Saint Antoine de Padoue (1195-1231)

Saint Antoine de Padoue, né Fernando de Bulhões à Lisbonne, chanoine augustin devenu franciscain, fut un prédicateur infatigable et le premier théologien de son ordre. Marteau des hérétiques, canonisé en moins d'un an et proclamé docteur évangélique, il reste l'un des saints les plus aimés de l'Église.

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Antoine de Padoue (v. 1195-1231), né Fernando Martins de Bulhões à Lisbonne, est l'un des saints les plus aimés et les plus invoqués de toute la chrétienté. Chanoine régulier de saint Augustin devenu Frère mineur dans le sillage de François d'Assise, il fut tour à tour ermite, prédicateur infatigable, théologien et thaumaturge.[1][2]

Portugais de naissance mais lié à jamais à la ville italienne où il mourut, il prêcha à travers l'Italie du Nord et le sud de la France, ramenant à la foi catholique des foules entières et combattant les hérésies cathare et vaudoise au point d'être surnommé le marteau des hérétiques.[3][4] Premier de son ordre à enseigner la théologie aux frères, sur l'ordre exprès de saint François, il laisse une œuvre de sermons d'une richesse scripturaire exceptionnelle.[5]

Mort épuisé à environ trente-cinq ans seulement, il fut canonisé en moins d'un an — l'une des canonisations les plus rapides de l'histoire de l'Église — par le pape Grégoire IX.[6][7] Sept siècles plus tard, Pie XII le proclama docteur de l'Église sous le titre de Doctor Evangelicus, le « docteur évangélique ».[8]

Sa popularité dépasse les frontières de l'érudition : invoqué pour retrouver les objets perdus, honoré par le pain de saint Antoine et les treize mardis, représenté partout tenant l'Enfant Jésus et un lys, il demeure, près de huit siècles après sa mort, l'un des intercesseurs les plus familiers du peuple chrétien.[9][10]

Les origines : un jeune noble de Lisbonne

Naissance et baptême de Fernando de Bulhões

Le futur saint Antoine naît à Lisbonne, vers 1195, dans une famille de la noblesse portugaise, et reçoit au baptême le nom de Fernando.[11][12] Une tradition rattache sa maison familiale aux abords de la cathédrale de Lisbonne, où une église lui est aujourd'hui dédiée. L'enfant grandit dans une cité encore marquée par la Reconquista, reprise aux musulmans une cinquantaine d'années plus tôt seulement.[13]

Chez les chanoines réguliers de saint Augustin

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Adolescent, Fernando entre chez les chanoines réguliers de saint Augustin, d'abord au monastère Saint-Vincent (São Vicente de Fora), aux portes de Lisbonne.[14][15] Mais la proximité de sa famille et de ses amis, qui venaient le visiter, trouble sa recherche de Dieu ; il demande à être transféré, vers 1212, au monastère Sainte-Croix (Santa Cruz) de Coïmbre, alors capitale du royaume et grand foyer intellectuel.[16][17]

Les études bibliques à Sainte-Croix de Coïmbre

À Coïmbre, pendant près de huit années, Fernando se livre à une étude intense de la Bible et des Pères de l'Église.[18] Cette formation augustinienne — patristique, scripturaire, liturgique — explique la densité doctrinale qui éclatera plus tard dans ses sermons : avant d'être franciscain, Antoine fut un lettré nourri de la grande tradition monastique.[19][20]

« Antoine de Padoue [...] entra encore très jeune dans l'ordre des chanoines réguliers de saint Augustin [...] et étudia avec une grande intensité la Bible et les Pères de l'Église. » — Benoît XVI, catéchèse du 10 février 2010[21]

La conversion franciscaine

Les cinq martyrs franciscains du Maroc (1220)

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En 1220, un événement bouleverse le jeune chanoine. Les corps de cinq Frères mineurs, partis évangéliser les musulmans et martyrisés au Maroc, sont rapportés au Portugal et déposés à Sainte-Croix de Coïmbre.[22][23] Devant ces reliques, Fernando ressent l'appel d'un idéal nouveau : la pauvreté évangélique et le désir du martyre prêchés par François d'Assise, dont l'ordre, tout récent, commençait à se répandre.[24]

Du chanoine au Frère mineur

Fernando obtient — non sans difficulté — de quitter les augustins pour rejoindre les Frères mineurs. Reçu dans un petit couvent franciscain proche de Coïmbre, il change de nom et devient frère Antoine, du nom de l'ermitage dédié à saint Antoine le Grand où il prend l'habit.[25][26] Brûlant du même feu que les cinq martyrs, il s'embarque aussitôt pour le Maroc, résolu à y prêcher l'Évangile et, s'il le faut, à y mourir.[27][28]

