La solidarité est, dans la doctrine sociale de l'Église, bien plus qu'un sentiment de compassion ou un slogan généreux : c'est l'un de ses quatre principes permanents, aux côtés de la dignité de la personne humaine, du bien commun et de la subsidiarité. Jean-Paul II en a donné la définition devenue classique : non « un sentiment de compassion vague ou d'attendrissement superficiel pour les maux subis par tant de personnes proches ou lointaines », mais « la détermination ferme et persévérante de travailler pour le bien commun »[1].
Le mot lui-même est récent — il n'apparaît dans la langue française qu'à la fin du XVIIᵉ siècle, hérité d'un terme du droit romain (in solidum) — et il a d'abord servi, au XIXᵉ siècle, à proposer une morale civile destinée à remplacer la charité chrétienne. L'Église ne l'a pas rejeté : elle l'a purifié et adopté, jusqu'à en faire l'un des noms du commandement de l'amour appliqué à la société, sous les appellations d'« amitié », de « charité sociale », puis de « civilisation de l'amour »[2].
Ce principe repose sur un fait et débouche sur un devoir. Le fait : les hommes et les peuples sont réellement interdépendants, liés par une commune origine, une commune nature et un commun destin. Le devoir : transformer cette interdépendance subie en responsabilité voulue, parce que, comme l'écrit Jean-Paul II, « nous sommes tous vraiment responsables de tous »[3]. La solidarité n'est donc ni le collectivisme qui dissout la personne dans la masse, ni l'individualisme qui ignore le prochain : elle est la reconnaissance active que le bien de chacun passe par le bien de tous.
Cet article traite la solidarité en tant que principe de la doctrine sociale : sa définition, l'histoire de son nom, ses fondements, ses contrefaçons, son lien indissociable avec la subsidiarité, ses formes concrètes et son sommet proprement chrétien. Les sujets connexes — le bien commun, la subsidiarité, la destination universelle des biens, la charité politique, l'option pour les pauvres ou la paix — sont renvoyés à leurs articles propres.
La solidarité, un des quatre principes permanents de la doctrine sociale
La doctrine sociale de l'Église n'est pas un programme politique mais un corps de principes tirés de la foi et de la raison, destinés à éclairer la vie en société. Le Compendium de la doctrine sociale de l'Église, publié en 2004 par le Conseil pontifical Justice et Paix, en distingue quatre qu'il appelle « permanents » parce qu'ils valent en tout temps et en tout lieu : la dignité de la personne humaine, le bien commun, la subsidiarité et la solidarité[4].
Quatre piliers ordonnés à la personne
Ces principes ne sont pas juxtaposés au hasard : ils forment un ensemble cohérent dont le centre est la personne humaine, créée à l'image de Dieu. La dignité de la personne en est le fondement ; le bien commun en est la fin sociale ; la subsidiarité garantit que les corps intermédiaires et les personnes ne soient pas écrasés par le sommet ; la solidarité assure que personne ne soit abandonné en bas. Le Compendium souligne que ces principes « doivent être appréciés dans leur caractère unitaire, dans leur connexion et leur articulation » — les isoler les uns des autres conduit à les fausser[5].
« Ces principes, expression de l'entière vérité sur l'homme, connue par la raison et par la foi, jaillissent de la rencontre du message évangélique et de ses exigences résumées dans le commandement suprême de l'amour de Dieu et du prochain et dans la justice avec des problèmes émanant de la vie de la société. » — Conseil pontifical Justice et Paix, Compendium de la doctrine sociale de l'Église, 2004[6]
Ce que « principe permanent » signifie
Dire que la solidarité est un principe et non une simple recommandation a une portée précise. Un principe est une vérité de fond à partir de laquelle on juge les situations concrètes : il ne dicte pas une solution technique unique, mais il exclut comme injustes les organisations sociales qui le contredisent. Une économie ou une politique qui sacrifierait délibérément les faibles, les générations futures ou les peuples pauvres au profit de quelques-uns violerait le principe de solidarité, quel que soit son rendement[7]. C'est pourquoi l'Église parle ici d'une exigence « morale » et non d'une option facultative : la paix du monde elle-même en dépend pour une part[8].
Qu'est-ce que la solidarité ? La définition de l'Église
La grande contribution de Jean-Paul II à la doctrine sociale aura été de hisser la solidarité du rang de sentiment à celui de vertu et de principe. Dans l'encyclique Sollicitudo Rei Socialis (1987), publiée pour le vingtième anniversaire de Populorum Progressio, il consacre au mot une analyse décisive qui sera reprise mot pour mot par le Catéchisme et le Compendium[9].
« Ni un sentiment de compassion vague »
Le point de départ de Jean-Paul II est une mise en garde : la solidarité est constamment menacée de se dissoudre en émotion. On se sent solidaire devant une catastrophe, on s'attendrit devant la misère lointaine, puis on passe à autre chose. Or ce n'est pas cela :
« La solidarité n'est donc pas un sentiment de compassion vague ou d'attendrissement superficiel pour les maux subis par tant de personnes proches ou lointaines. Au contraire, c'est la détermination ferme et persévérante de travailler pour le bien commun, c'est-à-dire pour le bien de tous et de chacun parce que tous nous sommes vraiment responsables de tous. » — Saint Jean-Paul II, Sollicitudo Rei Socialis, n° 38, 30 décembre 1987[10]
Trois mots font tout le poids de cette définition. Détermination : un acte de la volonté, non un mouvement de la sensibilité. Ferme et persévérante : une disposition stable, qui tient dans la durée et résiste à la fatigue. Bien commun : la solidarité n'est pas la somme des intérêts particuliers, mais l'ordonnancement de tous au bien de tous[11].
