La sauvegarde de la création désigne, dans la doctrine sociale de l'Église, le devoir moral de respecter, protéger et transmettre la création reçue de Dieu. Ce n'est ni une mode récente, ni une cause militante importée du débat politique : c'est un principe enraciné dans les toutes premières pages de la Bible et tenu fermement par le Magistère. Sa formule tient en un verset : Dieu place l'homme dans le jardin « pour le cultiver et le garder » (Gn 2, 15).
De ce verset découle un double refus, qui distingue la position catholique aussi bien de l'exploitation utilitariste que de l'écologisme qui sacralise la nature. D'un côté, l'homme n'est pas le propriétaire absolu du monde : il en est l'intendant, comptable devant Dieu, devant les pauvres et devant les générations à venir. De l'autre, la nature n'est pas une divinité : la respecter ne se confond pas avec l'adorer, et le christianisme a précisément refusé de faire du cosmos un dieu.
Ce principe n'est pas né avec le pape François. Il court de Vatican II (Gaudium et Spes, 1965) à Jean-Paul II, qui qualifiait dès 1990 la crise écologique de « problème moral », au Catéchisme de 1992, à Benoît XVI et son écologie « humaine », jusqu'à l'encyclique Laudato si' (2015). L'Église parle ici d'une seule voix, dans la continuité, et inscrit la sauvegarde de la création parmi ses principes sociaux, à côté de la dignité de la personne, du bien commun, de la destination universelle des biens et de la solidarité.
Cet article expose le principe lui-même : son fondement biblique, le sens exact de l'intendance, le double refus qu'elle implique, son développement magistériel, son articulation avec les autres principes, et son horizon spirituel. Pour la discussion apologétique des objections culturelles, voir Que penser de l'écologie ? ; pour l'enseignement officiel résumé, Que dit l'Église sur l'écologie ? ; pour la synthèse de Laudato si', L'écologie intégrale.
La sauvegarde de la création est-elle vraiment un principe de la doctrine sociale ?
La doctrine sociale de l'Église s'organise autour de quelques principes permanents : la dignité de la personne humaine, le bien commun, la destination universelle des biens, la subsidiarité et la solidarité[1]. La sauvegarde de la création n'est pas un principe surajouté à cette liste par opportunisme : elle en est une conséquence directe. Si les biens de la terre sont destinés à tous les hommes — y compris ceux qui ne sont pas encore nés —, alors les dilapider ou les détruire est une injustice, pas seulement une imprudence.
Le Compendium de la doctrine sociale de l'Église (2004) lui consacre un chapitre entier, le chapitre dixième, intitulé « Sauvegarder l'environnement »[2]. Le soin de la création y est présenté comme une responsabilité commune de l'humanité, liée au septième commandement et à la justice envers les générations futures. Le Catéchisme en avait déjà fait, en 1992, une exigence morale explicite :
« Le septième commandement demande le respect de l'intégrité de la création. Les animaux, comme les plantes et les êtres inanimés, sont naturellement destinés au bien commun de l'humanité passée, présente et future. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2415[3]
Le rattachement au septième commandement — « Tu ne voleras pas » — est décisif. Détruire gratuitement la création, ou s'en emparer comme d'une proie, c'est en quelque sorte voler aux autres et aux générations futures un bien qui leur était destiné. La sauvegarde de la création est donc, dans la pensée catholique, une question de justice, et non d'abord de sensibilité.
Un principe distinct de l'écologie politique
Il faut distinguer le principe de la sauvegarde de la création des écologismes contemporains. L'Église ne propose pas un programme partisan, ni une idéologie : elle énonce une vérité morale sur le rapport de l'homme au monde. Cette vérité peut éclairer les débats publics, mais elle ne s'y réduit pas. C'est pourquoi le Magistère refuse autant le productivisme qui traite la nature comme un simple stock de ressources que l'écocentrisme qui dissout la personne humaine dans la biosphère[4]. Le principe catholique tient les deux bouts : la nature a une valeur réelle reçue de Dieu, et l'homme y garde une place unique.
