Le Cantique des cantiques

Le Cantique des cantiques, chant d'amour attribué à Salomon, est le livre le plus surprenant de la Bible : huit chapitres où l'amour humain dit l'amour de Dieu pour son peuple et du Christ pour l'Église.

Ignispedia

Le Cantique des cantiques — en hébreu Shir ha-Shirim — est le livre le plus surprenant de la Bible : huit chapitres de poèmes d'amour, sans récit, sans loi, sans nom de Dieu hormis une unique « flamme de Yah », et pourtant reçu par la Synagogue comme « le Saint des saints » et par l'Église comme Parole inspirée[1][2]. Son titre est déjà une déclaration : en hébreu, « cantique des cantiques » signifie le plus beau des cantiques, comme le « Saint des saints » est le lieu le plus saint et le « Roi des rois » le plus grand des rois[3].

Le livre s'ouvre sur une attribution sans détour : « LE CANTIQUE DES CANTIQUES. De Salomon. »[4] La tradition juive, les Pères et l'Église y ont toujours lu l'œuvre du roi sage, fils de David, qui composa « trois mille proverbes » et « mille cinq chants » selon le premier livre des Rois[5]. Les débats modernes sur la date et l'auteur viendront plus tard ; ils sont exposés loyalement en fin d'article, avec leurs limites.

Car le scandale apparent du livre est sa force : un chant d'amour humain, sensuel et nuptial, où l'Église a reconnu depuis toujours l'amour de Dieu pour son peuple, du Christ pour l'Église, et de l'âme pour Dieu. Les noces de Cana, l'épouse de l'Agneau, les quatre-vingt-six sermons de saint Bernard, le Cantique spirituel de saint Jean de la Croix : toute la tradition s'y est abreuvée[6]. Et le poème se referme sur un sommet que rien ne dépasse dans l'Ancien Testament : « Fort comme la mort est l'amour »[7].

Le Cantique appartient aux livres sapientiaux et poétiques de l'Ancien Testament, aux côtés de Proverbes, de l'Ecclésiaste, de la Sagesse et du Siracide. Mais aucun ne chante : lui seul est un chant.

Le nom et la place dans le canon

Shir ha-Shirim : le plus beau des cantiques

Le titre hébreu Shir ha-Shirim use d'un tour que la Bible réserve aux sommets : le génitif superlatif. De même que l'on dit « le Saint des saints » pour le lieu le plus saint du Temple, « le Roi des rois » pour le souverain suprême ou « les cieux des cieux » pour le plus haut du ciel, le « cantique des cantiques » est le chant au-dessus de tous les chants[8]. La Catholic Encyclopedia relève que les Pères y ont vu un gage de la dignité du livre : un tel titre ne saurait coiffer un poème profane, et il appelle une lecture à la hauteur de l'Écriture[9].

Le grec de la Septante traduit littéralement Asma Asmaton, et saint Jérôme, dans la Vulgate latine, Canticum canticorum : c'est de ce latin que vient notre « Cantique des cantiques »[10]. Le français courant dit aussi « le Cantique » tout court, ou « le Chant de Salomon ».

Dans la Bible hébraïque : l'un des cinq rouleaux

Dans le Tanakh, le Cantique appartient aux Ketouvim, les « Écrits », troisième partie de la Bible hébraïque après la Torah et les Prophètes. Plus précisément, il fait partie des cinq Meguillot, les « rouleaux » lus publiquement aux fêtes : le Cantique à Pessah (la Pâque), Ruth à Chavouot (la Pentecôte), les Lamentations le 9 Av, l'Ecclésiaste à Souccot (les Tentes) et Esther à Pourim[11]. Chaque fête a ainsi son rouleau, et la fête de la sortie d'Égypte a le chant des amours : pour la lecture juive, l'Exode débouche sur des noces[12].

Détail remarquable : le nom de Dieu n'apparaît nulle part dans le livre, sauf sous une forme abrégée au sommet du chapitre 8 : « fournaise divine », littéralement « flamme de Yah », diminutif de YHWH[13]. Loin d'être un oubli, cette discrétion fait partie du dessein : l'amour humain y est chanté si haut qu'il révèle, sans le nommer, Celui qui en est la source.

Dans la Bible chrétienne : entre l'Ecclésiaste et la Sagesse

La Septante grecque, puis la Vulgate latine, placent le Cantique parmi les livres dits sapientiaux ou poétiques, entre l'Ecclésiaste et la Sagesse, après les Proverbes[14]. L'ordre a un sens que la tradition a souvent médité : les Proverbes instruisent, Qohélet détrompe des vanités, le Cantique embrase d'amour, la Sagesse couronne. Rabbi Jonathan, cité par la tradition juive, proposait déjà un ordre selon les âges de Salomon lui-même : le Cantique de la jeunesse, les Proverbes de l'âge mûr, l'Ecclésiaste de la vieillesse[15].

Le canon de l'Église : Trente et les listes anciennes

Le Cantique figure dans toutes les listes canoniques reçues par l'Église. Le IIIᵉ concile de Carthage (397), reprenant Hippone (393), compte « les cinq livres de Salomon » — Proverbes, Ecclésiaste, Cantique, Sagesse, Ecclésiastique — parmi les Écritures[16]. Le Decretum Gelasianum transmis sous le nom du pape Gélase Iᵉʳ énumère de même « de Salomon trois livres : les Proverbes un, l'Ecclésiaste un, le Cantique des cantiques un »[17]. Et le concile de Trente, à sa IVᵉ session (8 avril 1546), définit le canon en nommant expressément « Canticum canticorum » aux côtés des Proverbes et de l'Ecclésiaste[18]. Jamais, dans l'Église catholique, la canonicité du livre n'a été remise en cause[19].

