Le livre d'Esther raconte comment une jeune orpheline juive de Suse, conduite au palais du roi de Perse et devenue reine, sauva tout son peuple d'un massacre programmé en risquant sa propre vie. L'action se déroule dans la capitale de la Perse, Suse[2], sous le règne du roi Assuérus — que les historiens identifient à Xerxès Iᵉʳ (486-465 av. J.-C.)[3]. C'est l'un des derniers livres de l'Ancien Testament par son cadre historique, et l'un des plus dramatiques : un récit de cour aux retournements vertigineux, où le bourreau finit pendu au gibet qu'il avait dressé pour sa victime.
Mais Esther est aussi le livre le plus déroutant de la Bible. Constat textuel : dans sa version hébraïque, le nom de Dieu n'y apparaît pas une seule fois : ni prière, ni miracle, ni mention explicite du Seigneur. Lecture spirituelle : ce silence n'est pas un oubli mais un art — Dieu y est partout présent et nulle part nommé, agissant par la trame des hasards, des jeûnes et des courages humains. C'est la leçon de la providence cachée, déjà rencontrée dans le livre de Ruth, poussée ici jusqu'au paradoxe.
Ce silence a pourtant troublé bien des lecteurs. Le texte grec du livre — reçu par l'Église comme Écriture inspirée — comporte de longues additions deutérocanoniques qui, elles, nomment Dieu explicitement et à de nombreuses reprises, mettent dans la bouche de Mardochée et d'Esther de bouleversantes prières, et encadrent le récit par le songe prophétique de Mardochée. Que ces explicitations répondent au trouble des lecteurs, c'est une hypothèse courante sur la formation du texte grec, non un fait établi ; ce qui est établi, c'est le fait textuel des deux formes et leur commune réception catholique. Trois fils conducteurs structurent donc l'article : (1) le récit lui-même, lu de près de Suse au triomphe des Juifs ; (2) les parties grecques et la question, proprement catholique, de la canonicité d'Esther ; (3) la fête de Pourim, l'historicité du livre et sa lecture théologique et chrétienne, où la tradition reconnaît en Esther une figure de la reine qui intercède pour son peuple.
Un livre singulier dans la Bible
Un livre où Dieu n'est jamais nommé
La particularité la plus célèbre du livre d'Esther tient en une phrase : dans le texte hébreu massorétique (la forme hébraïque fixée par les scribes juifs dits massorètes), Dieu n'est jamais nommé — ni sous le nom de YHWH, ni sous celui d'Élohim —, et l'on n'y trouve ni prière, ni sacrifice, ni allusion directe au culte. Avec le Cantique des cantiques — du moins selon la lecture la plus courante —, Esther est le seul livre de la Bible hébraïque dans ce cas[4]. Ce trait a longtemps gêné : comment un livre où Dieu se tait peut-il être parole de Dieu ?
La réponse de la tradition est que ce silence est voulu et signifiant. Dieu n'est pas absent du livre : il en est le maître d'œuvre invisible. Tout y est « hasard » — une insomnie du roi, un registre ouvert à la bonne page, une faveur obtenue au bon moment — et tout ce hasard converge si exactement vers le salut des Juifs que le lecteur ne peut qu'y reconnaître une main cachée. Une lecture traditionnelle des exégètes juifs croit même déceler, en quatre passages du texte hébreu (Est 1, 20 ; 5, 4 ; 5, 13 ; 7, 7), le nom divin YHWH dissimulé en acrostiche dans les initiales ou les finales de quatre mots successifs, à l'endroit ou à rebours — comme une signature secrète de Dieu sous le récit. C'est une lecture traditionnelle, jugée non prouvée dès l'International Standard Bible Encyclopedia (art. « Acrostic ») pour la littérature hébraïque ancienne : à recevoir comme une tradition, non comme une évidence du texte[5]. Qu'on retienne ou non ces acrostiches, le procédé du livre est clair : Dieu agit d'autant plus sûrement qu'il se montre moins.
Un livre à deux visages : l'hébreu et le grec
Le livre d'Esther nous est parvenu sous deux formes notablement différentes. La forme hébraïque (le texte massorétique) compte dix chapitres et ignore le nom de Dieu. La forme grecque (celle de la Septante, la traduction grecque ancienne de la Bible hébraïque) est plus longue d'environ cent sept versets, répartis en six grandes additions que la convention moderne désigne par les lettres A à F[6]. Ces additions ne sont pas de simples ornements : elles donnent au livre une épaisseur religieuse explicite qui manque à l'hébreu. On y lit le songe prophétique de Mardochée et son interprétation, le texte des deux édits royaux, et surtout les prières ardentes de Mardochée et d'Esther.
Cette double tradition explique une numérotation déroutante des chapitres. La Vulgate — la Bible latine de saint Jérôme — transmet ces additions regroupées à la fin du livre, après le chapitre 10, 3 (d'où les chapitres 10, 4 à 16, 24), faute de correspondant dans le texte hébreu[7]. Les bibles catholiques modernes — dont la traduction liturgique (AELF) — ont au contraire réinséré chaque addition à sa place logique dans le récit, au prix d'une numérotation à lettres (par exemple les prières en Est 4, 17A-17Z)[8].
La place du livre dans le canon
Comme Ruth, Esther appartient, dans la Bible hébraïque, à la troisième section, les Ketouvim (« Écrits »), et plus précisément au groupe des cinq rouleaux (Meguilloth) lus aux grandes fêtes. Esther est la Meguila par excellence : on la lit intégralement à la synagogue lors de la fête de Pourim, qu'elle institue[9]. Dans la Septante grecque, puis dans la Vulgate latine et les bibles chrétiennes, le livre est rangé parmi les livres historiques, à la suite des livres marquant la période perse.