Principe social et vertu morale : les deux visages
Le Compendium précise que la solidarité présente deux faces inséparables. Elle est d'abord un principe social, c'est-à-dire un critère d'organisation des institutions et des structures : on parle alors de réformer les « structures de péché » par des structures de solidarité. Elle est ensuite une vertu morale, une qualité de la personne qui la porte effectivement à se faire proche d'autrui[12].
« La solidarité doit être saisie avant tout dans sa valeur de principe social ordonnateur des institutions […]. La solidarité est également une véritable vertu morale, et non pas "un sentiment de compassion vague ou d'attendrissement superficiel pour les maux subis par tant de personnes proches ou lointaines". » — Compendium de la doctrine sociale de l'Église, n° 193[13]
C'est cette dualité qui distingue la solidarité catholique d'une simple philanthropie. La philanthropie soulage des effets ; la solidarité, comme vertu et comme principe, s'attaque aussi aux causes et engage la conversion des structures comme des cœurs. Le Compendium peut ainsi affirmer qu'elle « s'élève au rang de vertu sociale fondamentale »[14].
« Nous sommes tous responsables de tous »
La formule « tous responsables de tous » condense l'anthropologie qui sous-tend tout le principe. Elle ne signifie pas une culpabilité diffuse et paralysante, mais une responsabilité réelle et différenciée : chacun répond du bien commun à la mesure de sa place, de ses moyens et de son pouvoir. Jean-Paul II en tire aussitôt une conséquence sur les « structures de péché » — ces mécanismes économiques et politiques qui, une fois mis en place, engendrent l'injustice indépendamment des intentions individuelles :
« Ces attitudes et ces "structures de péché" ne peuvent être vaincues […] que par une attitude diamétralement opposée : se dépenser pour le bien du prochain en étant prêt, au sens évangélique du terme, à "se perdre" pour l'autre au lieu de l'exploiter, et à "le servir" au lieu de l'opprimer à son propre profit. » — Saint Jean-Paul II, Sollicitudo Rei Socialis, n° 38[15]
Aux racines du mot : du droit romain à la solidarité chrétienne
Le mot solidarité a une histoire singulière : né dans le vocabulaire des juristes, devenu au XIXᵉ siècle le drapeau d'une morale rivale du christianisme, il a finalement été reçu et transfiguré par l'Église. Connaître cette histoire évite deux contresens : croire que la solidarité serait une invention laïque étrangère à l'Évangile, ou croire au contraire qu'elle aurait toujours appartenu au vocabulaire chrétien.
In solidum : une dette portée par tous
À l'origine, solidarité n'est pas un sentiment mais une catégorie juridique. En droit romain, l'expression in solidum désigne l'obligation par laquelle plusieurs débiteurs sont tenus chacun pour le tout : si l'un paie, les autres sont libérés ; si l'un fait défaut, le créancier peut tout réclamer aux autres. L'« obligation solidaire » appartient depuis longtemps au vocabulaire du droit français, et le substantif solidarité y apparaît à la fin du XVIIᵉ siècle pour désigner ce lien d'obligation réciproque[16]. L'intuition profonde est déjà là : être solidaire, c'est être engagé pour le tout, et non pour sa seule part.
Pierre Leroux et le projet de remplacer la charité
Le mot quitte le droit pour la philosophie sociale avec le penseur socialiste Pierre Leroux (1797-1871), au tournant des années 1840. Leroux fait de la solidarité, jusque-là juridique, le pivot d'une morale de l'humanité destinée à se passer de la charité chrétienne[17]. Le projet est clair : substituer à un devoir d'amour fondé sur Dieu un lien purement horizontal entre les hommes, fondé sur leur appartenance commune à l'humanité. La solidarité devient ainsi, chez certains, le mot d'ordre d'une religion de l'humanité sans transcendance.
Le solidarisme de la Troisième République
Cette laïcisation trouve sa forme politique achevée avec le solidarisme de Léon Bourgeois (1851-1925), dont l'ouvrage Solidarité (1896) devient quasiment la doctrine officieuse de la Troisième République française. Bourgeois élabore l'idée d'une « dette sociale » : chaque individu naît débiteur envers la société qui l'a précédé et formé, et doit s'acquitter de cette dette par l'impôt, l'assurance et la coopération[18]. Le solidarisme veut fonder une morale civique sans recours à la Révélation — ce qui explique la méfiance initiale d'une partie des catholiques envers le terme.
La réappropriation catholique : de l'« amitié » à la « charité sociale »
L'Église n'a pas combattu le mot : elle en a revendiqué la vérité en la rattachant à sa source. Le Catéchisme note que le principe de solidarité « est énoncé encore sous le nom d'amitié ou de charité sociale »[19]. Le terme d'« amitié » vient d'Aristote et de saint Thomas (l'amitié civique qui unit les citoyens) ; celui de « charité sociale » vient de Pie XI dans Quadragesimo Anno (1931), qui demande que la justice sociale soit informée et animée par la charité[20]. L'Église accepte donc le mot solidarité, mais en renversant le projet de Leroux : loin de remplacer la charité, la solidarité authentique trouve en elle son fondement et son achèvement. C'est exactement ce que dira Jean-Paul II en montrant que la solidarité, vertu humaine, « tend à se dépasser elle-même » pour rejoindre la charité chrétienne[21].
