Un syndicat est une association libre de travailleurs constituée pour défendre leurs droits, négocier leurs conditions de travail et promouvoir leurs intérêts légitimes. Loin de l'avoir combattu, l'Église catholique a reconnu, défendu et encouragé le syndicalisme dès son premier grand texte social, l'encyclique Rerum Novarum de Léon XIII (1891), au cœur de la « question ouvrière » née de la révolution industrielle. Elle y voit l'application d'un droit naturel : le droit qu'a l'homme, être social, de s'associer à ses semblables pour atteindre ce qu'il ne peut obtenir seul[1].
Cette reconnaissance n'est pourtant ni inconditionnelle ni naïve. L'Église distingue avec soin le syndicat authentique — instrument de justice, de solidarité et de dialogue — de ses contrefaçons : le syndicalisme révolutionnaire qui fait de la lutte des classes le moteur de l'histoire, l'inféodation à un parti ou à une idéologie, le corporatisme qui défend des privilèges catégoriels contre le bien commun. Jean-Paul II, qui avait soutenu le syndicat polonais Solidarność, en a donné la charte la plus complète dans Laborem Exercens (1981) : le syndicat est « un élément indispensable de la vie sociale », « porte-parole de la lutte pour la justice sociale » — mais d'une lutte menée « en vue du juste bien », non « contre » les autres[2].
Cet article traite les syndicats en tant qu'objet de la doctrine sociale de l'Église : leur fondement dans le droit d'association, la reconnaissance fondatrice de Rerum Novarum, le développement du magistère jusqu'à Laborem Exercens et au Compendium, la question du droit de grève et de ses limites, les contrefaçons du syndicalisme, et la longue tradition du syndicalisme chrétien. Les sujets connexes — la solidarité des travailleurs comme principe, le salaire juste, le bien commun, la propriété privée, la destination universelle des biens et le rejet du communisme comme du libéralisme économique — sont renvoyés à leurs articles propres.
Qu'est-ce qu'un syndicat ? Le droit d'association
Avant d'être une institution juridique encadrée par le droit du travail, le syndicat est, pour l'Église, l'expression d'une inclination naturelle. L'homme n'est pas un individu isolé que la société viendrait contraindre du dehors : il est par nature un être social, fait pour vivre et agir avec ses semblables. De cette nature découle le droit de former des associations.
Une définition : l'union des travailleurs pour défendre leurs droits
Le syndicat (du grec syndikos, « celui qui assiste en justice ») est l'association de personnes exerçant un même métier ou une même activité, réunies pour étudier et défendre leurs droits et leurs intérêts professionnels. Le Compendium de la doctrine sociale de l'Église le décrit comme une organisation née du droit d'association, qui « contribue à la construction de l'ordre social et de la solidarité » et représente « un élément indispensable de la vie sociale »[3]. Le syndicat ne se réduit donc pas à un groupe de pression : il est un corps intermédiaire, l'un de ces lieux où, entre l'individu et l'État, les personnes exercent ensemble leur responsabilité sociale — ce qui le relie directement au principe de subsidiarité.
Le fondement : un droit naturel, non une concession de l'État
La thèse centrale de l'Église est que le droit de s'associer précède l'État et ne dépend pas de son bon vouloir. Léon XIII l'affirme avec une netteté qui restera la référence de tout le magistère ultérieur : les sociétés privées, et parmi elles les associations ouvrières, tiennent leur droit à l'existence « par la nature elle-même », et la société civile a été instituée « pour protéger le droit naturel, non pour l'anéantir »[4].
« Les sociétés privées n'ont d'existence qu'au sein de la société civile dont elles sont comme autant de parties. Il ne s'ensuit pas cependant, à ne parler qu'en général et à ne considérer que leur nature, qu'il soit au pouvoir de l'Etat de leur dénier l'existence. Le droit à l'existence leur a été octroyé par la nature elle-même, et la société civile a été instituée pour protéger le droit naturel, non pour l'anéantir. » — Léon XIII, Rerum Novarum, n° 51, 15 mai 1891[5]
L'État peut donc réglementer les associations pour le bien commun, en interdire qui poursuivraient des fins manifestement mauvaises ou contraires à la justice, mais il ne peut ni les supprimer par principe, ni en interdire l'existence[6]. C'est une limite décisive opposée à toute prétention totalitaire : la liberté syndicale est l'un des terrains où se vérifie le respect des libertés réelles dans une société.
Un droit confirmé par tout le magistère
Ce que Rerum Novarum énonce, les papes suivants le confirment et l'élargissent. Pie XII range la liberté syndicale parmi les droits du travailleur ; Jean XXIII, dans Pacem in Terris (1963), inscrit le « droit de réunion et d'association » et celui de fonder des associations professionnelles parmi les droits fondamentaux de la personne[7]. Le concile Vatican II, dans Gaudium et Spes, range le droit de fonder librement des syndicats « parmi les droits fondamentaux de la personne humaine »[8]. Loin d'être une tolérance arrachée, le syndicalisme est ainsi reçu par l'Église comme l'exercice d'un droit naturel inviolable.