Le fondement biblique : la création reçue comme un don
Tout le principe repose sur une intuition biblique : le monde n'est pas à nous, il nous a été donné. La création n'est ni un hasard, ni une propriété, ni un dieu : c'est un don que le Créateur confie. Laudato si' le résume d'une phrase : « Nous ne sommes pas Dieu. La terre nous précède et nous a été donnée. »[5]
Cultiver et garder : le double verbe de la Genèse
Le verset-clé est Genèse 2, 15. Dieu place l'homme dans le jardin avec une mission exprimée par deux verbes :
« Le Seigneur Dieu prit l'homme et l'établit dans le jardin d'Éden pour le cultiver et le garder. » — Genèse 2, 15[6]
Le premier verbe hébreu, 'abad (cultiver, travailler, servir), dit le travail : la création est confiée à l'activité humaine, elle doit être mise en valeur. Le second, shamar (garder), dit la protection : garder, c'est veiller sur, préserver, ne pas dilapider. Laudato si' commente exactement cette articulation : « cultiver » signifie « labourer, défricher ou travailler », tandis que « garder » signifie « protéger, sauvegarder, préserver, soigner, surveiller », ce qui « implique une relation de réciprocité responsable entre l'être humain et la nature »[7]. L'homme n'est pas devant un jardin à piller, mais devant un jardin à servir et à transmettre.
Dominez la terre : un mandat mal compris
L'objection classique — popularisée par l'historien Lynn White en 1967 — accuse la Genèse d'avoir légitimé l'exploitation sauvage de la nature par le verset « remplissez la terre et dominez-la » (Gn 1, 28)[8]. C'est une lecture tronquée. Le pape François y répond directement :
« Il a été dit que, à partir du récit de la Genèse qui invite à "dominer" la terre (cf. Gn 1, 28), on favoriserait l'exploitation sauvage de la nature... Ce n'est pas une interprétation correcte de la Bible, comme la comprend l'Église. » — Pape François, Laudato si', n° 67[9]
Le mot traduit par « dominer » (hébreu radah) désigne la responsabilité d'un roi-berger, non d'un tyran : dans la Bible, le bon roi est celui qui protège son peuple, pas celui qui l'écrase. Lu avec Genèse 2, 15, le mandat de Genèse 1, 28 est donc une intendance, jamais un permis de destruction. Le récit même insiste : après chaque jour de création, « Dieu vit que cela était bon » (Gn 1) ; le monde a une bonté propre, antérieure à l'usage que l'homme en fait[10].
Le sabbat et le jubilé : la terre a droit au repos
La Loi d'Israël traduit ce respect en institutions concrètes. Tous les sept ans, la terre elle-même doit observer un sabbat : on ne la cultive pas, on la laisse se reposer (Lv 25, 1-7). Tous les cinquante ans, le jubilé remet les dettes, libère les esclaves et restitue les terres (Lv 25, 8-55)[11]. Ces lois disent une chose forte : la création n'est pas une machine à produire sans fin au service de la cupidité humaine ; elle a un rythme voulu par Dieu, et l'homme doit s'y inscrire au lieu de l'épuiser. Le repos de la terre est le signe que l'homme n'en est pas le maître absolu.
Toute la création gémit et attend
Le Nouveau Testament élargit l'horizon. La création n'est pas un simple décor : elle est associée au destin de l'homme et attend, elle aussi, la rédemption.
« La création tout entière gémit maintenant encore dans les douleurs de l'enfantement... elle aussi sera libérée de la servitude de la corruption pour entrer dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu. » — Romains 8, 22.21[12]
Saint Paul rappelle aussi que tout a été créé dans le Christ et pour lui (Col 1, 16-17)[13] : la création n'est pas neutre, elle porte une signification christique. Maltraiter la création, c'est donc, d'une certaine manière, offenser le dessein de Dieu inscrit en elle.
