Les lévitations

Les lévitations mystiques — élévations de saints en extase ou d'objets sacrés — sont attestées chez environ 200 cas rapportés selon Thurston, dont 26 sur 305 bienheureux modernes selon Bouflet, et demandent un discernement rigoureux.

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Les lévitations mystiques désignent l'élévation apparente d'un corps humain ou d'un objet sacré sans support naturel visible, rapportée dans deux contextes distincts dans la tradition catholique : les extases de certains saints au cours de la prière, et les miracles eucharistiques où une hostie ou un ostensoir semble demeurer suspendu. Saint Joseph de Cupertino (1603-1663), sainte Thérèse d'Avila (1515-1582), saint Alphonse de Liguori (1696-1787) et saint André-Hubert Fournet (1752-1834) comptent parmi les dossiers les mieux attestés de cette tradition.

Le phénomène est l'un des plus controversés de la mystique chrétienne, précisément parce qu'il est spectaculaire. Le jésuite Herbert Thurston a recensé plus de deux cents cas rapportés dans les sources hagiographiques, mais seul un tiers environ lui a paru appuyé sur des témoignages « à tout le moins respectables ».[1] Le mieux inventorié des historiens contemporains du sujet, Joachim Bouflet, a pour sa part relevé que sur 305 personnes béatifiées entre le XIXe et le XXe siècle (martyrs exclus), 26 seulement — soit 8,5 % — présentaient dans leur dossier des phénomènes de lévitation appuyés sur des témoignages « nombreux et incontestables ».[2] Les théologiens catholiques qui ont étudié sérieusement le phénomène — Joseph von Görres, Olivier Leroy, Herbert Thurston, Joachim Bouflet — insistent tous sur le même point : un récit de lévitation ne mérite d'être examiné qu'à condition de connaître la hauteur, la durée, le nombre de témoins, leurs conditions d'observation, la distance, l'éclairage et l'existence d'une enquête contemporaine. Sans ces éléments, le récit reste pieux, mais sans force probante.

La tradition catholique ne traite pas les lévitations comme un argument de foi ni comme une marque nécessaire de sainteté. Elles apparaissent plutôt comme un signe possible et rare de l'emprise de Dieu sur le corps d'une âme prise dans l'extase — signe qui doit être soumis à l'Église, qui résiste au croyant lui-même, et qui ne vaut que si la vie du saint porte d'abord les fruits ordinaires de la charité, de l'obéissance et de l'humilité.

Cet article rassemble les dossiers les mieux attestés — procès de canonisation, dépositions sous serment, tests médicaux, contrôles tactiles —, mais aussi les objections les plus sérieuses : fraudes avérées ou alléguées, amplifications hagiographiques tardives, traditions populaires qui ne résistent pas à l'examen des pièces de cause. La rigueur envers ses propres dossiers est la condition même de la crédibilité de ceux qui tiennent debout.

Définition et typologie du phénomène

Ce que désigne le terme « lévitation »

Le terme lévitation vient du latin levitas (légèreté) et désigne littéralement le fait de s'élever ou de flotter. Dans le vocabulaire de la théologie mystique catholique, il est réservé à un type précis de phénomène : l'élévation d'un corps ou d'un objet au-dessus du sol sans moyens physiques connus, dans un contexte religieux et souvent lors d'un état d'oraison.[3]

Le terme entre dans le vocabulaire technique catholique au travers des grands traités de théologie mystique du XIXe et XXe siècle, notamment le Précis de théologie ascétique et mystique d'Adolphe Tanquerey et les travaux de Réginald Garrigou-Lagrange.[4][5] Il ne désigne pas n'importe quel bond, sursaut ou impression subjective d'élévation, mais un phénomène objectivement observable — au moins aux yeux des témoins présents.

Les deux grandes formes

La tradition distingue deux formes principales :

La lévitation de personnes se produit le plus souvent durant une extase mystique ou un ravissement (raptus en latin). Le saint, absorbé dans la contemplation, s'élève du sol parfois de quelques centimètres, parfois de plusieurs mètres. Les récits décrivent fréquemment une anesthésie partielle : le sujet ne perçoit pas l'élévation ou n'y fait pas attention. Dans d'autres cas, le saint résiste activement et n'y parvient pas.

La lévitation d'objets sacrés (hosties, ostensoirs, crucifix) désigne une catégorie différente : ce sont les miracles eucharistiques où un objet consacré semble suspendu dans les airs sans support visible, parfois durant plusieurs heures, devant un grand nombre de témoins. Le cas de Faverney (1608) en est l'exemple le plus documenté.

Deux dossiers probatoires distincts : personnes en extase et objets eucharistiques. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Ces deux catégories ne relèvent pas du même dossier probatoire ni du même contexte théologique. La première est liée à la mystique personnelle et à l'extase ; la seconde appartient à la catégorie des miracles eucharistiques et doit être examinée selon des critères spécifiques à ces phénomènes.

Une typologie descriptive, non normative

Le meilleur historien contemporain du sujet, Joachim Bouflet, met en garde contre toute grille trop rigide : après avoir dépouillé plusieurs centaines de dossiers, il refuse de figer le phénomène dans un schéma unique.

« Il est impossible d'enfermer le phénomène dans un cadre trop rigide, prédéfini. Chaque exemple se présente comme un cas unique, original. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1[6]

En croisant les dossiers les mieux attestés, quatre grandes familles se dégagent néanmoins, à titre descriptif seulement :

  1. Suspension complète sans appui — le corps est entièrement séparé du sol, horizontal ou vertical, parfois assez haut pour qu'un observateur passe la main dessous.
  2. Équilibre anormal ou appui minimal — le corps repose sur un point de contact physiquement insuffisant pour le soutenir : la pointe d'un orteil, un genou, un doigt. Le colonel Albert de Rochas décrit ainsi la mystique Victoire Clair : « Je la vis avec un profond étonnement [...] demeurer ainsi suspendue, sa jambe droite repliée sous elle, l'autre ne touchant à terre que par l'orteil. »[7]
  3. Légèreté anormale au portage — le sujet, en extase, devient si léger qu'il semble ne plus peser, sans pour autant quitter le sol.
  4. Pesanteur extraordinaire, ou « contre-lévitation » — phénomène inverse observé le plus souvent dans les extases de la Passion : le corps devient impossible à soulever, même par plusieurs hommes robustes (voir plus bas la section consacrée à ce phénomène).
Suspension complète, équilibre anormal, légèreté au portage et contre-lévitation : une typologie descriptive, non une loi. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Cette typologie n'a pas valeur de loi : elle sert seulement à ne pas appeler indistinctement « lévitation » des phénomènes de nature différente, ce qui gonflerait artificiellement le corpus et affaiblirait les dossiers les mieux établis.

Le cadre théologique catholique

L'extase, le ravissement et le corps

La théologie mystique catholique distingue soigneusement l'union mystique (dans laquelle les facultés extérieures de l'âme continuent de fonctionner) et le ravissement (raptus ou excessus mentis), dans lequel les sens extérieurs sont suspendus et le corps peut être affecté.[8]

Thérèse d'Avila, dans son Livre de la Vie, est la première grande mystique catholique à avoir décrit ses propres lévitations en première personne et avec une précision psychologique rare. Au chapitre XX, elle distingue explicitement l'union et le ravissement :

« Le ravissement va encore beaucoup au-delà de l'union, et produit de beaucoup plus grands effets. On peut dire que l'union est comme le commencement, le milieu et la fin, mais c'est seulement dans l'intérieur, au lieu que le ravissement, étant dans un beaucoup plus haut degré d'élévation, il n'opère pas seulement dans l'intérieur, mais aussi dans l'extérieur. » — Sainte Thérèse d'Avila, Le Livre de la Vie, ch. XX[9]

Ce point théologique est capital. La lévitation, quand elle se produit, n'est pas un phénomène autonome : elle apparaît comme l'effet corporel extérieur d'un ravissement qui engage d'abord l'intérieur. Elle n'est ni souhaitée ni provoquée par la personne. Thérèse la décrit comme quelque chose qui lui est fait, non comme quelque chose qu'elle fait.

Ce que dit Thomas d'Aquin sur le ravissement

Thomas d'Aquin traite directement du raptus dans la Summa Theologiae (IIa-IIae, q. 175). Il le définit comme une élévation par une puissance supérieure de ce qui est conforme à la nature vers ce qui dépasse la nature.[10] L'extase implique un retrait de la perception sensorielle habituelle, sans que l'âme se sépare du corps (elle en reste la forme).

Thomas souligne que dans les états de ravissement les plus intenses, l'intellect peut être suspendu dans la contemplation d'une réalité qui dépasse ordinairement ses forces, comme saint Paul au troisième ciel. Il reste ouvert sur la question de savoir si Paul était alors dans son corps ou hors de son corps — et saint Paul lui-même se garde de trancher dans la deuxième lettre aux Corinthiens :

« Je connais un homme dans le Christ qui, voici quatorze ans — était-ce dans son corps ? Je ne sais ; était-ce hors de son corps ? Je ne sais ; Dieu le sait — cet homme-là fut ravi jusqu'au troisième ciel. » — Saint Paul, 2 Corinthiens 12, 2-3 (Bible de Jérusalem)[11]

Cette honnêteté de l'Apôtre est pour Aquin un signe de la limite de ce qu'un homme peut percevoir de son propre état extatique. Elle fonde aussi la prudence catholique constante : même chez le mystique authentique, la conscience qu'il a de ce qui lui arrive est partielle et soumise au discernement de l'Église.[12]

La lévitation corporelle proprement dite n'est pas le cœur du traité de Thomas, mais elle entre dans la logique du ravissement : si l'âme est élevée à un état qui dépasse l'ordinaire, il n'est pas incohérent que le corps, dont elle est la forme, soit lui aussi affecté.

