Saint François d'Assise (vers 1181 – 1226) est, avec saint Dominique, la figure dominante du renouveau spirituel du XIIIᵉ siècle, et sans doute le saint le plus universellement aimé de tout le Moyen Âge. Fils d'un riche marchand drapier d'Assise, jeune homme brillant et dépensier rêvant de gloire chevaleresque, il connaît une conversion bouleversante : il embrasse un lépreux, entend le Christ de San Damiano lui dire « répare ma maison », puis se dépouille publiquement de ses vêtements devant son père et l'évêque pour n'avoir plus d'autre Père que celui des cieux. De ce renoncement total naît un mouvement évangélique d'une fécondité inouïe.[1][2][3]
Épousant « Dame Pauvreté », prêchant la pénitence et la paix sur les routes d'Italie, il rassemble des compagnons et fonde l'ordre des Frères mineurs. Sa vie est jalonnée de gestes qui ont façonné la piété chrétienne : la rencontre désarmée du sultan d'Égypte au cœur de la croisade (1219), la première crèche vivante de Greccio (1223), les stigmates de l'Alverne (1224) — il est le premier stigmatisé connu de l'histoire —, et enfin le Cantique des créatures, l'un des plus anciens poèmes de la langue italienne, où il appelle le soleil son frère et la mort sa sœur.[4][5][6][7]
« Mais ce dont nous pouvons tirer gloire, c'est de nos faiblesses. C'est de porter chaque jour la sainte Croix de notre Seigneur Jésus-Christ. » — Saint François d'Assise, Admonitions, V[8]
Cet article retrace la vie de François — l'enfant prodigue d'Assise, le converti, le pauvre, le fondateur, le missionnaire, le stigmatisé —, puis sa spiritualité (pauvreté, minorité, imitation du Christ crucifié, dévotion à l'Eucharistie et au sacerdoce, fraternité avec la création, joie parfaite, fidélité à l'Église), enfin sa mort, ses reliques et sa canonisation. Il ne refait pas l'histoire complète de l'ordre franciscain, ni celle de la basilique d'Assise, ni la biographie de sainte Claire et des grands disciples Antoine de Padoue et Bonaventure.
Sources : comment connaît-on saint François ?
Peu de saints médiévaux sont aussi bien documentés. La connaissance de François repose sur trois cercles de sources d'inégale proximité.
D'abord, ses propres écrits : c'est l'un des rares saints du Moyen Âge dont on conserve des textes de sa main ou dictés par lui. On y compte la Règle des Frères mineurs (1221 et 1223), le Testament (1226), les Admonitions, le Cantique des créatures, plusieurs lettres (aux fidèles, aux clercs, aux gardiens de l'ordre) et des prières.[9] Ces textes, sobres et brûlants, donnent un accès direct à sa pensée — chose précieuse, car les biographies postérieures sont souvent réécrites au service des débats internes de l'ordre.
Ensuite, les biographies officielles. Dès la canonisation, le pape Grégoire IX charge Thomas de Celano, frère qui a connu François, d'écrire sa vie : c'est la Vita Prima (1228-1229), suivie d'une Vita Secunda (1246-1247) qui recueille les souvenirs des premiers compagnons.[10][11] En 1260-1263, le ministre général saint Bonaventure compose la Legenda Maior, déclarée biographie officielle au chapitre de 1266 — au point que l'ordre ordonne alors de détruire les Vies antérieures, ce qui explique que certaines aient failli disparaître.[12]
Enfin, les légendes des compagnons : la Légende des Trois Compagnons, la Légende de Pérouse, le Spéculum perfectionis, qui transmettent une mémoire plus fraîche, plus rude et plus concrète des débuts. La critique historique moderne, depuis Paul Sabatier (1894), discute âprement la datation et la valeur respective de ces textes ; mais leur convergence sur l'essentiel — la pauvreté radicale, la joie, l'amour du Christ crucifié — est remarquable.[13]
L'enfant prodigue d'Assise (vers 1181-1202)
Naissance et baptême : Giovanni devenu « Francesco »
François naît à Assise, en Ombrie, vers 1181-1182, alors que son père, Pietro di Bernardone, riche marchand drapier, est en voyage d'affaires en France. Sa mère, dame Pica, le fait baptiser sous le nom de Giovanni (Jean). À son retour, le père lui donne le surnom de Francesco, « le Français » — peut-être par amour du commerce français, peut-être en hommage à la mère que la tradition dit provençale.[14][15] Ce surnom restera : l'enfant porte dans son nom même l'horizon marchand et courtois qu'il quittera un jour.
Une jeunesse riche, brillante et dépensière
La famille Bernardone appartient à la bourgeoisie marchande montante d'Assise, riche mais non noble. François grandit dans l'aisance, apprend un peu de latin, beaucoup de français et de chansons des troubadours. Beau, généreux, élégant, prodigue de l'argent paternel, il devient le roi de la jeunesse dorée d'Assise, menant les fêtes nocturnes.[16][17] Thomas de Celano ne cache rien de ce passé : François « dépassa tous ses compagnons en vanité » et « gaspilla son temps presque jusqu'à sa vingt-cinquième année ».[18] Cette franchise des sources fait partie de la grandeur du saint : sa sainteté n'est pas celle d'un enfant trop sage, mais d'un homme retourné de fond en comble.