L'homme intendant : ni tyran, ni adorateur
Le cœur du principe est une juste position de l'homme entre deux excès symétriques. Le Magistère les nomme et les refuse tous les deux.
Contre la domination tyrannique et l'exploitation
Le premier excès est l'anthropocentrisme dévié : l'homme se prend pour le propriétaire absolu, traite la nature comme un simple stock de ressources, et l'exploite sans mesure. Jean-Paul II dénonçait déjà cette attitude dans Sollicitudo Rei Socialis (1987) puis dans Centesimus Annus (1991), où il décrit l'homme qui « au lieu de remplir son rôle de collaborateur de Dieu dans l'œuvre de la création, se substitue à Dieu et provoque ainsi la révolte de la nature »[14]. La création n'appartient pas à l'homme : il en répondra.
Contre la divinisation de la nature
Le second excès, inverse, est le biocentrisme ou l'écocentrisme : on absolutise la nature, on la sacralise, jusqu'à la placer au-dessus de la personne humaine. Le Magistère le refuse tout autant. Benoît XVI mettait en garde contre une vision qui ferait de la nature « quelque chose de plus important que la personne humaine elle-même » et conduirait à des « attitudes néo-païennes ou de nouveau panthéisme »[15]. La création est bonne, mais elle reste créature : seul Dieu est Dieu. Réduire l'homme à un simple élément de la biosphère, ou faire de la défense de la nature un prétexte pour mépriser la vie humaine, trahit la foi.
Le juste milieu : l'intendance responsable
Entre ces deux excès, la doctrine sociale tient une position d'équilibre : l'intendance (en anglais stewardship). L'homme est un gérant, un administrateur responsable, ni esclave ni maître absolu de la création.
« Non seulement la terre a été donnée par Dieu à l'homme, qui doit en faire usage en respectant l'intention originelle de bien selon laquelle elle lui a été donnée, mais l'homme aussi est pour lui-même un don de Dieu et il doit, par conséquent, respecter la structure naturelle et morale dont il a été doté. » — Saint Jean-Paul II, Centesimus Annus, n° 38[16]
Cette phrase contient le mot-clé du principe : il existe une écologie humaine avant l'écologie environnementale. La manière dont l'homme traite la nature, dont il se traite lui-même et dont il traite les autres est liée, parce que tous sont créatures de Dieu. C'est pourquoi le Magistère refuse de séparer la défense de l'environnement de la défense de la vie, de la famille et de la dignité de la personne.
Que dit le Magistère ? Un enseignement dans la continuité
Le principe de la sauvegarde de la création n'a pas été inventé en 2015. Il s'est développé par étapes, chaque pape précisant l'enseignement du précédent.
- 7 décembre 1965Gaudium et Spes (Vatican II)
Le concile affirme l'« autonomie des réalités terrestres » et la vocation de l'homme à dominer la terre « dans la justice et la sainteté » (GS 69), tout en rappelant la destination commune des biens.
- 4 mars 1979Redemptor Hominis 15
Jean-Paul II alerte sur une humanité qui semble « ne percevoir d'autre signification de son milieu naturel que celle qui sert aux buts d'une utilisation immédiate ».
- 29 novembre 1979Inter Sanctos
Saint François d'Assise est proclamé « patron céleste de ceux qui promeuvent l'écologie ».
- 1er janvier 1990Message pour la Journée de la Paix
Jean-Paul II déclare que « la crise écologique est une question morale » et insiste sur la responsabilité envers les générations futures.
- 1er mai 1991Centesimus Annus 37-38
Jean-Paul II formule la notion d'« écologie humaine » : respecter la nature et respecter la structure morale de l'homme sont liés.
- 29 juin 2009Caritas in Veritate 48-51
Benoît XVI relie environnement, développement et vie humaine ; il refuse autant l'exploitation que la divinisation de la nature.
- 24 mai 2015Laudato si'
François consacre une encyclique entière à « la sauvegarde de la maison commune » et déploie l'« écologie intégrale ».