L'auteur selon la tradition : Salomon

Ce que le livre dit de lui-même

Le premier verset attribue le poème à Salomon, et le livre entier respire son règne. Le Bien-aimé y est appelé « le roi » dès le premier chapitre, qui « m'a fait entrer en ses demeures »[20] ; le chapitre 3 décrit un cortège royal, « le roi Salomon » nommé par deux fois, avec sa litière, son escorte de soixante vaillants et « le jour de ses noces »[21]. Au dernier chapitre, Salomon possède une vigne à Baal-Hamone affermée à des gardiens pour mille pièces d'argent — et la Bien-aimée lui répond : « À toi, Salomon, les mille pièces », gardant sa propre vigne sous ses yeux[22].

Cette aisance royale correspond au portrait que les livres historiques tracent du fils de David : sagesse sans égale, commerce avec toutes les nations, passion des jardins, des parfums et des bêtes. Le premier livre des Rois rapporte qu'il « prononça trois mille proverbes, et ses chants furent au nombre de mille cinq », et qu'il « parla sur les arbres, depuis le cèdre du Liban jusqu'à l'hysope qui sort du mur », sur les bêtes, les oiseaux, les reptiles et les poissons[23]. La Catholic Encyclopedia souligne que le Cantique porte exactement cette marque : vingt et un noms de plantes, quinze noms d'animaux, un amour de la nature, de la beauté et de la splendeur royale, joint à une simplicité idéale et à une tendresse dignes du roi pacifique[24]. Le nom même de Salomon, apparenté à shalom, la paix, scelle cette convenance : le roi de la paix chante l'amour en paix.

Les témoins anciens de l'attribution

La tradition qui donne le livre à Salomon ne date pas du Moyen Âge : elle est déjà celle du judaïsme ancien. Le Talmud de Babylone (Baba Batra 15a) rapporte qu'Ézéchias et son collège « mirent par écrit » Isaïe, les Proverbes, le Cantique et Qohélet — rangeant le Cantique parmi les livres du sage roi recueillis sous le roi Ézéchias, à la fin du VIIIᵉ siècle av. J.-C.[25]. Rabbi Hiyya le Grand, vers la fin du IIᵉ siècle apr. J.-C., enseigne que l'Esprit de Dieu reposa sur Salomon devenu vieux et lui fit écrire les trois livres : Proverbes, Ecclésiaste et Cantique[26].

Du côté chrétien, l'unanimité est la même. La Septante transmet le livre parmi ceux de Salomon ; la Vulgate de saint Jérôme le reçoit tel quel ; les listes de Carthage et du Gélasien le comptent parmi « les livres de Salomon »[27][28]. Origène, Grégoire de Nysse, Ambroise, Augustin et Jérôme le commentent tous comme Écriture salomonienne[29]. Quand Théodore de Mopsueste, au Vᵉ siècle, prétend n'y voir qu'un chant d'amour profane indigne de l'Esprit Saint, le scandale est tel que le IIᵉ concile de Constantinople (553) rejette sa lecture, et son propre disciple Théodoret lui oppose le témoignage unanime des Pères : Eusèbe en Palestine, Origène en Égypte, Cyprien à Carthage, Basile, les deux Grégoire, Diodore, Chrysostome, « tous d'un même accord »[30].

Surtout, le Nouveau Testament prépare cette réception : sans citer le Cantique verset par verset, il en reprend l'imagerie nuptiale à chaque page — l'Époux qui vient, les noces, l'épouse parée — de l'Évangile de Jean à l'Apocalypse[31]. L'Église qui lit ces noces n'invente rien : elle déploie ce que le Cantique contenait en germe.

Pourquoi l'attribution traditionnelle reste défendable

Trois faisceaux d'indices internes soutiennent la main salomonienne. D'abord la science naturelle du poème : les plantes du Liban et de Galaad, les vignes d'Enn-Guèdi, les troupeaux, les parfums d'Arabie supposent un observateur qui a vu le monde entier défiler à sa cour, comme les Rois le disent de Salomon recevant les présents et les récits de tous les pays[32][33]. Ensuite la géographie mêlée du Nord et du Sud : Jérusalem et le Liban, Tirça et Galaad, le Sarone et Enn-Guèdi. La mention de Tirça aux côtés de Jérusalem (« Belle comme Tirça ») a servi à dater le livre après Salomon, quand Tirça fut capitale du royaume du Nord ; mais la comparaison ne porte que sur la beauté, et Tirça avait avant tout la réputation d'une ville ravissante — l'argument, notent les commentateurs catholiques, a plus de valeur subjective qu'objective[34]. Enfin la sagesse du livre : sentences, énigmes amoureuses, art du dialogue, tout rappelle les Proverbes du même auteur[35].

Quant aux tournures aramaïsantes ou aux mots étrangers qu'on allègue contre l'ancienneté — le pardès, « verger, paradis », d'origine perse (Ct 4, 13), ou l'appiryon, « litière », d'origine grecque (Ct 3, 9) —, la réponse traditionnelle tient en une phrase : à la cour de Salomon, carrefour du commerce entre l'Égypte, l'Arabie et la Mésopotamie, qui recevait tributs, présents et mots de toutes les nations, de telles rencontres ne sauraient surprendre[36]. On y reviendra dans la section du débat moderne : un mot voyageur ne date pas un poème.

Le plan du livre : un dialogue en huit chapitres

Le Cantique n'est ni un récit suivi ni un recueil décousu : c'est un poème d'amour en dialogue, tenu d'un bout à l'autre par les mêmes voix et les mêmes refrains. Trois personnages chantent : la Bien-aimée, qui porte l'essentiel du poème ; le Bien-aimé, tour à tour berger et roi, appelé Salomon ; et le chœur des filles de Jérusalem, qui interrogent, admirent et reçoivent la confidence[37]. On y joint parfois les frères de la Bien-aimée, qui paraissent au dernier chapitre pour la « petite sœur »[38].

Le tableau ci-dessous propose le découpage suivi par cet article. Les commentateurs se partagent entre quatre et sept scènes ; l'essentiel est ailleurs : une action qui progresse, de la rencontre aux noces puis à la vie conjugale — fiançailles et attente, jour des noces (Ct 3, 6 – 5, 1), vie des époux, sommet final[39].

