La bilocation — du latin bis (deux fois) et locatio (placement) — désigne le phénomène rapporté par lequel une personne serait simultanément présente en deux lieux géographiquement distincts, à la même heure. Dans l'histoire catholique, ces récits surgissent surtout autour de saints et de mystiques : María de Jesús de Ágreda apparaissant comme la « Dame en bleu » auprès des Indiens du Nouveau-Mexique sans jamais quitter l'Espagne ; saint Alphonse de Liguori assistant en transe à la mort du pape Clément XIV depuis sa chambre de Nocera ; Padre Pio signalé à des milliers de kilomètres alors qu'il ne quitte plus San Giovanni Rotondo depuis son arrivée en 1916 — stigmatisé en 1918. Ces témoignages posent une question théologique sérieuse : que peut-on raisonnablement croire ? Sur quelle base ?
La bilocation n'est pas un phénomène isolé ni une simple légende. La New Catholic Encyclopedia lui consacre deux entrées distinctes, et les manuels classiques de théologie mystique la rangent parmi les phénomènes mystiques corporels aux côtés de la lévitation, de la stigmatisation et des effluves odorifrants.[1] Elle est attestée dans des dossiers distincts sur quinze siècles, depuis saint Drogo de Sebourg au XIIe siècle jusqu'à Natuzza Evolo décédée en 2009. La qualité des témoignages varie considérablement : certains reposent sur des actes d'enquête canonique, des contemporains nommés et des convergences chronologiques vérifiables ; d'autres ne sont que tradition orale tardive.
L'enjeu catholique est double. Refuser a priori tout phénomène extraordinaire revient à nier que Dieu puisse agir au-delà des lois de la nature — position incompatible avec la foi dans les miracles évangéliques. Accréditer sans examen chaque récit pieux prive l'extraordinaire de son caractère distinctif et ouvre la porte à la crédulité. L'Église n'oblige personne à croire à une bilocation particulière ; elle invite à un discernement méthodique, commençant par distinguer les modes théologiques possibles de présence et les degrés historiques de vraisemblance.
Un phénomène aux racines théologiques profondes
La question née de la présence eucharistique
Le débat philosophique sur la bilocation ne surgit pas au hasard : il est directement lié à la doctrine catholique sur l'Eucharistie. Si le Christ est, selon l'enseignement du concile de Trente, vraiment, réellement et substantiellement présent dans chaque hostie consacrée partout où elle se trouve, son corps glorifié occupe simultanément un nombre incalculable de points de l'espace.[2] La question théologique s'impose : si un corps glorifié peut être ainsi distribué sans contradiction, est-il totalement inconcevable que Dieu accorde, pour une durée limitée et à des fins charitables, une présence analogue à certains saints ?
C'est cette connexion précise que relève l'article « Bilocation » de la New Catholic Encyclopedia : selon son résumé, la question de savoir si un même être fini peut se trouver à la fois en deux endroits totalement différents a surgi directement de la doctrine catholique sur l'Eucharistie (paraphrase ; texte anglais exact non vérifié page à page dans les dossiers existants)[3].
Trois modes de présence selon la scolastique
La théologie scolastique distingue classiquement trois modalités de localisation :
Le mode circonscriptif est la localisation ordinaire d'un corps matériel : chaque partie correspond à une portion de l'espace, et l'ensemble est délimité par des frontières physiques définies.
Le mode définitif est propre aux êtres immatériels (anges, âmes séparées) : la réalité est présente tout entière en chaque partie de l'espace qu'elle occupe, sans être mesurée par les dimensions corporelles.
Le mode sacramental — parfois dit mixte — est l'état du corps du Christ dans l'Eucharistie : présent tout entier sous les espèces, non localisé selon le mode ordinaire, sans se trouver pour autant absent de sa localisation céleste.
La bilocation des saints soulève une question précise : un corps fini peut-il, par miracle, occuper deux lieux en mode circonscriptif simultané — deux présences complètes, localisées chacune de façon ordinaire ?
Cette permanence distingue la bilocation de la translation : dans la première, le sujet demeure constaté au lieu initial tandis qu'une présence est rapportée ailleurs ; dans la seconde, il disparaît du premier lieu avant d'être retrouvé au second. Laurentin et Mahéo font de cette distinction un préalable à l'examen de leur corpus contemporain.[4]
Un troisième phénomène voisin, la téléportation, doit être distingué des deux précédents : il s'agit du déplacement instantané d'un corps unique, sans qu'aucun témoin ne conserve une présence simultanée au point de départ. Le cas le plus net rapporté dans la littérature hagiographique concerne saint Ignace de Laconi (1701-1781), capucin sarde : son compagnon, le frère Louis d'Ozieri, l'accompagne de Cagliari à Laconi puis retour, près de deux cents kilomètres, en une seule journée — un trajet qui exigeait normalement « au moins trois jours à cheval ».[5] Le compagnon lui-même se trouve entraîné dans le prodige, ce qui exclut une hallucination isolée, mais aucun corps ne demeure observable au point de départ pendant le trajet : ce n'est donc pas, techniquement, une bilocation.
Le grand débat : Thomas d'Aquin contre Duns Scot
Sur ce point, deux positions majeures s'affrontent depuis le XIIIe siècle.
Saint Thomas d'Aquin, suivi par Vasquez et Silvanus Maurus, soutient que la bilocation circonscriptive stricte est une impossibilité absolue que même la Toute-Puissance ne peut réaliser.[6] Non par limitation de la puissance divine, mais parce que la proposition « ce corps est intégralement ici et intégralement là en mode circonscriptif » constitue une contradiction dans les termes — comparable à un « cercle-carré ». Pour Thomas, l'omnipotence accomplit tout ce qui est métaphysiquement possible, non ce qui est intrinsèquement contradictoire.
Duns Scot, suivi par le cardinal Bellarmine, Francisco Suárez et les théologiens Juan de Lugo et Franzelin, défend la thèse opposée : la multiplication locale d'un corps est métaphysiquement possible, même si elle dépasse toute puissance naturelle.[7] Dieu pourrait donc, par action directe, rendre un corps fini simultanément présent en deux espaces distincts.
L'article de la New Catholic Encyclopedia résume ainsi cette seconde école : aucune contradiction interne dans le concept de présence corporelle simultanée en deux lieux (paraphrase ; texte anglais exact non vérifié page à page dans les dossiers existants)[8].
La solution pratique : bilocation « apparente »
En dehors de ce débat de métaphysique pure, la grande majorité des théologiens qui traitent des cas concrets convergent vers une solution pratique : les bilocations rapportées des saints sont probablement des bilocations « apparentes » — le corps du saint demeurant en un seul lieu, Dieu produisant dans l'autre endroit une présence visible, audible et parfois tangible, suffisante pour réaliser l'acte de charité voulu.
Le canoniste et théologien mystique Adolphe Tanquerey range la bilocation parmi les phénomènes psycho-physiologiques extraordinaires, à distinguer des illusions pathologiques, et note qu'elle n'engage pas la foi catholique comme telle.[9] Le père Antonio Royo Marín, dominicain, classe la bilocation parmi les onze grandes catégories de phénomènes mystiques corporels, soulignant que le mystique bilocuté ignore lui-même si sa présence au second lieu est corporelle ou seulement représentée par une apparence miraculeuse.[10]
Les bilocations les mieux documentées dans l'histoire de l'Église
Les récits qui suivent ne sont pas sélectionnés pour leur spectacle mais pour la densité de leur documentation : témoins nommés, horaires confrontés, sources contemporaines indépendantes, enquêtes canoniques.