Rerum Novarum (1891) : la reconnaissance fondatrice
On ne comprend la doctrine sociale sur les syndicats qu'en revenant à son acte de naissance. À la fin du XIXᵉ siècle, l'industrialisation a jeté des masses d'ouvriers dans des conditions de misère, sans protection ni représentation, livrés à « la cupidité d'une concurrence sans frein »[9]. Face à cette « question ouvrière », deux réponses s'affrontaient : le libéralisme économique, qui laissait jouer le marché, et le socialisme révolutionnaire, qui prônait l'abolition de la propriété privée et la lutte des classes. Léon XIII a tracé une troisième voie.
Le contexte : la « question ouvrière »
Publiée le 15 mai 1891, Rerum Novarum (« Des choses nouvelles ») est la première encyclique sociale moderne. Léon XIII y refuse à la fois de sacraliser la liberté du marché et de souscrire au remède socialiste, « qui, loin de résoudre la question, fait tort aux ouvriers eux-mêmes »[10]. Sa solution conjugue le devoir de justice des patrons, l'intervention prudente de l'État et — c'est ici l'essentiel — la libre association des travailleurs.
L'héritage des corporations d'arts et métiers
Léon XIII ne part pas de rien : il rappelle que « nos ancêtres éprouvèrent longtemps la bienfaisante influence » des anciennes corporations d'arts et métiers, ces communautés de métier qui structuraient le travail de l'Ancien Régime[11]. Sans plaider un retour à l'identique, il appelle à adapter ces corps de métier aux conditions nouvelles :
« Nos ancêtres éprouvèrent longtemps la bienfaisante influence de ces corporations. […] Il n'est donc pas douteux qu'il ne faille adapter ces corporations aux conditions nouvelles. » — Léon XIII, Rerum Novarum, n° 49[12]
Le pape se réjouit que « des sociétés de ce genre […] se forment partout » — qu'elles réunissent les seuls ouvriers ou qu'elles associent ouvriers et patrons[13]. Le syndicalisme catholique naissant trouve là sa charte.
Le droit d'association comme droit naturel
L'argument de fond est anthropologique. L'homme, conscient de la « faiblesse de ses forces », est « poussé » par la nature à « s'adjoindre une coopération étrangère »[14]. S'associer n'est donc pas un luxe ni un privilège : c'est un prolongement de la nature sociale de l'homme, antérieur à toute loi positive. Léon XIII en tire une conséquence directe contre l'État qui voudrait dissoudre les associations ouvrières : ce serait « se mettre en contradiction avec soi-même », puisque l'État existe pour protéger les droits naturels, et que le droit d'association en est un[15].
Les premières associations catholiques ouvrières
L'encyclique n'est pas tombée dans un vide : elle couronne et stimule un mouvement déjà vivant. En France, l'Œuvre des cercles catholiques d'ouvriers, fondée en 1871 par Albert de Mun et René de La Tour du Pin, et l'usine modèle de Léon Harmel au Val-des-Bois, expérimentaient déjà l'association ouvrière chrétienne[16]. En Allemagne, l'évêque de Mayence Wilhelm Emmanuel von Ketteler (1811-1877), traditionnellement surnommé le « grand précurseur » de Léon XIII, avait jeté les bases d'un catholicisme social attentif au monde du travail[17]. Rerum Novarum leur donne une légitimité doctrinale, et déclenche dans toute l'Europe la fondation de syndicats d'inspiration chrétienne.
Le développement du magistère sur les syndicats
De Léon XIII à Jean-Paul II, l'enseignement sur les syndicats s'est précisé sans se renier, accompagnant les transformations du monde du travail. Trois textes marquent les étapes décisives : Quadragesimo Anno (1931), Gaudium et Spes (1965) et Laborem Exercens (1981).
Quadragesimo Anno (1931) : associations professionnelles et corps intermédiaires
Quarante ans après Rerum Novarum, Pie XI réaffirme dans Quadragesimo Anno (1931) le droit d'association des ouvriers et défend les syndicats contre ceux qui les contestaient[18]. C'est dans cette encyclique qu'il formule le principe de subsidiarité et plaide pour une société riche de corps intermédiaires — associations, professions organisées — entre l'individu et l'État. Pie XI souhaite que les organisations professionnelles dépassent la seule logique de l'affrontement pour collaborer au bien de toute la profession, patrons et ouvriers réunis dans la justice et la « charité sociale »[19].
Pie XII, Jean XXIII : liberté syndicale et droits de la personne
Pie XII (1939-1958), dans ses messages radiophoniques et ses discours, range la liberté syndicale parmi les droits du travailleur et met en garde contre les syndicats devenus instruments d'un pouvoir politique[20]. Jean XXIII, dans Mater et Magistra (1961), décrit la « socialisation » — la multiplication des relations et des associations dans la société moderne — comme un fait largement positif appelant une participation accrue des travailleurs[21]. Dans Pacem in Terris (1963), il inscrit noir sur blanc le droit de fonder des associations professionnelles parmi les droits universels de la personne.
