La démocratie selon l'Église

L'Église reconnaît et apprécie la démocratie — mais comme un moyen au service du bien commun, jamais comme une fin ni une source de vérité. De Léon XIII à Jean-Paul II, une doctrine exigeante : « Une démocratie sans valeurs se transforme facilement en un totalitarisme. »

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La démocratie — le régime dans lequel le peuple participe à l'exercice du pouvoir et choisit pacifiquement ceux qui le gouvernent — occupe une place singulière dans la pensée catholique. L'Église ne l'a longtemps regardée qu'avec prudence ; elle en est venue, au XXᵉ siècle, à la reconnaître, à l'apprécier et à la défendre — mais à des conditions précises, qui en font tout autre chose qu'une adhésion naïve.[1][2]

Cette position tient en une formule : la démocratie est un moyen, non une fin ; un instrument au service du bien commun, et non une source autonome de vérité et de droit. Jean-Paul II l'a dit sans détour : la démocratie est « un système et, comme tel, un instrument et non pas une fin » ; « son caractère moral n'est pas automatique, mais dépend de la conformité à la loi morale ».[3] Une démocratie peut donc être bonne ou mauvaise, juste ou injuste, selon ce qu'elle reconnaît et ce qu'elle protège.

Pour comprendre cette doctrine, il faut tenir ensemble deux affirmations que l'opinion moderne oppose volontiers. D'un côté, l'Église enseigne que le choix du régime politique appartient à la libre décision des peuples : ni la monarchie, ni l'aristocratie, ni la démocratie ne sont sacrées en elles-mêmes.[4] De l'autre, elle affirme qu'aucune procédure, fût-elle majoritaire, ne crée le bien et le droit : il existe une loi morale objective, antérieure au vote, à laquelle la démocratie elle-même est soumise.[5] La démocratie selon l'Église n'est donc légitime que tant qu'elle reste ordonnée au bien commun et à la dignité de la personne humaine — sans quoi elle se retourne contre l'homme qu'elle prétend servir.

Que signifie « la démocratie » pour l'Église ?

Un régime, pas une religion politique

Le premier soin de la doctrine catholique est de désambiguïser le mot. « Démocratie » peut désigner deux choses très différentes : d'un côté une forme de gouvernement — un ensemble de procédures par lesquelles le peuple participe au pouvoir et désigne ses gouvernants ; de l'autre une philosophie globale, une vision de l'homme et de la vérité qui ferait du consentement la mesure de toute chose.

L'Église accueille la première et combat la seconde. Comme forme de gouvernement, la démocratie est un instrument estimable, souvent le plus apte à protéger la liberté et la participation. Comme religion politique — c'est-à-dire comme dogme selon lequel « la vérité, c'est ce que décide la majorité » —, elle devient une idéologie qui dissout la morale dans le rapport de forces. Cette distinction commande tout le reste : l'Église n'a jamais « canonisé » la démocratie, pas plus qu'elle n'a sacralisé aucun régime ; elle juge la démocratie à ses fruits et à ses fondements, non à son nom.[6]

L'Église ne canonise aucune forme de gouvernement

La tradition catholique enseigne depuis toujours que l'autorité elle-même vient de Dieu, mais que la forme du régime relève de la libre décision des hommes. Le Catéchisme est explicite :

« Si l'autorité relève de l'ordre établi par Dieu, "le choix du régime politique et la désignation des dirigeants sont laissés à la libre décision des citoyens". » — Catéchisme de l'Église catholique, 1901[7]

Il s'ensuit que monarchie, aristocratie et démocratie peuvent être, chacune, des régimes légitimes, « pourvu qu'ils concourent au bien de la communauté ».[8] Léon XIII l'avait déjà nettement posé : aucune des formes de gouvernement n'est condamnable en soi, du moment qu'elle est juste et qu'elle vise le bien commun.[9] Ce principe protège la démocratie d'un double malentendu : elle n'est ni une concession honteuse arrachée à une Église qui rêverait secrètement de monarchie, ni un absolu intouchable. Elle est une forme politique parmi d'autres, jugée à sa capacité à servir l'homme.

