Les stigmatisés

Depuis François d’Assise, les stigmatisés portent les marques ou les douleurs de la Passion : histoire, enquêtes médicales, cas méconnus et discernement de l’Église.

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Les stigmatisés sont des hommes et des femmes qui portent, visiblement ou douloureusement, des marques associées à la Passion du Christ : plaies des mains, des pieds, du côté droit, blessures de la flagellation, traces de la couronne d'épines, plaie de l'épaule causée par le portement de la croix. Le phénomène apparaît dans l'histoire chrétienne au début du XIIIᵉ siècle avec saint François d'Assise à La Verna (14 septembre 1224)[1], et il continue jusqu'à aujourd'hui : en 2024, près de cinquante causes de canonisation de stigmatisés morts au XXᵉ siècle étaient ouvertes auprès du Dicastère pour les Causes des Saints[2].

Le mot vient du grec στίγμα (stigma), qui désigne d'abord la marque imprimée au fer sur la peau d'un esclave ou d'un soldat. Saint Paul l'emploie pour signifier qu'il porte « les marques de Jésus » dans son corps[3]. La tradition catholique ne réduit donc jamais les stigmates à un phénomène biologique : ils sont, quand ils sont authentiques, le sceau d'une vie configurée au Christ crucifié — participation, compassion, expiation, fécondité cachée.

Le dossier est tendu entre deux excès symétriques. D'un côté, la crédulité : voir un saint dans toute personne qui saigne le vendredi. De l'autre, un scepticisme automatique qui appelle hystérie, autosuggestion ou fraude pieuse ce qu'il n'a pas examiné. L'Église catholique tient les deux bouts : elle a canonisé plusieurs stigmatisés majeurs (François d'Assise, Catherine de Sienne, Gemma Galgani, Padre Pio, Anna Schaffer, Mariam Thresia Chiramel), elle a aussi rencontré des fraudes et des phénomènes pathologiques, deux situations qu'il faut distinguer, et elle a toujours posé que le phénomène n'est jamais la mesure de la sainteté. Le jugement porte sur la sainteté de la vie ; les marques corporelles ne suffisent jamais à établir celle-ci.

Le présent article propose une vue d'ensemble du dossier. Il présente la phénoménologie générale, l'apparition historique, les figures majeures (en renvoyant vers des articles dédiés pour Padre Pio, Louise Lateau, Thérèse Neumann et Marie-Julie Jahenny), une galerie de cas méconnus mais sérieusement documentés, l'examen détaillé de l'objection majeure — l'hypothèse de l'hystérie et de l'autosuggestion —, le risque de fraude, la question anatomique des paumes ou des poignets (traitée à fond dans l'article Jésus a-t-il été cloué dans les paumes ou dans les poignets ?), et enfin le sens théologique de ces marques quand l'Église les juge crédibles.

La phénoménologie : ce que sont vraiment les stigmates

Les marques classiques de la Passion

Giotto, Saint François recevant les stigmates (vers 1295–1300), musée du Louvre. Wikimedia Commons, domaine public.

Les stigmates complets reproduisent les cinq blessures principales du Crucifié : deux aux mains, deux aux pieds, une au côté droit (la plaie de la lance, Jn 19, 34, sans précision du côté dans le verset). Beaucoup de stigmatisés portent en plus les marques de la couronne d'épines (sang qui sourd du front), les zébrures de la flagellation (le dos, parfois le buste entier), et plus rarement la sixième plaie : la lésion de l'épaule qui correspond, dans la mystique catholique, au portement de la croix[4]. Certains cas montrent seulement la plaie du côté, comme Louise Lateau dans les premières semaines de sa stigmatisation à partir d'avril 1868[5].

La forme des marques varie : dépressions, plaies, traces circulaires ou allongées ne doivent pas être confondues. Pour François d'Assise, Thomas de Celano décrit des excroissances de chair évoquant des clous ; les témoins d'Anna Schäffer rapportent de petites dépressions dans les paumes[6][7]. La comparaison avec la crucifixion historique du Christ — paumes ou poignets — doit tenir compte de cette diversité, examinée plus bas.

Des marques durables ou périodiques

Les stigmates se présentent sous deux régimes différents. Les uns sont durables : les marques persistent pendant plusieurs années, avec des rythmes de saignement et un aspect cutané qui varient selon les personnes. La permanence des marques ne signifie pas que chaque plaie demeure béante et saignante à tout instant. C'est le cas de Padre Pio (cinquante ans, du 20 septembre 1918 à sa mort le 23 septembre 1968)[8], de Thérèse Neumann (première plaie le 5 mars 1926, puis apparition progressive des marques jusqu’en 1929 ; mort en 1962)[9] et de Roque Jacinto Solaque, le jeune religieux colombien dont les plaies resteront ouvertes pendant les dix-sept derniers mois de sa vie sans cicatrisation ni infection, malgré un climat tropical[10].

Les autres sont périodiques : les marques apparaissent et saignent à des moments précis — le plus souvent le vendredi, parfois aux heures liturgiques de la Passion (15h, heure traditionnelle de la mort du Christ), parfois pendant la seule Semaine sainte. C'est le régime classique de Louise Lateau (apparaissant chaque vendredi à partir du 24 avril 1868[11]), de mère Yvonne-Aimée de Malestroit (Laurentin et Mahéo évaluent à cent ou deux cents heures leur durée cumulée[12]), ou d'Anna Schaffer (qui reçoit ses stigmates le 4 octobre 1910, fête de saint François, et qui obtient à sa prière le retrait des marques visibles en 1918 — la douleur, elle, demeure jusqu'à sa mort en 1925)[13].

Les stigmates invisibles : une douleur sans marque extérieure

Les récits spirituels appellent stigmates invisibles les douleurs de la Passion éprouvées sans lésion apparente. La distinction est décisive : une expérience intérieure se documente par le témoignage de la personne ; une plaie visible permet en plus une observation extérieure. Sainte Faustine décrit précisément le premier cas, le Vendredi saint 26 mars 1937 :

« Dès le matin, j'ai ressenti la Passion en mon corps : les cinq Plaies du Christ. [...] Quoiqu'extérieurement il n'y ait aucune trace, ces souffrances sont pourtant douloureuses. » — Sainte Faustine Kowalska, Petit Journal, § 1054[14]

Cette distinction éclaire les cas de Catherine de Sienne et d'Anna Schäffer : la disparition des marques ne signifie pas nécessairement la fin des douleurs.

Une phénoménologie élargie : ce qui accompagne souvent les stigmates

Les stigmates au sens strict s'accompagnent fréquemment d'une série de phénomènes connexes que les rapports médicaux et les enquêtes diocésaines ont documentés. Les principaux sont les suivants.

La sueur de sang (haematidrose) reproduit l'épisode du jardin des Oliviers (Lc 22, 44) : du sang sourd à la surface de la peau sans plaie ouverte. Le phénomène est exceptionnellement rare mais décrit dans la littérature médicale[15]. Il se distingue des larmes de sang, observées aux yeux, et du saignement d'une plaie.

Les larmes de sang apparaissent dans plusieurs dossiers du XXᵉ siècle. Chez Thérèse Neumann, le Dr Witry décrit deux ruisselets de sang au bord des conjonctives inférieures[16]. Le professeur Gottfried Ewald, qui reste opposé à l'explication surnaturelle, reconnaît lui aussi la réalité des saignements dans son rapport de 1927 :

« Le commencement spontané des saignements a été observé par plusieurs médecins de façon irrécusable, même avec une loupe. La quantité de sang pourrait difficilement provenir d'une intervention artificielle. » — Pr Ewald, Münchener Medizinische Wochenschrift, n° 46, 1927[17]

Les hémographies désignent un phénomène où le sang qui s'écoule des plaies trace sur les linges de pansement des inscriptions sacrées, des dessins (cœurs, croix, IHS) ou même des textes lisibles. Joachim Bouflet en donne la définition technique :

« Hémographie (littéralement "écriture de sang") : phénomène selon lequel le sang s'écoulant de blessures — le plus souvent des stigmates — trace sur les linges des lettres composant des inscriptions sacrées ou dessine des dessins emblématiques : cœurs, croix, poisson, etc. » — Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 189, n. 1[18]

Le cas le plus documenté est celui de Natuzza Evolo (1924-2009), mère de famille calabraise dont les linges portent des inscriptions en italien, en grec, en latin, en araméen et en français — cinq langues énumérées par Bouflet, qui souligne son absence d'instruction scolaire[19].

L'écoulement à contre-pesanteur est l'un des phénomènes les plus déroutants. Chez Marie-Domenica Lazzari, mystique tyrolienne († 1848), comme chez la servante de Dieu sri-lankaise Helena Charithaya († 1931), des médecins ont observé que le sang remonte des pieds vers le haut des jambes, et des mains vers les coudes, contrairement aux lois de la pesanteur[20]. Bouflet rapporte ces observations historiques ; elles concernent la direction de l'écoulement dans les positions décrites par les témoins.

Enfin, plusieurs cas attestent d'un parfum suave que dégagent les plaies, les linges tachés de sang ou le corps après la mort, sans substance odorante identifiée dans les témoignages cités. Chez le jeune Roque Solaque, tant les deux médecins qui examinent ses plaies que la personne chargée de sa lessive attestent un parfum tenace de rose que rien n'explique[21]. Pour Padre Pio, des centaines de fidèles ont attesté avoir senti ce parfum avant ou après leur confession, parfois à des kilomètres du couvent. Sans plus en faire ni un dogme ni une preuve, l'Église a noté ces convergences dans plusieurs procès canoniques.

Une croix frontale est décrite chez Filomena Carnevale, mystique italienne morte en 1959 : Bouflet rapporte une marque cutanée ayant saigné le vendredi durant les quatre dernières années de sa vie. Il cite ensuite Anna Maria Turi : « On aurait vu la croix gravée dans l'os frontal. » Turi déclare avoir reçu du docteur Lorenzo Di Cio un compte rendu de l'autopsie et mentionne une photographie. Ni le cliché ni le rapport ne sont reproduits dans ce passage : la particularité osseuse reste une allégation rapportée au conditionnel.[22]

L'absence d'infection rapportée dans plusieurs dossiers

Laurentin et Mahéo relèvent l'absence de surinfection dans le dossier Yvonne-Aimée ; Bouflet rapporte la même observation pour les plaies durablement ouvertes de Roque Solaque[23][24]. Ce constat doit être examiné avec les conditions de surveillance et les soins reçus. Une plaie ouverte présente un risque infectieux, mais l'infection puis la septicémie ne constituent pas une évolution automatique en quelques jours[25]. Ce point est l'un des indices que les enquêtes diocésaines retiennent comme indicateur d'un phénomène extraordinaire — sans le présenter comme une preuve formelle : la reconnaissance d'un phénomène physique et le jugement sur la sainteté étant deux démarches distinctes.

Un phénomène tardif : pourquoi rien avant le XIIIᵉ siècle ?

Aucun cas attesté avant saint François

François d'Assise est le premier cas de stigmatisation chrétienne largement documenté par des témoins proches et par des biographies anciennes. Dans sa synthèse de 1912, Augustin Poulain ne retient aucun cas antérieur au XIIIᵉ siècle[26]. Le mot employé par saint Paul en Galates 6, 17 ne décrit pas, à lui seul, cinq plaies reproduisant celles du Crucifié.

Ce repère historique ne permet pas de déduire la cause des stigmates. Il situe l'apparition d'un phénomène documenté dans le développement de la dévotion à l'humanité souffrante du Christ ; son origine doit ensuite être examinée à partir des faits propres à chaque personne.

Aimé Michel rapproche ce dossier d'une tradition antique concernant Épiménide de Cnossos : d'après Suidas, sa peau aurait été trouvée marquée de signes après sa mort. Michel relève une parenté lexicale avec le mot « stigmate », tout en précisant que l'on ignore ce que ces signes représentaient. Ce récit ne décrit donc pas des plaies reproduisant celles du Crucifié et n'établit pas un précédent à la stigmatisation chrétienne.[27]

Saint François à La Verna (14 septembre 1224)

El Greco, Saint François recevant les stigmates. Reproduction Google Art Project. Wikimedia Commons, domaine public.

C'est sur le mont de La Verna, en Toscane, deux ans avant sa mort, que saint François d'Assise reçoit les stigmates le 14 septembre 1224, fête de l'Exaltation de la Croix. La scène est rapportée à la fois par Thomas de Celano (premier biographe officiel, Vita prima, 1228) et par saint Bonaventure (Legenda major, 1263). Thomas de Celano décrit ainsi les plaies sur le corps de François :

« Ses mains et ses pieds semblaient percés au milieu par des clous : les têtes des clous apparaissaient à l'intérieur des mains et à la face supérieure des pieds, et leurs pointes à l'extérieur. Ces marques étaient rondes à l'intérieur des mains, et allongées à la face extérieure ; et certains petits morceaux de chair étaient saillants, comme la pointe des clous repliée et recourbée en arrière. De même son flanc droit, comme s'il avait été percé d'une lance, portait une cicatrice rougeâtre, dont il sortait souvent du sang, en sorte que sa tunique et ses culottes étaient maintes fois imbibées de ce sang. » — Thomas de Celano, Vita prima sancti Francisci, II, ix, n° 95, 1228[28]

Le détail est important : Celano ne dit pas seulement « des plaies », il décrit des excroissances calleuses en forme de têtes et de pointes de clous repliées. Cette description anatomique précise distingue son témoignage d'une simple mention de blessures. Le pape François a célébré le 800ᵉ anniversaire de cet événement par un discours aux Frères mineurs de la province toscane et de La Verna, le 5 avril 2024 :

« Ils sont aussi un signe de la victoire pascale. » — Pape François, discours aux Frères mineurs de La Verna, 5 avril 2024[29]

Le discours associe ainsi la Passion à la Résurrection. Les plaies rappellent la souffrance endurée par amour et deviennent une image de la miséricorde qui rejoint les hommes.

Un contexte précis : la dévotion médiévale à la Passion

L'apparition tardive des stigmates n'est pas un hasard historique : elle correspond à un tournant spirituel du XIIᵉ-XIIIᵉ siècle qu'on appelle la dévotion à la Passion. Avant cette période, l'art chrétien représente massivement le Christus Triumphans, le Christ victorieux et royal sur la croix, vêtu et impassible. À partir de saint Bernard de Clairvaux († 1153), des chartreux, des cisterciens et surtout des franciscains, c'est le Christus Patiens qui s'impose : le Christ souffrant, dépouillé, dont chaque plaie est méditée. C'est l'époque où apparaissent le chemin de croix, la dévotion aux cinq plaies, le culte du Précieux Sang, les représentations gothiques du Crucifié décharné. Les stigmates émergent dans ce climat — non comme l'effet mécanique d'une méditation intense (sinon ils seraient apparus en Orient byzantin tout autant), mais comme une grâce par laquelle le Christ configure certaines âmes à sa Passion.