Les fondements de la solidarité : pourquoi sommes-nous liés ?
La solidarité n'est pas une convention que la société serait libre d'adopter ou non : elle découle de ce que l'homme est. L'Église en donne des fondements à la fois rationnels et révélés.
L'unité du genre humain : une seule famille
Le premier fondement est l'unité de la nature humaine. Tous les hommes partagent la même origine, la même dignité, le même destin ; ils forment une seule famille humaine, ce que le Concile rappelle en fondant la solidarité sur le don désintéressé de soi[22]. Le Catéchisme rattache directement la solidarité à cette communauté d'origine et à « l'égalité de la nature raisonnable chez tous les hommes », citant l'encyclique Summi Pontificatus de Pie XII (1939) :
« Une erreur, aujourd'hui largement répandue, est l'oubli de cette loi de solidarité humaine et de charité, dictée et imposée aussi bien par la communauté d'origine et par l'égalité de la nature raisonnable chez tous les hommes […] que par le sacrifice de rédemption offert par Jésus-Christ sur l'autel de la Croix à son Père céleste, en faveur de l'humanité pécheresse. » — Vénérable Pie XII, Summi Pontificatus, 1939, cité au Catéchisme n° 1939[23]
« Suis-je le gardien de mon frère ? »
L'Écriture pose la question de la solidarité dès ses premières pages. Après le meurtre d'Abel, Dieu interroge Caïn : « Où est ton frère ? », et Caïn répond par le refus type de toute solidarité : « Suis-je le gardien de mon frère ? »[24]. La Genèse présente ainsi le refus de la responsabilité fraternelle comme la racine sociale du péché. À l'inverse, toute la Loi et les Prophètes appelleront à « aimer son prochain comme soi-même » (Lv 19, 18) et à protéger l'orphelin, la veuve et l'étranger[25].
Le Corps du Christ : « si un membre souffre… »
Le fondement le plus profond est proprement théologique. Par le baptême, les chrétiens sont incorporés au Christ et deviennent membres les uns des autres. Saint Paul en tire l'image du corps, qui est la charte de la solidarité chrétienne :
« Si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est à l'honneur, tous partagent sa joie. Or vous êtes corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes membres de ce corps. » — Saint Paul, Première lettre aux Corinthiens 12, 26-27[26]
Ce que la nature commence — l'unité du genre humain —, la grâce l'achève : « nous sommes, à plusieurs, un seul corps dans le Christ, et membres les uns des autres »[27]. La solidarité chrétienne n'est donc pas seulement un devoir envers des semblables, mais une communion réelle dans un même Corps.
L'interdépendance moderne : un fait à transformer en devoir
Jean-Paul II ajoute un fondement tiré de l'expérience contemporaine : la mondialisation a rendu les hommes et les peuples plus interdépendants que jamais. Les marchés, les communications, les migrations, l'écologie nouent les destins. Mais l'interdépendance n'est qu'un fait ; elle peut produire l'exploitation aussi bien que l'entraide. Le rôle du principe de solidarité est précisément de transformer ce fait en valeur morale :
« L'interdépendance doit se transformer en solidarité, fondée sur le principe que les biens de la création sont destinés à tous. » — Saint Jean-Paul II, Sollicitudo Rei Socialis, n° 39[28]
C'est ici que la solidarité touche à la mondialisation et à la destination universelle des biens, traitées dans leurs articles propres.
La solidarité dans l'Écriture et chez les Pères
Avant d'être un principe formulé par le magistère social, la solidarité est une pratique évangélique. Le Christ ne l'a pas seulement enseignée : il l'a incarnée et en a fait le critère du Jugement.
Le Bon Samaritain : qui est mon prochain ?
À un docteur de la Loi qui cherche à se justifier en demandant « et qui est mon prochain ? », Jésus répond par la parabole du Bon Samaritain (Lc 10, 25-37). Le prêtre et le lévite « passent de l'autre côté » ; seul l'étranger méprisé s'arrête, soigne le blessé et paie pour lui. La leçon renverse la question : le prochain n'est pas une catégorie à délimiter pour savoir jusqu'où va mon devoir, mais quelqu'un dont je me fais le prochain en m'approchant. « Va, et toi aussi, fais de même »[29]. Benoît XVI y voit l'universalisation du prochain, qui reste concrète : « Celui qui a besoin de moi et que je peux aider, celui-là est mon prochain »[30].
« Ce que vous avez fait au plus petit »
Le discours sur le Jugement dernier (Mt 25, 31-46) fait de la solidarité concrète envers les plus pauvres le critère du salut. Le Roi ne demande pas les titres ni les mérites religieux, mais : ai-je donné à manger, à boire, accueilli l'étranger, visité le prisonnier ? Et il s'identifie aux petits :
« Chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. » — Évangile selon saint Matthieu 25, 40[31]
Cette identification du Christ aux pauvres est le fondement de l'option préférentielle pour les pauvres, développée dans son article propre : la solidarité chrétienne n'est pas neutre, elle se porte d'abord vers les plus faibles.
La première communauté de Jérusalem
Les Actes des Apôtres décrivent la communauté de Jérusalem comme le premier laboratoire de la solidarité chrétienne : « La multitude de ceux qui étaient devenus croyants avait un seul cœur et une seule âme ; personne ne disait sien ce qui lui appartenait, mais entre eux tout était commun »[32]. Saint Paul organisera plus tard une grande collecte des Églises de Grèce pour les pauvres de Jérusalem, qu'il fonde sur un principe d'égalité et sur l'exemple du Christ : « Lui qui était riche, il s'est fait pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté »[33].