Le naufrage providentiel et le chapitre des Nattes (1221)

Mais Dieu réservait à Antoine une tout autre mission. À peine arrivé en terre marocaine, il tombe gravement malade et doit rentrer en Europe. Son navire, dérouté par une tempête, échoue en Sicile.[29][30] Remis sur pied, le frère portugais gagne l'Italie et participe, à la Pentecôte 1221, au fameux chapitre des Nattes d'Assise — ainsi nommé parce que les milliers de frères réunis campaient sous de simples nattes.[31] C'est là qu'il rencontre saint François lui-même.[32]

L'ermitage de Montepaolo

Inconnu, sans recommandation, Antoine est confié à la province de Romagne et envoyé dans le modeste ermitage de Montepaolo, près de Forlì. Il y vit caché, dans la prière, le travail manuel et l'humilité, assurant les tâches les plus humbles de la communauté.[33][34] Nul ne soupçonnait encore le théologien et l'orateur qui sommeillaient en ce frère silencieux.[35]

La révélation d'un prédicateur

Le sermon improvisé de Forlì

Tout bascule un jour de 1222, lors d'une ordination à Forlì. Aucun des prédicateurs présents — dominicains et franciscains — ne s'étant préparé à parler, les supérieurs prient Antoine, par obéissance, de dire « ce que l'Esprit Saint lui inspirerait ».[36][37] À la stupéfaction générale, le frère obscur déploie une éloquence et une science telles que sa réputation se répand aussitôt.[38] On découvre en lui un prédicateur né, doublé d'un théologien accompli.

Le « marteau des hérétiques » : la prédication contre les Cathares

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Dès lors, Antoine ne cesse plus de prêcher. François lui confie l'apostolat dans l'Italie du Nord, puis dans le sud de la France — Limousin, Toulouse, Montpellier, Arles — régions alors gangrenées par l'hérésie cathare et par les vaudois.[39][40] Par la clarté de sa doctrine et la sainteté de sa vie, il ramène des foules à l'Église catholique, au point de mériter le surnom de marteau des hérétiques (malleus haereticorum).[41][42] Son combat doctrinal prolonge, sur les mêmes terres et juste après lui, celui qu'avait mené saint Dominique et ses prêcheurs.

Le premier théologien franciscain

La science d'Antoine était si sûre que François d'Assise lui-même, méfiant pourtant de tout ce qui pouvait nourrir l'orgueil ou trahir la simplicité, le chargea d'enseigner la théologie aux frères. Il lui adressa un billet resté célèbre :

« Il me plaît que tu enseignes la sainte théologie aux frères, pourvu que, dans cette étude, tu n'éteignes pas l'esprit de prière et de dévotion. » — Saint François d'Assise, lettre à frère Antoine[43]

Antoine devient ainsi le premier maître de théologie de l'ordre franciscain, enseignant à Bologne, puis à Montpellier et Toulouse.[44][45] Il ouvre la voie à la grande école théologique franciscaine que couronnera, une génération plus tard, saint Bonaventure.

La spiritualité de saint Antoine

Le Christ au centre de toute prédication

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Toute la spiritualité d'Antoine est christocentrique : prêcher, pour lui, c'est faire entendre le nom et la douceur de Jésus, seul capable d'amollir les cœurs les plus durs.[46][47]

« Si tu prêches Jésus, il libère les cœurs durs ; si tu l'invoques, il adoucit les tentations amères ; si tu penses à lui, il illumine ton cœur ; si tu le lis, il comble ton esprit. » — Saint Antoine de Padoue, Sermones Dominicales et Festivi, cité par Benoît XVI, catéchèse du 10 février 2010[48]

La charité, âme de la foi

Fidèle à la tradition augustinienne et paulinienne, Antoine fait de la charité le principe vivant de toute la vie chrétienne : sans l'amour, la foi elle-même demeure stérile.[49][50]

« La charité est l'âme de la foi, elle la rend vivante ; sans l'amour, la foi meurt. » — Saint Antoine de Padoue, Sermones Dominicales et Festivi, t. II (éd. Messaggero, Padoue, 1979, p. 37), cité par Benoît XVI, catéchèse du 10 février 2010[51]

La Parole de Dieu et les Sermones

Son œuvre écrite, les Sermones Dominicales et Festivi (Sermons des dimanches et des fêtes), n'est pas un recueil de discours tout faits mais un vaste commentaire spirituel de l'Écriture, destiné à former les prédicateurs.[52][53] On y admire une connaissance prodigieuse de la Bible, lue selon les quatre sens de l'exégèse médiévale, et une langue imagée, nourrie de la nature et des Pères. C'est cette saveur biblique qui valut à Antoine, en 1946, le titre de Doctor Evangelicus.[54]