Le récit, de Suse au triomphe des Juifs
Le festin d'Assuérus et la disgrâce de Vasthi
Le livre s'ouvre sur le faste démesuré de la cour perse. Le roi Assuérus, « qui régnait sur cent vingt-sept provinces, depuis l'Inde jusqu'à l'Éthiopie » (Est 1, 1), offre un banquet de cent quatre-vingts jours pour étaler sa gloire, suivi d'un festin de sept jours pour tout Suse[10]. Au septième jour, ivre, il ordonne à la reine Vasthi de paraître devant ses convives pour exhiber sa beauté. Vasthi refuse. L'affront jette la cour dans l'émoi : si la reine désobéit impunément, craignent les conseillers, « son attitude sera connue de toutes les femmes et leur fera mépriser leurs maris ». Vasthi est répudiée, et un édit proclame dans tout l'empire « afin que tout homme […] fût maître dans sa maison »[11]. Le trône est vacant : le ressort de l'intrigue est tendu.
Esther, la jeune Juive devenue reine
On rassemble alors les plus belles jeunes filles de l'empire pour donner une nouvelle reine au roi. Parmi elles, une orpheline juive de Suse, Hadassa — « le myrte » —, plus connue sous son nom perse d'Esther, « étoile »[12]. Elle a été élevée par son cousin Mardochée, présenté par le texte comme « un Juif… fils de Jaïre, fils de Shiméï, fils de Qish, homme de Benjamin » (Est 2, 5) — une ascendance de la tribu de Benjamin qui, par le nom de Qish, rappelle Saül, fils de Qish, Benjaminite (1 S 9, 1-2) : la tradition juive y reconnaît une même lignée, là où le seul texte biblique n'établit qu'un rapprochement de noms[13][14]. Sur le conseil de Mardochée, Esther cache son origine juive. Sa grâce lui gagne la faveur de tous ; « le roi la préféra à toutes les autres femmes » et la fait reine à la place de Vasthi[15].
Mardochée, qui veille près du palais, déjoue alors un complot : deux eunuques voulaient assassiner le roi. Il en avertit Esther, qui le rapporte au roi « au nom de Mardochée » ; l'affaire est consignée dans les annales royales — détail apparemment anodin qui jouera un rôle décisif[16].
Aman l'Agaguite et le décret d'extermination
Le roi élève à la première place du royaume un grand vizir, Aman, « fils de Hamdata, du pays d'Agag » (Est 3, 1) — c'est-à-dire un Agaguite, de la lignée d'Agag, roi des Amalécites, l'ennemi héréditaire d'Israël[17]. Tous se prosternent devant Aman ; seul Mardochée refuse de fléchir le genou. Furieux, et apprenant que Mardochée est juif, Aman conçoit un projet monstrueux : non pas se venger d'un homme, mais exterminer tout le peuple juif de l'empire.
Pour fixer le jour du massacre, Aman fait jeter le pur, c'est-à-dire le sort — un mot d'origine akkadienne (pūru, « sort, dé ») qui donnera son nom à la fête de Pourim[18]. Le sort tombe sur le treizième jour du douzième mois, le mois d'Adar. Aman obtient du roi, par le mensonge et la promesse de dix mille talents d'argent, un édit irrévocable scellé de l'anneau royal : en un seul jour, « d'exterminer, de tuer, de faire périr tous les Juifs, depuis les jeunes jusqu'aux vieillards, les femmes comme les enfants », et de piller leurs biens[19]. Les courriers partent vers les cent vingt-sept provinces ; Suse est dans la consternation.
« Qui sait si ce n'est pas pour un temps comme celui-ci ? »
Apprenant l'édit, Mardochée déchire ses vêtements, revêt le sac et la cendre, et pousse « un grand cri de douleur » aux portes du palais. Par messagers interposés, il presse Esther d'aller supplier le roi pour son peuple. Esther hésite : nul ne peut se présenter devant le roi sans être appelé, sous peine de mort — « sauf celui auquel le roi tend son sceptre d'or : il a la vie sauve » — et voilà trente jours qu'elle n'a pas été convoquée. Mardochée lui adresse alors l'une des plus grandes paroles de l'Ancien Testament :
« Ne t'imagine pas que, parce que tu es dans la maison du roi, tu en réchapperas, seule parmi les Juifs… Et qui sait si ce n'est pas en vue d'une circonstance comme celle-ci que tu as accédé à la royauté ? » — Mardochée à Esther, Est 4, 13-14[20]
Esther accepte alors de risquer sa vie, mais demande d'abord un combat spirituel : un jeûne de trois jours de tout le peuple juif de Suse, auquel elle s'associe avec ses servantes. Et elle conclut par une parole d'un courage absolu :
« C'est alors que j'irai chez le roi, en dépit de la loi, et s'il faut périr, je périrai. » — Esther, Est 4, 16[21]
C'est dans ce silence du jeûne que le texte grec place les grandes prières de Mardochée et d'Esther, qui font éclater au grand jour la foi que l'hébreu taisait (voir plus bas).
Le retournement : Aman pendu à son propre gibet
Esther s'avance vers le trône. Le roi, charmé, lui tend son sceptre d'or et lui promet jusqu'à « la moitié du royaume ». Avec une finesse remarquable, Esther ne dénonce rien encore : elle invite seulement le roi et Aman à un premier banquet, puis à un second[22]. Aman, gonflé d'orgueil, fait dresser chez lui une potence de cinquante coudées pour y pendre Mardochée dès le lendemain, sur le conseil de sa femme Zéresh[23].