Forme de gouvernementPrincipeJugement de l'Église
MonarchieLe pouvoir à un seulLégitime si ordonnée au bien commun et limitée par le droit
AristocratieLe pouvoir à quelques-uns (les « meilleurs »)Légitime aux mêmes conditions
DémocratieLe peuple participe au pouvoir et choisit ses dirigeantsLégitime et appréciée, à condition de respecter la loi morale et les droits inviolables
Tout régime corrompuLe pouvoir détourné vers l'intérêt privé du gouvernantIllégitime — tyrannie, quelle que soit sa forme

Démocratie « formelle » et démocratie « substantielle »

Infographie — les formes de gouvernement et leur critère commun. Source : CEC, 1901–1903. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

La doctrine sociale distingue volontiers la démocratie formelle — les seules procédures : élections, majorités, alternance — de la démocratie substantielle — l'ensemble des biens que ces procédures sont censées protéger : justice, droits de la personne, vérité du bien commun. Une démocratie peut respecter scrupuleusement les formes et trahir totalement la substance, si elle vote l'injustice, opprime les minorités ou nie les droits fondamentaux. C'est pourquoi l'Église refuse de réduire la démocratie au seul décompte des voix : le nombre ne fabrique pas le juste. La procédure démocratique n'a de valeur que parce qu'elle est au service d'un contenu — la dignité de chacun et le bien de tous —, qui la dépasse et la mesure.[10]

« Peuple » et « masse » : la distinction de Pie XII

Le texte fondateur de la réflexion catholique moderne sur la démocratie est le radiomessage de Noël 1944 de Pie XII, prononcé alors que la guerre achevait de ruiner les dictatures totalitaires. Le pape y opère une distinction décisive entre le peuple et la masse :

« Peuple et multitude amorphe, ou, comme on a coutume de dire, "masse", sont deux concepts différents. » — Pie XII, radiomessage de Noël 1944[11]

Le peuple, explique-t-il, est fait de personnes vivantes, conscientes de leurs responsabilités et de leurs convictions ; la masse est une agrégation passive, manipulable, qui « attend l'impulsion du dehors » :

« Le peuple vit de la plénitude de la vie des hommes qui le composent, dont chacun [...] est une personne consciente de ses propres responsabilités et de ses propres convictions. La masse, au contraire, attend l'impulsion du dehors, jouet facile entre les mains de quiconque en exploite les instincts et les impressions. » — Pie XII, radiomessage de Noël 1944[12]

Cette analyse contient déjà toute la doctrine : une démocratie n'est saine que si elle repose sur un peuple de personnes responsables, et non sur une masse que les démagogues façonnent à leur gré. La démocratie de masse, livrée à la propagande et à l'émotion, peut produire les pires tyrannies — l'histoire du XXᵉ siècle venait de le prouver. Pie XII reconnaît alors clairement la légitimité du choix démocratique, du moment que la doctrine sur l'origine divine du pouvoir reste sauve :

« Il n'est pas défendu de préférer des gouvernements modérés de forme populaire, pourvu que reste sauve la doctrine catholique sur l'origine et l'exercice du pouvoir public. » — Pie XII, radiomessage de Noël 1944[13]

Les fondements doctrinaux de la position catholique

L'autorité vient de Dieu, sa forme vient des hommes

Infographie — peuple et masse. Source : Pie XII, radiomessage de Noël 1944. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

La pierre angulaire est la doctrine catholique de l'autorité. Toute autorité légitime vient de Dieu, non comme un blanc-seing donné aux gouvernants, mais comme un ordre qui oblige le pouvoir à servir.[14] Cette affirmation, loin de contredire la démocratie, la fonde et la limite à la fois : elle la fonde, parce qu'elle interdit de faire du pouvoir une propriété privée du chef ; elle la limite, parce qu'elle place au-dessus de la volonté populaire une instance — Dieu et sa loi — que nul vote ne peut abroger. C'est précisément ce que le Sillon de Marc Sangnier avait perdu de vue, en faisant remonter l'autorité du seul peuple : l'Église lui rappellera que l'autorité vient de Dieu par le peuple, et non du peuple seul.[15] La doctrine détaillée de ce point fait l'objet de l'article L'autorité politique selon l'Église.

Le bien commun, fin et critère de tout pouvoir

Si la forme du régime est libre, sa fin ne l'est pas : tout pouvoir, démocratique ou non, n'existe que pour le bien commun.[16] Le Catéchisme le dit nettement :

« L'autorité ne s'exerce légitimement que si elle recherche le bien commun du groupe considéré et si, pour l'atteindre, elle emploie des moyens moralement licites. » — Catéchisme de l'Église catholique, 1903[17]

La démocratie n'échappe pas à ce critère : une majorité qui poursuivrait son intérêt au détriment d'une minorité, ou qui sacrifierait les plus faibles, trahirait le bien commun aussi sûrement qu'un tyran. Le bien commun n'est pas « le bien de la majorité » mais le bien de tous et de chacun : il est la mesure objective à laquelle même le suffrage universel est soumis. Cette articulation est développée dans l'article Le bien commun.