Gaudium et Spes 68 : le droit de fonder des syndicats et le droit de grève
Le concile Vatican II donne au syndicalisme sa reconnaissance la plus solennelle. Gaudium et Spes (1965), au n° 68, compte « parmi les droits fondamentaux de la personne humaine » le droit des travailleurs de fonder librement des syndicats qui les représentent vraiment, et celui d'y participer sans crainte de représailles[22]. Le même texte aborde, pour la première fois au niveau conciliaire, le droit de grève :
« En cas de conflits économico-sociaux, on doit s'efforcer de parvenir à une solution pacifique. Mais, s'il faut toujours recourir d'abord au dialogue sincère entre les parties, la grève peut cependant, même dans les circonstances actuelles, demeurer un moyen nécessaire, bien qu'ultime, pour la défense des droits propres et la réalisation des justes aspirations des travailleurs. Que les voies de la négociation et du dialogue soient toutefois reprises, dès que possible, en vue d'un accord. » — Concile Vatican II, Gaudium et Spes, n° 68, 7 décembre 1965[23]
La grève est ainsi reconnue comme un droit réel mais subordonné : un « moyen ultime », à n'employer que lorsque la négociation a échoué, et toujours ordonné à de « justes » aspirations.
- 15 mai 1891Rerum Novarum — Léon XIII
Acte fondateur : défense du droit naturel des ouvriers à s'associer ; appel à adapter les anciennes corporations aux temps nouveaux ; condamnation conjointe du socialisme et du libéralisme sans frein.
- 15 mai 1931Quadragesimo Anno — Pie XI
Réaffirmation du droit syndical ; principe de subsidiarité et éloge des corps intermédiaires ; appel à dépasser l'affrontement par la « charité sociale ».
- 15 mai 1961Mater et Magistra — Jean XXIII
La « socialisation » croissante appelle une participation accrue des travailleurs aux associations et à la vie de l'entreprise.
- 11 avril 1963Pacem in Terris — Jean XXIII
Le droit de fonder des associations professionnelles est rangé parmi les droits universels et inviolables de la personne.
- 7 décembre 1965Gaudium et Spes — Concile Vatican II
Le droit de fonder librement des syndicats est compté « parmi les droits fondamentaux » ; reconnaissance conciliaire du droit de grève comme « moyen nécessaire, bien qu'ultime ».
- 14 septembre 1981Laborem Exercens — Jean-Paul II
Charte des syndicats : « élément indispensable de la vie sociale », « porte-parole de la lutte pour la justice sociale » menée « en vue du juste bien », ni lutte des classes ni instrument d'un parti.
- 2004Compendium de la doctrine sociale — Justice et Paix
Synthèse : les syndicats « contribuent à la construction de l'ordre social et de la solidarité » et sont « un élément indispensable de la vie sociale ».
Laborem Exercens (1981) : la charte des syndicats
Aucun pape n'a parlé des syndicats avec plus d'autorité personnelle que Jean-Paul II. Ancien ouvrier de carrière et d'usine en Pologne occupée, témoin de l'oppression communiste, il avait vu de près le travail manuel et l'aspiration des travailleurs à la dignité. Son encyclique Laborem Exercens (« En accomplissant le travail »), publiée le 14 septembre 1981 pour le quatre-vingt-dixième anniversaire de Rerum Novarum, consacre aux syndicats une analyse (n° 20) devenue leur charte de référence[24].
« Un élément indispensable de la vie sociale »
Jean-Paul II commence par enraciner le syndicat dans le droit d'association, « fondé sur la nature sociale du travail humain », puis affirme son caractère nécessaire dans les sociétés industrielles :
« Sur le fondement de tous ces droits et en relation avec la nécessité où sont les travailleurs de les défendre eux-mêmes, se présente un autre droit: le droit d'association, c'est-à-dire le droit de s'associer, de s'unir, pour défendre les intérêts vitaux des hommes employés dans les différentes professions. Ces unions portent le nom de syndicats. […] L'expérience historique apprend que les organisations de ce type sont un élément indispensable de la vie sociale, particulièrement dans les sociétés modernes industrialisées. » — Saint Jean-Paul II, Laborem Exercens, n° 20, 14 septembre 1981[25]
Le syndicat n'est donc pas un mal nécessaire ni un simple correctif provisoire : il appartient à la structure normale d'une société du travail bien ordonnée.
« Porte-parole de la lutte pour la justice » — mais « pour le juste bien »
Jean-Paul II ne craint pas le mot de « lutte » : les syndicats sont « porte-parole de la lutte pour la justice sociale ». Mais il en précise aussitôt le sens, qui n'a rien de marxiste. Cette lutte est « pour » un bien, non « contre » des personnes :
« La caractéristique du travail est avant tout d'unir les hommes et c'est en cela que consiste sa force sociale : la force de construire une communauté. […] Cette "lutte" doit être comprise comme un engagement normal "en vue" du juste bien […] ; mais elle n'est pas une "lutte contre" les autres. » — Saint Jean-Paul II, Laborem Exercens, n° 20[26]
La nuance est capitale. Pour le marxisme, la lutte des classes est un antagonisme insurmontable dont l'issue est la victoire d'un camp ; pour l'Église, l'action syndicale vise au contraire à rétablir la justice et à reconstruire la communauté du travail, patrons et ouvriers étant ordonnés à un bien commun supérieur.
