L'embryon humain est l'être humain à son tout premier stade : de l'instant de la fécondation jusqu'à la huitième semaine environ, avant de devenir un fœtus, puis l'enfant que sa mère mettra au monde. La question de sa dignité est l'une des plus décisives de la morale contemporaine, car elle se pose là où l'être humain est le plus petit, le plus fragile et le plus silencieux — incapable de parler, de se défendre ou de revendiquer ses droits. C'est précisément là, enseigne l'Église, que se mesure la qualité morale d'une civilisation.
Pour la foi catholique, l'embryon n'est pas une chose, ni une promesse de personne, ni un amas de cellules qui le deviendrait peu à peu : c'est un être humain à son commencement, porteur dès la conception de la même dignité que tout homme. Le Catéchisme le formule sans détour : « Puisqu'il doit être traité comme une personne, dès la conception, l'embryon devra être défendu dans son intégrité, soigné et guéri, dans la mesure du possible comme tout autre être humain »[1]. Cette conviction ne repose pas d'abord sur un dogme religieux, mais sur une donnée que l'embryologie établit et que la raison interprète : dès la fécondation existe un individu nouveau, distinct, vivant, qui se développe pour lui-même.
Cet article ne traite ni du fondement général de la dignité humaine — abordé dans la dignité de la personne humaine — ni de la méthode d'ensemble de la morale médicale, qui relève de la bioéthique. Il se concentre sur un seul point, mais capital : qui est l'embryon, et que lui devons-nous ? On y examinera tour à tour ce que dit la science du commencement de la vie, le débat philosophique sur la personne, le témoignage de l'Écriture et de la Tradition, l'enseignement du magistère, et les atteintes contemporaines à cette dignité — de l'avortement à la fécondation artificielle, du diagnostic préimplantatoire à la recherche sur l'embryon.
Qu'est-ce que la dignité de l'embryon ?
L'embryon, un être humain à son commencement
Le mot embryon vient du grec embruon, « le fruit encore dans le sein ». En langage biologique, il désigne l'organisme humain depuis la fécondation jusqu'à la fin de la huitième semaine de développement ; au-delà, on parle de fœtus. Mais ces frontières sont des repères de description, non des changements de nature : l'embryon, le fœtus, le nouveau-né, l'enfant, l'adulte et le vieillard sont les âges successifs d'un seul et même être, qui ne cesse jamais de se développer du même mouvement.
La thèse catholique tient en une phrase : l'embryon n'est pas un être humain en puissance, mais un être humain en développement. La nuance est décisive. Un être humain « en puissance » serait quelque chose qui n'est pas encore humain et qui le deviendrait par addition. Or — hormis les mutations somatiques accidentelles et la régulation épigénétique, qui module l'expression des gènes sans en réécrire le texte — aucune information génétique nouvelle ne s'ajoute entre la conception et la naissance : c'est le même individu qui, possédant dès l'origine tout son programme, déploie de l'intérieur ce qu'il est déjà, nourri et abrité par sa mère. On ne devient pas homme ; on l'est, et l'on grandit.
Une dignité qui ne se mérite pas et ne se mesure pas
La dignité dont il s'agit n'est pas une qualité que l'on acquiert avec l'âge, la conscience, l'autonomie ou l'utilité sociale. Elle est ontologique : elle tient à ce que l'être est, non à ce qu'il fait ou à ce qu'il paraît. C'est le sens profond de la doctrine développée dans la dignité de la personne humaine : tout homme vaut infiniment, du seul fait qu'il est homme, indépendamment de son âge, de sa santé ou de ses capacités.
Appliqué à l'embryon, ce principe interdit toute hiérarchie entre les âges de la vie. Si la dignité dépendait de la taille, de la maturité ou de la performance, alors le nouveau-né vaudrait moins que l'adulte, l'endormi moins que l'éveillé, le malade moins que le bien-portant — ce que personne n'ose soutenir jusqu'au bout. L'embryon est exactement dans la même situation : il ne possède pas encore en acte toutes ses facultés, mais il les possède en racine, comme le nourrisson possède la raison qu'il n'exerce pas encore.
« La vie humaine est sacrée parce que, dès son origine, elle comporte l'action créatrice de Dieu, et demeure pour toujours dans une relation spéciale avec le Créateur, son unique fin. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2258[2]
Pourquoi l'embryon est le test décisif de toute bioéthique
Le statut de l'embryon n'est pas une question de spécialistes : c'est le point où se joue toute la cohérence d'une morale de la vie. Car si l'on admet que cet être humain-là, parce qu'il est minuscule et muet, peut être produit, trié, congelé, expérimenté ou supprimé selon notre intérêt, alors le principe même de l'inviolabilité de la vie innocente est abandonné — et il devient impossible de défendre solidement le malade, le handicapé ou le mourant. « Il n'est pas possible de réaliser le bien commun sans reconnaître et protéger le droit à la vie, sur lequel se fondent et se développent tous les autres droits inaliénables de l'être humain »[3].
C'est pourquoi l'embryon est devenu le lieu emblématique de l'affrontement entre deux visions de l'homme : l'une qui reconnaît à tout être humain une valeur reçue, antérieure à toute décision ; l'autre qui fait dépendre cette valeur d'un seuil, d'une qualité ou d'un consentement. « Mais ce qui est techniquement possible n'est pas pour autant moralement admissible »[4] : tout le débat sur l'embryon tient dans cette tension entre le pouvoir et le respect.
