La Genèse est le premier livre de la Bible et le premier des cinq livres du Pentateuque (avec l'Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome). Son nom hébreu, Bereshit, signifie « Au commencement » : ce sont les tout premiers mots du texte sacré, et tout ce que la Révélation dira ensuite du péché, de l'alliance, du peuple élu et du Messie suppose ce commencement[1]. En cinquante chapitres, elle raconte la création du monde, la chute d'Adam et Ève, le Déluge au temps de Noé, puis l'appel d'Abraham et l'histoire des patriarches jusqu'à l'installation des fils de Jacob en Égypte.
Livre le plus lu et le plus contesté de l'Ancien Testament, la Genèse concentre à elle seule les grandes questions que tout lecteur de la Bible finit par poser : qui l'a écrite, et quand ? Que signifient les « six jours », les patriarches aux vies si longues, le serpent, le Déluge, la tour de Babel ? L'Église catholique y répond avec une confiance paisible : ce livre a pour auteur la tradition de Moïse, il dit vrai sur l'origine du monde et de l'homme, et il s'éclaire pleinement dans le Christ, le nouvel Adam, et dans Marie, la nouvelle Ève.
Cet article présente : (1) l'identité du livre (son nom, sa place dans le canon, son texte et ses témoins anciens) ; (2) la question de l'auteur et de la datation, d'abord selon la tradition reçue, avec ses appuis ; (3) le plan détaillé des cinquante chapitres, rythmé par les dix toledot ; (4) la théologie du livre (création, alliance, chute et promesse) ; (5) son accomplissement chrétien et sa place dans la liturgie ; (6) en fin d'article seulement, le débat historico-critique moderne, exposé loyalement puis discuté. Pour la vue d'ensemble du recueil, voir l'article La Bible et la synthèse Ancien Testament ; pour la suite immédiate du récit, l'Exode.
Le nom, la place et la langue du livre
Bereshit, Genesis : le livre des origines
Comme souvent dans la Bible hébraïque, le livre tire son nom de son premier mot : Bereshit (בְּרֵאשִׁית), « Au commencement »[2]. Les traducteurs juifs d'Alexandrie, dans la Septante (IIIᵉ siècle av. J.-C.), l'ont intitulé Genesis (Γένεσις), « origine, naissance, génération » : titre repris par la Vulgate latine de saint Jérôme puis par toutes les bibles chrétiennes[3]. Le titre grec dit bien le contenu : la Genèse est le livre des commencements : du ciel et de la terre, de l'homme et de la femme, du péché et de la promesse, des peuples et des langues, puis du peuple élu avec Abraham[4].
Ce double nom éclaire déjà la lecture chrétienne. Bereshit ouvre la Torah et toute la Bible hébraïque ; Genesis ouvre l'Ancien Testament chrétien. Et l'évangile selon saint Jean s'ouvre lui-même sur les mêmes mots : « Au commencement était le Verbe » (Jn 1, 1)[5]. Les Pères y ont vu un signal : la création de la Genèse et l'incarnation de l'Évangile appartiennent au même dessein[6].
Premier livre du Pentateuque, première page du canon
La Genèse est le premier des cinq livres de la Loi (en grec Pentateuque, en hébreu Torah) : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome : l'ordre fixé par le canon juif lui-même (Talmud, Baba Batra 14b)[7]. Dans le canon juif, ces cinq livres forment un bloc à part, premier et normatif ; dans la Bible catholique, ils ouvrent l'Ancien Testament, suivis des livres historiques (à commencer par le livre de Josué), des livres poétiques et sapientiaux (Psaumes, Proverbes, Ecclésiaste, Sagesse, Siracide) et des prophètes, dont Isaïe, Daniel et les douze petits prophètes.
L'Église a solennellement fixé cette liste au concile de Trente (session IV, 8 avril 1546, décret Sacrosancta) : les quarante-six livres de l'Ancien Testament, Genèse en tête, sont reçus « avec un égal sentiment de piété et un égal respect », parce que Dieu en est l'auteur[8]. Le Catéchisme de l'Église catholique rappelle que, bien que l'Ancien Testament contienne « de l'imparfait et du provisoire », il témoigne de « toute la divine pédagogie de l'amour salvifique de Dieu » et garde une valeur permanente : on ne peut comprendre le Christ sans la Genèse[9].