Combien de stigmatisés dans l'histoire ?

Le décompte d'Imbert-Gourbeyre (1894)

La synthèse statistique de référence date de la fin du XIXᵉ siècle. Le Dr Antoine Imbert-Gourbeyre (1818-1912), professeur à la faculté de médecine de Clermont-Ferrand, publie en 1894 un ouvrage en deux tomes : La Stigmatisation, l'extase divine et les miracles de Lourdes, réponse aux libres-penseurs. Il y dresse, après des décennies de dépouillement d'archives diocésaines et de Bollandistes, une liste de 321 stigmatisés depuis le XIIIᵉ siècle[30][31]. La Catholic Encyclopedia reprend ses chiffres en 1912 :

CritèreImbert-Gourbeyre, 1894
Total des cas recensés321
Femmes280
Hommes41
Saints ou bienheureux62
Stigmatisés au XIXᵉ siècle20
Période couverteXIIIᵉ-XIXᵉ siècles

Le travail a été réédité par Joachim Bouflet en 1996, chez Jérôme Millon (Grenoble), avec un appareil critique et une bibliographie remise à jour[32]. Il s'agit d'un recensement historique de cas retenus par l'auteur, non d'une statistique de l'ensemble de la population catholique.

Tanquerey reprend ce recensement en l'attribuant au « Docteur Imbert », mais appelle « canonisés » les 62 stigmatisés distingués dans sa liste. Il transmet ainsi le même décompte ancien, sans constituer une enquête indépendante.[33]

Six jalons documentés dans les notices ci-dessous. Les paysages sont des évocations. Infographie générée par IA.

La répartition donne 87 % de femmes et 13 % d'hommes. Elle décrit le corpus constitué par Imbert-Gourbeyre : sans connaître les pratiques de signalement et les archives disponibles, elle ne mesure pas une probabilité biologique selon le sexe. François d'Assise, Padre Pio et Roque Solaque illustrent la présence de cas masculins dans des époques et des milieux différents.

Les 62 saints ou bienheureux représentent près d'un cinquième de cette liste. Ce rapprochement ne prouve pas que les stigmates rendent saint : le recensement privilégie précisément des personnes dont la vie religieuse a attiré l'attention. Il faut aussi distinguer ce catalogue ancien d'un relevé contemporain de causes canoniques.

Joachim Bouflet, consultant du Dicastère pour les Causes des Saints, indique en 2024 :

« En 2024, quelque cinquante causes de canonisation de stigmatisés morts au XXᵉ siècle sont en cours, après les canonisations de Gemma Galgani (1878-1903), d'Anna Schaffer (1882-1925), de Mariam Thresia Chiramel Mankidiyan (1873-1926) et de Francesco Forgione (Pio da Pietrelcina, 1887-1968). Elles concernent sept bienheureuses, huit vénérables, vingt-neuf servantes de Dieu et deux serviteurs de Dieu, auxquels s'ajoute une dizaine de cas à l'étude. » — Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 7[34]

Le relevé de Bouflet décrit l'état des causes en 2024. Sa liste finale distingue les personnes déjà canonisées, les causes ouvertes à des stades différents et les cas encore à l'étude : ces catégories ne doivent pas être additionnées comme si elles représentaient toutes des enquêtes nouvelles[35].

Les grandes figures de la stigmatisation

Andrea Vanni, sainte Catherine de Sienne, basilique San Domenico de Sienne (détail). Wikimedia Commons, domaine public.

Présentation rapide des principales figures historiques, avec renvoi vers les articles dédiés pour les cas les plus connus. Cette galerie ne prétend pas à l'exhaustivité — la liste prosopographique complète des stigmatisés du XXᵉ siècle suffit déjà à occuper six pages serrées dans Bouflet 2024[36].

Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

La grande mystique dominicaine reçoit les stigmates à Pise le 1ᵉʳ avril 1375. Raymond de Capoue, son confesseur, rapporte les rayons issus du crucifix et sa prière pour que les marques demeurent invisibles ; Paul VI reprend ce récit lorsqu'il la proclame docteur de l'Église en 1970[37]. La douleur et la configuration au Crucifié sont au cœur de ce témoignage. Domenico Beccafumi représente l'épisode dans un retable de 1514-1515, conservé à la Pinacothèque nationale de Sienne[38]. Catherine avait été canonisée en 1461.

Sainte Lidwine de Schiedam (1380-1433)

Mystique de Schiedam, aux Pays-Bas, Lidwine est durablement atteinte après une chute en patinage en 1395, à quatorze ans. Elle demeure malade jusqu'à sa mort, trente-huit ans plus tard. Huysmans, reprenant ses anciens biographes dans Sainte Lydwine de Schiedam (1901), rapporte des stigmates qu'elle s'efforce de cacher, notamment à la main gauche. Les trente-huit années désignent sa maladie, non une durée attestée de port des stigmates. Léon XIII confirme son culte le 14 mars 1890[39].

La bienheureuse Anne-Catherine Emmerich (1774-1824)

Gabriel von Max, La Vierge extatique Anna Katharina Emmerick (1885), Neue Pinakothek. Représentation posthume ; photo Yelkrokoyade. Wikimedia Commons, domaine public.

Augustine allemande, voyante de la Passion, Anne-Catherine Emmerich reçoit ses stigmates le 29 décembre 1812, un mois après une croix sanglante apparue le 25 novembre sur sa poitrine. L'enquête diocésaine est conduite par le vicaire général Droste, l'enquête civile par le sous-préfet Bönninghausen, du 3 au 29 août 1819. Une commission rassemblant six médecins, un pharmacien, le bourgmestre de Dülmen et une infirmière réputée conclut, après surveillance jour et nuit, à l'absence de toute supercherie[40]. Le poète Clemens Brentano transcrit ses visions de la Passion, qui inspireront en 2004 le film The Passion of the Christ de Mel Gibson. Emmerich a été béatifiée par Jean-Paul II le 3 octobre 2004.

Marie-Domenica Lazzari (1815-1848)

Connue dans son village tyrolien comme l'Addolorata di Capriana, Marie-Domenica reçoit ses stigmates en mai 1835. Son cas est l'un des mieux étudiés du XIXᵉ siècle : le Dr Leonardo Cloch, principal médecin militaire et civil de la région, suit la patiente pendant treize ans ; le Dr Antonio Faes, professeur à l'université de Padoue, vient l'examiner ; trois congrès médicaux se tiennent successivement à Naples (1845), Gênes (1846) et Venise (1847) pour discuter du phénomène[41]. Les médecins notent un détail troublant : le sang coule des pieds vers le haut des jambes, contrairement aux lois de la pesanteur — phénomène que Cloch consigne dans les Annales universelles de médecine en 1837 sans pouvoir l'expliquer.

Louise Lateau (1850-1883)

Mystique belge de Bois-d'Haine, Louise Lateau présente des stigmates à partir du 24 avril 1868. Le Dr Évariste Warlomont, rapporteur d'une commission de l'Académie royale de médecine de Belgique, conduit les 21 et 22 janvier 1875 l'expérience du globe de cristal scellé : la main droite saigne dans l'appareil, dont les sceaux restent intacts. La commission retient la réalité des stigmates, tout en les attribuant à une « névropathie stigmatique »[42]. Le cas complet est traité dans l'article dédié Les stigmates de Louise Lateau.

Marie-Julie Jahenny (1850-1941)

Paysanne bretonne de La Fraudais (Loire-Inférieure), Marie-Julie Jahenny reçoit ses stigmates en mars 1873. Son cas est marqué par une phénoménologie particulièrement riche : stigmates des cinq plaies, couronne d'épines, marques de flagellation, inédie prolongée, croix de Vendée apparue sur sa poitrine en relief, prophéties (les fameuses prophéties de La Fraudais) annonçant des persécutions et un retour à la foi. Le cas a fait l'objet d'une longue enquête diocésaine sous Mgr Fournier (évêque de Nantes 1870-1877), puis Mgr Le Coq (1877-1893). Voir l'article dédié Marie-Julie Jahenny.

Sainte Gemma Galgani (1878-1903)

Jeune laïque italienne de Lucques, morte de tuberculose à vingt-cinq ans, Gemma Galgani reçoit ses stigmates en juin 1899, le 8 du mois selon le Dicastère pour les Causes des Saints. Sa notice décrit une récurrence du jeudi soir au vendredi à 15 heures, puis, pendant une période, presque quotidienne[43]. Elle écrit un Journal et une Autobiographie d'une qualité spirituelle rare. Béatifiée en 1933, canonisée en 1940 par Pie XII — première stigmatisée canonisée du XXᵉ siècle.

Saint Padre Pio (1887-1968)

Portrait de Padre Pio en habit capucin. Wikimedia Commons, domaine public.

Capucin de San Giovanni Rotondo (Pouilles), Francesco Forgione (Padre Pio) reçoit les stigmates de manière permanente le 20 septembre 1918 — il les portera cinquante ans jusqu'à sa mort le 23 septembre 1968. Examiné par de nombreux médecins (Dr Romanelli en 1919, Dr Bignami en 1919, Dr Festa en 1925), il sera initialement diagnostiqué comme hystérique ou simulateur par le franciscain médecin-psychologue Père Agostino Gemelli dans une note transmise au Saint-Office en avril 1920 — sans que Gemelli ait jamais examiné les plaies. Réhabilité progressivement à partir des années 1950, Padre Pio est béatifié le 2 mai 1999 et canonisé le 16 juin 2002 par saint Jean-Paul II[44]. Voir l'article dédié Les stigmates de Padre Pio.

Mère Yvonne-Aimée de Malestroit (1901-1951)

Religieuse augustine, supérieure du monastère de Malestroit (Bretagne), Yvonne Beauvais en religion Mère Yvonne-Aimée de Jésus reçoit ses premières douleurs stigmatiques le vendredi 22 février 1924 à Paris, et ses stigmates visibles à partir de cette date. Deux témoignages contemporains et indépendants attestent ce premier épisode : Yvonne elle-même écrit dès le lendemain, « Hier, j'ai souffert le martyre dans tout mon corps, de 2 h 1/4 à 3 h. [...] il me semblait qu'on les transperçait. [...] Quand 3 h sonnèrent, mon cœur, paraît-il, se mit à battre très fort »[45] ; le même soir, sa consœur Jeanne Boiszenou consigne dans son journal : « Son état de souffrance paraissait très grand, ses bras et surtout ses mains [...] avaient le froid et la rigidité de la mort. [...] le cœur battait avec violence, à ce point qu'il faisait visiblement remuer les vêtements et le châle dont Aimée était couverte. »[46] Elle s'efforce ensuite de cacher ses stigmates pendant toute sa vie religieuse : la plaie du côté est en général dissimulée sous une bande, et les saignements visibles ne sont observés que par un cercle restreint de confidentes et de directeurs spirituels[47].

Les témoins et les épisodes documentés

René Laurentin et le Dr Patrick Mahéo ont consacré à ce dossier une enquête médico-théologique complète, publiée en 1988 avec l'autorisation de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Ils recensent 90 témoins ayant attesté des épisodes stigmatiques, pour 167 épisodes documentés entre 1924 et 1951 — un chiffre que les auteurs distinguent soigneusement d'une extrapolation : si Yvonne-Aimée a bien reçu les stigmates presque chaque vendredi pendant vingt-sept ans, le total réel dépasserait le millier, mais seuls les 167 épisodes sont attestés par une pièce documentaire précise[48]. Ils dressent aussi une topographie chiffrée des marques. Les lignes suivantes dénombrent des localisations observées, éventuellement concomitantes : leur somme ne constitue pas un total d'épisodes distincts[49].

LocalisationOccurrences attestéesÉpisode de la Passion correspondant
Mains57Crucifixion
Front38Couronnement d'épines
Cœur33Transfixion
Pieds18Crucifixion
Yeux17Agonie (larmes de sang)
Épaule1Portement de croix
Laurentin et Mahéo, 1988, p. 115–117 : données documentées et extrapolation. Les documents dessinés ne sont pas des fac-similés. Infographie générée par IA.

Laurentin et Mahéo précisent la limite méthodologique du dossier avec une franchise rare :

« Elle partira donc de l'observation clinique, mais avec des moyens limités, car les témoins (dont deux médecins : le docteur Loth et le docteur Michel de la Chevasnerie) n'ont pas poussé l'observation de manière scientifique. Nous ne connaissons les stigmates d'Yvonne-Aimée que par témoignages oculaires écrits et oraux. » — René Laurentin et Dr Patrick Mahéo, Les stigmates d'Yvonne-Aimée de Malestroit dans le sillage de François d'Assise, O.E.I.L., 1988, p. 115-116[50]

Le dossier Yvonne-Aimée est donc massif au plan testimonial, mais il ne repose sur aucun contrôle matériel des plaies comparable au globe scellé de Warlomont — la convergence des récits constitue ici la preuve documentaire à examiner, distincte d'une étude clinique instrumentée.

Le Vendredi saint 1927 et les observations cliniques

Un épisode particulièrement documenté est celui du Vendredi saint 8 avril 1927, documenté par trois pièces indépendantes et contemporaines : le journal de Mère Ange Gardien, le carnet de Mère Marie-Anne et une lettre de l'abbé Bruneau à l'évêque auxiliaire de Vannes datée du 9 avril. Mère Marie-Anne y décrit :

« Puis elle a eu comme un dernier spasme, et pendant deux minutes, montre en main, elle est restée sans mouvement, sans pouls, sans battement de cœur. Le temps écoulé, elle est revenue à elle. » — Mère Marie-Anne, citée dans Laurentin et Mahéo, op. cit., p. 69[51]

L'abbé Bruneau, cependant, précise avoir perçu un souffle très faible pendant l'épisode[52] : il faut donc se garder de parler de « mort clinique », faute d'instrumentation médicale, et s'en tenir au fait attesté — absence de pouls et de battements perceptibles pendant deux minutes montre en main. Sur la persistance des marques, les témoins nuancent eux-mêmes une lecture trop mécanique : Mère Marie-Anne rapporte en 1957 que les plaies « guérissaient très vite et ne laissaient qu'une mince cicatrice », tandis que Sœur Marie de la Croix précise en 1969 que les stigmates visibles n'apparaissaient « qu'à la Semaine sainte et encore pas à toutes »[53].