María de Jesús de Ágreda et la « Dame en bleu » (1622-1631)
Le cas de María de Jesús de Ágreda (1602-1665) est universellement cité comme le phénomène de bilocation le plus étendu et le mieux documenté de l'histoire catholique. Religieuse conceptioniste dans le couvent de sa ville natale d'Ágreda, en Castille, elle n'a jamais quitté le sol espagnol — fait attesté par ses sœurs de communauté et les archives du couvent.
Entre 1622 et 1631, des Indiens Jumanos et Quiviras du Nouveau-Mexique et du Texas actuel se présentent aux missionnaires franciscains, demandent le baptême et expliquent qu'une jeune femme vêtue de bleu leur avait régulièrement rendu visite, leur avait enseigné le catéchisme et leur avait ordonné d'aller chercher des pères missionnaires pour recevoir les sacrements.[11] María elle-même, interrogée par ses supérieurs, reconnaît avoir « prêché l'Évangile à de nombreux peuples et souffert une sorte de martyre » lors de ces voyages mystiques.[12]
Le document-clé est le Mémorial du père Alonso de Benavides, custode franciscain du Nouveau-Mexique, rédigé à Madrid en 1630 après sa visite au couvent d'Ágreda et ses entretiens avec la religieuse : les Indiens lui auraient montré une image d'une religieuse en déclarant que c'était elle qui les visitait — plus jeune et plus belle — et qu'elle leur disait de chercher des pères pour les baptiser (récit rapporté par Benavides ; texte espagnol exact de 1630 non vérifié page à page dans les dossiers existants)[13].
María aurait effectué, selon ses propres dépositions résumées par Colahan, environ cinq cents de ces voyages mystiques dans les provinces amérindiennes entre 1622 et 1625, après quoi le phénomène cessa sur sa propre demande[14]. Déclarée vénérable, sa cause de béatification et de canonisation — introduite en 1673 — reste ouverte. L'Inquisition espagnole l'aurait examinée à deux reprises (dates de 1631 et 1650 rapportées par la littérature, non vérifiées page à page dans les dossiers existants), sans condamnation connue.
Saint Alphonse de Liguori et la mort du pape Clément XIV (21-22 septembre 1774)
Le cas de saint Alphonse de Liguori (1696-1787) est le plus corroboré par des témoins directs et une vérification chronologique indépendante. Il est examiné dans le procès de béatification du saint[15].
Le 21 septembre 1774, au matin, après avoir célébré la messe dans sa chambre à Nocera (Campanie), Alphonse — alors gravement handicapé par l'arthrite — s'effondre dans son fauteuil. Ses domestiques l'observent immobile pendant deux jours entiers, sans qu'il réponde, mange ni donne aucun signe de conscience.[16]
Le matin du 22 septembre, il sort brusquement de cet état, sonne la cloche pour demander à célébrer la messe. À ses servants stupéfaits, il déclare, selon les dépositions du procès, avoir été auprès du pape qui venait de mourir (formule rapportée par Rey-Mermet ; texte exact non vérifié page à page)[17].
La nouvelle n'était pas encore parvenue à Nocera. Plusieurs jours plus tard, les courriers confirmèrent que Clément XIV était mort à Rome le 22 septembre 1774 au matin — sept heures selon les récits rapportés, heure concordante avec le réveil d'Alphonse[18]. La distance entre Nocera et Rome dépasse deux cents kilomètres. Cet épisode est instruit lors du procès de béatification du saint ; Alphonse est béatifié par Pie VII le 6 septembre 1816 et canonisé par Grégoire XVI le 26 mai 1839.
Saint Joseph de Cupertino au chevet de sa mère (vers 1619-1620)
Saint Joseph de Cupertino (1603-1663) est surtout connu pour ses lévitations spectaculaires — les actes de son procès de canonisation répertorient plus de soixante-dix transports aériens attestés dans la seule ville de Copertino.[19] Mais la tradition hagiographique lui attribue également une bilocation survenue avant son ordination.
Alors qu'il réside dans le couvent d'Assise, plusieurs témoins le voient en état de catalepsie, son corps immobile sur place. Au même moment, à Copertino, distante de plusieurs centaines de kilomètres, sa mère mourante aurait été assistée par son fils.[20] Joseph de Cupertino est béatifié par Benoît XIV le 24 février 1753, puis canonisé par Clément XIII le 16 juillet 1767 ; ce même Benoît XIV, canoniste de premier rang et auteur du traité De servorum Dei beatificatione (1734-1738), a personnellement examiné les dossiers miraculeux avec une rigueur reconnue.[21]
Saint Martin de Porrès et les continents lointains (Lima, 1579-1639)
Saint Martin de Porrès (1579-1639), frère dominicain de Lima, n'a jamais quitté sa ville natale tout au long de sa vie religieuse. Pourtant, les actes de son procès de béatification (béatifié en 1837 par Grégoire XVI, canonisé le 6 mai 1962 par Jean XXIII) rassemblent des témoignages de contemporains le décrivant comme vu au Mexique, en Chine, au Japon, en Afrique, aux Philippines et en France, sans avoir quitté Lima.[22]
L'un des cas les plus circonstanciés concerne un marchand de Mexico City qui affirma avoir reçu la visite du frère Martin et avoir reconnu plus tard son portrait dans le couvent dominicain de Lima, à des milliers de kilomètres.[23]
Le pape Jean XXIII, lors de la canonisation en 1962, insiste sur la triple vertu de Martin — humilité, charité, obéissance — plutôt que sur les phénomènes extraordinaires. Cette distinction illustre le principe constant de l'Église : la canonisation confirme la sainteté de la personne, non l'authenticité de chaque phénomène mystique rapporté.
Saint Paul de la Croix : un bilocuté qui reconnaît le fait (vers 1750-1775)
Saint Paul de la Croix (1694-1775), fondateur des Passionistes, offre un témoignage particulièrement précieux parce que le saint lui-même a explicitement reconnu l'un de ses épisodes de bilocation, lui donnant une signification théologique précise.
Après une mission à Piombino, des témoins affirment l'avoir vu simultanément monter à bord d'un navire dans le port et demeurer chez un ami à l'intérieur des terres. Interrogé par son directeur spirituel, Paul de la Croix répond que ce phénomène n'était pas de son fait, et qu'il y reconnaissait un acte de charité, selon la biographie de Mgr Guerrini (formule exacte non vérifiée page à page)[24]. Cette formulation synthétise parfaitement la doctrine mystique classique : le bilocuté est instrument, non agent ; la bilocation est service, non pouvoir.
Saint Jean Bosco : un contrôle différé à Barcelone (XIXe siècle)
Le fondateur des Salésiens, saint Jean Bosco (1815-1888), est associé à plusieurs récits de bilocation transmis par ses propres collaborateurs. L'un des mieux recoupés implique le père Branda, responsable de l'œuvre salésienne de Barcelone, après une visite nocturne lumineuse de Don Bosco dans les dortoirs des élèves. Le prêtre reçoit ensuite une lettre de son confrère turinois, le futur bienheureux Michele Rua, alors bras droit du fondateur, qui rapporte n'avoir jamais quitté l'Oratoire de Turin ce jour-là : Rua lui aurait écrit que, se promenant avec Don Bosco sous les arcades de l'Oratoire, le fondateur l'avait chargé de demander à Branda s'il avait fait ce qui lui avait été commandé peu de temps auparavant (lettre rapportée par l'anthologie Mirabilis ; texte exact non vérifié page à page)[25].