Ni lutte des classes, ni instrument d'un parti
De là, deux mises en garde que Jean-Paul II martèle. D'abord, le syndicat ne doit pas devenir l'organe d'une lutte des classes érigée en système. Ensuite, il ne doit pas se laisser réduire à un instrument partisan : son action « n'est pas de faire de la politique » au sens que l'on donne généralement aujourd'hui à ce terme, et il ne doit pas devenir « un instrument pour d'autres buts »[27]. Quand un syndicat se transforme en courroie de transmission d'un parti, il trahit les travailleurs qu'il prétend servir — Jean-Paul II, qui avait vu les syndicats « officiels » du bloc soviétique réduits à des organes du Parti, savait de quoi il parlait.
Le travail avant le capital
Cette doctrine des syndicats s'inscrit dans la thèse centrale de Laborem Exercens : la priorité du travail sur le capital. Le capital — l'ensemble des moyens de production — n'est que le fruit accumulé du travail des hommes ; il est donc au service du travail, et non l'inverse[28]. Renverser cet ordre — traiter l'homme qui travaille comme un simple instrument de production — est ce que Jean-Paul II appelle l'« erreur de l'économisme » et du « matérialisme », commune au capitalisme libéral et au collectivisme[29]. Le syndicat est précisément l'un des moyens par lesquels la société rappelle que le travailleur n'est jamais une marchandise.
Le droit de grève et ses limites
La grève — cessation concertée du travail pour faire pression dans un conflit — est le moyen d'action syndical le plus visible et le plus discuté. L'Église en reconnaît la légitimité, mais l'encadre par des conditions précises, car elle touche au bien commun et aux droits de tiers.
Un moyen légitime reconnu par l'Église
Contre une certaine méfiance ancienne, l'Église a clairement reconnu le droit de grève. Gaudium et Spes l'avait qualifié de « moyen nécessaire, bien qu'ultime »[30]. Le Catéchisme de l'Église catholique le formule de manière équilibrée :
« La grève est moralement légitime quand elle se présente comme un recours inévitable, sinon nécessaire, en vue d'un bénéfice proportionné. Elle devient moralement inacceptable lorsqu'elle s'accompagne de violences, ou encore si on lui assigne des objectifs non directement liés aux conditions de travail ou contraires au bien commun. » — Catéchisme de l'Église catholique, n° 2435[31]
Les conditions de la légitimité
De ce texte se dégagent les critères qui font d'une grève un acte juste : elle doit être un recours inévitable ou nécessaire — c'est-à-dire intervenir après l'échec des voies du dialogue et de la négociation —, et viser un bénéfice proportionné à la gêne qu'elle impose. La grève n'est donc jamais un droit absolu que l'on pourrait exercer par caprice : elle est un « moyen ultime », dont la légitimité se mesure à sa cause, à sa proportion et à ses moyens.
Quand la grève devient illégitime
Le même Catéchisme énonce les bornes au-delà desquelles la grève cesse d'être morale. Elle devient illégitime dans trois cas : lorsqu'elle s'accompagne de violences ; lorsqu'on lui assigne des objectifs étrangers aux conditions de travail (par exemple un objectif purement politique sans rapport avec la profession) ; et lorsqu'elle est contraire au bien commun, notamment quand elle prend en otage des populations entières en paralysant des services essentiels[32]. La doctrine sociale rappelle ainsi que les travailleurs en grève restent comptables du tort qu'ils causent à des tiers innocents : le droit de l'un s'arrête où commence le droit de l'autre.
Les contrefaçons et tentations du syndicalisme
Parce que le syndicat manie une force réelle, il est exposé à des déviations qui le détournent de sa fin. Distinguer le syndicalisme authentique de ses contrefaçons est une exigence de la doctrine sociale, qui a toujours refusé de canoniser en bloc « le mouvement ouvrier » sans discernement.
Le tableau suivant oppose le syndicat tel que l'Église le veut à ses principales déviations.
