Le socialisme désigne moins une doctrine unique qu'une vaste famille de pensées et de mouvements nés au XIXᵉ siècle, en réaction à la misère ouvrière de la révolution industrielle. Leur trait commun : faire de l'organisation sociale de l'économie — et souvent de la propriété collective des moyens de production — le remède aux injustices engendrées par le capitalisme libéral. Du socialisme rêveur des premiers réformateurs au socialisme « scientifique » de Karl Marx, jusqu'aux social-démocraties réformistes du XXᵉ siècle, le mot recouvre des réalités très inégales.
Face à ce phénomène, l'Église n'a pas réagi par un simple réflexe de défense de l'ordre établi. Sa doctrine sociale, inaugurée par Rerum Novarum de Léon XIII (1891), reconnaît d'emblée la réalité du mal que le socialisme dénonce : l'exploitation des travailleurs, la concentration des richesses, l'abandon des pauvres. Mais elle juge que le remède socialiste — abolir la propriété privée, dresser les classes les unes contre les autres, tout attendre de la collectivité ou de l'État — est pire que le mal et faux dans son principe.
Le désaccord de fond n'est pas d'abord économique : il est anthropologique et spirituel. Le socialisme, notait Pie XI en 1931, conçoit la société humaine « d'une façon profondément étrangère à la vérité chrétienne »[1]. Il ignore la fin surnaturelle de l'homme, réduit la personne à un rouage du tout social et fait de l'égalité matérielle l'horizon ultime. Sa forme radicale, le communisme athée, en a tiré les conséquences les plus violentes.
Cet article expose ce qu'est le socialisme, l'aspiration légitime qu'il exprime, et surtout ses limites telles que la doctrine sociale les a discernées — avant de présenter la réponse positive de l'Église, qui n'est ni le collectivisme ni le libéralisme, mais une réponse propre fondée sur la dignité de la personne et le bien commun — non un troisième système clé en main, mais des principes permanents pour juger toute organisation sociale.
Qu'est-ce que le socialisme ?
Le terme socialisme apparaît dans les années 1820-1830, en France et en Angleterre, pour désigner les doctrines qui placent le « social » au-dessus de l'individu et veulent réorganiser la société autour du travail et de la coopération plutôt que de la concurrence et du profit. Dès l'origine, c'est un mot pluriel : il n'y a pas un socialisme, mais des socialismes parfois opposés entre eux.
Une famille de doctrines, pas un bloc unique
On distingue classiquement trois grandes branches, qui correspondent à trois moments historiques.
Le socialisme utopique des premiers réformateurs — Henri de Saint-Simon (1760-1825), Charles Fourier (1772-1837), Robert Owen (1771-1858) — imagine des communautés idéales, des phalanstères, des coopératives, et compte sur la persuasion morale et l'exemple plus que sur la révolution. Karl Marx le qualifiera, non sans mépris, d'« utopique » parce qu'il ne s'appuie pas sur une analyse des forces économiques.
Le socialisme « scientifique », c'est le marxisme : Marx et Engels prétendent avoir découvert les lois du développement historique. Le moteur de l'histoire serait la lutte des classes ; le capitalisme porterait en lui les germes de sa propre destruction ; le prolétariat serait appelé à renverser la bourgeoisie pour instaurer la propriété collective. C'est cette branche qui, radicalisée, donnera le communisme.
Le socialisme réformiste, enfin, ou social-démocratie : à partir de la fin du XIXᵉ siècle, une partie du mouvement ouvrier renonce à la révolution violente et choisit la voie des urnes, des syndicats et des réformes graduelles (suffrage universel, lois sociales, redistribution, services publics). Eduard Bernstein en Allemagne, Jean Jaurès en France en sont des figures.
Le noyau commun des socialismes
Par-delà ces différences, un air de famille demeure. Les socialismes partagent en général :
- une critique du capitalisme comme système d'exploitation et de concentration des richesses ;
- la conviction que la propriété privée des moyens de production est la source principale de l'injustice, et qu'il faut la collectiviser en tout ou en partie ;
- le primat du social sur l'individuel : l'homme est d'abord pensé comme membre d'une classe, d'un collectif, plus que comme personne ;
- une grande confiance dans l'organisation, l'État ou la collectivité, pour produire l'égalité ;
- souvent, une eschatologie immanente : l'attente d'une société réconciliée ici-bas, sans transcendance.