Marie et l'Enfant Jésus

Comme tous les grands franciscains, Antoine fut un fervent de la Vierge Marie, qu'il chante dans plusieurs de ses sermons.[55] Mais c'est surtout l'épisode de l'apparition de l'Enfant Jésus — que la tradition situe à la fin de sa vie, en France ou à Camposampiero — qui a fixé son image la plus universelle : le saint tenant tendrement l'Enfant dans ses bras, un lys à la main, symbole de pureté.[56][57]

Les miracles et la tradition hagiographique

La vie d'Antoine est entourée d'un foisonnement de récits merveilleux, recueillis dès le XIIIᵉ siècle dans les biographies et le Liber miraculorum, puis popularisés par les Fioretti franciscains. L'Église, sans tout imposer à la foi, y reconnaît le rayonnement d'une sainteté authentique attestée par les nombreux miracles allégués lors de son procès de canonisation.[58][59]

Le sermon aux poissons de Rimini

Véronèse, Saint Antoine prêchant aux poissons, vers 1580. Wikimedia Commons, domaine public.

À Rimini, ville gagnée à l'hérésie, les habitants refusant de l'écouter, Antoine serait allé au bord de la mer prêcher aux poissons, qui sortirent la tête de l'eau pour entendre la parole de Dieu — spectacle qui confondit les hérétiques et ramena la ville à la foi.[60][61] Au-delà de l'image, le récit illustre la conviction franciscaine que toute la création loue son Créateur.

La mule adorant l'Eucharistie

Autre épisode célèbre : pour convaincre un hérétique qui niait la présence réelle, Antoine aurait obtenu qu'une mule affamée, au lieu de se jeter sur l'avoine qu'on lui présentait, s'agenouille devant l'hostie consacrée. Le prodige, situé selon les versions à Rimini ou à Toulouse, aurait converti l'incrédule.[62][63]

Le pied recollé et les autres prodiges

La tradition lui attribue encore quantité de miracles : un pied tranché recollé à un jeune homme repentant, un verre de poison rendu inoffensif, des malades guéris, des morts ressuscités.[64] Ces récits, propres au genre hagiographique médiéval, disent moins une chronique exacte qu'une certitude des contemporains : par Antoine, la puissance de Dieu se manifestait visiblement.

La mort et la canonisation éclair

Épuisé à environ trente-cinq ans (13 juin 1231)

Usé par les jeûnes, les voyages et la prédication continuelle, Antoine se retire à la fin de sa vie près de Padoue, où il prêche un dernier carême devant des foules immenses. Malade, il se fait reconduire vers la ville mais s'éteint en chemin, au couvent des Clarisses d'Arcella, le 13 juin 1231, âgé d'environ trente-cinq ans seulement.[65][66] Selon la tradition, il expire en murmurant qu'il voyait son Seigneur.[67]

Canonisé en moins d'un an (30 mai 1232)

Basilique Saint-Antoine de Padoue. Photo Cmcmcm1, 29 mai 2026 — Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0. Version réduite, sans recadrage.

L'émotion populaire est immense ; les miracles se multiplient sur sa tombe. Le pape Grégoire IX, qui avait connu Antoine et l'appelait « l'Arche du Testament » à cause de sa science des Écritures, le canonise dès le 30 mai 1232, à Spolète — moins d'un an après sa mort, l'une des canonisations les plus rapides de toute l'histoire de l'Église.[68][69]

La langue incorrompue (1263)

En 1263, lors de la translation de ses reliques dans la nouvelle basilique de Padoue, sous la conduite du ministre général saint Bonaventure, on découvre, dit-on, sa langue restée intacte alors que le reste du corps était réduit en poussière.[70][71] Bonaventure y vit le signe de la sainteté de sa prédication. La relique de la langue est aujourd'hui encore vénérée au Santo de Padoue.

Le docteur évangélique (1946)

Le 16 janvier 1946, par la lettre apostolique Exsulta, Lusitania felix, le pape Pie XII proclame Antoine docteur de l'Église universelle, lui décernant le titre de Doctor Evangelicus, le « docteur évangélique ».[72] Ce titre salue la fraîcheur et la beauté de l'Évangile qui transparaissent de ses sermons, tout imprégnés de l'Écriture sainte.[73][74] Antoine rejoint ainsi le petit nombre des saints — comme saint Bernard de Clairvaux ou saint Bonaventure — dont l'Église reconnaît officiellement l'autorité doctrinale éminente.