L'avertissement de Jean de la Croix

Saint Jean de la Croix représente dans la tradition mystique catholique le courant le plus exigeant de discernement sur les phénomènes extraordinaires. Dans la Montée du Carmel et la Nuit obscure, il distingue soigneusement les consolations sensibles, les visions et les phénomènes corporels des vrais fruits de l'union divine.[13]

Sa position n'est pas que ces phénomènes n'existent pas : il les reconnaît comme possibles. Mais il avertit que l'âme avancée dans la voie spirituelle doit ne pas s'y attacher et les regarder comme secondaires. Les lévitations cessent d'ailleurs, dans les meilleurs dossiers, avec la progression dans la vie mystique — Thérèse d'Avila elle-même note avec soulagement que ses élévations en public ont fini par s'arrêter.

« Ces œuvres corporelles et extérieures que Dieu fait quelquefois dans les âmes, comme de les élever, de les faire défaillir, les suspendre dans ses étreintes, ne profitent pas toujours à l'âme autant qu'il semble, ni autant que ces communications les plus pures et simples des faveurs spirituelles intérieures. » — Saint Jean de la Croix, Montée du Carmel, livre III, ch. II[14]

Ce point est théologiquement décisif : la lévitation n'est pas un critère de sainteté ni un bien en soi. Elle est une trace corporelle possible d'une grâce intérieure, pas la grâce elle-même.

Les trois origines possibles

La théologie catholique distingue trois origines possibles pour les phénomènes de lévitation apparents :[15]

1. Surnaturelle (Dieu) : la lévitation est un effet de la grâce divine sur un corps en état de ravissement mystique. C'est la seule catégorie qui intéresse positivement la théologie mystique.

2. Préternaturelle (intervention du démon) : les théologiens scolastiques admettent que le démon peut agir sur la nature physique, y compris sur les corps, et produire des imitations de phénomènes surnaturels. L'Église tient compte de cette possibilité dans son discernement des phénomènes extraordinaires.

3. Naturelle (fraude, illusion, erreur d'observation) : un bond brusque, une chute lente, un angle de vue trompeur, un support dissimulé, un récit embelli avec le temps ou une observation dans des conditions d'éclairage insuffisantes.

La prudence catholique commence toujours par la troisième catégorie, puis examine la deuxième avant d'admettre la première.

OrigineProbabilité d'examenCaractéristiques typiques
Naturelle (fraude / illusion)À éliminer en premierBond, support, éclairage trompeur, récit tardif
Préternaturelle (démon)À considérer ensuiteContexte de désordre spirituel, fruit mauvais
Surnaturelle (Dieu)Dernier recoursVie vertueuse, fruits durables, contrôle ecclésial

Les saints lévitants dans la tradition catholique

Joseph de Cupertino : le cas le mieux documenté

Le dossier de saint Joseph de Cupertino (1603-1663) est unique dans l'histoire catholique par sa densité documentaire. Le jésuite Herbert Thurston, qui a consacré sa carrière à l'étude critique des phénomènes mystiques, considère ce dossier comme le plus massif de la tradition chrétienne.[16] L'abbé Arcangelo Rosmi, contemporain de Joseph à Assise, aurait noté environ soixante-dix élévations pour cette seule période ; le franciscain Gustavo Parisciani a identifié dans les archives vaticanes plus de cent cinquante témoignages oculaires pour les années d'Assise.[17]

Saint Joseph de Cupertino en lévitation dans une gravure ancienne. Le dossier de Joseph reste le cas classique de lévitation mystique dans la tradition catholique.

Ce qui distingue ce dossier n'est pas seulement le volume, mais la qualité des témoins (plusieurs sous serment, avec des procédures de déposition avertissant explicitement contre l'exagération) et la réaction ecclésiale : Joseph n'a pas été promu comme une attraction, mais isolé, déplacé, surveillé. Les supérieurs craignaient l'afflux de curieux et les perturbations de la vie conventuelle. Joseph, lui, a obéi sans résistance.

Voir l'article détaillé : Les lévitations de saint Joseph de Cupertino (1603-1663)

Thérèse d'Avila : la lévitante réticente

Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582), réformatrice du Carmel et docteur de l'Église, est le cas le plus précieux pour la théologie mystique en raison de la qualité de son témoignage : elle décrit ses propres lévitations en première personne, avec une franchise et une précision psychologique sans équivalent dans la tradition mystique.[18]

Au chapitre XX du Livre de la Vie, elle décrit l'impuissance totale à résister à l'élévation :

« En d'autres temps il m'était absolument impossible de m'opposer à un mouvement si violent ; je me sentais ensuite enlever l'âme et la tête sans que je pusse l'empêcher, et quelquefois tout mon corps, en sorte qu'il ne touchait plus à terre. » — Sainte Thérèse d'Avila, Le Livre de la Vie, ch. XX[19]

Elle décrit aussi la sensation physique qui accompagne la résistance :

« Dans la résistance que je faisais pour m'empêcher d'être ainsi élevée de terre, je sentais sous mes pieds quelque chose qui me poussait avec tant de violence, que je ne saurais à quoi la comparer, nul autre de tous les mouvements qui se passent dans l'esprit n'ayant rien qui approche d'une telle impétuosité ; et ce combat que j'éprouvais en moi-même était si grand, que j'en avais le corps tout rompu sans pouvoir rien gagner par ma résistance, à cause qu'il faut que tout cède au pouvoir infini de Dieu. » — Sainte Thérèse d'Avila, Le Livre de la Vie, ch. XX[20]

L'embarras public et la prière exaucée

Deux scènes du Livre de la Vie illustrent l'embarras profond que ces lévitations causaient à Thérèse. La première se passe dans le chœur lors de la communion, en présence de toutes les religieuses. La seconde a lieu pendant un sermon, en présence de dames de qualité :

« Commençant à sentir que la même chose m'allait arriver, je me jetai par terre, nos sœurs s'approchèrent de moi pour me retenir ; mais cela ne put empêcher qu'on s'en aperçût. Je priai alors beaucoup Notre-Seigneur de ne plus me favoriser de ces grâces qui paraissent à l'extérieur sans pouvoir être cachées, et qui me donnaient tant de peine. » — Sainte Thérèse d'Avila, Le Livre de la Vie, ch. XX[21]

Elle note, avec ce qui ressemble à un soulagement discret, que cette prière a été exaucée : les lévitations en public ont cessé. Ce détail est apologétiquement important : une personne qui ferait semblant de léviter pour impressionner ne prierait pas pour que cela s'arrête, ni n'en parlerait avec une telle franchise sur l'embarras ressenti.

Le Public Domain Review, publication académique en ligne spécialisée dans l'histoire des idées, a consacré un article à cette dimension de la figure de Thérèse sous le titre évocateur « The Reluctant Levitator » — la lévitante à contrecœur.[22]

Une confirmation extérieure : la déposition d'Anne de l'Incarnation

Le témoignage autobiographique de Thérèse reçoit une confirmation externe précieuse. Elle décrit elle-même la sensation intérieure de légèreté qui, souvent, précède l'élévation complète :

« Souvent, ce me semble, mon corps devenait si léger qu'il perdait toute sa pesanteur ; parfois même c'était à tel point que je ne sentais plus pour ainsi dire mes pieds toucher le sol. » — Sainte Thérèse d'Avila, Vie écrite par elle-même, ch. XX[23]

Une religieuse de son entourage, Anne de l'Incarnation, dépose au procès ordinaire de Ségovie avoir directement vérifié l'absence d'appui, en passant les mains sous les pieds de la sainte durant une extase prolongée :

« Je m'approchai doucement, mis mes mains sous ses pieds que je couvris de mes larmes pendant toute la durée de l'extase, qui se prolongea peut-être une demi-heure. » — Anne de l'Incarnation, déposition au procès ordinaire de Ségovie[24]

Cette double source — le récit intérieur de la mystique et le contrôle tactile d'un témoin extérieur consigné au procès — fait du dossier de Thérèse l'un des mieux croisés de toute la tradition catholique.

André-Hubert Fournet : une déposition de procès avec distance, hauteur et durée

Saint André-Hubert Fournet (1752-1834), fondateur des Filles de la Croix, offre l'un des dossiers les plus rigoureux de la tradition, précisément parce qu'il repose sur une déposition de procès en bonne et due forme, avec distance, hauteur et durée précisées par un témoin identifié.

Saint André-Hubert Fournet, portrait vers 1800 — Wikimedia Commons, domaine public.

Le 24 juin 1827 ou 1828, en plein jour, pendant une prédication à La Puye, des enfants signalent que le prêtre « est en l'air ». Sœur Saint-Vincent-de-Paul, placée à quatre ou cinq pas sans obstacle visuel, dépose l'avoir vu environ un pied au-dessus du gradin pendant dix à douze minutes :

« Je vis, de fait, le serviteur de Dieu qui ne touchait plus le pavé et qui se tenait élevé environ d'un pied au-dessus du petit gradin de pierre sur lequel il était placé. Je vis et je considérai très clairement le serviteur de Dieu dans cette position. J'étais à quatre ou cinq pas environ du Bon Père, et personne n'était placé entre lui et moi et ne pouvait m'empêcher de le considérer à mon aise. [...] il se passa dix ou douze minutes, durant lesquelles je considérai attentivement cette élévation au-dessus du sol. » — Sœur Saint-Vincent-de-Paul, déposition au procès informatif, session 87-56[25]

D'autres témoins et d'autres épisodes sont consignés aux procès informatif et apostolique — deux étapes distinctes de l'instruction canonique d'une cause de canonisation, avec des sessions et des témoins propres à chacune —, notamment huit jours consécutifs de lévitation à la messe à Issy.[26] Cette hiérarchie des sources est précisément ce que la prudence catholique exige : une déposition contemporaine des faits, sous serment, avec distance et durée précisées, pèse infiniment plus qu'un récit hagiographique tardif ou une rumeur non recoupée.