Les hypothèses pathologiques ont été examinées et écartées par des cliniciens nommés. L'automutilation se heurte au fait que « de nombreux témoins, souvent critiques, ont vu se produire, devant eux, au hasard des circonstances, les écoulements de sang [...] indépendamment de toute action d'Yvonne »[54]. À propos des expériences historiques d'hypnose, Laurentin et Mahéo reprennent la distinction d'Imbert-Gourbeyre entre rougeurs ou gouttelettes passagères et plaies avec hémorragies cycliques[55]. Consulté par le Père de Tonquédec sur l'hypothèse d'hystérie, le psychiatre Dr Vinchon répond sans détour : « Elle n'a absolument rien d'une hystérique »[56]. Le neuropsychiatre Dr Henri Daussy, qui fréquente la clinique de Malestroit de 1945 à 1951, atteste par écrit le 6 juin 1972 « l'absence d'hystérie [...], l'absence de simulation, de dolorisme ou d'artifices [...], l'absence de névrose »[57]. Sur le plan clinique, les plaies présentent le même profil que dans les autres grands dossiers : « disparition spontanée des saignements et plaies, pas de surinfection, pas de traitement médical »[58], un profil également discuté par le dermatologue professeur Bolgert devant l'Académie nationale de médecine en 1981[59].

Laurentin et Mahéo concluent avec la prudence méthodologique qui caractérise tout leur ouvrage :

« Les 167 épisodes décrits durant 24 années, par 90 témoins différents, appellent d'autant moins des conclusions pathologiques, que certains témoins avaient un esprit rigoureusement critique, et bardé d'hypothèses réductrices [...] : notamment Mgr Picaud et surtout le Père de Tonquédec, perplexe devant tant de faits, dont il chercha en vain l'explication naturelle. De plus, les témoins ne se contredisent jamais, ils s'accordent sans faille, entre eux et avec ce qu'Yvonne-Aimée ressent. » — Laurentin et Mahéo, op. cit., p. 142-143[60]

Les apports de fleurs et la publication du dossier

Son cas inclut par ailleurs un phénomène rare attesté par plusieurs témoins : des fleurs sortent des stigmates, en particulier de la plaie du cœur. La déposition canonique de Sœur Marie de la Croix, datée de 1956, le rapporte ainsi :

« Notre Mère, allongée dans son lit, avait l'air de souffrir beaucoup [...]. Elle a écarté un peu sa chemise, à l'endroit du cœur : j'ai vu un petit bout de tige qui sortait de la plaie du cœur avec peine. Alors, notre Mère a tiré pour arracher littéralement un gros œillet splendide, rouge sang. Elle l'a tiré et l'a posé sur la table de nuit en disant : "Ah, ça va mieux. Il m'étouffait" [...]. » — Sœur Marie de la Croix, déposition pour le procès informatif d'Yvonne-Aimée de Malestroit, 1956[61]

Les auteurs recensent sept occurrences d'apports de fleurs issus du côté ou de la bouche, dans leur synthèse des phénomènes concomitants[62]. Le procès informatif a été ouvert le 4 mars 1959. L'enquête de Laurentin et Mahéo a elle-même été publiée avec une autorisation romaine précisément documentée : le cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, autorise René Laurentin par lettre du 9 juillet 1986 (protocole 336/55) « à faire paraître, sous [sa] propre responsabilité, les [...] ouvrages concernant la vie et les écrits de cette religieuse »[63] ; le nihil obstat suit le 26 janvier 1988, l'imprimatur le 3 février 1988 par l'évêque de Vannes. Cette autorisation est éditoriale et non doctrinale : elle permet la publication sous la responsabilité de l'auteur, elle ne constitue ni une reconnaissance de la surnaturalité des stigmates ni un jugement sur l'héroïcité des vertus — deux questions que le procès en cours, aujourd'hui au stade de servante de Dieu, devra trancher séparément.

Thérèse Neumann (1898-1962)

Thérèse Neumann, 1927. Photographie conservée par les archives Spaarnestad, auteur non identifié ; la notice signale une larme de sang ajoutée par retouche. Ce portrait ne constitue donc pas une preuve photographique des larmes de sang. Wikimedia Commons, domaine public.

Mystique bavaroise de Konnersreuth, Thérèse Neumann présente une première plaie au côté le 5 mars 1926, puis des marques aux mains et aux pieds le 2 avril 1926 ; les faces internes sont atteintes le 15 avril 1927. Les observations se poursuivent jusqu'à sa mort le 18 septembre 1962[64]. Son dossier comprend le contrôle de juillet 1927, les observations de médecins comme Seidl, Ewald, Witry et Urban, ainsi que celles de l'historien et journaliste Fritz Gerlich. Le contre-examen du professeur Martini en mars 1928 et les réponses qu'il a suscitées sont étudiés dans l'article dédié Les stigmates de Thérèse Neumann.

Vénérable Marthe Robin (1902-1981)

Mystique drômoise, fondatrice des Foyers de Charité, Marthe Robin reçoit ses stigmates en octobre 1930, à vingt-huit ans, après une longue maladie qui l'a laissée paralysée. Elle revit chaque vendredi la Passion du Christ pendant plus de cinquante ans (de 1930 à 1981) ; elle vit la dernière période de sa vie cloîtrée dans une chambre noire, l'œil ne supportant plus la lumière. Décret d'héroïcité des vertus signé par le pape François le 7 novembre 2014 — elle est vénérable. Sa cause se distingue par l'ampleur des attestations médicales et la qualité spirituelle des Foyers de Charité qui poursuivent son œuvre.

Cas méconnus mais bien documentés

Localisation de six dossiers étudiés par Bouflet (2024) ; paysages évocateurs. Infographie générée par IA.

Bouflet remarque dans son enquête de 2024 qu'à côté des cinq ou six figures iconiques — François, Catherine, Padre Pio, Marthe Robin, Thérèse Neumann — la mystique catholique connaît une cinquantaine de cas du seul XXᵉ siècle, avec des dossiers ecclésiaux ouverts et instruits, qui restent quasi inconnus du grand public francophone. La présente section en présente une sélection.

Sainte Anna Schäffer (1882-1925)

Laïque bavaroise, tertiaire franciscaine, Anna Schaffer reçoit ses stigmates le 4 octobre 1910, fête de saint François. Elle a vingt-huit ans. Elle est grabataire depuis le 4 février 1901, après une chute dans de la lessive bouillante qui lui brûle les jambes[65]. Anna Schaffer subit une trentaine d'interventions chirurgicales, dont des greffes échouées et des cautérisations, sans succès. Son médecin traitant est le Dr Wäldin de Mindelstetten, et elle est hospitalisée à la clinique universitaire d'Erlangen.

Anna Schaffer avec sa mère. Photographie ancienne, auteur non identifié. Wikimedia Commons, domaine public.

Deux témoins directs corroborent la permanence de marques par ailleurs discrètes. Rosa Imlauer, parente et gouvernante du curé Rieger, dépose :

« Lorsque j'étais assise près d'elle, Anna me prenait souvent les mains et, les pressant contre ses paumes, elle gémissait : "Rosa, mes mains, mes pieds ! Les douleurs que j'endure aux mains et aux pieds sont bien, bien plus grandes que celles de mes plaies." On ne pouvait cependant rien remarquer de particulier [...] Ses mains étaient brûlantes, littéralement, et elle avait dans les paumes des mains de petites dépressions. » — Rosa Imlauer, témoignage rapporté par Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 23[66]

Le curé Rieger confirme :

« Il y avait au creux des mains une légère dépression bleuâtre. On put voir jusqu'à sa mort ces marques dans ses paumes. » — Curé Rieger, témoignage rapporté par Bouflet, p. 24[67]

Bouflet rapporte un témoignage tardif sur l'accident de 1901 : en 1932, sept ans après la mort d'Anna Schäffer, sa collègue Anna Kreuzer reconnaît l'avoir bousculée. Elle se confie à sa remplaçante Anna Weiß, laquelle, troublée, s'en ouvre à son confesseur, qui lui fait signer une déposition sous serment[68].

Pendant les visions qui l'accompagnent, le Christ lui dit l'avoir choisie comme « victime d'expiation » pour réparer les outrages faits au Saint-Sacrement. Cinq rais de feu jaillissant de l'hostie viennent toucher ses mains, ses pieds et son cœur. Elle reçoit en outre, le mercredi des Cendres 1ᵉʳ mars 1922, une couronne d'épines invisible — annoncée en 1918 par une vision de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus[69]. Procès informatif ouvert le 17 mars 1973, décret d'héroïcité le 11 juillet 1995, béatification le 7 mars 1999 par Jean-Paul II[70], canonisation le 21 octobre 2012 par Benoît XVI.

Servante de Dieu Helena Charithaya (1848-1931)

Une perle quasi inconnue : la mystique sri-lankaise Vithana Appuhamylage Dona Elena Pereradite, dite Charithaya (« la charitable »). Née le 18 octobre 1848 à Gonawila (district de Bolawatta, Ceylan britannique), fille d'un bouddhiste reconverti puis apostat, baptisée le 18 mars 1849. Illettrée jusqu'à son entrée dans le groupe de laïques consacrées en 1868 — ses compagnes lui apprennent à lire ; elle n'apprendra jamais à écrire.

Premières marques au cœur et à la tête à partir du 12 octobre 1870 ; saignements au front et au côté droit à partir du 15 novembre ; stigmates pleinement manifestés à la veille de Noël 1870, à la sacristie ; mains et pieds saignent au Vendredi saint 1871[71]. Chaque vendredi, elle revit la Passion en trois crucifixions successives, à 6h, 12h et 15h, chacune avec une intention propre : sanctification personnelle, sanctification du clergé, conversion des pécheurs et lumière pour les non-chrétiens.

L'examen médical est rigoureux : le Dr Dias, médecin-chef de l'hôpital de Kurunegala, protestant, l'examine en mars 1872 au couvent des sœurs de la Sainte-Famille. Il observe des marques ovales de 1,5 × 1,25 cm aux paumes, plus larges aux pieds, une marque horizontale au côté droit de 5 cm, des saignements d'environ 3 cm³ par stigmate observés en pleine extase. Pendant l'extase, le pouls monte à 100, les globes oculaires sont révulsés, les dents impossibles à desserrer. Un médecin (non Dias) lui plaque sous le nez un linge imbibé d'ammoniaque en pleine extase, le 2 janvier 1872 : aucune réaction immédiate ; elle en restera incommodée deux jours après[72].

L'évêque garant est Mgr Christophe Bonjean, oblat de Marie Immaculée, vicaire apostolique de Jaffna. Il déclare le 12 mai 1872, dans une lettre au père García :

« Il ne m'a pas été possible de déceler chez elle, dans ses actes et son caractère, le plus infime indice de fraude ou d'imposture, et je n'ai par conséquent aucune raison de ne pas la tenir pour une pieuse fidèle sincère et honnête. » — Mgr Christophe Bonjean, lettre au père García, 12 mai 1872[73]

Bouflet rapporte ensuite une inédie totale à partir de novembre 1871, ainsi que des bilocations et des lectures des consciences[74]. Parfum de roses persistant après sa mort le 8 février 1931. Cause introduite par Mgr Valence Mendis, évêque de Chilaw, en juillet 2015 ; rescrit du Nihil obstat le 19 mai 2016. Elle pourrait devenir la première sainte du Sri Lanka.

Servante de Dieu Maria Luisa Zancajo de la Mata (1911-1954)

Le cas espagnol le plus extrême du XXᵉ siècle, en termes de phénoménologie. Née le 4 novembre 1911 à Sinlabajos, fondatrice à Madrid en 1941 des Missionnaires de la Charité et de la Providence. Stigmatisée au carême 1949. Pendant la Semaine sainte, ses extases durent de 7h à 15h. Mains, pieds, plaie du côté « si large et profonde qu'on peut y introduire la main », couronne d'épines couvrant le visage « comme d'un masque ». Le cœur monte à 300 pulsations par minute, et la perte sanguine est estimée à environ un litre par épisode[75].

Sa phénoménologie inclut aussi : attaques diaboliques d'une violence inouïe (le démon surnommé el Calvo, « le Chauve » — griffures, morsures, étranglements), bilocation (le 7 décembre 1950, transportée instantanément de Madrid à Hellín, à 300 km), traversée de murs, feu intérieur qui brûle les vêtements en forme de cœur, hosties qui saignent, statues du Sacré-Cœur qui ouvrent leurs plaies, apports (matérialisations) de billets de train et de médailles, parfum suave permanent. Tout est documenté par le Père Manuel Soria Agudo, son directeur spirituel, avec photographies et films[76]. Décret de validité du procès diocésain le 21 juin 2013. Elle est servante de Dieu.

Servante de Dieu Natuzza Evolo (1924-2009)

Schéma pédagogique des hémographies, non photographie d'un linge. Bouflet, 2024, p. 189 et 192. Infographie générée par IA.

Mère de famille calabraise, mariée à Pasquale Nicolace, cinq enfants, Fortunata « Natuzza » Evolo est connue comme Mamma Natuzza dans son village de Paravati en Calabre. Stigmatisation annuelle pendant la Semaine sainte. Sa phénoménologie inclut un phénomène quasi unique dans l'histoire de la mystique catholique : les hémographies.

Son sang, en s'écoulant des plaies sur les linges de pansement, trace spontanément des inscriptions sacrées et des dessins lisibles en italien, en grec, en latin, en araméen et en français — cinq langues énumérées par Bouflet, qui souligne son absence d'instruction scolaire[77]. Le premier cas attesté date de décembre 1939 (elle a quinze ans), sur la gaze d'un pansement. Le phénomène se répétera des centaines de fois jusqu'à sa mort.

Diagnostiquée comme hystérique par le Père Agostino Gemelli dans sa réponse à Mgr Albera, qui lui avait soumis le cas le 18 février 1940 — avant tout examen direct, exactement comme Gemelli avait fait à propos de Padre Pio en 1920[78]. Gemelli lui-même relativise pourtant son propre diagnostic dans la même lettre :

« À partir de cette affirmation, Votre Excellence retiendra que de mon point de vue la [Natuzza] Evolo n'est qu'une malade hystérique. Ce n'est là qu'une impression, il ne m'est pas possible d'énoncer un jugement définitif sans un examen approfondi du sujet en question. » — Père Agostino Gemelli, lettre à Mgr Albera, citée dans Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 190[79]

L'aveu est décisif : le diagnosticien qualifie lui-même son jugement d'impression, non d'examen. Internée trois mois à l'hôpital psychiatrique de Reggio Calabria sous le Pr Annibale Puca, Natuzza demeure sous la surveillance d'une équipe qui, selon Bouflet, ne découvre aucune supercherie. Puca maintient néanmoins le diagnostic d'hystérie[80]. Le discernement s'affine sur plusieurs décennies : un débat organisé le 19 avril 1985 à l'université pontificale du Latran, à partir d'un reportage filmé sur son cas, conclut à la conformité de son expérience avec la tradition de l'Église et écarte toute interférence spirite dans ses relations rapportées avec les défunts[81]. À partir des années 1980, sous Mgr Cortese puis Mgr Renzo, l'Église calabraise reconnaît la fécondité spirituelle du cas : une association ecclésialement encadrée voit le jour en 1987, suivie d'un foyer pour personnes âgées (1992), d'un refuge pour prêtres malades et jeunes en difficulté, d'un centre pour toxicodépendants et de structures hospitalières. Les obsèques rassemblent 35 000 fidèles, huit évêques et 120 prêtres ; Mgr Renzo y prononce le mot qui résume tout le dossier :

« Les phénomènes extraordinaires, permettez-moi de le dire, quand bien même éclatants et même sensationnels pour nous, restent toujours marginaux. Natuzza n'est pas grande à cause d'eux, si manifestes soient-ils. [...] Natuzza est grande par sa foi, par son amour, par son "oui" sans réserve... » — Mgr Renzo, homélie aux obsèques de Natuzza Evolo, citée dans Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 197[82]

Procès diocésain ouvert le 6 avril 2019.