La voix des Pères
Les Pères de l'Église — saint Basile, saint Ambroise, saint Jean Chrysostome — ont prêché avec une vigueur souvent saisissante le devoir de partage, allant jusqu'à dire que garder son superflu pendant que le pauvre manque, c'est lui voler ce qui lui revient. Cette tradition concerne directement la destination universelle des biens, qui en fait l'objet de son propre article ; on notera seulement ici qu'elle fournit l'arrière-plan patristique du principe de solidarité[34].
Solidarité et subsidiarité : un couple inséparable
Le risque, avec un principe aussi puissant, est de le faire fonctionner seul. Une solidarité sans frein peut écraser la liberté et les corps intermédiaires sous un État providence centralisateur ; une liberté sans solidarité abandonne les faibles. C'est pourquoi l'Église insiste : la solidarité et la subsidiarité sont deux principes jumeaux qui se corrigent mutuellement.
Deux principes qui se corrigent l'un l'autre
La subsidiarité veut que les décisions soient prises au niveau le plus proche possible des personnes, et que l'instance supérieure n'intervienne qu'en *« subside » — en soutien — là où l'inférieure ne suffit pas. La solidarité, elle, veut que personne ne soit laissé seul face à ce qui le dépasse. Benoît XVI a formulé leur articulation de manière lapidaire dans Caritas in Veritate (2009) :
« Le principe de subsidiarité doit être étroitement relié au principe de solidarité et vice-versa, car si la subsidiarité sans la solidarité tombe dans le particularisme, il est également vrai que la solidarité sans la subsidiarité tombe dans l'assistanat qui humilie celui qui est dans le besoin. » — Benoît XVI, Caritas in Veritate, n° 58, 29 juin 2009[35]
« L'assistanat qui humilie » contre « le particularisme »
Cette phrase décrit les deux pathologies qui guettent toute société. D'un côté, le particularisme : chacun se replie sur son groupe, sa région, sa classe, et la solidarité s'arrête aux frontières de l'intérêt commun. De l'autre, l'assistanat : une aide qui maintient le pauvre dans la dépendance au lieu de le relever, qui le traite en assisté permanent plutôt qu'en acteur de son propre relèvement. La bonne solidarité respecte et active la liberté de celui qu'elle aide : elle vise à le rendre capable, non à le rendre captif. C'est pourquoi le Compendium précise que la subsidiarité « protège les personnes des abus des instances sociales supérieures et incite ces dernières à aider les individus et les corps intermédiaires à développer leurs fonctions », sans jamais supplanter « leur initiative, leur liberté et leur responsabilité »[36].
Une solidarité ordonnée au bien commun, jamais au collectivisme
La solidarité catholique n'est pas le collectivisme. Le collectivisme nie la personne et la propriété au nom du tout ; la solidarité, au contraire, suppose la personne, sa liberté et même sa propriété privée, qu'elle ordonne au bien de tous. C'est la grande ligne de partage que l'Église a tracée face aux idéologies du XXᵉ siècle : elle a condamné le communisme athée et la lutte des classes, mais aussi le libéralisme économique qui réduit la société à un marché. Contre les deux, elle propose la solidarité ordonnée au bien commun et tempérée par la subsidiarité — ni l'État-tout, ni l'individu-roi.
Les contrefaçons de la solidarité
Parce que le mot est devenu populaire, il est aussi devenu élastique : on l'invoque pour des réalités qui n'en sont que la caricature. Distinguer la solidarité authentique de ses contrefaçons est une exigence de rigueur.
Le tableau suivant oppose la vertu telle que la définit l'Église à ses imitations les plus courantes.
| Contrefaçon | En quoi elle imite la solidarité | Pourquoi elle n'en est pas |
|---|---|---|
| Le sentiment sans l'acte | Compassion sincère devant le malheur | Reste émotion passagère ; pas de « détermination ferme et persévérante » (SRS 38) |
| La solidarité de classe | Mobilise puissamment un groupe | Vise un camp contre un autre, non le bien de tous ; substitue la lutte à la concorde |
| La solidarité idéologique | Se dit « engagée » et structurelle | Sélective : solidaire de certains pauvres seulement, selon une grille partisane |
| L'assistanat | Donne et redistribue beaucoup | Humilie et maintient dans la dépendance au lieu de relever (CiV 58) |
| La philanthropie du superflu | Verse de l'argent aux causes | Ne touche ni les structures ni le cœur ; soulage l'effet sans changer les causes |
Le sentiment qui ne s'engage pas
La première contrefaçon est celle que Jean-Paul II vise en premier : l'émotion sans la durée. Elle est sincère, mais elle ne change rien parce qu'elle ne se transforme pas en engagement stable. La solidarité véritable commence quand le sentiment devient « détermination ».
La solidarité de classe et la lutte
Le marxisme a donné au mot solidarité un sens conflictuel : solidarité des prolétaires contre les bourgeois, dans une lutte des classes posée comme moteur de l'histoire. L'Église reconnaît la réalité des injustices et la légitimité de l'association des travailleurs — les syndicats ont son plein appui —, mais elle refuse de faire de la lutte le principe. La solidarité chrétienne vise la concorde et la collaboration des classes en vue du bien commun, non la victoire d'un camp ; c'est déjà ce que demandait Léon XIII dès 1891[37].