La Santinha d'Arrifana : le dossier le plus dense de la tradition moderne

Ana de Jesus Maria José Magalhães (1826-1875), dite la Santinha d'Arrifana — la petite sainte d'Arrifana, au Portugal — offre le dossier le plus dense qu'ait produit le XIXe siècle. Paralysée et alitée à partir de 1840, à quatorze ans, elle présente des lévitations presque quotidiennes de 1846-1847 jusqu'à sa mort en 1875, soit vingt-neuf ans de phénomène répété, observé par des dizaines de témoins, prêtres et médecins.

Le curé de la paroisse multiplia les observations et permit aux médecins, croyants ou non, de tester le phénomène. Le Dr Manuel Maciel Leite e Araujo passa bras et mains sous tout le corps :

« Pour m'assurer de la réalité de ce fait insolite, j'ai passé mes bras étendus et mes mains sous tout son corps, et l'ai trouvé effectivement soulevé sans aucun appui et immobile. » — Dr Manuel Maciel Leite e Araujo, témoignage médical[27]

Le Dr João Grainha, juge du district, procéda à un test plus rigoureux encore : un stimulus physiologique destiné à vérifier l'absence de réaction, avant le contrôle tactile.

Vingt-neuf années de récits répétés, contrôles tactiles, stimulus physiologique et contexte eucharistique. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

« Le docteur juge du district [...] alluma un cigare mais, au lieu de le fumer, il en souffla des volutes de fumée dans la bouche, les narines et les yeux de la servante de Dieu, sans qu'elle réagît le moins du monde. Aussitôt après, il passa ses mains sous son corps et constata qu'elle était soulevée au-dessus du lit sans aucun appui. » — Dr João Grainha, témoignage médical[28]

Quatre types d'extase, liés à un acte spirituel précis

Le dossier permet d'établir une typologie empirique rare : Bouflet distingue, à partir des témoignages, quatre catégories liées chacune à un acte de piété précis plutôt qu'à une faculté permanente — les extases nocturnes d'oraison, les extases après la communion (souvent deux à trois heures), les extases du Vendredi saint (de midi à 15 h, bras en croix) et les extases lors des « sorties du Seigneur », quand le viatique était porté dans le village et qu'Ana orientait tête ou corps vers le Saint-Sacrement à distance.

« Chaque année, le Vendredi saint, elle tombait à midi dans une grande prostration et restait en cet état jusqu'à trois heures, les bras étendus en croix [...] elle conservait cette prodigieuse suspension horizontale du corps, dans une attitude imitant celle du Rédempteur crucifié et mourant. » — Déclarations du P. José Domingues Arede et d'Ana Gomes[29]

Ce dossier réunit ce que la méthode critique exige : longue durée, répétition, diversité des témoins, tests tactiles, stimulus physiologique contrôlé, immobilité horizontale documentée et lien constant avec un contexte eucharistique précis — condition rarement réunie à ce degré dans l'ensemble de la tradition.

Alphonse de Liguori et la lévitation de Foggia

Saint Alphonse de Liguori (1696-1787), fondateur des Rédemptoristes et docteur de l'Église, est rapporté avoir été élevé d'environ 80 centimètres au-dessus de la chaire en pleine prédication à Foggia, en 1746, devant toute la congrégation rassemblée.[30] Un épisode similaire est mentionné à Amalfi, lors d'une homélie sur la Mère de Dieu. Ces phénomènes se produisant lors de prédications publiques, les témoins sont nombreux et identifiables — condition qui rend ces récits plus sérieux que des rapports tardifs ou privés.

Saint Alphonse de Liguori, fondateur des Rédemptoristes et docteur de l'Église, figure aussi parmi les saints auxquels la tradition attribue des lévitations en contexte de prédication.

La canonisation d'Alphonse par Pie VII en 1839 a pris en compte l'ensemble de son dossier de vie mystique, qui incluait d'autres phénomènes extraordinaires (bilocation présumée à la mort du pape Clément XIV en 1774, vu en état de prostration pendant plusieurs heures avant d'annoncer la mort du pape).

Pierre d'Alcantara, Martin de Porès et d'autres cas

Saint Pierre d'Alcantara (1499-1562), réformateur franciscain ami de Thérèse d'Avila, est mentionné parmi les saints lévitants dans les sources hagiographiques classiques. Thérèse elle-même, qui le connut comme directeur spirituel dans les dernières années de sa vie, raconte dans le chapitre XXVII de son autobiographie l'avoir vu transfiguré et soulevé du sol pendant la prière. Canonisé par Clément IX en 1669, il figure dans la liste de cas bien attestés que Garrigou-Lagrange retient pour la théologie mystique catholique.[31]

Saint Martin de Porès (1579-1639), religieux dominicain mulâtre du Pérou, est associé à de nombreux phénomènes mystiques documentés dans son procès de canonisation. Des frères du couvent du Saint-Rosaire de Lima rapportent l'avoir trouvé soulevé de plusieurs pieds au-dessus du sol pendant la prière nocturne, le visage tourné vers le crucifix, sans qu'aucun appui ne soit visible. Le procès, instruit dès les décennies qui suivent sa mort, recueille des dépositions sous serment qui sont parmi les plus précises pour un saint d'Amérique latine de cette époque.[32]

D'autres cas historiquement mentionnés comprennent saint Philippe Néri (1515-1595), fondateur de l'Oratoire — dont le Bacci (biographie écrite de son vivant) évoque des extases et des phénomènes corporels inhabituels —, saint Paul de la Croix (1694-1775), fondateur des Passionnistes, dont les chroniques rapportent des élévations en oraison, et selon certaines sources Thomas d'Aquin lui-même, rapporté s'étant élevé légèrement lors d'une prière devant le crucifix dans une chapelle dominicaine — épisode dont la valeur historique reste discutée, mais qui figure dans plusieurs hagiographies anciennes.[33]

Un dossier de prêtres consacrés à l'autel : huit cas croisés

Une part notable des dossiers bien attestés concerne des prêtres saisis en pleine célébration liturgique ou en pleine prédication — un contexte où les témoins sont, par nature, nombreux et attentifs. Le tableau suivant croise huit dossiers étudiés par Bouflet dans sa monographie de 2006 :

PersonneContexte observéDonnée probante
Pierre d'AlcantaraPrière conventuelleÉlévation jusqu'au plafond, vols dans le cloître, témoignages nombreux et circonstanciés
Bernardino RealinoOraisonTémoin attiré par une lumière, élévation de plus d'un mètre
Francisco de PosadasPrédication et messePieds ne touchant plus le sol, lumière, foule présente
Alphonse de LiguoriPrédication à Foggia, 1746Environ 80 cm au-dessus de la chaire devant la foule
Curé d'ArsEntretien et prière publiqueEnviron un pied durant quinze minutes selon Annette Chrétien
Joseph-Benoît CottolengoOraison privéeDeux religieuses au moins, dépositions au procès, promoteur de justice critique
Vincenzo PallottiMesseElisabetta Sanna : plus de deux palmes, environ quinze minutes ; évêque témoin distinct
Michel GaricoïtsÉlévation de l'hostie et du calice10 à 15 cm, pieds horizontaux, témoin nommé au procès[34]

La citation la plus exploitable de ce corpus concerne Michel Garicoïts, fondateur des Prêtres du Sacré-Cœur de Bétharram, surpris par un fidèle pendant l'élévation même du Saint-Sacrement :

« En m'inclinant pour adorer les saintes espèces, je fus tout surpris de voir que les pieds du Père Garicoïts ne touchaient pas le marchepied de l'autel. Il était élevé au-dessus du sol de 10 à 15 centimètres. [...] J'ai constaté ce phénomène soit pendant l'élévation de l'hostie, soit pendant l'élévation du calice. » — Jean-Baptiste Taillefer de Bénéjacq, déposition au procès informatif ordinaire[35]

Ce tableau ne prétend pas à l'exhaustivité : il sélectionne des dossiers où la présence de plusieurs témoins, une célébration publique et une déposition de procès se recoupent, et laisse volontairement de côté les traditions plus faibles ou à témoin unique.

Cas modernes du XIXe et du XXe siècle

Le corpus des XIXe-XXe siècles réunit une série de dossiers moins connus du grand public, mais dont la qualité documentaire est parfois supérieure aux cas les plus célèbres.

Edvige Carboni : un double niveau de preuve

Edvige Carboni (1880-1952), couturière stigmatisée sarde, offre un dossier à deux niveaux : la réaction spontanée d'une enfant témoin, puis le contrôle tactile délibéré d'une adulte.

« Je restai abasourdie en voyant la Servante de Dieu soulevée à plus d'un mètre au-dessus du pavement, dans l'attitude de la prière. Je ne pus faire autrement que de m'écrier : “Maman, une femme qui vole !” » — Chiara Maria Cuccuru, déposition au procès informatif ordinaire[36]

Une seconde témoin, Mariangela Oggianu, la vit à environ 20 centimètres au-dessus du prie-Dieu ; une troisième, Elena Sanna, « voulut en avoir la preuve en la touchant », la prit par le bras, la ramena à l'autel, puis la vit se soulever de nouveau.[37]

Eusebia Palomino : le phénomène cesse sur ordre de la supérieure

La bienheureuse Eusebia Palomino (1899-1935), religieuse salésienne, illustre un trait constant des meilleurs dossiers : l'obéissance immédiate à l'autorité.