| Déviation | En quoi elle imite le syndicalisme | Pourquoi l'Église la refuse |
|---|---|---|
| Le syndicalisme de lutte des classes | Mobilise puissamment les travailleurs | Érige l'antagonisme en système ; vise un camp contre un autre, non la justice et la communauté (LE 20) |
| L'inféodation à un parti | Se dit « engagé » et politique | Fait du syndicat l'instrument d'un pouvoir ; trahit les travailleurs au profit d'un appareil (LE 20) |
| Le corporatisme égoïste | Défend efficacement une profession | Défend des privilèges catégoriels contre le bien commun et au détriment des autres travailleurs |
| Le syndicat « jaune » | Garde l'apparence d'une représentation | Instrumentalisé par le patronat ou le pouvoir, il ne représente pas réellement les travailleurs (cf. GS 68) |
| La violence et le sabotage | Veut « faire pression » plus fort | Recourt à des moyens intrinsèquement injustes, condamnés par le CEC 2435 |
La lutte des classes contre la concorde des classes
La tentation majeure, historiquement, est celle de la lutte des classes. Le marxisme en a fait le moteur même de l'histoire : la société serait divisée en classes irréconciliables, et l'émancipation ouvrière passerait par l'affrontement et le renversement. L'Église reconnaît la réalité des injustices et la légitimité de la défense des travailleurs, mais elle refuse de faire de la lutte le principe. Dès Rerum Novarum, Léon XIII opposait à l'antagonisme la concorde :
« L'erreur capitale, dans la question présente, c'est de croire que les deux classes sont ennemies-nées l'une de l'autre, comme si la nature avait armé les riches et les pauvres pour qu'ils se combattent mutuellement dans un duel obstiné. […] Dans le corps humain, les membres malgré leur diversité s'adaptent merveilleusement l'un à l'autre […]. Ainsi, dans la société, les deux classes sont destinées par la nature à s'unir harmonieusement dans un parfait équilibre. » — Léon XIII, Rerum Novarum, n° 15-16[33]
L'objectif chrétien n'est donc pas la victoire d'un camp, mais la collaboration des classes dans la justice — ce qui n'a rien d'un appel à la résignation : la justice doit être réelle, les droits effectivement reconnus, et c'est précisément le rôle du syndicat de les défendre.
Quand le syndicat se trompe de combat
Une seconde déviation guette : le corporatisme égoïste, où le syndicat ne défend plus la justice mais des privilèges acquis, fût-ce au détriment d'autres travailleurs (les jeunes, les précaires, les chômeurs) ou du bien commun. Le Compendium avertit que les syndicats « sont appelés » à se soucier non seulement de leurs adhérents, mais de l'ensemble du monde du travail et de la société[34]. Un syndicat qui se replierait sur la défense d'une catégorie privilégiée trahirait la solidarité des travailleurs qui est sa raison d'être.
Le syndicalisme chrétien : une tradition vivante
La doctrine sociale ne serait qu'une théorie si elle n'avait pas engendré des œuvres. Du XIXᵉ siècle à nos jours, des chrétiens ont fondé des syndicats inspirés de l'Évangile, refusant à la fois le matérialisme libéral et le matérialisme marxiste.
Les origines : cercles ouvriers, Harmel, La Tour du Pin
Avant même Rerum Novarum, le catholicisme social français avait posé les premiers jalons : l'Œuvre des cercles catholiques d'ouvriers (1871) d'Albert de Mun et de La Tour du Pin, l'usine-paroisse de Léon Harmel au Val-des-Bois, où l'on expérimentait conseils d'usine et caisses de secours. En Allemagne, Mgr von Ketteler avait ouvert la voie. Ces pionniers cherchaient à réconcilier le monde ouvrier et l'Église, que la révolution industrielle et l'anticléricalisme socialiste avaient séparés.
La CFTC et les syndicats chrétiens
L'aboutissement institutionnel, en France, est la fondation en 1919 de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC), qui se réclame explicitement de la doctrine sociale de l'Église et de Rerum Novarum[35]. Des confédérations chrétiennes analogues se développent en Belgique, aux Pays-Bas, en Italie, en Allemagne, formant un syndicalisme distinct du syndicalisme révolutionnaire, attaché à la négociation, à la dignité de la personne et au refus de la lutte des classes. À la même époque, le prêtre belge Joseph Cardijn fonde la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC, 1925), dont la méthode — « voir, juger, agir » — formera des générations de militants ouvriers chrétiens[36].
Solidarność : un syndicat qui a ébranlé un empire
L'exemple le plus éclatant est polonais. En août 1980, des grèves aux chantiers navals de Gdańsk donnent naissance à Solidarność (« Solidarité »), premier syndicat libre et indépendant du bloc soviétique, conduit par l'électricien Lech Wałęsa. Profondément marqué par le catholicisme — ses militants priaient, se confessaient, arboraient l'image de la Vierge de Częstochowa —, Solidarność incarne un syndicalisme qui unit revendication sociale et résistance spirituelle au totalitarisme[37]. Soutenu de loin par Jean-Paul II, dont le premier voyage en Pologne (1979) avait réveillé l'espérance nationale, le mouvement contribua de façon décisive à la chute pacifique du communisme en Europe de l'Est. Le nom même du syndicat — Solidarité — disait sa source : la solidarité des travailleurs comme force de justice et de liberté.
Une convergence du social et du spirituel
Solidarność illustre concrètement ce que Laborem Exercens devait formuler l'année suivante : un syndicat peut être « porte-parole de la lutte pour la justice sociale » sans tomber dans la lutte des classes, parce que sa lutte est « pour » la dignité de l'homme et non « contre » des personnes. Là où le syndicalisme officiel communiste asservissait les travailleurs au Parti, Solidarność leur rendait la parole — vérifiant la mise en garde de Jean-Paul II contre les syndicats réduits à un instrument de domination politique.