Le texte : hébreu, grec, latin, et des témoins très anciens
La Genèse nous est parvenue en hébreu biblique, conservé par les scribes massorètes avec une fidélité minutieuse[10]. Mais elle possède aussi les témoins les plus anciens de toute la Bible :
| Témoin | Date | Ce qu'il apporte |
|---|---|---|
| La Septante (grecque) | Alexandrie, IIIᵉ siècle av. J.-C. | Plus ancienne traduction complète : elle prouve que le texte hébreu de la Genèse était déjà fixé et vénéré trois siècles avant le Christ[11] |
| Les manuscrits de Qumrân | IIᵉ siècle av. J.-C. au Iᵉʳ siècle ap. J.-C. | Des fragments de la Genèse retrouvés dans les grottes 1, 2, 4, 6 et 8, très proches du texte massorétique : mille ans avant les plus vieux codex hébreux complets, le texte est déjà stable[12] |
| Le Pentateuque samaritain | Tradition ancienne, manuscrits médiévaux | Une version hébraïque indépendante, précieuse pour comparer les chiffres des généalogies (voir plus bas)[13] |
| Les grands codex grecs (Vaticanus, Sinaiticus, Alexandrinus) | IVᵉ-Vᵉ siècles | Le texte grec complet de la Genèse, recopié par les scriptoria chrétiens[14] |
| La Vulgate de saint Jérôme | Bethléem, vers 390-405 | Traduction latine faite sur l'hébreu, devenue la Bible de tout l'Occident pendant quinze siècles[15] |
Cette abondance de témoins compte pour le débat sur la datation : on ne discute pas d'un texte apparu tardivement et sans racines, mais d'un livre déjà canonique et traduit dans le monde juif plusieurs siècles avant notre ère, commenté par Philon d'Alexandrie et résumé par Flavius Josèphe dès le Iᵉʳ siècle[16].
L'auteur et la date : la tradition mosaïque
Ce que la tradition juive et chrétienne a toujours tenu
La tradition juive attribue à Moïse les cinq livres de la Torah. Le Talmud de Babylone l'énonce simplement : « Moïse écrivit son livre » (le Pentateuque), ainsi que la section de Balaam et le livre de Job (Baba Batra 14b-15a)[17]. Philon d'Alexandrie (vers 20 av. J.-C. à 50 ap. J.-C.), dans sa Vie de Moïse, présente Moïse comme l'auteur inspiré de la Loi, prophète et législateur[18]. Flavius Josèphe (Contre Apion, I), répondant aux détracteurs païens vers l'an 93, affirme que les Juifs possèdent depuis Moïse des livres « justement crus divins », transmis sans addition ni retranchement[19].
« Nous n'avons pas chez nous une myriade de livres en désaccord et en conflit les uns avec les autres, mais vingt-deux livres seulement, qui contiennent les annales de tous les temps et sont justement crus divins. » Flavius Josèphe, Contre Apion, I, 8[20]
Le Nouveau Testament lui-même parle des livres de Moïse comme d'une réalité familière : « Si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi, car c'est de moi qu'il a écrit » (Jn 5, 46)[21] ; le Ressuscité, « partant de Moïse et de tous les Prophètes, leur interpréta, dans toute l'Écriture, ce qui le concernait » (Lc 24, 27)[22]. Les Pères de l'Église, d'Irénée à Augustin, lisent la Genèse comme l'œuvre de Moïse, prophète à qui Dieu a révélé jusqu'aux origines qu'aucun homme n'avait vues[23]. La chronologie reçue place Moïse au XIIIᵉ-XVᵉ siècle av. J.-C. (selon que l'on date l'Exode vers 1446 ou vers 1250), et la composition du Pentateuque dans la seconde moitié du deuxième millénaire avant le Christ[24].
