Saint Jean de la Croix (1542-1591)

Saint Jean de la Croix, carme espagnol, poète et mystique, cofondateur du Carmel déchaussé avec sainte Thérèse d'Avila et proclamé docteur de l'Église en 1926 sous le titre de Docteur mystique. Né dans la pauvreté à Fontiveros, emprisonné à Tolède où il composa le Cantique spirituel, il est l'auteur de La Montée du Carmel, La Nuit obscure, Le Cantique spirituel et La Vive Flamme d'amour, et le maître de la doctrine du tout et du rien.

Ignispedia

Jean de la Croix (en espagnol Juan de la Cruz, 1542-1591), né Juan de Yepes y Álvarez, est un prêtre carme, poète et mystique espagnol, cofondateur avec sainte Thérèse d'Avila du Carmel déchaussé. Il est l'un des plus grands maîtres spirituels de toute l'histoire de l'Église, proclamé docteur de l'Église en 1926 sous le titre de Doctor mysticus, le « Docteur mystique ».[1][2][3]

Né dans une pauvreté extrême en Castille, orphelin de père très tôt, il connut la faim avant de devenir, par ses quatre grands traités — La Montée du Carmel, La Nuit obscure, Le Cantique spirituel et La Vive Flamme d'amour —, le théologien le plus rigoureux de l'union de l'âme à Dieu. Sa doctrine tient en un mot espagnol devenu célèbre : nada, « rien ». Pour parvenir à tout posséder en Dieu, il faut consentir à ne rien retenir hors de lui.[4]

Emprisonné en 1577 par ses propres frères carmes opposés à la réforme, enfermé neuf mois dans un réduit de Tolède, c'est là, dans le cachot, qu'il composa de mémoire les premières strophes du Cantique spirituel, l'un des sommets de la poésie de langue espagnole.[5][6] Contemporain du concile de Trente et acteur central de la Réforme catholique, il appartient à cette génération de saints réformateurs — Thérèse d'Avila, Ignace de Loyola, Philippe Néri — qui régénérèrent l'Église de l'intérieur au plus fort de la crise protestante.[7]

Fontiveros : l'enfance pauvre de Juan de Yepes (1542-1551)

Un père déclassé pour avoir épousé une pauvre tisserande

Infographie originale Ignispedia créée par IA

Jean naît le 24 juin 1542 à Fontiveros, un bourg de la Vieille-Castille proche d'Ávila.[8][9] Son père, Gonzalo de Yepes, appartient à une famille de marchands de soie de Tolède — une famille de conversos, c'est-à-dire de juifs convertis au christianisme. Comptable au service de ses riches parents, Gonzalo tombe amoureux de Catalina Álvarez, une humble tisserande orpheline et sans dot. Pour l'avoir épousée, il est renié par les siens, déclassé, et réduit lui-même au métier de tisserand.[10][11][12] La sainteté de Jean s'enracine ainsi dans une histoire d'amour qui choisit la pauvreté contre l'honneur du monde.

La mort du père et la faim

Gonzalo meurt en 1545, alors que Jean a environ trois ans, laissant Catalina seule avec trois fils.[13] La veuve, sans ressources, va de ville en ville chercher du travail au métier à tisser. La famille connaît la misère noire : le père meurt en 1545, et le frère de Jean, Luis, en 1547.[14] Cette pauvreté subie marquera à jamais la spiritualité de Jean, pour qui le dépouillement ne sera jamais une théorie d'école, mais une expérience charnelle du manque transfigurée en désir de Dieu seul.