Ce sont précisément ces traits — surtout les trois derniers — qui rencontreront la critique de l'Église.
Socialisme et communisme : parenté et différence
Pie XI a fixé en 1931 une distinction que la doctrine sociale reprendra. Le communisme est la branche du socialisme qui a « versé » dans la violence : il poursuit « une lutte des classes implacable et la disparition complète de la propriété privée », par tous les moyens[2]. Le socialisme dit « mitigé » ou modéré, lui, « a gardé le nom de socialisme » : il condamne le recours à la violence et tempère la lutte des classes et l'abolition de la propriété[3].
Le communisme a donc son article propre, où sont traités le matérialisme dialectique, la persécution de l'Église et le bilan des régimes du XXᵉ siècle. Le présent article porte sur le socialisme comme famille plus large et sur la question décisive : même sous sa forme adoucie, le socialisme est-il compatible avec la foi catholique ?
L'aspiration juste que le socialisme exprime
Avant d'en marquer les limites, il faut rendre justice à ce que le socialisme a vu de vrai. L'Église ne l'a jamais nié : la question sociale était réelle, et brûlante.
Au XIXᵉ siècle, la révolution industrielle a jeté des masses d'hommes, de femmes et d'enfants dans des conditions de travail souvent inhumaines : journées interminables, salaires de famine, logements insalubres, absence de protection contre la maladie et le chômage. Le libéralisme économique triomphant tenait ces souffrances pour le prix naturel du progrès. C'est dans ce vide moral que le socialisme a élevé la voix.
Léon XIII, ouvrant Rerum Novarum, décrit sans détour cette misère :
« [...] la concentration entre les mains de quelques-uns de l'industrie et du commerce devenus le partage d'un petit nombre d'hommes opulents et de ploutocrates qui imposent ainsi un joug presque servile à l'infinie multitude des prolétaires. » — Léon XIII, Rerum Novarum, 15 mai 1891[4]
Le diagnostic socialiste — il y a une injustice structurelle, les pauvres sont écrasés, cela ne peut durer — l'Église le partage. Mieux : elle revendique d'avoir parlé pour les pauvres bien avant que le socialisme n'existe, par l'Évangile, les Pères, la charité chrétienne et la dénonciation constante de l'usure et de l'avarice. Le cri de justice n'appartient pas en propre au socialisme ; il est d'abord biblique.
Le drame, pour la doctrine sociale, n'est donc pas que le socialisme demande la justice : c'est qu'il s'est trompé de remède, et qu'en se trompant de remède il s'est trompé sur l'homme lui-même.
Pourquoi l'Église a marqué les limites du socialisme
Les condamnations pontificales du socialisme sont anciennes et constantes. Dès 1846, le bienheureux Pie IX dénonce « cette doctrine très perverse, qu'on appelle communisme »[5]. En 1878, Léon XIII, dans Quod Apostolici Muneris, range « socialistes, communistes et nihilistes » parmi les fauteurs de cette « peste mortelle qui se glisse à travers les membres les plus intimes de la société humaine et qui la conduit à sa perte »[6]. Mais ces condamnations ne sont pas des anathèmes sans raisons : elles reposent sur quatre objections de fond, que la doctrine sociale a précisées au fil d'un siècle.
L'erreur anthropologique : l'homme réduit à la société
La première limite, la plus profonde, est une erreur sur l'homme. Le socialisme tend à penser la personne comme un simple produit des rapports sociaux : changez les structures économiques, dit-il, et vous changerez l'homme. Saint Jean-Paul II en a donné la formule la plus nette :
« L'erreur fondamentale du "socialisme" est de caractère anthropologique. En effet, il considère l'individu comme un simple élément, une molécule de l'organisme social, de sorte que le bien de chacun est tout entier subordonné au fonctionnement du mécanisme économique et social. » — Saint Jean-Paul II, Centesimus Annus, 1er mai 1991, n° 13[7]
Réduire la personne à une molécule du corps social, c'est lui retirer ce qui la fonde : sa dignité transcendante, sa liberté de sujet moral, sa vocation à Dieu. Là où la foi voit en chacun une âme immortelle créée à l'image de Dieu, le socialisme — surtout dans sa version matérialiste — ne voit qu'un être déterminé par sa condition économique. La dignité de la personne humaine est ici en jeu, et avec elle toute la doctrine sociale, qui en découle comme d'un premier principe.