- 4 octobre 2023Laudate Deum
François revient sur l'urgence climatique et appelle à des décisions concrètes, dans la continuité de Laudato si'.
De Vatican II au Catéchisme
Le concile Vatican II, dans Gaudium et Spes (1965), avait posé les bases : les réalités terrestres ont leur consistance propre, et l'homme est appelé à les ordonner « dans la justice et la sainteté », en se souvenant que les biens de la terre sont destinés à tous[17]. Le Catéchisme de 1992 a ensuite codifié l'enseignement en rattachant le respect de la création au septième commandement (CEC 2415-2418), et en rappelant que la création reflète la gloire de Dieu :
« Les animaux sont des créatures de Dieu. Celui-ci les entoure de sa sollicitude providentielle. Par leur simple existence, ils le bénissent et lui rendent gloire. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2416[18]
Jean-Paul II : la crise écologique comme problème moral
Le tournant décisif vient de Jean-Paul II. Dans son message pour la Journée mondiale de la paix de 1990, intitulé « La paix avec Dieu créateur, la paix avec toute la création », il pose une thèse qui structure tout l'enseignement ultérieur :
« La crise écologique est une question morale. » — Saint Jean-Paul II, message pour la Journée mondiale de la paix, 1er janvier 1990[19]
Autrement dit, abîmer la création n'est pas un simple problème technique ou économique : c'est une faute morale, parce qu'elle blesse la justice due aux autres et le respect dû au Créateur. Jean-Paul II y insiste sur le devoir envers les générations futures : on ne peut intervenir sur un écosystème « sans prêter l'attention requise... au bien-être des générations futures »[20]. Un an plus tard, Centesimus Annus introduit la notion d'écologie humaine : la dégradation de l'environnement humain — la famille, la vie — est même « plus grave » que celle de l'environnement naturel[21].
Benoît XVI : l'écologie humaine confirmée
Benoît XVI a souvent été surnommé le « pape vert ». Dans Caritas in Veritate (2009), il intègre pleinement l'environnement à la doctrine sociale :
« L'environnement naturel a été donné par Dieu à tous, et son usage représente pour nous une responsabilité à l'égard des pauvres, des générations à venir et de l'humanité tout entière. » — Benoît XVI, Caritas in Veritate, n° 48[22]
Il insiste sur le lien indissociable entre écologie environnementale et écologie humaine : on ne peut pas exiger le respect de la nature tout en méprisant la vie humaine naissante ou la famille. Pour la Journée de la paix de 2010, il choisit pour thème : « Si tu veux promouvoir la paix, protège la création »[23].
François : Laudato si' et l'écologie intégrale
Avec Laudato si' (2015), le pape François consacre la première encyclique entièrement dédiée à la sauvegarde de la création. Reprenant le Cantique des créatures de saint François d'Assise, il parle de la terre comme d'une « sœur » maltraitée :
« Cette sœur crie en raison des dégâts que nous lui causons par l'utilisation irresponsable et par l'abus des biens que Dieu a déposés en elle. » — Pape François, Laudato si', n° 2[24]
L'apport propre de François est la notion d'écologie intégrale : tout est lié, la crise environnementale et la crise sociale ne font qu'une seule crise, et le cri de la terre rejoint le cri des pauvres[25]. Laudate Deum (2023) prolonge cet appel face à l'urgence climatique. Cette synthèse mérite un développement à part : voir L'écologie intégrale.
Comment ce principe s'articule-t-il avec les autres ?