Que reste-t-il aujourd'hui de saint Antoine ?

Le patron des objets perdus

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La dévotion la plus populaire à saint Antoine est celle qui l'invoque pour retrouver les objets perdus. La tradition la rattache à un épisode de sa vie : un novice ayant emporté un précieux psautier annoté d'Antoine, le livre lui aurait été rendu après la prière du saint.[75][76] De là vient l'habitude universelle de prier « saint Antoine » dès qu'on a égaré quelque chose.

Le pain de saint Antoine et les treize mardis

Deux dévotions populaires lui restent attachées : le pain de saint Antoine, aumône faite aux pauvres en action de grâce pour une faveur obtenue, et les treize mardis de saint Antoine, neuvaine prolongée préparant à sa fête — le mardi, jour où il fut enseveli.[77] Ces pratiques unissent, comme toute sa vie, prière, charité et confiance.

Le Santo de Padoue

Au-dessus de son tombeau s'élève la basilique Saint-Antoine de Padoue, « il Santo », l'un des plus grands sanctuaires de pèlerinage de la chrétienté, où affluent chaque année des millions de fidèles.[78][79] Le nom même de la ville et celui du saint sont désormais indissociables : le Portugais de Lisbonne est devenu, pour le monde entier, Antoine de Padoue.

En conclusion de sa catéchèse du 10 février 2010, Benoît XVI retenait de saint Antoine que c'est en regardant le Crucifié que l'on comprend la dignité de l'homme, et que ce regard demeure une source de reconnaissance de cette dignité.[80]

Pour aller plus loin

  • Lire Saint François d'Assise (1182-1226) : le fondateur dont l'idéal de pauvreté attira Antoine chez les Frères mineurs et qui le chargea d'enseigner la théologie.
  • Lire Saint Dominique (1170-1221) : le contemporain d'Antoine, engagé lui aussi dans la prédication contre l'hérésie cathare.
  • Lire Saint Bonaventure (1221-1274) : le grand docteur franciscain qui présida en 1263 à la translation des reliques d'Antoine.
  • Retenir l'essentiel : saint Antoine de Padoue, chanoine augustin devenu Frère mineur, prédicateur infatigable et marteau des hérétiques, fut le premier théologien franciscain, canonisé en moins d'un an et proclamé docteur évangélique — l'un des saints les plus universellement aimés de l'Église.

Notes et références

  1. Benoît XVI, Audience générale du 10 février 2010 sur saint Antoine de Padoue, Vatican : vatican.va. Catéchèse pontificale sur la vie d'Antoine (origines augustiniennes, conversion franciscaine, chapitre des Nattes, prédication, premier maître de théologie, Sermones, mort et doctorat), rapportant la lettre de saint François et plusieurs sentences d'Antoine.

    1 3 5 11 14 18 19 21 22 24 27 29 31 33 35 36 38 39 43 44 46 49 52 65 74 80
  2. Wikipédia (FR), "Antoine de Padoue" : fr.wikipedia.org. Article encyclopédique détaillé (nom de naissance, dates, monastères, martyrs du Maroc, prédication, miracles, canonisation, langue incorrompue, dévotions) utilisé pour le recoupement des faits.

    2 4 6 9 12 13 15 16 20 23 25 28 32 34 37 40 41 45 53 55 56 58 60 62 64 66 68 70 75 77 78
  3. Wikipedia (EN), "Anthony of Padua" : en.wikipedia.org. Notice anglophone détaillée (chronologie, naufrage en Sicile, chapitre général d'Assise, prédication anti-cathare, miracles, canonisation du 30 mai 1232, translation de 1263, dévotions populaires).

    7 10 17 26 30 42 57 59 61 63 67 69 71 76 79
  4. Pie XII, Lettre apostolique Exsulta, Lusitania felix (« Réjouis-toi, heureuse Lusitanie »), 16 janvier 1946, proclamant saint Antoine de Padoue docteur de l'Église sous le titre de Doctor Evangelicus. Texte latin de référence : documentacatholicaomnia.eu ; version espagnole : franciscanos.org.

    8 54 72 73
  5. Antoine de Padoue, Sermones Dominicales et Festivi (Sermons des dimanches et des fêtes), v. 1227-1231, éd. Messaggero, Padoue, 1979 : t. II, p. 37 (« La charité est l'âme de la foi… ») et p. 59 (« Si tu prêches Jésus… »). Textes français cités par Benoît XVI, Audience générale du 10 février 2010 (cf. [^benoit16]) ; le dimanche ou la fête d'origine de ces sentences n'est précisé ni par la catéchèse ni par les recoupements accessibles.

    47 48 50 51