« Très docile à la voix de l'obéissance, celle-ci revint à elle en posant le pied sur le pavement et, levant les yeux vers sa supérieure, elle la supplia de ne rien dire à personne de ce qui venait de se produire. » — Témoignage rapporté par Domenica Grassiano[38]

Frère Ave Maria : un témoin devenu bienheureux

Cesare Pisano, dit Frère Ave Maria (1900-1964), ermite aveugle italien, fut observé par une porte entrouverte par un témoin qui devait lui-même être canonisé par la suite, le bienheureux Luigi Orione :

« Je pourrais jurer que j'ai vu frère Ave Maria soulevé de terre, à peu près à cette hauteur (environ 40 cm), pendant qu'il était à lire l'Imitation du Christ. » — Bienheureux Luigi Orione[39]

Francisca Ana Cirer Carbonell : trois postures documentées chez la même religieuse

La bienheureuse Francisca Ana Cirer Carbonell (1781-1855), religieuse majorquine, présente un dossier rare parce qu'il documente trois postures distinctes chez la même personne : horizontale au-dessus du lit, assise sans contact avec le siège, et agenouillée.

Francisca Ana Cirer Carbonell, portrait par Juan Bauzá y Mas, 1860-1900 — Wikimedia Commons, domaine public.

« Elle était élevée dans l'air, conservant la position assise, mais sans toucher son siège ni le sol. L'extase fut de longue durée, et les nombreux témoins purent l'entendre parler. » — Témoignage reproduit par Francisco Fornés[40]

« Elle était agenouillée, élevée de terre de trois palmes et demie, et l'aspect de son visage n'était pas naturel, car elle versait d'abondantes larmes, comme quelqu'un qui souffre beaucoup. » — Magdalena Mir Serra, déposition au procès informatif ordinaire[41]

De tout le village de Majorque, et même de localités voisines, on venait assister à ses lévitations quotidiennes comme on va au spectacle — mais Bouflet précise que « l'actrice, point cabotine, souffrit beaucoup de la publicité que lui assurait le prodige ».[42]

Rectification : Padre Pio et Marthe Robin ne sont pas des cas établis

Il est fréquent d'entendre attribuer des lévitations à Padre Pio ou à Marthe Robin. L'examen des pièces de leurs causes de canonisation ne confirme pas cette tradition populaire :

« Du capucin Padre Pio da Pietrelcina (1887-1968), il n'existe aucun indice qu'il ait été sujet à la lévitation [...] Les pièces de la procédure en vue de la béatification n'évoquent pas le phénomène. Il en est de même pour Marthe Robin [...] L'étude des sources constituant le matériau en vue de la béatification de Marthe Robin m'a permis de constater qu'il n'y a jamais eu la moindre lévitation dans sa vie. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1[43]

Cette rectification est importante : un article rigoureux ne doit pas accumuler mécaniquement les noms les plus célèbres. Le silence des pièces de cause pèse plus lourd que la rumeur, aussi répandue soit-elle.

Theres Neumann : deux épisodes, dont un contrôle tactile direct

La stigmatisée bavaroise Theres Neumann (1898-1962) présente un dossier de lévitation plus modeste que ses célèbres extases de la Passion, contemplées chaque Vendredi saint par des milliers de fidèles jusqu'à sa mort.[44] Deux épisodes de lévitation sont néanmoins consignés, avec un contrôle tactile direct pour le premier :

Theres Neumann en 1926 — Bundesarchiv, Bild 102-00241 / Ferdinand Neumann, CC BY-SA 3.0 DE.

« Pour être sûre qu'elle n'était pas le jouet d'une illusion, l'abbesse passa, à plusieurs reprises, sa main sous les jambes de Thérèse, dont la robe pendait sans toucher le sol. » — Récit recueilli de l'abbesse Benedikta Spiegel le 29 septembre 1934[45]

Le second épisode, situé le 15 août 1938 à Tirschenreuth (15 à 20 cm au-dessus du sol), repose sur l'attestation d'un témoin recueillie douze ans plus tard — une source plus tardive, à distinguer explicitement du contrôle tactile immédiat du premier épisode.[46]

Maria Concetta Pantusa et Tomasina Pozzi : deux dossiers italiens du XXe siècle

Maria Concetta Pantusa connaît sa première extase avec lévitation en 1918, en présence de cinq personnes :

« Sa première extase avec lévitation eut lieu en 1918, en présence de cinq personnes [...] elle s'élevait à plus d'un mètre au-dessus du sol, à la stupéfaction de ses proches. » — Récit reproduit d'après Tomaso Tatangelo[47]

Bouflet précise que des médecins, des psychologues et des membres du clergé ont attesté ces phénomènes, sans toutefois en préciser les noms dans ce passage — une nuance à respecter plutôt qu'à combler artificiellement.

Tomasina Pozzi, religieuse, offre un dossier mesuré avec précision par deux témoins nommés :

« Avoir vu une fois sœur Tomasina au réfectoire, pendant que nous mangions, se soulever de terre et rester sans toucher le sol, élevée dans les airs de 30 centimètres, pendant dix minutes environ. » — Dépositions des sœurs Giovanna Masa et Clementina Caproni[48]

Maria Giuseppina Catanea : un déplacement sans mouvement des pieds

Le dossier de Maria Giuseppina di Gesù Crocifisso (Maria Giuseppina Catanea), religieuse atteinte de sclérose en plaques et incapable de marcher sans soutien, présente un épisode rare de déplacement en extase sans mouvement apparent des pieds, daté du 28 juillet 1943 :

Huit dossiers représentatifs, du XVIe au XXe siècle ; le phénomène n'est jamais un critère de sainteté. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

« Au moment où elle baise la main du saint, le vent la ravit soudain et, alors que peu auparavant elle était incapable de marcher sans appui, la voici qui, les bras ouverts, effleure le sol sans bouger les pieds et, le visage transfiguré, parcourt plusieurs fois en volant les allées du jardin. » — Témoignage postulateur, 1976[49]

Panorama et statistiques : Görres, Leroy, Thurston, Bouflet

Les grandes études comparées sur la lévitation mystique chrétienne convergent sur des ordres de grandeur similaires, sans jamais coïncider exactement — chacune ayant appliqué des critères et un périmètre différents.

Joseph von Görres (1776-1848), philosophe catholique allemand, auteur de La Mystique divine, naturelle et diabolique (5 volumes, 1836-1842), le premier grand répertoire systématique, dénombrait 72 saints associés au phénomène dans la tradition catholique.[50]

Olivier Leroy, dans La Lévitation. Contribution historique et critique à l'étude du merveilleux (Paris, Valois, 1928, 388 p.), premier traitement académique moderne du sujet entièrement consacré à cette question, comptait 60 cas dans les dix premiers mois seulement des Acta Sanctorum — soit environ 0,6 % de 14 000 saints —, avant d'estimer qu'au moins 200 cas au total étaient mentionnés dans des sources dignes d'intérêt sur l'ensemble de la tradition.[51]

Herbert Thurston, S.J. (1856-1939), jésuite britannique et membre de la Society for Psychical Research, est l'auteur du travail critique le plus complet : The Physical Phenomena of Mysticism (Burns Oates and Washbourne / Henry Regnery Company, 1952, publication posthume, 419 p.).[52] Il recensait plus de 200 cas, mais estimait qu'un tiers seulement disposait de preuves « à tout le moins respectables ». Sa méthodologie historique rigoureuse sépare les témoignages bien établis des récits tardifs, identifie les conditions d'observation, et refuse de conclure là où les données sont insuffisantes.

Joachim Bouflet, dans sa monographie de 2006 puis dans son Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique (2002-2015), apporte le chiffrage le plus resserré : en étudiant les 305 personnes béatifiées entre le XIXe et le XXe siècle (martyrs exclus) à la date de juin 2001, il a relevé que 26 d'entre elles, soit 8,5 %, avaient présenté des phénomènes de lévitation appuyés sur des témoignages nombreux et incontestables.

« En étudiant la liste des 305 personnes ayant vécu aux XIXe et XXe siècle qui ont été béatifiées à ce jour (juin 2001) — à l'exception des martyrs, isolés ou en groupes —, j'ai relevé que 26 d'entre elles ont présenté dans leur existence des phénomènes de lévitation, soit 8,5 % du nombre total. Encore n'ai-je retenu que les cas signalés par des témoignages nombreux et incontestables. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1[53]

AuteurOuvrageAnnéeNombre de cas identifiés
Joseph von GörresLa Mystique divine, naturelle et diabolique1836-184272 saints
Olivier LeroyLa Lévitation1928Au moins 200 cas mentionnés dans des sources dignes d'intérêt
Herbert Thurston, S.J.The Physical Phenomena of Mysticism1952Plus de 200 cas rapportés, dont un tiers environ jugé bien attesté
Joachim BoufletEncyclopédie des phénomènes extraordinaires2001-201526 sur 305 bienheureux XIXe-XXe s. (8,5 %)
Du signalement au dossier solide : la qualité documentaire prime sur le nombre de récits. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Ces chiffres ne sont pas des preuves en eux-mêmes. Ils montrent que le phénomène est assez répandu dans la tradition pour ne pas être réduit à une légende isolée, et assez rare parmi l'ensemble des saints et bienheureux pour être clairement exceptionnel — l'écrasante majorité des causes de canonisation ne mentionnent aucun phénomène de ce type.

Garabandal : la lévitation de Conchita González

Le dossier des apparitions de Garabandal (1961-1965), défendu par Ignispedia comme l'un des dossiers mariaux du XXe siècle les mieux attestés médicalement, comporte un épisode de lévitation moins connu que le « petit miracle de l'hostie » du 18 juillet 1962, mais tout aussi précisément documenté.

