Sainte Claire d'Assise (1194-1253)

Première disciple de saint François, sainte Claire d'Assise fonde l'ordre des Pauvres Dames (les Clarisses), arrache à Rome le privilège de ne rien posséder et devient la première femme à écrire une règle monastique. Patronne de la télévision, canonisée en 1255.

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Sainte Claire d'Assise est la première femme à avoir suivi saint François d'Assise sur le chemin de la pauvreté évangélique, et la fondatrice de l'Ordre des Pauvres Dames — les religieuses que la postérité appellera les Clarisses. Née en 1194 dans la haute noblesse d'Assise, elle quitte tout à dix-sept ans, la nuit du dimanche des Rameaux 1212, pour se consacrer au Christ entre les mains de François.[1][2]

Recluse pendant plus de quarante ans au monastère de San Damiano, Claire y mène une vie de prière, de pénitence et de service, sans jamais quitter sa clôture. Son grand combat n'est pas extérieur mais doctrinal : obtenir et défendre le « privilège de pauvreté » (Privilegium paupertatis), le droit pour son monastère de ne rien posséder en propre, ni en commun. Cette exigence, sans précédent pour une communauté féminine, la conduit à rédiger elle-même sa Règle — la première de l'histoire de l'Église écrite par une femme — approuvée par le pape deux jours avant sa mort.[3][4]

La tradition franciscaine rapporte que ses dernières paroles, au matin du 11 août 1253, furent une action de grâces pour le don même de l'existence[5].

Cet article retrace la vie de Claire — la noble convertie, la fugitive des Rameaux, la fondatrice, l'abbesse —, puis sa spiritualité (la pauvreté comme noces avec le Christ pauvre, le « miroir » du Crucifié, l'Eucharistie, l'amitié spirituelle avec Agnès de Prague), ses miracles (les Sarrasins repoussés par le Saint-Sacrement, la délivrance d'Assise), enfin sa mort, sa canonisation et sa postérité. Il ne refait pas l'histoire complète de l'ordre des Clarisses ni celle du sanctuaire d'Assise, qui ont leurs articles propres.

Une noble d'Assise saisie par l'Évangile (1194-1212)

Naissance et famille : les Offreduccio d'Assise

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Claire — en italien Chiara — naît le 16 juillet 1194 à Assise, dans une des grandes familles nobles de la ville, les Offreduccio.[6][7] Son père, Favarone di Offreduccio degli Scifi, est un chevalier ; sa mère, Ortolana, femme de profonde piété, qui entrera elle aussi à San Damiano après son veuvage et finira ses jours sous l'habit choisi par sa fille.[8] Claire grandit dans une maison aristocratique adossée à la piazza San Rufino, près de la cathédrale d'Assise, dans le monde des maiores, les puissants de la cité.

L'enfance de Claire est marquée par la guerre civile qui déchire Assise au tournant du XIIIᵉ siècle : les minores (le peuple) se soulèvent contre les maiores (la noblesse), et la famille de Claire doit se réfugier quelque temps à Pérouse.[9] C'est dans ce monde de violence urbaine et de richesse contestée que va germer une vocation tout entière tournée vers la pauvreté volontaire.

Ortolana, la vision de lumière et le nom de « Claire »

La tradition hagiographique — recueillie dans le procès de canonisation de 1253 — rapporte qu'avant la naissance de l'enfant, Ortolana, en prière devant un crucifix, aurait entendu qu'elle mettrait au monde une lumière qui illuminerait le monde. De là le nom de Chiara, « la claire », « la lumineuse ».[10][11] Le jeu de mots latin entre Clara (lumineuse) et la sainteté de Claire deviendra un motif que le pape Alexandre IV exploitera magnifiquement dans la bulle de canonisation.

La bulle file le jeu de mots latin sur clara : une Claire cachée aux yeux du monde, mais révélée à tous par sa sainteté et dont la renommée proclame la gloire[12].