Convoqués par le père Branda, les élèves visés reprennent alors les attitudes exactes observées pendant l'apparition nocturne et finissent par avouer la faute que Don Bosco leur reprochait. Ce double contrôle — un message daté venu de Turin, une reconnaissance des faits obtenue à Barcelone — donne au récit une consistance que ne possèdent pas les anecdotes de bilocation salésienne restées orales.
Le père Paul de Moll : un dernier rendez-vous annoncé (Belgique, 1896)
Le bénédictin Paul de Moll (1824-1896), curé de Termonde en Belgique, est réputé pour de nombreuses bilocations rapportées de son vivant. Le 4 février 1896, trois semaines avant sa mort, alors qu'il est grabataire dans sa cure, une aubergiste d'Oostacker témoigne avoir reçu sa visite pendant environ dix minutes. Il lui remet un grand scapulaire et des médailles, lui annonce qu'elle ne le reverra plus, puis lui demande de bien noter le jour et l'heure de sa visite, selon le témoignage recueilli par Édouard van Speybrouck (formule exacte non vérifiée page à page)[26]. L'écrivain Édouard van Speybrouck, qui recueille ensuite le témoignage, entreprend de vérifier deux autres visites annoncées le même jour à d'autres destinataires : le notaire sollicité ne se souvient de rien, mais une béguine confirme une dernière visite de Paul de Moll à cette période précise. Le cas réunit une datation volontaire par le prétendu bilocuté lui-même, un objet matériel remis, et une vérification seulement partiellement positive — une limite que l'auteur ne dissimule pas.
Mariam Baouardy, la « Petite Arabe » (Chypre, 1876)
Sainte Mariam Baouardy (1846-1878), carmélite palestinienne surnommée la « Petite Arabe » — béatifiée le 13 novembre 1983 par Jean-Paul II, canonisée le 17 mai 2015 par le pape François —, offre un cas de reconnaissance différée. En 1876 à Chypre, sœur Joséphine, gravement fiévreuse, reçoit la visite d'une religieuse inconnue décrite comme ne touchant pas le sol, nimbée d'une lumière qui éclairait toute la chambre (récit rapporté par Amédée Brunot ; texte exact non vérifié page à page)[27]. Elle identifie intuitivement cette présence à Mariam et guérit à partir de cette nuit-là. Ce n'est que l'année suivante, en la rencontrant physiquement au couvent de Jaffa, que sœur Joséphine confirme visuellement son intuition : elle dit avoir reconnu en elle, telle quelle, la religieuse vue à Chypre (récit rapporté par Brunot ; texte exact non vérifié page à page)[28].
Ce délai d'un an entre l'apparition et la reconnaissance physique du visage constitue, selon les critères classiques de discernement, un indice fort : la mémoire de la sœur ne pouvait être influencée par une photographie ou une rencontre antérieure.
Padre Pio de Pietrelcina (1887-1968)
Padre Pio de Pietrelcina est le saint contemporain le plus souvent associé à la bilocation. Arrivé au couvent de Santa Maria delle Grazie à San Giovanni Rotondo en 1916 — où il reçut les stigmates en 1918 —, il n'en repartit plus jamais — même pas pour soins médicaux. Cette immobilité géographique vérifiable pendant cinquante-deux ans (1916-1968) rend les témoignages de rencontres hors de ce lieu particulièrement significatifs.
Le père Carmelo Durante, supérieur du couvent, témoigne de plusieurs épisodes où Padre Pio, apparemment endormi ou en oraison dans sa cellule, révèle ensuite des détails précis d'événements contemporains auxquels il n'aurait pu assister autrement.[29] Un incident souvent cité date de 1953 : lors d'un concert donné dans la salle attenante au monastère, Padre Pio s'endort quelques minutes ; le lendemain, des membres d'une famille dont un proche est gravement malade révèlent qu'il leur avait rendu visite à ce moment précis, à distance — l'horaire coïncidant exactement avec la sieste observée.[30]
Un autre dossier, documenté par une triple reconnaissance croisée, concerne Renata Adorni. En 1954, à Parme, elle affirme avoir reçu dans sa chambre la visite de Padre Pio accompagné d'une religieuse qu'elle ne connaît pas.[31] Quelque temps après, se rendant au couvent de Santa Croce sull'Arno, elle reconnaît le bâtiment aperçu pendant l'apparition ; au parloir, une sœur du couvent — Sœur Rita du Saint-Esprit — l'appelle spontanément par son nom et lui dit se souvenir « de cette nuit où je suis venue te voir avec le Padre Pio ». Interrogé à son tour, Padre Pio corrige le vocabulaire de Renata Adorni : « Cesse de dire que tu m'as vu en rêve […] quand je pars en bilocation, le Seigneur me permet d'emmener avec moi quelqu'un. » Ce dossier illustre ce que l'anthologie Mirabilis classe comme « bilocation en binôme » — l'un des douze types recensés — avec l'avantage rare d'une identification indépendante des deux visiteurs par la bénéficiaire.
Padre Pio décrit lui-même ces phénomènes avec une prudence remarquable, refusant d'affirmer la nature de sa présence : il dit ignorer si c'était lui-même qui se trouvait là ou seulement quelque chose de lui, et de quelle manière Dieu opérait cela (formule rapportée par Voice of Padre Pio, novembre 1998 ; texte italien exact non vérifié page à page)[32].
Canonisé le 16 juin 2002 par Jean-Paul II, Padre Pio est vénéré pour une vie entière de souffrance offerte, de confession quotidienne et de direction spirituelle — non pour les phénomènes qui l'entourent.
Bienheureuse Madre Speranza di Gesù : un dossier clinique du XXe siècle (Collevalenza)
Bienheureuse Madre Speranza di Gesù (1893-1983) — béatifiée le 31 mai 2014 à Collevalenza —, religieuse espagnole fondatrice des Filles de l'Amour Miséricordieux et de son pendant masculin, établie à Collevalenza en Ombrie, laisse l'un des dossiers les plus systématiquement instruits du XXe siècle grâce au Summarium de son procès de béatification et de canonisation.
Le père Elio Bastiani décrit l'état du corps resté au couvent pendant ses bilocations : les sœurs l'auraient vu comme privé de vie, froid, inerte et insensible aux tentatives des médecins de le ranimer, selon le Summarium du procès (récit rapporté par l'anthologie Mirabilis ; texte exact non vérifié page à page)[33]. Cette observation classe le phénomène dans la catégorie de la « bilocation en absence » : le corps-source cesse toute activité pendant que l'autre présence agit ailleurs.
Le cas le mieux daté concerne l'inondation de Florence des 3 et 4 novembre 1966. Pendant que Sœur Marie-Louise observe Madre Speranza à Collevalenza — assise sur une chaise, les mains sur les genoux, immobile —, des Florentins affirment plus tard qu'une religieuse les avait pris par la main et sortis du danger (récits rapportés par l'anthologie Mirabilis d'après le Summarium ; textes exacts non vérifiés page à page)[34]. La même Sœur Marie-Louise souligne elle-même la difficulté, assurant l'avoir vue elle-même à la maison et être certaine qu'elle n'était pas sortie.