SectionChapitresContenuRepère
Prologue : le désir1, 1-4La Bien-aimée appelle le Bien-aimé ; entrée du roi« Qu'il me donne les baisers de sa bouche »
Dialogue des bergers1, 5 – 2, 7Beauté mutuelle, vignes à garder, premier refrain« N'éveillez pas l'Amour » (2, 7)
Le Bien-aimé qui vient2, 8 – 3, 5Printemps, « lève-toi, viens », nuit de recherche« J'ai trouvé celui que mon âme désire » (3, 4)
Le jour des noces3, 6 – 5, 1Cortège de Salomon, portrait de l'épouse, festin« Mangez, amis, buvez » (5, 1)
Absence et quête5, 2 – 6, 3La porte fermée, les gardes, second portrait« Mon bien-aimé est à moi » (6, 3)
La Sulamite reine6, 4 – 7, 1« Belle comme Tirça », la danse, la Sulamite« Reviens, reviens, Sulamite » (7, 1)
Le jardin ouvert7, 2 – 8, 4Troisième portrait, les mandragores, dernier refrain« N'éveillez pas l'Amour » (8, 4)
Le sceau de l'amour8, 5-14Montée du désert, « fort comme la mort », épilogue« Fuis, mon bien-aimé » (8, 14)

Les refrains qui tiennent le poème

Trois formules reviennent comme des bornes et prouvent l'unité du dessein. La première, trois fois adressée aux filles de Jérusalem — « Je vous en conjure, filles de Jérusalem, par les gazelles, par les biches des champs, n'éveillez pas, ne réveillez pas l'Amour, avant qu'il le veuille » — scande les chapitres 2, 3 et 8[40][41]. La deuxième, l'appartenance mutuelle — « Mon bien-aimé est à moi, et moi, je suis à lui » — revient aux chapitres 2 et 6[42]. La troisième, qui ouvre et ferme la nuit des amants — « Avant le souffle du jour et la fuite des ombres » — encadre les chapitres 2 et 4[43][44]. Un recueil de pièces disparates, rassemblées au hasard, ne présenterait pas une telle architecture de reprises : le poème se répond à lui-même, du premier appel au dernier sceau.

Les trois portraits de la Bien-aimée

Trois fois, le Bien-aimé décrit son amie dans le genre antique du wasf, l'éloge détaillé : au chapitre 4 — « Tes yeux sont des colombes au travers de ton voile. Ta chevelure : un troupeau de chèvres qui dévalent du mont Galaad », les dents comme des brebis qui remontent du bain, les lèvres comme un ruban d'écarlate —, au chapitre 6 (mêmes images resserrées, avec Tirça et Jérusalem), au chapitre 7 (depuis les sandales jusqu'à la tête)[45]. Chaque portrait s'achève sur une parole plus grande que la louange :

« Tu es toute belle, ô mon amie ! Nulle tache en toi ! » — Le Cantique des cantiques 4, 7[46]

C'est ce verset, lu par l'Église comme une annonce de l'Immaculée, qui a fait entrer le Cantique dans les offices de Marie.

La théologie du Cantique

L'amour humain, œuvre de Dieu

Premier niveau, jamais aboli par les suivants : le Cantique dit vrai sur l'amour de l'homme et de la femme. Le désir, la beauté admirée, la jalousie, la joie des retrouvailles, la peine de l'absence — tout y est chanté sans honte et sans vulgarité. « Il m'a menée vers la maison du vin : l'enseigne au-dessus de moi est Amour »[47] : l'amour y est une maison où l'on entre, un étendard sous lequel on se range. Et la Bien-aimée malade d'amour demande qu'on la soutienne « par des gâteaux de raisins » et des pommes[48] : le corps a sa part, voulue par Dieu dès la Genèse — « ils seront une seule chair ».

C'est pourquoi l'Église n'a jamais lu le Cantique comme un texte embarrassant à excuser, mais comme la charte biblique de l'amour sponsal. Le mariage y apparaît comme Dieu l'a institué : don total, exclusif, définitif. Le sceau du chapitre 8 — sur le cœur et sur le bras, c'est-à-dire sur l'intime et sur l'agir — dit l'alliance que rien ne rompt[49]. Les futurs époux qui choisissent ce passage pour leur mariage entendent la plus haute définition que l'Ancien Testament donne de leur engagement.

L'allégorie reçue : Dieu et son peuple, le Christ et l'Église

Second niveau, celui que la Synagogue puis l'Église ont toujours tenu pour le sens plénier : l'amour chanté est l'image de l'Alliance. Rabbi Aqiba, vers la fin du Iᵉʳ siècle, tranche le débat sur la sainteté du livre par une parole restée célèbre : nul en Israël n'a jamais contesté que le Cantique rende les mains impures — car si tous les Écrits sont saints, « le Cantique des cantiques est le Saint des saints »[50].

« Le monde entier ne vaut pas le jour où le Cantique des cantiques a été donné à Israël, car tous les Écrits sont saints, mais le Cantique des cantiques est le Saint des saints. » — Rabbi Aqiba, Mishna Yadayim 3, 5[51]

Pour Aqiba, le poème dit l'amour de Dieu pour Israël, manifesté dans l'Exode et scellé au Sinaï.

L'Église lit de même, en plénitude chrétienne. Les prophètes avaient déjà frayé la voie : Osée épouseur de l'infidèle, Jérémie rappelant « l'amour de tes fiançailles », Ézéchiel décrivant Jérusalem parée par Dieu comme une épouse[52]. Le Nouveau Testament accomplit : Jean-Baptiste désigne Jésus comme « l'Époux », les paraboles parlent des noces et des vierges sages, Paul écrit que le Christ « a aimé l'Église et s'est livré pour elle » pour se la présenter « sans tache ni ride », et l'Apocalypse s'achève sur les noces de l'Agneau et la Jérusalem parée « comme une épouse »[53]. La Catholic Encyclopedia montre que seule cette lecture donne au poème sa cohérence : à vouloir y suivre un simple chant profane, on n'obtient aucune exposition suivie ; dans l'allégorie, toutes les parties se combinent en un tout homogène, et le titre de « Cantique des cantiques » reçoit enfin son explication[54].