La sauvegarde de la création n'est pas un principe isolé : elle s'emboîte avec les autres principes de la doctrine sociale, dont elle est en partie une conséquence. Le tableau suivant montre comment chaque principe éclaire le soin de la création.
| Principe social | Ce qu'il affirme | Conséquence pour la sauvegarde de la création |
|---|---|---|
| Destination universelle des biens | La terre est donnée par Dieu à tous les hommes | Dilapider les ressources prive les autres et les générations futures de leur part |
| Bien commun | Le bien de tous, y compris à venir | L'environnement est un bien commun intergénérationnel à transmettre |
| Solidarité | Responsabilité mutuelle entre les hommes | La dégradation frappe d'abord les pauvres : la solidarité oblige à les protéger |
| Dignité de la personne | L'homme est créé à l'image de Dieu | L'écologie ne doit jamais s'opposer à la vie humaine : écologie humaine d'abord |
| Subsidiarité | Agir au plus près du terrain | Le soin de la création engage chaque communauté, pas seulement les États |
Le lien le plus fort est celui de la destination universelle des biens : si Dieu a donné la terre à tous, alors l'épuiser au profit de quelques-uns ou d'une seule génération est une injustice de fond[26]. Le second est celui de la solidarité : ce sont presque toujours les plus pauvres qui subissent en premier la dégradation de leur environnement, ce qui transforme l'écologie en exigence de justice et non en luxe de pays riches.
Saint François et la louange de la création
Le principe de la sauvegarde de la création n'est pas qu'un raisonnement de justice : il a une dimension spirituelle profonde, dont saint François d'Assise est la figure. Jean-Paul II l'a proclamé « patron céleste de ceux qui promeuvent l'écologie » par la lettre apostolique Inter Sanctos, le 29 novembre 1979[27].
La spiritualité franciscaine ne sacralise pas la nature : elle la lit comme un livre qui chante Dieu. Dans le Cantique des créatures, François ne s'adresse pas à la nature comme à une déesse, mais loue Dieu à travers ses créatures :
« Loué sois-tu, mon Seigneur, avec toutes tes créatures, spécialement messire frère Soleil... Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mère la Terre, qui nous soutient et nous gouverne. » — Saint François d'Assise, Cantique des créatures, vers 1225[28]
C'est là le juste équilibre catholique : la création est respectée parce qu'elle est don et signe du Créateur, non parce qu'elle serait elle-même divine. Le Catéchisme reprend d'ailleurs ce cantique pour enseigner que les créatures, « chacune à sa manière, reflètent un rayon de la sagesse et de la bonté infinies de Dieu »[29]. La contemplation, la louange et l'action de grâce sont ainsi les véritables racines de l'écologie chrétienne — bien avant l'indignation ou la peur.
L'horizon : des cieux nouveaux et une terre nouvelle
Le principe de la sauvegarde de la création s'éclaire enfin par son horizon eschatologique. La foi catholique n'attend pas la destruction du monde, mais sa transfiguration. La création tout entière est appelée à être renouvelée.
« Puis je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre avaient disparu. » — Apocalypse 21, 1[30]
Cet horizon n'autorise aucune désinvolture : précisément parce que le monde sera transfiguré et non aboli, le soin que l'homme en prend dès maintenant a un sens définitif. La sauvegarde de la création prépare, à sa mesure, le monde réconcilié dont parle l'Écriture. Dans la spiritualité de la Divine Volonté transmise à Luisa Piccarreta, cette intuition trouve un écho : l'âme qui vit dans la Volonté de Dieu est invitée à rendre, au nom de toute la création, l'amour et la gloire dus à Dieu pour l'œuvre de la Création, de la Rédemption et de la Sanctification — une louange que les créatures inanimées ne peuvent lui rendre seules[31]. Soigner la création, c'est alors collaborer au dessein du Créateur, qui veut « tout réunir sous un seul chef, le Christ » (Ep 1, 10).
Pour aller plus loin
- Que dit l'Église sur l'écologie ? — l'enseignement officiel résumé pour les fidèles.
- Que penser de l'écologie ? — le dossier apologétique des objections culturelles.
- L'écologie intégrale — la synthèse de Laudato si' : tout est lié.
- La destination universelle des biens — le premier principe dont découle la sauvegarde de la création.
- Le bien commun — pourquoi l'environnement est un bien commun intergénérationnel.
- La solidarité — la dégradation frappe d'abord les pauvres.
- La dignité de la personne humaine — l'écologie humaine avant tout.