Quand commence la vie d'un être humain ?
Le témoignage de l'embryologie : un nouvel individu dès la fécondation
La question du commencement de la vie humaine n'est pas, au premier chef, philosophique ou religieuse : elle est d'abord biologique, et la biologie y répond avec une remarquable netteté. La fécondation — la rencontre de l'ovule et du spermatozoïde — n'est pas la simple activation d'un matériel préexistant : c'est la constitution d'un organisme nouveau, doté d'un patrimoine génétique original, différent de celui du père comme de celui de la mère, et qui ne se reproduira jamais à l'identique.
Dès les premières heures, ce zygote pilote lui-même son développement : il se divise, s'organise, fabrique ses propres protéines selon un programme interne. Il n'est pas un organe de la mère, mais un être distinct hébergé par elle. C'est ce que résumait le généticien français Jérôme Lejeune, découvreur de la cause de la trisomie 21, dans son célèbre témoignage devant le Sénat américain en 1981 :
« Accepter le fait qu'après la fécondation un nouvel être humain a commencé d'exister n'est plus une affaire de goût ou d'opinion. La nature humaine de l'être humain, de la conception à la vieillesse, n'est pas une thèse métaphysique : c'est une évidence expérimentale. » — Jérôme Lejeune, audition devant le Sous-comité du Sénat des États-Unis, 23 avril 1981[5]
L'Église ne fait ici que recueillir et interpréter une donnée scientifique. Comme l'observe Donum Vitae, « dès que l'ovule est fécondé, se trouve inaugurée une vie qui n'est ni celle du père ni celle de la mère, mais d'un nouvel être humain qui se développe par lui-même »[6]. Le magistère se garde de prétendre trancher par décret un point de science ; il constate seulement que les données de la génétique « fournissent une indication précieuse pour discerner rationnellement une présence personnelle dès cette première apparition d'une vie humaine »[7].
Continuité, identité, autonomie : les trois marques du nouvel être
Pourquoi affirmer que cet embryon est déjà quelqu'un, et non simplement quelque chose en voie de le devenir ? Trois caractères, reconnus par l'embryologie, fondent cette conviction.
D'abord la continuité : du zygote à l'adulte, il n'existe aucune rupture, aucun saut, aucun moment où un être en remplacerait un autre. Le développement est un processus ininterrompu ; chercher dans cette ligne continue un point où « l'humain » commencerait soudain relève de la décision arbitraire, non de l'observation.
Ensuite l'identité : l'individu reste le même tout au long de ce développement. L'embryon n'est pas un brouillon que la nature corrigerait : c'est le même organisme qui, conservé dans son identité, déploie ses potentialités. La preuve en est que l'on peut, des décennies plus tard, retrouver dans l'adulte les marques génétiques inscrites dès la première cellule.
Enfin l'autonomie de développement : l'embryon n'est pas dirigé du dehors ; il s'auto-construit. La mère lui fournit l'abri et la nourriture, mais c'est lui qui orchestre sa propre croissance, selon une loi qu'il porte en lui. Or « s'auto-développer » est précisément le propre du vivant individuel, non d'un fragment d'un autre organisme.
Les seuils proposés et leur arbitraire
Face à cette continuité, les partisans d'un statut graduel de l'embryon ont proposé divers seuils à partir desquels la vie mériterait protection. Chacun se heurte à la même difficulté : il découpe artificiellement un processus continu. Le tableau ci-dessous récapitule les principaux seuils invoqués et leurs limites.
| Seuil proposé | Quand | Argument avancé | Pourquoi il ne tient pas |
|---|---|---|---|
| Nidation | 6e-7e jour | « Tant qu'il n'est pas implanté, l'embryon n'est pas viable » | La nidation change le lieu, pas la nature de l'être : il est déjà le même individu avant et après |
| Quatorzième jour | Fin de la possibilité de jumellisation | « Avant, l'individualité n'est pas fixée » | La possibilité rare d'un jumeau ne prouve pas l'absence d'individu, mais celle d'un individu qui peut donner naissance à un autre |
| Activité cérébrale | Vers la 6e-8e semaine | « Pas de cerveau, pas de personne » | Le critère vaudrait aussi pour le coma profond ; il confond la personne avec l'exercice actuel d'une fonction |
| Viabilité | Vers la 22e-24e semaine | « Capable de survivre hors du sein » | La viabilité dépend de la technique médicale du moment, donc de l'extérieur : elle mesure nos moyens, pas la valeur de l'enfant |
| Naissance | Terme | « Avant, ce n'est pas un enfant à part entière » | Le nouveau-né n'est pas plus autonome que le fœtus à terme : seul le lieu a changé |
Aucun de ces seuils n'est inscrit dans la réalité de l'embryon : tous sont des décisions prises du dehors, à partir d'un intérêt ou d'une convention. La seule frontière non arbitraire, parce qu'elle correspond à un véritable commencement, est celle de la fécondation.
Le principe de précaution de Jean-Paul II : la seule probabilité suffit
On objecte parfois que le statut exact de l'embryon resterait philosophiquement incertain — qu'on ne saurait prouver avec une certitude absolue qu'il est déjà une personne. Jean-Paul II accorde l'hypothèse pour mieux la retourner : même dans le doute, on ne peut pas disposer de l'embryon, exactement comme un chasseur n'a pas le droit de tirer sur une forme qu'il soupçonne être un homme.