Amalia Aguirre (†1977)

Bouflet, 2024, p. 95–97 : commission médicale et publication des observations. Scène évocatrice et non photographie. Infographie générée par IA.

Religieuse brésilienne en poste à Campinas (État de São Paulo), sœur Amalia Aguirre présente ses premiers signes stigmatiques le 17 août 1928. L'évêque de Campinas, Dom Francisco de Campos Barreto, choisit une stratégie inhabituelle de transparence : il fait publier, en dix-sept articles non signés parus entre le 13 novembre et le 8 décembre 1928 dans le quotidien diocésain Correio Popular, le compte rendu de l'enquête en cours.

« Le 17 août sont apparus les premiers signes stigmatiques, semblables à ceux qu'ont portés saint François d'Assise et Gemma Galgani : la religieuse présentait des plaies sanglantes aux deux mains, aussi bien au dos qu'aux paumes, aux emplacements exacts où les mains de Jésus furent transpercées par les clous. » — Dom Francisco de Campos Barreto, Correio Popular, cité dans Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 95[83]

L'évêque soumet la religieuse à l'examen d'une commission de trois médecins nommés — les docteurs Benedicto da Cunha Campolas, Clovis Monteiro Peixoto et José Falcao de Miranda, tous membres de la Société de Médecine et de Chirurgie de Campinas. Au terme de trois mois d'observation, les praticiens concluent à sa parfaite santé physique et mentale, à l'absence de toute fraude, et à l'impossibilité médicale d'expliquer les plaies[84].

Le cas fut ensuite critiqué par le psychothérapeute italien Marco Margnelli (1939-2005), qui écrivit qu'après cet acte enthousiaste de l'évêque, le dossier disparaissait purement et simplement des chroniques — insinuant un enterrement discret ordonné depuis Rome[85]. Bouflet répond directement à l'objection en montrant qu'elle est factuellement inexacte : le cas continue d'être documenté en novembre 1929 (guérison obtenue par l'intercession de sœur Amalia) et en mars 1930 (apparitions mariales rattachées au même sanctuaire)[86]. C'est un exemple net de la méthode de Bouflet : citer l'objection dans sa version forte, avec ses références précises, puis la confronter aux faits datés. Amalia Aguirre meurt en 1977 ; Bouflet classe sa cause parmi les cas à l'étude en 2024[87].

Servante de Dieu Wanda Boniszewska (1907-2003)

Pour Wanda Boniszewska, religieuse polonaise des Sœurs des Anges de Vilnius, la notice de sa congrégation situe les douleurs stigmatiques en 1927, puis les premières marques extérieures en 1933. Bouflet décrit pour sa part une apparition en confession avec ouverture de plaies le 7 avril 1934[88][89]. Les plaies ne sont découvertes fortuitement par un prêtre — probablement le père Antoni Ząbek, d'après Bouflet — et une sœur infirmière que le 2 janvier 1935 ; trois personnes seulement en gardent alors le secret, pendant près de dix ans — un délai qui exclut d'emblée toute recherche de publicité. Placée sous observation médicale en 1943-1944, elle reçoit un diagnostic contradictoire : les praticiens jugent les plaies d'origine naturelle, et un psychiatre la déclare de « constitution psychopathique » ; envoyée dans un hospice pour incurables puis à l'hôpital psychiatrique de Chorzów, elle en est renvoyée au bout d'une semaine, les médecins la trouvant parfaitement saine d'esprit[90]. Sa vie bascule ensuite dans une dimension tragique propre au XXᵉ siècle : arrêtée le 11 avril 1950 par les services soviétiques dans la région de Vilnius[91], accusée d'être un agent du Vatican, condamnée à dix ans de camp pour sa correspondance avec des prêtres détenus. Elle passe six années (1950-1956) dans le système concentrationnaire soviétique, où ses stigmates continuent d'apparaître à l'insu des geôliers — ses surveillantes finissent par s'en effrayer[92]. Réhabilitée le 22 août 1956[93], elle connaît ensuite, selon Bouflet, la disparition totale de ses stigmates en 1980 ainsi que la cessation des signes accompagnant ses extases[94]. La notice de sa congrégation situe toutefois l'absence de marques extérieures après son retour de captivité et indique que leur date exacte de disparition reste indéterminée[95]. Wanda mène ensuite une existence discrète jusqu'à sa mort en 2003. Enquête diocésaine ouverte le 9 novembre 2020 par le diocèse de Varsovie, après le nihil obstat romain. Le film polonais Stygmatyczka de Grzegorz Łoszewski (2007), tiré de ses mémoires, fait connaître son cas en Pologne.

Servante de Dieu Maria « Ionela » Cotoi (1927-2018)

Cas roumain extraordinaire et politiquement décisif : Maria Cotoi, en religion Ionela, fondatrice de la Congrégation du Cœur Immaculé de Marie, de rite gréco-catholique. Examinée du 10 mai au 28 juillet 1949 sous le toit de la nonciature apostolique de Bucarest avec l'autorisation personnelle de Pie XII, par le nonce Mgr Gerald O'Hara, trois médecins et une religieuse surveillante (sœur Maria Clara). Le rapport circonstancié, conservé aux archives apostoliques, décrit :

  • sueur de sang à Gethsémani (jeudi soir),
  • traces de flagellation : « la peau était comme déchiquetée par une pince, et son corps était à ce point couvert de meurtrissures que l'on n'aurait pu poser un doigt entre elles »,
  • couronne d'épines,
  • plaies aux mains et aux pieds, de 3 cm de diamètre,
  • plaie du côté de 6 cm,
  • « sixième plaie » à l'épaule gauche, sous la nuque, causée par le portement de la croix — détail iconographique rare, attesté dans la mystique catholique chez quelques cas seulement[96].

Pendant onze semaines, inédie totale et prise de poids (de 50 à 52 kg, sans aliment ni boisson). Persécutée par les communistes : arrêtée le 30 janvier 1951, mise au cul de basse-fosse quinze jours plus tard pour mourir d'inanition, elle survit deux mois sans nourriture ni boisson ; les geôliers terrifiés cessent de la maltraiter[97]. Amnistiée en 1954, réarrêtée en 1959, cinq nouvelles années de prison, libérée en 1964. Bouflet 2024 lui consacre le dernier chapitre du livre.

Servante de Dieu Roque Jacinto Solaque (1968-1996)

Un jeune homme stigmatisé dont Bouflet présente la cause parmi les dossiers du XXᵉ siècle. Colombien, paysan andin de Junín, religieux de la communauté des Fils de la Mère de Dieu sous le nom de Roque (Roch). Les douleurs de la Passion apparaissent dans la nuit du 12 au 13 octobre, vers 2h du matin — « comme une alène incandescente, un stylet à la fine pointe, qui lui traversait les mains et les pieds », selon le témoignage solennel de Mgr Gregorio Garavito Jiménez, évêque de Villavicencio[98]. Bouflet indique une durée de dix-sept mois pour les plaies permanentes avant la mort de Roque, le 25 mars 1996[99]. Les stigmates resteront ouverts en permanence pendant ces dix-sept derniers mois, sans cicatrisation ni infection.

Conduite de l'enquête rapportée par Bouflet, 2024, p. 165–167. La consultation est une évocation. Infographie générée par IA.

La première réaction de la communauté fut la prudence, non l'enthousiasme :

« L'ayant interrogé, ils sont déconcertés par la simplicité et la concision de ses réponses, et le supérieur de la communauté, Jorge Hernando Vega, informe l'évêque pour savoir quelle attitude adopter. Celui-ci [...] préconise une ligne de conduite très claire : prudence, discrétion, prière... et examens médicaux. Ces derniers ne révèlent rien de particulier — Roque est tout ce qu'il y a de plus normal, tant sur le plan psychique que physiquement —, si bien qu'il est juste décidé de lui procurer des conditions de solitude et de silence propres à favoriser son expérience, et de lui adjoindre un "ange gardien" chargé de l'assister dans les exercices de communauté et les tâches quotidiennes. » — Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 165[100]

Roque fut ensuite examiné par deux médecins, dont le docteur Claudia Regía, qui passa trois mois auprès de lui et le décrivit comme un patient actif et pleinement coopératif. Les plaies, constamment ouvertes, ne présentaient aucun processus de cicatrisation et ne s'infectaient jamais[101]. Les analyses sanguines, répétées fréquemment, révélaient chaque fois une hypoglycémie extrême, jugée incompatible avec la vie[102].

Phénomènes connexes : paralysie totale des jambes, attaques diaboliques violentes (jeté contre les toilettes, fauteuil roulant projeté, étranglement avec un rideau, six prothèses dentaires métalliques détruites — constat de l'odontologue Myriam Reyes). Roque meurt le 25 mars 1996 (jour de l'Annonciation, date qu'il avait annoncée d'avance), à 27 ans. À sa mort, sa chambre se remplit de « milliers de papillons multicolores », et les stigmates se referment instantanément en fines entailles sèches[103]. Mgr Garavito (mort en 2016) résume devant les enquêteurs son double raisonnement critériologique, écartant tour à tour l'origine diabolique et l'autosuggestion :

« Cela ne peut pas être un phénomène diabolique, car le démon ne peut inciter quelqu'un à nourrir une particulière dévotion à la Vierge Marie, à réciter le chapelet et à recevoir l'eucharistie. De même, on doit écarter toute espèce d'autosuggestion qui rendrait compte des faits, car cela supposerait que l'homme fût singulièrement ou totalement déséquilibré ; or, je peux affirmer au contraire qu'il était un solide paysan, originaire de la même région que moi, ayant connu une rude existence et d'âpres expériences, qui ne nous laissent pas le temps de penser vraiment aux choses poétiques ou romantiques. C'est pourquoi je dis avec conviction que je crois fermement qu'il était stigmatisé. » — Mgr Gregorio Garavito Jiménez, témoignage solennel sur Roque Solaque, cité dans Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 169-170[104]

Symphorose Chopin (1924-1983)

Mystique française du quart-monde. Née à Courrières (Nord) le 8 octobre 1924, dans une famille de mineurs polonais-espagnols, Symphorose Chopin est pratiquement illettrée. Son directeur spirituel est Mgr André Combes (1899-1969), théologien à l'université du Latran, maître de conférences au CNRS et historien de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus. Brancardière à Lourdes, elle suit l'agonie de Jean-Paul Iᵉʳ en vision dans la nuit du 28 au 29 septembre 1978. Morte le 23 juillet 1983 à l'hôpital Marie-Lannelongue (Le Plessis-Robinson).

Dans son enquête publiée en 2024, Joachim Bouflet rapporte qu'après l'attentat du 13 mai 1981, Symphorose avait rassuré ses proches en affirmant que Jean-Paul II ne succomberait pas à ses blessures et vivrait encore plus de vingt ans.[105]

Bouflet distingue les signes visibles des douleurs sans marques dans le dossier Symphorose Chopin (2024, p. 148). Infographie générée par IA.

Son cas illustre à lui seul toute la prudence critériologique que ce dossier appelle. Symphorose refusait elle-même le vocabulaire mystique :

« Je ne suis pas une mystique, je n'ai jamais compris ce que cela voulait dire et je refuse d'en être une. [...] Je ne suis pas une mystique, mais une messagère d'amour et de paix. » — Symphorose Chopin, citée par Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 147[106]

Bouflet hésite avant de trancher, et c'est précisément cette hésitation méthodique qui vaut d'être montrée :

« Compte tenu de sa discrétion et de sa réticence à évoquer les grâces sensibles dont elle est favorisée, pourrait-on se poser la question de savoir si elle fut stigmatisée, au sens strict du terme, avec des plaies et/ou des effusions sanguines, ou si elle n'aura connu que ce que l'on appelle les "stigmates invisibles". Nous disposons toutefois de rares témoignages : celui de Mgr Combes, qui assure avoir vu les plaies des mains, ceux de ses intimes [...] ; ceux, peu nombreux, de visiteurs qui ont remarqué certains jours — en particulier le jeudi et le vendredi — une légère dépression dans les paumes de ses mains, avec un point bleuâtre entouré d'un halo brun. Symphorose aura donc bien présenté une stigmatisation visible, si discrets qu'en aient été les signes. » — Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 148[107]

C'est un exemple direct de la méthode critériologique : peser les témoins (un témoin qualifié comme Mgr Combes plutôt qu'une rumeur), refuser de trancher au-delà de ce que les faits permettent, puis conclure avec mesure plutôt que par slogan. Symphorose rapporte par ailleurs une communion spirituelle avec Thérèse Neumann, à la mort de celle-ci en septembre 1962 :

« Ces jours-ci, j'ai vécu les heures douloureuses de Thérèse Neumann que j'aimais beaucoup, j'avais beaucoup correspondu avec elle. Je la connaissais depuis longtemps : la Passion du Christ donne des contacts directs, comme avec Padre Pio. » — Symphorose Chopin, citée par Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 147-148[108]

Symphorose subit par ailleurs dix-neuf opérations chirurgicales au cours de sa vie — au dispensaire, le personnel la surnomme « Trompe-la-mort »[109]. Dès 1965, les médecins la tiennent pour un cas exceptionnel d'intérêt pour la science médicale[110]. Le mot de Combes résume la vie entière :

« Une rose éclose sur un tas de fumier... » — Mgr André Combes sur Symphorose Chopin[111]

Démarches préliminaires d'ouverture de cause engagées en décembre 2019 par l'association Symphorose – S.E.R.A.C.E. (Paris).