Notes et références
Conseil pontifical Justice et Paix, Compendium de la doctrine sociale de l'Église, Libreria Editrice Vaticana, 2004 — les principes permanents : dignité de la personne, bien commun, destination universelle des biens, subsidiarité, solidarité (nn. 160-208).
1Compendium de la doctrine sociale de l'Église, chapitre X, « Sauvegarder l'environnement », nn. 451-487 (numérotation vérifiée sur le texte intégral) : présentation du soin de la création comme responsabilité commune liée au septième commandement et à la justice intergénérationnelle.
2Catéchisme de l'Église catholique, § 2415 (texte français officiel, vatican.va) : « Le septième commandement demande le respect de l'intégrité de la création. Les animaux, comme les plantes et les êtres inanimés, sont naturellement destinés au bien commun de l'humanité passée, présente et future. »
3Compendium de la doctrine sociale de l'Église, n° 463 (vérifié sur le texte intégral) : « Une conception correcte de l'environnement ne peut pas, d'une part, réduire de manière utilitariste la nature à un simple objet de manipulation et d'exploitation, et elle ne doit pas, d'autre part, l'absolutiser et la faire prévaloir sur la personne humaine au plan de la dignité. » Cf. nn. 464-466 sur la responsabilité environnementale qui en découle.
4Pape François, encyclique Laudato si', 24 mai 2015, n° 67 : « Nous ne sommes pas Dieu. La terre nous précède et nous a été donnée... Ce n'est pas une interprétation correcte de la Bible... "cultiver" signifie labourer, défricher ou travailler, "garder" signifie protéger, sauvegarder, préserver, soigner, surveiller. Cela implique une relation de réciprocité responsable entre l'être humain et la nature. » Texte sur vatican.va.
5 7 9Genèse 2, 15 (traduction liturgique / Bible de Jérusalem) : « Le Seigneur Dieu prit l'homme et l'établit dans le jardin d'Éden pour le cultiver et le garder. » Verbes hébreux 'abad (cultiver, servir) et shamar (garder, protéger).
6Genèse 1, 28 : « Soyez féconds, multipliez-vous, remplissez la terre et dominez-la. » Verbe hébreu radah / kabash, lu par la tradition comme une royauté de service, non comme un droit de destruction. L'accusation d'avoir légitimé l'exploitation de la nature remonte à Lynn White Jr., « The Historical Roots of Our Ecologic Crisis », Science, vol. 155, 10 mars 1967, pp. 1203-1207.
8Catéchisme de l'Église catholique, §§ 339-341 : chaque créature possède sa bonté et sa perfection propres ; l'interdépendance des créatures est voulue par Dieu. Cf. § 299 (« Dieu vit que cela était bon », Gn 1).
10Lévitique 25, 1-7 (sabbat de la terre tous les sept ans) et 25, 8-55 (jubilé tous les cinquante ans : remise des dettes, libération, restitution des terres). Le repos imposé à la terre signifie que l'homme n'en est pas le maître absolu.
11Romains 8, 19-22 : « La création tout entière gémit maintenant encore dans les douleurs de l'enfantement... elle aussi sera libérée de la servitude de la corruption pour entrer dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu. »
12Colossiens 1, 16-17 : « Car en lui ont été créées toutes choses... tout subsiste en lui. » La création porte une signification christique.
13Saint Jean-Paul II, encyclique Centesimus Annus, 1er mai 1991, n° 37 : l'homme qui, « au lieu de remplir son rôle de collaborateur de Dieu dans l'œuvre de la création, se substitue à Dieu, provoque ainsi la révolte de la nature, plutôt tyrannisée que gouvernée par lui ». Texte sur vatican.va.
14Benoît XVI, encyclique Caritas in Veritate, 29 juin 2009, n° 48 : « L'environnement naturel a été donné par Dieu à tous, et son usage représente pour nous une responsabilité à l'égard des pauvres, des générations à venir et de l'humanité tout entière. » Le n° 48 met aussi en garde contre une nature absolutisée et contre les « attitudes néo-païennes ou de nouveau panthéisme ». Cf. nn. 50-51.