« L'enjeu est si important que, du point de vue de l'obligation morale, la seule probabilité de se trouver en face d'une personne suffirait à justifier la plus nette interdiction de toute intervention conduisant à supprimer l'embryon humain. » — Saint Jean-Paul II, Evangelium Vitae, n° 60[8]
L'argument est puissant parce qu'il ne suppose même pas la foi : il suffit d'admettre qu'il pourrait y avoir là une personne pour que sa suppression devienne moralement injustifiable. Le doute, loin d'autoriser, oblige à la prudence.
L'embryon est-il une personne ? Le débat philosophique
L'argument de la continuité et de la potentialité
Le cœur du débat philosophique tient à la définition de la personne. Pour la tradition issue de Boèce, la personne est « une substance individuelle de nature rationnelle » : non pas un être qui exerce à cet instant la raison, mais un être dont la nature est rationnelle. L'embryon humain, parce qu'il est un individu de l'espèce humaine, possède cette nature dès l'origine — même s'il n'en exerce pas encore les facultés, pas plus que le dormeur ou le nouveau-né.
C'est ce qu'on appelle l'argument de la potentialité active : l'embryon n'a pas seulement la possibilité de devenir rationnel comme un bloc de marbre a la possibilité de devenir statue ; il porte en lui le principe interne de son développement vers l'exercice de la raison. La pierre ne se sculpte pas elle-même ; l'embryon, lui, se développe lui-même vers son achèvement.
Les théories de la « personne » graduelle et leur impasse
À l'opposé, certains philosophes contemporains — Peter Singer, Michael Tooley — soutiennent que la qualité de « personne » s'acquiert progressivement, avec la conscience de soi, la capacité de désirer ou de ressentir. Dans cette logique, ni l'embryon ni le nouveau-né ne seraient encore des personnes, et leur suppression ne serait pas un meurtre.
Cette position a le mérite de la cohérence — mais elle conduit à des conclusions que la conscience commune juge monstrueuses : si la personne se définit par la conscience actuelle, alors l'infanticide du nourrisson, le sort du dément profond ou du comateux deviennent moralement défendables. En refusant la dignité de l'embryon au nom de la conscience, on ne s'arrête plus à l'embryon. C'est l'aveu, chez ces auteurs eux-mêmes, que lier la dignité à une capacité exercée détruit la protection de tous les faibles, et non du seul embryon. L'argument se retourne : ce qui prouve trop ne prouve rien.
« Comment un individu humain ne serait-il pas une personne humaine ? »
L'Église, pour sa part, ne prétend pas démontrer philosophiquement le moment exact où l'âme spirituelle est créée — point qu'elle laisse ouvert (voir plus bas). Mais elle refuse de séparer l'individu humain biologiquement constitué de la personne humaine qui mérite respect. Donum Vitae formule cette exigence sous la forme d'une question décisive :
« La présence d'une âme spirituelle ne peut être constatée par aucun moyen expérimental. Pourtant, les conclusions de la science sur l'embryon humain fournissent une indication précieuse pour discerner rationnellement une présence personnelle dès cette première apparition d'une vie humaine : comment un individu humain ne serait-il pas une personne humaine ? » — Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Donum Vitae, I, 1[9]
Autrement dit : puisque l'on reconnaît un individu vivant de l'espèce humaine, la charge de la preuve revient à celui qui voudrait lui refuser le statut de personne, et non à celui qui le lui accorde. Dans le doute même, on doit tenir l'embryon pour une personne.
Animation immédiate ou retardée : ce que l'Église tient et ne tient pas
Il faut ici une distinction que beaucoup ignorent. La question de savoir à quel instant précis Dieu crée et infuse l'âme spirituelle — à la conception (animation immédiate) ou un peu après (animation retardée, hypothèse défendue jadis par saint Thomas d'Aquin sur la base d'une biologie aristotélicienne dépassée) — n'a jamais été tranchée définitivement par l'Église comme dogme.
Mais cette incertitude métaphysique ne change rien à l'exigence morale. Donum Vitae le précise expressément : le magistère « ne s'est pas expressément engagé sur une affirmation de nature philosophique » quant à une animation immédiate, mais « réaffirme d'une manière constante » que l'être humain doit être respecté et traité comme une personne dès sa conception[10]. Le respect dû à l'embryon ne dépend donc pas d'une thèse sur le moment de l'animation : il s'impose dès la fécondation, parce que là est déjà l'être humain.
Ce que disent l'Écriture et la Tradition
« Tu m'as tissé dans le sein de ma mère »
Bien avant l'embryologie, la Bible regarde l'enfant à naître non comme une ébauche, mais comme un être déjà connu et aimé de Dieu. Le Psaume 139 contemple ce mystère du commencement :
« C'est toi qui as créé mes reins, qui m'as tissé dans le sein de ma mère. [...] Mes os n'étaient pas cachés pour toi quand j'étais façonné dans le secret, modelé aux entrailles de la terre. J'étais encore inachevé, tu me voyais. » — Psaume 139 (138), 13-16[11]
La vocation du prophète Jérémie remonte de même avant sa naissance, jusqu'au dessein éternel de Dieu :
« Avant même de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais ; avant que tu viennes au jour, je t'ai consacré. » — Jérémie 1, 5[12]
L'Évangile va plus loin encore : lors de la Visitation, c'est un enfant à naître — Jean-Baptiste, encore dans le sein d'Élisabeth — qui reconnaît la présence du Christ lui-même embryonnaire dans le sein de Marie. « Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l'enfant tressaillit en elle »[13]. Deux enfants à naître sont ici les premiers acteurs de la rencontre du Sauveur et de son précurseur : l'Écriture traite l'embryon comme un sujet, capable déjà de joie et de mission.