L'abolition de la propriété privée : un faux remède
La deuxième limite touche le moyen central du socialisme : supprimer la propriété privée des moyens de production. Pour Léon XIII, c'est précisément là que le remède devient injuste et qu'il aggrave le mal qu'il prétend guérir :
« [...] le remède proposé est en opposition flagrante avec la justice, car la propriété privée et personnelle est pour l'homme de droit naturel. » — Léon XIII, Rerum Novarum, 15 mai 1891[8]
L'Église défend la propriété privée comme un droit naturel, prolongement de la liberté et de la responsabilité de la personne, garantie de son indépendance face à l'État. Mais — et c'est ici que la doctrine sociale échappe au libéralisme autant qu'au socialisme — ce droit n'est pas absolu : il est grevé d'une « hypothèque sociale », ordonné à la destination universelle des biens. Le socialisme a raison de refuser la propriété égoïste et sans limites ; il a tort d'en conclure qu'il faut abolir la propriété au lieu de la réguler pour qu'elle serve à tous.
La lutte des classes contre la concorde sociale
La troisième limite est l'érection de la lutte des classes en loi de l'histoire et en méthode d'action. Le marxisme tient le conflit entre prolétaires et bourgeois pour inévitable et nécessaire ; il en fait le moteur du progrès. L'Église y voit un poison qui dresse en ennemis des hommes appelés à coopérer. Léon XIII oppose à cette logique la concorde des classes :
« [...] il ne peut y avoir de capital sans travail, ni de travail sans capital. La concorde engendre l'ordre et la beauté. Au contraire, d'un conflit perpétuel il ne peut résulter que la confusion des luttes sauvages. » — Léon XIII, Rerum Novarum, 15 mai 1891[9]
À la guerre des classes, la doctrine sociale substitue la justice dans les rapports de travail (salaire juste, droit d'association, dignité de l'ouvrier) et la solidarité. Ce n'est pas une harmonie naïve qui nierait les conflits réels : c'est le refus d'ériger la haine et l'antagonisme en principe.
Le matérialisme et l'oubli de la fin dernière
La quatrième limite est d'ordre spirituel. Dans ses formes conséquentes, le socialisme est matérialiste : il enferme l'espérance humaine dans l'horizon terrestre et fait de l'égalité économique le bien suprême. Il « ignore et néglige », écrit Pie XI, la fin sublime de l'homme et de la société[10]. Or l'homme n'est pas fait seulement pour produire et consommer dans la justice : il est fait pour Dieu. Une société qui organiserait parfaitement les biens matériels mais éteindrait le sens de l'éternité aurait manqué l'essentiel.
C'est pourquoi, même dans ses versions non athées, le socialisme se heurte à une vision de la société incompatible avec la foi. Pie XI le résume :
« Que le socialisme soit conçu comme une doctrine, comme un fait historique ou comme une action, s'il reste vraiment du socialisme, il ne peut, même après avoir cédé à la vérité et à la justice sur les points que nous avons indiqués, se concilier avec les enseignements de l'Église catholique : car il conçoit la société humaine d'une façon profondément étrangère à la vérité chrétienne. » — Pie XI, Quadragesimo Anno, 15 mai 1931[11]
L'étatisme et la menace pour les libertés
Enfin, en concentrant la propriété, la production et la décision entre les mains de la collectivité ou de l'État, le socialisme tend à l'étatisme : il absorbe les corps intermédiaires, étouffe l'initiative et menace les libertés. C'est la rançon logique de l'abolition de la propriété privée, qui était aussi un rempart contre le pouvoir. La doctrine sociale oppose à cette pente le principe de subsidiarité : ce que peuvent faire les personnes, les familles et les corps intermédiaires ne doit pas être absorbé par une autorité plus haute. Poussée à l'extrême, cette concentration débouche sur le totalitarisme — dérive que le XXᵉ siècle a tragiquement vérifiée dans les régimes communistes.
« Socialisme religieux, socialisme chrétien : termes contradictoires »
La question pratique qui revient sans cesse est celle-ci : si l'on retranche du socialisme la violence, l'athéisme et l'abolition totale de la propriété, ne reste-t-il pas un socialisme acceptable, voire conciliable avec l'Évangile ? C'est à cette question que Quadragesimo Anno répond avec une netteté restée célèbre.