« Il gaspilla et perdit misérablement son temps presque jusqu'à sa vingt-cinquième année. […] Il dépassait tous ses compagnons par la vanité. » — Thomas de Celano, Vita Prima, I, 1-2[19]
Le rêve de chevalerie
Le jeune homme rêve de gloire militaire et de chevalerie. Quand éclate la guerre entre Assise et la rivale Pérouse, il s'enrôle. À la bataille de Collestrada (1202), Assise est écrasée ; François est fait prisonnier et passe environ un an dans une geôle de Pérouse, où une grave maladie le saisit.[20][21] Libéré, encore convalescent, il prépare pourtant une nouvelle expédition militaire pour rejoindre les armées pontificales dans les Pouilles. C'est sur cette route que tout va basculer.
La conversion (vers 1205-1206)
Le songe de Spolète : « Qui vaut-il mieux servir ? »
Parti vers les Pouilles, François s'arrête à Spolète, où, dans un songe, une voix lui demande s'il vaut mieux servir le maître ou le serviteur. Comprenant qu'il poursuivait le serviteur (le seigneur de guerre) au lieu du Maître (le Christ), il rebrousse chemin vers Assise, au grand scandale de ses compagnons.[22][23] Le rêveur de chevalerie cherche désormais un autre Roi.
Le baiser au lépreux
Le tournant décisif est, de son propre aveu, la rencontre d'un lépreux. François, qui « ne pouvait supporter la vue des lépreux », descend un jour de cheval, donne l'aumône au malade et lui baise la main — ou, selon d'autres récits, l'embrasse. Ce qui lui était amer devient douceur.[24][25] Lui-même, dans son Testament, fait de ce geste le seuil de toute sa vie nouvelle :
« Voici comment le Seigneur me donna, à moi frère François, de commencer à faire pénitence : lorsque j'étais dans les péchés, il me semblait trop amer de voir des lépreux. Et le Seigneur lui-même me conduisit parmi eux, et je leur fis miséricorde. Et en m'en allant, ce qui m'avait paru amer me fut changé en douceur de l'âme et du corps. » — Saint François d'Assise, Testament[26]
Le Christ de San Damiano : « Va, répare ma maison »
Vers l'automne 1205, priant dans la petite église délabrée de San Damiano, hors les murs d'Assise, François entend le crucifix lui parler trois fois : « François, ne vois-tu pas que ma maison tombe en ruine ? Va, et répare-la. »[27][28] Il l'entend d'abord à la lettre : il se met à restaurer matériellement les chapelles en ruine — San Damiano, Saint-Pierre, puis la Portioncule (Sainte-Marie-des-Anges). Plus tard, il comprendra que la « maison » à relever était l'Église entière. Pour financer les pierres, il vend des étoffes de la boutique paternelle : c'est le début du conflit avec son père.
« François, va, répare ma maison qui, tu le vois, tombe tout entière en ruine. » — Parole du crucifix de San Damiano, rapportée par saint Bonaventure[29]
Le dépouillement devant l'évêque
Furieux de voir son fils dilapider son bien et renoncer au commerce, Pietro di Bernardone le traîne devant l'évêque d'Assise, Guido. Le geste de François est resté célèbre : devant la foule, il se dépouille de tous ses vêtements, les rend à son père avec l'argent, et déclare ne plus appeler « père » que Dieu seul.[30][31] L'évêque le couvre de son manteau. Ce dénuement public — le renoncement à l'héritage, au nom, à la sécurité — est l'acte fondateur de sa vocation : il épouse littéralement la pauvreté.
« Désormais je puis dire en toute liberté : "Notre Père qui es aux cieux", et non plus : "Mon père, Pietro di Bernardone". » — Parole attribuée à François lors du dépouillement, d'après la tradition franciscaine[32]
La vie évangélique et la naissance de l'ordre (1208-1212)
L'Évangile de la Portioncule (1208-1209)
Un matin de 1208 ou 1209, à la messe de la Portioncule, François entend l'Évangile de l'envoi des disciples : « Ne possédez ni or, ni argent… ni besace, ni deux tuniques, ni sandales… » (Mt 10, 9-10). Il s'écrie : « Voilà ce que je veux ! » et adopte aussitôt ce genre de vie apostolique — un seul habit rude serré d'une corde, pieds nus, sans argent, prêchant la pénitence et la paix.[33][34] La parole entendue à San Damiano prend tout son sens : ce n'est plus seulement des murs qu'il s'agit de relever, mais l'idéal évangélique lui-même.
Les premiers compagnons
Sa radicalité joyeuse attire. Bernard de Quintavalle, riche bourgeois d'Assise, vend tout et le suit ; Pierre Cattani, juriste, puis le prêtre Sylvestre, le frère Gilles et d'autres les rejoignent.[35][36] Quand ils sont douze, François rédige une brève règle de vie, presque uniquement faite de paroles de l'Évangile, et décide d'aller la faire approuver à Rome — souci, déjà, de ne rien entreprendre sans l'autorité de l'Église.
L'approbation d'Innocent III (vers 1209-1210)
À Rome, vers 1209-1210, le pape Innocent III — le plus puissant pontife du Moyen Âge — hésite devant ces pauvres en haillons : leur idéal de pauvreté absolue semble impraticable. La tradition rapporte qu'un songe le décida : il vit la basilique du Latran menaçant ruine, soutenue de l'épaule par un petit homme pauvre — François.[37][38] Le pape approuve oralement la règle et autorise les frères à prêcher la pénitence. L'ordre des Frères mineurs est né ; son histoire institutionnelle est racontée dans l'article qui lui est consacré.