Le refus chrétien de l'avortement dès les origines
Le respect de l'enfant à naître n'est pas une invention récente : il appartient au plus ancien noyau de la morale chrétienne. La Didachè, ce manuel de la communauté chrétienne rédigé à la fin du Ier siècle ou au début du IIe, range l'avortement parmi les actes incompatibles avec la « voie de la vie » :
« Tu ne tueras point l'enfant par avortement et tu ne le feras pas mourir après sa naissance. » — Didachè, II, 2[14]
Au tournant du IIIe siècle, Tertullien énonce déjà l'argument de la continuité avec une concision saisissante : empêcher de naître, c'est tuer, car l'homme est déjà présent en celui qui doit le devenir.
« C'est déjà un homme, celui qui doit le devenir ; de même tout fruit est déjà dans la semence. » — Tertullien, Apologétique, IX, 8[15]
Cet enseignement n'a jamais varié. Le Catéchisme le souligne : « Depuis le premier siècle, l'Église a affirmé la malice morale de tout avortement provoqué. Cet enseignement n'a pas changé. Il demeure invariable »[16]. Le Concile Vatican II le réaffirme solennellement à l'âge moderne :
« La vie doit donc être sauvegardée avec un soin extrême dès la conception : l'avortement et l'infanticide sont des crimes abominables. » — Concile Vatican II, Gaudium et Spes, n° 51[17]
Le magistère sur l'embryon : de Donum Vitae à Dignitas Infinita
Depuis le dernier quart du XXe siècle, à mesure que la médecine acquérait des pouvoirs inédits sur le commencement de la vie, l'Église a précisé, document après document, la doctrine du respect dû à l'embryon. Cette ligne est d'une cohérence remarquable.
- 18 novembre 1974Quaestio de abortu
Première grande mise au point moderne : la Déclaration sur l'avortement provoqué de la CDF affirme que la vie humaine doit être respectée dès la fécondation, « dès le premier instant de son existence ».
- 22 février 1987Donum Vitae
Instruction de la CDF (card. Ratzinger) « sur le respect de la vie humaine naissante » : pose le statut de l'embryon (« comment un individu humain ne serait-il pas une personne humaine ? ») et juge la fécondation in vitro et la recherche destructrice sur l'embryon.
- 25 mars 1995Evangelium Vitae
Encyclique de saint Jean-Paul II : « Évangile de la vie », culture de vie contre culture de mort, condamnation solennelle de l'avortement direct et principe de précaution (« la seule probabilité… »).
- 8 septembre 2008Dignitas Personae
Instruction de la CDF (card. Levada) : actualise Donum Vitae face aux nouvelles techniques — congélation et embryons surnuméraires, diagnostic préimplantatoire, cellules souches embryonnaires, clonage.
- 8 avril 2024Dignitas Infinita
Déclaration du Dicastère pour la Doctrine de la Foi : range l'avortement parmi les graves atteintes à la dignité humaine et réaffirme la protection de « l'être humain dans la phase initiale de son existence ».
Donum Vitae (1987) : le respect dû à l'embryon
L'Instruction Donum Vitae est le texte fondateur de la doctrine moderne sur l'embryon. Elle pose un principe d'une portée universelle :
« Dès le moment de sa conception, la vie de tout être humain doit être absolument respectée, car l'homme est sur terre l'unique créature que Dieu a "voulue pour lui-même" et l'âme spirituelle de tout homme est "immédiatement créée" par Dieu. » — Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Donum Vitae, I, 1[18]
De ce principe découle une conséquence pratique immédiate : l'embryon, dès la fécondation, « devra être respecté et traité comme une personne », et donc « on doit lui reconnaître les droits de la personne, parmi lesquels en premier lieu le droit inviolable de tout être humain innocent à la vie »[19].
Evangelium Vitae (1995) : l'Évangile de la vie
Avec Evangelium Vitae, Jean-Paul II élève la question au rang d'enjeu de civilisation : il oppose la « culture de mort », qui traite la vie faible comme un fardeau ou une marchandise, à la « culture de la vie », qui reçoit chaque existence comme un don. L'encyclique culmine dans une déclaration au caractère exceptionnellement solennel :
« C'est pourquoi, avec l'autorité conférée par le Christ à Pierre et à ses successeurs, en communion avec les Évêques [...], je déclare que l'avortement direct, c'est-à-dire voulu comme fin ou comme moyen, constitue toujours un désordre moral grave, en tant que meurtre délibéré d'un être humain innocent. » — Saint Jean-Paul II, Evangelium Vitae, n° 62[20]
La même encyclique condamne explicitement l'instrumentalisation de l'embryon par la recherche : « l'utilisation des embryons ou des fœtus humains comme objets d'expérimentation constitue un crime contre leur dignité d'êtres humains »[21].