La dignité de la personne, racine de la participation

Pourquoi le peuple a-t-il le droit de participer au pouvoir ? Non par une concession octroyée d'en haut, mais parce que chaque personne, créée à l'image de Dieu, possède une dignité qui la rend responsable de la cité. La participation politique découle directement de la dignité de la personne humaine : un être doué de raison et de liberté n'est pas fait pour être gouverné comme un troupeau, mais pour prendre part, à sa mesure, à la conduite de la communauté.[18] Gaudium et spes fait de cette participation un véritable droit et un devoir :

« Il est pleinement conforme à la nature de l'homme que l'on trouve des structures juridico-politiques offrant à tous les citoyens, sans aucune discrimination et de façon toujours plus parfaite, la possibilité effective de prendre librement et activement part [...] à la vie publique. » — Concile Vatican II, Gaudium et spes, 75[19]

Subsidiarité et participation

La démocratie authentique ne se réduit pas au geste de voter tous les quelques années : elle suppose une participation vivante à tous les niveaux de la société. C'est ici qu'intervient le principe de subsidiarité : le bien commun se construit de bas en haut, par les familles, les associations, les communes, les corps intermédiaires, et non par un État qui absorberait toute initiative.[20] Une démocratie qui viderait la société de ses corps intermédiaires, ne laissant face à face que l'individu isolé et l'État tout-puissant, préparerait elle-même son propre dévoiement. La vitalité démocratique se mesure moins à la fréquence des scrutins qu'à la densité du tissu social et à la solidarité qui le porte.

Histoire : comment l'Église en est venue à « apprécier » la démocratie

Saint Thomas d'Aquin et le « régime mixte »

L'idée que le peuple doive avoir part au gouvernement n'est pas une invention moderne. Saint Thomas d'Aquin (1225-1274), reprenant Aristote, recommandait déjà un régime mixte combinant les avantages de la monarchie (l'unité), de l'aristocratie (la compétence) et de la démocratie (la participation de tous).[21] Selon lui, le meilleur gouvernement est celui où « tous ont quelque part » au pouvoir, car cela assure la paix, suscite l'adhésion et prévient la tyrannie.

« Tous doivent avoir quelque part au gouvernement : c'est ce qui assure la paix du peuple, et tous aiment et gardent une telle organisation. » — Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, I-II, q. 105, a. 1[22]

Cette intuition — la participation de tous comme remède à la tyrannie — préfigure de loin la doctrine contemporaine, tout en restant à distance du dogme moderne de la souveraineté populaire absolue.

La Révolution française et la méfiance du XIXᵉ siècle

Léon XIII, vers 1898. Francesco De Federicis, Library of Congress ; Wikimedia Commons. Domaine public.

La méfiance de l'Église moderne envers la démocratie ne vient pas de la participation populaire en elle-même, mais de la philosophie révolutionnaire qui, à partir de 1789, la porta : souveraineté absolue du peuple, refus de toute loi supérieure à la volonté générale, hostilité déclarée à la religion. La démocratie des Lumières radicales prétendait fonder le droit sur la seule volonté humaine, coupée de Dieu et de la loi naturelle. C'est cette idéologie, et non la démocratie comme régime, que condamnent les papes du XIXᵉ siècle — Grégoire XVI, Pie IX et son Syllabus (1864) — quand ils refusent que « le bien et le vrai » soient soumis au vote.[23] La distinction est capitale : l'Église ne combat pas le fait que le peuple participe au pouvoir, mais la prétention à faire de cette participation la source de la vérité morale.

Léon XIII : le ralliement et la « démocratie chrétienne »

C'est Léon XIII (pape de 1878 à 1903) qui amorce le rapprochement. Dans Immortale Dei (1885), il enseigne que toutes les formes de gouvernement sont en soi légitimes ; dans Au milieu des sollicitudes (1892), il invite les catholiques français à se « rallier » à la République, distinguant le régime établi — qu'il faut accepter et faire servir au bien — des lois injustes qu'il faut combattre par les voies légales.[24] Enfin, dans Graves de communi re (1901), il emploie l'expression « démocratie chrétienne » — mais en la vidant soigneusement de tout sens partisan : il n'y voit pas un programme politique, mais une action bienfaisante des chrétiens en faveur du peuple, conforme à la doctrine sociale inaugurée par Rerum novarum (1891).[25]

« Que personne [...] ne détourne ce mot de démocratie chrétienne vers la politique. Car [...] elle doit signifier uniquement cette bienfaisante action chrétienne en faveur du peuple. » — Léon XIII, Graves de communi re, 1901[26]

La condamnation du Sillon (1910)

Marc Sangnier en 1919. Agence Rol, BnF/Gallica ; Wikimedia Commons. Domaine public.