15 22Saint Jean-Paul II, Centesimus Annus, n° 38 : « Non seulement la terre a été donnée par Dieu à l'homme, qui doit en faire usage en respectant l'intention originelle de bien selon laquelle elle lui a été donnée, mais l'homme aussi est pour lui-même un don de Dieu et il doit, par conséquent, respecter la structure naturelle et morale dont il a été doté. » Formulation de l'« écologie humaine ».
16 21Concile Vatican II, constitution pastorale Gaudium et Spes, 7 décembre 1965, n° 69 : les biens créés sont destinés à tous les hommes ; l'homme ordonne les réalités terrestres dans la justice. Cf. n° 36 sur l'autonomie légitime des réalités terrestres.
17Catéchisme de l'Église catholique, § 2416 (texte français officiel, vatican.va) : « Les animaux sont des créatures de Dieu. Celui-ci les entoure de sa sollicitude providentielle. Par leur simple existence, ils le bénissent et lui rendent gloire. » Cf. § 2417-2418 sur l'usage légitime et le refus de la souffrance gratuite.
18Saint Jean-Paul II, message pour la XXIIIᵉ Journée mondiale de la paix, 1er janvier 1990, « La paix avec Dieu créateur, la paix avec toute la création », n° 15 : « la crise écologique est une question morale ». Texte sur vatican.va.
19Saint Jean-Paul II, message pour la Journée mondiale de la paix 1990, n° 6 : on ne peut intervenir dans un domaine de l'écosystème « sans prêter l'attention requise aux conséquences... et au bien-être des générations futures ».
20Benoît XVI, message pour la XLIIIᵉ Journée mondiale de la paix, 1er janvier 2010, « Si tu veux promouvoir la paix, protège la création ». Texte sur vatican.va.
23Pape François, Laudato si', n° 2 : « Cette sœur crie en raison des dégâts que nous lui causons par l'utilisation irresponsable et par l'abus des biens que Dieu a déposés en elle. » Reprise du Cantique des créatures de saint François d'Assise.
24Pape François, Laudato si', n° 49 (numéro vérifié) : « il faut écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres » — formulation de l'écologie intégrale (tout est lié).
25Catéchisme de l'Église catholique, § 2402 : au commencement, Dieu a confié la terre et ses ressources à la gérance commune de l'humanité ; la destination universelle des biens demeure première. Cf. § 2456 sur l'usage des ressources naturelles dans le respect des générations futures.
26Saint Jean-Paul II, lettre apostolique Inter Sanctos, 29 novembre 1979 : proclamation de saint François d'Assise comme « patron céleste de ceux qui promeuvent l'écologie ». Texte sur vatican.va.
27Saint François d'Assise, Cantique des créatures (Cantico delle creature, dit aussi Cantique de frère Soleil), vers 1225. Texte italien/ombrien primitif édité dans les Fonti Francescane. La louange s'adresse à Dieu à travers les créatures, non aux créatures elles-mêmes.
28Catéchisme de l'Église catholique, § 339 : « Chaque créature possède sa bonté et sa perfection propres... Les diverses créatures, voulues en leur être propre, reflètent, chacune à sa manière, un rayon de la sagesse et de la bonté infinies de Dieu. »
29Apocalypse 21, 1 : « Puis je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre avaient disparu. » Cf. 2 Pierre 3, 13 : « des cieux nouveaux et une terre nouvelle où la justice habitera ».
30Thème de la spiritualité de la Divine Volonté transmise à Luisa Piccarreta (1865-1947), Le Livre du Ciel, tome 17, entrée du 17 mai 1925 (éditions Centro Studi Piccarreta) : l'âme unie à la Volonté divine est appelée à « donner le retour, au nom de tous, d'amour et de gloire pour l'œuvre de la Création, de la Rédemption et de la Sanctification ». Paraphrase fidèle du thème de l'entrée (titre éditorial du volume), et non une citation littérale isolée de Luisa.
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