Les maîtres médiévaux ont fixé les quatre sens dont le Cantique est devenu l'école : littéral, l'amour de Salomon et de la Sulamite ; allégorique, le Christ et l'Église ; tropologique ou moral, Dieu et l'âme fidèle ; anagogique, l'Église de la terre en marche vers les noces du ciel. Honorius d'Autun a laissé une exposition du livre selon ces quatre sens qui reste un modèle du genre[55]. Aucun sens n'annule les autres : le premier fonde, les suivants élèvent.

Marie, la Toute-Belle sans tache

Troisième application, la plus chère à la piété catholique : la Bien-aimée est Marie. « Tu es toute belle, ô mon amie ! Nulle tache en toi ! » — l'Église y entend la Vierge préservée de toute tache, et le Bréviaire comme le Missel ont appliqué à la Mère de Dieu les passages du Cantique, notamment « Tu es toute belle » et le jardin fermé, « fontaine close, source scellée », image de la virginité perpétuelle[56][57]. Saint Ambroise, dans son De virginibus, cite le Cantique à chaque page pour peindre la Vierge, et c'est par lui que la lecture mariale est entrée dans l'Occident latin[58].

Le printemps du chapitre 2 est devenu dans les offices et les tableaux l'image de Marie visitée par l'ange et comblée de grâce :

« Il parle, mon bien-aimé, il me dit : Lève-toi, mon amie, ma toute belle, et viens… Vois, l'hiver s'en est allé, les pluies ont cessé, elles se sont enfuies. Sur la terre apparaissent les fleurs, le temps des chansons est venu et la voix de la tourterelle s'entend sur notre terre. » — Le Cantique des cantiques 2, 10-12[59] La liturgie n'hésite pas : celle que Dieu s'est choisie pour mère est la plus belle réalisation créée de l'épouse du Cantique.

Dieu et l'âme : la lecture des mystiques

Quatrième application, la plus intérieure : chaque âme en grâce est l'épouse. Le Bien-aimé qui cherche, qui frappe, qui se retire pour se faire désirer, puis revient — toute l'alternance de présence et d'absence qui fait le drame du poème — décrit l'oraison mieux que bien des traités. La nuit de recherche du chapitre 3 — « Sur mon lit, la nuit, j'ai cherché celui que mon âme désire ; je l'ai cherché, je ne l'ai pas trouvé… À peine les avais-je dépassés, j'ai trouvé celui que mon âme désire : je l'ai saisi et ne le lâcherai pas » — est devenue le texte classique des purifications intérieures, relu par des générations de contemplatifs[60].

C'est ici que le Cantique a porté ses fruits les plus doux : l'âme qui se sait aimée répond à l'amour, et l'amour grandit par l'épreuve. « Mon bien-aimé est à moi, et moi, je suis à lui » : la formule de l'alliance devient la devise de la vie intérieure[61].

L'accomplissement chrétien : les noces de l'Agneau

De l'Époux des Évangiles à l'épouse de l'Apocalypse

Le Christ s'est lui-même désigné comme l'Époux : « Les compagnons de l'époux peuvent-ils jeûner pendant que l'époux est avec eux ? »[62] Jean-Baptiste, le dernier des prophètes, s'efface devant lui en se disant « l'ami de l'époux » qui « se réjouit de la voix de l'époux »[63] — une phrase qui semble répondre, à travers les siècles, à la Bien-aimée guettant « la voix de mon bien-aimé »[64]. Les paraboles des noces et des vierges, le vin nouveau des noces de Cana, l'Église « sans tache ni ride » de l'épître aux Éphésiens, l'épouse qui dit « Viens ! » à la fin de l'Apocalypse : tout le Nouveau Testament est traversé par la trame nuptiale dont le Cantique est la source vétérotestamentaire la plus pure[65].

Saint Jean-Paul II : le Cantique dans la théologie du corps

À la fin de son grand cycle sur la théologie du corps, saint Jean-Paul II a consacré plusieurs audiences générales au Cantique des cantiques (audiences 108 à 113, à partir du 23 mai 1984), relisant le poème dans la tradition de l'amour conjugal qui remonte à la Genèse[66]. Le pape y montre que le contenu du Cantique est à la fois charnel et sacré : l'éros des époux, vécu dans la vérité et la liberté, révèle quelque chose de l'amour même de Dieu, au lieu de s'y opposer. C'est la réponse magistérielle la plus récente à la vieille tentation de rougir du livre : l'Église ne demande pas de détourner les yeux du corps des époux, mais d'y reconnaître le langage dont Dieu s'est servi pour dire son Alliance.

Le sommet : fort comme la mort est l'amour

Le chapitre 8 porte le sceau final, le passage le plus cité de tout le livre :

« Pose-moi comme un sceau sur ton cœur, comme un sceau sur ton bras. Car l'amour est fort comme la Mort, la passion, implacable comme l'Abîme : ses flammes sont des flammes de feu, fournaise divine. Les grandes eaux ne pourront éteindre l'amour, ni les fleuves l'emporter. Un homme donnerait-il toutes les richesses de sa maison pour acheter l'amour, il ne recueillerait que mépris. » — Le Cantique des cantiques 8, 6-7[67]

Tout y est : le sceau, signe de l'alliance définitive ; la Mort et l'Abîme, les deux seules puissances que l'amour affronte à égalité ; la « fournaise divine », seule occurrence du nom de Dieu dans le livre, comme si le poème ne pouvait s'achever sans nommer enfin sa source ; et la gratuité absolue — l'amour ne s'achète pas, il se reçoit et se donne. Les commentateurs y voient le pendant vétérotestamentaire de l'hymne à la charité de saint Paul : ce que la première Alliance chante en images, la Nouvelle le proclamera en doctrine[68].