Claire et les Pauvres Dames (1212)
En 1212, une jeune noble d'Assise, Claire Offreduccio, gagnée par la prédication de François, s'enfuit de chez elle dans la nuit du Dimanche des Rameaux ; à la Portioncule, François lui coupe les cheveux et la revêt de l'habit de pénitence. C'est l'origine du second ordre, les Pauvres Dames (clarisses), installées à San Damiano.[39][40] La vie, la spiritualité et le combat de Claire pour le « privilège de pauvreté » sont traités dans l'article sainte Claire d'Assise : on se borne ici à noter qu'elle fut, plus que toute autre, la gardienne fidèle de l'idéal de François.
Le missionnaire de la paix (1213-1220)
Le désir du martyre
Brûlant d'annoncer le Christ aux non-chrétiens, jusqu'au martyre s'il le faut, François tente par deux fois de rejoindre les terres d'islam : vers la Syrie (vent contraire) puis vers le Maroc par l'Espagne (la maladie l'arrête).[41][42] Son zèle missionnaire est inséparable de sa douceur : il ne veut pas vaincre, mais témoigner et, s'il le faut, mourir.
La rencontre du sultan al-Kâmil (1219)
L'épisode le plus saisissant survient pendant la cinquième croisade. En 1219, François rejoint le camp des croisés devant Damiette, en Égypte. Désapprouvant l'effusion de sang, il traverse seul les lignes ennemies avec frère Illuminé et se présente au sultan d'Égypte, al-Malik al-Kâmil, neveu de Saladin.[43][44] Reçu avec respect, il prêche le Christ plusieurs jours durant ; le sultan, frappé par sa pauvreté et son courage, le laisse repartir sain et sauf, dit-on avec des présents. La tradition franciscaine — illustrée par Giotto — y ajoute l'offre d'une ordalie par le feu. Quelle que soit la part de l'embellissement, le fait central est attesté : au cœur d'une guerre de religion, François a choisi le dialogue désarmé plutôt que l'épée.[45] Ce voyage amorce la présence franciscaine en Terre sainte (premiers envois de frères dès 1217, venue de François en 1219) ; la garde officielle des Lieux saints (Custodie de Terre sainte) ne sera instituée que plus d'un siècle plus tard, par les bulles Gratiam agimus et Nuper carissimae du pape Clément VI en 1342.[46]
Le tournant de l'ordre et les grandes œuvres (1220-1223)
Renoncer au gouvernement
À son retour (1220), François trouve l'ordre devenu immense et traversé de tensions sur l'interprétation de la pauvreté et de la règle. Se jugeant incapable de gouverner une si grande institution — et fidèle à son idéal de minorité —, il renonce à la charge de ministre général, qu'il confie à Pierre Cattani puis à frère Élie, se réservant de demeurer le simple modèle vivant de la règle.[47][48] Ce dessaisissement volontaire du pouvoir est l'un des actes les plus profonds de son humilité.
La Règle bullée (1223)
Après une première règle de 1221 (la Regula non bullata), François rédige le texte définitif, plus juridique : la Règle bullée (Regula bullata), approuvée par le pape Honorius III dans la bulle Solet annuere du 29 novembre 1223.[49] Cette règle, toujours en vigueur chez les franciscains, scelle l'insertion durable de l'ordre dans l'Église. François y maintient le cœur de son intuition :
« La règle et la vie des Frères mineurs est celle-ci : observer le saint Évangile de notre Seigneur Jésus-Christ, en vivant dans l'obéissance, sans rien en propre, et dans la chasteté. » — Saint François d'Assise, Règle bullée, ch. I[50]
La crèche de Greccio (Noël 1223)
À Noël 1223, dans une grotte de Greccio, François veut « voir des yeux du corps » la pauvreté de la Nativité : il fait disposer une mangeoire, du foin, un bœuf et un âne, et la messe est célébrée sur place.[51][52] C'est la première crèche vivante de l'histoire — l'origine de toutes les crèches de Noël. Le geste résume sa spiritualité : rendre palpable l'abaissement de Dieu fait enfant pauvre.