Dignitas Personae (2008) : la personne dès la conception
L'Instruction Dignitas Personae applique cette doctrine aux techniques nouvelles. Elle ouvre par une formule qui résume tout :
« La dignité de la personne doit être reconnue à tout être humain depuis sa conception jusqu'à sa mort naturelle. » — Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Dignitas Personae, n° 1[22]
Le texte juge alors le diagnostic préimplantatoire, la congélation, le clonage et l'usage des cellules souches embryonnaires — points repris en détail plus bas.
Dignitas Infinita (2024) : la confirmation récente
La Déclaration Dignitas Infinita du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, publiée le 8 avril 2024 et approuvée par le pape François, range l'avortement parmi les « graves violations de la dignité humaine », aux côtés de la guerre, de la traite des personnes et de l'euthanasie. Elle rappelle, en citant Evangelium Vitae, la nature de l'acte :
« L'avortement provoqué est le meurtre délibéré et direct, quelle que soit la façon dont il est effectué, d'un être humain dans la phase initiale de son existence, située entre la conception et la naissance. » — Dicastère pour la Doctrine de la Foi, Dignitas Infinita, n° 47[23]
Les atteintes à la dignité de l'embryon aujourd'hui
Reconnaître à l'embryon une dignité de personne a des conséquences concrètes, qui heurtent de front plusieurs pratiques aujourd'hui répandues. L'Église ne condamne pas la médecine de la fécondité ou la recherche : elle condamne ce qui traite l'embryon en objet — produit, trié, conservé, manipulé ou détruit selon l'intérêt d'autrui. Le tableau suivant en donne la vue d'ensemble.
| Pratique | Ce qu'elle fait à l'embryon | Jugement de l'Église | Source magistérielle |
|---|---|---|---|
| Avortement provoqué | Supprime l'embryon ou le fœtus | « Désordre moral grave », meurtre d'un innocent | Evangelium Vitae 62 ; CEC 2271 |
| Fécondation in vitro | Produit l'embryon hors de l'union conjugale ; en surnombre | Illicite ; dissocie procréation et acte conjugal | Donum Vitae II ; Dignitas Personae 14-16 |
| Congélation | Suspend et expose l'embryon, le réifie | Offense à sa dignité, le réduit à un matériel | Dignitas Personae 18-19 |
| Diagnostic préimplantatoire | Sélectionne les embryons, détruit les autres | Sélection eugénique, pratique abortive précoce | Dignitas Personae 22 |
| Recherche destructrice | Utilise l'embryon comme matériau, le tue | « Crime contre la dignité d'êtres humains » | Evangelium Vitae 63 ; Dignitas Personae 31-32 |
| Clonage | Produit l'être humain comme une copie d'usage | Gravement illicite, instrumentalisation | Dignitas Personae 28-30 |
L'avortement : la suppression de l'embryon et du fœtus
L'avortement provoqué est l'atteinte la plus directe : il met fin délibérément à la vie de l'embryon ou du fœtus. La doctrine de l'Église, on l'a vu, est ici constante depuis le premier siècle et solennellement réaffirmée par Evangelium Vitae 62. Le Catéchisme précise que la peine canonique d'excommunication qui sanctionne l'avortement « veut signifier la gravité du crime commis, le tort irréparable causé à l'innocent mis à mort, à ses parents et à la société tout entière »[24], sans jamais rétrécir la miséricorde offerte à qui se repent.
Il faut souligner que cette gravité de l'acte ne se confond pas avec un jugement sur les personnes. L'Église sait que beaucoup de femmes y sont conduites par la détresse, la solitude ou la pression d'autrui ; sa fermeté sur le principe va de pair avec une compassion infinie pour les blessés, et c'est aussi pour défendre les mères, souvent abandonnées, qu'elle élève la voix.
La fécondation in vitro et les embryons surnuméraires
La fécondation in vitro (FIV) pose un double problème. D'une part, elle dissocie la procréation de l'union des époux, traitant la venue de l'enfant comme une production technique plutôt que comme le fruit d'un don mutuel — c'est l'objet propre de la réflexion bioéthique sur la procréation. D'autre part, et c'est ce qui concerne directement l'embryon, elle produit habituellement plus d'embryons qu'on n'en implante, créant des « embryons surnuméraires » voués à la congélation, à la destruction ou à la recherche.
Dignitas Personae met en lumière l'impasse morale qui en résulte : ces embryons, vrais êtres humains, se retrouvent dans « une situation d'injustice qui est, de fait, irréparable »[25]. On ne peut ni les détruire, ni les utiliser, ni — sans graves difficultés — décider de leur sort ; leur existence même de « surnuméraires » manifeste que le procédé les a d'emblée traités comme du matériel disponible.
La congélation des embryons
La cryoconservation prolonge cette réification. Geler un embryon, c'est suspendre une existence humaine pour des années, l'exposer à un taux élevé de mortalité au moment de la décongélation, et le maintenir dans un état d'attente qui dépend du bon vouloir d'autrui.