Corps horizontal, hauteur rapportée de 10 cm, durée chronométrée et transmission écrite : les paramètres consignés pour l'épisode de 1962. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le témoin Don Juan Alvarez Seco rapporte avoir vu le corps de Conchita, en extase, entièrement séparé du sol en position horizontale, et avoir tenté de vérifier l'absence d'appui de sa propre main :

« Conchita, toujours en extase, venait de s'allonger par terre, sur le dos. Tout à coup, j'ai vu tout son corps, à l'horizontale, complètement séparé du sol. J'ai voulu m'assurer que je ne rêvais pas en passant ma main entre son corps et le sol, mais je n'ai pas pu, car cela n'a duré que quelques secondes. Je précise bien que pour moi, il n'y a aucun doute. » — Don Juan Alvarez Seco, témoignage[54]

Un second témoignage, collectif celui-là, donne une hauteur mesurée, une durée chronométrée et une transmission écrite à l'autorité diocésaine — exactement les conditions que la méthode critique catholique exige :

« Nous la vîmes s'élever à une hauteur de dix centimètres en conservant la même position allongée. À partir de là, elle fit trois mouvements de balancement [...] Après une minute et demie (nous avons contrôlé le temps), elle commença à baisser très lentement [...] Tous, nous avons signé une relation de ce fait extraordinaire et l'avons remise à don Valentín, pour qu'il l'envoie à Monseigneur l'évêque de Santander. » — Relation collective, transmise à l'évêché de Santander[55]

Joachim Bouflet, dont la position générale sur le dossier de Garabandal est réservée — il critique notamment les marches extatiques rapides des voyantes, faute de mesures et de contre-épreuve indépendantes —, ne rejette pourtant pas cet épisode précis de lévitation : il le rapporte avec ses paramètres complets (hauteur, durée chronométrée, pluralité de témoins, transmission écrite à l'évêque), reconnaissant même à propos de l'hypothèse d'une origine diabolique qu'« aller un peu vite en besogne » serait une conclusion trop rapide, la réalité étant « assurément plus complexe ».[56] Que même un auteur généralement prudent sur ce dossier retienne cet épisode avec un tel luxe de précisions en fait l'un des cas de lévitation les mieux documentés du XXe siècle — cohérent avec la position favorable qu'Ignispedia défend pour l'ensemble du dossier de Garabandal.

Les lévitations eucharistiques

Un phénomène distinct

Les lévitations eucharistiques désignent les épisodes où une hostie ou un ostensoir consacré semble se maintenir en l'air sans support. Ce sont des miracles eucharistiques d'un type particulier, dont le dossier est examiné selon les procédures propres à la reconnaissance des miracles eucharistiques.[57]

Ces phénomènes sont à distinguer des lévitations de personnes sur au moins trois points : le sujet n'est pas un être humain animé par une âme, les conditions d'observation peuvent être meilleures ou plus mauvaises selon les circonstances, et l'enjeu est différent (la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie, pas la vie mystique personnelle d'un saint).

Le miracle de Faverney (1608)

Le cas de Faverney (Haute-Saône) est le mieux documenté des lévitations eucharistiques reconnues par l'Église catholique. Pendant la nuit du 25 au 26 mai 1608, un incendie se déclare dans l'abbatiale Notre-Dame de Faverney lors d'une exposition du Saint-Sacrement. Les flammes détruisent les tentures, le reposoir et toute la décoration. L'ostensoir, contenant deux hosties consacrées, est alors vu suspendu dans les airs sans support, à environ un pied et demi au-dessus du corporal calciné.

Intérieur de l'abbatiale Notre-Dame de Faverney, lieu du miracle eucharistique de 1608, l'un des dossiers classiques de lévitation d'un ostensoir.

L'élévation dure environ 33 heures, attestée par de nombreux témoins présents à l'abbatiale. L'ostensoir redescend posément le 27 mai, poussé par les prières des fidèles selon les récits contemporains. L'archevêque de Besançon, Ferdinand de Rye, publie un procès-verbal officiel dès le 10 juillet 1608 sur la base des dépositions recueillies.[58]

La reconnaissance officielle de Rome intervient plus de deux siècles plus tard, le 16 mai 1864, sous Pie IX. La prudence de l'Église dans ce délai est caractéristique : elle ne reconnaît pas les miracles par enthousiasme immédiat, mais au terme d'une instruction longue.

Faverney : événement, dépositions et reconnaissance romaine constituent trois temps distincts. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Voir l'article détaillé : Le miracle eucharistique de Faverney (1608)

Les cas vidéo modernes

Depuis les années 1990, des images vidéo circulent qui prétendent montrer des hosties se soulevant lors de l'élévation ou de l'adoration eucharistique. Ces cas demandent une prudence accrue pour des raisons supplémentaires : compression vidéo, perspective, manipulation d'image, effets de lumière captés par les caméras mais invisibles à l'œil nu, et la diffusion virale qui amplifie rapidement des phénomènes peu ou mal documentés.

Le cas de Lourdes (1999), diffusé sur des sites catholiques, est l'exemple le plus commenté. Plusieurs analyses ont conclu à une explication optique ou technique sans qu'il ait été possible d'établir l'authenticité du phénomène. L'Église ne s'est pas prononcée en faveur de ce cas.[59]

La règle de prudence est invariable : une vidéo seule ne constitue jamais une preuve, en raison de la multiplicité des explications techniques possibles.

Discerner un récit de lévitation : méthode, fraude et objections

Le critère fondateur : voir, approcher, toucher

La méthode critique catholique moderne s'appuie sur un critère d'une simplicité désarmante, formulé par Herbert Thurston et repris intégralement par Bouflet en ouverture de son enquête :

« Étant donné une lumière suffisante et des conditions à peu près normales, le témoin le moins cultivé est compétent pour déclarer si une certaine personne se tient sur le sol ou est élevée dans l'air, d'autant plus que, à cause de l'état de transe du sujet de l'enquête, le témoin a toute possibilité d'approcher et de vérifier par le sens du toucher que le spectacle qu'il a sous les yeux n'est pas illusion. » — Herbert Thurston, cité par Joachim Bouflet[60]

Ce critère déplace le débat : il ne s'agit pas de se demander si une lévitation est a priori possible, mais si un témoin ordinaire, placé dans des conditions normales, avec la possibilité de s'approcher et de toucher, a effectivement vérifié l'absence d'appui. C'est exactement ce filtre qui sépare les dossiers de Fournet, de la Santinha d'Arrifana ou de Garicoïts — où le contact tactile est explicitement rapporté — des traditions vagues qui ne le permettent pas.

Les explications ordinaires à épuiser d'abord

Un récit de lévitation crédible doit avoir survécu à une confrontation sérieuse avec les explications naturelles. Les principales sont :[61]

  • Bond involontaire ou volontaire : un mouvement brusque des genoux ou des pieds peut être interprété comme une élévation, surtout si l'observateur est à distance ou dans une lumière faible.
  • Support dissimulé : fil, tige, crochet ou surface inclinée. Pour les récits anciens, c'est souvent impossible à vérifier rétrospectivement.
  • Illusion d'optique : angle de vue, fumée d'encens, reflets, mauvais éclairage ou éblouissement.
  • Récit embelli avec le temps : un souvenir de quelques centimètres peut devenir plusieurs mètres dans une tradition hagiographique enthousiaste. Thurston insiste sur ce risque et n'accepte que les témoignages contemporains des faits.[62]
  • État psychologique du témoin : un témoin en état de profonde dévotion ou de forte attente peut percevoir plus qu'il ne voit réellement.

Conditions d'une documentation crédible

Thurston et Leroy convergent sur les critères minimaux qui rendent un dossier de lévitation digne d'examen :[63][64]

Sept contrôles qualifient la documentation disponible ; ils ne décrètent jamais le miracle. Infographie originale Ignispedia créée par IA.
  1. Témoins contemporains (non postérieurs au fait de plusieurs décennies)
  2. Multiplicité des témoins (plusieurs personnes indépendantes, idéalement de profils différents)
  3. Conditions d'observation précisées (distance, éclairage, angle)
  4. Durée significative (une élévation de plusieurs secondes est plus improbable qu'un sursaut bref)
  5. Hauteur mesurable (ou estimée par des personnes présentes)
  6. Réaction de la personne concernée (est-elle consciente ? résiste-t-elle ? est-elle embarrassée ?)
  7. Contexte d'enquête ou de déposition (procédure judiciaire, procès de canonisation, témoignage sous serment)

Le dossier de Joseph de Cupertino, celui de Fournet et celui de la Santinha d'Arrifana remplissent la majorité de ces critères. Le dossier de Thérèse d'Avila est unique en son genre parce qu'il est autobiographique — mais sa qualité tient précisément à l'honnêteté de Thérèse sur son propre embarras et ses tentatives de résistance.

Maria de la Visitación : un aveu qui ne prouve rien de simple

L'histoire de la mystique reconnaît des cas de fraude avérée. Mais Bouflet signale un piège méthodologique inverse, tout aussi réel : un aveu de fraude n'est pas automatiquement une explication satisfaisante s'il est lui-même incohérent.

La dominicaine portugaise Maria de la Visitación déclara en 1588 avoir simulé stigmates, halo et lévitations. Mais les procédés confessés se contredisent d'un interrogatoire à l'autre : appareil mécanique actionné par une poignée, puis hauts patins de bois ; chandelles, puis cercle de pots à feu.