Élevée dans la dévotion, Claire se distingue très tôt par la prière, le jeûne et l'aumône : elle met de côté une partie de sa nourriture pour les pauvres, refuse le mariage avantageux qu'on lui prépare et garde le cœur tourné vers une consécration encore informe.[13]

La rencontre de François et l'appel à tout quitter

Vers 1210-1211, la prédication d'un jeune homme d'Assise bouleverse la ville : François, fils du riche drapier Bernardone, a tout quitté pour épouser « Dame Pauvreté ». Claire l'entend prêcher, sans doute à l'église San Giorgio ou à la cathédrale, et obtient de le rencontrer en secret.[14][15] François devient pour elle bien plus qu'un prédicateur : un maître spirituel et un ami fraternel, dans une amitié sainte qui restera l'un des sommets de l'histoire de la spiritualité chrétienne.

Benoît XVI a souligné la réciprocité de cette amitié : François comme modèle pour Claire, Claire comme encouragement pour François, unis dans un même amour du Christ qui les poussait à se soutenir mutuellement[16].

Claire comprend que sa place n'est pas dans le palais des Offreduccio mais dans la pauvreté du Christ. Reste à franchir le pas — un pas que sa famille, soucieuse de son rang, ne tolérera pas.

La nuit des Rameaux 1212 : la fuite et la consécration

Le dimanche des Rameaux de 1212 (dans la nuit du 18 au 19 mars selon la datation traditionnelle), Claire, qui a alors dix-sept ans, assiste à la messe en habits de fête, puis s'enfuit secrètement de la maison paternelle.[17][18] Elle gagne de nuit la petite chapelle de la Portioncule (Santa Maria degli Angeli), dans la plaine en contrebas d'Assise, où François et ses frères l'attendent à la lumière des torches.

La Portioncule, vue actuelle. Gunnar Bach Pedersen, domaine public — Wikimedia Commons.

Là, François lui coupe les cheveux, signe de renoncement total au monde, la revêt d'une rude tunique de pénitence ceinte d'une corde, et reçoit ses vœux.[19][20] La jeune noble devient ainsi la première femme à embrasser la forma vitae franciscaine. Pour la mettre à l'abri de sa famille, François la confie d'abord aux bénédictines de San Paolo delle Abbadesse près de Bastia, puis à Sant'Angelo di Panzo, sur les pentes du mont Subasio.

Sa famille tente par la force de la ramener au foyer. Selon les récits, Claire s'accroche à l'autel, dévoile sa tête tonsurée et oppose à ses proches une résolution inébranlable.[21] Quelques jours plus tard, sa jeune sœur Agnès la rejoint, suivie au fil des ans par d'autres femmes — et même, après son veuvage, par leur mère Ortolana.

San Damiano : naissance de l'Ordre des Pauvres Dames

Le refuge de San Damiano

Cloître de San Damiano, vue actuelle. Bbruno — CC BY-SA 3.0 — Wikimedia Commons.

François installe bientôt Claire et ses compagnes à San Damiano, la petite église en ruines hors les murs d'Assise que lui-même avait restaurée de ses mains, et où le crucifix lui avait parlé : « François, va réparer ma maison. » — la fameuse croix de San Damiano.[22] Ce lieu modeste deviendra le berceau d'un ordre et le cœur de toute la vie de Claire : elle n'en sortira plus pendant plus de quarante ans.

La communauté vit du travail manuel et des aumônes, dans une pauvreté absolue, sans propriétés ni rentes. Claire y pratique une ascèse héroïque — jeûnes prolongés, sol pour lit, longues veilles — sans jamais l'imposer à ses sœurs avec dureté : elle sert elle-même les malades, lave les pieds des sœurs converses, soigne les plus faibles.[23]

Abbesse malgré elle (vers 1216)

Vers 1216, sur l'insistance de François, Claire accepte — contre son désir d'effacement — le titre et la charge d'abbesse de San Damiano, qu'elle exercera jusqu'à sa mort.[24][25] Mais elle entend gouverner non en supérieure dominatrice, mais en servante : la dernière dans l'estime, la première dans l'humilité. Cette conception du pouvoir comme service, directement évangélique, irrigue toute sa Forme de vie.

Les « Pauvres Dames » : un monachisme franciscain au féminin

La communauté de San Damiano prend le nom de Pauvres Dames (Pauperes Dominae) ou « Ordre de San Damiano ». Ce n'est pas une simple branche féminine des Frères mineurs : c'est une vie contemplative cloîtrée, mais animée du même idéal de pauvreté radicale que François. Les sœurs ne mendient pas sur les routes comme les frères ; elles vivent la pauvreté dans la clôture, par le travail, le dénuement et la dépendance totale à la Providence.