Mais cette nuit-là, le roi ne trouve pas le sommeil. Il se fait lire les annales du royaume — et tombe précisément sur le complot jadis déjoué par Mardochée, resté sans récompense. Au matin, il demande conseil à Aman, qui vient justement réclamer la mort de Mardochée : « Comment faut-il traiter un homme que le roi désire honorer ? » Aman, croyant qu'il s'agit de lui, décrit les plus grands honneurs — qu'il doit aussitôt rendre lui-même, par ordre du roi, à Mardochée[24]. Le sort a tourné. Au second banquet, Esther démasque enfin Aman : « L'adversaire, l'ennemi, c'est Aman, ce misérable. » Le roi, furieux, sort ; et l'eunuque Harbona signale la potence qu'Aman avait dressée pour Mardochée.
« On pendit Aman à la potence qu'il avait préparée pour Mardochée, et la fureur du roi s'apaisa. » — Est 7, 10[25]
Le bourreau périt par l'instrument de son crime : c'est le renversement (la péripétie) au cœur du livre, qui dit en images la justice cachée de Dieu.
Le salut des Juifs et l'institution de Pourim
Un édit ne pouvant être abrogé en droit perse, le roi en promulgue un second, rédigé par Mardochée — désormais élevé à la place d'Aman — et scellé de l'anneau royal : il autorise les Juifs à se défendre et à se rassembler contre quiconque les attaquerait, le jour même fixé pour leur extermination[26]. Au treizième jour d'Adar, les Juifs l'emportent partout sur leurs ennemis. Mardochée institue alors une fête annuelle, les quatorze et quinze Adar, pour commémorer « ce mois-là, [où] l'affliction s'était changée pour eux en joie, et le deuil en jour de fête »[27] : c'est la fête de Pourim. Le livre se clôt sur la grandeur de Mardochée, « grand aux yeux des Juifs, et aimé de la multitude de ses frères » (Est 10, 3).
Les parties deutérocanoniques : les additions grecques
C'est ici que le livre d'Esther touche une question proprement catholique. Car le récit que l'on vient de lire — sobre, profane, sans Dieu nommé — n'est que la moitié du livre que l'Église reçoit comme inspiré. L'autre moitié, ce sont les additions grecques, absentes de la Bible hébraïque, mais pleinement canoniques pour les catholiques.
Six additions, cent sept versets
La version grecque ajoute au récit hébreu environ cent sept versets, répartis en six sections (sigles A à F selon la convention moderne)[28] :
| Addition | Place dans le récit | Contenu |
|---|---|---|
| A | Avant le ch. 1 | Le songe prophétique de Mardochée ; le complot des deux eunuques |
| B | Après 3, 13 | Le texte intégral de l'édit d'extermination d'Aman |
| C | Après 4, 17 | Les prières de Mardochée et d'Esther |
| D | Après 4, 17 | Esther, parée, s'avance devant le roi ; Dieu fléchit le cœur du roi |
| E | Après 8, 12 | Le texte intégral du contre-édit favorable aux Juifs |
| F | Après le ch. 10 | L'interprétation du songe de Mardochée ; colophon (note finale sur l'origine de la version grecque) |
La fonction de ces additions est claire : elles réintroduisent Dieu dans un livre qui l'avait tu. Là où l'hébreu ne le nomme jamais, le grec invoque « Dieu » ou « le Seigneur » explicitement, à de très nombreuses reprises[29]. Le combat profane de cour devient une histoire sainte explicite, portée par la prière et reconnue comme l'œuvre de Dieu.
Le songe de Mardochée et son interprétation
Les additions A et F forment un cadre autour du récit. Au tout début (addition A), Mardochée fait un songe énigmatique : deux dragons prêts à combattre, le tumulte des nations, et une petite source qui devient un grand fleuve, de la lumière et du soleil. À la fin (addition F), une fois les Juifs sauvés, Mardochée comprend son songe. La Vulgate en donne l'interprétation latine (traduction française de l'article) :
« La petite source qui devint un fleuve, qui se changea en lumière et en soleil et déborda en grandes eaux, c'est Esther, que le roi prit pour épouse… Les deux dragons, c'est moi et Aman. Les nations qui s'étaient rassemblées, ce sont ceux qui tentèrent d'effacer le nom des Juifs. » — Esther 10, 6-8 (Vulgate)[30]
Ce cadre transforme la lecture : ce qui semblait une suite de hasards de cour est révélé comme l'accomplissement d'une vision donnée par Dieu. Le songe et son explication enseignent que toute l'histoire avait un sens dès l'origine — sens que seul le dénouement dévoile.
Les prières de Mardochée et d'Esther
Le cœur spirituel des additions est l'addition C : au moment du jeûne de trois jours, Mardochée et Esther prient. Ces prières sont l'exact contrepoint du silence de l'hébreu. Mardochée s'adresse au Maître absolu de l'histoire :
« Seigneur, Seigneur, Roi souverain de l'univers, tout est soumis à ton pouvoir, personne ne peut s'opposer à toi quand tu veux sauver Israël. » — Prière de Mardochée, Est 4, 17B[31]
Esther, elle, dépose ses ornements de reine, se couvre de cendre, et supplie dans la solitude et la peur. Sa prière est l'un des plus beaux cris de détresse confiante de toute la Bible :
« Mon Seigneur, notre Roi, tu es l'Unique ; viens me secourir, car je suis seule, je n'ai pas d'autre secours que toi, et je vais risquer ma vie. » — Prière d'Esther, Est 4, 17L[32]
Elle confesse aussi, contre toute apparence, qu'elle déteste les honneurs où sa mission l'a placée — « l'orgueilleux emblème qui est sur ma tête » (le diadème) lui inspire du dégoût, et elle assure n'avoir « que dégoût pour la couche des incirconcis »[33]. Le grec dévoile ainsi une Esther tout intérieure, fidèle à la Loi sous ses habits de reine païenne : élevée au trône dès l'an 7 du règne (Est 2, 16), bien avant le décret d'extermination de l'an 12 (Est 3, 7), elle ne découvre que dans l'épreuve la mission providentielle de son élévation.