Le socialisme « mitigé » : un rapprochement trompeur
Pie XI reconnaît honnêtement que le socialisme modéré a évolué, qu'il condamne désormais la violence et tempère ses revendications, au point que certaines de ses exigences « se rapprochent souvent des justes réclamations des réformateurs chrétiens de la société »[12]. Le pape ne ferme donc pas les yeux sur cette atténuation. Mais il avertit : ce rapprochement de surface ne supprime pas l'opposition de fond. Le socialisme, même adouci, conserve une conception de la société où l'association humaine n'est ordonnée qu'à l'utilité matérielle, et où la personne reste subordonnée au collectif.
Peut-on être catholique et socialiste ?
De là vient le verdict de principe, l'un des plus cités de toute la doctrine sociale :
« Socialisme religieux, socialisme chrétien : ce sont là des termes contradictoires ; personne ne peut être en même temps bon catholique et vrai socialiste. » — Pie XI, Quadragesimo Anno, 15 mai 1931[13]
Il faut lire cette phrase pour ce qu'elle dit exactement. Elle ne déclare pas que tout électeur d'un parti portant le mot socialiste serait hors de l'Église, ni que toute mesure sociale réclamée par des socialistes serait mauvaise. Elle vise le socialisme en tant que doctrine intégrale : comme système qui prétend expliquer l'homme et la société de façon close, matérialiste, étrangère à la fin surnaturelle. Pris ainsi, « vrai socialisme » et « vrai catholicisme » ne peuvent coïncider, parce qu'ils reposent sur deux visions opposées de ce qu'est l'homme.
Saint Paul VI prolongera ce discernement en distinguant, dans le socialisme, plusieurs niveaux qu'il ne faut pas confondre : une généreuse aspiration à une société plus juste ; des mouvements historiques avec leur organisation et leurs buts politiques ; une idéologie prétendant donner une vision totale et autonome de l'homme. Le chrétien peut reconnaître ce qu'il y a de juste dans l'aspiration, mais il ne peut adhérer à l'idéologie qui la sous-tend — d'autant que ces niveaux, même distingués, « ne doivent pas tendre à être considérés comme complètement séparés et indépendants »[14].
Le socialisme à l'épreuve de l'histoire
Le XXᵉ siècle a soumis les promesses socialistes à l'épreuve des faits. Là où le socialisme s'est fait régime — dans sa forme communiste —, il a produit non l'émancipation annoncée, mais l'oppression. L'effondrement du « socialisme réel » en 1989-1991 a paru donner raison à un siècle de mises en garde de l'Église.
L'effondrement du « socialisme réel » en 1989
Témoin direct de cet effondrement, Jean-Paul II en a proposé une lecture qui n'est pas seulement économique. Si les économies collectivistes ont échoué, la cause profonde n'est pas d'abord technique : c'est le vide spirituel et l'erreur sur l'homme qui les minaient de l'intérieur. La crise du socialisme confirme, a posteriori, que la racine du mal était bien anthropologique[15]. L'histoire de cette chute est exposée dans l'article consacré au communisme et à ses régimes.
Persistance et mutations du socialisme
La disparition des régimes communistes n'a pas fait disparaître le socialisme comme courant. Sous des formes très diverses — social-démocraties réformistes, courants se réclamant d'un socialisme démocratique, mouvements héritiers de la critique marxiste — il continue de marquer la vie politique. L'Église ne porte pas un jugement uniforme sur tous ces courants : elle apprécie au cas par cas les mesures concrètes qu'ils proposent, à la lumière de ses principes. Mais sa mise en garde de fond demeure : à mesure qu'un mouvement social retrouve une anthropologie matérialiste, le primat du collectif sur la personne et l'attente d'un salut purement terrestre, il retombe sous la même critique. Inversement, ce qu'il propose de juste — protection des travailleurs, lutte contre la misère, salaire juste, rôle des syndicats — relève en réalité de la justice tout court, que l'Église défend pour elle-même.
La réponse positive de la doctrine sociale
La critique du socialisme ne serait qu'à moitié comprise si l'on oubliait qu'elle s'accompagne, chez les mêmes papes, d'une critique tout aussi ferme du libéralisme économique et du capitalisme sans frein. L'Église ne défend pas un camp contre l'autre : elle dénonce deux erreurs symétriques.