« La cryoconservation est incompatible avec le respect dû aux embryons humains : elle présuppose leur production in vitro, et les expose à de graves dangers de mort ou à des altérations de leur intégrité physique [...]. Elle les prive, au moins temporairement, de l'accueil maternel et du développement dans la gestation et les place dans une situation qui les expose à des atteintes et manipulations ultérieures. » — Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Dignitas Personae, n° 18[26]
Le diagnostic préimplantatoire et la sélection eugénique
Le diagnostic préimplantatoire (DPI) consiste à examiner génétiquement les embryons conçus in vitro pour ne réimplanter que ceux qui sont jugés « sains », et écarter les autres. Présenté comme une avancée médicale, il est en réalité, selon l'Église, l'expression la plus pure de la mentalité eugénique : il fait de la vie de l'embryon une affaire de qualité, et condamne au rebut ceux qui ne répondent pas aux critères.
« Le diagnostic préimplantatoire [...] vise en réalité une sélection qualitative avec pour conséquence la destruction des embryons, ce qui se traduit par une forme de pratique abortive précoce. [...] Il est l'expression de cette mentalité eugénique qui accepte l'avortement sélectif pour empêcher la naissance d'enfants affectés de différents types d'anomalies. » — Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Dignitas Personae, n° 22[27]
C'est ici que l'enjeu de la dignité de l'embryon rejoint celui de l'accueil de la fragilité : trier les embryons selon leur conformité, c'est décréter que certaines vies humaines ne valent pas d'être vécues — exactement le jugement contre lequel toute la doctrine de la dignité s'est construite.
La recherche sur l'embryon et les cellules souches
L'utilisation d'embryons humains comme matériau de recherche, notamment pour en prélever des cellules souches, suppose le plus souvent leur destruction. L'Église la juge gravement illicite, non parce qu'elle s'oppose à la science, mais parce qu'on ne peut tuer un être humain, fût-ce pour soulager d'autres malades : « il n'est jamais licite de réaliser une action intrinsèquement illicite, même en vue d'une fin bonne : la fin ne justifie pas les moyens »[28]. Elle encourage en revanche vivement la recherche sur les cellules souches adultes ou issues du cordon, qui n'exige aucune destruction d'embryon et tend à donner des résultats cliniques plus positifs.
Le clonage et la production d'embryons
Le clonage — qu'il soit « reproductif », visant à faire naître un être humain copié, ou « thérapeutique », visant à produire des embryons pour en extraire des tissus — pousse à l'extrême la logique de l'instrumentalisation : il fabrique l'être humain comme un produit destiné à l'usage. Dignitas Personae juge le clonage dit thérapeutique « totalement incompatible avec la dignité humaine » : « créer des embryons dans le but de les supprimer [...] fait de l'existence d'un être humain, même à son stade embryonnaire, rien de plus qu'un moyen à utiliser et à détruire » ; « il est gravement immoral de sacrifier une vie humaine dans un but thérapeutique »[29].
Les contraceptifs abortifs
Une atteinte plus discrète, mais réelle, vient de certaines méthodes présentées comme contraceptives qui agissent en partie après la fécondation. Evangelium Vitae attire l'attention sur ce point : des préparations chimiques, des dispositifs intra-utérins et des vaccins, « distribués avec la même facilité que les moyens contraceptifs, agissent en réalité comme des moyens abortifs aux tout premiers stades du développement de la vie du nouvel individu »[30]. La distinction est ici décisive : ce qui empêche la conception relève d'un autre débat moral ; ce qui supprime un embryon déjà conçu touche directement sa dignité.
La réponse catholique : accueillir, soigner, défendre
L'embryon, sujet de soins et non objet d'usage
Le revers positif de tous ces interdits est lumineux : si l'embryon est une personne, il est aussi le destinataire de soins, et non seulement protégé de la destruction. Le Catéchisme l'affirme : « Puisqu'il doit être traité comme une personne, dès la conception, l'embryon devra être défendu dans son intégrité, soigné et guéri, dans la mesure du possible comme tout autre être humain »[31]. La médecine fœtale, la chirurgie in utero, le diagnostic prénatal orienté vers le soin (et non vers la sélection) sont au contraire des expressions éminentes du respect de l'embryon.
Jérôme Lejeune, défenseur des tout-petits
Le généticien Jérôme Lejeune (1926-1994), découvreur de la cause de la trisomie 21, incarne cette alliance de la science et du respect. Il avait espéré que sa découverte permettrait de guérir les enfants trisomiques ; il vit avec douleur qu'elle servit surtout à les dépister pour les éliminer. Toute sa vie, il défendit la dignité de l'embryon avec l'autorité du savant, refusant qu'on oppose la médecine à la vie.
« La qualité d'une civilisation se mesure au respect qu'elle porte au plus faible de ses membres. » — Parole attribuée à Jérôme Lejeune[32]
Reconnu vénérable par l'Église en 2021, premier président de l'Académie pontificale pour la Vie, Lejeune demeure la figure de proue d'une bioéthique qui ne sacrifie ni la rigueur scientifique ni la défense des « tout-petits ».
Accueillir, accompagner, convertir le regard
La réponse catholique ne se réduit pas à des interdits : elle est d'abord un appel à l'accueil. Accueillir l'enfant non désiré, soutenir les mères en détresse, accompagner les couples blessés par l'infertilité vers des voies respectueuses de l'embryon, proposer l'adoption plutôt que l'élimination, soigner l'enfant à naître malade au lieu de le supprimer : tout cela traduit en actes la conviction que chaque commencement humain est sacré.