Les stigmates de l'Alverne (14 septembre 1224)
Le séraphin et les cinq plaies
À l'été 1224, François se retire pour une retraite de quarante jours sur le mont Alverne (La Verna), en Toscane. Le matin de la fête de l'Exaltation de la Croix, le 14 septembre 1224, en prière, il voit descendre du ciel un séraphin à six ailes portant l'image du Christ crucifié.[53][54] Quand la vision s'efface, son corps porte les cinq plaies de la Passion : les mains et les pieds marqués comme par des clous, dont la chair forme la tête et la pointe recourbée, et le côté ouvert d'où le sang coulait. François est le premier stigmatisé connu de l'histoire chrétienne.[55][56] Thomas de Celano, qui a vu et touché ces plaies de ses mains, l'a juré sur les saints Évangiles : dans les mains et les pieds, ce n'étaient pas des fissures faites par des clous, mais les clous eux-mêmes, façonnés dans la chair, et le flanc droit rougi de sang.[57]
« Tandis qu'il priait sur le flanc de la montagne, il vit un séraphin à six ailes de feu, descendant des hauteurs des cieux […]. Aussitôt apparurent dans ses mains et ses pieds les marques des clous, telles qu'il venait de les voir dans l'image du Crucifié. » — Saint Bonaventure, Legenda Maior, XIII[58]
Le sens : devenir « un autre Christ »
François cacha ces plaies autant qu'il put. L'Église y a vu le sceau de sa conformité au Christ : l'homme qui avait désiré le martyre et passé sa vie à contempler le Crucifié reçoit dans sa chair l'image vivante de la Passion. La tradition lui donnera le titre d'alter Christus, « un autre Christ ». La fête de l'Impression des stigmates est célébrée le 17 septembre.[59] Dès les premières contestations, la papauté a pris la défense de ces stigmates : le 31 mars 1237, Grégoire IX reprend sévèrement ceux qui les soumettaient à une critique savante et retire son droit de prêcher à un dominicain qui parlait contre elles, puis, le 5 avril, il en démontre l'authenticité ; en 1255, Alexandre IV exaltera à son tour ce don de Dieu et fera punir ses détracteurs.[60]
Le Cantique des créatures (1225)
L'un des premiers poèmes de la langue italienne
Presque aveugle, gravement malade, accueilli à San Damiano près de Claire, François compose vers 1225 le Cantique de frère Soleil (ou Cantique des créatures, Laudes Creaturarum), en dialecte ombrien — l'un des premiers textes poétiques de la langue italienne.[61] Il y loue Dieu à travers ses créatures, appelées frères et sœurs :
« Loué sois-tu, mon Seigneur, avec toutes tes créatures, / spécialement messire frère Soleil […]. / Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur Lune et les étoiles […] / pour frère Vent […], pour sœur Eau, qui est très utile et humble, précieuse et chaste […], pour frère Feu […], pour sœur notre mère la Terre, qui nous porte et nous nourrit. » — Saint François d'Assise, Cantique de frère Soleil[62]
Sœur la Mort et la paix
Peu avant de mourir, François ajoute la strophe sur « sœur notre mort corporelle », et, lors d'une querelle entre l'évêque et le podestat d'Assise qu'il réconcilie, celle du pardon : « Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux qui pardonnent par amour de toi. »[63] Ce chant cosmique n'est pas un panthéisme : la création n'est pas adorée, elle est chemin de louange vers le Créateur. C'est pourquoi le pape François, en 2015, donnera à son encyclique sur la sauvegarde de la création le titre tiré de ce cantique, Laudato si' (« Loué sois-tu »).
La spiritualité de saint François
Dame Pauvreté
Au centre de tout se tient la pauvreté, que François personnifie en « Dame Pauvreté », l'épouse mystique qu'il a choisie au pied de la Croix — là où le Christ, dépouillé, n'avait plus rien. Pauvreté réelle (ni argent, ni propriété, ni sécurité) et pauvreté intérieure (ne s'approprier ni les biens, ni les charges, ni même ses propres mérites).[64][65] Dans ses Admonitions, il dénonce avec force le « péché de volonté propre » — s'attribuer le bien que Dieu seul accomplit en nous :
« Heureux ceux qui ont l'esprit de pauvreté, car le royaume des cieux leur appartient. […] Celui qui a le véritable esprit de pauvreté se hait lui-même et chérit ceux qui le frappent sur la joue. » — Saint François d'Assise, Admonitions, XIV[66]
Minorité et humilité
François ne veut pas des « frères », mais des « frères mineurs » : les plus petits, les derniers, sans pouvoir ni dignité. Cette minorité explique son refus des honneurs, son renoncement au gouvernement de l'ordre, sa volonté que les frères travaillent de leurs mains et, à défaut, mendient. L'humilité est pour lui la vérité de la créature devant son Créateur :
« Considère, ô homme, le degré de perfection auquel t'a élevé le Seigneur. […] De quoi peux-tu donc bien te glorifier ? » — Saint François d'Assise, Admonitions, V[67]
L'imitation du Christ crucifié
Toute la vie de François est une contemplation du Christ pauvre et crucifié, depuis la croix de San Damiano jusqu'aux stigmates de l'Alverne. Il ne médite pas une doctrine abstraite : il veut épouser dans sa chair les abaissements du Seigneur — la crèche de Greccio (Noël) et les plaies de l'Alverne (la Croix) sont les deux pôles d'une même dévotion à l'humanité du Christ.[68][69]
« Considérons, frères, le bon Pasteur : pour sauver ses brebis, il a souffert la Passion et la Croix. […] Nous devrions avoir honte, nous, les serviteurs de Dieu : car les saints ont agi ; nous, nous racontons ce qu'ils ont fait pour en retirer honneur et gloire. » — Saint François d'Assise, Admonitions, VI[70]
L'Eucharistie et le respect des prêtres
Loin de tout anticléricalisme, François professe une dévotion ardente à l'Eucharistie et un respect absolu des prêtres, même indignes, parce qu'ils touchent le Corps du Christ. Son Testament est explicite : il refuse de considérer en eux le péché ; il vénère leur sacerdoce.[71][72] Les Admonitions exhortent à reconnaître, sous les humbles apparences du pain, le Seigneur lui-même :
« Voyez : chaque jour il s'abaisse, exactement comme à l'heure où, quittant son palais royal, il s'est incarné dans le sein de la Vierge ; chaque jour il vient à nous, sous les dehors les plus humbles. » — Saint François d'Assise, Admonitions, I[73]
« Heureux le serviteur qui donne sa foi aux clercs qui vivent en accord avec l'enseignement et les institutions de la sainte Église romaine […]. Nul n'a le droit de juger les clercs, même pécheurs. » — Saint François d'Assise, Admonitions, XXVI[74]
Cette fidélité totale à l'Église romaine distingue radicalement François des mouvements de pauvreté contemporains tombés dans l'hérésie (Vaudois, Cathares). Là où ceux-ci opposaient la pureté des « parfaits » à une Église riche, François a réformé en obéissant, et c'est pourquoi l'Église l'a reconnu plutôt que condamné.