Interrogée par le Saint-Office sur la manière dont elle se déplaçait d'un endroit à un autre sans voiture ni train, Madre Speranza répond avec la même réserve que les autres bilocuteurs déjà cités : elle dit ignorer comment cela se produit, n'avoir jamais rien caché de ce qui lui arrive, et que c'est le Seigneur qui fait tout (exhortation du 13 septembre 1965 rapportée par Ángel Peña ; texte exact non vérifié page à page)[35].
Sœur Rita du Saint-Esprit et le cardinal Mindszenty (1949)
Le dossier le plus documenté matériellement de la religieuse italienne Sœur Rita du Saint-Esprit concerne sa présence alléguée dans la cellule du cardinal József Mindszenty, primat de Hongrie emprisonné par le régime communiste hongrois. La supérieure du couvent, Mère Matilde, affirme avoir verrouillé la chambre de Rita ; celle-ci en sort pourtant, emportant le nécessaire de messe, et disparaît dans le couloir avant que l'abbesse ne la retrouve dans son lit.[36] Au retour, Rita traverse à nouveau la porte restée fermée à clé.
Le père Teofilo del Pozzo demande alors une vérification matérielle plutôt qu'un simple récit : Rita rapporte une carte mariale portant, au verso, une demande de bénédiction rédigée en latin à l'intention de Pie XII, signée Joseph Mindszenty et datée du 26 mai 1949. Faute de déposition directe du cardinal lui-même — alors détenu au secret —, l'anthologie Mirabilis garde une prudence méthodique exemplaire et refuse de transformer cette pièce en preuve : la carte ne vaut, selon ses propres termes, « non comme preuve […] mais comme indice favorable ».[37] Cette réserve illustre la différence entre un objet matériel troublant et une preuve juridiquement établie : le premier oriente le jugement, il ne le clôt pas.
Natuzza Evolo : une bilocutée du XXe siècle qui explique le phénomène (Calabre, 1924-2009)
Natuzza Evolo (23 août 1924 – 1er novembre 2009), stigmatisée calabraise reconnue Servante de Dieu depuis l'ouverture de sa cause de béatification en 2019 dans le diocèse de Mileto-Nicotera-Tropea — seule formulation vérifiée à ce jour —, offre les témoignages les plus articulés sur la phénoménologie intérieure de la bilocation contemporaine.
Sa première bilocation est datée de ses onze ans : sans jamais avoir quitté Paravati, elle décrit à ses proches l'appartement exact de son père parti en Argentine avant sa naissance, avec une précision que seule une présence réelle dans ce lieu aurait pu procurer.[38] Par la suite, de nombreux témoins — prêtres, médecins, laïcs — attestèrent sa présence à des malades et à des mourants dans des villes où elle ne s'était pas rendue physiquement.
Interrogée sur ce qui se passe lors d'une bilocation, Natuzza aurait répondu avec une lucidité qui rejoint la doctrine classique : ce ne serait jamais elle qui provoque la bilocation — des défunts ou des anges se présenteraient à elle et la conduiraient dans les endroits où sa présence est nécessaire (formule rapportée par Luciano Regolo ; texte italien exact non vérifié page à page)[39].
Cette formulation illustre parfaitement la doctrine de la passivité du mystique : le bilocuté n'initie rien, ne contrôle rien, ne cherche pas à se faire valoir. Il est conduit — par une réalité extérieure à sa conscience ordinaire — là où la charité l'appelle.
Yvonne-Aimée de Malestroit : 151 cas soumis à une étude critique (1925-1948)
Le dossier contemporain le plus volumineux est celui d'Yvonne-Aimée de Malestroit (1901-1951), religieuse augustine et résistante. René Laurentin et le docteur Patrick Mahéo recensent 151 cas, du 20 juin 1925 au 21 avril 1948, correspondant à 266 lieux parce qu'un même épisode peut impliquer plusieurs destinations. La seule année 1927 concentre 56 cas et 133 lieux ; 1928 en compte 33 et 53, puis 1941, 19 et 27.[40]
Cette masse ne vaut pas preuve uniforme. Les auteurs distinguent le sujet, les témoins qui observent son corps au premier lieu, et les témoins — beaucoup plus rares — du lieu de mission. Leur principe est de rechercher une vérification aux deux extrémités, puis de confronter les heures, les écrits contemporains et les informations que le sujet n'aurait normalement pas pu connaître.[41]
Deux contrôles internes au monastère montrent cette méthode à petite échelle. Le 29 juin 1927, Mère Marie-Anne dépose avoir vu Yvonne-Aimée simultanément dans sa chambre et près de la cuisine ; le 21 juillet, elle organise volontairement une observation entre la chambre et la cuisine, avec des religieuses réparties dans les deux espaces. Ces cas évitent l'obstacle des longues distances, mais restent tributaires de dépositions religieuses conservées dans le dossier.[42]
Les épisodes spectaculaires reçoivent un traitement plus sévère. Pour le récit du sous-marin de Toulon en novembre 1942, les auteurs jugent forte l'observation au premier lieu mais faible l'identification au second : aucun marin bénéficiaire n'a été retrouvé et leur conclusion explicite est que « le solde n'est point positif ». À l'inverse, le dossier de Paris du 21 avril 1927 combine le journal contemporain d'Yvonne-Aimée, une copie certifiée d'une lettre de bénéficiaire et une durée concordante d'environ dix minutes, bien que l'original de la lettre soit perdu.[43][44]
Le cas du métro parisien, 17 février 1943, s'inscrit dans son action au sein de la Résistance. Paul Labutte affirme l'avoir vue, entendue et touchée à deux reprises dans une rame de métro ; elle lui confie être simultanément emprisonnée et torturée ailleurs : « je suis en prison […] je subis la torture, debout, devant un mur… »[45] Elle insiste : « Prie ! Prie ! Si tu ne pries pas assez, on m'embarque ce soir en Allemagne ! » Le même soir, elle apparaît également dans son bureau de l'Oasis, dont l'unique porte reste pourtant gardée. Laurentin et Mahéo notent que cette seconde présence est fortement attestée par les documents contemporains, mais que l'arrestation elle-même — vraisemblablement vécue sous une identité clandestine de résistante — n'est confirmée par aucun registre nominatif accessible : le cas illustre mieux l'étrangeté de la présence parisienne que la vérification administrative complète des deux lieux.
Le dossier du Paraguay, mai 1927, réunit le faisceau matériel le plus singulier du corpus. Le 20 mai, l'abbé Bruneau décrit Yvonne-Aimée inconsciente pendant environ deux heures, racontant ensuite une réunion politico-religieuse tenue au Paraguay. Une lettre d'un certain H. Lee Horton, datée du 28 mai et postée à Boston, confirme d'une phrase le secours reçu : « sans lui et vous, nous eussions été perdus. »[46] Le 13 juin, un pigeon porte au monastère un morceau de cretonne d'une dizaine de centimètres, annoncé comme conservé aux archives de Malestroit ; l'oiseau, bagué « U.S. », fait l'objet d'un procès-verbal de gendarmerie. Laurentin et Mahéo reconnaissent eux-mêmes que l'identité complète des protagonistes et le trajet exact Paraguay-Boston-France demeurent opaques : ce dossier vaut comme faisceau d'indices matériels inhabituels, non comme démonstration autonome.