Cette espérance rejoint le cœur de la spiritualité chrétienne : Dieu lui-même a voulu commencer sa vie humaine comme un embryon, dans le sein de la Vierge Marie. En assumant jusqu'à ce premier instant fragile de l'existence, le Verbe a sanctifié tous les commencements humains. Le respect de l'embryon n'est donc pas seulement une cause morale : c'est une manière de reconnaître, dans le plus petit des hommes, la trace du Créateur qui « nous a tissés dans le sein de notre mère » — et le visage de celui qui a voulu, pour nous sauver, devenir cet enfant minuscule.
Pour aller plus loin
- La dignité de la personne humaine — le fondement de toute la doctrine, dont l'embryon est l'application aux origines de la vie.
- La bioéthique — la méthode personnaliste et le panorama des questions du début et de la fin de la vie.
- Le bien commun, La solidarité, La subsidiarité — les principes voisins de la doctrine sociale.
- La peine de mort — l'autre frontière du droit à la vie.
Notes et références
Catéchisme de l'Église catholique, § 2274 (vatican.va) : « Puisqu'il doit être traité comme une personne, dès la conception, l'embryon devra être défendu dans son intégrité, soigné et guéri, dans la mesure du possible comme tout autre être humain. »
1 31Catéchisme de l'Église catholique, § 2258 (vatican.va), ouverture du développement sur le cinquième commandement « Tu ne tueras pas ».
2Saint Jean-Paul II, Evangelium Vitae, 25 mars 1995, n° 101 (vatican.va) : « Il n'est pas possible de réaliser le bien commun sans reconnaître et protéger le droit à la vie, sur lequel se fondent et se développent tous les autres droits inaliénables de l'être humain. »
3Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Instruction Donum Vitae, 22 février 1987 (card. Joseph Ratzinger), Introduction, § 4 (vatican.va) : « Mais ce qui est techniquement possible n'est pas pour autant moralement admissible. »
4Pr Jérôme Lejeune, témoignage devant le Sous-comité du Sénat des États-Unis sur la séparation des pouvoirs (Subcommittee on Separation of Powers), à propos du projet de loi S. 158 (« Human Life Bill »), 23-24 avril 1981. Texte original anglais : « To accept the fact that after fertilization has taken place a new human being has come into being is no longer a matter of taste or opinion [...] it is plain experimental evidence. »
5Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Donum Vitae, I, 1 (vatican.va) : « Dès que l'ovule est fécondé, se trouve inaugurée une vie qui n'est ni celle du père ni celle de la mère, mais d'un nouvel être humain qui se développe par lui-même. » Le passage reprend la Déclaration sur l'avortement provoqué (Quaestio de abortu), CDF, 18 novembre 1974, n° 12-13.
6Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Donum Vitae, I, 1 (vatican.va) : « La présence d'une âme spirituelle ne peut être constatée par aucun moyen expérimental. Pourtant, les conclusions scientifiques sur l'embryon humain fournissent une indication précieuse pour discerner rationnellement une présence personnelle dès cette première apparition d'une vie humaine : comment un individu humain ne serait-il pas une personne humaine ? »
7 9Saint Jean-Paul II, Evangelium Vitae, n° 60 (vatican.va) : « L'enjeu est si important que, du point de vue de l'obligation morale, la seule probabilité de se trouver en face d'une personne suffirait à justifier la plus nette interdiction de toute intervention conduisant à supprimer l'embryon humain. »
8Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Donum Vitae, I, 1 (vatican.va) : l'Église « ne s'est pas expressément engagée sur une affirmation de nature philosophique » quant au moment de l'infusion de l'âme spirituelle, mais « réaffirme d'une manière constante » l'obligation morale de respecter l'embryon humain comme une personne dès sa conception.
10Psaume 139 (138), 13-16, traduction liturgique officielle (AELF).
11Jérémie 1, 5, traduction liturgique officielle (AELF) ; la Bible de Jérusalem porte « te former » au lieu de « te façonner ».
12Luc 1, 41, traduction liturgique officielle (AELF), récit de la Visitation : l'enfant (Jean-Baptiste) tressaille dans le sein d'Élisabeth à l'approche de Marie portant le Christ.
13Didachè (Doctrine des douze Apôtres), II, 2, fin du Ier siècle ou début du IIe ; édition critique W. Rordorf et A. Tuilier, La Doctrine des douze Apôtres, Sources Chrétiennes n° 248bis, Cerf. Les traductions françaises varient ; grec : « οὐ φονεύσεις τέκνον ἐν φθορᾷ ».
14Tertullien, Apologétique (Apologeticum), IX, 8, vers 197. Texte latin : « Homo est et qui est futurus; etiam fructus omnis iam in semine est. » Traduction française d'après Remacle.org / éditions classiques.
15Catéchisme de l'Église catholique, § 2271 (vatican.va) : « Depuis le premier siècle, l'Église a affirmé la malice morale de tout avortement provoqué. Cet enseignement n'a pas changé. Il demeure invariable. » Le paragraphe cite la Didachè II, 2.