Le mouvement du Sillon, fondé par Marc Sangnier, voulut aller plus loin et lier intimement le catholicisme à l'idéal démocratique. Pie X le condamna en 1910 par la lettre Notre charge apostolique, non parce qu'il défendait le peuple, mais parce qu'il versait dans une erreur doctrinale sur l'origine de l'autorité : le Sillon enseignait que le pouvoir émane du peuple seul, et tendait à dissoudre l'Église dans un vaste mouvement humanitaire mêlant croyants et incroyants.[27] Pie X rappela que l'autorité vient de Dieu, et que l'égale dignité des hommes ne supprime ni la hiérarchie sociale ni l'ordre voulu par le Créateur. La condamnation du Sillon n'est donc pas un rejet de la démocratie, mais un refus d'en faire une mystique politique substituée à la foi.

Le tournant de Pie XII : le radiomessage de Noël 1944

Le véritable tournant vient avec Pie XII et son antitotalitarisme de guerre. Au sortir des régimes nazi et fasciste, qui s'étaient pourtant souvent réclamés du peuple, le pape comprend que la meilleure barrière contre la tyrannie est une démocratie substantielle, enracinée dans la conscience des personnes. Le radiomessage de Noël 1944 reconnaît positivement, pour la première fois avec cette ampleur, l'aspiration des peuples à participer à leur gouvernement — tout en la subordonnant à la vérité sur l'homme et sur l'origine du pouvoir (voir plus haut, « Peuple et masse »). Désormais, l'Église ne se contente plus de tolérer la démocratie : elle commence à la promouvoir comme rempart de la dignité humaine.

ÉtapeAuteur, dateApport sur la démocratie
Immortale DeiLéon XIII, 1885Toutes les formes de gouvernement sont en soi légitimes si elles servent le bien commun[28]
Au milieu des sollicitudesLéon XIII, 1892Ralliement : accepter le régime établi, distinguer régime et lois[29]
Graves de communi reLéon XIII, 1901« Démocratie chrétienne » = action sociale, non programme politique[30]
Notre charge apostoliquePie X, 1910Condamnation du Sillon : l'autorité vient de Dieu, non du peuple seul[31]
Radiomessage de Noël 1944Pie XII, 1944Reconnaissance de la démocratie ; distinction peuple / masse[32]
Gaudium et spesVatican II, 1965Droit et devoir de participation de tous à la vie publique[33]
Centesimus annusJean-Paul II, 1991« L'Église apprécie le système démocratique » ; alerte sur la démocratie sans valeurs[34]
Evangelium vitaeJean-Paul II, 1995La démocratie tient ou tombe avec ses valeurs ; loi morale objective[35]

Le magistère contemporain

Vatican II : la participation de tous à la vie publique

Le concile Vatican II, dans Gaudium et spes (1965), consacre la participation politique comme conforme à la nature de l'homme (voir plus haut) et appelle à des institutions garantissant à tous, « sans discrimination », une part effective à la vie publique.[36] Le concile loue les régimes où les citoyens peuvent prendre part au gouvernement « dans la liberté », et il rappelle que cette participation est inséparable du sens du bien commun et du respect des droits.[37] Vatican II ne « baptise » pas la démocratie, mais il fait de la participation responsable un idéal vers lequel les sociétés doivent tendre.

Centesimus annus : « L'Église apprécie le système démocratique »

Infographie — démocratie et valeurs. Source : Centesimus annus, 46. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

C'est Jean-Paul II qui donne à la doctrine sa formulation la plus positive — et la plus exigeante. Dans Centesimus annus (1991), au lendemain de la chute du communisme, il écrit :

« L'Église apprécie le système démocratique, comme système qui assure la participation des citoyens aux choix politiques et garantit aux gouvernés la possibilité de choisir et de contrôler leurs gouvernants, ou de les remplacer de manière pacifique lorsque cela s'avère opportun. » — Jean-Paul II, Centesimus annus, 46[38]

Mais, dans la même page, il pose l'avertissement devenu célèbre, fruit de l'expérience du XXᵉ siècle et de sa Pologne natale :

« Une démocratie sans valeurs se transforme facilement en un totalitarisme déclaré ou sournois, comme le montre l'histoire. » — Jean-Paul II, Centesimus annus, 46[39]

L'« appréciation » de la démocratie n'est donc jamais inconditionnelle : elle vaut pour une démocratie enracinée dans la vérité, et se mue en mise en garde dès que cet enracinement vient à manquer.

Evangelium vitae : la démocratie tient ou tombe avec ses valeurs

L'encyclique Evangelium vitae (1995) pousse l'analyse jusqu'à son point décisif, à propos des lois autorisant l'avortement et l'euthanasie votées par des parlements démocratiques. Jean-Paul II y refuse l'idée que la légalité démocratique suffise à fonder la moralité d'une loi :

« La valeur de la démocratie se maintient ou disparaît en fonction des valeurs qu'elle incarne et promeut. » — Jean-Paul II, Evangelium vitae, 70[40]

Et il en désigne le fondement ultime, qui ne peut être le nombre :

« Le fondement de ces valeurs ne peut se trouver dans des « majorités » d'opinion provisoires et fluctuantes, mais seulement dans la reconnaissance d'une loi morale objective qui, en tant que « loi naturelle » inscrite dans le cœur de l'homme, est une référence normative pour la loi civile elle-même. » — Jean-Paul II, Evangelium vitae, 70[41]

Conséquence redoutable : une loi votée selon toutes les formes démocratiques mais contraire au droit à la vie n'est pas une vraie loi mais une violence recouverte de légalité.[42] La démocratie, coupée de la loi morale, peut donc légaliser l'injustice — et c'est alors la conscience qui doit résister, par l'objection de conscience.