Ces cas, très inégalement solides, se laissent classer sur une échelle de recoupement :
| Date et lieu | Nature du recoupement | Degré de solidité |
|---|---|---|
| 21 avril 1927, Paris | Lettre de la bénéficiaire, copie certifiée par Mgr Picaud, durée concordante | Recoupement documentaire fort, original perdu |
| 10 mai 1927, Troyes | Lettre relatant un sauvetage lors d'un incendie, copie certifiée | Recoupement fort, avec anomalie de cachet assumée par les auteurs |
| Mai 1927, Paraguay | Lettre extérieure, objet matériel conservé, procès-verbal de gendarmerie | Faisceau matériel exceptionnel, chaîne des témoins incomplète |
| 29 juin et 21 juillet 1927, Malestroit | Témoins des deux espaces à l'intérieur du même monastère | Recoupement interne fort, distance nulle |
| 17 juin 1929, Lannion | Cinq religieuses nommées observent le corps au premier lieu | Phénoménologie corporelle solide, second lieu non identifié |
| 17 février 1943, métro de Paris | Contact direct avec Paul Labutte, seconde présence attestée dans un bureau gardé | Recoupement fort au second lieu, arrestation non vérifiable administrativement |
| 28 novembre 1942, sous-marins de Toulon | Draps salés constatés, recherches navales sans identification | Observation ferme au premier lieu, second lieu non prouvé |
Une précision honnête s'impose enfin sur un point souvent exagéré dans les résumés populaires du dossier : Laurentin et Mahéo excluent formellement toute preuve de xénoglossie. Seul l'anglais, appris par Yvonne-Aimée en Grande-Bretagne, est identifiable avec certitude ; les autres langues qu'on lui attribue au cours de ses bilocations sont reconnues « à l'oreille » par des témoins non traductologues, sans qu'aucun texte n'ait jamais été vérifié par un locuteur qualifié. Les auteurs l'écrivent sans détour : sur ce point précis, « nous ne tenons pas la moindre preuve ».[47] Cette rigueur, qui aurait pu affaiblir artificiellement leur propre dossier, en renforce au contraire la crédibilité d'ensemble.
La conclusion de Laurentin et Mahéo est donc graduée, non globale : un noyau de cas possède des recoupements sérieux, d'autres demeurent possibles, et plusieurs ne peuvent être établis. Cette retenue rend le corpus plus instructif qu'une anthologie qui placerait tous les récits au même niveau.[48]
Ce que les bilocuteurs disent d'eux-mêmes
L'ignorance du mode de présence
L'un des critères informels les plus solides en faveur de la véracité des grands témoignages de bilocation est la modestie épistémique constante que les principaux bilocuteurs expriment au sujet de leur propre expérience. Aucun ne se vante d'un pouvoir de transport ou d'une maîtrise du phénomène. Tous se réfèrent à une action divine dont ils sont les instruments passifs, et avouent ignorer la nature exacte de leur présence au second lieu.
Padre Pio exprime cette incertitude dans ses lettres. María de Ágreda, devant l'Inquisition, déclare avoir eu conscience de prêcher et d'enseigner sans pouvoir préciser si sa présence était corporelle ou d'une autre nature.[49] Saint Paul de la Croix reconnaît le fait en le réattribuant aussitôt à Dieu. Natuzza Evolo parle de transport subi, non voulu.
Cette ignorance du mode n'est pas une feinte apologétique : elle correspond exactement à la distinction scolastique entre bilocation réelle et bilocation apparente, et elle est cohérente avec la doctrine mystique classique qui situe l'opération miraculeuse du côté de Dieu, non du mystique.
L'anthologie du Comité Mirabilis distingue douze formes descriptives : autonome, en absence, intellectuelle, augmentée, privée, en binôme, multiple, d'emprunt, anonyme, présence universelle, réplique céleste et réplique diabolique. Cette typologie ne constitue pas douze mécanismes démontrés : elle classe la forme prise par les récits, et plusieurs catégories peuvent se chevaucher dans un même épisode.[50]
L'article « Bilocation, Mystical » de la New Catholic Encyclopedia précise, selon son résumé, que ce phénomène ne peut jamais être produit par le mystique lui-même, et que celui-ci ignore généralement si sa présence au second lieu est corporelle ou seulement représentée (paraphrase ; texte anglais exact non vérifié page à page dans les dossiers existants)[51].
La finalité constante : servir, non paraître
Un second trait commun relie tous les grands récits : la bilocation sert toujours l'assistance concrète d'autrui. Confesser un mourant qui ne peut se déplacer. Consoler une mère qui pleure. Convertir des peuples éloignés. Avertir un ami d'un péril imminent. Réconforter un malade dans la nuit.
Cette orientation systématique vers le prochain — jamais vers la gloire du bilocuté — constitue, aux yeux des théologiens mystiques, un signe de provenance divine plutôt que diabolique. Le démon, rappelle la tradition catholique, ne produit pas de charismes charitables désintéressés ; il produit des signes qui orientent vers soi, vers l'orgueil, vers l'égarement spirituel.
Discerner un récit de bilocation : méthode et critères
La bilocation ne peut faire l'objet d'un jugement binaire appliqué globalement. Chaque dossier doit être examiné individuellement, selon des critères dégagés par la théologie mystique depuis le XVIIe siècle. Refuser tout récit a priori trahit la foi évangélique dans l'action divine au-delà des lois ordinaires ; les accréditer tous sans examen prive l'extraordinaire de son caractère distinctif et nourrit la crédulité.
Les bonnes enquêtes canoniques imposent quatre garde-fous méthodologiques : la simultanéité chronologique vérifiée, la convergence de témoins indépendants ignorant les uns des autres, l'absence de bénéfice mondain pour le bilocuté ou ses proches, et la vraisemblance des fruits surnaturels — conversion, guérison, consolation durable — engendrés par l'épisode. Si l'un de ces piliers manque, le dossier reste suspect même si les autres sont solides.
Questions préalables à poser
Avant tout examen de la qualité des témoignages, cinq questions structurelles s'imposent :
| Question | Pertinence pour le discernement |
|---|---|
| Qui a vu la personne au second lieu, et dans quelles circonstances ? | Un seul témoin isolé ou plusieurs témoins indépendants qui ne se connaissent pas ? |
| À quelle heure exacte la vision ou visite a-t-elle eu lieu ? | La coïncidence chronologique est-elle vérifiable ? |
| Où se trouvait physiquement la personne à ce moment précis ? | Des témoins la voient-ils simultanément dans le premier lieu ? |
| Le récit est-il contemporain ou tardif ? | Un compte rendu écrit dans les jours suivants vaut infiniment plus qu'un souvenir restitué vingt ans plus tard. |
| La personne bilocutée a-t-elle transmis une information vérifiable ? | Une information précise qu'elle n'aurait pu obtenir autrement constitue un indice fort. |
Critères positifs de vraisemblance
Les théologiens mystiques — Tanquerey, Royo Marín, Aumann — dégagent un faisceau de critères qui augmentent la vraisemblance d'un phénomène authentique :[52]
- Double attestation simultanée : des témoins voient la personne en état de catalepsie dans le premier lieu au moment même où d'autres la voient agir dans le second.