16Concile œcuménique Vatican II, Constitution pastorale Gaudium et Spes, 7 décembre 1965, n° 51 (vatican.va) : « La vie doit donc être sauvegardée avec un soin extrême dès la conception : l'avortement et l'infanticide sont des crimes abominables. »
17Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Donum Vitae, I, 1 (vatican.va) : « Dès le moment de sa conception, la vie de tout être humain doit être absolument respectée, car l'homme est sur la terre l'unique créature que Dieu a voulue pour elle-même, et l'âme spirituelle de chaque homme est immédiatement créée par Dieu. »
18Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Donum Vitae, I, 1 (vatican.va) : l'être humain « doit être respecté et traité comme une personne dès sa conception, et donc, dès ce moment, on doit lui reconnaître les droits de la personne, parmi lesquels en premier lieu le droit inviolable de tout être humain innocent à la vie ».
19Saint Jean-Paul II, Evangelium Vitae, n° 62 (vatican.va) : « Avec l'autorité conférée par le Christ à Pierre et à ses successeurs, en communion avec les évêques de l'Église catholique, je déclare que l'avortement direct, c'est-à-dire voulu comme fin ou comme moyen, constitue toujours un désordre moral grave, en tant que meurtre délibéré d'un être humain innocent. »
20Saint Jean-Paul II, Evangelium Vitae, n° 63 (vatican.va) : « L'utilisation des embryons ou des fœtus humains comme objets d'expérimentation constitue un crime contre leur dignité d'êtres humains, qui ont droit à un respect égal à celui dû à l'enfant déjà né et à toute personne. »
21Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Instruction Dignitas Personae, 8 septembre 2008 (card. William Levada), n° 1 (vatican.va) : « La dignité de la personne doit être reconnue à tout être humain depuis sa conception jusqu'à sa mort naturelle. »
22Dicastère pour la Doctrine de la Foi, Déclaration Dignitas Infinita, 8 avril 2024 (card. Víctor Manuel Fernández ; approuvée par le pape François le 25 mars 2024), n° 47 (vatican.va), citant Evangelium Vitae n° 58 : « L'avortement provoqué est le meurtre délibéré et direct, quelle que soit la façon dont il est effectué, d'un être humain dans la phase initiale de son existence, située entre la conception et la naissance. »
23Catéchisme de l'Église catholique, § 2272 (vatican.va), sur la peine canonique d'excommunication latæ sententiæ attachée à l'avortement (cf. Code de droit canonique, can. 1398 dans la numérotation citée par le Catéchisme ; depuis la réforme du livre VI par la constitution apostolique Pascite gregem Dei du 23 mai 2021, entrée en vigueur le 8 décembre 2021 : can. 1397 §2).
24Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Dignitas Personae, n° 19 (vatican.va) : les milliers d'embryons en état d'abandon « traduisent une situation d'injustice qui est, de fait, irréparable » ; Jean-Paul II y est cité : « on n'aperçoit aucune issue moralement licite pour le destin humain des milliers et des milliers d'embryons "congelés" ».
25Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Dignitas Personae, n° 18 (vatican.va) : « La cryoconservation est incompatible avec le respect dû aux embryons humains : elle présuppose leur production in vitro, et les expose à de graves dangers de mort ou à des altérations de leur intégrité physique. [...] Elle les prive, au moins temporairement, de l'accueil maternel et du développement dans la gestation et les place dans une situation qui les expose à des atteintes et manipulations ultérieures. »
26Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Dignitas Personae, n° 22 (vatican.va) : le diagnostic préimplantatoire « vise en réalité une sélection qualitative avec pour conséquence la destruction des embryons, ce qui se traduit par une forme de pratique abortive précoce [...]. Il est l'expression de cette mentalité eugénique qui accepte l'avortement sélectif. »
27Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Dignitas Personae, n° 21 (vatican.va) : « il n'est jamais licite de réaliser une action intrinsèquement illicite, même en vue d'une fin bonne : la fin ne justifie pas les moyens ». Sur les cellules souches, n° 31-32 : le prélèvement sur un embryon vivant « cause inévitablement sa destruction et il est de ce fait gravement illicite », tandis que les méthodes sans destruction (tissus adultes, sang du cordon, fœtus morts de mort naturelle) sont licites.
28Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Dignitas Personae, n° 28-30 (vatican.va) : n° 28 définit le clonage (reproduction asexuée produisant des « copies ») ; n° 30 : « Créer des embryons dans le but de les supprimer, est totalement incompatible avec la dignité humaine, même si l'intention est d'aider les malades, car cela fait de l'existence d'un être humain, même à son stade embryonnaire, rien de plus qu'un moyen à utiliser et à détruire. Il est gravement immoral de sacrifier une vie humaine dans un but thérapeutique. »
29Saint Jean-Paul II, Evangelium Vitae, n° 13 (vatican.va) : des « préparations chimiques, des dispositifs intra-utérins et des vaccins » qui, « distribués avec la même facilité que les moyens contraceptifs, agissent en réalité comme des moyens abortifs aux tout premiers stades du développement de la vie du nouvel individu ».
30Pr Jérôme Lejeune (1926-1994), généticien, découvreur de la cause de la trisomie 21, premier président de l'Académie pontificale pour la Vie, déclaré vénérable le 21 janvier 2021. Parole largement attribuée au professeur Lejeune et reprise notamment par la Fondation Jérôme Lejeune (en anglais : « The quality of a civilization is measured by the respect it shows to the weakest of its members ») ; la source primaire exacte n'ayant pu être établie, elle est donnée ici comme parole rapportée.
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