Servante de Dieu Rhoda Wise (1888-1948)

Stigmatisée américaine, convertie du protestantisme. Née à Cadiz (Ohio) le 28 juin 1888, mère de famille, atteinte de cancer abdominal puis d'une fracture incurable. Baptisée catholique le 1ᵉʳ janvier 1939 par Mgr Habig au Mercy Hospital de Canton. Guérison miraculeuse par apparition de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus le 28 juin 1939 (cancer), puis le 15 août 1939 (fracture). Stigmatisée au carême 1942. Vingt apparitions du Christ et de Thérèse documentées. Le 8 janvier 1940, Thérèse dépose sur son visage sept pétales de rose frais portant son effigie[112]. Détail biographique majeur : Rita Rizzo, adolescente venue la consulter en 1941, deviendra Mère Angelica, clarisse de l'Adoration Perpétuelle et fondatrice d'EWTN — le réseau de télévision catholique le plus diffusé au monde. Près de 15 000 personnes aux obsèques de Rhoda en 1948. Clôture de l'enquête diocésaine le 6 juillet 2018.

L'objection majeure : hystérie et autosuggestion

André Brouillet, Une leçon clinique à la Salpêtrière (1887). Wikimedia Commons, domaine public.

Avant la phase de canonisation, tout dossier de stigmatisation moderne se heurte à une objection devenue classique depuis le XIXᵉ siècle : ces marques ne seraient que des manifestations psychosomatiques d'une névrose, produites par autosuggestion intense chez des personnalités hystériques. L'objection est sérieuse, elle a la force d'une école médicale réelle, et elle mérite d'être présentée dans sa version forte avant d'être discutée. L'article dédié Les hallucinations collectives ou l'hystérie peuvent-elles expliquer les miracles ? reprend la question de manière encore plus complète ; on n'en donne ici que les éléments propres au dossier des stigmates.

L'invention médicale du diagnostic d'hystérie

C'est dans le cadre de la grande école française de neurologie à la Salpêtrière, sous la direction de Jean-Martin Charcot (1825-1893), que l'hystérie acquiert sa formalisation médicale moderne. Charcot organise dans les années 1870-1880 des leçons cliniques publiques pendant lesquelles ses patientes, dont la célèbre Blanche Wittmann (« la reine des hystériques »), reproduisent sous hypnose des crises convulsives et des phénomènes corporels spectaculaires : paralysies, anesthésies cutanées, contractures, hyperesthésies, et même quelques cas de saignements de la peau ou de phénomènes cutanés inhabituels.

Le mot « hystérie » est ancien (du grec ὑστέρα, utérus), et son usage médical a couvert des symptômes très différents. Dans l'histoire des stigmates, l'enjeu est d'établir ce qui a été examiné chez chaque personne, plutôt que de traiter le terme comme une explication suffisante.

Cette hypothèse pathologique est notamment avancée par Évariste Warlomont (sur Louise Lateau, 1874-1875), Achille Deutsch (sur Thérèse Neumann, sans examen direct, années 1930), Père Agostino Gemelli (sur Padre Pio en 1920 et Natuzza Evolo en 1940, dans les deux cas sans examen direct) dans les dossiers de ces stigmatisés[113][114].

L'expérience Lechler (1933) : la tentative de reproduction

Le Dr Alfred Lechler, médecin allemand, publie en 1933 une tentative de reproduction de stigmates par suggestion sur Elisabeth K., une patiente protestante. Boniface rapporte quatre années de travail sous hypnose et décrit des altérations superficielles aux mains, aux pieds et au côté[115]. Aimé Michel retrace également les variations de la suggestion : couronne d'épines, inflammation de l'épaule et larmes de sang. Il souligne toutefois, en reprenant l'objection de Lhermitte, que Lechler ne dit pas expressément avoir observé l'éclosion initiale des lésions[116].

Boniface reproduit un tableau de J. M. Höcht comparant les descriptions des marques d'Elisabeth K. à celles de stigmates mystiques. Les trois différences ci-dessous résument cette comparaison historique ; elles ne constituent pas des mesures réalisées selon un protocole commun[117].

Critère comparéMarques d'Elisabeth K. décrites dans le tableauStigmates mystiques décrits par Höcht
LésionLégères altérations de la peau, de dimensions réduitesBlessures décrites comme profondes et persistantes
SaignementFaible quantitéHémorragies décrites comme abondantes
DuréeBrève ; marques cessant avec la suggestionPersistance décrite sur plusieurs années
Quatre dimensions à comparer dans les dossiers d'observation : ce schéma ne représente pas une expérience réalisée. Infographie générée par IA.

Une limite du contrôle précède la comparaison des lésions : Boniface rapporte que Lechler reconnaissait une surveillance insuffisante d'Elisabeth K., ne permettant pas d'exclure des manipulations trompeuses[118]. Le neurologue Jean Lhermitte (1877-1959) décrit ainsi les résultats, dans le passage reproduit par Boniface :

« En réalité, cette fille, éminemment suggestible comme le sont les simples d'esprit, soumise à des suggestions multipliées et très prolongées, a fait apparaître des gonflements et des rougeurs dans les régions où devaient se révéler des stigmates. Mais quels pauvres stigmates : quelques fissures épidermiques, de microscopiques suffusions des paupières qui cessaient dès la fin de la suggestion. À la troisième séance, Elisabeth laissa voir sur le front quelques points hémorragiques, mais 48 heures plus tard toute trace des soi-disant stigmates avait disparu. » — Pr Jean Lhermitte, cité par Ennemond Boniface, 1979, p. 336[119]

Et Lhermitte tire le critère décisif :

« Eût-on reproduit par suggestion pure des ecchymoses cutanées, il resterait à réaliser des ecchymoses symétriques aboutissant à des plaies durables, rebelles à l'infection aussi longtemps qu'elles persistent et lentes à se cicatriser. » — Pr Jean Lhermitte, Études carmélitaines, octobre 1936, p. 71[120]

L'argument de Lhermitte porte sur l'ensemble des caractères observés : reproduire une rougeur ou une ecchymose ne suffit pas, à ses yeux, à expliquer une disposition figurative de plaies persistantes. Il distingue ainsi un effet cutané ponctuel de la combinaison de phénomènes décrite dans les dossiers qu'il examine[121].

L'argument expérimental d'Augustin Poulain (1912)

Dans la Catholic Encyclopedia, Augustin Poulain demande aux tenants de la suggestion de produire des lésions comparables hors du contexte religieux. Il soutient que les expériences connues de lui ne reproduisent pas les caractères qu'il retient dans les grands dossiers ; son raisonnement exige une comparaison de faits, plutôt que la seule invocation d'un mécanisme possible[122].

Poulain distingue aussi la réalité des marques de leur explication. Il laisse ouverte la discussion physiologique et rappelle que les stigmates ne constituent pas, dans les procès de canonisation, des miracles incontestables. Cette distinction permet d'examiner une hypothèse naturelle sans confondre cette discussion avec un jugement sur la sainteté de la personne[123].

Des observations positives chez des témoins de convictions différentes

Une même constatation matérielle peut être reçue par des témoins qui divergent sur son explication. Warlomont et Ewald maintiennent une lecture naturelle ; Gerlich devient un défenseur du cas de Konnersreuth ; Urban met en avant l'examen psychiatrique de la personne. Leurs observations doivent être distinguées de leurs conclusions.

Évariste Warlomont (1820-1891), rapporteur de la commission de l'Académie royale de médecine de Belgique, enferme la main droite de Louise Lateau dans un globe de cristal ventilé et scellé, du 21 janvier 1875 à 14 heures au lendemain à 10 h 30. Le Dr Crocq constate des sceaux et enveloppes intacts, des caillots sur les plaies et une petite quantité de sang liquide, ne dépassant pas cinq grammes, au fond du récipient. L'observation établit le saignement dans ces conditions de protection ; Warlomont maintient néanmoins une explication physiologique, sous le nom de « névropathie stigmatique »[124].

Fritz Gerlich (1883-1934), historien et journaliste allemand de formation protestante, rencontre Thérèse Neumann dès 1927. Dans la nuit du 5 au 6 avril 1928, il observe le début des larmes de sang à environ vingt-cinq centimètres, à la lumière d'une lampe électrique. Il décrit ensuite les saignements des mains du vendredi matin. Les professeurs Merkel et Walcher examinent le 31 octobre 1928 le mouchoir employé pour éponger les larmes et concluent à du sang humain[125]. Gerlich publie en 1929 son enquête Die stigmatisierte Therese Neumann von Konnersreuth. Il sera assassiné par les SS en 1934 pour son opposition au nazisme.

Pr Gottfried Ewald, de l'Université d'Erlangen, reste opposé à l'interprétation surnaturelle. Dans son article de 1927, dont Boniface reproduit le passage suivant, il reconnaît pourtant la réalité des saignements :

« Le commencement spontané des saignements a été observé par plusieurs médecins de façon irrécusable, même avec une loupe. La quantité de sang pourrait difficilement provenir d'une intervention artificielle. Le liquide sanguin et séreux qui coule du stigmate du cœur pourrait difficilement être produit par une blessure faite artificiellement. » — Pr Ewald, Münchener Medizinische Wochenschrift, n° 46, 1927[126]

Pr Hubert Urban, ancien directeur de la clinique neuro-psychiatrique de l'Université d'Innsbruck, accorde à Boniface un entretien en juin 1958. Boniface indique en avoir versé le manuscrit, corrigé par Urban, au dossier informatif de Thérèse Neumann. Son jugement se fonde sur des examens et conversations menés dans le milieu familial de Thérèse :

« Du point de vue psychique, on peut dire, hardiment, que Thérèse Neumann est le contraire d'une hystérique. Elle est en effet, avant tout, directe, ouverte, franche. Même si son horreur du mensonge n'était pas légendaire, on s'en apercevait bien vite, en conversant simplement avec elle, de même qu'en questionnant ses familiers. En elle, rien d'artificiel : pas de pose, d'attitude, d'affectation. Pas trace de vanité ou même de simple coquetterie féminine. Aucune vantardise. Pas le plus léger symptôme d'orgueil, ou même de complaisance en elle-même. Surtout, rien de sexualisé, ni dans ses propos, ni dans ses attitudes, ni dans son comportement. Pas trace, non plus, d'infantilisme, vrai ou affecté. Si Thérèse Neumann était hystérique, elle serait exactement le contraire de ce que je viens de dire. » — Pr Hubert Urban, clinique neuro-psychiatrique d'Innsbruck[127]

L'argument d'Urban repose sur l'observation prolongée de Thérèse dans sa vie ordinaire, au-delà du seul spectacle des plaies. Il considère sa franchise, ses relations et son comportement comme incompatibles avec le diagnostic proposé par ses contradicteurs ; ce jugement clinique sur une personne ne constitue pas un critère automatique pour tous les stigmatisés[128].

Ce que les comparaisons expérimentales établissent

Lhermitte et Urban contestent l'assimilation des dossiers qu'ils examinent à une production de lésions par suggestion. Leur argument associe les caractères physiques décrits et l'examen de la personne. Dans le cas d'Elisabeth K., la portée de l'expérience dépend aussi de la surveillance du sujet et de l'observation directe de l'apparition des lésions, deux points au cœur des objections rapportées par Boniface et Michel[129][130].

Le rythme des manifestations intervient aussi dans la comparaison. Dans leur enquête de 1988, Laurentin et Mahéo résument l'objection publiée par Imbert-Gourbeyre en 1894 : ils soulignent le retour des stigmates le vendredi et leur réparation rapide. Cette restitution est donnée « en substance » ; elle porte sur un argument antérieur à l'expérience de Lechler de 1933, et non sur un bilan des recherches actuelles.[131]

Cela ne prouve évidemment pas que tout stigmatisé est un saint. Mais cela suggère que certains cas dépassent les ressources explicatives ordinaires de la médecine — et c'est exactement le point où l'enquête canonique prend le relais, en posant la vraie question : ces marques accompagnent-elles ou non une vie de vertus héroïques ?

La fraude : un risque réel et reconnu

Synthèse des critères négatifs et des abus visés par le Dicastère pour la Doctrine de la Foi, normes du 17 mai 2024, art. 15–16. Infographie générée par IA.

L'Église n'est pas naïve devant les stigmates. Elle sait que tout phénomène extraordinaire attire à la fois la dévotion populaire et l'imposture. Le pape Benoît XIV, dans son grand traité De canonizatione (1734-1738), III, xxxiii, avait déjà posé les critères de discernement applicables aux stigmatisés[132]. Aujourd'hui, le Dicastère pour la Doctrine de la Foi conserve, sous la rubrique Santità affettata (« sainteté affectée »), un dossier d'archives qui rassemble les rapports des instances religieuses locales concernant des visionnaires ou stigmatisés présumés[133]. Le dossier est ancien et a été en partie ouvert à la consultation savante depuis le XXIᵉ siècle.

Les faussaires démasqués

Le mot fraude suppose une fabrication établie ; une affection psychiatrique, une erreur de diagnostic et une tromperie volontaire ne sont pas synonymes. Bouflet documente plusieurs modalités de vérification.

Vilar Chão : la fabrication découverte à l'hôpital

Le cas d'Amelia Rodrigues Fontes, au Portugal, fournit une contre-épreuve matérielle. En avril 1951, une enquête menée à l'hôpital de Coimbra sous la direction du Pr João Porto met au jour des objets dissimulés et le procédé employé pour produire les marques. Bouflet rapporte l'usage d'un crucifix métallique et d'un liquide corrosif, avec la complicité de la sœur d'Amelia. Les croix sanglantes ne sont donc pas écartées parce qu'elles paraissent extraordinaires : leur fabrication est découverte[134].

Le même dossier révèle une seconde difficulté : une déclaration favorable sur des fleurs prétendument miraculeuses avait été attribuée au professeur Alfredo Gouveia, de Coimbra. Bouflet précise que celui-ci ne l'avait jamais faite. L'identité prestigieuse d'un expert ne vaut donc pas expertise lorsque le propos qu'on lui prête est démenti[135].

Bouflet rapporte aussi un épisode de juin 1945 : Amelia affirme à son père qu'un ange lui jette des fleurs sur son lit. Son père voit les fleurs tomber du plafond, mais aucun ange ; les voisins, appelés à assister au prodige, repartent chacun avec une fleur. L'auteur précise le procédé : une sœur d'Amelia jetait les fleurs depuis le grenier.[136]

L'imitation dans un entourage dévot

Dans l'entourage d'Helena Charithaya, une consœur tente de reproduire extases et stigmates pour attirer à son tour l'attention. Bouflet décrit une supercherie rapidement repérée par la communauté[137]. Ce contre-exemple n'invalide pas automatiquement le cas d'Helena : il montre pourquoi chaque sujet doit faire l'objet d'une enquête propre, même dans un entourage déjà familiarisé avec ces phénomènes.