- Information vérifiable transmise : la personne révèle lors de son épisode un fait (mort, danger, secret) que des témoins confirmèrent ensuite indépendamment.
- Indifférence aux bénéfices humains : le bilocuté n'en tire ni gloire ni profit ; il l'ignore souvent lui-même, ou le révèle à contrecœur.
- Cohérence avec la sainteté globale : le phénomène s'inscrit dans une vie de vertu héroïque, confirmée par un procès canonique.
- Fruits de charité : la bilocation sert toujours l'assistance concrète d'autrui, jamais l'exhibition personnelle.
Ces cinq critères ne fonctionnent pas par addition simple : ils forment un faisceau dont la convergence est ce qui établit la vraisemblance. Aucun critère pris isolément ne suffit, mais leur convergence sur un même dossier — comme dans le cas d'Alphonse de Liguori au matin du 22 septembre 1774 — devient extrêmement difficile à expliquer par des causes purement naturelles.
Les objections légitimes
La méthode catholique honnête inclut de prendre au sérieux les explications naturelles avant de postuler le surnaturel. Quatre objections classiques reviennent dans l'examen des dossiers de bilocation, et chacune doit être pesée pour elle-même avant de conclure.
La confusion d'identité : un inconnu portant un habit religieux similaire peut être pris pour le saint vénéré. Cette objection est plus difficile à maintenir quand le prétendu bilocuté est reconnu par plusieurs personnes qui le connaissent bien et peuvent décrire des traits distinctifs vérifiables. Le dossier de Padre Pio en 1912 illustre concrètement comment ce risque peut être levé. Une apparence de son directeur spirituel, le père Agostino Daniele, tente de le persuader de quitter l'ordre des Capucins. Padre Pio lui demande alors de crier avec lui « Vive Jésus ! » — acclamation qu'une puissance mauvaise ne pourrait prononcer, selon le récit. Le récit rapporte que l'acclamation ne sortit que de la bouche de Padre Pio, que le prétendu père Agostino disparut aussitôt en laissant une odeur de soufre (récit rapporté par l'anthologie Mirabilis ; texte exact non vérifié page à page)[53]. L'anthologie Mirabilis classe ce type d'épisode parmi les « répliques diaboliques » : une apparence de bilocation, non une bilocation réelle, destinée à nuire au saint plutôt qu'à servir le prochain. Le cas montre que la tradition catholique a toujours prévu des critères de détection, et qu'aucune apparition — fût-elle d'un familier reconnu — n'est admise sur la seule ressemblance physique.
Le rêve ou la vision intérieure : un mourant ou un malade peut avoir une vision dans laquelle il voit le saint ; réveillé, il décrira une « visite » sans en distinguer le mode. Cette objection est sérieuse et mérite d'être pesée sérieusement dans chaque cas.
L'amplification orale et hagiographique : une tradition qui se développe pendant des décennies peut finir par transformer un récit d'apparition en récit de présence physique. Les meilleures défenses contre cet écueil sont les comptes rendus écrits contemporains et les témoignages sous serment devant une autorité canonique.
L'intérêt institutionnel : des communautés religieuses peuvent avoir intérêt à promouvoir la réputation mystique de leur fondateur ou de leur membre célèbre. L'Église en est consciente, et c'est l'une des raisons pour lesquelles les procès de canonisation incluent une enquête rigoureuse sur les témoignages extraordinaires, avec un promotor fidei (« avocat du diable ») chargé de contester chaque affirmation.
Laurentin et Mahéo ordonnent précisément l'examen autour de quatre familles d'hypothèses : supercherie ; affabulation ou maladie mentale ; faculté naturelle encore mal identifiée ; action surnaturelle de Dieu. La dernière ne devient rationnellement recevable qu'après l'examen sérieux des trois premières.[54]
Ces objections ne prouvent pas que tous les récits sont faux. Elles démontrent qu'un discernement au cas par cas est indispensable, et qu'il n'y a pas de réponse uniforme valable pour l'ensemble des témoignages historiques.
L'objection rationaliste et la réponse catholique
L'impossibilité physique n'est pas l'impossibilité absolue
La première objection des incroyants est simple : les lois de la physique rendent la bilocation impossible ; un corps occupe un espace défini et ne peut se dédoubler. Cette objection est parfaitement fondée au niveau des lois naturelles actuelles, et personne dans la tradition catholique ne prétend le contraire.
Mais la théologie catholique distingue soigneusement impossibilité selon les lois naturelles et impossibilité absolue ou métaphysique. Les miracles, par définition, sont des événements que Dieu produit au-delà ou en dehors des lois de la nature — non parce que ces lois seraient mauvaises, mais parce que Dieu en est le législateur souverain et peut les dépasser dans des cas particuliers et pour des fins providentielles.[55] La résurrection de Lazare, la marche sur l'eau, la multiplication des pains illustrent cette possibilité. L'objection que « un corps ne peut être en deux lieux » relève du même registre : elle décrit le cours ordinaire des choses, non une limite absolue imposée à l'action divine. Saint Augustin l'avait déjà formulé avec une netteté définitive :
« J'appelle miracle tout ce qui se présente de difficile ou d'inhabituel au-delà de l'attente ou des capacités de celui qui s'en émerveille. » — Saint Augustin, De utilitate credendi, XVI, 34 (vers 391)[56]
Ce qui est en cause dans la bilocation n'est donc pas la cohérence interne de la physique, mais la liberté du Créateur d'opérer ponctuellement en dehors du régime ordinaire qu'il a lui-même institué. Refuser cette possibilité revient à refuser la possibilité même du miracle évangélique.
L'hypothèse hypnagogique et ses limites
Une objection plus fine que le simple scepticisme mérite d'être prise au sérieux : certains récits de bilocation, en particulier ceux qui surviennent de nuit chez un témoin isolé, pourraient relever d'un état hypnagogique ou hypnopompique — cette zone de conscience entre veille et sommeil où le cerveau produit des perceptions vives et cohérentes sans support extérieur réel. L'anthologie Mirabilis, pourtant favorable à l'authenticité du phénomène dans son ensemble, concède honnêtement cette possibilité pour une partie du corpus : on ne peut nier, selon elle, que certaines bilocations puissent entrer dans ce schéma, personne n'étant à l'abri des fantaisies du cerveau (passage rapporté de l'anthologie ; texte exact non vérifié page à page)[57].
Mais cette concession n'invalide pas l'ensemble du dossier : elle en précise seulement la hiérarchie de solidité. Un récit isolé, nocturne, sans second témoin, se situe au bas de l'échelle probante ; la concomitance attestée par des témoins indépendants aux deux lieux, la reconnaissance physique ultérieure du visiteur, ou la trace matérielle laissée derrière lui, font sortir un dossier de cette zone de doute légitime. C'est précisément ce déplacement méthodique — du simple récit vers la pièce vérifiable — qui distingue les cas de María de Ágreda, d'Alphonse de Liguori ou de Madre Speranza d'une anecdote onirique isolée.
La bilocation n'est pas un dogme à croire
Une précision catholique est essentielle : la croyance à la bilocation des saints n'est pas de foi. L'Église n'a jamais défini comme dogme qu'un saint particulier ait biloqé en tel lieu à telle date. Ce que l'Église reconnaît au terme d'un procès de canonisation, c'est la sainteté héroïque de la personne. Les phénomènes mystiques extraordinaires qui entourent sa vie servent à instruire la cause, mais leur authenticité n'est pas personnellement garantie par une définition infaillible.