Medina del Campo : l'orphelin qui voulut tout donner (1551-1563)

L'hôpital, le collège des pauvres et les jésuites

Vers 1551, Catalina installe la famille à Medina del Campo, grande place commerciale de Castille. Jean entre au collège de la Doctrine chrétienne, école destinée aux enfants pauvres, où il apprend à lire et reçoit une première formation. Il s'essaie sans succès à plusieurs métiers manuels — charpentier, tailleur, sculpteur, peintre —, puis trouve sa place au service des malades de l'hôpital de la Conception, comme infirmier et quêteur.[15][16]

Tout en servant les malades, le jeune homme suit de 1559 à 1563 les cours du collège des jésuites récemment fondé à Medina, où il reçoit une solide formation en lettres, rhétorique et philosophie.[17] La double école de l'hôpital et des humanités forge un homme à la fois charitable et lettré, capable plus tard d'écrire la plus haute théologie mystique dans la langue la plus pure.

L'entrée au Carmel en 1563

En 1563, Jean entre au couvent des Carmes de Medina del Campo et prend l'habit sous le nom de frère Jean de Saint-Matthias (Juan de Santo Matía).[18][19] L'ordre du Carmel, né au XIIᵉ siècle sur le mont Carmel en Terre sainte, vivait alors selon une règle « mitigée », adoucie au fil des siècles. Le jeune religieux, lui, aspire d'emblée à une vie plus rigoureuse, plus pauvre, plus contemplative — pressentiment de la réforme qu'il portera bientôt.

Salamanque, l'ordination et la rencontre avec Thérèse (1564-1568)

L'étudiant de Salamanque

Thérèse d’Avila, Juan de la Miseria, 1576. Photo Jl FilpoC, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0. Taille réduite, sans recadrage.

De 1564 à 1568, Jean étudie la philosophie et la théologie à l'université de Salamanque, alors l'une des plus prestigieuses d'Europe, foyer de la grande scolastique espagnole. Il y acquiert la rigueur thomiste et la connaissance de l'Écriture qui structureront toute son œuvre : sous le poète se cache toujours un théologien précis.[20][21]

L'ordination de 1567 et la tentation chartreuse

Ordonné prêtre en 1567, Jean célèbre sa première messe à Medina, sa mère présente.[22] Mais l'âme jeune est tourmentée : la vie carmélitaine mitigée lui paraît trop relâchée pour la soif d'absolu qui le brûle. Il songe sérieusement à quitter le Carmel pour la Chartreuse, l'ordre du silence le plus austère.[23][24] C'est cette tentation même qui va le conduire, providentiellement, à sa vocation véritable.

Sainte Thérèse d'Avila : « mon frère et la moitié de mon âme »

La même année 1567, à Medina del Campo, Jean rencontre Thérèse d'Avila.[25][26] La grande réformatrice du Carmel féminin, qui a déjà fondé plusieurs monastères de moniales déchaussées, cherche des frères pour étendre sa réforme au Carmel masculin. Frappée par la qualité spirituelle de ce jeune prêtre, elle le convainc de renoncer à la Chartreuse et de l'aider. La tradition thérésienne rapporte qu'elle le tenait pour l'une des âmes les plus pures et les plus saintes qu'elle ait connues.[27]

« Bien qu'il soit petit, je le tiens pour grand aux yeux de Dieu. » — Mot prêté à sainte Thérèse d'Avila par la tradition[28]

De cette rencontre naît l'une des plus fécondes amitiés spirituelles de l'histoire de l'Église : deux mystiques, deux docteurs, qui ensemble vont refonder le Carmel.

La réforme du Carmel déchaussé (1568-1577)

Duruelo : le premier couvent et le nom « de la Croix »

Le 28 novembre 1568, dans une masure prêtée au hameau de Duruelo, Jean et deux compagnons inaugurent le premier couvent de Carmes déchaussés, vivant selon la règle primitive du Carmel dans une pauvreté radicale.[29][30] C'est là que le frère Jean de Saint-Matthias change de nom : il sera désormais Jean de la Croix, Juan de la Cruz — un nom programme, qui résume toute sa doctrine, car pour lui il n'y a pas d'union à Dieu sans passage par la Croix du Christ.

