Saint Séraphin d'Ascoli (1540-1604)

Saint Séraphin d'Ascoli (Serafino da Montegranaro), frère capucin laïc italien (vers 1540-1604). Né Felice Rapagnano à Montegranaro dans les Marches, berger puis frère capucin en 1556, portier et questeur de couvent, il vécut à Ascoli Piceno dans l'humilité et la patience. Réputé pour ses « deux livres », le crucifix et le chapelet, il consolait les gens simples. Mort le 12 octobre 1604, béatifié en 1729 par Benoît XIII, canonisé le 16 juillet 1767 par Clément XIII. Fête : 12 octobre.

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Saint Séraphin d'Ascoli (en italien Serafino da Montegranaro, né Felice Rapagnano vers 1540 à Montegranaro, mort le 12 octobre 1604 à Ascoli Piceno) est un frère capucin laïc italien de la Réforme catholique. Portier et questeur de couvent, il passa sa vie religieuse dans les humbles services, réputé pour son humilité, sa patience et une prière silencieuse qui consolait les gens simples. On l'appelle volontiers le capucin aux deux livres : ne sachant presque pas lire, il n'avait pour livres que le crucifix et le chapelet.[1][2]

Canonisé par le pape Clément XIII le 16 juillet 1767, il est fêté le 12 octobre, jour de sa mort. Son tombeau est vénéré dans l'église-convent des capucins d'Ascoli Piceno, devenue un sanctuaire.[3]

Sa vie tient en peu de faits spectaculaires et en beaucoup de fidélité ordinaire : un jeune berger des Marches qui entre chez les capucins, sert à la porte et à la quête pendant près d'un demi-siècle, et laisse la mémoire d'un saint « vrai pauvre » qui « brilla par l'humilité et la piété » selon le Martyrologe romain.[4]

Contexte : les Marches au temps de la Réforme catholique

Un paysage religieux en ferveur

Le XVIe siècle italien est celui de la Réforme catholique. Le concile de Trente (1545-1563) relance la discipline ecclésiastique, la formation des clercs et la prédication ; les ordres mendiants connaissent un nouvel élan. C'est dans ce climat que naît, vers 1540, à Montegranaro, dans les Marches d'Ancône, le garçon que l'Église appellera plus tard Séraphin.[5][6]

Montegranaro et les capucins

Les capucins, branche réformée des franciscains (voir l'ordre franciscain et la fondation des franciscains), se sont répandus dans les petites villes italiennes avec leurs couvents de stricte pauvreté. Montegranaro, modeste bourg des Marches, vit ainsi passer des frères en quête de pain et de prière. C'est leur idéal de pauvreté évangélique qui touchera le jeune Felice.[7][8]

Les capucins, fondés au XVIe siècle dans le sillage de l'observance franciscaine, insistent sur la pauvreté matérielle, la prière contemplative et le service des plus petits. C'est exactement le programme que Séraphin vivra, sans le théoriser, pendant près d'un demi-siècle.[9]

Une jeunesse simple dans les Marches

Naissance et origines

Selon les sources les plus détaillées, Felice naît vers 1540 à Montegranaro, second des quatre enfants d'une famille pauvre de maçon : Gerolamo (Rapagnano, ou de Nicola selon d'autres notices) et Teodora Giovannuzzi.[10][11] (La variante de patronyme est signalée honnêtement : l'usage italien récent et le Martyrologe romain donnent « de Nicola », tandis que plusieurs notices biographiques donnent « Rapagnano ».)[12]

Le jeune berger

Moins robuste que son frère aîné, Felice est mis très jeune à la garde des troupeaux. La vie du berger convient à son inclination pour le silence, la retraite et la prière : des heures entières seul avec ses bêtes, il prie.[13] Cette enfance pastorale n'est pas une légende dorée ajoutée après coup : elle est le terreau de toute sa vie religieuse, faite de recueillement et de petites tâches.

L'appel à la vie religieuse

Vers l'âge de seize ans, le jeune homme travaille sur un chantier avec son frère. L'histoire retient le rôle de la fille du maître d'œuvre, qui, l'ayant vu pieux et simple, l'encourage à entrer au couvent ; il aurait d'abord songé aux ermites de Tolentino.[14] Quelle que soit la route exacte, l'essentiel est constant : le jeune berger des Marches choisit la vie religieuse plutôt que le mariage et le métier.