La solidarité idéologique et sélective
Une solidarité qui ne s'émeut que de certaines victimes, choisies selon une grille politique, et reste aveugle aux autres, trahit l'universalité du principe. La solidarité de l'Église est « sans frontières » : elle s'étend à « tous et chacun », y compris l'adversaire, l'étranger, l'enfant à naître, le condamné. Elle ne connaît pas de prochain « de trop ».
L'assistanat et la dépendance
Enfin, l'assistanat — déjà rencontré avec la subsidiarité — est la contrefaçon la plus subtile, parce qu'elle a l'apparence de la générosité. Mais une aide qui ne vise pas à rendre l'autre debout n'est pas solidaire : elle gère la pauvreté au lieu de la combattre, et finit par avoir besoin de pauvres à assister.
Les formes concrètes de la solidarité
Le Catéchisme énumère les domaines où la solidarité s'exerce : « solidarité des pauvres entre eux, des riches et des pauvres, des travailleurs entre eux, des employeurs et des employés dans l'entreprise, solidarité entre les nations et entre les peuples »[38]. On peut regrouper ces applications en quatre grands cercles, chacun développé par un texte magistériel.
Solidarité entre les personnes
Le premier cercle est le plus concret : le voisin, la famille, la communauté locale. C'est là que la solidarité se vérifie ou se dément. Le pape François insiste sur cette dimension de service quotidien :
« La solidarité se manifeste concrètement dans le service qui peut prendre des formes très différentes de s'occuper des autres. […] Le service vise toujours le visage du frère, il touche sa chair, il sent sa proximité […] » — Pape François, Fratelli Tutti, n° 115, 3 octobre 2020[39]
Solidarité des travailleurs
Le deuxième cercle est celui du travail. Léon XIII avait défendu dès Rerum Novarum (1891) le droit des ouvriers à s'associer ; Jean-Paul II, dans Laborem Exercens (1981), a appelé à « de nouveaux mouvements de solidarité des travailleurs et de solidarité avec les travailleurs », là où règnent l'exploitation et la misère[40]. Lui-même incarna ce principe en soutenant le syndicat polonais Solidarność — dont le nom même est « solidarité » — qui contribua à la chute pacifique du communisme en Europe de l'Est.
Solidarité entre les nations
Le troisième cercle est international. C'est l'objet majeur de Populorum Progressio (1967), où Paul VI montre que le développement des peuples pauvres est un devoir de justice et de solidarité pour les nations riches, et non une simple aumône. Sa formule est restée célèbre :
« […] si le développement est le nouveau nom de la paix, qui ne voudrait y œuvrer de toutes ses forces ? » — Saint Paul VI, Populorum Progressio, n° 87, 26 mars 1967[41]
C'est dans ce sens que le Compendium reprend la devise de Jean-Paul II : « Opus solidaritatis pax », la paix est le fruit de la solidarité[42] — un point développé dans l'article sur la paix.
Solidarité entre les générations
Le quatrième cercle, plus récemment mis en lumière, est intergénérationnel. Dans Laudato Si' (2015), le pape François rappelle que nous avons reçu la terre en héritage et que nous la devons à ceux qui viennent : « Nous ne parlons pas d'une attitude optionnelle, mais d'une question fondamentale de justice, puisque la terre que nous recevons appartient aussi à ceux qui viendront »[43]. Cette dimension relie le principe de solidarité à l'écologie intégrale et à la sauvegarde de la création, objets de leurs articles propres.
Le développement du principe dans le magistère social
La solidarité n'est pas apparue d'un coup : elle s'est précisée d'encyclique en encyclique, du premier grand texte social de Léon XIII jusqu'à François. La chronologie suivante en marque les étapes décisives.
- 15 mai 1891Rerum Novarum — Léon XIII
Premier grand texte social : contre la lutte des classes, Léon XIII prône la concorde et l'« amitié » entre patrons et ouvriers, et défend le droit d'association.
- 15 mai 1931Quadragesimo Anno — Pie XI
Pie XI forge l'expression « charité sociale » et lie la justice sociale à la charité, posant les bases du futur principe de solidarité.
- 20 octobre 1939Summi Pontificatus — Pie XII
Pie XII parle de la « loi de solidarité humaine et de charité », fondée sur l'unité du genre humain et la Rédemption — texte cité par le Catéchisme.
- 15 mai 1961Mater et Magistra — Jean XXIII
Jean XXIII développe la « socialisation » et l'interdépendance croissante des hommes comme appel à une solidarité élargie.
- 26 mars 1967Populorum Progressio — Paul VI
La solidarité devient internationale : devoir des nations riches envers les pauvres ; « le développement est le nouveau nom de la paix ».
- 14 septembre 1981Laborem Exercens — Jean-Paul II
Jean-Paul II appelle à une « solidarité des hommes du travail » et avec eux, en écho au mouvement Solidarność.
- 30 décembre 1987Sollicitudo Rei Socialis — Jean-Paul II
Définition décisive : la solidarité comme « détermination ferme et persévérante de travailler pour le bien commun », vertu et principe.
- 29 juin 2009Caritas in Veritate — Benoît XVI
Benoît XVI lie indissolublement solidarité et subsidiarité, et enracine la solidarité dans la « charité dans la vérité ».
- 3 octobre 2020Fratelli Tutti — François
François relit la solidarité comme « amitié sociale » et service concret, à partir de la parabole du Bon Samaritain.