« Pour parvenir à la jouissance du tout, ne cherche ta jouissance en aucune chose. Pour parvenir à posséder le tout, ne désire posséder aucune chose. […] Car pour venir du tout au tout, tu dois te renoncer du tout au tout. » — Saint Jean de la Croix, La Montée du Carmel, I[31]

Directeur spirituel à l'Incarnation d'Avila

De 1572 à 1577, Jean est confesseur et directeur spirituel du grand monastère de l'Incarnation d'Avila, qui compte près de cent trente moniales et dont Thérèse elle-même a été nommée prieure.[32] Là, au confessionnal et dans la direction des âmes, le théologien devient maître de vie intérieure : sa science n'est jamais abstraite, elle naît du discernement concret des chemins de l'âme vers Dieu.

La guerre des deux Carmels

La réforme ne va pas sans heurts. Les Carmes chaussés (de l'observance mitigée) voient d'un très mauvais œil ces déchaussés qui leur reprochent implicitement leur tiédeur. Le conflit, juridiquement complexe, oppose nonces, supérieurs et chapitres.[33][34] Jean de la Croix, attaché à la réforme thérésienne, devient une cible. La crise va culminer dans l'épreuve la plus dure de sa vie : la prison.

La prison de Tolède et la naissance du poème (1577-1578)

L'enlèvement de décembre 1577

Infographie originale Ignispedia créée par IA

Dans la nuit du 2 au 3 décembre 1577, des Carmes chaussés s'emparent de Jean, l'arrêtent et le conduisent de force à leur couvent de Tolède. On exige qu'il renonce à la réforme ; il refuse.[35][36][37] On le traite alors en frère rebelle.

Neuf mois dans un cachot

Jean est enfermé dans un réduit obscur d'environ deux mètres sur trois, sans fenêtre, qui servait auparavant de latrines ou de débarras, attenant à la salle de réunion. Il y souffre du froid, de la faim, de la vermine, et subit chaque semaine, au réfectoire, la discipline publique — les coups de fouet des frères.[38][39] Privé de tout, le mystique vit là sa propre nuit obscure, dans le dénuement absolu où Dieu seul reste.

Le Cantique spirituel composé dans les ténèbres

C'est dans ce cachot, sans livres, sans lumière, que se produit le paradoxe le plus lumineux de sa vie : Jean compose de mémoire les premières strophes du Cantique spirituel, paraphrase amoureuse du Cantique des Cantiques, où l'âme cherche son Bien-Aimé.[40][41] La poésie jaillit de la prison comme l'eau du rocher. Le geôlier le plus humain lui fournira de quoi écrire ; le saint transcrira ce que la souffrance avait fait chanter en lui.

« Où vous êtes-vous caché, mon Bien-Aimé, et m'avez-vous laissée dans les gémissements ? Vous avez fui comme le cerf après m'avoir blessée ; je suis sortie après vous en criant, et déjà vous étiez parti. » — Saint Jean de la Croix, Le Cantique spirituel, strophe I[42]

L'évasion de l'Assomption (août 1578)

Après environ neuf mois, dans la nuit du 14 au 15 août 1578, à la veille de l'Assomption, Jean s'évade. Ayant patiemment descellé les gonds de sa porte, il se laisse glisser le long des remparts au moyen d'une corde faite de couvertures, et trouve refuge chez les Carmélites déchaussées de Tolède, qui le cachent.[43][44] L'homme qui sort du cachot, à demi mort, porte en lui le plus haut chant mystique de la langue espagnole.

Les quatre grands traités et la doctrine mystique

Infographie originale Ignispedia créée par IA

Libéré, Jean met par écrit, dans les années qui suivent, les commentaires de ses poèmes : ce sont ses quatre grands traités, où la plus haute poésie se double de la plus rigoureuse théologie. Ensemble, ils forment une véritable carte de l'itinéraire de l'âme vers l'union d'amour avec Dieu.