Tanquerey précise que l'Église n'impose la foi en aucune bilocation particulière : elle demande seulement de ne pas exclure a priori la possibilité de tels phénomènes si Dieu choisit d'accorder une grâce extraordinaire à certaines âmes dans des circonstances déterminées (passage rapporté ; texte exact de l'édition 1928 non vérifié page à page)[58].
Le sens spirituel et théologique de la bilocation
Une grâce de charité, jamais un pouvoir personnel
L'examen de l'ensemble des dossiers conduit à une observation constante : les bilocations rapportées des saints servent toujours l'assistance concrète d'autrui. Confesser un mourant, consoler une mère, convertir une communauté éloignée, réconforter un blessé, avertir un ami d'un péril. Ce schéma récurrent est cohérent avec la lecture catholique de la bilocation comme d'une gratia gratis data — une grâce donnée non pour la sanctification du bilocuté, mais pour le bien du prochain.[59]
Saint Paul de la Croix l'exprime en une phrase : ce qui s'est passé était « un acte de charité ». La formulation dit tout : l'agent premier est Dieu, le moteur est la charité, l'instrument est le saint. Le prodige n'est pas la fin ; il est le moyen d'un service.
Le prodige est toujours subordonné à la vertu
L'Église insiste sur un point qu'il ne faut jamais perdre de vue : les phénomènes extraordinaires ne font pas la sainteté. Benoît XIV, dans son traité De servorum Dei beatificatione et beatorum canonizatione (1734-1738), établit des critères rigoureux pour distinguer les vrais miracles des prétendus prodiges.[60] Ce traité canonique reste la référence principale pour les procès de canonisation modernes.
Ce que l'Église reconnaît dans ses canonisés, c'est une vie de vertu héroïque dans la foi, l'espérance et la charité. Saint Martin de Porrès est canonisé pour son humilité, sa charité et son obéissance. Padre Pio l'est pour cinquante ans de souffrance offerte, de confession et de direction spirituelle. Les bilocations, lévitations, stigmates et autres phénomènes illustrent cette vie ; ils n'en sont pas la substance.
La bilocation dans la famille des charismes corporels
La bilocation s'inscrit dans une série de phénomènes corporels extraordinaires reconnus par la théologie mystique catholique :
| Phénomène | Saints exemplaires | Nature présumée |
|---|---|---|
| Bilocation | María de Ágreda, Alphonse de Liguori, Padre Pio, Natuzza Evolo | Présence miraculeuse simultanée en deux lieux |
| Lévitation | Joseph de Cupertino, Thérèse d'Avila, Gérard Majella | Corps élevé contre la gravité pendant l'oraison |
| Stigmatisation | François d'Assise, Padre Pio, Marthe Robin | Apparition des plaies de la Passion |
| Inédie prolongée | Marthe Robin, Lidwine de Schiedam, Thérèse Neumann | Subsistance sans alimentation ordinaire |
| Effluves odorifrants | Padre Pio, Thérèse de Lisieux | Parfum inexpliqué lié à la présence du saint |
Ces phénomènes ne sont pas autonomes : ils accompagnent invariablement une vie mystique profonde, marquée le plus souvent par des souffrances intenses portées en union avec la Passion du Christ. L'Église les considère avec sérieux mais sans enthousiasme naïf, et elle n'impose à aucun fidèle de les croire dans leurs détails particuliers.
La bilocation, comme tous les charismes extraordinaires, ne dit finalement qu'une seule chose : Dieu peut se faire présent là où l'amour est nécessaire, par des voies qui dépassent les limites ordinaires de l'espace et du temps.
Pour aller plus loin
- Discernement des phénomènes surnaturels — la méthode catholique pour examiner les faits extraordinaires
- Padre Pio de Pietrelcina (1887-1968) — la vie, les charismes, la canonisation
- Les lévitations — phénomène mystique corporel analogue
- Les stigmatisés — les plaies de la Passion chez les saints
- Saint Alphonse de Liguori (1696-1787) — fondateur des Rédemptoristes, docteur de l'Église
Notes et références
J. Aumann, art. « Bilocation » et « Bilocation, Mystical », New Catholic Encyclopedia, 2e éd., vol. 2, Gale/Thomson, Detroit, 2003, pp. 394-395.
1 3 8Concile de Trente, Session XIII, Decretum de ss. Eucharistia, 11 octobre 1551, can. 1 et cap. 3 ; H. Denzinger — A. Schönmetzer, Enchiridion Symbolorum, 36e éd., Herder, Fribourg, 2001, n° 1636-1661.
2René Laurentin et Dr Patrick Mahéo, Bilocations de Mère Yvonne-Aimée de Malestroit — Étude critique en référence à ses missions, nouvelle édition revue et augmentée, François-Xavier de Guibert, Paris, 2010, p. 9.
4Comité Mirabilis, op. cit., p. 269-272, citant Remo Branca, Sant'Ignazio da Laconi, Rome, 1951.
5Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, IIIa, q. 75, a. 1-2 ; Commentum in libros Sententiarum, lib. IV, dist. 10, q. 1. Thomas argue qu'un corps fini ne peut être circonscritement présent en deux lieux simultanément, même par action divine, car ce serait une contradiction dans les termes.
6Duns Scot, Opus Oxoniense (Commentaires sur les Sentences), lib. IV, dist. 10, q. 2 ; Francisco Suárez, S.J., In IIIam Partem Summae Thomae, disp. 49, sect. 2 (sur la présence du Christ dans l'Eucharistie) ; Robert Bellarmine, De sacramento Eucharistiae, lib. III, cap. 3 ; résumé dans Aumann, NCE, vol. 2, p. 394.
7Adolphe Tanquerey, Précis de théologie ascétique et mystique, Desclée & Cie, Paris/Rome/Tournai/New York, 10e éd., 1928, ch. III « Phénomènes mystiques extraordinaires » ; Id., Phénomènes mystiques extraordinaires, Desclée, Tournai, 1934. Tanquerey précise que ces phénomènes ne relèvent pas de la foi définie mais méritent un examen rigoureux.
9Antonio Royo Marín, O.P., Teología de la Perfección Cristiana, 5e éd., BAC, Madrid, 1962, § 974-985 (phénomènes mystiques corporels). L'auteur range la bilocation parmi onze catégories et note que le mystique bilocuté ignore le mode de sa propre présence.
10Dépositions de María de Jesús de Ágreda lors de l'enquête inquisitoriale de 1631, conservées dans les archives du couvent d'Ágreda ; résumées par Thomas D. Kendrick, Mary of Agreda — The Life and Legend of a Spanish Nun, Routledge, Londres, 1967, pp. 15-24.
12Colahan, op. cit., p. 37 : le nombre d'environ cinq cents est tiré des propres dépositions de María de Ágreda et des documents transmis par les missionnaires franciscains.
14Récit détaillé dans [A Member of the Order of Mercy], The Life of St. Alphonsus Liguori, Burns & Oates, Londres, 1886, ch. XXIX ; cf. Théodule Rey-Mermet, C.Ss.R., Alphonse de Liguori — Le moral et le pastoral, Nouvelle Cité, Paris, 1987, pp. 420-425.
15 16Formule rapportée par les domestiques présents à Nocera et consignée dans les dépositions du procès de béatification d'Alphonse de Liguori. Citée dans Rey-Mermet, op. cit., p. 421 ; dans [A Member of the Order of Mercy], op. cit., ch. XXIX.