Le Compendium : les conditions d'une démocratie authentique

Le Compendium de la doctrine sociale de l'Église (2004) systématise cet enseignement. Il pose qu'« une démocratie authentique n'est possible que dans un État de droit et sur la base d'une conception correcte de la personne humaine ».[43] Il énumère les conditions de cette authenticité — participation, représentation, respect des droits, séparation et équilibre des pouvoirs — et il met en garde, à la suite de Jean-Paul II, contre le relativisme éthique qui, en niant toute vérité objective, prive la démocratie de sa boussole et la livre aux puissants.[44]

ConditionCe qu'elle exigeRéférence
État de droitDes lois, et non des hommes, gouvernent ; séparation et équilibre des pouvoirsCompendium 406-408
Reconnaissance de la loi moraleDes valeurs objectives (vie, dignité, justice) que le vote ne peut abolirEV 70 ; Compendium 407
Respect des droits inviolablesProtection des plus faibles et des minorités contre la volonté du nombreCEC 1907 ; EV 71
Recherche du bien communLa fin du pouvoir, supérieure à l'intérêt de la majoritéCEC 1903 ; Compendium 168
Participation réelleSubsidiarité, corps intermédiaires, citoyens responsablesGS 75 ; Compendium 417

Les conditions d'une démocratie authentique

Un État de droit et des droits inviolables

Infographie — vote, légalité et justice morale. Source : Evangelium vitae, 70–71. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

La première condition est l'État de droit : un ordre où la loi, et non l'arbitraire — fût-il majoritaire —, gouverne. Une démocratie n'est authentique que si elle se lie elle-même par des droits qu'aucun scrutin ne peut supprimer : droit à la vie de la conception à la mort naturelle, liberté religieuse, liberté de conscience, droit de fonder une famille, droits des minorités.[45] Sans cette auto-limitation, le pouvoir du peuple deviendrait aussi absolu que celui d'un despote — et l'on retomberait dans la tyrannie sous des dehors électoraux.

L'enracinement dans la vérité et la loi morale

La deuxième condition est l'enracinement dans la vérité. Jean-Paul II l'affirme : une démocratie sans vérité objective est sans défense face à ceux qui la manipulent.

« Si la vérité transcendante n'est pas reconnue, la force du pouvoir triomphe [...]. Il faut donc situer la racine du totalitarisme moderne dans la négation de la dignité transcendante de la personne humaine. » — Jean-Paul II, Centesimus annus, 44[46]

Loin de menacer la démocratie, la reconnaissance d'une loi morale objective est ce qui la protège : c'est elle qui interdit à la majorité de tout faire, et qui donne aux minorités et aux faibles un rempart contre le nombre.

La formation morale des citoyens

La troisième condition est la qualité morale du peuple lui-même. Une démocratie ne vaut que ce que valent les consciences qui la composent. Si le peuple devient « masse » — passif, manipulable, ignorant du bien commun —, aucune procédure ne le sauvera. D'où l'importance de l'éducation, de la famille, de la culture, et de cette formation à la responsabilité que Pie XII appelait de ses vœux. La démocratie est donc inséparable d'un projet d'élévation morale : elle suppose des citoyens vertueux autant que des institutions justes.[47]

Les maladies de la démocratie

Parce qu'elle est un moyen et non un absolu, la démocratie est exposée à des dévoiements caractéristiques que la doctrine catholique nomme et combat.

La démocratie sans valeurs : la pente totalitaire

Infographie — synthèse des dérives décrites dans l’article. Sources : Centesimus annus, 44 et 46 ; Evangelium vitae, 70. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

La maladie la plus grave est la démocratie sans valeurs. Privée de tout fondement objectif, la procédure démocratique se met à tout permettre : elle peut, par des voies parfaitement légales, opprimer une minorité, supprimer les plus faibles, et finalement concentrer le pouvoir entre les mains de ceux qui savent manipuler l'opinion. C'est le sens de l'avertissement de Centesimus annus 46 : la démocratie sans valeurs « se transforme facilement en un totalitarisme déclaré ou sournois ».[48] Le totalitarisme n'est pas l'opposé d'une démocratie dévoyée : il en est souvent l'aboutissement, lorsque le nombre se libère de la loi morale.