Très vite, l'idéal rayonne hors d'Assise : des monastères se réclamant de Claire essaiment en Italie, puis en Europe — jusqu'à Prague, où la princesse Agnès de Bohême fonde un monastère et entre en correspondance avec Claire. C'est l'embryon de ce qui deviendra l'ordre des Clarisses.

Le grand combat : le « privilège de pauvreté »

Qu'est-ce que le Privilegium paupertatis ?

Au Moyen Âge, le droit canonique exige qu'un monastère dispose de biens (terres, rentes) pour assurer la subsistance de ses moniales cloîtrées, qui ne peuvent ni travailler au-dehors ni mendier. Claire veut l'inverse : que son monastère ait le droit de ne rien posséder, ni individuellement ni en communauté, vivant uniquement du travail des mains et de la charité.[26] Ce « privilège de pauvreté » est une exception extraordinaire au droit commun — un privilège non de richesse, mais de dénuement.

Selon la tradition, à qui voulait la délier de son vœu de pauvreté absolue, Claire aurait répondu qu'elle acceptait l'absolution de ses péchés, mais non d'être dispensée de suivre le Christ[27].

D'Innocent III à Grégoire IX : un privilège arraché et confirmé

La tradition franciscaine rapporte que Claire obtint un premier privilège de pauvreté du pape Innocent III lui-même, vers 1216 — fait sans précédent qui aurait demandé toute sa ténacité.[28][29] Plus tard, le pape Grégoire IX — l'ancien cardinal Hugolin, protecteur de l'ordre et ami de Claire — tenta de la convaincre d'accepter des possessions pour la sécurité de ses sœurs. Claire refusa avec fermeté ; Grégoire IX finit par lui confirmer le privilège par la bulle Sicut manifestum est (17 septembre 1228).[30][31]

Selon les récits, Grégoire IX proposa à Claire de la dispenser de son vœu si celui-ci l'inquiétait, et Claire refusa toute dispense qui l'éloignerait de la suite du Christ[32].

La bataille des règles

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Claire dut défendre sa pauvreté non seulement contre les bonnes intentions des papes, mais contre les règles qu'on imposait successivement à son ordre, et qui toutes adoucissaient son idéal. Le tableau ci-dessous résume cette longue bataille de textes, qui ne s'acheva que sur le lit de mort de Claire.

Règle / texteAuteurDate d'approbationCe qu'elle apportait
Brève forma vitaesaint Françoisvers 1212-1213Quelques mots fondateurs : vivre selon la perfection de l'Évangile, en très haute pauvreté
Règle « hugolinienne »card. Hugolin (futur Grégoire IX)confirmée par Honorius III, bulle Sacrosancta, 1219Discipline calquée sur la Règle de saint Benoît ; n'imposait pas la pauvreté absolue
Règle d'Innocent IVpape Innocent IV1247Reliait l'ordre aux Frères mineurs ; autorisait des possessions communes
Forme de vie de Clairesainte Clairebulle Solet annuere d'Innocent IV, 9 août 1253Consacrait la pauvreté absolue ; première règle écrite par une femme

Première femme à écrire une règle monastique

Insatisfaite des textes reçus, Claire composa sa propre Forme de vie, qui reprenait fidèlement la forma vitae donnée par François et inscrivait au cœur de la Règle la pauvreté la plus haute. Le pape Innocent IV l'approuva par la bulle Solet annuere le 9 août 1253, deux jours seulement avant la mort de Claire.[33] La tradition rapporte que la moniale agonisante put presser sur ses lèvres le parchemin scellé apportant l'approbation tant attendue. Claire est ainsi la première femme de l'histoire de l'Église à avoir rédigé une règle religieuse approuvée par le Saint-Siège.[34][35]

Ses Écrits célèbrent ainsi la pauvreté comme source de richesses éternelles pour qui l'aime et l'embrasse[36].