La Montée du Carmel : le « nada » et la nuit active

La Montée du Carmel (Subida del Monte Carmelo) décrit la purification active de l'âme : tout ce que l'homme doit, par la grâce, retrancher en lui — appétits désordonnés, attachements, consolations sensibles, voire faveurs spirituelles — pour ne plus s'appuyer que sur la foi nue.[45] C'est ici qu'éclate la fameuse doctrine du nada (« rien »), résumée dans le dessin du Mont-Carmel que Jean traçait pour ses dirigés :

« Pour goûter tout, n'aie de goût pour aucune chose. Pour savoir tout, désire ne rien savoir. Pour posséder tout, souhaite ne rien posséder. Pour être tout, aie la volonté de n'être rien en toutes choses. » — Saint Jean de la Croix, La Montée du Carmel, I, 13[46]

La Nuit obscure : la purification passive

La Nuit obscure (Noche oscura) prolonge la Montée : elle décrit la purification passive, celle que Dieu lui-même opère dans l'âme sans qu'elle puisse rien y faire, en la dépouillant de toute consolation pour la conduire à la foi pure. Jean distingue la nuit des sens et la nuit de l'esprit, plus profonde et plus douloureuse.[47] Cette « nuit obscure de l'âme », expression devenue universelle, n'est pas désespoir mais épreuve d'amour : Dieu retire les douceurs pour donner Dieu même.

« Ô nuit qui m'as guidée ! Ô nuit plus aimable que l'aurore ! Ô nuit qui as uni l'Aimé avec sa bien-aimée, transformant l'amante en son Aimé ! » — Saint Jean de la Croix, La Nuit obscure, strophe V[48]

Le Cantique spirituel : les noces de l'âme

Le Cantique spirituel (Cántico espiritual), né en prison, chante en quarante strophes l'itinéraire de l'âme-épouse cherchant l'Époux divin, depuis la recherche angoissée jusqu'aux noces mystiques et à la transformation en Dieu par amour.[49] C'est le plus lyrique de ses écrits, où la théologie se fait pur chant nuptial.

La Vive Flamme d'amour : l'union transformante

La Vive Flamme d'amour (Llama de amor viva) décrit l'état d'union le plus élevé, lorsque l'Esprit Saint embrase l'âme comme un feu qui ne brûle plus pour purifier mais pour transformer en joie. Jean y déploie l'image du cautère qui guérit et de la flamme qui, loin de consumer, divinise.[50]

« Ô vive flamme d'amour, qui blessez avec tant de tendresse le plus profond centre de mon âme ! […] Ô cautère agréable ! Ô délicieuse plaie ! Ô main douce ! Ô délicat attouchement qui a le goût de la vie éternelle ! » — Saint Jean de la Croix, La Vive Flamme d'amour, strophes I-II[51]

Voici, présentés ensemble, les quatre grands traités et leur objet spirituel propre :

TraitéPoème commentéÉtape de la vie intérieure
La Montée du Carmel« Par une nuit obscure… »Purification active des sens et de l'esprit (le nada)
La Nuit obscure« Par une nuit obscure… »Purification passive opérée par Dieu (nuit des sens, nuit de l'esprit)
Le Cantique spirituel« Où vous êtes-vous caché ? »Recherche, fiançailles et noces mystiques de l'âme
La Vive Flamme d'amour« Ô vive flamme d'amour »Union transformante et déifiante en Dieu

La spiritualité de Jean de la Croix

Le « todo y nada » : tout par le rien

Infographie originale Ignispedia créée par IA

Le cœur de sa doctrine est une dialectique du tout et du rien (todo y nada). L'âme est faite pour le Tout qu'est Dieu ; or aucune créature n'est Dieu. Tant qu'elle s'attache à un bien fini — même bon, même spirituel —, elle ne peut être remplie par l'Infini.[52] Le détachement n'est donc pas mépris du monde mais logique de l'amour : on fait le vide pour que Dieu puisse tout donner.