La fraternité avec la création
Le Cantique le dit en poète : pour François, le soleil, l'eau, le feu, la terre, les animaux sont des frères et sœurs, créatures du même Père. Les Fioretti (recueil tardif et populaire) y ont ajouté le sermon aux oiseaux et le loup de Gubbio — récits édifiants plus que strictement historiques, mais fidèles à l'esprit du saint.[75] Cette fraternité cosmique n'est ni sentimentale ni panthéiste : elle découle de la paternité de Dieu sur tout le créé et de l'humilité de qui se sait, lui aussi, simple créature. C'est ce qui fonde le patronage de l'écologie que lui reconnaîtra l'Église.
La joie parfaite
Trait inséparable de François : la joie. Le converti qui a tout perdu se dit l'« héraut du grand Roi » et chante sur les routes. Le célèbre récit de la « parfaite joie » (rapporté dans les Fioretti) enseigne que la joie chrétienne la plus haute n'est ni dans les succès ni dans les miracles, mais dans la patience à supporter, par amour du Christ, le mépris et la souffrance.[76] Cette allégresse au cœur du dénuement est l'une des marques les plus originales de sa sainteté.
| Trait spirituel | Source franciscaine | Expression concrète |
|---|---|---|
| Pauvreté (« Dame Pauvreté ») | Testament ; Règle ; Admonitions XIV | Renoncement à l'héritage ; ni argent ni propriété |
| Minorité, humilité | Admonitions V, XIX ; Règle | « Frères mineurs » ; renonce à gouverner l'ordre |
| Christ crucifié | Croix de San Damiano ; Alverne | Stigmates (1224) ; alter Christus |
| Eucharistie, respect des prêtres | Testament ; Admonitions I, XXVI | Vénération du sacerdoce et des Saintes Espèces |
| Fraternité avec la création | Cantique de frère Soleil | Frère Soleil, sœur Eau ; sermon aux oiseaux |
| Joie | Fioretti ; Vita Prima | « Héraut du grand Roi » ; la « parfaite joie » |
| Paix | salutation « Pace e bene » | Réconciliation de l'évêque et du podestat |
Mort, reliques et canonisation
La mort à la Portioncule (3 octobre 1226)
Usé par les jeûnes, les maladies et les stigmates, presque aveugle, François demande à mourir là où tout avait commencé : à la Portioncule. Au soir du 3 octobre 1226, après avoir fait lire la Passion selon saint Jean et chanter son Cantique, il accueille la mort en l'appelant « ma sœur » et s'éteint en récitant le psaume 141 (142).[77][78] Il avait demandé qu'on l'étende nu sur la terre nue, pour rendre à la Pauvreté son dernier hommage. Sa fête liturgique est fixée au 4 octobre.
« Sois la bienvenue, ma sœur la Mort. » — Parole attribuée à saint François mourant, d'après la tradition franciscaine[79]
Les reliques et la basilique d'Assise
Le corps est d'abord déposé en l'église Saint-Georges d'Assise. Dès 1228, Grégoire IX pose la première pierre d'une grande basilique ; le 25 mai 1230, les reliques y sont transférées et bientôt cachées sous le maître-autel pour les protéger des vols. Le tombeau, redécouvert en 1818, est aujourd'hui au cœur du sanctuaire d'Assise, dont l'histoire et les fresques de Giotto et Cimabue sont traitées dans l'article dédié.
La canonisation (Grégoire IX, 1228)
La canonisation fut d'une rapidité exceptionnelle : moins de deux ans après sa mort. Le pape Grégoire IX — l'ancien cardinal Hugolin, protecteur et ami de François et de Claire — le canonise à Assise le 16 juillet 1228, par la bulle Mira circa nos (« Choses étonnantes à notre égard »).[80][81] Le pape y présente François comme un nouvel ouvrier envoyé par Dieu « à la onzième heure » pour réveiller une chrétienté tiède.
« À la onzième heure, [Dieu] suscita son serviteur François, homme catholique et tout apostolique […], pour qu'il travaillât à sa vigne, pour qu'il arrachât les épines et les ronces. » — Pape Grégoire IX, bulle Mira circa nos (1228)[82]
Héritage et postérité
Un saint universel
François a marqué la spiritualité, l'art et la culture bien au-delà de l'ordre qu'il a fondé. Sa dévotion à l'humanité du Christ (crèche, chemin de croix, contemplation de la Passion) a transformé la piété occidentale ; son Cantique a ouvert la poésie italienne ; les fresques de Giotto à Assise comptent parmi les actes de naissance de la peinture moderne. De grands disciples — Antoine de Padoue, Bonaventure, Élisabeth de Hongrie (tertiaire), Angèle de Foligno, Marguerite de Cortone, Louis de Toulouse — ont prolongé son intuition.
Patron de l'écologie et nom d'un pape
En 1979, Jean-Paul II proclame François patron de l'écologie et de ceux qui s'occupent de la nature.[83] En 2013, le cardinal Jorge Mario Bergoglio, élu pape, prend le nom de François — le premier de l'histoire — en mémoire du Poverello, « l'homme de la pauvreté, l'homme de la paix, l'homme qui aime et garde la création ». Huit siècles après sa mort, le pauvre d'Assise demeure l'un des visages les plus rayonnants de l'Évangile.