Deutérocanonique : Jérôme, le canon et le concile de Trente
Quel est le statut de ces additions ? Elles sont deutérocanoniques : reçues comme Écriture inspirée par l'Église catholique (et par les orthodoxes), mais rejetées par le judaïsme et, à sa suite, par les protestants, qui les classent parmi les « apocryphes »[34]. La raison est historique : ces passages n'existent qu'en grec, sans original hébreu conservé.
Dans la Vulgate — la Bible latine de saint Jérôme —, ces morceaux sont transmis à part, regroupés à la fin du livre après Est 10, 3 (d'où les chapitres 10, 4 à 16, 24), faute de correspondant dans l'hébreu[35]. Mais l'Église les lisait dans ses assemblées et les recevait avec révérence — non sans distinctions anciennes : dans sa Lettre festale 39 (§ 7), Athanase range Esther, avec Judith et Tobie, parmi les livres « à lire » aux fidèles tout en les distinguant des livres du canon[36]. Lorsque les réformateurs du XVIᵉ siècle voulurent les rejeter, le concile de Trente, en sa quatrième session, le 8 avril 1546, définit solennellement le canon des Écritures — y compris les parties deutérocanoniques d'Esther — comme « sacrées et canoniques » avec toutes leurs parties[37]. Pour le catholique, le livre d'Esther est donc un seul livre, en deux langues, intégralement parole de Dieu.
La fête de Pourim
Le sort (« pur ») retourné
La fête que le livre institue tire son nom de l'épisode central : le pur, c'est-à-dire le sort ou les dés qu'Aman avait jetés pour fixer le jour du massacre. « Pourim » en est le pluriel[38]. La fête célèbre donc un retournement : le sort tiré pour la mort des Juifs devient le jour de leur délivrance et de leur joie. La Catholic Encyclopedia le note avec concision : « Mardochée institua la fête de Pourim (les sorts) »[39].
La Meguila lue à la synagogue
Pourim se célèbre chaque année le 14 Adar — et le 15 dans les villes fortifiées d'autrefois, comme Suse et Jérusalem (Pourim Shushan) —, en février-mars, dans la diaspora comme en terre d'Israël[40][41]. Le rite central en est la lecture intégrale du livre d'Esther — la Meguila, le « rouleau » — à la synagogue, le soir puis le matin de la fête[42]. Dans beaucoup de communautés, l'assemblée couvre le nom d'Aman de huées et de crécelles pour « effacer » la mémoire de l'ennemi d'Israël — selon des usages variables d'un lieu à l'autre, la lecture elle-même devant rester audible : l'obligation d'entendre chaque mot de la Meguila prime sur le bruit[43][44]. S'y ajoutent les dons aux pauvres, l'échange de mets, et un festin joyeux[45]. Pourim est ainsi, des siècles avant et après le Christ, la grande fête juive de la survie du peuple de Dieu — et le livre d'Esther en est, littéralement, le livre liturgique.
Histoire et historicité
Assuérus, c'est-à-dire Xerxès Iᵉʳ
Le roi du livre, l'hébreu Ahashvérosh (latin Assuérus), est identifié par les historiens au grand roi perse Xerxès Iᵉʳ, qui régna de 486 à 465 avant Jésus-Christ[46]. La Catholic Encyclopedia le donnait déjà : Esther est « reine de Perse et épouse d'Assuérus, identifié à Xerxès »[47]. On notera une curiosité : la Septante grecque, elle, nomme partout ce roi « Artaxerxès » et non Xerxès[48] — fait textuel dont l'explication reste débattue et qui n'entame pas l'identification dominante avec Xerxès.
Une cour perse connue de l'intérieur
Le livre frappe par sa couleur perse : protocole de la cour de Suse, cent vingt-sept provinces, courriers royaux, irrévocabilité des lois des Mèdes et des Perses, organisation du harem royal, vocabulaire administratif. Ces traits, cohérents avec ce que l'on sait de l'administration achéménide, sont souvent invoqués en faveur d'un fond historique. C'est sur ce réalisme que la Catholic Encyclopedia (1909) fondait son jugement général : le livre serait « historique en substance et dans le détail » — « the vivacity and simplicity of the narrative; the precise and circumstantial details, as, particularly, the naming of unimportant personages, the noting of dates and events […] »[49].
Les difficultés historiques
L'honnêteté oblige cependant à reconnaître de réelles difficultés. Les sources perses et grecques ne connaissent ni la reine Vasthi, ni la reine Esther — absence d'attestation, non réfutation. L'historien grec Hérodote, qui décrit longuement la cour de Xerxès, nomme comme épouse du roi une certaine Amestris (VII, 114 ; IX, 108-113), reine bien en cour sous Xerxès[50]. Ce témoignage ne documente ni répudiation ni reine juive — mais il ne couvre, à lui seul, ni les années postérieures ni l'intérieur du harem : l'ériger en incompatibilité démontrée avec Esther, c'est déjà interpréter. Aussi l'identification d'Amestris — tantôt à Vasthi, tantôt à Esther elle-même — a-t-elle été tour à tour proposée, sans démonstration décisive d'un côté comme de l'autre. Certains chiffres du livre ont paru élevés à des lecteurs modernes — cinq cents hommes mis à mort à Suse (Est 9, 6), soixante-quinze mille dans les provinces (Est 9, 16). Mais, comme le rappelle la section suivante à partir de Dei Verbum § 12[51], l'inerrance porte sur ce que l'auteur sacré a voulu affirmer selon son genre littéraire : que ces chiffres relèvent du récit d'une délivrance totale, racontée avec l'art du conteur, ne retire rien à la vérité de la délivrance elle-même ; et le genre même du récit — intrigue à rebondissements, ironie, symétries parfaites — relève de l'art du conteur autant que de la chronique.