Le rôle des évêques et des examens médicaux

Les évêques modernes sont en première ligne. Devant un cas qui émerge dans leur diocèse, ils ont trois leviers à actionner : isoler la personne pour limiter l'effet de foule et la pression sociale, demander un examen médical sérieux par des praticiens compétents et impartiaux (dont les méthodes et les conclusions doivent être explicites), et vérifier la cohérence doctrinale des messages éventuels reçus par la stigmatisée.

L'évêque de Jaffna, Mgr Bonjean, interdit l'accès à Helena Charithaya dès le 18 janvier 1872. L'évêque de Mileto, Mgr Albera puis Mgr Nicodemo, interdit l'accès à Natuzza Evolo pendant des années. Le pape Pie XII autorise l'examen de Maria Cotoi sous le toit de la nonciature de Bucarest pour la soustraire à la fois aux foules et aux autorités communistes. La doctrine est constante : protéger la personne, examiner sérieusement, n'avaliser que ce qui résiste à l'examen.

Les conditions d'observation qui rendent la fraude difficile

La force probante des grands dossiers tient à la qualité des conditions d'observation. Le globe scellé de Warlomont protège la main droite de Louise Lateau pendant une vingtaine d'heures ; l'intégrité des sceaux et des enveloppes est examinée au retrait[138]. Chez Thérèse Neumann, Gerlich décrit précisément distance, éclairage et début du saignement[139]. Le chirurgien tchèque R. W. Hynek oppose à l'hypothèse de sang apporté artificiellement l'écoulement qu'il dit avoir observé :

« On ne saurait donner à un chirurgien expérimenté l'illusion d'un saignement. Le sang se coagule peu de temps après la sortie des vaisseaux et, quand on a observé quelques minutes l'écoulement ininterrompu du sang, il est impossible de penser qu'il provient d'une supercherie. » — Dr R. W. Hynek, cité par Ennemond Boniface, 1979, p. 403[140]

Hynek répond ici à l'hypothèse d'une réserve de sang versée sur le visage ou les mains. Son argument concerne ce qu'un témoin observe pendant un saignement : origine de l'écoulement, continuité, accès aux plaies. Il ne fournit pas une règle selon laquelle la durée d'un saignement suffirait, à elle seule, à exclure une blessure ou une manipulation.

Paumes ou poignets ? La question anatomique

Scène de la Crucifixion en ivoire, British Museum. Photo Thomas Quine (2024), Wikimedia Commons, CC BY 2.0.

Le débat sur l'emplacement exact des clous de la Crucifixion historique du Christ a une retombée directe sur le dossier des stigmatisés, puisque la quasi-totalité des cas occidentaux portent leurs plaies aux paumes et non aux poignets. Or le Dr Pierre Barbet (1884-1961), chirurgien à l'hôpital Saint-Joseph de Paris, a soutenu dans son Un médecin au Calvaire (Dillen, 1950) que les paumes ne peuvent pas, mécaniquement, supporter le poids d'un corps suspendu et que les clous devaient nécessairement traverser les poignets (espace de Destot).

Le médecin légiste américain Frederic Zugibe a réfuté Barbet dans The Cross and the Shroud (1988) en montrant qu'un clou peut très bien passer dans la paume profonde, entre les deuxième et troisième métacarpes, sans briser d'os, en supportant le poids du corps. La thèse n'est donc pas binaire, comme on le présente parfois.

La question, en elle-même technique, est traitée à fond dans l'article dédié Jésus a-t-il été cloué dans les paumes ou dans les poignets ?. On y trouve la reprise des hypothèses Barbet, Zugibe, Blinzler, et la lecture des visions d'Anne-Catherine Emmerich qui ouvre une voie de synthèse (main droite clouée dans la paume, bras gauche tiré jusqu'à dislocation). Une remarque suffit ici : même si Barbet avait raison historiquement, cela ne réfuterait pas les stigmates des saints. Les stigmates sont, dans la doctrine catholique, un signe spirituel symbolique de configuration au Christ — et Dieu peut se servir des représentations sous lesquelles les fidèles imaginent la Passion. C'est la même logique qui fait que la Vierge apparaît à Guadalupe avec les traits d'une jeune indigène nahua, ou à Kibeho avec ceux d'une jeune Africaine : la condescendance divine épouse les images culturelles sans s'y enfermer.

Le discernement de l'Église

La règle d'or : phénomène n'est pas sainteté

Une stigmatisée n'est pas, en tant que telle, une sainte. La foi, l'espérance, la charité et la conduite concrète restent déterminantes ; l'absence de canonisation ne permet pas davantage de conclure à l'absence de sainteté. Les stigmates ne sont pas une condition nécessaire pour être proposé comme modèle chrétien. Ils peuvent aussi être invisibles : le témoignage de Faustine, cité plus haut, interdit de la ranger parmi les saints n'ayant connu aucune douleur stigmatique.

Bouflet écrit avec pertinence :

« Comme pour tous les saints, c'est d'abord par l'exemplarité de leurs vertus naturelles et théologales qu'ils sont proposés aux fidèles comme modèles à suivre. Il ne s'agit nullement d'avaliser la phénoménologie qui accompagne leur vécu, mais [...] de présenter aux fidèles des modèles à suivre pour la conformité de leur vie aux préceptes de l'Évangile. » — Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 7[141]

Les causes de béatification et de canonisation distinguent l'héroïcité des vertus, le martyre et, depuis le motu proprio Maiorem hac dilectionem de 2017, l'offrande de la vie. Cette dernière voie demande une offrande libre par charité, un lien avec une mort prématurée et l'exercice des vertus chrétiennes au moins de manière ordinaire. Aucune de ces voies ne se réduit à la présence de stigmates[142]. Le discernement s'exprime chez Pierre Adnès dans cette formule :

« On ne juge pas de la sainteté d'un sujet par sa stigmatisation, mais bien plutôt de sa stigmatisation par sa sainteté, ou ses œuvres de sainteté. » — Pierre Adnès, cité par Joachim Bouflet, Une histoire des miracles, p. 105[143]

Le cas de Giorgio Bongiovanni illustre cette distinction. François Brune, cité par Bouflet, rapporte une coagulation du sang des plaies en environ trente secondes, contre cinq à sept minutes pour le sang prélevé dans les veines. Le passage ne fournit ni laboratoire identifié ni protocole permettant de contrôler ces chiffres. Brune estime pourtant que les stigmates et les messages ne viennent pas de Dieu. Bouflet rapporte une annonce erronée de la date de la fin du monde et cite Brune sur l'évolution du discours de Bongiovanni : le Christ y devient, avec Krishna et Bouddha, un être venu des étoiles que les hommes auraient divinisé. La singularité alléguée des saignements ne valide donc pas le message religieux qui leur est associé.[144]

À Manduria, Joachim Bouflet rapporte le témoignage du Dr Gino De Blasi sur les plaies de Debora Moscogiuri, transmis par un ouvrage anonyme favorable aux apparitions : le sang et la peau dégageaient un parfum intense et « frais », et des taches de sang formaient un signe de croix sur les mouchoirs pressés contre les plaies. Bouflet tient la stigmatisation pour réelle, sauf à mettre en doute ce témoignage. Il rapporte pourtant le jugement négatif de l'évêque d'Oria, rendu public par une lettre pastorale lue le 14 décembre 1997, qui qualifie les faits d'œuvre du Malin. L'historien relève aussi des messages qui suffiraient, selon lui, à justifier la condamnation des apparitions, la cessation de la fréquentation des sacrements et de graves soupçons de supercherie sur certains phénomènes. L'observation rapportée des plaies, du parfum et des marques sanguines demeure ainsi distincte du jugement sur leur origine divine.[145]

Une grille de discernement : les cinq questions de Laurentin et Mahéo (1988)

Bien avant les normes romaines de 2024, René Laurentin et le Dr Patrick Mahéo avaient formulé, à propos du dossier Yvonne-Aimée de Malestroit, une grille de discernement opérationnelle qui reste d'actualité pour tout cas de stigmatisation :

#Question de discernement
1Quelle place a, chez le stigmatisé, l'amour du Christ ? La communion à sa Passion ?
2Le sujet a-t-il désiré, recherché les stigmates comme tels ?
3Le stigmatisé est-il polarisé sur les stigmates, ou bien les a-t-il reçus comme ils viennent, gratuitement ?
4Y a-t-il ostentation ou discrétion ?
5Le stigmatisé est-il introspectif, enfermé dans son expérience mystique incommunicable, ou bien est-il un chrétien actif, efficace au service des hommes, des pauvres, de l'Église ?

D'après René Laurentin et Dr Patrick Mahéo, Les stigmates d'Yvonne-Aimée de Malestroit dans le sillage de François d'Assise, O.E.I.L., 1988, p. 25-26.[146]

Amour du Christ, recherche des marques, place du phénomène, discrétion et service : Laurentin et Mahéo, 1988, p. 25–26. Infographie générée par IA.

Ces cinq questions ne portent sur aucun examen médical : elles interrogent exclusivement la vie spirituelle du sujet. Ces questions permettent de lire les témoignages spirituels ; les normes romaines ajoutent un cadre de procédure et d'expertise.

Les normes du Dicastère pour la Doctrine de la Foi (17 mai 2024)

Le 17 mai 2024, le Dicastère pour la Doctrine de la Foi a publié de nouvelles Normes pour procéder dans le discernement des phénomènes surnaturels présumés, qui remplacent celles de 1978[147]. Ces normes encadrent le discernement de phénomènes surnaturels présumés ; leur présentation cite expressément le cas des stigmates de Gemma Galgani pour distinguer jugement sur les vertus et jugement sur les charismes. Six conclusions sont désormais possibles : Nihil obstat, Prae oculis habeatur, Curatur, Sub mandato, Prohibetur et obstruatur, et Declaratio de non supernaturalitate. La procédure ordinaire peut autoriser une dévotion par un Nihil obstat, sans déclarer l'origine surnaturelle du phénomène ni imposer aux fidèles d'y adhérer. Une procédure exceptionnelle de reconnaissance du caractère surnaturel demeure possible sur autorisation du pape (I, n. 23).

Le document insiste sur cinq points qui sont autant de critères pratiques pour le discernement des stigmates :

  1. Crédibilité et conduite de la personne : équilibre psychique, honnêteté, humilité, docilité à l'autorité ecclésiastique et disponibilité à collaborer (art. 14).
  2. Fruits spirituels durables autour de la personne : conversions sincères, vocations, retour aux sacrements.
  3. Conformité doctrinale des messages éventuels — pas de pseudo-révélations contredisant le dépôt de la foi.
  4. Absence d'abus liés au phénomène : pas de profit financier, pas d'emprise psychologique, pas de division de l'Église.
  5. Acceptation de l'examen par les autorités compétentes — la personne ne refuse ni les examens médicaux ni l'obéissance à son ordinaire.

Les enquêtes médicales sérieuses

L'examen médical doit préciser ce qui a été observé et avec quels moyens : présence d'une lésion, déroulement du saignement, état initial de la peau, protection contre les manipulations et évolution dans le temps. Les dispositifs présentés ici sont différents : globe scellé de Warlomont à domicile, surveillance en milieu hospitalier de Natuzza, commission médicale de Campinas, témoignages oculaires dans le dossier Yvonne-Aimée. Les normes romaines prévoient une commission et le recours à un spécialiste médical pour les manifestations corporelles ; elles prescrivent également le respect de la personne et de sa dignité[148].

Le sens théologique des stigmates

Configuration au Christ crucifié

Chapelle des Sacrés Stigmates, La Verna. Photo Anna.Massini (2025). Wikimedia Commons, CC BY 4.0.

La doctrine catholique des stigmates s'enracine dans une parole de saint Paul :

« Je complète en ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ, pour son corps qui est l'Église. » — Saint Paul, Lettre aux Colossiens 1, 24[149]

La phrase est célèbre et difficile. Il ne peut s'agir de « compléter » au sens d'ajouter à la rédemption objective accomplie par le Christ, qui est parfaite et achevée. La théologie classique l'entend ainsi : le Christ a opéré la rédemption une fois pour toutes, mais il a voulu que son corps mystique — l'Église — participe à l'application de cette rédemption au monde par la souffrance et la prière des chrétiens. Le stigmatisé n'ajoute rien au mérite du Christ : il en applique les fruits, dans son corps même, à ce qui dans l'histoire de l'Église et du monde demande encore conversion.

Cette doctrine s'exprime dans la spiritualité catholique sous le nom d'âmes victimes ou âmes réparatrices. Anna Schaffer entend le Christ lui dire :

« Je t'ai adoptée comme victime d'expiation pour réparer les offenses faites à mon Saint-Sacrement. Désormais tu éprouveras à chaque communion les douleurs de ma sainte Passion. » — Vision rapportée par sainte Anne Schaffer, 4 octobre 1910[150]

Cette vocation réparatrice est ancienne : on la trouve déjà chez sainte Catherine de Sienne, qui s'offre comme victime pour la conversion des pécheurs et la réforme de l'Église, puis chez sainte Marguerite-Marie Alacoque, sainte Thérèse de Lisieux (offrande à l'Amour miséricordieux, 9 juin 1895), sainte Faustine Kowalska, et tant d'autres mystiques. Les stigmates en sont l'inscription visible.

Le mot de Charles Journet

Le cardinal Charles Journet exprime le sens spirituel des stigmates dans une formule reprise par la notice de Padre Pio du portail de la Congrégation pour le Clergé :

« Les stigmates sont une prédication sanglante, à la fois tragique et splendide. » — Charles Journet, cité dans « Saint Padre Pio, OFMcap »[151]

L'image renvoie au témoignage rendu par la vie : l'union à la Passion ne se mesure pas à la fascination qu'exercent les plaies, mais à l'amour de Dieu et du prochain.

Les fruits spirituels dans le discernement

Une objection théologique parfois soulevée : et si ces phénomènes venaient en réalité du démon, qui imiterait la Passion du Christ pour tromper les fidèles ? Le Christ lui-même a répondu d'avance à cette hypothèse dans l'évangile de Matthieu, en réponse aux pharisiens qui l'accusaient de chasser les démons par Béelzéboul :

« Tout royaume divisé contre lui-même va à sa ruine ; et toute ville ou maison divisée contre elle-même ne pourra subsister. Si Satan expulse Satan, il est divisé contre lui-même ; et alors comment son royaume subsistera-t-il ? » — Saint Matthieu, Évangile 12, 25-26[152]

Les fruits authentiquement chrétiens — charité, conversions, vie sacramentelle, communion avec l'Église — sont des éléments positifs du discernement. Ils ne dispensent pas de vérifier le phénomène matériel et les autres circonstances : les normes romaines demandent de considérer ensemble les faits, la doctrine, la conduite et les fruits[153].

Une apparence pieuse peut être imitée ; c'est pourquoi le discernement porte sur la durée et sur l'ensemble d'une vie. Le récit d'un phénomène impressionnant ne doit jamais servir à justifier une emprise, un mensonge ou une désobéissance. L'enquête protège ainsi la personne comme les fidèles.