17Clément XIV (Giovanni Vincenzo Antonio Ganganelli) est mort à Rome le 22 septembre 1774. Sa mort est documentée dans les archives pontificales et dans les chroniques diplomatiques de l'époque.
18Les actes du procès de canonisation de saint Joseph de Cupertino (béatifié par Benoît XIV le 24 février 1753, canonisé par Clément XIII le 16 juillet 1767) répertorient plus de soixante-dix lévitations attestées. Voir Gustave Schlager, Der heilige Josef von Copertino, Regensburg, 1926, pp. 88-102 ; résumé fr. dans fr-academic.com, art. « Joseph de Cupertino ».
19Rapporté dans Domenico Bernini, Vita del servo di Dio Fr. Giuseppe da Copertino, Rome, 1722, ch. IV. Cette première biographie est la source principale sur les prodiges de Joseph ; les épisodes relatifs à la bilocation y figurent en pp. 42-45 de l'édition romaine.
20Benoît XIV (Prospero Lorenzo Lambertini), De servorum Dei beatificatione et beatorum canonizatione, 4 tomes, Bologne, 1734-1738. Ce traité canonique fondamental reste la référence pour l'évaluation des miracles dans les procès de canonisation modernes.
21 60Les témoignages de bilocations de saint Martin de Porrès figurent dans les Positiones des procès de béatification et de canonisation, conservées aux archives dominicaines de Lima et à la Congrégation pour la Cause des Saints ; résumés dans Célestine Emily Noelle, St. Martin de Porres, Sheed & Ward, New York, 1962, ch. IX.
22Le cas du marchand de Mexico est l'un des plus détaillés. Il est rapporté dans la biographie hagiographique classique de Juan de Vargas Machuca (XVIIe s.) et dans Noelle, op. cit., pp. 143-147.
23La reconnaissance de la bilocation par saint Paul de la Croix est rapportée dans Mgr Guerrini, La vie de saint Paul de la Croix, traduit en français chez Desclée, Bruges, 1908, ch. XVIII.
24Comité Mirabilis, La Bilocation chez les mystiques — Au fil des siècles, une anthologie extraordinaire, Claire Lumière, 2023, p. 149-150.
25Comité Mirabilis, op. cit., p. 151-153, citant Édouard van Speybrouck, Quelques traits de la vie du très révérend Père Paul de Moll, 6e éd. française augmentée, Boulay-Moselle, 1931.
26Comité Mirabilis, op. cit., p. 153-154, citant Amédée Brunot, Mariam, la petite Arabe.
27 28Témoignages du père Carmelo Durante, supérieur du couvent de Santa Maria delle Grazie, San Giovanni Rotondo, recueillis lors des séances d'enquête canonique ; résumés dans Voice of Padre Pio, novembre 1998, Friary of Our Lady of Grace, San Giovanni Rotondo, Foggia, Italie.
29Voice of Padre Pio, novembre 1998, ibid. ; cf. C. Bernard Ruffin, Padre Pio: The True Story, 3e éd., OSV Press, Huntington (Indiana), 1991, ch. XVII.
30Comité Mirabilis, op. cit., p. 166-169.
31Voice of Padre Pio, novembre 1998, Friary of Our Lady of Grace, San Giovanni Rotondo. Formule analogue dans les Epistolario (lettres spirituelles), vol. I, éd. Edizioni Padre Pio da Pietrelcina, San Giovanni Rotondo.
32Comité Mirabilis, op. cit., p. 156, citant le Summarium del processo di beatificazione e canonizzazione: Canonizationis servae Dei Matris Spei a Jesu, Rome, 1993.
33Comité Mirabilis, op. cit., p. 158, citant le Summarium du procès de béatification et canonisation de Madre Speranza, Rome, 1993.
34Comité Mirabilis, op. cit., p. 161-162, citant l'exhortation de Madre Speranza du 13 septembre 1965, reproduite par Ángel Peña, Madre Speranza di Gesù, Villa di Serio, 2016.
35Comité Mirabilis, op. cit., p. 164-166.
36 37Luciano Regolo, Natuzza Evolo — Le miracle d'une vie, trad. fr., Paulines, Paris, 1995, ch. I.
38Luciano Regolo, op. cit., ch. IV. Traduction française de la formule italienne d'origine (« Non sono mai io a provocare la bilocazione... »).
39Laurentin et Mahéo, Bilocations de Mère Yvonne-Aimée de Malestroit, 2010, p. 9 et tableau récapitulatif p. 100.
40Laurentin et Mahéo, op. cit., p. 18 et pp. 81-82.
41Laurentin et Mahéo, op. cit., pp. 27-30 : déposition de Mère Marie-Anne du 3 mars 1956, n° 102, journal contemporain de Mère Ange Gardien et notes n° 420.
42Laurentin et Mahéo, op. cit., pp. 70 et 77-78. Les auteurs conservent le cas comme dossier ouvert et écrivent que « le solde n'est point positif » faute d'identification d'un marin bénéficiaire.
43Laurentin et Mahéo, op. cit., pp. 18-19 : journal contemporain n° 238 et copie de lettre certifiée conforme par Mgr Picaud.
44Laurentin et Mahéo, op. cit., p. 54-56.
45Laurentin et Mahéo, op. cit., p. 23-24.
46Laurentin et Mahéo, op. cit., p. 83.
47Laurentin et Mahéo, op. cit., pp. 127-129.
48Colahan, op. cit., pp. 55-68 ; Kendrick, op. cit., pp. 15-24.
49Comité Mirabilis, La Bilocation chez les mystiques — Au fil des siècles, une anthologie extraordinaire, Claire Lumière, 2023, pp. 285-289.
50J. Aumann, art. « Bilocation, Mystical », New Catholic Encyclopedia, 2e éd., vol. 2, Gale/Thomson, Detroit, 2003, p. 395.
51Tanquerey, Précis..., op. cit., ch. III, section « Règles de discernement pour les phénomènes mystiques corporels » ; Royo Marín, op. cit., §§ 974-985.
52Comité Mirabilis, op. cit., p. 228-229.
53Laurentin et Mahéo, op. cit., p. 110.
54Catéchisme de l'Église Catholique, § 156 ; Concile Vatican I, constitution Dei Filius, cap. III (DS 3009) : « un signe certain de la révélation divine ».
55Saint Augustin, De utilitate credendi, XVI, 34, vers 391 (PL 42, col. 90). Texte original latin : « Miraculum voco quidquid arduum aut insolitum supra spem vel facultatem mirantis apparet. » Édition de référence : Œuvres de saint Augustin, série « Bibliothèque augustinienne », vol. 8, Desclée de Brouwer, Paris, 1951.
56Comité Mirabilis, op. cit., p. 279-283.
57Adolphe Tanquerey, Précis de théologie ascétique et mystique, op. cit. ; cf. aussi J. Aumann, NCE, vol. 2, p. 395 : « The Church does not require the faithful to believe in any particular instance of bilocation ».
58Sur la distinction entre grâces sanctifiantes et grâces gratuitement données, voir Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, IIa-IIae, q. 171, prol. ; CEC, § 2003 : « La grâce sanctifiante est un don permanent... [distincte] des dons actuels que Dieu accorde par la grâce gratuitement donnée. »
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