Quinze siècles de lecture : les grands commentateurs

Aucun livre de l'Ancien Testament, à proportion de sa brièveté, n'a été autant commenté. Le Cantique est le texte où chaque génération de l'Église est venue apprendre le langage de l'amour divin — et chaque école y a laissé son chef-d'œuvre.

  1. Vers 90-135
    Rabbi Aqiba : le Saint des saints

    Face aux discussions sur la sainteté du livre, Aqiba tranche : le Cantique rend les mains impures comme toute Écriture, et il est « le Saint des saints ». La lecture allégorique — l'amour de Dieu pour Israël — fonde la réception juive[69].

  2. Vers 240
    Origène : le premier commentaire chrétien

    À Alexandrie puis à Césarée, Origène compose le premier grand commentaire chrétien du Cantique, dont le prologue et une partie nous sont parvenus en traduction latine, ainsi que deux homélies. Il y fixe la lecture ecclésiale : l'Époux est le Christ, l'épouse est l'Église et l'âme[70].

  3. Vers 390
    Grégoire de Nysse : quinze homélies

    Le Cappadocien prêche quinze homélies sur les six premiers chapitres, conservées en grec : l'épouse y progresse de vertu en vertu, et l'amour devient le nom même de la montée vers Dieu[71].

  4. Vᵉ siècle
    Théodoret contre Théodore de Mopsueste

    Théodore réduit le Cantique à un chant profane ; Théodoret lui oppose tous les Pères, d'Eusèbe à Chrysostome. Le IIᵉ concile de Constantinople (553) donne raison à la lecture ecclésiale[72].

  5. VIIIᵉ-XIIᵉ siècle
    Bède, Honorius et l'école médiévale

    Le vénérable Bède prépare la matière des petits commentaires ; au XIᵉ siècle, Honorius d'Autun déploie le livre selon les quatre sens ; les rabbins, avec Rachi, fixent la lecture allégorique juive[73].

  6. 1135-1153
    Saint Bernard : quatre-vingt-six sermons

    L'abbé de Clairvaux prêche aux moines ses sermons sur le Cantique, de 1135 à sa mort : quatre-vingt-six sermons qui couvrent à peine les trois premiers chapitres, et qui restent le sommet de l'exégèse monastique de l'amour[74]. Gilbert de Hoyland les continue par quarante-huit sermons supplémentaires[75].

  7. 1577-1584
    Thérèse d'Avila et Jean de la Croix

    Thérèse commente des paroles du Cantique dans ses Pensées sur l'amour de Dieu ; Jean de la Croix, en prison à Tolède, compose son Cantique spirituel — trente-neuf strophes dans la première rédaction, quarante dans la seconde — puis le commente strophe par strophe : l'âme-épouse y cherche l'Époux jusque dans l'union[76][77].

  8. 1984
    Saint Jean-Paul II : la théologie du corps

    Les audiences 108 à 113 relisent le Cantique comme charte de l'amour conjugal : le corps des époux parle le langage de Dieu[78].

CommentateurÉpoqueŒuvre sur le CantiqueLecture propre
Rabbi AqibaVers 90-135Sentence de la Mishna (Yadayim 3, 5)Dieu et Israël ; le Saint des saints
OrigèneVers 240Commentaire (partiel, en latin) et 2 homéliesLe Christ et l'Église ; le Christ et l'âme
Grégoire de NysseVers 39015 homélies sur Ct 1-6La montée de l'âme, de vertu en vertu
Théodoret de CyrVᵉ siècleCommentaire gardé en grecDéfense de la lecture ecclésiale
RachiXIᵉ siècleCommentaire suiviL'amour de Dieu pour Israël dans l'histoire
Saint Bernard1135-115386 sermons sur Ct 1-3L'expérience monastique de l'amour
Saint Jean de la Croix1577-1584Cantique spirituel (39 puis 40 strophes)La quête de l'âme jusqu'à l'union
Saint Jean-Paul II1984Audiences 108-113L'éros conjugal, langage de Dieu

L'usage liturgique, à la synagogue et à l'Église

Le rouleau de Pessah

Dans le judaïsme, le Cantique est le rouleau de la Pâque : on le lit publiquement pendant Pessah, la fête qui célèbre la sortie d'Égypte[79]. Le lien n'est pas décoratif. Pessah commémore les fiançailles de Dieu avec son peuple — « je te fiancerai à moi pour toujours », dit Osée — et le Cantique chante ces fiançailles accomplies[80]. Le printemps du chapitre 2, avec ses fleurs, ses figues naissantes et sa vigne en fleur, correspond d'ailleurs à la saison de Pessah, au renouveau de la nature comme à celui du peuple libéré[81].

Dans l'Église : Madeleine, les époux, Marie

La liturgie catholique a gardé au Cantique trois places d'honneur. La première est la fête de sainte Marie-Madeleine (22 juillet), dont la première lecture est la nuit de recherche du chapitre 3 : « Sur mon lit, la nuit, j'ai cherché celui que mon âme désire… j'ai trouvé celui que mon âme désire : je l'ai saisi et ne le lâcherai pas »[82]. Madeleine cherchant Jésus au tombeau accomplit la Bien-aimée cherchant le Bien-aimé : la liturgie le dit sans détour.

La deuxième est le mariage : le rituel propose le Cantique parmi les lectures d'Ancien Testament entre lesquelles les futurs époux choisissent, avec son sommet — « Fort comme la mort est l'amour » — comme définition de leur engagement[83]. Peu de pages de la Bible disent aussi fortement l'indissolubilité et la gratuité du don.

La troisième est l'office de la Vierge : le Bréviaire et le Missel appliquent à Marie les versets de la Toute-Belle et du jardin fermé, et saint Ambroise en a fait la matière de son De virginibus[84][85]. Chaque fête mariale porte ainsi, en filigrane, la voix du Cantique.

Ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites

Reste à exposer loyalement l'autre lecture : celle d'une partie de l'exégèse contemporaine, qui déplace la composition du Cantique loin de Salomon. La présenter n'est pas la subir : c'est montrer ce qu'elle apporte, puis où elle reste fragile.

Les hypothèses tardives et leurs arguments

Une partie de l'exégèse contemporaine propose de dater le livre des IVᵉ ou IIIᵉ siècles av. J.-C., parfois de l'époque perse ou du début de l'époque hellénistique, et d'y voir non l'œuvre d'un auteur mais une anthologie de poèmes d'amour, certains comptant jusqu'à dix-sept pièces, fondues par un compilateur[86]. Trois arguments reviennent. D'abord la langue : aramaïsmes, le pardès perse de Ct 4, 13, l'appiryon grec de Ct 3, 9, et des tournures qu'on dirait post-exiliques. Ensuite Tirça : nommée aux côtés de Jérusalem en Ct 6, 4, elle n'aurait pu servir de terme de comparaison qu'au temps où elle était capitale du royaume du Nord, après Salomon et avant Samarie. Enfin le genre : des chants d'amour très proches, conservés sur papyrus égyptiens du IIᵉ millénaire, montreraient que le Cantique appartient à une veine littéraire commune du Proche-Orient ancien, plutôt qu'à la plume d'un roi[87]. La suscription « de Salomon » se lirait alors « pour Salomon » ou « à la manière de Salomon » : une dédicace, non une signature.

Les limites de ces reconstructions

Ces hypothèses méritent mieux qu'un haussement d'épaules — et mieux qu'une soumission. Quatre fragilités les traversent.

La datation par la langue est largement circulaire. On date tels idiotismes de telle époque parce qu'on ne les rencontre que dans des textes qu'on a déjà datés de cette époque — puis on date le Cantique par ces idiotismes. Or la cour de Salomon, attestée par les Rois eux-mêmes comme le rendez-vous des marchands, des ambassades et des sages de toutes les nations, est précisément le lieu où des mots perses, araméens ou égéens pouvaient se croiser dès le Xᵉ siècle[88][89]. Un mot voyageur prouve un contact, pas une date.

L'argument de Tirça suppose ce qu'il prouve. Rien dans le verset ne compare deux capitales : « Belle comme Tirça » compare deux beautés. Tirça passait pour une ville ravissante avant, pendant et après son rang de capitale ; en faire un repère chronologique, c'est transformer une louange en document d'archives[90]. La même méthode, appliquée aux psaumes qui nomment des lieux, produirait des datations contradictoires.

L'anthologie supposée ne rend pas compte de l'unité réelle. Dix-sept poèmes cousus au hasard ne produiraient ni les trois refrains qui reviennent aux mêmes points, ni les portraits qui se répondent, ni la progression des fiançailles aux noces puis au sceau final[91]. Les parallèles égyptiens, eux, prouvent un air de famille du Proche-Orient ancien — les amants de tous les temps se disent des choses semblables — mais une ressemblance de genre n'est pas une filiation : elle peut aussi bien montrer que Salomon chantait dans la langue amoureuse de son monde, comme David psalmodiait dans celle du sien.

La réception ancienne pèse plus lourd que les reconstructions. Des fragments hébreux du Cantique figurent parmi les manuscrits de la mer Morte — trois rouleaux de la grotte 4 (4Q106, 4Q107, 4Q108) et un de la grotte 6 (6Q6) — témoins vieux de deux mille ans[92]. La Septante traduit déjà le livre au IIIᵉ ou IIᵉ siècle av. J.-C., ce qui suppose un texte hébreu reçu et vénérable[93]. Et les discussions de Yavné, avec la sentence d'Aqiba, n'inventent pas la canonicité du Cantique : elles la constatent, face à des contestations, comme on défend un bien déjà possédé[94]. Une partie de l'exégèse parle parfois du « concile de Jamnia » comme d'une instance qui aurait créé le canon vers 90 ; les spécialistes eux-mêmes reconnaissent aujourd'hui qu'il s'agit de discussions d'école, non d'un concile constituant — et ces discussions prouvent une réception acquise, pas une fabrication tardive[95].

En somme : les hypothèses tardives décrivent honnêtement des difficultés réelles — langue mêlée, genre partagé, suscription discutée — mais elles les résolvent par des reconstructions qui supposent davantage qu'elles ne prouvent. La lecture traditionnelle, elle, s'appuie sur des témoins : un verset d'attribution, des livres historiques concordants, un Talmud, une Septante, des Pères unanimes, une liturgie deux fois millénaire[96]. C'est pourquoi l'Église, sans mépriser la recherche, continue de recevoir le Cantique comme le chant de Salomon — et d'y entendre la voix de l'Époux.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Traduction liturgique, AELF, Cantique des cantiques, chapitre 1 : « LE CANTIQUE DES CANTIQUES. De Salomon… Qu'il me donne les baisers de sa bouche : meilleures que le vin sont tes amours !… Noire, je le suis, mais belle, filles de Jérusalem. » Source : https://www.aelf.org/bible/Ct/1.

    1 4 20
  2. Mishna, Yadayim 3, 5 : nul en Israël ne contesta jamais que le Cantique des cantiques rende les mains impures ; Rabbi Aqiba : tous les Écrits sont saints, « mais le Cantique des cantiques est le Saint des saints ». Texte original : « kol ketuvim kodesh, ve-shir ha-shirim kodesh kodashim ». Source : https://www.sefaria.org/Mishnah_Yadayim.3.5.

    2 50 51 69 94
  3. G. Gietmann, « Canticle of Canticles », Catholic Encyclopedia, vol. 3, Robert Appleton Company, New York, 1908 : le nom signifie « most excellent, best song », comme en Ex 26, 33, Ez 16, 7 ou Dn 8, 25. Source : https://www.newadvent.org/cathen/03302a.htm.

    3 8 10
  4. Premier livre des Rois 4, 32-34 : Salomon « prononça trois mille proverbes, et ses chants furent au nombre de mille cinq » ; il parla des arbres, des bêtes, des oiseaux, des reptiles et des poissons. Traduction liturgique AELF. Source : https://www.aelf.org/bible/1R/4.

