au Dragon. TOB 2010.
95Raban Maur, Expositio in Hester (PL 109) : la reine de Suse figure de Marie, médiatrice et reine.
96Reine de Suse et Reine du Ciel ; banquet où l'ennemi est dénoncé et triomphe de la Femme (Gn 3, 15).
97Graduel des messes de la Vierge d'après Judith (gloire de Jérusalem) : même royauté de l'intercession honorée en Esther.
98Lecture typologique des Pères : Vasthi répudiée et la Synagogue ; Esther et l'Église des nations.
99Mardochée méprisé à la porte puis élevé au premier rang : figure du Christ humilié et exalté. Ph 2, 8-9. TOB 2010.
100Gn 12, 3 : en Abraham seront bénies toutes les familles de la terre. TOB 2010.
101Aucune citation explicite d'Esther dans le Nouveau Testament. Nestle-Aland, 28e édition, 2012.
102Festin et invités (Mt 22) ; Magnificat (Lc 1) ; complots retournés de la Passion.
103Mt 24, 15 : Daniel le prophète ; Mt 12, 40 : le signe de Jonas. TOB 2010.
104Lectionnaire romain, jeudi de la première semaine de Carême : Est C, psaume de la confiance, Mt 7, 7-12. AELF.
105Breviarium Romanum, édition 1961 : Esther lue en octobre, après Judith et avant les Maccabées.
106Carême : modèle de l'intercession ; automne : témoin de la providence.
107Le sceptre tendu et la reine évanouie : un des sujets bibliques les plus peints d'Occident.
108Artémisia Gentileschi, Esther devant Assuérus, vers 1628, Metropolitan Museum of Art, New York.
109Meguillot illustrées des synagogues ; vitraux médiévaux racontant Pourim.
110Racine, Esther, tragédie pour Saint-Cyr, 1689. Gallimard, Pléiade.
111Haendel, Esther, oratorio, 1718, version remaniée 1732 (HWV 50).
112Hypothèse d'une partie de l'exégèse : IIe ou IIIe siècle, roman de cour édifiant. Introductions de la TOB 2010 et des commentaires critiques.
113Silence des annales perses, invraisemblances de cour, absence à Qumrân, théologie discrète.
114Datation proposée et enseignée, mais non démontrée : présupposés à examiner un par un.
115Hérodote, livre III, 89-97 : vingt satrapies fiscales ; districts administratifs multiples dans les listes perses. Budé.
116Hérodote, livre VII, 114 et livre IX, 108-113 : Amestris ; harems multiples, annales ne retenant que la reine principale. Budé.
117Est 2, 5-6 : généalogie et déportation de la famille sous Jéchonias ; âge de Mardochée non donné. TOB 2010.
118Grottes de Qumrân : corpus partiel de la littérature juive ; trois réceptions indépendantes (Josèphe, Clément, Mishna).
119Tablettes de Persépolis : un fonctionnaire nommé Marduka à la cour sous Darius et au début de Xerxès. Hallock, Persepolis Fortification Tablets, Chicago, 1969.
120Dieulafoy, fouilles de Suse, 1884-1886 ; Morgan, 1901-1907 : palais, Apadana, salle du trône.
121Édits scellés irrévocables, courriers royaux : Hérodote, livre VIII, 98 ; Xénophon, Cyropédie, livre VIII, 6. Budé.
122Vocabulaire perse et protocole du Ve siècle : couleur d'un témoin, non d'un pastiche tardif.
123Dater par l'idéologie supposée du milieu : on décide d'abord de ce qu'un Juif du Ve siècle peut penser.
124Classer en fiction d'après la sobriété théologique, puis dispenser la vérification historique : cercle.
125Écarter Clément, Josèphe et la Septante comme témoins parce que croyants : traitement réservé à la seule Tradition.
126Écriture inspirée et sans erreur : Vatican I, Dei Filius (Denzinger 1787) ; récit vrai de la garde de Dieu.
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