Les syndicats aujourd'hui : nouveaux défis
La doctrine sociale ne s'arrête pas à 1981 : elle continue de s'appliquer à un monde du travail transformé. Le Compendium (2004) et les papes récents en signalent les enjeux nouveaux.
Mondialisation et solidarité internationale des travailleurs
La mondialisation a rendu les travailleurs interdépendants par-delà les frontières : une délocalisation décidée sur un continent affecte l'emploi sur un autre. Le Compendium appelle les syndicats à une solidarité internationale nouvelle, dépassant la défense des seuls travailleurs nationaux pour rejoindre les plus exploités du monde[38]. Benoît XVI, dans Caritas in Veritate (2009), invite les organisations syndicales à élargir leur regard au-delà de leurs adhérents, notamment vers les travailleurs des pays pauvres[39].
Précarité, économie de services, nouvelles formes de travail
L'essor du travail précaire, indépendant ou « ubérisé », et le déclin du salariat industriel classique fragilisent les formes traditionnelles de représentation. Le pape François a multiplié les appels en faveur des travailleurs exclus de toute protection, rappelant que « le travail est nécessaire » à la dignité, et critiquant une économie qui « exclut » et traite l'homme comme un déchet[40]. Le syndicalisme est ainsi mis au défi de représenter ceux qui n'ont pas de voix : précaires, migrants, travailleurs informels.
Au-delà de la défense catégorielle : le bien commun
Le fil conducteur reste celui de Laborem Exercens : le syndicat trouve sa grandeur quand il défend la justice sans se replier sur lui-même. Le Compendium rappelle que l'action syndicale doit s'ouvrir à la « coopération » et au bien commun, non se figer dans l'antagonisme[41]. Un syndicalisme fidèle à la doctrine sociale est celui qui articule la solidarité (personne ne doit être abandonné) et la subsidiarité (les corps intermédiaires doivent vivre), au service de la dignité de tout travailleur.
Le travail et les syndicats à la lumière de la Divine Volonté
La spiritualité de la Divine Volonté transmise à Luisa Piccarreta (1865-1947) éclaire d'une lumière intérieure la doctrine sociale du travail. Jean-Paul II, dans Laborem Exercens, avait esquissé une véritable « spiritualité du travail » : par son labeur, l'homme participe à l'œuvre du Créateur et s'associe même à l'œuvre rédemptrice du Christ, « qui a accompli la plus grande partie des années de sa vie sur la terre près d'un établi de charpentier »[42]. La Divine Volonté pousse cette intuition à son sommet : l'âme qui travaille dans le Fiat ne le fait jamais pour son seul intérêt, mais au nom de toute la création, transformant chaque acte ordinaire — le geste de l'ouvrier comme celui du paysan — en acte divin offert pour le bien de tous[43]. La justice que défendent les syndicats trouve là sa racine la plus profonde : non seulement rendre à chacun son dû, mais reconnaître en tout travailleur l'image vivante de Dieu appelée à régner avec lui. C'est la forme la plus haute de ce que la doctrine sociale appelle, dans l'ordre des structures et des droits, la justice du travail.
Pour aller plus loin
- La solidarité — le principe dont les syndicats sont l'une des grandes mises en œuvre : la « solidarité des hommes du travail ».
- Le salaire juste — l'objet premier des revendications syndicales : une rémunération digne du travailleur et de sa famille.
- Le bien commun — l'horizon qui mesure la légitimité de la grève et de l'action syndicale.
- La subsidiarité — pourquoi les syndicats, corps intermédiaires, sont nécessaires entre l'individu et l'État.
- La propriété privée selon l'Église et La destination universelle des biens — l'arrière-plan doctrinal du conflit travail-capital.
- Le communisme, Le socialisme et ses limites, Le libéralisme économique et Le capitalisme et ses limites — les idéologies entre lesquelles l'Église a tracé sa voie.
- La charité politique — la charité « sociale » qui doit couronner la justice du travail.
Notes et références
Léon XIII, Rerum Novarum, 15 mai 1891, n° 50-51 (texte officiel français, vatican.va) : le droit de former des associations privées, et notamment des associations ouvrières, est un droit naturel découlant de la nature sociale de l'homme.
1Saint Jean-Paul II, Laborem Exercens, 14 septembre 1981, n° 20 : les syndicats sont « un élément indispensable de la vie sociale » et « porte-parole de la lutte pour la justice sociale », lutte menée « en vue du juste bien » et non « contre » les autres.
2Conseil pontifical Justice et Paix, Compendium de la doctrine sociale de l'Église, Libreria Editrice Vaticana, 2004, n° 305 : « En poursuivant leur fin spécifique au service du bien commun, les organisations syndicales contribuent à la construction de l'ordre social et de la solidarité et représentent donc un élément indispensable de la vie sociale. » (La formule voisine « élément dont on ne saurait faire abstraction » appartient à Laborem Exercens, n° 20 : l'union des hommes pour défendre leurs droits « demeure un élément créateur d'ordre social et de solidarité, élément dont on ne saurait faire abstraction ».)