L'entrée chez les capucins (1556)

Le noviciat de Jesi

En 1556, Felice est admis chez les frères mineurs capucins et envoyé au noviciat de Jesi, dans les Marches. Après l'année de probation, il prend le nom de religion de Séraphin (Serafino), en référence aux séraphins, les anges de l'ardeur divine.[15][16]

Un frère laïc, pas un prêtre

Séraphin est frère laïc : il ne sera pas ordonné prêtre. Sa place dans l'ordre est celle des humbles services : la porte du couvent, la quête pour la communauté, les corvées. C'est précisément cette condition ordinaire qui fera de lui un modèle de sainteté laïque et religieuse à la fois.[17]

Le portier et le questeur des Marches

Une vie de couvent en couvent

Augusto Mussini, La Vocation de saint Séraphin, cycle de la vie du saint, église des capucins d'Ascoli Piceno. Wikimedia Commons, domaine public.

Après sa profession, Séraphin est envoyé dans plusieurs couvents des Marches. Les notices soulignent qu'il est parfois transféré de maison en maison pour son excès même de générosité : il donne tout ce qui passe par ses mains. Mais la constante de son ministère est claire : portier (il accueille les pauvres et les pèlerins à la porte) et questeur (il va quêter le pain et les aumônes pour la communauté).[18][19]

Le service de portier n'est pas un détail dans la tradition franciscaine : c'est la fonction qui place le frère au contact permanent des plus pauvres, pèlerins, mendiants et voyageurs. Le portier du couvent est le visage de la maison pour le monde extérieur. Séraphin y mettait une patience et une bonté qui frappèrent ses contemporains.[20][21]

Le service de questeur (ou questeur de pain) l'obligeait à parcourir les routes des Marches, de ferme en ferme, pour ramener la subsistance de la communauté. C'est dans ces chemins, auprès des paysans et des petits artisans, qu'il exerça la plus grande partie de son apostolat silencieux : un mot, un signe de croix, un chapelet partagé.[22]

L'installation à Ascoli Piceno (vers 1590)

Vers 1590, il s'établit définitivement au couvent des capucins d'Ascoli Piceno, où il exerce pendant plus de dix ans le service de questeur. Sa réputation de sainteté est telle qu'en 1602, les habitants d'Ascoli s'opposent à un éventuel transfert : ils veulent garder leur bon frère.[23]

Les nuits d'adoration

La tradition capucine retient qu'il consacrait ses nuits à l'adoration devant le Saint-Sacrement, après les fatigues du jour.[24] Ce trait, commun à plusieurs saints du siècle, prend chez lui un relief particulier : celui qui ne savait pas lire passait de longues heures face au Christ présent dans l'Eucharistie. L'adoration eucharistique, dans la spiritualité capucine, prolonge naturellement la contemplation du crucifix : c'est le même Christ, mort, ressuscité et présent dans l'hostie.[25]

Le capucin aux deux livres

Le crucifix et le chapelet

C'est la marque de la spiritualité de Séraphin. Ne sachant presque pas lire, il n'avait pas de livres : il avait le crucifix et le chapelet. Vatican News le résume en une formule qui a fait fortune : il consolait les gens avec « ses deux livres », le crucifix et le chapelet.[26] Cette dévotion simple est exactement celle que recommande la tradition franciscaine et capucine : la contemplation du Christ en croix (voir les crucifix miraculeux) et la prière mariale du rosaire (voir pourquoi les catholiques récitent-ils le rosaire et ce que disent les saints sur le rosaire).[27]

Le crucifix n'est pas pour lui un simple objet de dévotion : c'est le livre où il lit l'amour de Dieu. Le chapelet est le second livre : la méditation des mystères de la vie du Christ par l'intercession de Marie. Deux livres, deux chemins vers le même Dieu.[28]

Une humilité à toute épreuve

Séraphin passe pour avoir été raillé par certains de ses confrères pour sa maladresse manuelle et son peu de savoir. La tradition rapporte qu'il restait en paix, et qu'une voix venue du tabernacle l'aurait fortifié par cette parole : « Pour servir Dieu, il faut mourir à soi-même et accepter l'adversité, de quelque type qu'elle soit. »[29]

D'autres traits de la même humilité sont conservés : il présentait le crucifix aux visiteurs qui voulaient vénérer ses mains ou son habit de miracle ; il s'était résolu à réciter un chapelet pour ceux qui le tourmentaient.[30] Le Martyroge romain le résume en deux mots : « vrai pauvre », il « brilla par l'humilité et la piété ».[31]