Cette continuité illustre une caractéristique de la doctrine sociale : elle se développe sans se renier, chaque pape recevant l'enseignement de ses prédécesseurs pour l'appliquer à des situations nouvelles. La solidarité de Léon XIII (concorde des classes), de Paul VI (développement des peuples) et de François (écologie et migrations) est une seule et même vertu déployée sur des terrains successifs.
De la vertu humaine à la vertu chrétienne : le sommet
Le principe de solidarité atteint sa pleine vérité quand il cesse d'être une simple morale civique pour devenir charité. C'est le mouvement que décrit Jean-Paul II au terme de son analyse : la solidarité, vertu humaine accessible à tous, « tend à se dépasser elle-même ».
La solidarité « se dépasse elle-même »
« À la lumière de la foi, la solidarité tend à se dépasser elle-même, à prendre les dimensions spécifiquement chrétiennes de la gratuité totale, du pardon et de la réconciliation. » — Saint Jean-Paul II, Sollicitudo Rei Socialis, n° 40[44]
La solidarité humaine donne ce qui est dû ; la charité chrétienne donne gratuitement, jusqu'à l'ennemi, jusqu'au pardon. Elle ne s'arrête pas au juste partage : elle pardonne, réconcilie, se donne sans calcul. C'est pourquoi le Compendium peut dire que « seule, la justice ne suffit pas » et qu'elle doit s'ouvrir « à cette force plus profonde qu'est l'amour »[45].
Le prochain, « image vivante de Dieu »
Le motif ultime de la solidarité chrétienne n'est pas l'utilité sociale, mais la dignité surnaturelle de l'autre. Dans la foi, le prochain n'est plus seulement un semblable porteur de droits :
« Le prochain n'est pas seulement un être humain avec ses droits et son égalité fondamentale à l'égard de tous, mais il devient l'image vivante de Dieu le Père, rachetée par le sang du Christ et objet de l'action constante de l'Esprit Saint. » — Saint Jean-Paul II, Sollicitudo Rei Socialis, n° 40[46]
La Croix, solidarité de Dieu avec l'homme
Le fondement dernier est christologique : en s'incarnant et en mourant sur la Croix, Dieu s'est fait solidaire de l'humanité pécheresse jusqu'à porter ses fardeaux. La solidarité chrétienne n'imite donc pas un idéal abstrait, mais le geste même du Christ qui « s'est fait pauvre » pour nous enrichir et qui a porté sur lui le poids de tous. Comme le résume le Compendium :
« Jésus de Nazareth fait resplendir devant les yeux de tous les hommes le lien entre solidarité et charité, en en éclairant toute la signification : à la lumière de la foi, la solidarité tend à se dépasser elle-même, à prendre les dimensions spécifiquement chrétiennes de la gratuité totale, du pardon et de la réconciliation. » — Compendium de la doctrine sociale de l'Église, n° 196[47]
La solidarité et la vie dans la Divine Volonté
La spiritualité de la Divine Volonté transmise à Luisa Piccarreta (1865-1947) offre une lumière intérieure sur le principe social de solidarité. Vivre dans la Volonté divine, c'est entrer dans l'acte unique par lequel le Christ embrasse « tous et chacun » : l'âme qui prie et agit dans le Fiat ne le fait jamais pour elle seule, mais au nom de toute la création, restituant à Dieu la gloire que tous lui doivent et appelant le bien sur tous les hommes. La solidarité y trouve sa racine la plus profonde — non plus seulement la responsabilité de tous envers tous, mais la communion de tous dans l'unique Volonté de Dieu[48]. C'est la forme la plus haute de ce que la doctrine sociale appelle, dans l'ordre des structures et des vertus, la solidarité.
Pour aller plus loin
- La subsidiarité — le principe jumeau de la solidarité, qui la corrige et l'équilibre (Caritas in Veritate 58).
- Le bien commun — la fin à laquelle la solidarité ordonne tous les efforts.
- La dignité de la personne humaine — le fondement de tout le principe : on est solidaire de personnes, jamais d'une masse.
- La destination universelle des biens — l'arrière-plan patristique et doctrinal du partage.
- La charité politique — la charité « sociale » qui couronne et dépasse la solidarité.
- La pauvreté et l'option préférentielle pour les pauvres — vers qui la solidarité se porte d'abord.
- La paix — « Opus solidaritatis pax » : la paix, fruit de la solidarité.
- La mondialisation — l'interdépendance à transformer en solidarité.
- L'écologie intégrale et la sauvegarde de la création — la solidarité entre les générations.
- Les syndicats et la doctrine sociale — la solidarité des travailleurs.
Notes et références
Saint Jean-Paul II, Sollicitudo Rei Socialis, n° 38, 30 décembre 1987 (texte officiel français, vatican.va). La solidarité y est définie comme « la détermination ferme et persévérante de travailler pour le bien commun », par opposition au « sentiment de compassion vague ou d'attendrissement superficiel ».
1Catéchisme de l'Église catholique, § 1939 : « Le principe de solidarité, énoncé encore sous le nom d'"amitié" ou de "charité sociale", est une exigence directe de la fraternité humaine et chrétienne. » Édition officielle française, Mame/Plon, 1992.
2Saint Jean-Paul II, Sollicitudo Rei Socialis, n° 38 : « parce que tous nous sommes vraiment responsables de tous ». Texte latin : « quia omnes nos pro omnibus revera sumus responsales ».