Aussi le livre a-t-il été lu par certains comme une nouvelle historique ou un « conte » édifiant, composé pour fonder et populariser la fête de Pourim plus que comme un procès-verbal d'archives. Cette lecture était déjà signalée en 1909 par la Catholic Encyclopedia parmi les opinions critiques[52] ; elle ne fait pas l'unanimité.
Le jugement de l'Église et le genre littéraire
Comment le catholique doit-il se situer ? Sans trancher une question d'histoire que les sources ne permettent pas de clore, il faut tenir deux choses. D'une part, rien n'oblige à juger le livre purement fictif : sa couleur perse est marquée, et la tradition l'a reçu comme le récit d'une délivrance réelle. D'autre part, reconnaître l'art littéraire d'un livre inspiré n'est nullement le disqualifier. Le concile Vatican II, dans Dei Verbum, rappelle d'abord que tout ce que les auteurs inspirés affirment doit être tenu pour affirmé par l'Esprit Saint (§ 11), puis qu'il faut tenir compte des genres littéraires pour saisir « ce que les hagiographes ont voulu affirmer » (§ 12)[53]. Autrement dit : l'inerrance porte sur ce que l'auteur sacré affirme conformément à son intention — et c'est cette intention qu'éclaire l'étude du genre littéraire. Que l'auteur d'Esther ait raconté une délivrance réelle avec l'art du conteur ne dissout pas le fait : il en éclaire le sens. L'Église, en canonisant le livre, en garantit la vérité — au premier chef cette vérité de salut qu'il enseigne : Dieu veille sur son peuple jusque dans l'exil, et il sauve par la fidélité des humbles.
Lecture théologique et spirituelle
La providence cachée : Dieu agit sans se montrer
Le premier enseignement d'Esther est une théologie de la providence cachée. Comme dans le livre de Ruth, Dieu n'agit pas par prodiges éclatants, mais par la trame des événements ordinaires : une insomnie royale, un registre consulté à temps, une grâce trouvée auprès du roi. Le silence du texte hébreu — où Dieu n'est jamais nommé — est ici une pédagogie : il oblige le lecteur à reconnaître Dieu sous les faits, et non à côté d'eux. C'est une spiritualité d'une grande actualité pour le croyant d'aujourd'hui, qui cherche la main de Dieu dans une vie sans miracles spectaculaires. Et c'est précisément ce silence que les additions grecques viennent confesser à voix haute par la prière : le Dieu caché de l'hébreu est le Dieu invoqué du grec.
« Pour un temps comme celui-ci » : la vocation et le courage
Le mot de Mardochée à Esther — « Qui sait si ce n'est pas en vue d'une circonstance comme celle-ci que tu as accédé à la royauté ? » (Est 4, 14) — est devenu l'une des grandes paroles bibliques sur la vocation. Il enseigne que nul n'est placé où il est par hasard : la position, les dons, les épreuves de chacun peuvent receler une mission que Dieu attend. Esther ne s'y dérobe pas. Mais — détail capital — elle n'agit qu'après un jeûne de trois jours et la prière : son courage n'est pas un coup de tête, il jaillit d'un combat spirituel et d'un abandon à Dieu (« et s'il faut périr, je périrai », Est 4, 16). Esther unit ainsi l'audace de l'action et l'humilité de la prière : elle agit en priant, et ne se jette dans le danger qu'en remettant sa vie à Dieu.
Mardochée, Aman et le vieux combat contre Amalec
La tradition juive lit le duel de Mardochée et d'Aman comme la reprise d'un très ancien conflit. Aman est « l'Agaguite », de la race d'Agag, roi des Amalécites ; or Amalec est, depuis l'Exode, l'ennemi juré d'Israël (Ex 17, 8-16). Mardochée, lui, est de la tribu de Benjamin et « fils de Qish » (Est 2, 5) — exactement comme le roi Saül, « fils de Qish », Benjaminite (1 S 9, 1-2). Or c'est Saül qui, jadis, avait épargné le roi Agag des Amalécites contre l'ordre de Dieu (1 S 15)[54]. Dans Esther, le Benjaminite Mardochée achève donc le combat que Saül avait laissé inachevé : Israël triomphe enfin d'Amalec. Cette lecture, midrashique, n'est pas imposée par le texte mais éclaire sa profondeur : l'histoire sainte travaille sur la longue durée, et Dieu reprend et accomplit ce que les hommes avaient manqué.
Esther, figure de la reine qui intercède
La tradition chrétienne a lu Esther à un second niveau, typologique. Esther est la reine qui, par sa beauté et son audace, ose s'avancer vers le roi pour intercéder en faveur d'un peuple condamné, et qui obtient sa grâce. Raban Maur, dans son Commentaire sur Esther dédié à l'impératrice Judith (Patrologia Latina, t. 109), y voit une figure de l'Église[55]. Saint Alphonse de Liguori, dans Les Gloires de Marie (Iʳᵉ partie, ch. I, sect. I), reprenant Albert le Grand, voit en la reine Esther intercédant auprès d'Assuérus pour son peuple condamné une figure de la Vierge Marie, « Reine » qui intercède auprès de Dieu pour les pécheurs menacés[56]. Le sceptre d'or que le roi tend à Esther (Est 5, 2) prolonge cette lecture : image de la faveur accordée à celle que Dieu a comblée de grâce. Cette typologie ne force pas le texte : elle en prolonge le sens, en reconnaissant dans la reine de Suse une médiatrice qui se met elle-même en danger pour sauver les siens — annonce lointaine de l'unique Médiateur.