La dictature du relativisme

À la veille de son élection, le cardinal Joseph Ratzinger (futur Benoît XVI) a donné à cette dérive son nom le plus célèbre. Dans l'homélie de la messe Pro eligendo Romano Pontifice, le 18 avril 2005, il dénonce une tyrannie d'un genre nouveau :

« On est en train de constituer une dictature du relativisme qui ne reconnaît rien comme définitif et qui laisse comme dernière mesure uniquement son propre moi et ses désirs. » — Cardinal Joseph Ratzinger, homélie du 18 avril 2005[49]

Le paradoxe est saisissant : c'est au nom de la tolérance et du refus de toute vérité que s'installe une nouvelle contrainte, qui interdit de rien affirmer comme vrai. Une démocratie gouvernée par ce relativisme n'a plus de critère pour distinguer le juste de l'injuste : elle ne connaît plus que le rapport de forces des désirs.

La tyrannie de la majorité et le « positivisme législatif »

Une troisième maladie est le positivisme législatif : l'idée que ce qui est légal est, par le fait même, juste. Cette confusion fait de la majorité parlementaire la source ultime du droit, et réduit la justice à la procédure. Or l'Église, à la suite de toute la tradition du droit naturel, maintient qu'« une loi injuste n'est pas une loi » mais une corruption de la loi.[50] Le suffrage ne crée pas le bien : il est censé le reconnaître et le servir. Quand la majorité prétend décréter le vrai et le bien, elle exerce sur les consciences et sur les faibles une tyrannie du nombre que les Pères de la démocratie eux-mêmes redoutaient.

Populisme, technocratie, abstention

La démocratie souffre enfin de dévoiements plus diffus, que le magistère récent a relevés : le populisme qui flatte la « masse » au lieu d'élever le « peuple » ; la technocratie qui confisque les décisions au profit d'experts non élus et d'un « paradigme technocratique » indifférent au bien commun ;[51] et l'abstention, ce désintérêt de la chose publique qui livre la cité aux plus déterminés. Toutes ces maladies ont une racine commune : la dissolution du peuple de personnes responsables en une masse sans convictions — exactement ce contre quoi Pie XII mettait en garde dès 1944.

Le catholique dans la vie démocratique

Un devoir de participation et de vote

Infographie — une participation responsable. Sources : CEC, 2240 et 2242 ; Gaudium et spes, 75. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Pour le chrétien, participer à la vie démocratique n'est pas une option, mais un devoir de justice et de charité. Le Catéchisme range la participation à la vie publique parmi les obligations morales : « la soumission à l'autorité et la coresponsabilité du bien commun exigent moralement le paiement des impôts, l'exercice du droit de vote, la défense du pays ».[52] Voter en conscience, s'informer, soutenir des lois justes, défendre les plus faibles : autant de manières d'aimer le prochain « à la dimension de la cité ». Se désintéresser de la politique par confort ou par dégoût est, pour un catholique, une démission.

L'objection de conscience face aux lois injustes

La participation démocratique a cependant une limite absolue : nul ne peut, sous prétexte de légalité, coopérer au mal. Quand une loi, même votée démocratiquement, contredit la loi morale — en autorisant par exemple la suppression d'innocents —, le citoyen a le devoir de ne pas s'y soumettre :

« Le citoyen est obligé en conscience de ne pas suivre les prescriptions des autorités civiles quand ces préceptes sont contraires aux exigences de l'ordre moral, aux droits fondamentaux des personnes ou aux enseignements de l'Évangile. » — Catéchisme de l'Église catholique, 2242[53]

L'objection de conscience est ainsi l'ultime sauvegarde de la démocratie contre elle-même : elle rappelle qu'au-dessus du suffrage demeure une loi que nul n'a le pouvoir d'abroger. Loin d'être un refus de la démocratie, elle en est le service le plus haut — celui qui empêche la légalité de devenir le masque de l'injustice.

La charité politique

Enfin, l'engagement du catholique dans la cité n'est pas un simple calcul d'intérêts, mais une forme éminente d'amour du prochain : la charité politique. Bâtir des institutions justes, défendre la vérité du bien commun, faire vivre une démocratie enracinée dans la dignité de chacun, c'est aimer concrètement tous ceux que ces structures protègent. Pie XI voyait dans la politique « le champ de la plus vaste charité » ; à ce titre, la défense d'une démocratie substantielle, ordonnée à Dieu et à la personne, est pour le chrétien un véritable acte de foi et de charité.[54]

« C'est une exigence de la justice et de la charité que de vouloir le bien commun et de le rechercher. » — Benoît XVI, Caritas in veritate, 7[55]

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Jean-Paul II, encyclique Centesimus annus, 1er mai 1991, § 46 : « L'Église apprécie le système démocratique, comme système qui assure la participation des citoyens aux choix politiques et garantit aux gouvernés la possibilité de choisir et de contrôler leurs gouvernants, ou de les remplacer de manière pacifique lorsque cela s'avère opportun » ; « Une démocratie sans valeurs se transforme facilement en un totalitarisme déclaré ou sournois, comme le montre l'histoire ». Texte officiel sur Vatican.va.