La foi nue, lumière dans la nuit

Pour Jean, le moyen propre et prochain de l'union à Dieu n'est ni les visions, ni les consolations, ni les raisonnements, mais la foi, qu'il appelle une « nuit » pour l'intelligence — non parce qu'elle est obscure en soi, mais parce qu'elle dépasse toute lumière naturelle.[53] Il met sévèrement en garde contre l'attachement aux phénomènes extraordinaires : la sécurité de l'âme n'est pas dans les faveurs sensibles, mais dans la foi pure, l'espérance et la charité.

L'union d'amour : « Au soir de la vie, l'amour »

Toute l'ascèse n'a qu'un but : l'amour. La nuit, le dépouillement, la croix ne valent que comme chemins vers l'union d'amour, qui est la fin de l'homme. De là vient sa maxime la plus célèbre, devenue un proverbe spirituel universel :

« Au soir de notre vie, nous serons jugés sur l'amour. » — Saint Jean de la Croix, Dits de lumière et d'amour, 64[54]

Cette spiritualité de l'abandon total à l'action de Dieu, qui dépouille l'âme d'elle-même pour qu'elle ne vive plus que de la volonté divine, prépare de loin les grandes voies d'intériorité de la spiritualité catholique, jusqu'à la voie de la confiance et de l'abandon des siècles suivants.

Les dernières années et la mort (1578-1591)

Le fondateur infatigable d'Andalousie

Infographie originale Ignispedia créée par IA

Après sa libération, Jean exerce de hautes responsabilités dans la réforme désormais reconnue. Il dirige le couvent du Calvario, fonde le collège de Baeza (1579), devient prieur de Grenade où il achève ses grands traités, puis vicaire provincial d'Andalousie (1585) et enfin prieur de Ségovie (1588).[55][56] Le mystique est aussi un organisateur, un bâtisseur et un guide d'hommes.

Le conflit avec Nicolás Doria et la disgrâce

À la mort de Thérèse (1582), la direction de la réforme passe à Nicolás Doria, partisan d'un gouvernement plus centralisé et plus rigide. Jean, fidèle à l'esprit thérésien et défenseur des moniales, s'oppose à lui. Au chapitre de 1591, il est dépouillé de toutes ses charges et relégué dans la solitude de La Peñuela, en Sierra Morena.[57][58] Le réformateur connaît, à la fin, l'oubli et l'humiliation — sa dernière nuit obscure.

La mort à Úbeda, le 14 décembre 1591

Atteint d'un érysipèle (infection de la jambe) à La Peñuela, Jean est transféré au couvent d'Úbeda pour y être soigné. Il y est d'abord reçu sans douceur par un prieur prévenu contre lui. Rongé par la maladie et les plaies, il meurt dans la nuit du 14 décembre 1591, à quarante-neuf ans, après avoir demandé qu'on lui lise le Cantique des Cantiques.[59][60] La tradition rapporte ses dernières paroles, pleine confiance d'un homme qui n'avait vécu que pour l'amour :

« Cette nuit je dirai matines dans le Ciel. » — Dernières paroles prêtées à saint Jean de la Croix par la tradition[61]

Béatification, canonisation et docteur de l'Église

De la béatification (1675) à la canonisation (1726/1727)

Gisant dans l’oratoire Saint-Jean-de-la-Croix à Úbeda. Photo Zarateman, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0. Taille réduite, sans recadrage.

La réputation de sainteté de Jean de la Croix s'imposa vite. Il fut béatifié le 25 janvier 1675 par le pape Clément X, puis canonisé le 27 décembre 1726 par le pape Benoît XIII (l'acte solennel est parfois daté de 1727 selon les recueils).[62][63][64] Sa fête fut fixée au 14 décembre, jour de sa mort.

Le « Docteur mystique » (1926)

Le 24 août 1926, le pape Pie XI proclama Jean de la Croix docteur de l'Église universelle, lui décernant le titre singulier de Doctor mysticus, le « Docteur mystique ».[65][66] L'Église reconnaissait ainsi que ce petit carme pauvre avait donné à la théologie de la vie intérieure son expression la plus haute et la plus sûre : un guide pour toutes les âmes qui cherchent l'union à Dieu.