« Ad Ascoli, San Serafino da Montegranaro (Felice) de Nicola [...] vero povero, rifulse per umiltà e pietà. » : Martyrologe romain, 12 octobre[32]

Une bonté qui console

Les gens simples d'Ascoli et des environs venaient le trouver à la porte du couvent. Il ne prêchait pas de longs sermons : il montrait le crucifix, donnait son chapelet, écoutait. Cette bonté et cette patience sont les deux qualités que les notices modernes lui attribuent unanimement.[33][34][35]

La leçon des « deux livres »

Que retenir de cette spiritualité, si ce n'est une leçon de simplicité évangélique ? Là où d'autres accumulent les livres et les concepts, Séraphin avait le Christ en croix et le rosaire de Marie. C'est la même doctrine que saint François d'Assise recommandait aux frères illettrés : ne pas rougir de prier simplement, laisser la contemplation du Crucifié et l'intercession de la Vierge instruire le cœur là où l'école n'a pas passé.[36][37]

Le chapelet (ou rosaire) n'était pas pour lui une dévotion parmi d'autres : c'était son moyen d'évangélisation, sa façon de se souvenir des âmes, de consoler les affligés et de se tenir en union avec la Passion du Christ.[38] C'est pourquoi l'iconographie le montre toujours avec le crucifix et le chapelet, et jamais avec un livre ouvert.

Ce trait n'est pas une anecdote locale : il rejoint toute une tradition franciscaine et capucine qui fait de la prière simple le chemin des illettrés vers Dieu. Séraphin n'a laissé aucun écrit : sa « doctrine » tient dans deux objets et dans une vie donnée.[39][40]

La mort à Ascoli (12 octobre 1604)

Les derniers jours

Séraphin meurt au couvent des capucins d'Ascoli Piceno le 12 octobre 1604, à environ soixante-quatre ans. Les notices italiennes précisent qu'il aurait demandé avec insistance le viatique avant de s'éteindre.[41][42]

La vénération immédiate

Dès après sa mort, sa réputation de sainteté se répand. Le pape Paul V autorise l'allumage d'une lampe sur sa tombe, honneur réservé aux réputés saints.[43] L'église-convent des capucins d'Ascoli devient un sanctuaire où repose son corps.[44]

Béatification et canonisation

La béatification de 1729

Le 18 juillet 1729, dans la basilique Saint-Pierre de Rome, le pape Benoît XIII béatifie Séraphin de Montegranaro.[45][46] Benoît XIII est lui-même un pape de la famille capucine (il avait été cardinal-protecteur des capucins) : la béatification d'un simple frère laïc par ses mains n'est pas un hasard.[47]

La canonisation de 1767

Le 16 juillet 1767, le pape Clément XIII le canonise solennellement, en même temps que plusieurs autres saints dont saint Jean Cantius, saint Joseph Calasanz, saint Joseph de Cupertino, saint Jérôme Émilien et sainte Jeanne-Françoise de Chantal.[48] La bulle de canonisation loue un saint qui « savait lire et comprendre le grand livre de la vie » : formule qui fait écho à ses « deux livres » terrestres, le crucifix et le chapelet.[49]

ÉtapeDatePape
Naissancevers 1540
Entrée chez les capucins1556
Installation à Ascoli Picenovers 1590
Mort12 octobre 1604
Béatification18 juillet 1729Benoît XIII
Canonisation16 juillet 1767Clément XIII

Fête et postérité

Le 12 octobre

L'Église fête saint Séraphin d'Ascoli le 12 octobre, jour de sa mort, à la date fixée par le calendrier liturgique.[50][51] La Conférence des évêques de France le signale à cette date dans le calendrier des saints du jour.[52] Dans le calendrier romain général, sa mémoire est rattachée à la famille franciscaine ; l'ordre des capucins la célèbre avec une solennité particulière.[53]

Patron de Montegranaro

Séraphin est le patron de Montegranaro, sa ville natale, où sa mémoire demeure vivante.[54]

Iconographie

L'iconographie de saint Séraphin est simple et fidèle à sa vie :

AttributSignification
Habit de capucin (robe brune, capuche, cordelière)Son état religieux dans l'ordre franciscain
CrucifixSon premier « livre » : la contemplation du Christ en croix
Chapelet (rosaire)Son second « livre » : la prière mariale
Corbeille ou besace de questeurSon service de quête pour la communauté
Air humble, parfois penchéSon humilité et sa patience proverbiales

La peinture d'Augusto Mussini dans l'église des capucins d'Ascoli Piceno (cycle de la vie de saint Séraphin) illustre notamment sa vocation, ses vertus et la vénération des fleurs autour de sa mémoire.[55]