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  2. Compendium de la doctrine sociale de l'Église, Conseil pontifical Justice et Paix, 2004, § 406 : « Une démocratie authentique n'est possible que dans un État de droit et sur la base d'une conception correcte de la personne humaine » (citant Centesimus annus 46) ; conditions de la participation et de la représentation.

    2 43 47
  3. Jean-Paul II, encyclique Evangelium vitae, 25 mars 1995, § 70 : la démocratie est « un système et, comme tel, un instrument et non pas une fin » ; son caractère moral « n'est pas automatique, mais dépend de la conformité à la loi morale à laquelle, comme toute autre conduite humaine, elle doit se soumettre ». Texte officiel sur Vatican.va.

    3
  4. Catéchisme de l'Église catholique, § 1901 : « Si l'autorité relève de l'ordre établi par Dieu, "le choix du régime politique et la désignation des dirigeants sont laissés à la libre décision des citoyens" » (citant Gaudium et spes 74, § 3).

    4 7
  5. Jean-Paul II, encyclique Evangelium vitae, 25 mars 1995, § 70 : « La valeur de la démocratie se maintient ou disparaît en fonction des valeurs qu'elle incarne et promeut » ; « Le fondement de ces valeurs ne peut se trouver dans des "majorités" d'opinion provisoires et fluctuantes, mais seulement dans la reconnaissance d'une loi morale objective qui, en tant que "loi naturelle" inscrite dans le cœur de l'homme, est une référence normative pour la loi civile elle-même ». Texte officiel sur Vatican.va.

    5 10 35 40 41
  6. Compendium de la doctrine sociale de l'Église, § 407 : la démocratie doit reposer sur des valeurs objectives ; le scepticisme et le relativisme érigés en philosophie politique privent la démocratie de fondement et ouvrent la voie à l'arbitraire. Cf. §§ 408-416 sur les institutions et l'information.

    6 44
  7. Catéchisme de l'Église catholique, § 1922 : « La diversité des régimes politiques est légitime, pourvu qu'ils concourent au bien de la communauté. »

    8
  8. Léon XIII, encyclique Immortale Dei, 1er novembre 1885 : aucune des formes de gouvernement (monarchique, aristocratique, démocratique) n'est en soi condamnable, dès lors qu'elle est juste et ordonnée au bien commun. Texte officiel sur Vatican.va.

    9 28
  9. Pie XII, radiomessage de Noël 1944 (« Benignitas et humanitas », 24 décembre 1944) : « Peuple et multitude amorphe, ou, comme on a coutume de dire, "masse", sont deux concepts différents. » Texte dans les Actes et documents de Pie XII ; traduction française de référence (Documentation catholique, 1945).

    11 32
  10. Pie XII, radiomessage de Noël 1944 : « Le peuple vit de la plénitude de la vie des hommes qui le composent, dont chacun [...] est une personne consciente de ses propres responsabilités et de ses propres convictions. La masse, au contraire, attend l'impulsion du dehors, jouet facile entre les mains de quiconque en exploite les instincts et les impressions. »

    12
  11. Pie XII, radiomessage de Noël 1944 : « Il n'est pas défendu de préférer des gouvernements modérés de forme populaire, pourvu que reste sauve la doctrine catholique sur l'origine et l'exercice du pouvoir public. » Première reconnaissance magistérielle ample de la légitimité du choix démocratique.

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  12. Épître aux Romains, 13, 1 : « Il n'y a pas d'autorité qui ne vienne de Dieu. » Cf. Catéchisme, § 1899 ; Léon XIII, encyclique Diuturnum illud, 29 juin 1881, sur l'origine divine du pouvoir et la légitimité des différentes formes de désignation des gouvernants.

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  13. Pie X, lettre Notre charge apostolique, 25 août 1910 : condamnation des erreurs doctrinales du Sillon de Marc Sangnier — notamment la thèse selon laquelle l'autorité émanerait du peuple seul, et la dissolution de l'action catholique dans un mouvement humanitaire interconfessionnel. Texte officiel sur Vatican.va.

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  14. Catéchisme de l'Église catholique, § 1903 : « L'autorité ne s'exerce légitimement que si elle recherche le bien commun du groupe considéré et si, pour l'atteindre, elle emploie des moyens moralement licites. »

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  15. Concile Vatican II, Gaudium et spes, § 75 : « Il est pleinement conforme à la nature de l'homme que l'on trouve des structures juridico-politiques offrant à tous les citoyens, sans aucune discrimination et de façon toujours plus parfaite, la possibilité effective de prendre librement et activement part [...] à la vie publique. » Texte officiel sur Vatican.va.