Le mot final du pape François (5 avril 2024)

Dans son discours du 5 avril 2024, François relie les plaies du saint au service des personnes blessées par la vie : l'attention aux pauvres, le pardon et la fraternité donnent à la dévotion sa traduction concrète[154]. Les stigmates ne sont pas une fin en soi ; leur sens chrétien est l'union au Crucifié ressuscité et l'amour du prochain.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Pape François, Discours aux Frères mineurs de La Verna et de la province toscane, à l'occasion du VIIIᵉ centenaire des stigmates de saint François d'Assise, salle Clémentine du Palais apostolique, 5 avril 2024 (vatican.va). Les stigmates ont été reçus par saint François à La Verna le 14 septembre 1224, fête de l'Exaltation de la Croix.

    1 29 154
  2. Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés. Ces incroyables phénomènes mystiques au XXᵉ siècle, Éditions Artège (Groupe Elidia), Perpignan-Paris, 2024, ISBN 979-10-336-1579-8, p. 7. L'auteur est historien des phénomènes mystiques et consultant auprès des postulateurs de la Congrégation pour les Causes des Saints.

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  3. Saint Paul, Épître aux Galates 6, 17 : « À l'avenir, que personne ne me cause des ennuis : je porte dans mon corps les marques (στίγματα, stigmata) de Jésus. » Le mot grec désigne à l'origine la marque imprimée au fer sur la peau d'un esclave, d'un soldat ou d'un consacré religieux.

    3
  4. Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 201-202 : rapport de 1949 sur Maria Cotoi, avec une plaie à l'épaule gauche, sous la nuque, rapportée au portement de la croix.

    4 96
  5. Évariste Warlomont, Louise Lateau. Rapport médical sur la stigmatisée de Bois-d'Haine, fait à l'Académie royale de médecine de Belgique au nom d'une commission, Bruxelles, C. Muquardt ; Paris, J.-B. Baillière et fils, 1875, p. 27-28 et 40-44 (protocole des 21-22 janvier 1875), p. 193 (conclusions). Édition numérisée.

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  6. Thomas de Celano, Vita prima sancti Francisci Assisiensis, II, ix, n° 95, rédigée en 1228-1229 à la demande du pape Grégoire IX, dans les deux années qui ont suivi la canonisation de saint François (16 juillet 1228). Traduction française : Vie de saint François par Thomas de Celano, dans Saint François d'Assise. Documents, écrits et premières biographies, rassemblés par Théophile Desbonnets et Damien Vorreux, Éditions franciscaines, Paris, 1981, p. 274.

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  7. Curé Rieger, témoignage rapporté dans Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 24.

    7 67
  8. Saint Pie de Pietrelcina (Francesco Forgione, 1887-1968), canonisé par saint Jean-Paul II le 16 juin 2002 sur la place Saint-Pierre. Les stigmates permanents apparaissent le 20 septembre 1918 dans le chœur de l'église de San Giovanni Rotondo. Dossier complet dans l'article dédié Les stigmates de Padre Pio.

    8 44
  9. Ennemond Boniface, Thérèse Neumann, la crucifiée de Konnersreuth devant l'histoire et la science, Paris, P. Lethielleux, 1979, p. 191-194 : première plaie au côté le 5 mars 1926, faces dorsales des mains et pieds le 2 avril 1926, faces internes le 15 avril 1927, puis autres marques jusqu'en 1929.

    9 64
  10. Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 167 (sur Roque Jacinto Solaque).

    10
  11. René Laurentin et Dr Patrick Mahéo, Les stigmates d'Yvonne-Aimée de Malestroit dans le sillage de François d'Assise, O.E.I.L., Paris, 1988, p. 7 (cent à deux cents heures rapportées à la durée de sa vie), p. 29-31 (premier épisode), p. 107-110 (discrétion et témoignages).

    12 47
  12. Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 21-26 (chapitre sur Anna Schaffer, 1882-1925). Voir aussi Emmeram H. Ritter, Anna Schaffer – Eine Heilige aus Bayern, Schnell & Steiner, Regensburg, 2012.

    13 69
  13. Sainte Faustine Kowalska, Petit Journal, § 1054, 26 mars 1937 : douleurs des cinq plaies et absence de traces extérieures ; voir aussi § 1195.

    14
  14. J. E. Holoubek et A. B. Holoubek, Blood, sweat and fear. A classification of hematidrosis, Journal of Medicine, vol. 27, n° 3-4, 1996, p. 115-133 ; revue de 76 cas et classement des causes rapportées. Notice et résumé PubMed.

    15
  15. Dr Witry, observation des saignements oculaires et de la plaie du côté, citée par Ennemond Boniface, Thérèse Neumann, la crucifiée de Konnersreuth devant l'histoire et la science, P. Lethielleux, 1979, p. 409.

    16
  16. Gottfried Ewald, article sur Thérèse Neumann, Münchener Medizinische Wochenschrift, n° 46, 1927 ; traduction française citée par Ennemond Boniface, Thérèse Neumann, la crucifiée de Konnersreuth devant l'histoire et la science, P. Lethielleux, 1979, p. 408. Boniface distingue la reconnaissance des saignements par Ewald de son refus de leur attribuer une origine surnaturelle.

    17 126
  17. Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 189, note 1 (définition technique de l'hémographie).

    18
  18. Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 187-198 (chapitre sur Fortunata « Natuzza » Evolo, 1924-2009). Voir aussi Valerio Martinelli, Natuzza di Paravati, Mapigraf, Vibo Valentia, 1998.

    19 77
  19. Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 55-75 (chapitre sur Vithana Appuhamylage Dona Elena Pereradite, dite Helena Charithaya, 1848-1931).

    20 72
  20. Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 167-168 : observation du docteur Claudia Regía pendant trois mois.

    21 24 99 101 102
  21. Joachim Bouflet, Faussaires de Dieu. Enquête, Éditions Ephata, Groupe Elidia, 2024, p. 592-593, citant Anna Maria Turi, Stigmate e stigmatizzati. I segni del cielo, storia e attualità, Rome, Edizioni Mediterranee, 1990, p. 141-142.

    22
  22. René Laurentin et Dr Patrick Mahéo, Les stigmates d'Yvonne-Aimée de Malestroit, O.E.I.L., 1988, p. 122.

    23 58
  23. NHS, Cuts and grazes et Sepsis, consultés le 23 septembre 2026 : risque infectieux des plaies et facteurs de risque de sepsis.

    25
  24. Augustin Poulain, S.J., Mystical Stigmata, in Catholic Encyclopedia, vol. XIV, Robert Appleton Company, New York, 1912 (newadvent.org/cathen/14294b.htm).

    26 122 123
  25. Aimé Michel, Métanoia. Phénomènes physiques du mysticisme, Paris, Albin Michel, nouvelle édition revue et corrigée, 1986, p. 139-140

    27
  26. Antoine Imbert-Gourbeyre, La Stigmatisation, l'extase divine et les miracles de Lourdes. Réponse aux libres-penseurs, Clermont-Ferrand, Bellet, 1894, 2 tomes, 1156 pages au total. L'auteur (1818-1912) était professeur à la faculté de médecine de Clermont-Ferrand. L'œuvre est le résultat de plus de trente ans de dépouillement d'archives.

    30
  27. Aimé Michel, Métanoia. Phénomènes physiques du mysticisme, Paris, Albin Michel, nouvelle édition revue et corrigée, 1986, p. 143, appel de note 10. Michel transmet le décompte d'Imbert-Gourbeyre ; ce renvoi ne constitue pas une vérification indépendante des 321 cas. Référence complète : Aimé Michel, Métanoïa. Phénomènes physiques du mysticisme, Paris, Albin Michel, collection Spiritualités vivantes, nouvelle édition revue et corrigée, 1986, p. 143, appel de note 10.

    31
  28. Antoine Imbert-Gourbeyre, La Stigmatisation, édition établie, présentée et annotée par Joachim Bouflet, Éditions Jérôme Millon, Grenoble, 1996, 543 pages, ISBN 978-2-84137-035-1. Réédition critique abrégée et mise à jour.

    32
  29. Ad. Tanquerey, Phénomènes mystiques extraordinaires, extrait du Précis de Théologie Ascétique et Mystique, impression du 3 novembre 1986, Imprimerie du Pays Fort, p. 33 ; contexte p. 33–35. Référence complète : Adolphe Tanquerey, Phénomènes mystiques extraordinaires, plaquette extraite du Précis de théologie ascétique et mystique, impression du Pays Fort achevée le 3 novembre 1986, p. 33, contexte p. 33–35.

    33
  30. Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 205-210 : « Stigmatisés du XXᵉ siècle » — liste prosopographique exhaustive classée par statut canonique (4 saints, 7 bienheureuses, 8 vénérables, 31 serviteurs et servantes de Dieu, 11 causes à l'étude).

    35 36 87
  31. Paul VI, lettre apostolique Mirabilis in Ecclesia, 4 octobre 1970, récit du 1ᵉʳ avril 1375 d'après Raymond de Capoue.

    37
  32. Ministère italien de la Culture, Stimmate di santa Caterina da Siena, Beccafumi Domenico, notice du retable, 1514-1515, Pinacothèque nationale de Sienne.

    38
  33. Basilique Sainte-Lidwine de Schiedam, Liduina, biographie : accident de 1395 et confirmation du culte le 14 mars 1890. Joris-Karl Huysmans, Sainte Lydwine de Schiedam, 1901, passage sur les stigmates cachés de la main gauche, d'après Brugman et Gerlac ; texte intégral.

    39
  34. Sur Anne-Catherine Emmerich, voir Joachim Bouflet, Dictionnaire des stigmatisés, Salvator, 2017, article « Emmerich » ; et Père Klemens Erdmann, Anna Katharina Emmerick. Bilder aus ihrem Leben, Verlag Coelde, Werl, 1974. Béatification par saint Jean-Paul II, 3 octobre 2004.

    40
  35. Sur Marie-Domenica Lazzari (1815-1848), voir Pia Gasperi, Maria Domenica Lazzari. La passionaria di Capriana, Edizioni San Paolo, Cinisello Balsamo, 1998 ; et Antoine Imbert-Gourbeyre, La Stigmatisation, op. cit., notice « Lazzari ». Le rapport du Dr Leonardo Cloch a été publié dans les Annales universelles de médecine, vol. 79, 1837.

    41
  36. Dicastère pour les Causes des Saints, Gemma Galgani, notice biographique : premiers stigmates le 8 juin 1899 ; récurrence du jeudi soir au vendredi à 15 heures.

    43
  37. Yvonne-Aimée de Malestroit, lettre du 23 février 1924, citée dans René Laurentin et Dr Patrick Mahéo, Les stigmates d'Yvonne-Aimée de Malestroit dans le sillage de François d'Assise, Éditions O.E.I.L., Paris, 1988, p. 29.

    45
  38. Jeanne Boiszenou, journal contemporain daté du 22 février 1924, cité dans René Laurentin et Dr Patrick Mahéo, Les stigmates d'Yvonne-Aimée de Malestroit, O.E.I.L., 1988, p. 31.

    46
  39. René Laurentin et Dr Patrick Mahéo, Les stigmates d'Yvonne-Aimée de Malestroit, O.E.I.L., 1988, p. 116-117. Les auteurs distinguent explicitement les 167 stigmatisations attestées par une pièce documentaire précise d'une extrapolation à plus de 1 000 occurrences sur vingt-sept années, fondée sur l'hypothèse d'un rythme hebdomadaire.

    48
  40. René Laurentin et Dr Patrick Mahéo, Les stigmates d'Yvonne-Aimée de Malestroit dans le sillage de François d'Assise, O.E.I.L., Paris, 1988, p. 117-118 : nombre de témoins, épisodes et tableau des localisations.

    49
  41. René Laurentin et Dr Patrick Mahéo, Les stigmates d'Yvonne-Aimée de Malestroit, O.E.I.L., 1988, p. 115-116.

    50
  42. René Laurentin et Dr Patrick Mahéo, Les stigmates d'Yvonne-Aimée de Malestroit, O.E.I.L., 1988, p. 68-70 : trois pièces indépendantes et contemporaines sur l'épisode du Vendredi saint 8 avril 1927 — journal de Mère Ange Gardien, carnet de Mère Marie-Anne (citation p. 69) et lettre de l'abbé Bruneau à l'évêque auxiliaire de Vannes datée du 9 avril, qui note un souffle très faible perçu pendant l'épisode (p. 70).

    51 52
  43. René Laurentin et Dr Patrick Mahéo, Les stigmates d'Yvonne-Aimée de Malestroit, O.E.I.L., 1988, p. 107-110 : dépositions de Mère Marie-Anne (12 novembre 1957, p. 108), Sœur Marie-Dominique Ferlicot (16 septembre 1957, p. 108) et Sœur Marie de la Croix (10 décembre 1969, p. 110).

    53
  44. René Laurentin et Dr Patrick Mahéo, Les stigmates d'Yvonne-Aimée de Malestroit, O.E.I.L., 1988, p. 132.

    54 55
  45. René Laurentin et Dr Patrick Mahéo, Les stigmates d'Yvonne-Aimée de Malestroit, O.E.I.L., 1988, p. 135 : consultation du Dr Vinchon, psychiatre, à la demande du Père de Tonquédec.

    56
  46. René Laurentin et Dr Patrick Mahéo, Les stigmates d'Yvonne-Aimée de Malestroit, O.E.I.L., 1988, p. 141 : attestation écrite du Dr Henri Daussy, neuropsychiatre, ancien chef de clinique à la faculté de médecine de Paris, présent à la clinique de Malestroit de 1945 à 1951, datée du 6 juin 1972.

    57
  47. René Laurentin et Dr Patrick Mahéo, Les stigmates d'Yvonne-Aimée de Malestroit, O.E.I.L., 1988, p. 127 et 163 : observation du professeur M. Bolgert, dermatologue, « Les stigmates mystiques », communication à l'Académie nationale de médecine, séance du 13 janvier 1981, Bulletin de l'Académie Nationale de Médecine, p. 35-45.

    59
  48. René Laurentin et Dr Patrick Mahéo, Les stigmates d'Yvonne-Aimée de Malestroit, O.E.I.L., 1988, p. 142-143.

    60
  49. Sœur Marie de la Croix, témoignage de 1956 sur l'épisode du 9 juillet 1941, pièce n° 398, cité dans René Laurentin et Dr Patrick Mahéo, Les stigmates d'Yvonne-Aimée de Malestroit dans le sillage de François d'Assise, O.E.I.L., 1988, p. 97 ; synthèse des apports de fleurs p. 130.