Ni collectivisme, ni individualisme
Le Catéchisme résume cette double mise à distance :
« L'Église a rejeté les idéologies totalitaires et athées associées, dans les temps modernes, au "communisme" ou au "socialisme". Par ailleurs, elle a refusé, dans la pratique du "capitalisme", l'individualisme et le primat absolu de la loi du marché sur le travail humain. » — Catéchisme de l'Église catholique, n° 2425[16]
D'un côté, le socialisme sacrifie la personne au collectif ; de l'autre, le libéralisme sacrifie le faible au marché. La doctrine sociale refuse les deux réductions et tient ensemble ce que les idéologies opposent : la liberté de la personne et sa responsabilité envers tous ; la propriété et sa fonction sociale ; l'initiative et la solidarité.
Les principes permanents contre les deux idéologies
À la place du système socialiste comme du système libéral, l'Église propose non pas un troisième système clé en main, mais des principes permanents qui doivent informer toute organisation sociale juste :
- la dignité de la personne humaine, premier et dernier critère ;
- le bien commun, auquel tout pouvoir et toute richesse sont ordonnés ;
- la destination universelle des biens, qui fonde l'usage social de la propriété ;
- la subsidiarité, qui protège les personnes et les corps intermédiaires contre l'État ;
- la solidarité, qui lie tous les membres de la société dans la responsabilité mutuelle.
Ces principes, déployés dans le salaire juste, le droit des syndicats, la défense de la famille et l'attention aux plus pauvres, répondent à l'aspiration de justice que le socialisme avait captée — mais sans nier Dieu ni dissoudre la personne.
L'Évangile, source véritable de la justice
Le souci des pauvres, que le socialisme a cru inventer, est d'abord chrétien. Il ne s'enracine pas dans la lutte des classes mais dans la charité, et dans la parole du Christ qui identifie le pauvre à lui-même :
« Chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. » — Évangile selon saint Matthieu 25, 40[17]
Là où le socialisme promet une fraternité sans Père et un paradis sur la terre, l'Église annonce une fraternité enracinée en Dieu et une justice qui ne tue pas l'espérance éternelle. C'est en vivant pleinement la doctrine sociale — et la charité qui la couronne — que les chrétiens répondent vraiment au cri de justice que le socialisme, faute d'une vraie vision de l'homme, n'a pu honorer.
Pour aller plus loin
- Le communisme — la forme radicale et athée du socialisme, et le bilan de ses régimes.
- Le libéralisme économique et Le capitalisme et ses limites — l'erreur symétrique, également critiquée par l'Église.
- La propriété privée selon l'Église et La destination universelle des biens — le droit naturel que le socialisme veut abolir, et sa fonction sociale.
- Le totalitarisme — la dérive politique vers laquelle tend le collectivisme.
- La dignité de la personne humaine, Le bien commun, La subsidiarité et La solidarité — les principes permanents de la doctrine sociale.
- Le salaire juste et Les syndicats et la doctrine sociale — les réponses concrètes à la question ouvrière.
Notes et références
Pie XI, Quadragesimo Anno, 15 mai 1931 : « Que le socialisme soit conçu comme une doctrine, comme un fait historique ou comme une action, s'il reste vraiment du socialisme […] il ne peut se concilier avec les enseignements de l'Église catholique […] car il conçoit la société humaine d'une façon profondément étrangère à la vérité chrétienne » (latin : sive ut doctrina, sive ut factum historicum, sive ut « actio » consideretur socialismus, si vere manet socialismus, [...] componi cum Ecclesiae catholicae dogmatibus non potest).
1 11Pie XI, Quadragesimo Anno, 15 mai 1931, sur le communisme : une partie du socialisme « a versé dans le communisme », lequel poursuit « une lutte des classes implacable et la disparition complète de la propriété privée », par tous les moyens y compris les plus violents (latin : acerrimam inter classes luctationem, plenamque dominii privati exstinctionem).
2Pie XI, Quadragesimo Anno, 15 mai 1931, sur le socialisme modéré : « Plus modéré sans doute est l'autre parti, qui a gardé le nom de socialisme » ; il condamne la violence et tempère lutte des classes et abolition de la propriété, sans pour autant quitter le fond contraire à la foi chrétienne propre au socialisme.