Heureuse la pauvreté qui, aimée et embrassée pour l'amour du Christ, donne des richesses éternelles. — Sainte Claire, Écrits (paraphrase)[37]

La spiritualité de Claire : le miroir du Christ pauvre

Contempler le Christ : la pédagogie du miroir

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Le cœur de la mystique de Claire n'est pas l'action mais la contemplation. Toute sa vie est une fixation du regard sur le Christ, et particulièrement sur le Christ pauvre et crucifié. Dans sa célèbre quatrième lettre à Agnès de Prague, elle développe l'image du miroir : le Christ est le miroir sans tache dans lequel l'épouse doit se regarder chaque jour pour se conformer à lui.[38][39]

Elle y invite Agnès à regarder chaque jour ce miroir et à y contempler son visage : un miroir où resplendissent, écrit-elle, la pauvreté bienheureuse, la sainte humilité et l'ineffable charité[40].

Regarde chaque jour ce miroir sans tache — le Christ pauvre, humble et plein d'amour — et laisse-toi transformer en lui. — Sainte Claire, Quatrième lettre à Agnès de Prague (paraphrase)[41]

Cette pédagogie spirituelle est d'une grande profondeur : on devient ce que l'on contemple. À force de regarder le Christ pauvre, humble et aimant, l'âme se laisse transformer en lui.

La pauvreté comme noces avec le Christ pauvre

Pour Claire, la pauvreté n'est jamais une simple privation matérielle : c'est une histoire d'amour, un mariage avec un Époux qui s'est fait pauvre. Renoncer à tout posséder, c'est se rendre semblable au Christ de la crèche et de la croix, qui n'avait pas où reposer la tête. Cette pauvreté joyeuse, choisie par amour, explique son intransigeance dans le combat du Privilegium paupertatis : céder sur la pauvreté, c'eût été, pour elle, cesser d'épouser le Christ pauvre.

L'amitié spirituelle avec Agnès de Prague

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L'un des trésors laissés par Claire est sa correspondance avec Agnès de Bohême (Agnès de Prague), fille du roi Ottokar Iᵉʳ, qui renonça à un mariage impérial pour fonder un monastère de Pauvres Dames à Prague.[42][43] Les quatre lettres que Claire lui adresse (entre 1234 et 1253) sont des chefs-d'œuvre de spiritualité nuptiale, où elle l'encourage à demeurer fidèle à la pauvreté du Christ-Époux.

Elle y dit le bonheur de celle à qui il est donné de s'attacher de tout son cœur au Christ-Époux, dont la beauté émerveille les cohortes des cieux[44].

Eucharistie et présence réelle

La foi de Claire en la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie est extraordinaire : la tradition lui attribue deux délivrances — celle de son monastère par l'ostension du Saint-Sacrement devant les Sarrasins (1240), et celle d'Assise par la prière et la pénitence lors du siège de 1241 (voir ci-dessous).[45] Son monastère vit dans une intense dévotion eucharistique ; Claire elle-même, déjà malade, fait porter le ciboire jusqu'à la porte de son monastère pour faire front, non par les armes, mais par la présence du Christ.

Les miracles et la défense d'Assise

Les Sarrasins repoussés par le Saint-Sacrement (1240)

En septembre 1240, des troupes de mercenaires sarrasins au service de l'empereur Frédéric II, qui ravageaient la vallée de Spolète, escaladent les murs de San Damiano pour piller le monastère.[46][47] Claire, gravement malade, se fait porter jusqu'à la menace, tenant entre ses mains le ciboire contenant le Saint-Sacrement, et se prosterne en suppliant le Seigneur de protéger ses filles.

Selon le récit, Claire supplia le Seigneur de protéger lui-même les sœurs qu'elle ne pouvait défendre, et une voix lui répondit que ses servantes seraient toujours gardées[48].

Claire repoussant les Sarrasins, anonyme, vers 1630, musée de Saint-Marin. Photo Stefano Bolognini, réutilisation avec attribution — Wikimedia Commons.

Les assaillants, saisis d'une terreur soudaine, redescendent les murs et s'enfuient. C'est cette scène — Claire brandissant l'ostensoir face aux envahisseurs — qui deviendra son attribut iconographique le plus célèbre.

La délivrance d'Assise (1241)

L'année suivante, en juin 1241, le général Vitale d'Aversa, à la tête d'une armée impériale, met le siège devant Assise. Claire réunit ses sœurs, leur fait répandre des cendres sur la tête et passe la nuit en prière. Au matin, une violente tempête disperse les tentes des assaillants et le siège est levé.[49][50] La cité attribuera sa délivrance aux prières de la sainte recluse de San Damiano.