Pour aller plus loin
- Écrits de saint François : le Testament, les Admonitions, le Cantique de frère Soleil, la Règle bullée (1223) et les Lettres, rassemblés dans les Sources Franciscaines (Éditions Franciscaines / Cerf) — la collection de référence en français pour tous les textes de et sur François.
- Biographies médiévales : Thomas de Celano, Vita Prima (1228-1229) et Vita Secunda (1246-1247) ; la Légende des Trois Compagnons ; saint Bonaventure, Legenda Maior (1260-1263), biographie officielle ; les Fioretti (XIVᵉ s.), recueil populaire et tardif.
- Études : Paul Sabatier, Vie de saint François d'Assise (1894), classique fondateur de la critique ; Catholic Encyclopedia, art. « St. Francis of Assisi » (New Advent) ; Encyclopædia Britannica, art. « Saint Francis of Assisi ».
- Articles liés sur Ignispedia : l'ordre des Frères mineurs (histoire, branches, règle) ; le sanctuaire d'Assise (basilique, fresques, tombeau) ; sainte Claire d'Assise et les clarisses ; saint Antoine de Padoue et saint Bonaventure ; saint Dominique, l'autre grand fondateur d'ordre mendiant ; les papes Innocent III, Honorius III et Grégoire IX.
Notes et références
Thomas de Celano, Vita Prima sancti Francisci (Première Vie de saint François), 1228-1229, source officielle commandée par Grégoire IX peu après la canonisation. Texte de base pour la jeunesse, la conversion, le dépouillement devant l'évêque, la Portioncule, Greccio et la mort. Éd. critique : Analecta Franciscana, t. X, Quaracchi ; trad. française dans les Sources Franciscaines (Éditions Franciscaines / Cerf).
1 10 15 16 30 52 68 78Catholic Encyclopedia, art. « St. Francis of Assisi », New Advent (newadvent.org/cathen/06221a.htm) : notice catholique de référence — naissance vers 1181-1182 à Assise, père Pietro Bernardone marchand drapier, surnom « Francesco », jeunesse mondaine, guerre contre Pérouse et captivité (1202), conversion et San Damiano, dépouillement, Portioncule, approbation d'Innocent III, Claire (1212), voyage au sultan (1219), stigmates (1224), mort (3 oct. 1226), canonisation par Grégoire IX (1228).
3 14 20 34 35 40 41 47 56Encyclopædia Britannica, art. « Saint Francis of Assisi » : synthèse sur la jeunesse, la bataille de Collestrada et la captivité à Pérouse, la conversion, la fondation des Frères mineurs, le renoncement au gouvernement de l'ordre, la rencontre du sultan al-Kâmil, les stigmates et la mort.
4 17 21 42 48Rencontre de François et du sultan al-Malik al-Kâmil à Damiette (Égypte) durant la cinquième croisade, en 1219, avec frère Illuminé. Attestée par Celano (Vita Prima), Bonaventure (Legenda Maior, IX) et des sources non franciscaines (Jacques de Vitry, témoin contemporain, Historia occidentalis et lettres). L'épisode de l'ordalie par le feu relève de l'embellissement hagiographique ; le fait du passage des lignes et de l'entretien pacifique est solidement établi. Synthèses : America Magazine, « In 1219, St. Francis crossed Crusade lines to meet Egypt's sultan » (2017) ; Gordon Conwell, « Damietta: Francis and the Sultan ».
5 43 45Première crèche vivante de Greccio, Noël 1223, rapportée par Thomas de Celano (Vita Prima, 84-87) : François fait préparer une mangeoire avec foin, bœuf et âne, et la messe est célébrée sur place. Origine de la tradition des crèches de Noël. Synthèses : Franciscan Media, « Greccio and the First Live Nativity » ; EWTN Vatican, « St. Francis and the First Nativity Scene ».
6 51Stigmates de l'Alverne : François reçoit les cinq plaies de la Passion le 14 septembre 1224 (fête de l'Exaltation de la Croix), sur le mont Alverne (La Verna), après une vision d'un séraphin à six ailes portant le Crucifié. Premier cas de stigmatisation connu de l'histoire chrétienne. Sources : Bonaventure, Legenda Maior, XIII ; Celano, Vita Prima, 94-96. Synthèses : Franciscan Media, « The Stigmata of St. Francis » ; Encyclopædia Britannica, « Francis's vision and the stigmata of the Crucified ». Fête de l'Impression des stigmates le 17 septembre.
7 53 55 59Saint François d'Assise, Admonitions, V (« Ne pas s'enorgueillir, mais placer sa fierté dans la croix du Seigneur ») : « Mais ce dont nous pouvons tirer gloire, c'est de nos faiblesses ; c'est de notre part quotidienne à la sainte Croix de notre Seigneur Jésus-Christ. » Texte d'après l'édition française des Admonitions de saint François (traduction des chapitres et avertissements ; le P. Cuthbert les nomme le « Sermon sur la montagne » de saint François).
8 67Écrits de saint François : le saint est l'un des rares auteurs spirituels du Moyen Âge dont on conserve des textes propres — Regula non bullata (1221), Regula bullata (1223), Testament (1226), Admonitions, Cantique de frère Soleil, Lettre à tous les fidèles, Lettre aux clercs, prières. Rassemblés dans les Sources Franciscaines (Éditions Franciscaines / Cerf) et les Opuscula sancti Francisci (Quaracchi).