    61 62
  50. Lettre du cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, à René Laurentin, 9 juillet 1986, protocole 336/55, citée dans René Laurentin et Dr Patrick Mahéo, Les stigmates d'Yvonne-Aimée de Malestroit, O.E.I.L., 1988, p. 6. Nihil obstat de Dom Robert Le Gall, 26 janvier 1988 ; imprimatur de Mgr Pierre-Auguste Boussard, évêque de Vannes, 3 février 1988. Cette autorisation romaine est éditoriale, non doctrinale : elle ne constitue ni une reconnaissance de la surnaturalité des stigmates ni un jugement sur l'héroïcité des vertus.

    63
  51. Benoît XVI, lettre apostolique de canonisation d'Anna Schäffer, 21 octobre 2012 : accident du 4 février 1901. Jean-Paul II, homélie de béatification, 7 mars 1999.

    65 70
  52. Rosa Imlauer, parente et gouvernante du curé Rieger, témoignage rapporté dans Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 23.

    66
  53. Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 52 : confession d'Anna Kreuzer à sa remplaçante Anna Weiß, qui en informe son confesseur et signe une déposition sous serment.

    68
  54. Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 55-75 ; et Mgr Edmund Peiris, Biography of Sri Lanka stigmatist, Chilaw, 2015. Rescrit du nihil obstat pour l'ouverture de la cause, 19 mai 2016.

    71 74
  55. Mgr Christophe Bonjean, lettre au père García, 12 mai 1872, citée dans Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 68-69. Mgr Bonjean (1823-1892), oblat de Marie Immaculée, vicaire apostolique de Jaffna (Ceylan).

    73
  56. Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 83-92 (chapitre sur María Luisa Zancajo de la Mata, en religion Maria Auxiliadora del Corazón de Jesús, 1911-1954). Décret de validité du procès diocésain, 21 juin 2013.

    75
  57. Manuel Soria Agudo, Yo soy testigo, Madrid, 1984 ; et Alfredo Tolín Arias, Misericordia divina y víctima de amor, thèse, Burgos, 2007. Voir aussi Carlos María Staehlin, S.J., Apariciones. Ensayo crítico, Razón y Fe, Madrid, 1954, p. 164 (mention anonymisée sous les initiales M.L.Z.).

    76
  58. Père Agostino Gemelli, OFM (1878-1959), médecin-psychologue, recteur de l'Université catholique du Sacré-Cœur de Milan. Réponse à la consultation adressée par Mgr Albera le 18 février 1940, citée dans Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 189-191. Gemelli avait déjà adressé un rapport négatif au Saint-Office sur Padre Pio en avril 1920, sans avoir examiné les plaies du capucin.

    78 114
  59. Père Agostino Gemelli, réponse à la consultation de Mgr Albera du 18 février 1940, citée dans Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 190.

    79
  60. Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 192-193 : hospitalisation de trois mois et diagnostic du professeur Annibale Puca.

    80
  61. Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 196 : débat du 19 avril 1985 à l'université pontificale du Latran, à partir du reportage filmé Natuzza Evolo di Paravati.

    81
  62. Mgr Renzo, homélie aux obsèques de Natuzza Evolo, citée dans Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 197.

    82
  63. Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 95 : commission médicale de trois membres — les docteurs Benedicto da Cunha Campolas, Clovis Monteiro Peixoto et José Falcao de Miranda, de la Société de Médecine et de Chirurgie de Campinas — et dix-sept articles non signés publiés du 13 novembre au 8 décembre 1928 dans le quotidien diocésain Correio Popular.

    83 84
  64. Marco Margnelli (1939-2005), psychothérapeute italien, Gente di Dio, Sugarco, Milan, 1988, cité et discuté dans Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 96.

    85
  65. Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 96-97 : réponse à Margnelli, citant un événement de novembre 1929 (guérison obtenue par l'intercession de sœur Amalia) et les apparitions mariales de mars 1930.

    86
  66. Congrégation des Sœurs des Anges, Biographie de Wanda Boniszewska, consultée le 1ᵉʳ octobre 2026 : douleurs depuis 1927, marques extérieures depuis 1933, arrestation le 11 avril 1950, réhabilitation le 22 août 1956 et absence de marques extérieures au retour. Bouflet situe une ouverture de plaies le 7 avril 1934 (p. 178), l'arrestation en 1946 (p. 180) et la disparition des marques en 1980 (p. 182) ; la chronologie de la congrégation est retenue pour l'arrestation.

    88 91 93 95
  67. Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 178-179.

    89 90
  68. Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 173-186 (chapitre sur Wanda Boniszewska, 1907-2003). Voir aussi Maciej Krzywosz, The Miraculous Sensibility of Two Twentieth-Century Polish Visionaries, Białystok, 2017 ; et le film Stygmatyczka de Grzegorz Łoszewski, Pologne, 2007. Enquête diocésaine ouverte le 9 novembre 2020 par le diocèse de Varsovie.

    92
  69. Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 182.

    94
  70. Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 199-204 (chapitre sur Maria « Ionela » Cotoi, 1927-2018). Voir aussi Johannes Maria Höcht, Träger der Wundmale Christi, Christiana-Verlag, Stein am Rhein, 2004, p. 578-580 (notice de Vilmos Csernohorszky). Le rapport médical de 1949 est conservé aux archives apostoliques.

    97
  71. Mgr Gregorio Garavito Jiménez (1923-2016), évêque de Villavicencio (Colombie), témoignage solennel sur Roque Jacinto Solaque, cité dans Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 159-172. Voir aussi Diana Carolina Galvez Avellanada et Cindy Melissa Roa Pena, Roque Solaque, crónica de las marcas de fe, Villavicencio, 2014.

    98
  72. Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 165.

    100
  73. Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 169 (récit de la mort de Roque Jacinto Solaque, 25 mars 1996).

    103
  74. Mgr Gregorio Garavito Jiménez, témoignage solennel sur Roque Solaque, cité dans Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 170.

    104
  75. Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 154. Référence complète : Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés. Ces incroyables phénomènes mystiques au XXe siècle, Artège, Groupe Elidia, 2024, p. 154.

    105
  76. Symphorose Chopin, citée dans Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 147.

    106
  77. Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 148.

    107
  78. Symphorose Chopin, citée dans Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 147-148.

    108
  79. Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 149-150.

    109 110
  80. Mgr André Combes (1899-1969), théologien à l'université du Latran, directeur spirituel de Symphorose Chopin (1924-1983). Citation rapportée dans Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 105.

    111
  81. Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 77-82 (chapitre sur Rhoda Greer Wise, 1888-1948). Voir aussi Karen Sigler, Her Name means Rose. The Rhoda Wise Story, EWTN Publishing, Irondale, 2000. Clôture du procès informatif, 6 juillet 2018.

    112
  82. Ennemond Boniface, Thérèse Neumann, la crucifiée de Konnersreuth devant l'histoire et la science, P. Lethielleux, 1979, p. 334-335 : expériences d'Alfred Lechler (orthographié « Leschler » par Boniface) et tableau de J. M. Höcht. Ouvrage de Lechler : Das Rätsel von Konnersreuth im Lichte eines neuen Falles von Stigmatisation, Elberfeld, Licht und Leben, 1933, 53 p., sept illustrations, recensé dans le catalogue de la Society for Psychical Research, 1934.

    115 117
  83. Aimé Michel, Métanoia. Phénomènes physiques du mysticisme, Albin Michel, Paris, 1986, p. 175-176 : variations des marques sous suggestion chez Elisabeth et objection de Lhermitte sur l'absence d'observation explicite de leur éclosion initiale.

    116 130
  84. Ennemond Boniface, Thérèse Neumann, la crucifiée de Konnersreuth devant l'histoire et la science, P. Lethielleux, Paris, 1979, p. 335 : Boniface rapporte l'aveu d'une surveillance insuffisante d'Elisabeth K., qui ne permettait pas à Lechler d'exclure des manipulations trompeuses.

    118 129
  85. Jean Lhermitte, appréciation des expériences d'Elisabeth K., citée par Ennemond Boniface, Thérèse Neumann, la crucifiée de Konnersreuth devant l'histoire et la science, P. Lethielleux, 1979, p. 336.

    119
  86. Jean Lhermitte, Études carmélitaines, octobre 1936, p. 71, cité par Ennemond Boniface, Thérèse Neumann, la crucifiée de Konnersreuth devant l'histoire et la science, P. Lethielleux, 1979, p. 340-341.

    120 121
  87. Fritz Gerlich, observations des 5-6 avril 1928 et analyse du mouchoir le 31 octobre 1928, citées par Ennemond Boniface, Thérèse Neumann, la crucifiée de Konnersreuth devant l'histoire et la science, P. Lethielleux, 1979, p. 406-408. Sur sa qualité d'historien, non de médecin : p. 39, n. 7. Sur la rencontre de 1927 : Rudolf Morsey, présentation de l'édition Fritz Gerlich – ein Publizist gegen Hitler. Briefe und Akten 1930-1934, 2010, Kommission für Zeitgeschichte.

    125 139
  88. Hubert Urban, entretien accordé à Ennemond Boniface en juin 1958, cité dans Ennemond Boniface, Thérèse Neumann, la crucifiée de Konnersreuth devant l'histoire et la science, P. Lethielleux, 1979, p. 346-347 (circonstances et dépôt du manuscrit au dossier informatif), p. 353 (jugement clinique reproduit).

    127 128
  89. René Laurentin et Dr P. Mahéo, Les stigmates d'Yvonne-Aimée de Malestroit dans le sillage de François d'Assise, Paris, O.E.I.L., 1988, p. 132-133 ; résumé d'Antoine Imbert-Gourbeyre, La stigmatisation, 1894, tome 2, p. 207-208. Référence complète : René Laurentin et docteur Patrick Mahéo, Les stigmates d’Yvonne-Aimée de Malestroit dans le sillage de François d’Assise, Paris, O.E.I.L., 1988, p. 132–133, reformulant Antoine Imbert-Gourbeyre, La stigmatisation, 1894, t. 2, p. 207–208.

    131
  90. Benoît XIV (Prospero Lambertini), De servorum Dei beatificatione et beatorum canonizatione, 4 vol., 1734-1738, Livre III, chap. xxxiii (« De stigmatibus »). Encore aujourd'hui texte fondateur de la théologie des canonisations.

    132
  91. Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 68, note 2 : « À la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, ex-Saint-Office, un dossier secret (jusque récemment), sous la rubrique Santità affettata (sainteté affectée), regroupe les rapports des instances religieuses locales concernant des visionnaires ou stigmatisé(e)s présumés. »

    133
  92. Joachim Bouflet, Faussaires de Dieu. Enquête, Ephata, 2024, p. 583 (déclaration attribuée à Alfredo Gouveia et procédé de fabrication) et p. 593 (enquête d'avril 1951 à Coimbra sous la direction de João Porto, Amelia Rodrigues Fontes). Pour le démenti de Gouveia et le procédé de fabrication : Joachim Bouflet, Faussaires de Dieu. Enquête, Éditions Ephata, Groupe Elidia, 2024, p. 583 ; contexte p. 582-583. Référence complète : Joachim Bouflet, Faussaires de Dieu. Enquête, Éditions Ephata, Groupe Elidia, 2024, p. 583, contexte p. 582–583 ; développement complémentaire p. 593.

    134 135
  93. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, Paris, 2015, pp. 203-204. Référence du tirage consulté : Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Paris, Le Jardin des Livres, tirage de février 2019, p. 203-204.

    136
  94. Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 64 (épisode de la consœur d'Helena Charithaya qui tenta de l'imiter).

    137
  95. R. W. Hynek, réponse à l'hypothèse d'une mise en scène des saignements de Thérèse Neumann, citée par Ennemond Boniface, Thérèse Neumann, la crucifiée de Konnersreuth devant l'histoire et la science, P. Lethielleux, 1979, p. 403-404.

    140
  96. François, lettre apostolique Maiorem hac dilectionem, 11 juillet 2017, art. 1-2 et 5 : distinction des voies de sainteté et critères de l'offrande de la vie.

    142
  97. Pierre Adnès, « Stigmates », Dictionnaire de spiritualité, fasc. XCV, col. 1242-1243, cité par Joachim Bouflet, Une histoire des miracles. Du Moyen Âge à nos jours, Seuil, 2008, p. 105. La citation est reproduite par Bouflet dans son développement « Stigmates et sainteté ».

    143
  98. Joachim Bouflet, Faussaires de Dieu. Enquête, Éditions Ephata, Groupe Elidia, 2024, p. 770, citant François Brune, Les Miracles et autres prodiges, Paris, Kiron-Philippe Lebaud, 2000, p. 38 ; contexte p. 769–771.

    144
  99. Joachim Bouflet, Faussaires de Dieu. Enquête, Éditions Ephata, Groupe Elidia, 2024, p. 602, contexte p. 599-603 ; citant Anonyme, Manduria. Jésus, Roi de la Révélation, Marie, Vierge de l'Eucharistie, parlent à Debora, Hauteville, Le Parvis, 1999, p. 42.

    145
  100. René Laurentin et Dr Patrick Mahéo, Les stigmates d'Yvonne-Aimée de Malestroit, O.E.I.L., 1988, p. 25-26.

    146
  101. Dicastère pour la Doctrine de la Foi, Normes pour procéder dans le discernement des phénomènes surnaturels présumés, 17 mai 2024 (vatican.va). Le texte remplace les normes de 1978 (Normae Sacrae Congregationis pro Doctrina Fidei de modo procedendi in diiudicandis praesumptis apparitionibus ac revelationibus, 25 février 1978).

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  102. Saint Paul, Épître aux Colossiens 1, 24 : « Maintenant je trouve la joie dans les souffrances que je supporte pour vous ; ce qui manque aux épreuves du Christ en ma propre chair, je l'accomplis pour son corps qui est l'Église. » (Traduction officielle liturgique). Le commentaire patristique et thomiste classique entend cette parole non comme un complément à la rédemption objective accomplie par le Christ, parfaite et achevée, mais comme une application historique de cette rédemption au corps mystique de l'Église par la souffrance et la prière des chrétiens unis au Christ.

    149
  103. Vision rapportée par sainte Anna Schaffer le 4 octobre 1910 (fête de saint François d'Assise), citée dans Joachim Bouflet, Enquête sur les stigmatisés, Artège, 2024, p. 21.

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  104. Charles Journet, cité dans la notice Saint Padre Pio, OFMcap, portail de la Congrégation pour le Clergé, section « Miracles au vingtième siècle ». La notice transmet la formule « prédication sanglante ».

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  105. Saint Matthieu, Évangile 12, 25-26 (Traduction officielle liturgique). Verset déjà cité par Origène et saint Thomas d'Aquin pour exclure que les vrais miracles puissent venir du démon, lorsqu'ils produisent des fruits authentiquement chrétiens.

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