3Conseil pontifical Justice et Paix, Compendium de la doctrine sociale de l'Église, Libreria Editrice Vaticana, 2004, n° 160-163 : les quatre principes permanents de la doctrine sociale sont la dignité de la personne humaine, le bien commun, la subsidiarité et la solidarité.
4Compendium de la doctrine sociale de l'Église, n° 162 : les principes de la doctrine sociale « doivent être appréciés dans leur unité, leur connexion et leur articulation » ; on ne peut en isoler un sans fausser l'ensemble.
5Compendium de la doctrine sociale de l'Église, n° 160. Sur la nature des principes permanents comme expression de la vérité sur l'homme connue par la raison et par la foi.
6Compendium de la doctrine sociale de l'Église, n° 161 : en raison de leur durée dans le temps et de leur universalité de sens, l'Église désigne ces principes comme « le paramètre de référence premier et fondamental pour l'interprétation et l'évaluation des phénomènes sociaux » (texte officiel français, vatican.va).
7Catéchisme de l'Église catholique, § 1941 : « La solidarité internationale est une exigence d'ordre moral. La paix du monde en dépend pour une part. »
8Saint Jean-Paul II, Sollicitudo Rei Socialis, 30 décembre 1987, publiée pour le XXᵉ anniversaire de Populorum Progressio (1967). La définition de la solidarité (n° 38-40) sera reprise par le Catéchisme (1992, § 1939-1942) et le Compendium (2004, § 192-196).
9Saint Jean-Paul II, Sollicitudo Rei Socialis, n° 38. Citation intégrale de la définition de la solidarité.
10Saint Jean-Paul II, Centesimus Annus, 1ᵉʳ mai 1991, n° 10, reprend et confirme la solidarité comme « vertu » et comme l'un des principes directeurs de l'ordre social, en lien avec Rerum Novarum.
11Compendium de la doctrine sociale de l'Église, n° 193 : la solidarité a une double valeur, comme « principe social » et comme « vertu morale ».
12Compendium de la doctrine sociale de l'Église, n° 193, citant Sollicitudo Rei Socialis n° 38 pour la définition de la vertu de solidarité.
13Compendium de la doctrine sociale de l'Église, n° 193 : la solidarité « s'élève au rang de vertu sociale fondamentale », parce qu'elle se situe dans la dimension de la justice.
14Saint Jean-Paul II, Sollicitudo Rei Socialis, n° 38, sur les « structures de péché » et l'attitude « diamétralement opposée » du service du prochain.
15Sur l'étymologie : in solidum désigne en droit romain l'obligation où chaque débiteur est tenu pour le tout. Le français juridique reprend la notion d'« obligation solidaire », et le substantif « solidarité » y apparaît à la fin du XVIIᵉ siècle pour désigner ce lien d'obligation réciproque, avant son extension philosophique et sociale au XIXᵉ siècle (voir le Trésor de la langue française).
16Pierre Leroux (1797-1871) fait entrer le mot « solidarité », jusque-là réservé aux juristes, dans la philosophie sociale au tournant des années 1840 : la solidarité y devient le lien purement humain appelé à fonder une morale indépendante de la Révélation (voir les études d'histoire des idées consacrées à Leroux et au solidarisme).
17Léon Bourgeois (1851-1925), Solidarité, Paris, 1896, théorise la « dette sociale » : l'individu naît débiteur envers la société et doit s'en acquitter. Le solidarisme devient la doctrine officieuse de la Troisième République.
18Catéchisme de l'Église catholique, § 1939 : le principe de solidarité « est énoncé encore sous le nom d'amitié ou de charité sociale ».
19Pie XI, Quadragesimo Anno, 15 mai 1931 : la justice sociale doit être animée par la « charité sociale », expression reprise par le Catéchisme (voir aussi le Compendium, n° 193, qui attribue à Pie XI cette désignation).
20Saint Jean-Paul II, Sollicitudo Rei Socialis, n° 40 : la solidarité, comme vertu, « tend à se dépasser elle-même » pour prendre les dimensions chrétiennes de la charité (texte officiel français, vatican.va).
21Concile Vatican II, Gaudium et Spes, 7 décembre 1965, n° 24 : l'homme, « seule créature que Dieu ait voulue pour elle-même », ne peut « se trouver pleinement que par le don désintéressé de lui-même » ; fondement conciliaire de la solidarité dans l'unité de la famille humaine.
22Vénérable Pie XII, Summi Pontificatus, 20 octobre 1939, cité au Catéchisme de l'Église catholique, § 1939, sur la « loi de solidarité humaine et de charité » fondée sur la communauté d'origine et la Rédemption.
23Genèse 4, 9, traduction liturgique officielle (AELF) : « Où est ton frère Abel ? […] Suis-je le gardien de mon frère ? » Refus emblématique de la responsabilité fraternelle.
24Lévitique 19, 18, traduction liturgique officielle (AELF) : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », repris par le Christ comme deuxième commandement (Mt 22, 39).
25Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 12, 26-27, traduction liturgique officielle (AELF). L'image du corps dont les membres sont solidaires les uns des autres.
26Lettre de saint Paul aux Romains 12, 5, traduction liturgique officielle (AELF) : « nous sommes, à plusieurs, un seul corps dans le Christ, et membres les uns des autres ».
27Saint Jean-Paul II, Sollicitudo Rei Socialis, n° 39 : « L'interdépendance doit se transformer en solidarité », fondée sur la destination universelle des biens.