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  5. G. Gietmann, ibid. : l'interprétation spirituelle a nourri la théologie mystique — quinze homélies de Grégoire de Nysse, commentaire de Théodoret, trois commentaires dans l'œuvre de Grégoire le Grand, Bède, Honorius d'Autun, les quatre-vingt-six homélies de saint Bernard continuées par quarante-huit de Gilbert de Hoyland.

    6
  6. Traduction liturgique, AELF, Cantique des cantiques, chapitre 8 : dernier refrain (v. 4), « Pose-moi comme un sceau sur ton cœur… Car l'amour est fort comme la Mort… fournaise divine » (v. 6-7), la vigne de Salomon à Baal-Hamone (v. 11-12). Source : https://www.aelf.org/bible/Ct/8.

    7 13 22 38 41 49 67 83
  7. G. Gietmann, ibid. : sans l'allégorie, aucune exposition suivie n'est possible ; par elle, toutes les parties se combinent en un tout homogène, et le titre reçoit son explication.

    9 54
  8. Jewish Encyclopedia (1901-1906), article « Megillot, the Five » : les cinq rouleaux — Cantique, Ruth, Lamentations, Ecclésiaste, Esther — lus aux fêtes. Source : https://www.studylight.org/encyclopedias/eng/tje/l/megillot-the-five.html.

    11 79
  9. Le Cantique est le rouleau lu publiquement pendant Pessah (la Pâque), Ruth à Chavouot, Qohélet à Souccot : usage synagogal constant rappelé par la Jewish Encyclopedia, article « Megillot », et par l'article de référence sur le Cantique.

    12
  10. La Septante puis la Vulgate placent le Cantique parmi les sapientiaux, entre l'Ecclésiaste et la Sagesse : ordre reçu des Bibles chrétiennes et de la Bible de Jérusalem.

    14 93
  11. Rabbi Hiyya le Grand (fin IIᵉ siècle) et Rabbi Jonathan sur l'ordre des trois livres de Salomon selon les âges de la vie — rapportés, à titre d'index, par l'article « Cantique des cantiques », Wikipédia francophone (consulté en octobre 2026). Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Cantique_des_cantiques.

    15
  12. IIIᵉ concile de Carthage, 28 août 397, canon 47 (reprenant Hippone 393) : « … Salomonis libri quinque… » — les cinq livres de Salomon. Source : http://bible-researcher.com/carthage.html.

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  13. Decretum Gelasianum de libris recipiendis et non recipiendis, transmis sous le nom du pape Gélase Iᵉʳ (492-496), compilation postérieure probablement sud-gauloise (VIᵉ siècle) : « Salomonis libri tres : proverbia liber unus, ecclesiastes liber unus, cantica canticorum liber unus. » Source : http://bible-researcher.com/gelasius.html.

    17 28
  14. Concile de Trente, session IV, 8 avril 1546, décret De Canonicis Scripturis (Denzinger-Schönmetzer, n. 1502) : « … Proverbia, Ecclesiastes, Canticum canticorum… ».

    18
  15. G. Gietmann, ibid. : un des trois livres de Salomon, reçu dans le canon hébreu, grec et chrétien.

    19
  16. Traduction liturgique, AELF, Cantique des cantiques, chapitre 3 : cortège du roi Salomon, soixante vaillants, « le jour de ses noces » ; nuit de recherche : « j'ai trouvé celui que mon âme désire » (v. 4). Source : https://www.aelf.org/bible/Ct/3.

    21
  17. G. Gietmann, ibid. : l'amour de Salomon pour la nature (vingt et un noms de plantes, quinze d'animaux), pour la beauté, l'art et la splendeur royale, joint à la simplicité idéale et à la tendresse du roi pacifique.

    24 33
  18. Talmud de Babylone, Baba Batra 15a : Ézéchias et son collège mirent par écrit Isaïe, les Proverbes, le Cantique des cantiques et Qohélet. Source : https://www.sefaria.org/Bava_Batra.15a.

    25
  19. Sentence de Rabbi Hiyya le Grand : l'Esprit de Dieu reposa sur Salomon et lui fit écrire Proverbes, Ecclésiaste et Cantique — rapportée, à titre d'index, par l'article « Cantique des cantiques », Wikipédia francophone (consulté en octobre 2026). Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Cantique_des_cantiques.

    26
  20. G. Gietmann, ibid. : lecture allégorique tenue par la Synagogue (Aqiba) et par l'Église (Origène, Grégoire de Nysse, Augustin, Jérôme) ; commentaire d'Origène vers 240, prologue et partie conservés en latin.

    29 70
  21. G. Gietmann, ibid. : Théodore de Mopsueste rejeté, Théodoret lui opposant Eusèbe, Origène, Cyprien, les anciens proches des Apôtres, Basile, les deux Grégoire, Diodore et Chrysostome « tous d'un même accord » ; condamnation au IIᵉ concile de Constantinople (553).

    30 72
  22. Nouveau Testament nuptial : l'Époux (Jn 3, 29), les noces et les vierges (Mt 22 ; Mt 25), l'Église aimée et livrée (Ep 5, 25-27 ; 2 Co 11, 2), les noces de l'Agneau (Ap 19, 7-9). Traduction liturgique AELF.

    31 53 65
  23. G. Gietmann, ibid. : Tirça nommée avec Jérusalem pour sa seule beauté, ville réputée ravissante ; les raisons d'une datation post-salomonienne « ont plus de valeur subjective qu'objective ».

    34 90
  24. Le second recueil des Proverbes fut rassemblé plus tard sous Ézéchias (Pr 25, 1) sans que le fond salomonien soit contesté : même structure de réception qu'en Baba Batra 15a pour le Cantique.

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  25. G. Gietmann, ibid. : s'il se trouve dans le poème des expressions araméennes ou étrangères, elles ne sauraient surprendre chez Salomon ; les raisons d'une datation post-exilique manquent de « preuve claire ».