9 65Thomas de Celano, Vita Secunda (Memoriale in desiderio animae), 1246-1247, rédigée à la demande du chapitre général pour recueillir les souvenirs des premiers compagnons. Insiste davantage sur la pauvreté intérieure et les anecdotes spirituelles. Trad. Sources Franciscaines.
11 64Paul Sabatier, Vie de saint François d'Assise, Fischbacher, Paris, 1894 : ouvrage fondateur de la « question franciscaine » (critique comparée des sources). Protestant et libéral, Sabatier doit être lu avec discernement, mais son travail a relancé l'étude scientifique des biographies primitives.
13Thomas de Celano, Vita Prima, I, 1-2 : témoignage sur la jeunesse dissipée de François, qui « gaspilla misérablement son temps presque jusqu'à sa vingt-cinquième année » et « surpassait tous ses compagnons par la vanité ». Traduction française dans le corps ; original latin dans l'éd. de Quaracchi.
18 19Légende des Trois Compagnons (Legenda trium sociorum), recueil attribué aux compagnons Léon, Rufin et Ange : source pour le songe de Spolète, la rencontre du lépreux, les premiers compagnons (Bernard de Quintavalle, Pierre Cattani). Datation et composition discutées par la critique ; trad. Sources Franciscaines.
22 25 36Saint François d'Assise, Testament (1226) : récit autobiographique du début de la conversion par la rencontre des lépreux — « Lorsque j'étais dans les péchés, il me semblait trop amer de voir des lépreux ; et le Seigneur lui-même me conduisit parmi eux, et je leur fis miséricorde ; et en m'en allant, ce qui m'avait paru amer me fut changé en douceur de l'âme et du corps. » Trad. Sources Franciscaines.
24 26Parole du crucifix de San Damiano (« Va, répare ma maison qui tombe en ruine »), entendue par François vers l'automne 1205 et rapportée notamment par Bonaventure, Legenda Maior, II, et par la Légende des Trois Compagnons. Sur l'analyse comparée des sources de l'épisode, cf. l'étude « The Episode of San Damiano in the Sources for the Life of St. Francis » (Franciscan Studies). Le crucifix roman est aujourd'hui conservé à la basilique Sainte-Claire d'Assise.
27 29Parole attribuée à François lors du dépouillement devant l'évêque Guido (« Désormais je puis dire : Notre Père qui es aux cieux, et non plus : mon père Pietro di Bernardone »), d'après la tradition franciscaine reprise par les biographies (Celano, Vita Prima ; Trois Compagnons). La scène est célèbre dans l'iconographie (fresque de Giotto, Assise).
32Songe du pape Innocent III voyant la basilique du Latran menacer ruine et un petit homme pauvre (François) la soutenir de son épaule, rapporté par Bonaventure (Legenda Maior, III) et Celano. L'approbation orale de la première règle date d'environ 1209-1210. Cf. l'article Ignispedia Innocent III.
38Sur la fuite de Claire Offreduccio la nuit du Dimanche des Rameaux 1212, sa prise d'habit à la Portioncule et la fondation des Pauvres Dames à San Damiano, voir l'article Ignispedia sainte Claire d'Assise et la Catholic Encyclopedia, art. « St. Clare of Assisi », New Advent.
39Présence franciscaine en Terre sainte et Custodie officielle : les premiers frères sont envoyés en Orient dès 1217 et François lui-même vient en 1219 ; mais la garde officielle des Lieux saints n'est instituée qu'en 1342 par le pape Clément VI, par les bulles Gratiam agimus et Nuper carissimae (21 novembre 1342), qui confient aux franciscains la custodie officielle des Lieux saints au nom de l'Église catholique. Cf. Custodie de Terre sainte et entretien du custode (National Catholic Register).
46Regula bullata (Règle bullée des Frères mineurs), approuvée par le pape Honorius III dans la bulle Solet annuere du 29 novembre 1223. Texte toujours en vigueur dans l'ordre franciscain ; chapitre I : « La règle et la vie des Frères mineurs est celle-ci : observer le saint Évangile de notre Seigneur Jésus-Christ, en vivant dans l'obéissance, sans rien en propre, et dans la chasteté. » Cf. Sources Franciscaines et Encyclopædia Britannica, art. « Regula secunda ».
49 50Témoignage de Thomas de Celano sur le corps de François après sa mort, cité par Aimé Michel, Métanoïa. Phénomènes physiques du mysticisme, Albin Michel, Paris, 1986, p. 142 : muscles non contractés, membres non raidis, et, dans les mains et les pieds, non des empreintes de clous mais les clous eux-mêmes façonnés dans la chair, avec le flanc droit rougi de sang. Le Tractatus de Miraculis du même Celano précise que ces clous, pressés d'un côté, faisaient saillie de l'autre ; Celano jure les avoir vus et touchés. À lire avec prudence : le vocabulaire de « beauté rayonnante » désigne la fraîcheur du corps, non une émission lumineuse.
57Défense pontificale des stigmates de François : le 31 mars 1237, Grégoire IX reprend sévèrement Gugliemo qui soumettait les stigmates à une réflexion critique et retire ce même jour son droit de prêcher au dominicain Evecardo qui avait parlé contre elles ; le 5 avril 1237, il en démontre l'authenticité. Le 8 avril 1255, Alexandre IV exalte à son tour ce don de Dieu et ordonne que ses adversaires soient punis. Cf. René Laurentin et Dr Pierre Mahéo, Les stigmates d'Yvonne-Aimée de Malestroit dans le sillage de François d'Assise, O.E.I.L., Paris, 1988, p. 16.