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  16. Compendium de la doctrine sociale de l'Église, §§ 417-420 et § 185-188 : principe de subsidiarité, participation, rôle des corps intermédiaires dans une démocratie vivante. Voir l'article La subsidiarité.

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  17. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, I-II, q. 105, a. 1 : éloge du régime mixte combinant royauté, aristocratie et participation populaire ; « tous doivent avoir quelque part au gouvernement », gage de paix et de stabilité. Cf. De regno, I, sur le gouvernement ordonné au bien commun.

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  18. Pie IX, Syllabus annexé à l'encyclique Quanta cura, 8 décembre 1864 : condamnation des thèses libérales radicales soumettant la vérité et le droit à la seule volonté humaine ; il s'agit d'une critique de l'idéologie révolutionnaire, non de la participation populaire comme telle. Cf. Denzinger-Hünermann, nᵒˢ 2901-2980.

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  19. Léon XIII, encyclique Au milieu des sollicitudes, 16 février 1892 : invitation au « ralliement » des catholiques français à la République ; distinction entre l'acceptation du régime établi et la lutte légale contre les lois injustes. Texte officiel sur Vatican.va.

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  20. Léon XIII, encyclique Graves de communi re, 18 janvier 1901 : l'expression « démocratie chrétienne » doit désigner « cette bienfaisante action chrétienne en faveur du peuple », et non un programme politique partisan ; rattachement à la doctrine sociale de Rerum novarum. Texte officiel sur Vatican.va.

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  21. Concile Vatican II, constitution pastorale Gaudium et spes, 7 décembre 1965, § 73-74 : la vie de la communauté politique, le fondement et la fin de l'autorité dans le bien commun, l'aspiration légitime des peuples à des structures de participation et de garantie des droits. Texte officiel sur Vatican.va.

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  22. Jean-Paul II, encyclique Evangelium vitae, 25 mars 1995, § 71-73 : une loi civile contraire au droit à la vie n'a pas de valeur obligatoire en conscience ; distinction entre légalité et moralité ; devoir de ne pas coopérer formellement à de telles lois. Texte officiel sur Vatican.va.

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  23. Catéchisme de l'Église catholique, § 1907 : premier élément du bien commun — le respect de la personne et de ses droits fondamentaux et inaliénables, que l'autorité publique est tenue de protéger.

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  24. Jean-Paul II, encyclique Centesimus annus, 1er mai 1991, § 44 : sans reconnaissance de la vérité transcendante, c'est la force qui triomphe ; les racines du totalitarisme moderne sont dans la négation de la dignité transcendante de la personne. Texte officiel sur Vatican.va.

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  25. Cardinal Joseph Ratzinger (futur Benoît XVI), homélie de la messe Pro eligendo Romano Pontifice, basilique Saint-Pierre, 18 avril 2005 : « On est en train de constituer une dictature du relativisme qui ne reconnaît rien comme définitif et qui laisse comme dernière mesure uniquement son propre moi et ses désirs. » Texte officiel sur Vatican.va.

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  26. Catéchisme de l'Église catholique, § 1902 : l'autorité ne tire pas d'elle-même sa légitimité morale ; une prescription contraire à l'ordre moral n'oblige pas en conscience — « une telle loi cesse d'obliger ». Sur la tradition « lex iniusta non est lex », cf. saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, I-II, q. 96, a. 4.

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  27. Pape François, encyclique Laudato si', 24 mai 2015, §§ 106-114 et 189-198 : critique du « paradigme technocratique » et de la confiscation des décisions au détriment du bien commun et de la participation démocratique réelle. Texte officiel sur Vatican.va.

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  28. Catéchisme de l'Église catholique, § 2240 : la coresponsabilité du bien commun rend moralement obligatoires le paiement des impôts, l'exercice du droit de vote et la défense du pays.

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  29. Catéchisme de l'Église catholique, § 2242 : « Le citoyen est obligé en conscience de ne pas suivre les prescriptions des autorités civiles quand ces préceptes sont contraires aux exigences de l'ordre moral, aux droits fondamentaux des personnes ou aux enseignements de l'Évangile » (cf. Actes 5, 29).

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  30. Benoît XVI, encyclique Caritas in veritate, 29 juin 2009, § 7 : « C'est une exigence de la justice et de la charité que de vouloir le bien commun et de le rechercher » ; l'engagement pour la cité comme forme de charité (la « charité politique »). Cf. la maxime attribuée à Pie XI sur « la politique, champ de la plus vaste charité ». Texte officiel sur Vatican.va.

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