Le poète et la postérité

Jean de la Croix n'est pas seulement un théologien : il est l'un des plus grands poètes de la langue espagnole, au point d'être déclaré en 1952 patron des poètes d'Espagne.[67] Son influence traverse les siècles, des carmes à la philosophie (Edith Stein, devenue carmélite, écrivit sur lui La Science de la Croix) jusqu'à l'art moderne — le célèbre Christ de saint Jean de la Croix de Salvador Dalí s'inspire d'un dessin du saint lui-même.[68] Mais sa vraie postérité est celle des âmes : depuis quatre siècles, La Nuit obscure accompagne ceux qui traversent l'épreuve de la foi.

« Là où il n'y a pas d'amour, mets de l'amour, et tu trouveras de l'amour. » — Saint Jean de la Croix, Lettres[69]

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Wikipédia (FR), « Jean de la Croix » : fr.wikipedia.org. Notice biographique de référence : naissance le 24 juin 1542 à Fontiveros, fils de Gonzalo de Yepes (famille de marchands de soie conversos de Tolède, déclassé pour avoir épousé Catalina Álvarez, humble tisserande) ; mort du père en 1545 et grande pauvreté de la famille ; installation à Medina del Campo, collège de la Doctrine chrétienne, service à l'hôpital, études chez les jésuites ; entrée au Carmel de Medina en 1563 sous le nom de Jean de Saint-Matthias ; études à Salamanque (1564-1568) ; ordination prêtre en 1567 et tentation de la Chartreuse ; rencontre de Thérèse d'Avila en 1567 ; fondation du premier couvent de Carmes déchaussés à Duruelo le 28 novembre 1568 et prise du nom « de la Croix » ; direction spirituelle de l'Incarnation d'Avila ; conflit avec les Carmes chaussés ; enlèvement et emprisonnement à Tolède (2 décembre 1577 - août 1578), composition du Cantique spirituel en prison, évasion à l'Assomption 1578 ; fonctions ultérieures (Calvario, Baeza, Grenade, vicaire provincial d'Andalousie, Ségovie) ; conflit avec Nicolás Doria et disgrâce de 1591 ; mort à Úbeda le 14 décembre 1591 ; quatre grandes œuvres (Montée du Carmel, Nuit obscure, Cantique spirituel, Vive Flamme d'amour) ; béatification 1675 (Clément X), canonisation 1726 (Benoît XIII), docteur de l'Église en 1926 (Pie XI, Doctor mysticus) ; patron des poètes espagnols (1952) ; influence sur Edith Stein (La Science de la Croix) et Salvador Dalí (Christ de saint Jean de la Croix).

    1 5 7 8 10 14 15 18 20 22 23 25 29 32 33 35 38 40 43 47 53 55 57 59 62 65 67 68
  2. Wikipedia (EN), « John of the Cross » : en.wikipedia.org. Recoupement des faits et dates : born Juan de Yepes y Álvarez on 24 June 1542 in Fontiveros, near Ávila ; father Gonzalo (converso family of silk merchants, disowned, became a weaver), mother Catalina Álvarez ; father died in 1545, John around three ; family moved to Medina del Campo (1551), school for poor children, work at a hospital, Jesuit school 1559-1563 ; entered the Carmelite Order in 1563 (John of St Matthias) ; studies at Salamanca ; ordained priest 1567 ; met Teresa of Ávila in 1567 ; first Discalced Carmelite monastery established at Duruelo on 28 November 1568, took the name John of the Cross ; imprisoned in Toledo on the night of 2 December 1577, escaped eight months later on 15 August 1578 ; composed the Spiritual Canticle in prison ; later offices (Calvario, Baeza, Granada, vicar provincial of Andalusia, Segovia) ; conflict with Nicolás Doria, stripped of offices in 1591 ; died of erysipelas at Úbeda on 14 December 1591 ; four major works (Ascent of Mount Carmel, Dark Night, Spiritual Canticle, Living Flame of Love) ; beatified 1675 by Clement X, canonized by Benedict XIII in 1726, declared Doctor of the Church in 1926 by Pius XI.