60Saint François d'Assise, Cantique de frère Soleil (Cantico di frate Sole, Laudes Creaturarum), composé vers 1225 à San Damiano en dialecte ombrien — l'un des premiers textes poétiques de la langue italienne. Incipit : « Altissimu, onnipotente, bon Signore, tue so' le laude, la gloria e l'honore et onne benedictione… » Louange de Dieu à travers frère Soleil, sœur Lune et les étoiles, frère Vent, sœur Eau, frère Feu, sœur notre mère la Terre. Trad. Sources Franciscaines.
61 62Strophes ajoutées par François peu avant sa mort : celle du pardon (« Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux qui pardonnent par amour de toi… »), composée à l'occasion de la réconciliation de l'évêque et du podestat d'Assise, et celle de « sœur notre mort corporelle ». Le titre de l'encyclique Laudato si' (2015) du pape François est tiré du refrain du Cantique. Cf. Sources Franciscaines et Cantico di frate Sole.
63Saint François d'Assise, Admonitions, XIV (« L'esprit de pauvreté ») : « Heureux ceux qui ont l'esprit de pauvreté, car le royaume des cieux leur appartient (Mt 5,3). […] Celui qui a le véritable esprit de pauvreté se hait lui-même et chérit ceux qui le frappent sur la joue (cf. Mt 5,39). » Édition française des Admonitions.
66Saint François d'Assise, Admonitions, VI (« L'imitation du Seigneur ») : « Considérons, frères, le bon Pasteur : pour sauver ses brebis, il a souffert la Passion et la Croix. […] Nous devrions avoir honte, nous, les serviteurs de Dieu : car les saints ont agi ; nous, nous racontons ce qu'ils ont fait dans le but d'en retirer pour nous honneur et gloire. » Édition française des Admonitions.
70Saint François d'Assise, Testament (1226) : texte dicté peu avant sa mort, où François rappelle l'origine de sa vocation (les lépreux), sa vénération des prêtres et des Saintes Espèces (« je ne veux pas considérer en eux le péché »), son attachement à la pauvreté et son désir que la Règle soit observée sans gloses. Trad. Sources Franciscaines.
71Saint François d'Assise, Admonitions, XXVI (« Honorer les clercs ») : « Heureux le serviteur qui donne sa foi aux clercs qui vivent en accord avec l'enseignement et les institutions de la sainte Église romaine. Et malheur à ceux qui les méprisent : nul n'a le droit de juger les clercs, même pécheurs ; c'est le Seigneur qui se réserve de les juger. » Édition française des Admonitions.
72 74Saint François d'Assise, Admonitions, I (« Le Corps du Seigneur ») : sur la présence réelle et l'abaissement eucharistique — « chaque jour il s'abaisse, exactement comme à l'heure où, quittant son palais royal, il s'est incarné dans le sein de la Vierge ; chaque jour c'est lui-même qui vient à nous, et sous les dehors les plus humbles ». Édition française des Admonitions.
73Fioretti de saint François (I Fioretti di san Francesco), recueil anonyme du XIVᵉ siècle (traduction toscane des Actus beati Francisci et sociorum eius) : source des récits populaires du sermon aux oiseaux et du loup de Gubbio. Édifiants et fidèles à l'esprit franciscain, mais tardifs et légendaires : à citer comme tradition spirituelle, non comme source historique de première main.
75Récit de la « parfaite joie » (Fioretti, ch. 8) : à frère Léon, sur la route de Sainte-Marie-des-Anges, François enseigne que la joie parfaite n'est ni dans le savoir, ni dans les miracles, ni dans les conversions, mais dans la patience à supporter, par amour du Christ, le rejet, le froid et les coups. Tradition spirituelle franciscaine.
76Mort de saint François au soir du 3 octobre 1226 à la Portioncule (Sainte-Marie-des-Anges) : selon Celano (Vita Prima, 108-110), il demande à être étendu nu sur la terre nue, fait lire la Passion selon saint Jean, fait chanter son Cantique et meurt en récitant le psaume 141/142, accueillant « sœur la Mort ». Fête liturgique au 4 octobre.
77 79Canonisation de saint François par le pape Grégoire IX (l'ancien cardinal Hugolin, protecteur de l'ordre) à Assise le 16 juillet 1228, moins de deux ans après sa mort. Le pape pose alors la première pierre de la basilique ; les reliques y sont transférées le 25 mai 1230. Sources : Catholic Encyclopedia, art. cité ; EWTN, « The Bull of Canonization of St. Francis of Assisi: Mira Circa Nos ».
80Bulle de canonisation Mira circa nos (Grégoire IX, 1228) : le pape y célèbre les « choses étonnantes » que Dieu a opérées par François, suscité « à la onzième heure » comme un ouvrier pour sa vigne, afin d'arracher épines et ronces et de réveiller une chrétienté tiède. Texte intégral (anglais) sur EWTN, « The Bull of Canonization of St. Francis of Assisi: Mira Circa Nos » ; traduction française du passage dans le corps.
81 82Jean-Paul II, lettre apostolique Inter sanctos (29 novembre 1979), proclamant saint François d'Assise patron céleste des écologistes et de ceux qui s'occupent de la nature. Le pape François a repris cette filiation en choisissant le nom de François en 2013 et en intitulant son encyclique sur la sauvegarde de la création Laudato si' (2015), d'après le Cantique des créatures.
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