L'habit de capucin (robe de bure brune, capuche, cordelière à trois nœuds) est son signe religieux ; le crucifix et le chapelet sont ses attributs constants ; la besace ou la corbeille de questeur rappelle son service de quête.[56][57]

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Vatican News, « Saint du jour » (12 octobre) : « Saint Séraphin d'Ascoli, religieux capucin italien » : vaticannews.va. Notice du calendrier qui confirme : frère capucin ayant vécu dans plusieurs couvents avant de s'établir à Ascoli ; réputé humble et patient ; il consolait les gens avec « ses deux livres » : le crucifix et le chapelet ; mort en 1604 ; canonisé par Clément XIII en 1767. Source de confirmation de la date de fête au 12 octobre.

    1 20 26 33 38 50 52
  2. Wikipedia (EN), « Seraphin of Montegranaro » : en.wikipedia.org. Notice biographique de référence : né Felice Rapagnano vers 1540 à Montegranaro dans les Marches de Fermo, second des quatre enfants de Gerolamo Rapagnano (maçon) et Teodora Giovannuzzi ; berger dans son enfance ; admis chez les capucins en 1556, noviciat à Jesi, nom de religion Séraphin ; portier et questeur dans les couvents des Marches, la plus grande partie de sa vie religieuse à Ascoli Piceno ; nuits d'adoration ; humilité et patience ; crucifix présenté pour détourner la vénération de ses mains ou de son habit ; résolution de réciter un chapelet pour ceux qui le tourmentaient ; mort à Ascoli Piceno le 12 octobre 1604 ; béatifié le 18 juillet 1729 par Benoît XIII ; canonisé le 16 juillet 1767 par Clément XIII (avec Jean Cantius, Joseph Calasanz, Joseph de Cupertino, Jérôme Émilien et Jeanne-Françoise de Chantal) ; la bulle de canonisation loue celui qui « savait lire et comprendre le grand livre de la vie » ; fête le 12 octobre ; tombeau à l'église capucine d'Ascoli Piceno ; attribut : habit franciscain.

    2 5 7 10 13 15 17 18 21 24 28 29 30 34 36 42 45 47 48 49 57
  3. Wikipédia (IT), « Serafino da Montegranaro » : it.wikipedia.org. Notice de recoupement : né en 1540 à Montegranaro de Gerolamo Dè Nicola et Teodora Giovannuzzi ; berger ; à seize ans, encouragé par la fille du maître d'œuvre à entrer au couvent de Tolentino ; noviciat capucin à Jesi ; installation à Ascoli Piceno vers 1590 comme frère questeur ; en 1602, les habitants d'Ascoli s'opposent à son transfert ; mort le 12 octobre 1604 à 64 ans après avoir demandé le viatique ; le pape Paul V autorise une lampe sur sa tombe ; béatification le 18 juillet 1729 par Benoît XIII ; canonisation le 16 juillet 1767 par Clément XIII ; fête le 12 octobre ; patron de Montegranaro ; attributs : crucifix, habit de capucin.

    3 6 11 14 16 19 22 23 27 35 37 39 41 43 44 46 51 54 56
  4. Martyrologe romain, 12 octobre, notice de saint Séraphin de Montegranaro (Felice de Nicola) : « Ad Ascoli, San Serafino da Montegranaro (Felice) de Nicola [...], vero povero, rifulse per umiltà e pietà » (« À Ascoli, saint Séraphin de Montegranaro (Félix) de Nicola [...], vrai pauvre, brilla par l'humilité et la piété »). Texte latin cité par Wikipédia IT (cf. it.wikipedia.org).

    4 12 31 32 40
  5. Ordre des frères mineurs capucins, branche réformée des franciscains fondée au XVIe siècle (Matteo da Bascio, 1525-1528), confirmée par la bulle Religionis zelus (1528). Idéal : pauvreté stricte, vie contemplative, service des pauvres. Voir aussi l'ordre franciscain et la fondation des franciscains dans Ignispedia.

    8 9 25 53
  6. Augusto Mussini, cycle de peintures sur la vie de saint Séraphin, église-convent des capucins d'Ascoli Piceno (Italie). Photographies des panneaux Vocation de saint Séraphin, Les quatre vertus, Culte des fleurs, etc., disponibles sur Wikimedia Commons (domaine public). L'image de l'infobox est une image pieuse de saint Séraphin (Majella1851, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0).

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