Esther dans la mémoire de l'Église
L'Église catholique reçoit le livre d'Esther — additions comprises — comme Écriture inspirée, et en lit des passages à la liturgie, notamment la prière d'Esther, modèle de la supplication confiante dans l'épreuve. Le Catéchisme de l'Église catholique range nommément Esther parmi les saintes femmes de l'Ancien Testament par qui Dieu a préparé le salut :
« Les femmes saintes comme Sara, Rébecca, Rachel, Miryam, Débora, Anne, Judith et Esther, ont conservé vivante l'espérance du salut d'Israël. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 64[57]
Aux côtés de Judith — l'autre grande héroïne qui sauve son peuple —, Esther demeure pour le chrétien une figure de la fidélité courageuse : la jeune fille démunie que Dieu place là où il faut, au temps qu'il faut, pour que par elle son peuple soit sauvé.
Pour aller plus loin
- La Bible — le canon catholique des 73 livres, ses langues, sa transmission et son inspiration.
- L'Ancien Testament — la première Alliance et ses grands ensembles.
- Le livre de Judith — l'autre grand récit d'une femme qui, par son courage, sauve le peuple de Dieu.
- Le livre de Ruth — un autre court récit où une femme et la providence cachée tiennent le premier rôle.
- Le livre d'Esdras et Le livre de Néhémie — la condition juive sous les rois perses, à la même époque achéménide.
- Les livres des Maccabées — d'autres livres deutérocanoniques reçus par l'Église et rejetés du canon juif.
Notes et références
Sur l'auteur, « il n'y a que des conjectures » (Catholic Encyclopedia, 1909, art. « Esther », newadvent.org/cathen/05549a.htm) : le Talmud (Baba Batra 15a) attribue le livre à la Grande Assemblée ; saint Clément d'Alexandrie l'attribue à Mardochée ; saint Augustin propose Esdras (page vérifiée le 4 octobre 2026). La critique moderne débat d'une rédaction entre l'époque perse et l'époque grecque.
1Suse, « capitale de la Perse » (« Susan, the capital of Persia », Catholic Encyclopedia, 1909, art. « Esther », newadvent.org/cathen/05549a.htm — passage vérifié le 4 octobre 2026). L'Encyclopaedia Iranica (art. « Courts and courtiers », consulté le 4 octobre 2026) la décrit comme la capitale administrative de l'empire achéménide, dont la cour se déplaçait selon les saisons — l'hiver à Babylone, le printemps à Suse, l'été à Ecbatane (Xénophon, Cyropédie VIII, 6, 22 ; Anabase III, 5, 15 ; Strabon XI, 13, 1) : la formule simplifiée de « capitale d'hiver » a donc été retirée du corps de l'article.
2Xerxès Iᵉʳ, règne 486-465 av. J.-C. : Encyclopaedia Britannica, art. « Xerxes I ». L'identification d'Assuérus (héb. Ahashvérosh) à Xerxès était déjà celle de la Catholic Encyclopedia (1909), avec la chronologie ancienne (485-465).
3 46Texte massorétique (Biblia Hebraica Stuttgartensia, Deutsche Bibelgesellschaft) : aucun nom divin (YHWH, Élohim) dans Esther, ni prière ni culte. Le Cantique des cantiques est généralement rangé dans le même cas — avec une réserve débattue : en Ct 8, 6, le mot shalhebet-yah (« flamme de Yah » ?) est lu par plusieurs exégètes comme une forme abrégée du nom divin, ce qui ferait de ce verset l'unique mention de Dieu dans le Cantique (cf. A. Clarke, Commentary on the Bible, sur Ct 8, 6, citant les manuscrits de Kennicott et De Rossi qui séparent shalhebet Yah).
4Lecture traditionnelle de l'exégèse juive, décrite notamment par E. W. Bullinger (The Companion Bible, Appendix 60, « The Name of Jehovah in the Book of Esther ») : les initiales ou les finales de quatre mots successifs, à l'endroit ou à rebours, en Est 1, 20 ; 5, 4 ; 5, 13 ; 7, 7. L'International Standard Bible Encyclopedia, art. « Acrostic », juge en revanche ce procédé non prouvé dans la littérature hébraïque ancienne : à recevoir comme une tradition, non comme une évidence du texte.
5Texte grec : Septuaginta, éd. Rahlfs-Hanhart (Deutsche Bibelgesellschaft, Stuttgart) — environ 107 versets supplémentaires en six sections, siglées A à F selon la convention moderne : (A) songe de Mardochée et complot des eunuques ; (B) édit d'extermination ; (C) prières de Mardochée et d'Esther ; (D) Esther devant le roi ; (E) contre-édit ; (F) interprétation du songe et colophon. Cf. C. A. Moore, Daniel, Esther and Jeremiah: The Additions (Anchor Bible, Doubleday, 1977), introduction.
6 28Disposition observable dans la Vulgate : Biblia Sacra iuxta Vulgatam versionem, éd. R. Weber – R. Gryson (Deutsche Bibelgesellschaft, Stuttgart), Est 10, 4 – 16, 24.
7 35La Bible, traduction liturgique (AELF), Est 4 — les bibles catholiques modernes réinsèrent chaque addition grecque à sa place narrative au moyen d'une numérotation à lettres ; ainsi les prières de Mardochée et d'Esther sont numérotées Est 4, 17A à 4, 17Z. Sauf indication contraire, les citations du livre d'Esther suivent la traduction AELF.
8Esther appartient aux Ketouvim (« Écrits ») de la Bible hébraïque et fait partie des cinq Meguilloth (« rouleaux »). La lecture publique et intégrale du rouleau à la synagogue, le soir puis le matin de Pourim, est réglée par la Mishna, traité Meguila 1, 1 (14 Adar, 15 dans les villes fortifiées) et 2, 1-4, puis par le Talmud (Meguila 4a : lecture le soir et reprise le jour).