28Évangile selon saint Luc 10, 25-37, traduction liturgique officielle (AELF), parabole du Bon Samaritain. La conclusion « Va, et toi aussi, fais de même » (v. 37) renverse la question « qui est mon prochain ? ».
29Benoît XVI, Deus Caritas Est, 25 décembre 2005, n° 15 : la parabole abolit la limitation du prochain à la communauté d'origine — « celui qui a besoin de moi et que je peux aider, celui-là est mon prochain » (texte officiel français, vatican.va).
30Évangile selon saint Matthieu 25, 31-46, traduction liturgique officielle (AELF). Le discours sur le Jugement dernier ; v. 40 : « Chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. »
31Actes des Apôtres 4, 32, traduction liturgique officielle (AELF) : « La multitude de ceux qui étaient devenus croyants avait un seul cœur et une seule âme ; […] entre eux tout était commun » ; cf. Ac 2, 44-45.
32Deuxième lettre de saint Paul aux Corinthiens 8, 9 et 8, 13-15, traduction liturgique officielle (AELF). La collecte pour les pauvres de Jérusalem, fondée sur l'exemple du Christ et un principe d'égalité.
33Tradition patristique sur le devoir de partage : saint Basile de Césarée (homélies sur la richesse), saint Ambroise de Milan (De Nabuthae), saint Jean Chrysostome (homélies sur Lazare et le mauvais riche). Le développement et les citations exactes relèvent de l'article La destination universelle des biens.
34Benoît XVI, Caritas in Veritate, 29 juin 2009, n° 58 : « Le principe de subsidiarité doit être étroitement relié au principe de solidarité et vice-versa, car si la subsidiarité sans la solidarité tombe dans le particularisme, il est également vrai que la solidarité sans la subsidiarité tombe dans l'assistanat qui humilie celui qui est dans le besoin » (texte officiel français, vatican.va).
35Compendium de la doctrine sociale de l'Église, n° 186-187 : les sociétés d'ordre supérieur doivent aider les sociétés d'ordre mineur sans les absorber ; « leur initiative, leur liberté et leur responsabilité ne doivent pas être supplantées » ; le principe « protège les personnes des abus des instances sociales supérieures et incite ces dernières à aider les individus et les corps intermédiaires à développer leurs fonctions » (texte officiel français, vatican.va).
36Léon XIII, Rerum Novarum, 15 mai 1891 : contre l'idée d'une lutte des classes inscrite dans la nature, le pape montre que les deux classes sont destinées « à s'unir harmonieusement dans un parfait équilibre » et que « la concorde engendre l'ordre et la beauté » (texte officiel français, vatican.va).
37Catéchisme de l'Église catholique, § 1941 : énumération des formes de solidarité (pauvres, riches et pauvres, travailleurs, employeurs et employés, nations et peuples).
38Pape François, Fratelli Tutti, 3 octobre 2020, n° 115 : « La solidarité se manifeste concrètement dans le service » ; « le service vise toujours le visage du frère, il touche sa chair, il sent sa proximité » (texte officiel français, vatican.va).
39Saint Jean-Paul II, Laborem Exercens, 14 septembre 1981, n° 8 : « il faut toujours qu'il y ait de nouveaux mouvements de solidarité des travailleurs et de solidarité avec les travailleurs », là où l'exigent « la dégradation sociale du sujet du travail, l'exploitation des travailleurs et les zones croissantes de misère » (texte officiel français, vatican.va).
40Saint Paul VI, Populorum Progressio, 26 mars 1967, n° 87 : « si le développement est le nouveau nom de la paix, qui ne voudrait y œuvrer de toutes ses forces ? » (texte officiel français, vatican.va).
41Compendium de la doctrine sociale de l'Église, n° 203, reprenant la devise de Jean-Paul II : « Opus solidaritatis pax » — « la paix est le fruit de la solidarité » (cf. SRS 39).
42Pape François, Laudato Si', 24 mai 2015, n° 159 : « Nous ne parlons pas d'une attitude optionnelle, mais d'une question fondamentale de justice, puisque la terre que nous recevons appartient aussi à ceux qui viendront » (texte officiel français, vatican.va).
43Saint Jean-Paul II, Sollicitudo Rei Socialis, n° 40 : « À la lumière de la foi, la solidarité tend à se dépasser elle-même, à prendre les dimensions spécifiquement chrétiennes de la gratuité totale, du pardon et de la réconciliation » (texte officiel français, vatican.va).
44Compendium de la doctrine sociale de l'Église, n° 203 : « Seule, la justice ne suffit pas […], elle peut même en arriver à se nier elle-même, si elle ne s'ouvre pas à cette force plus profonde qu'est l'amour. »
45Saint Jean-Paul II, Sollicitudo Rei Socialis, n° 40 : le prochain « devient l'image vivante de Dieu le Père, racheté par le sang de Jésus-Christ et placé sous l'action permanente de l'Esprit Saint ».
46Compendium de la doctrine sociale de l'Église, n° 196 : « Jésus de Nazareth fait resplendir devant les yeux de tous les hommes le lien entre solidarité et charité, en en éclairant toute la signification », citant Sollicitudo Rei Socialis n° 40 (texte officiel français, vatican.va).
47Thème de la spiritualité de la Divine Volonté transmise à Luisa Piccarreta (1865-1947), Le Livre du Ciel : l'âme qui vit dans la Volonté divine agit au nom de toute la création, restituant à Dieu la gloire due par tous — communion universelle qui fonde intérieurement le devoir de solidarité.
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