3Léon XIII, Rerum Novarum (sur la condition des ouvriers), 15 mai 1891, passage d'ouverture sur la misère ouvrière : « [...] un petit nombre d'hommes opulents et de ploutocrates qui imposent ainsi un joug presque servile à l'infinie multitude des prolétaires ». Texte officiel français sur vatican.va.
4Bienheureux Pie IX, Qui Pluribus, 9 novembre 1846 : condamnation de « cette doctrine très perverse, qu'on appelle communisme », jugée contraire au droit naturel lui-même — deux ans avant même la publication du Manifeste du parti communiste (1848).
5Léon XIII, Quod Apostolici Muneris, 28 décembre 1878 : socialisme, communisme et nihilisme — « la secte de ces hommes qui s'appellent diversement et de noms presque barbares, socialistes, communistes et nihilistes » — dénoncés comme « cette peste mortelle qui se glisse à travers les membres les plus intimes de la société humaine et qui la conduit à sa perte ». Texte officiel français sur vatican.va.
6Saint Jean-Paul II, Centesimus Annus, 1er mai 1991, n° 13 : « L'erreur fondamentale du socialisme est de caractère anthropologique. En effet, il considère l'individu comme un simple élément, une molécule de l'organisme social, en sorte que le bien de l'individu est entièrement subordonné au fonctionnement du mécanisme économico-social. » Le même numéro impute à l'athéisme la racine de cette conception. Texte officiel sur vatican.va.
7Léon XIII, Rerum Novarum, 15 mai 1891, sur le remède socialiste (supprimer la propriété privée) : « [...] le remède proposé est en opposition flagrante avec la justice, car la propriété privée et personnelle est pour l'homme de droit naturel ». Texte officiel français sur vatican.va.
8Léon XIII, Rerum Novarum, 15 mai 1891, sur la concorde des classes : « [...] il ne peut y avoir de capital sans travail, ni de travail sans capital. La concorde engendre l'ordre et la beauté. Au contraire, d'un conflit perpétuel il ne peut résulter que la confusion des luttes sauvages. » Texte officiel français sur vatican.va.
9Pie XI, Quadragesimo Anno, 15 mai 1931, sur la conception socialiste de la société : le socialisme, « ignorant et négligeant la fin sublime de l'homme et de la société » (latin : sublimis huius, cum hominis tum societatis, finis penitus ignarus et incuriosus), n'ordonne l'association humaine qu'au seul bien-être matériel.
10Pie XI, Quadragesimo Anno, 15 mai 1931, sur le socialisme mitigé : ayant renoncé à la violence et tempéré ses revendications, il formule parfois des exigences « qui se rapprochent souvent des justes réclamations des réformateurs chrétiens de la société » — rapprochement de surface qui ne supprime pas l'opposition de fond sur la conception de la société.
12Pie XI, Quadragesimo Anno, 15 mai 1931 : « Socialisme religieux, socialisme chrétien : ce sont là des termes contradictoires ; personne ne peut être en même temps bon catholique et vrai socialiste » (latin : Socialismus religiosus, socialismus christianus pugnantia dicunt: nemo potest simul catholicus probus esse et veri nominis socialista).
13Saint Paul VI, lettre apostolique Octogesima Adveniens, 14 mai 1971, n° 31 : « Entre les divers niveaux d'expression du socialisme — une aspiration généreuse et une recherche d'une société plus juste, des mouvements historiques ayant une organisation et un but politiques, une idéologie prétendant donner une vision totale et autonome de l'homme —, des distinctions sont à établir qui guideront les choix concrets », sans pour autant les considérer comme complètement séparés. Texte officiel français sur vatican.va.
14Saint Jean-Paul II, Centesimus Annus, 1er mai 1991, n° 23-24 : l'inefficacité économique du collectivisme y est lue comme conséquence de la violation des droits humains et du « vide spirituel provoqué par l'athéisme ». Texte officiel sur vatican.va.
15Catéchisme de l'Église catholique, n° 2425 : « L'Église a rejeté les idéologies totalitaires et athées associées, dans les temps modernes, au "communisme" ou au "socialisme". Par ailleurs, elle a refusé, dans la pratique du "capitalisme", l'individualisme et le primat absolu de la loi du marché sur le travail humain. »
16Évangile selon saint Matthieu 25, 40, traduction liturgique officielle (AELF), discours sur le Jugement dernier : « Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. »
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