3Léon XIII, Rerum Novarum, n° 51 (numérotation usuelle des éditions imprimées ; le texte français en ligne n'est pas numéroté) : les sociétés privées, dont les associations ouvrières, tiennent leur droit à l'existence « par la nature elle-même » ; la société civile existe « pour protéger le droit naturel, non pour l'anéantir ». Vérifié sur vatican.va (texte français).
4Léon XIII, Rerum Novarum, n° 51 (numérotation usuelle des éditions imprimées), citation intégrale du passage (texte officiel français, vatican.va : https://www.vatican.va/content/leo-xiii/fr/encyclicals/documents/hf_l-xiii_enc_15051891_rerum-novarum.html).
5Léon XIII, Rerum Novarum, n° 52 : l'État peut réglementer et, le cas échéant, interdire les associations dont les fins seraient contraires à la probité, à la justice ou à la sûreté publique, mais il ne peut supprimer par principe le droit de s'associer.
6Saint Jean XXIII, Pacem in Terris, 11 avril 1963, n° 23-24 : le « droit de réunion et d'association » et le droit de fonder des associations professionnelles figurent parmi les droits fondamentaux de la personne.
7Concile Vatican II, Gaudium et Spes, 7 décembre 1965, n° 68 : le droit de fonder librement des syndicats et d'y participer est compté « parmi les droits fondamentaux de la personne humaine ».
8Léon XIII, Rerum Novarum, n° 3 : dénonciation de la situation des ouvriers « livrés, isolés et sans défense, à la merci de maîtres inhumains et à la cupidité d'une concurrence sans frein ».
9Léon XIII, Rerum Novarum, n° 49 : rappel de « la bienfaisante influence » des anciennes corporations d'arts et métiers et appel à les adapter aux conditions nouvelles. Vérifié sur vatican.va.
11Léon XIII, Rerum Novarum, n° 49, citation (texte français, vatican.va).
12Léon XIII, Rerum Novarum, n° 49 : le pape se réjouit que « des sociétés de ce genre se forment partout », composées de seuls ouvriers ou mixtes (ouvriers et patrons).
13Léon XIII, Rerum Novarum, n° 50 : « L'expérience que fait l'homme de l'exiguïté de ses forces l'engage et le pousse à s'adjoindre une coopération étrangère. » Vérifié sur vatican.va.
14Léon XIII, Rerum Novarum, n° 51-52 : interdire par principe les associations ouvrières serait pour l'État se contredire, puisqu'il est institué pour protéger les droits naturels.
15L'Œuvre des cercles catholiques d'ouvriers est fondée en 1871 par Albert de Mun (1841-1914) et René de La Tour du Pin (1834-1924) ; Léon Harmel (1829-1915) développe au Val-des-Bois (Reims) une usine modèle pionnière du catholicisme social.
16Wilhelm Emmanuel von Ketteler (1811-1877), évêque de Mayence, précurseur du catholicisme social allemand ; surnommé par la tradition le « grand précurseur » de Léon XIII.
17Pie XI, Quadragesimo Anno, 15 mai 1931, n° 30-38 et 87 : réaffirmation du droit d'association des ouvriers et défense des syndicats.
18Pie XI, Quadragesimo Anno, n° 88 : la justice sociale doit être animée par la « charité sociale », âme de l'ordre social ; appel à la collaboration des professions au-delà de l'affrontement.
19Vénérable Pie XII (pontificat 1939-1958) : dans ses messages radiophoniques et discours sociaux (notamment le radiomessage de la Pentecôte 1941 pour le cinquantenaire de Rerum Novarum), il range la liberté syndicale parmi les droits du travailleur et met en garde contre les syndicats asservis au pouvoir politique.
20Saint Jean XXIII, Mater et Magistra, 15 mai 1961, n° 59-67 : la « socialisation » (multiplication des relations et associations) appelle une participation accrue des travailleurs.
21Concile Vatican II, Gaudium et Spes, n° 68 : « Parmi les droits fondamentaux de la personne humaine, il faut compter celui pour les ouvriers de fonder librement des associations qui les représentent vraiment […], comme aussi celui de prendre librement part à l'activité de ces associations, sans risque de représailles. »
22Concile Vatican II, Gaudium et Spes, n° 68 (texte officiel français, vatican.va) : « En cas de conflits économico-sociaux, on doit s'efforcer de parvenir à une solution pacifique. Mais, s'il faut toujours recourir d'abord au dialogue sincère entre les parties, la grève peut cependant, même dans les circonstances actuelles, demeurer un moyen nécessaire, bien qu'ultime, pour la défense des droits propres et la réalisation des justes aspirations des travailleurs. Que les voies de la négociation et du dialogue soient toutefois reprises, dès que possible, en vue d'un accord. »
23Saint Jean-Paul II, Laborem Exercens, 14 septembre 1981, publiée pour le 90ᵉ anniversaire de Rerum Novarum (1891). L'analyse des syndicats occupe le n° 20.