« J'ai peine à accepter l'aveu que la prieure produisait l'effet de s'élever en l'air par quelque appareil mécanique dont elle tournait doucement la poignée, ou que des chandelles aient pu être disposées dans sa cellule, de façon à entourer son visage d'une mystérieuse auréole de lumière. » — Herbert Thurston, cité par Joachim Bouflet[65]

Bouflet estime possible qu'elle ait « avoué n'importe quoi » pour éviter une accusation de pacte démoniaque, passible d'un sort plus grave, dans un procès également chargé d'enjeux politiques liés à l'indépendance portugaise. L'objection reste sérieuse — un aveu n'est pas automatiquement une preuve —, mais elle exige elle-même d'être examinée avec la même rigueur que les dossiers positifs, sans conclure hâtivement à l'authenticité du cas.

L'amplification hagiographique : une objection sérieuse et honnête

L'objection la plus fréquente contre les récits de lévitation est celle de l'amplification hagiographique tardive : un fait modeste ou inexistant grossi par des biographes pieux successifs. Bouflet, loin de l'esquiver, la traite en historien : il observe que les récits de lévitations attribués à Bernard de Clairvaux, saint Dominique ou saint Ignace de Loyola ne résistent pas à l'étude critique des sources menée par Olivier Leroy et lui-même. Il signale un mécanisme précis : certains auteurs disent tenir le fait d'un familier du saint, alors que ce familier ne mentionne aucune lévitation lorsqu'il dépose sous serment au procès de canonisation.[66]

Le cas de Padre Pio illustre le même mécanisme pour une période plus récente :

« Le phénomène n'est signalé dans la vie du saint capucin qu'une seule fois, sur la base de documents peu crédibles émanant d'un seul témoin ; et l'éminent connaisseur — et ami — de Padre Pio que fut Ennemond Boniface ne cite pas la lévitation dans l'étude rigoureuse qu'il a consacrée à la phénoménologie mystique du stigmatisé. Le récit en est copié presque mot à mot d'une biographie populaire de saint Jean-Joseph de la Croix. » — Joachim Bouflet[67]

Cette objection donne une règle de hiérarchie claire, déjà appliquée dans cet article : déposition contemporaine et sous serment > biographie pieuse tardive > rumeur rapportée sans source. C'est cette même règle qui conduit à retenir Fournet, la Santinha d'Arrifana ou Garicoïts, et à ne pas retenir la lévitation de Padre Pio ou de Marthe Robin comme des cas établis.

La contre-lévitation : un phénomène inverse, à ne pas confondre

Dans les extases de la Passion, certains mystiques deviennent au contraire impossibles à soulever — un phénomène inverse que Bouflet nomme « contre-lévitation » et qu'il distingue soigneusement de la lévitation proprement dite. Il écarte les récits trop vagues et retient les dossiers où des témoins précis décrivent une tentative concrète et son échec :

« Le Dr Azevedo invita un jour un prêtre présent à soulever Alexandrina du pavé : à ce moment précis, elle revivait la montée du Christ au Calvaire, avec la croix sur les épaules. Le prêtre, homme très robuste, la prit sous les aisselles, mais tous ses efforts furent vains. Il murmura : “En y mettant toute ma force, je n'y arrive pas !” » — Témoignage relatif à la bienheureuse Alexandrina Maria da Costa[68]

Cette objection anticipée répond par avance à une critique facile : n'importe quelle rigidité musculaire ou perte de conscience pourrait, en théorie, alourdir un corps évanoui. Mais Bouflet distingue explicitement les témoignages précis — tentative nommée, échec constaté, contexte de Passion — des récits de seconde main, et rappelle qu'une personne simplement inconsciente ne devient pas, par ce seul fait, impossible à soulever par un homme robuste.

Peut-on enfermer le phénomène dans des lois fixes ?

Olivier Leroy avait proposé, en 1928, quatre généralisations sur la lévitation : un soulèvement toujours faible (environ 50 cm), une montée et une descente toujours progressives, une durée maximale de quinze à vingt minutes, et la conservation obligatoire de la position initiale. L'examen des dossiers conduit Bouflet à contester chacune de ces quatre « lois », exemples à l'appui — de même que l'incompatibilité supposée entre stigmates et lévitation.[69] Le dossier de Fournet dépasse la durée de vingt minutes ; celui d'Edvige Carboni dépasse largement les 50 centimètres ; celui de Francisca Cirer documente trois postures différentes chez la même personne. Cette diversité n'invalide pas le phénomène : elle invalide seulement la prétention à des lois trop rigides — exactement la conclusion qu'annonçait déjà la typologie descriptive présentée plus haut.

Une grille critique personnelle, non un verdict de l'Église

Bouflet a établi, en annexe de son Encyclopédie, une grille de notation de 0 à 5 pour soixante-et-un cas des XIXe-XXe siècles, selon la fréquence, la multiplicité, l'objectivité et la proximité des témoignages disponibles :

« La plus haute note traduisant des faits observés indubitablement et fréquemment, par des témoins multiples, dans les meilleures conditions ; la note la plus basse sanctionnant des exemples peu et/ou mal attestés. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1[70]

Reçoivent la note maximale (5) notamment Vincenzo Pallotti, Joaquina de Vedruna, Francisca Ana Cirer Carbonell, Michel Garicoïts, Ana de Jesus Magalhães, Maria Giuseppina Catanea et Maria Concetta Pantusa ; une note de 4 à 5 pour Fournet, Cottolengo, Domenica Barbagli et Marie de Jésus du Bourg. Padre Pio, Marthe Robin et plusieurs visionnaires modernes n'y reçoivent qu'une note de 0 à 1. Cette grille doit être présentée pour ce qu'elle est : l'évaluation critique personnelle d'un historien, datée de 2001, et non un classement officiel de l'Église catholique, qui ne procède jamais à ce type de notation quantitative.

Inexpliqué n'est pas encore reconnu : les trois étapes du discernement

Un fait physiquement inexpliqué n'équivaut jamais, à lui seul, à un miracle reconnu. Bouflet formule cette distinction avec une clarté méthodologique qui s'applique exactement aux lévitations :

« Il appartient à la seule autorité ecclésiastique de définir et de reconnaître le caractère miraculeux d'un signe, les instances médicales et scientifiques étant habilitées simplement à en contrôler et en attester le caractère naturellement inexplicable. Lorsque l'Église dénie à un prodige tout caractère miraculeux, donc toute origine surnaturelle, cela n'implique pas nécessairement que le fait est explicable a priori par de seules causes naturelles. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1[71]

Il ajoute, dans la conclusion générale du même ouvrage, une formule qui vaut aussi bien pour les lévitations que pour l'ensemble des phénomènes extraordinaires qu'il a étudiés :

« Dès lors que la science médicale se déclare impuissante, en l'état actuel de ses connaissances, à déterminer les causes et les mécanismes de certains prodiges [...], et qu'elle renonce à leur donner une explication naturelle, l'Église prend en compte — sans pour autant crier systématiquement au miracle — ces manifestations insolites et s'efforce de leur trouver une signification, une intelligence spirituelle. Telle est sa ligne de conduite en matière de phénomènes extraordinaires dans la vie mystique. » — Joachim Bouflet[72]

Établir, exclure, discerner : un phénomène inexpliqué n'est pas encore un miracle reconnu. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Trois étapes distinctes se dégagent donc pour tout dossier de lévitation : établir la suspension (témoins, contact tactile, mesure) ; exclure la fraude et les causes naturelles connues (support, illusion, bond, amplification) ; discerner l'origine et la signification (surnaturelle, préternaturelle ou simplement inexpliquée). Cette dernière étape appartient à l'Église seule, jamais à la science ni à l'historien.

Le rôle de l'Église dans le discernement

L'Église ne déclare pas officiellement qu'un saint a lévité. Elle canonise des saints dont la vie vertueuse a été vérifiée et dont les miracles attribués à leur intercession ont été examinés. Les phénomènes extraordinaires de la vie d'un saint — dont les lévitations — entrent dans l'instruction de la cause mais ne conditionnent pas la canonisation.

Le Catéchisme de l'Église catholique rappelle à ce sujet que les charismes extraordinaires sont ordonnés au bien de l'Église et soumis aux pasteurs :

« Qu'elles soient extraordinaires ou simples et humbles, les grâces charismatiques sont des dons du Saint-Esprit qui, directement ou indirectement, profitent à l'Église, en vue de son édification, du bien des hommes et des besoins du monde. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 799[73]

Le même Catéchisme distingue l'appel universel à l'union mystique et la rareté des phénomènes extraordinaires :

« Dieu appelle tous les hommes à cette union intime avec lui, bien que les grâces spéciales ou les signes extraordinaires de cette vie mystique ne soient accordés qu'à quelques-uns pour manifester le don gratuit donné à tous. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2014[74]

La lévitation authentique, si elle existe, est donc un signe que Dieu accorde gratuitement à quelques-uns pour sa propre gloire — non un instrument dont le saint disposerait à volonté, ni une marque de supériorité spirituelle.

Le sens spirituel : ce que la lévitation dit de Dieu

Un signe subi, non recherché

La donnée la plus constante dans tous les grands dossiers de lévitation catholique est que le saint ne recherche pas le phénomène. Au contraire, il le subit, il le redoute, il essaie d'y résister, et il en a honte. Thérèse d'Avila prie pour que cela s'arrête. Joseph de Cupertino est isolé et déplacé précisément à cause de l'afflux que ses extases provoquent. Alphonse de Liguori ne se met pas en scène. Maria de Mattias (1805-1866), fondatrice des Adoratrices du Précieux-Sang, canonisée en 2003, illustre le même réflexe de dissimulation : elle « s'efforçait de se cacher dès qu'elle sentait s'amorcer le phénomène, mais Dieu fut souvent plus rapide qu'elle ».[75]

Cette constante est spirituellement significative. Elle distingue radicalement le phénomène catholique des performances de faux mystiques qui cherchent à impressionner, et elle confirme la logique intérieure de la mystique chrétienne : la sainteté vient de la dépossession de soi, pas de l'acquisition de pouvoirs.