La messe de Noël « à distance » : patronne de la télévision

Une nuit de Noël, à la fin de sa vie, Claire, retenue au lit par la maladie et ne pouvant se rendre à l'office, vit et entendit la messe célébrée dans la basilique Saint-François comme si elle y était présente, sur le mur de sa cellule.[51] Près de sept siècles plus tard, le pape Pie XII s'appuya précisément sur ce récit pour proclamer Claire patronne céleste de la télévision — cette technique qui permet, elle aussi, de « voir et d'entendre à distance ».[52]

Mort, canonisation et postérité

La mort (11 août 1253) : une action de grâces pour l'existence

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Affaiblie par près de trente ans de maladie supportée sans plainte, Claire s'éteint le 11 août 1253, deux jours après l'approbation de sa Règle, entourée de ses sœurs et des premiers compagnons de François. Ses dernières paroles, selon la tradition franciscaine, furent une action de grâces pour le don même de l'existence[53].

Je te rends grâces, Seigneur, pour le don de mon existence. — Dernières paroles attribuées à sainte Claire, rapportées par la tradition franciscaine (paraphrase)[54]

Le pape Innocent IV, qui se trouvait alors à Assise, vint en personne assister à ses funérailles.

La canonisation éclair (1255) et la bulle Clara claris praeclara

Dès le 18 octobre 1253, Innocent IV ordonna l'ouverture du procès de canonisation (bulle Gloriosus Deus), confié à l'évêque de Spolète.[55] Les dépositions des sœurs et des habitants d'Assise — le précieux procès de canonisation de sainte Claire — furent recueillies en quelques jours tant la réputation de sainteté était unanime. À peine deux ans après sa mort, le 26 septembre 1255, à Anagni, le pape Alexandre IV la proclama sainte par la bulle Clara claris praeclara, dont le jeu de mots sur la « lumière » (clara) court tout au long du texte.[56]

Reliques, basilique Sainte-Claire et héritage des Clarisses

Basilique Sainte-Claire, vue actuelle. Luca Aless — CC BY-SA 4.0 — Wikimedia Commons.

En 1260, le corps de Claire fut transféré dans la nouvelle basilique Sainte-Claire d'Assise, construite pour l'abriter, et déposé sous le maître-autel. Oublié au fil des siècles, il fut redécouvert en 1850 et placé dans la crypte de la basilique, où il est toujours vénéré.[57] La croix qui avait parlé à François à San Damiano fut elle aussi transférée à la basilique Sainte-Claire, où l'on conserve la croix de San Damiano.

L'héritage de Claire dépasse infiniment les murs de son monastère. L'ordre des Clarisses qu'elle a fondé est aujourd'hui présent sur tous les continents et demeure l'un des grands ordres contemplatifs féminins de l'Église. Sainte Claire reste, huit siècles après sa fuite des Rameaux, la figure éclatante d'une liberté conquise par le dépouillement : celle qui, en ne possédant rien, possédait le Christ.

Benoît XVI voyait dans les saints, dont Claire et François, ceux qui changent le monde en mieux et en demeurent les grands bienfaiteurs[58].

Pour aller plus loin

  • Sources primaires : les écrits de sainte Claire — les Quatre lettres à Agnès de Prague, la Forme de vie (Règle), le Testament et la Bénédiction (éd. Sources Chrétiennes, t. 325, Claire d'Assise. Écrits) ; le Procès de canonisation de sainte Claire (1253) ; la bulle de canonisation Clara claris praeclara d'Alexandre IV (1255).
  • Magistère : Benoît XVI, Audience générale du 15 septembre 2010 (catéchèse sur sainte Claire d'Assise), vatican.va ; Pie XII, lettre apostolique proclamant sainte Claire patronne céleste de la télévision (1958).
  • Études et notices : Catholic Encyclopedia, art. « St. Clare of Assisi » (New Advent) ; notices vaticane et de l'École franciscaine de Paris ; Encyclopædia Britannica, art. « Saint Clare of Assisi ».
  • Articles liés sur Ignispedia : saint François d'Assise, maître et ami de Claire ; les Clarisses, l'ordre qu'elle a fondé ; le sanctuaire d'Assise ; la croix de San Damiano qui parla à François ; les papes Innocent III, Honorius III, Grégoire IX, Innocent IV et Alexandre IV, acteurs de l'histoire de son ordre et de sa canonisation.