24Saint Jean-Paul II, Laborem Exercens, n° 20 : « Sur le fondement de tous ces droits […] se présente un autre droit […] : le droit de s'associer […] Ces unions portent le nom de syndicats. […] L'expérience historique apprend que les organisations de ce type sont un élément indispensable de la vie sociale, particulièrement dans les sociétés modernes industrialisées. » (texte officiel français, vatican.va : https://www.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/encyclicals/documents/hf_jp-ii_enc_14091981_laborem-exercens.html)
25Saint Jean-Paul II, Laborem Exercens, n° 20 : cette « lutte » doit être comprise comme un engagement normal « en vue » du juste bien, « mais elle n'est pas une "lutte contre" les autres » ; « la caractéristique du travail est avant tout d'unir les hommes et c'est en cela que consiste sa force sociale : la force de construire une communauté » (texte français, vatican.va).
26Saint Jean-Paul II, Laborem Exercens, n° 20 (texte officiel français, vatican.va) : le rôle des syndicats « n'est pas de "faire de la politique" au sens que l'on donne généralement aujourd'hui à ce terme » ; les syndicats « n'ont pas le caractère de "partis politiques" qui luttent pour le pouvoir » et ne doivent pas devenir « un instrument pour d'autres buts ».
27Saint Jean-Paul II, Laborem Exercens, n° 12 : principe de la priorité du travail sur le capital ; le capital est le fruit accumulé du travail et lui est ordonné.
28Saint Jean-Paul II, Laborem Exercens, n° 13 : « erreur de l'économisme » et du matérialisme, qui traite le travail comme une simple marchandise — erreur commune au libéralisme et au collectivisme.
29Concile Vatican II, Gaudium et Spes, n° 68 : la grève comme « moyen nécessaire, bien qu'ultime » (voir note ci-dessus).
30Catéchisme de l'Église catholique, n° 2435 : « La grève est moralement légitime quand elle se présente comme un recours inévitable, sinon nécessaire, en vue d'un bénéfice proportionné. Elle devient moralement inacceptable lorsqu'elle s'accompagne de violences, ou encore si on lui assigne des objectifs non directement liés aux conditions de travail ou contraires au bien commun. » Texte vérifié (édition officielle française, vatican.va).
31Catéchisme de l'Église catholique, n° 2435 : les trois bornes de l'illégitimité de la grève — violences, objectifs étrangers aux conditions de travail, atteinte au bien commun.
32Léon XIII, Rerum Novarum, n° 15-16 (texte officiel français, vatican.va) : « L'erreur capitale, dans la question présente, c'est de croire que les deux classes sont ennemies-nées l'une de l'autre […] ; […] les deux classes sont destinées par la nature à s'unir harmonieusement dans un parfait équilibre. »
33Compendium de la doctrine sociale de l'Église, 2004, n° 307-308 : les syndicats sont appelés à se soucier de l'ensemble du monde du travail et de la société, non des seuls intérêts de leurs adhérents.
34La Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC) est fondée en 1919 ; elle se réclame explicitement de la doctrine sociale de l'Église. La CFDT en est issue après la déconfessionnalisation de 1964.
35La Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) est fondée en 1925 par l'abbé (futur cardinal) Joseph Cardijn (1882-1967) ; sa méthode « voir, juger, agir » a marqué le militantisme ouvrier chrétien.
36Solidarność (« Solidarité »), premier syndicat libre du bloc soviétique, naît des grèves des chantiers navals de Gdańsk en août 1980, conduit par Lech Wałęsa (né en 1943, prix Nobel de la paix 1983, président de la Pologne 1990-1995). Mouvement profondément marqué par le catholicisme polonais et soutenu par Jean-Paul II.
37Compendium de la doctrine sociale de l'Église, n° 309 : appel à de nouvelles formes de solidarité syndicale à l'échelle internationale, face à la mondialisation.
38Benoît XVI, Caritas in Veritate, 29 juin 2009, n° 64 : invitation aux organisations syndicales à élargir leur regard au-delà de leurs adhérents, notamment vers les travailleurs des pays en développement.
39Pape François, Evangelii Gaudium (2013, n° 53 : « économie de l'exclusion ») et Laudato Si' (2015) sur la dignité et la nécessité du travail : défense des travailleurs précaires, migrants et informels privés de protection.
40Compendium de la doctrine sociale de l'Église, n° 306 : l'action syndicale doit s'ouvrir à la coopération et au bien commun, sans se figer dans l'antagonisme ni se réduire à un rôle partisan.
41Saint Jean-Paul II, Laborem Exercens, n° 24-27 (« Éléments pour une spiritualité du travail ») : par le travail, l'homme participe à l'œuvre du Créateur ; le Christ, « homme du travail », a sanctifié le labeur en travaillant près de l'établi de saint Joseph — le Christ qui « a accompli la plus grande partie des années de sa vie sur la terre » dans le travail manuel.
42Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, Tome 14, dictée du 19 octobre 1922 : « De la même façon, l'âme qui vit dans ma Volonté embrasse chacun. Rien ne lui échappe. Elle agit au nom de tous et n'omet rien. » Le corps de l'article paraphrase ce passage : l'âme qui agit dans la Volonté divine travaille au nom de tous, transformant chaque acte ordinaire en acte divin offert pour le bien de toute la création (thème constant des écrits de Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel).
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