9 41 42 43La Bible, traduction liturgique (AELF), Est 1, 1-8 (Assuérus régnant « depuis l'Inde jusqu'à l'Éthiopie » sur cent vingt-sept provinces ; banquet de cent quatre-vingts jours, puis festin de sept jours à Suse).
10La Bible, traduction liturgique (AELF), Est 1, 10-22 (refus de la reine Vasthi, sa répudiation et l'édit « afin que tout homme […] fût maître dans sa maison »).
11« Esther », The Catholic Encyclopedia, vol. V, 1909 : le nom Esther signifie « étoile, bonheur » ; son nom juif est Edissa / Hadassah (« myrte »).
12La Bible, traduction liturgique (AELF), Est 2, 5-7 : « il y avait dans Suse-la-Citadelle un Juif du nom de Mardochée, fils de Jaïre, fils de Shiméï, fils de Qish, homme de Benjamin » ; Mardochée a élevé sa cousine Hadassa, c'est-à-dire Esther, orpheline.
13La Bible, traduction liturgique (AELF), 1 S 9, 1-2 (Saül, Benjaminite, fils de Qish) et 1 S 15 (Saül épargne Agag, roi des Amalécites, contre l'ordre du Seigneur) ; cf. Ex 17, 8-16 (Amalec, ennemi juré d'Israël). La tradition juive lit le conflit Mardochée (Benjaminite, fils de Qish) / Aman (l'Agaguite) comme la reprise et l'achèvement du combat Saül / Agag, Israël / Amalec.
14 54La Bible, traduction liturgique (AELF), Est 2, 8-17 (Esther au harem royal ; sur le conseil de Mardochée elle cache son peuple ; « le roi la préféra à toutes les autres femmes » et la fait reine à la place de Vasthi).
15La Bible, traduction liturgique (AELF), Est 2, 21-23 (Mardochée découvre le complot des deux eunuques Bigtan et Tèresh ; l'affaire est consignée « dans le livre des Chroniques » du royaume).
16La Bible, traduction liturgique (AELF), Est 3, 1-6 (élévation d'Aman « fils de Hamdata, du pays d'Agag » ; refus de Mardochée de se prosterner ; projet d'Aman d'exterminer tous les Juifs). La forme « l'Agaguite » rend l'hébreu hā-Agagî.
17La Bible, traduction liturgique (AELF), Est 3, 7 et 9, 24-26 : Aman jette le pur, c'est-à-dire le sort, pour fixer le jour du massacre ; d'où le nom de la fête, Pourim (pluriel de pur). Le mot remonte à l'akkadien pūru, « sort, dé » : Chicago Assyrian Dictionary, vol. P, s.v. pūru ; W. von Soden, Akkadisches Handwörterbuch, s.v. pūru(m) (« Los »).
18 38La Bible, traduction liturgique (AELF), Est 3, 8-15 (Aman obtient du roi, par calomnie et promesse de dix mille talents d'argent, un édit scellé de l'anneau royal « d'exterminer, de tuer, de faire périr tous les Juifs, depuis les jeunes jusqu'aux vieillards, les femmes comme les enfants » le 13 du mois d'Adar).
19La Bible, traduction liturgique (AELF), Est 4, 13-14 (parole de Mardochée à Esther : « Qui sait si ce n'est pas en vue d'une circonstance comme celle-ci que tu as accédé à la royauté ? »).
20La Bible, traduction liturgique (AELF), Est 4, 16 (jeûne de trois jours demandé par Esther ; « C'est alors que j'irai chez le roi, en dépit de la loi, et s'il faut périr, je périrai. »).
21La Bible, traduction liturgique (AELF), Est 5, 1-8 (le roi tend à Esther le sceptre d'or et lui promet jusqu'à « la moitié du royaume » ; Esther invite le roi et Aman à deux banquets successifs).
22La Bible, traduction liturgique (AELF), Est 5, 9-14 (sur le conseil de sa femme Zéresh et de ses amis, Aman fait dresser une potence de cinquante coudées pour y pendre Mardochée).
23La Bible, traduction liturgique (AELF), Est 6, 1-11 (l'insomnie du roi, la lecture des annales révélant le service oublié de Mardochée ; Aman contraint d'honorer publiquement Mardochée).
24La Bible, traduction liturgique (AELF), Est 7, 1-10 (Esther démasque Aman au second banquet ; « On pendit Aman à la potence qu'il avait préparée pour Mardochée, et la fureur du roi s'apaisa. »).
25La Bible, traduction liturgique (AELF), Est 8, 1-14 (Mardochée élevé à la place d'Aman ; un second édit, irrévocable comme le premier, autorise les Juifs à se rassembler et à se défendre).
26La Bible, traduction liturgique (AELF), Est 9, 17-32 (victoire des Juifs au 13 Adar ; institution par Mardochée de la fête annuelle des 14 et 15 Adar — « ce mois-là, l'affliction s'était changée pour eux en joie, et le deuil en jour de fête » (Est 9, 22) — la fête de Pourim).
27 40 45Dans l'Esther grecque prise dans son ensemble (récit et additions), « Dieu » ou « le Seigneur » est nommé explicitement à de très nombreuses reprises, là où l'hébreu ne le nomme jamais. Édition de référence : Septuaginta, éd. Rahlfs-Hanhart (Deutsche Bibelgesellschaft, Stuttgart).
29Vulgate, Esther 10, 6-8 (interprétation du songe de Mardochée — addition F) : « Parvus fons, qui crevit in fluvium… Esther est quam rex accepit uxorem… Duo autem dracones: ego sum, et Aman. Gentes, quæ convenerant: hi sunt, qui conati sunt delere nomen Judæorum. » (traduction française du corps de l'article d'après ce latin ; la page newadvent.org/bible/est010.htm présente ce passage en anglais dans la traduction de Knox, non dans celle de Douay-Rheims).