Humilité, obéissance, discrétion et charité : la sainteté ne se mesure pas à l'extraordinaire. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

« Ces effets sont grands. Nous connaissons que de telles grâces ne sauraient venir que de lui, qu'il est le maître de notre corps aussi bien que de notre âme, et que nous ne pouvons rien de nous-mêmes ; ce qui imprime dans notre esprit une grande humilité. » — Sainte Thérèse d'Avila, Le Livre de la Vie, ch. XX[76]

L'obéissance au cœur de l'authenticité

Dans les meilleurs dossiers, la lévitation est accompagnée d'une soumission totale à l'autorité ecclésiale. Joseph de Cupertino accepte sans résistance les transferts, les restrictions, l'isolement ordonné par ses supérieurs et le Saint-Office. Thérèse d'Avila soumet chaque phénomène de sa vie mystique à ses confesseurs. Eusebia Palomino, ramenée à elle par la voix de sa supérieure, supplie qu'on n'en parle à personne. Cette obéissance est, dans la logique catholique, le vrai signe de discernement : un phénomène qui pousse à l'orgueil, à la désobéissance ou à la mise en scène est suspect par définition.

Garrigou-Lagrange l'énonce avec précision : les phénomènes extraordinaires sont d'un ordre inférieur à la vie mystique proprement dite, qui est une affaire entre l'âme et Dieu dans les profondeurs de l'esprit. La lévitation, si elle se produit, est un reflet corporel d'une intériorité ; elle n'est pas l'intériorité elle-même.[77]

« Il faut distinguer nettement la vie mystique en tant que telle, qui est l'union intime avec Dieu dans les voies de la perfection, des phénomènes extraordinaires qui peuvent l'accompagner mais ne lui sont pas essentiels. » — R. Garrigou-Lagrange, O.P., Les Trois Âges de la vie intérieure, t. II[78]

La foi ne dépend pas des prodiges

L'avertissement de Jean de la Croix reste fondamental : l'âme qui progresse dans la foi et la charité doit apprendre à se passer des consolations sensibles et des signes extérieurs. Les lévitations, même authentiques, ne constituent pas une preuve de l'existence de Dieu ni un fondement de la foi. Elles en sont tout au plus un signe — fragile, discutable, jamais décisif.

La bonne attitude catholique est résumée par Thurston lui-même, qui n'est pas un apologète naïf mais un historien rigoureux :

« La vraie question n'est pas "est-ce physiquement possible ?", mais "avons-nous des témoignages suffisamment bons pour affirmer que cela s'est produit ?" »[79]

Ni rire trop vite, ni croire trop vite. Examiner les dossiers avec les outils de l'histoire, considérer la qualité des témoins, évaluer la cohérence des récits, et se souvenir que l'Église elle-même, qui garde la mémoire de ces phénomènes, ne les a jamais placés au centre de sa proclamation de l'Évangile.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Herbert Thurston, S.J., The Physical Phenomena of Mysticism, Londres / Chicago, Burns Oates and Washbourne / Henry Regnery Company, 1952 (édition posthume), 419 p. Thurston est mort en 1939 ; l'ouvrage a été préparé par J.H. Crehan, S.J. C'est la référence académique catholique la plus rigoureuse sur les phénomènes mystiques corporels. Disponible sur Archive.org : archive.org/details/in.gov.ignca.7290.

    1 8 16 32 33 52 57 62 63 79
  2. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, éd. augmentée, 2002-2015, p. 15-16.

    2 53
  3. Olivier Leroy, La Lévitation. Contribution historique et critique à l'étude du merveilleux, Paris, Valois, 1928, 388 p. Disponible sur Archive.org : archive.org/details/lalvitationcontr00lero. L'ouvrage reste la première monographie académique entièrement consacrée au phénomène.

    3
  4. Adolphe Tanquerey, Précis de théologie ascétique et mystique, Paris-Rome, Desclée, 1924 (3e édition), §§ 1493-1498 : classification des phénomènes mystiques extraordinaires, dont la lévitation.

    4
  5. Réginald Garrigou-Lagrange, O.P., Les Trois Âges de la vie intérieure, prélude de celle du Ciel, t. II, Paris, Cerf, 1938 (réédition Éditions Clovis). Garrigou-Lagrange cite Joseph de Cupertino, Philippe Néri, Pierre d'Alcantara et Paul de la Croix parmi les saints dont les lévitations sont bien attestées, et insiste sur la nécessité de distinguer les phénomènes extraordinaires de la vie mystique proprement dite.

    5 15 31 61 77 78
  6. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1 — Phénomènes objectifs, Paris, Éditions Le Jardin des Livres, éd. augmentée, 2002-2015, p. 61.

    6
  7. Colonel Albert de Rochas, cité par Joachim Bouflet, La Lévitation. Approche historique et critique d'un phénomène extraordinaire, Paris, Éditions Le Jardin des Livres, 2006, p. 196.

    7
  8. Sainte Thérèse d'Avila, Le Livre de la Vie, ch. XX : « De la différence qu'il y a entre l'oraison d'union et celle de ravissement, et des merveilleux effets que produit cette dernière ». Texte consulté dans : Œuvres de sainte Thérèse d'Avila, PDF local, édition française ancienne. Original espagnol : Libro de la Vida, rédigé vers 1562-1565, approuvé et confié à Jean d'Avila pour examen, conservé à l'Escorial depuis 1577.

    9 18 19 20 21 76
  9. Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, IIa-IIae, q. 175 (De raptu), art. 1-6. Texte intégral en anglais sur New Advent : newadvent.org/summa/3175.htm. Thomas définit le raptus comme une élévation par une puissance supérieure de ce qui est conforme à la nature vers ce qui est au-dessus d'elle (art. 1), et traite de la question du corps de Paul au troisième ciel (art. 4-5, citant 2 Co 12, 3).

    10 12
  10. Bible de Jérusalem, deuxième épître aux Corinthiens, ch. 12, versets 2-3 : Paul rapporte un raptus mystique à la troisième personne, sans trancher la question du corps. Thomas d'Aquin commente longuement ce passage dans la Summa IIa-IIae, q. 175, art. 4-5, et y voit la limite épistémologique de toute extase humaine. Texte original grec : ἐν σώματι οὐκ οἶδα, εἴτε ἐκτὸς τοῦ σώματος οὐκ οἶδα, ὁ Θεὸς οἶδεν.

    11
  11. Saint Jean de la Croix, La Montée du Carmel, livre III, ch. II. Texte consulté sur Jesusmarie.com. Jean de la Croix distingue les « œuvres corporelles et extérieures » des grâces proprement spirituelles, et enseigne que l'âme avancée doit les regarder comme secondaires. Œuvres complètes rédigées entre 1578 et 1591.

    13 14
  12. Bob Rickard, « The Levitations of St Joseph of Copertino: Explained? », Journal for the Study of Religious Experience, vol. 9, n° 1, 2023, p. 39-72 : discussion critique du dossier, notamment des dépositions de l'abbé Rosmi et des travaux de Parisciani sur les archives vaticanes. Source : rerc-journal.tsd.ac.uk.

    17
  13. Public Domain Review, « The Reluctant Levitator: Teresa of Avila's Humble Raptures » : analyse de la figure de Thérèse en tant que lévitante malgré elle, avec références au ch. XX du Libro de la Vida. Source : publicdomainreview.org.

    22
  14. Sainte Thérèse d'Avila, Vie écrite par elle-même, ch. XX, dans Œuvres complètes, Paris, Seuil, 1985, p. 195-196 et 203 ; citée par Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, éd. augmentée, 2002-2015, p. 50.

    23
  15. Anne de l'Incarnation, déposition au procès ordinaire de Ségovie, reproduite par Miguel Mir y Noguera, Santa Teresa de Jesús, t. I, 1912, p. 191 ; citée par Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, éd. augmentée, 2002-2015, p. 51.

    24
  16. Sœur Saint-Vincent-de-Paul, déposition au procès informatif, session 87-56, reproduite dans Jules Saubat, André-Hubert Fournet, fondateur de l'Institut des Filles de la Croix, Tarbes, Imprimerie Lesbordes, 1925, t. II, p. 386-387 ; citée par Joachim Bouflet, La Lévitation. Approche historique et critique d'un phénomène extraordinaire, Paris, Éditions Le Jardin des Livres, 2006, p. 157-158.

    25
  17. Joachim Bouflet, La Lévitation. Approche historique et critique d'un phénomène extraordinaire, Paris, Éditions Le Jardin des Livres, 2006, p. 157-160 : hiérarchie des sources entre procès informatif et procès apostolique, sessions et témoins distincts pour la cause de saint André-Hubert Fournet.

    26
  18. Dr Manuel Maciel Leite e Araujo, témoignage reproduit dans Porfirio G. Moreira, Santinha de Arrifana — Ana de Jesus Maria José Magalhaës, Edição da Paróquia de Arrifana, 1975, p. 265 ; cité par Joachim Bouflet, La Lévitation. Approche historique et critique d'un phénomène extraordinaire, Paris, Éditions Le Jardin des Livres, 2006, p. 169.

    27
  19. Dr João Grainha, déclaration reproduite dans Porfirio G. Moreira, Santinha de Arrifana, 1975, p. 269 ; citée par Joachim Bouflet, La Lévitation. Approche historique et critique d'un phénomène extraordinaire, Paris, Éditions Le Jardin des Livres, 2006, p. 169.