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  26. G. Gietmann, ibid. : trois rôles constants d'un bout à l'autre — l'époux, l'épouse et le chœur des filles de Jérusalem — avec les mêmes refrains.

    37
  27. G. Gietmann, ibid. : la section Ct 3, 6 – 5, 1 décrit le jour des noces (cortège, couronne, lit nuptial, six occurrences d'« épouse ») ; ce qui précède prépare, ce qui suit déploie la vie des époux.

    39 91
  28. Traduction liturgique, AELF, Cantique des cantiques, chapitre 2 : refrain aux filles de Jérusalem (v. 7), « Lève-toi, mon amie, ma toute belle, et viens » (v. 10-13), « Mon bien-aimé est à moi, et moi, je suis à lui » (v. 16). Source : https://www.aelf.org/bible/Ct/2.

    40 42 43 47 48 59 61 64 81
  29. Traduction liturgique, AELF, Cantique des cantiques, chapitre 4 : premier portrait de la Bien-aimée (v. 1-5), « Tu es toute belle, ô mon amie ! Nulle tache en toi ! » (v. 7), « Jardin fermé, ma sœur fiancée, fontaine close, source scellée » (v. 12). Source : https://www.aelf.org/bible/Ct/4.

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  30. Osée 2 ; Jérémie 2, 2 (« l'amour de tes fiançailles ») ; Ézéchiel 16 (Jérusalem parée en épouse). Traduction liturgique AELF.

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  31. G. Gietmann, ibid. : exposition d'Honorius d'Autun selon les sens historique, allégorique, tropologique et anagogique ; continuation de Bernard par Gilbert de Hoyland (quarante-huit sermons).

    55 73 75
  32. G. Gietmann, ibid. : dans le Bréviaire et le Missel, l'Église a appliqué le Cantique à la Mère de Dieu ; l'épouse sans tache est la figure la plus appropriée de Marie (citant B. Schäfer).

    56 84
  33. G. Gietmann, ibid. : saint Ambroise use du Cantique si souvent qu'on peut en tirer tout un commentaire, notamment dans le De virginibus.

    58 85
  34. AELF, messe de sainte Marie-Madeleine, 22 juillet, première lecture : « J'ai trouvé celui que mon âme désire » (Ct 3, 1-4a). Source : https://www.aelf.org/2025-07-22/romain/messe.

    60 82
  35. Évangile selon saint Marc 2, 19 : « Les invités de la noce pourraient-ils jeûner pendant que l'Époux est avec eux ? » Traduction liturgique AELF.

    62
  36. Évangile selon saint Jean 3, 29 : « L'ami de l'époux… se réjouit de la voix de l'époux. » Traduction liturgique AELF.

    63
  37. Saint Jean-Paul II, audiences générales du cycle de la théologie du corps, n. 108-113 : analyse du Cantique des cantiques dans la tradition de l'amour conjugal remontant à la Genèse, à partir de l'audience du 23 mai 1984. Résumé dans la bibliothèque EWTN, « General Audiences : John Paul II's Theology of the Body ». Source : https://www.ewtn.com/catholicism/library/general-audiences-john-paul-iis-theology-of-the-body-8565.

    66 78
  38. Première épître aux Corinthiens 13 : l'hymne à la charité, pendant néotestamentaire du sommet de Ct 8, 6-7. Traduction liturgique AELF.

    68
  39. G. Gietmann, ibid. : quinze homélies de saint Grégoire de Nysse sur les six premiers chapitres, conservées en grec.

    71
  40. G. Gietmann, ibid. : les quatre-vingt-six homélies laissées par saint Bernard sont universellement connues ; série rédigée de 1135 à sa mort en 1153, couvrant les premiers chapitres. Source complétée par Christianity Today, « The Bread of God's Book » (sermons 1135-mort, œuvre de lecture autant que de chaire).

    74
  41. Saint Jean de la Croix, Cantique spirituel : deux rédactions, A (trente-neuf strophes, manuscrit de Sanlucar) et B (quarante strophes, manuscrit de Jaén), composées en prison à Tolède puis commentées en prose. Source : article « Spiritual Canticle », Wikipédia anglophone (consulté en octobre 2026).

    76
  42. Sainte Thérèse d'Avila, Conceptions de l'amour de Dieu (Pensées sur l'amour de Dieu), 1577 : commentaire de paroles du Cantique des cantiques. Édition courante : Cerf, Le Château intérieur suivi des Pensées sur l'amour de Dieu.

    77
  43. Osée 2, 21-22 : « Je te fiancerai à moi pour toujours. » Traduction liturgique AELF.

    80
  44. Hypothèses de datation tardive (époque perse, IVᵉ-IIIᵉ siècles) et de compilation anthologique — exposées, à titre d'index, par l'article « Cantique des cantiques », Wikipédia francophone (consulté en octobre 2026) : compilateur du IVᵉ siècle, dix-sept poèmes, hypothèse d'une rédaction féminine (A. Lacocque). Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Cantique_des_cantiques.

    86
  45. Parallèles avec les chants d'amour de l'Égypte ancienne sur papyrus et cadre géographique (Jérusalem, Tirça, Liban, Galaad) — relevés, à titre d'index, par le même article Wikipédia.

    87
  46. Manuscrits de la mer Morte : 4Q106, 4Q107, 4Q108 (grotte 4) et 6Q6 (grotte 6), fragments hébreux du Cantique vieux d'environ deux mille ans. Source : articles « 4Q106 » et « 4Q108 », Wikipédia anglophone (consultés en octobre 2026).

    92
  47. Les discussions de Yavné (dites « Jamnia ») avec la sentence d'Aqiba témoignent d'une réception déjà acquise et contestée, non d'une création du canon : la recherche récente n'y voit plus un concile constituant.

    95
  48. Chaîne des témoins (suscription, Rois, Talmud, Septante, Pères, liturgie, magistère), indices internes, unité du poème : la tradition salomonienne reste défendable.

    96