30La Bible, traduction liturgique (AELF), Est 4, 17A-B (prière de Mardochée — addition C) : « Seigneur, Seigneur, Roi souverain de l'univers, tout est soumis à ton pouvoir, personne ne peut s'opposer à toi quand tu veux sauver Israël. »
31La Bible, traduction liturgique (AELF), Est 4, 17L (prière d'Esther — addition C) : « Mon Seigneur, notre Roi, tu es l'Unique ; viens me secourir, car je suis seule, je n'ai pas d'autre secours que toi, et je vais risquer ma vie. »
32La Bible, traduction liturgique (AELF), Est 4, 17U et 4, 17W (Esther confesse n'avoir « que dégoût pour la couche des incirconcis » et avoir en horreur « l'orgueilleux emblème » — le diadème — qu'elle doit porter). Cf. la Vulgate, Esther 14, 15-16 (Douay-Rheims).
33Ces passages n'existent qu'en grec, sans original hébreu conservé : ils sont reçus comme Écriture inspirée par l'Église catholique — qui les a définis canoniques au concile de Trente (session IV, 8 avril 1546) — et par les Églises orthodoxes, tandis que le judaïsme et, à sa suite, le protestantisme les classent parmi les « apocryphes » bibliques.
34Athanase d'Alexandrie, Lettre festale 39, § 7 (367) : outre les livres du canon, il existe « d'autres livres… non compris dans le canon, mais prescrits par les Pères pour être lus » par les catéchumènes — dont la Sagesse, le Siracide, Esther, Judith et Tobie (je traduis ; cf. newadvent.org/fathers/2806039.htm).
36Concile de Trente, session IV, décret De canonicis Scripturis, 8 avril 1546 — définition du canon des Écritures, livre d'Esther et ses parties deutérocanoniques compris, reçus « avec toutes leurs parties » comme sacrés et canoniques.
37« Esther », The Catholic Encyclopedia, vol. V, 1909 : « Mardochai then instituted the feast of Purim (lots). »
39Coutume d'« effacer » le nom d'Aman par le bruit (huées, crécelles, pierres entrechoquées) : usage attesté dès le XIIIᵉ siècle chez les Tosafistes — des enfants entrechoquent des pierres marquées du nom d'Aman ; cf. National Library of Israel, « Erasing the Name of Haman the Wicked: The Origin of the Grogger ».
44« Queen of Persia and wife of Assuerus, who is identified with Xerxes » (Catholic Encyclopedia, 1909 — qui portait la chronologie ancienne 485-465) ; chronologie actuelle : Xerxès Iᵉʳ, 486-465 av. J.-C. (Encyclopaedia Britannica, art. « Xerxes I »).
47Dans le grec de la Septante (Septuaginta, éd. Rahlfs-Hanhart, Deutsche Bibelgesellschaft), le roi d'Esther est nommé Artaxerxès (Ἀρταξέρξης) et non Xerxès.
48« Esther », The Catholic Encyclopedia, vol. V, 1909 — sur l'historicité : « The opinion held by most Catholics and by some Protestants is, that the work is historical in substance and in detail », à cause de « the vivacity and simplicity of the narrative; the precise and circumstantial details, as, particularly, the naming of unimportant personages, the noting of dates and events […] » ; l'article signale aussi l'opinion critique selon laquelle le livre serait « a work of the imagination written to popularize the feast of Purim ».
49 52Hérodote, Histoires, VII, 114 (Amestris, épouse de Xerxès) et IX, 108-113 (son rang à la cour sous Xerxès) ; texte et traduction Ph.-E. Legrand, Collection des Universités de France, Les Belles Lettres, Paris. Ni Vasthi ni Esther ne sont attestées dans les sources perses et grecques ; Hérodote ne documente pas le sort d'Amestris sous le règne d'Artaxerxès.
50Concile Vatican II, constitution dogmatique Dei Verbum, 18 novembre 1965, §§ 11-12 — l'inerrance de ce que les auteurs inspirés affirment (§ 11) et la recherche de leur intention à travers les genres littéraires (§ 12) : « ce que les hagiographes ont réellement voulu affirmer ».
51 53Raban Maur, Expositio in librum Esther (Patrologia Latina, t. 109, col. 635-670), commentaire daté de 836 dans l'édition Migne et précédé d'une préface adressée à l'impératrice Judith (Præfatio ad Judith Augustam). Le dessein y est annoncé dès l'ouverture : « Liber Esther, quem Hebraei inter hagiographa annumerant, multipliciter Christi et Ecclesiae sacramenta in mysterio continet : quia ipsa Esther in Ecclesiae typo populum de periculo liberat… » (« Le livre d'Esther, que les Hébreux comptent parmi les hagiographes, contient en mystère, de multiples manières, les sacrements du Christ et de l'Église : car Esther elle-même, en figure de l'Église, délivre le peuple du péril… » ; latin vérifié le 4 octobre 2026 sur la numérisation du t. 109, archive.org). Au livre I : « Quod autem Esther typum Ecclesiae teneat… » (« Qu'Esther détienne le type de l'Église… »).
55Saint Alphonse de Liguori, Les Gloires de Marie, Iʳᵉ partie, ch. I : citant le bienheureux Albert le Grand, Esther — « une des figures de notre Reine Marie » — intercède auprès d'Assuérus pour la révocation du décret (Est 4 ; formulation vérifiée le 4 octobre 2026 sur le texte français). Le rapprochement avec le sceptre d'or (Est 5, 2) est un prolongement de l'article, non une formule de Liguori.
56Catéchisme de l'Église catholique, § 64 — Esther comptée parmi les saintes femmes de l'Ancien Testament qui « ont conservé vivante l'espérance du salut d'Israël ».
57