    2 6 9 11 13 16 17 19 21 24 26 30 34 36 39 41 44 56 58 60 63 66
  3. Catholic Encyclopedia (1910), « St. John of the Cross » : newadvent.org. Notice classique : fils cadet de Gonzalo de Yepes et Catherine Alvarez, pauvres tisserands, rompu très tôt aux privations ; arrêté dans la nuit du 3 décembre 1577 et conduit à Tolède, où il souffrit plus de neuf mois d'étroite captivité ; béatifié le 25 janvier 1675 (translation du corps le 21 mai suivant).

    3 12 37 64
  4. Saint Jean de la Croix, La Montée du Carmel (Subida del Monte Carmelo), Livre I, ch. 13 — maximes du nada (« Pour goûter tout, n'ayez de goût pour aucune chose… ») et « Le moyen de ne pas empêcher le tout » (« Car pour venir du tout au tout, vous devez vous renoncer du tout au tout »). Texte d'après l'édition numérique des Œuvres (traduction de l'abbé Jean Maillart), abbaye-saint-benoit.ch / jesusmarie.com, conservée dans la bibliothèque locale ; passage du dessin du Mont-Carmel (« Dibujo del Monte »).

    4 31 45 46 52
  5. Mot prêté à sainte Thérèse d'Avila sur la petite taille de Jean de la Croix (« bien qu'il soit petit, je le tiens pour grand aux yeux de Dieu »), rapporté sous des formulations variables par la tradition biographique carmélitaine. Thérèse, qui cherchait des frères pour étendre sa réforme au Carmel masculin, voyait en lui une très haute sainteté.

    27 28
  6. Saint Jean de la Croix, Le Cantique spirituel (Cántico espiritual), strophe I (« Où vous êtes-vous caché, mon Bien-Aimé… »), poème commencé dans le cachot de Tolède (1577-1578) à la manière du Cantique des Cantiques. Texte d'après l'édition numérique des Œuvres, jesusmarie.com / abbaye-saint-benoit.ch (bibliothèque locale).

    42 49
  7. Saint Jean de la Croix, La Nuit obscure (Noche oscura), strophe V (« Ô nuit qui m'as guidée ! Ô nuit plus aimable que l'aurore !… »). Le traité distingue la nuit des sens et la nuit de l'esprit, purifications active et passive. Texte d'après l'édition numérique des Œuvres, jesusmarie.com / abbaye-saint-benoit.ch (bibliothèque locale).

    48
  8. Saint Jean de la Croix, La Vive Flamme d'amour (Llama de amor viva), strophes I-II (« Ô vive flamme d'amour, qui frappez délicatement le plus profond centre de mon âme… Ô cautère agréable ! Ô délicieuse plaie !… »). Le traité décrit l'union transformante de l'âme par l'Esprit Saint. Texte d'après l'édition numérique des Œuvres (avec l'original espagnol O cauterio suave, o regalada plaga…), jesusmarie.com / abbaye-saint-benoit.ch (bibliothèque locale).

    50 51
  9. Saint Jean de la Croix, Dits de lumière et d'amour (Dichos de luz y amor), n° 64 : « Au soir de notre vie, nous serons jugés sur l'amour » (« A la tarde te examinarán en el amor »). Maximes spirituelles écrites vers 1578-1580 pour les carmélites de Beas ; la numérotation varie selon les éditions (n° 57, 59 ou 64). La maxime « Là où il n'y a pas d'amour, mets de l'amour, et tu trouveras de l'amour » est tirée de sa correspondance des dernières années, couramment citée.

    54 69
  10. Dernières paroles prêtées à saint Jean de la Croix par la tradition biographique, sous des formulations variables (« cette nuit, je dirai matines au ciel ») ; la demande de lecture du Cantique des Cantiques sur son lit de mort est rapportée par les biographies.

    61