Notes et références

  1. Benoît XVI, Audience générale du 15 septembre 2010, vatican.va : catéchèse sur sainte Claire d'Assise — naissance dans une famille noble, fuite à la Portioncule le dimanche des Rameaux 1212, tonsure par François, vie de plus de quarante ans à San Damiano, mort en 1253 et canonisation par Alexandre IV en 1255 ; amitié spirituelle entre François et Claire ; Privilegium paupertatis comme une exception extraordinaire au droit canonique ; thème du « miroir » du Christ (4ᵉ lettre à Agnès) ; foi eucharistique de Claire (ostension face aux Sarrasins en 1240, délivrance d'Assise par la prière en 1241) ; les saints comme bienfaiteurs de l'humanité. Propos paraphrasés dans le corps, sans verbatim garanti.

    1 4 14 16 17 20 23 26 31 39 42 45 47 58
  2. Catholic Encyclopedia, art. « St. Clare of Assisi », New Advent (newadvent.org/cathen/04004a.htm) : notice de référence sur la naissance le 16 juillet 1194 à Assise, la famille (père Favarone/Favorino degli Scifi, mère Ortolana), la fuite le dimanche des Rameaux 1212 et la consécration à la Portioncule (« cut off her hair, clothed her in a rough tunic »), les séjours à San Paolo et Sant'Angelo di Panzo, l'installation à San Damiano, l'abbatiat à partir de 1216 pendant près de quarante ans, le Privilegium paupertatis, la confirmation de la Règle par Solet annuere (9 août 1253), la mort le 11 août 1253, la canonisation par Alexandre IV (1255), la translation des reliques (1260) et leur redécouverte en 1850.

    2 6 8 13 15 19 22 24 57
  3. Innocent IV, bulle Solet annuere, 9 août 1253, adressée aux sœurs de San Damiano : approbation de la Forme de vie (Règle) composée par sainte Claire, consacrant la pauvreté absolue. Promulguée deux jours avant la mort de Claire (11 août 1253). Claire est ainsi la première femme à avoir rédigé une règle monastique approuvée par le Saint-Siège. Texte conservé aux archives du Protomonastero Santa Chiara d'Assise.

    3 33 34
  4. Dernières paroles attribuées à sainte Claire, 11 août 1253 : une action de grâces pour le don de l'existence, rapportée par les biographies franciscaines et la Légende de sainte Claire (formulation paraphrasée dans le corps, sans verbatim garanti) ; cf. notices franciscaines et Vatican News (saint du jour, 11 août).

    5 53 54
  5. Claire d'Assise, Wikipédia FR : éléments sur la naissance le 16 juillet 1194, la famille Offreduccio, l'exil de la famille à Pérouse pendant la guerre civile d'Assise, la vision de lumière et l'origine du nom Chiara, la fuite la nuit des Rameaux (nuit du 18 au 19 mars 1212), la résistance de Claire à sa famille (tête tonsurée dévoilée), l'arrivée de sa sœur Agnès, le siège d'Assise levé en 1241, la mort le 11 août 1253 et la canonisation le 26 septembre 1255 (bulle Clara claris praeclara, Alexandre IV, Anagni).

    7 9 10 18 21 25 28 35 50
  6. Alexandre IV, bulle de canonisation Clara claris praeclara, Anagni, 26 septembre 1255 : proclamation de la sainteté de Claire, morte le 11 août 1253, deux ans après sa mort ; le texte file le jeu de mots latin sur clara (« lumineuse »/« illustre ») et rattache à la naissance de Claire la prophétie de la lumière faite à sa mère Ortolana. Jeu de mots évoqué par Benoît XVI (audience du 15 septembre 2010, propos paraphrasés dans le corps).