    28
  20. Déclarations du P. José Domingues Arede et d'Ana Gomes, reproduites dans Porfirio G. Moreira, Santinha de Arrifana, 1975, p. 276-277 ; citées par Joachim Bouflet, La Lévitation. Approche historique et critique d'un phénomène extraordinaire, Paris, Éditions Le Jardin des Livres, 2006, p. 171.

    29
  21. Théodule Rey-Mermet, Le saint du Siècle des Lumières, Alfonso de Liguori, Paris, Nouvelle Cité, 1987, p. 377, cité par Joachim Bouflet, La Lévitation. Approche historique et critique d'un phénomène extraordinaire, Paris, Éditions Le Jardin des Livres, 2006, p. 180 : lévitation de Foggia en 1746, environ 80 centimètres au-dessus de la chaire.

    30
  22. Jean-Baptiste Taillefer de Bénéjacq, déposition au procès informatif ordinaire, reproduite dans P. Denis Buzy, Le saint de Bétharram, le bon Père Garicoïts, Paris, Éditions Saint-Paul, 1947, p. 184 ; citée par Joachim Bouflet, La Lévitation. Approche historique et critique d'un phénomène extraordinaire, Paris, Éditions Le Jardin des Livres, 2006, p. 185.

    34 35
  23. Chiara Maria Cuccuru, déposition au procès informatif ordinaire, f° 49 v°, reproduite dans Francesco Nerone, Testimonianze e documentazioni sulla Serva di Dio Edvige Carboni, Ed. Scopel, 1974, p. 111-112 ; citée par Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, éd. augmentée, 2002-2015, p. 12.

    36
  24. Témoignages de Mariangela Oggianu et Elena Sanna, documents extraprocessuels, f° 598, dans Francesco Nerone, Testimonianze e documentazioni sulla Serva di Dio Edvige Carboni, Ed. Scopel, 1974, p. 112 ; cités par Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, éd. augmentée, 2002-2015, p. 12-13.

    37
  25. Témoignage rapporté par Domenica Grassiano, Un carisma nella scia di Don Bosco: suor Eusebia Palomino, Institut des Filles de Marie Auxiliatrice, 1977, p. 134 ; cité par Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, éd. augmentée, 2002-2015, p. 13.

    38
  26. Bienheureux Luigi Orione, témoignage reproduit dans Domenico Sparpaglione, Frate Ave Maria, eremito cieco di S. Alberto di Butrio, Edizioni Don Orione, 1983, p. 76 ; cité par Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, éd. augmentée, 2002-2015, p. 14.

    39
  27. Témoignage reproduit dans Francisco Fornés, Vida popular de la Sierva de Dios Sor Ana Francisca de los Dolores de Maria Cirer y Carbonell, 1943, p. 280 ; cité par Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, éd. augmentée, 2002-2015, p. 24.

    40
  28. Magdalena Mir Serra, déposition au procès informatif ordinaire, reproduite dans Francisco Fornés, Vida popular de la Sierva de Dios Sor Ana Francisca de los Dolores de Maria Cirer y Carbonell, 1943, p. 278 ; citée par Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, éd. augmentée, 2002-2015, p. 24.

    41
  29. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, éd. augmentée, 2002-2015, p. 339, légende du cahier photographique.

    42
  30. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, éd. augmentée, 2002-2015, p. 27-28.

    43
  31. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, éd. augmentée, 2002-2015, p. 337, légende du cahier photographique.

    44
  32. Récit recueilli de l'abbesse Benedikta Spiegel le 29 septembre 1934, dans Ennemond Boniface, Thérèse Neumann, la crucifiée devant l'histoire et la science, Lethielleux, 1979, p. 261 ; cité par Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, éd. augmentée, 2002-2015, p. 28. Second épisode du 15 août 1938 à Tirschenreuth : témoin M. Dost, interrogé par Johann Steiner le 24 septembre 1950, dans Johann Steiner, Theres Neumann von Konnersreuth, 8e éd., 1976, p. 283-284 ; Bouflet, p. 29.

    45 46
  33. Récit reproduit d'après Tomaso Tatangelo, Anima espiatrice — Profilo biografico della Serva di Dio Maria Concetta Pantusa, Typographie de l'abbaye de Casamari, 1978, p. 44 ; cité par Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, éd. augmentée, 2002-2015, p. 29-30.

    47
  34. Dépositions des sœurs Giovanna Masa et Clementina Caproni à l'enquête diocésaine, dans Mgr Giovanni Libera, La stimmatizzata di Mese, Ed. Emo Cavallieri, 1944, p. 155-156 ; citées par Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, éd. augmentée, 2002-2015, p. 31.

    48
  35. Témoignage reproduit dans Quello che fa l'amore — Suor Maria Giuseppina di Gesù Crocifisso, Postulation générale O.C.D., 1976, p. 316 ; cité par Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, éd. augmentée, 2002-2015, p. 47. Épisode du 28 juillet 1943.

    49
  36. Joseph von Görres, La Mystique divine, naturelle et diabolique, Paris, Gaume frères, 1854 (traduction française de Die christliche Mystik, 5 vol., 1836-1842). Von Görres recense 72 saints catholiques associés à des phénomènes de lévitation dans les sources hagiographiques de l'Église latine.

    50
  37. Olivier Leroy, La Lévitation. Contribution historique et critique à l'étude du merveilleux, Paris, Valois, 1928, p. 7-12 : panorama statistique sur l'ensemble des saints canonisés, 60 cas dans les dix premiers mois des Acta Sanctorum, estimation à au moins 200 cas mentionnés dans des sources dignes d'intérêt. Repris et discuté par Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, Éditions Le Jardin des Livres, éd. augmentée, 2002-2015, p. 15.

    51 64
  38. Don Juan Alvarez Seco, témoignage reproduit dans Ramon Pérez, Les apparitions de Garabandal, l'ultime avertissement ?, Montsûrs, Résiac, 1996, p. 412 ; cité par Joachim Bouflet, La Lévitation. Approche historique et critique d'un phénomène extraordinaire, Paris, Éditions Le Jardin des Livres, 2006, p. 193.

    54 56
  39. Relation collective reproduite dans José Ramón García de la Riva, Les mémoires d'un curé de campagne espagnol, Centre Information Garabandal, 1970, p. 101 ; citée par Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, éd. augmentée, 2002-2015, p. 33.

    55
  40. Ferdinand de Rye, archevêque de Besançon, Procès-verbal officiel du miracle de Faverney, 10 juillet 1608 : publication immédiate après les dépositions de témoins. Faverney est situé dans l'actuelle Haute-Saône (ancienne Franche-Comté). La reconnaissance de Rome intervient sous Pie IX le 16 mai 1864. Synthèse dans l'article Faverney 1608 d'Ignispedia.

    58
  41. Voir l'article Ignispedia Lourdes (1999) pour une analyse du cas vidéo et des explications techniques proposées.

    59
  42. Herbert Thurston, cité par Joachim Bouflet, La Lévitation. Approche historique et critique d'un phénomène extraordinaire, Paris, Éditions Le Jardin des Livres, 2006, p. 153, et Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, éd. augmentée, 2002-2015, p. 11.

    60
  43. Herbert Thurston, cité par Joachim Bouflet, La Lévitation. Approche historique et critique d'un phénomène extraordinaire, Paris, Éditions Le Jardin des Livres, 2006, p. 153-154 : cas de Maria de la Visitación, dominicaine portugaise, aveux contradictoires de 1588.

    65
  44. Joachim Bouflet, La Lévitation. Approche historique et critique d'un phénomène extraordinaire, Paris, Éditions Le Jardin des Livres, 2006, p. 174-176.

    66
  45. Joachim Bouflet, La Lévitation. Approche historique et critique d'un phénomène extraordinaire, Paris, Éditions Le Jardin des Livres, 2006, p. 176, renvoyant à Ennemond Boniface, Padre Pio le crucifié, Paris, Nouvelles Éditions Latines, 1971, p. 246-286.

    67
  46. Umberto M. Pasquale, Sotto il ciel di Balazar — Profilo biografico della Serva di Dio Alexandrina Maria da Costa, Rome, Casa Generalizia Salesiana, Postulazione, 1979, p. 37 ; cité par Joachim Bouflet, La Lévitation. Approche historique et critique d'un phénomène extraordinaire, Paris, Éditions Le Jardin des Livres, 2006, p. 190.

    68
  47. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, éd. augmentée, 2002-2015, p. 59-61 : réfutation argumentée des quatre généralisations d'Olivier Leroy (hauteur, progressivité, durée, conservation de la posture) et de l'incompatibilité supposée entre stigmates et lévitation.

    69
  48. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, éd. augmentée, 2002-2015, p. 62-65 : grille de notation de 0 à 5 pour soixante-et-un cas des XIXe-XXe siècles.

    70
  49. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, éd. augmentée, 2002-2015, p. 261-262.

    71
  50. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, éd. augmentée, 2002-2015, p. 452, conclusion générale du chapitre sur l'incorruption du corps, formule transposable à l'ensemble des phénomènes extraordinaires étudiés par l'auteur.

    72
  51. Catéchisme de l'Église catholique, § 799 : « Qu'elles soient extraordinaires ou simples et humbles, les grâces charismatiques sont des dons du Saint-Esprit qui, directement ou indirectement, profitent à l'Église, en vue de son édification, du bien des hommes et des besoins du monde. » Texte intégral sur Vatican.va : vatican.va/archive/FRA0013.

    73
  52. Catéchisme de l'Église catholique, § 2014 : « Dieu appelle tous les hommes à cette union intime avec lui, bien que les grâces spéciales ou les signes extraordinaires de cette vie mystique ne soient accordés qu'à quelques-uns pour manifester le don gratuit donné à tous. »

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  53. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, éd. augmentée, 2002-2015, p. 339, légende du cahier photographique.

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