    11 12 56
  7. Privilège de pauvreté (Privilegium paupertatis) : droit, exceptionnel en droit canonique, de ne posséder aucun bien ni en propre ni en commun. La tradition franciscaine attribue un premier privilège accordé à Claire par Innocent III (vers 1216) ; il est ensuite confirmé par Grégoire IX (l'ancien cardinal Hugolin) par la bulle Sicut manifestum est du 17 septembre 1228. Cf. Catholic Encyclopedia, art. cité, et Benoît XVI, audience du 15 septembre 2010. Le refus par Claire de toute dispense qui l'éloignerait de la suite du Christ est rapporté par la tradition hagiographique (propos paraphrasés dans le corps, sans verbatim garanti).

    27 29 30 32
  8. Sainte Claire d'Assise, Écrits (la Forme de vie, le Testament et les lettres, composés avant 1253) : la Règle écrite par Claire et approuvée par Solet annuere reprend la forma vitae donnée par François et place la « très haute pauvreté » au cœur de la vie des Pauvres Dames. L'éloge de la pauvreté, source de richesses éternelles pour qui l'aime et l'embrasse, exprime l'idéal central de Claire (idée paraphrasée dans le corps). Éd. française : Claire d'Assise. Écrits, Sources Chrétiennes, t. 325.

    36 37
  9. Sainte Claire d'Assise, Quatrième lettre à Agnès de Prague : développement de l'image du miroir — le Christ est le miroir sans tache dans lequel l'épouse doit contempler chaque jour son propre visage pour se conformer à lui (pauvreté, humilité et charité du Christ à contempler). Idée paraphrasée dans le corps, sans verbatim garanti ; éd. Sources Chrétiennes, t. 325. Évoquée par Benoît XVI (audience du 15 septembre 2010).

    38 40 41
  10. Lettres de sainte Claire à Agnès de Prague (quatre lettres, v. 1234-1253), cf. éd. des Frères mineurs capucins et École franciscaine de Paris : correspondance spirituelle entre Claire et Agnès de Bohême, fille du roi Ottokar Iᵉʳ, qui renonça à un mariage impérial pour fonder un monastère de Pauvres Dames à Prague. Langage nuptial (le Christ comme Époux) et appel constant à la fidélité à la pauvreté. Images paraphrasées dans le corps (bonheur de s'attacher au Christ-Époux, beauté qui émerveille le ciel).

    43 44
  11. Miracle des Sarrasins à San Damiano (septembre 1240) : des mercenaires sarrasins au service de l'empereur Frédéric II, ravageant la vallée de Spolète, escaladent les murs du monastère. Claire, malade, se fait porter avec le ciboire (Saint-Sacrement) et obtient par sa prière la fuite des assaillants. Rapporté dans le Procès de canonisation et la Légende de sainte Claire ; Benoît XVI y voit un fruit de la foi eucharistique de Claire (audience du 15 septembre 2010, propos paraphrasés). Cet épisode — et lui seul, non le siège de 1241 levé par la prière — est à l'origine de l'attribut iconographique de Claire, l'ostensoir.

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  12. Siège d'Assise et délivrance (juin 1241) : le général impérial Vitale d'Aversa assiège Assise ; Claire et ses sœurs passent la nuit en prière et en pénitence (cendres sur la tête) ; au matin, une tempête disperse l'armée et le siège est levé. Cf. Wikipédia FR (« Claire d'Assise »), Procès de canonisation et Légende de sainte Claire.

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  13. Pie XII, lettre apostolique proclamant sainte Claire patronne céleste de la télévision (1958, document publié le 21 août 1958). Motif invoqué : une nuit de Noël, Claire, malade et confinée dans sa cellule de San Damiano, aurait vu et entendu, comme si elle y était présente, la messe et les chants célébrés dans l'église franciscaine — préfiguration symbolique de la télévision, qui permet « de voir et d'entendre à distance ». La date de proclamation est parfois donnée au 14 février 1958.

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  14. Innocent IV, bulle Gloriosus Deus, 18 octobre 1253 : ordre d'ouverture du procès de canonisation de Claire, confié à l'évêque de Spolète. Le procès, conduit dès novembre 1253 (dépositions des sœurs de San Damiano et d'habitants d'Assise), constitue le Procès de canonisation de sainte Claire, source biographique de premier ordre. La canonisation sera prononcée par le successeur d'Innocent IV, Alexandre IV, en 1255.

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