Le magistère : authenticité mosaïque substantielle
Face aux premières contestations modernes, le Saint-Siège a précisé ce que l'Église tient. La Commission biblique pontificale, par sa réponse du 27 juin 1906 (De mosaica authentia Pentateuchi, sous saint Pie X), affirme l'authenticité mosaïque substantielle du Pentateuque : Moïse en est vraiment l'auteur, même si l'on admet que, sous l'inspiration, des additions, gloses et adaptations postérieures ont pu s'y ajouter (achèvement par une main inspirée, retouches de copistes)[25]. C'est exactement le modèle que le Talmud suggérait déjà : Josué aurait écrit les huit derniers versets de la Torah, ceux qui racontent la mort de Moïse[26].
Cette position s'inscrit dans la doctrine constante sur l'inerrance : Léon XIII (Providentissimus Deus, 1893) puis Vatican II (Dei Verbum, § 11) enseignent que les livres de l'Écriture, « écrits sous l'inspiration de l'Esprit Saint, ont Dieu pour auteur » et enseignent « solidement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu voir consignée dans les Lettres sacrées pour notre salut »[27]. Le concile précise (§ 12) qu'il faut tenir compte des genres littéraires pour saisir l'intention des auteurs sacrés, principe essentiel pour lire la Genèse, comme on le verra[28].
Les appuis internes : pourquoi Moïse reste un auteur vraisemblable
Plusieurs traits du texte cadrent remarquablement avec un auteur formé à la cour d'Égypte au deuxième millénaire, tel que la Bible dépeint Moïse, « instruit dans toute la sagesse des Égyptiens » (Ac 7, 22)[29] :
- La couleur égyptienne du récit de Joseph et de l'Exode : noms propres égyptiens (Putiphar, Çaphnat-Panéah), titres (« chef des échansons », « garde des bouchers »), usages administratifs et funéraires conformes à ce que l'égyptologie a retrouvé du Moyen et du Nouvel Empire[30].
- Les archaïsmes : la Genèse conserve des mots, des coutumes (le droit d'aînesse vendu pour un plat, les mandragores de Ruben, les idoles domestiques teraphim volées par Rachel) et des cadres juridiques (contrats, dots, serments) attestés au Proche-Orient du deuxième millénaire, notamment dans les archives de Mari et de Nuzi[31].
- L'unité du dessein : promesse faite à Abraham (Gn 12), renouvelée à Isaac et Jacob, accomplie partiellement en Joseph et attendue pour l'Exode : le livre est construit comme une seule histoire tendue vers la sortie d'Égypte, ce que confirme sa dernière phrase, qui referme le cercueil de Joseph en Égypte en attendant la montée vers la Terre promise (Gn 50, 25-26)[32].
- La réception canonique immédiate : dès le livre de l'Exode, la Loi se présente comme donnée par Moïse ; Josué, les Rois, Esdras (Esdras 7, 6 : « scribe versé dans la Loi de Moïse ») et tout le Nouveau Testament renvoient à « la Loi de Moïse » comme à une autorité déjà établie[33].
Le plan du livre : dix fois « voici les engendrements »
La charpente des toledot
La Genèse n'est pas une collection de récits cousus ensemble : elle possède une ossature visible, unique dans la Bible. Dix fois revient la formule « voici les engendrements (toledot) de… », qui ouvre dix sections[34] :
| Section | Référence | Contenu |
|---|---|---|
| 1. Les engendrements du ciel et de la terre | Gn 2, 4 | Le jardin d'Éden, Adam et Ève |
| 2. Les engendrements d'Adam | Gn 5, 1 | Généalogie d'Adam à Noé |
| 3. Les engendrements de Noé | Gn 6, 9 | Le Déluge et l'alliance noachique |
| 4. Les engendrements des fils de Noé | Gn 10, 1 | La table des nations |
| 5. Les engendrements de Sem | Gn 11, 10 | Généalogie de Sem à Térah |
| 6. Les engendrements de Térah | Gn 11, 27 | Abraham : l'appel et la promesse |
| 7. Les engendrements d'Ismaël | Gn 25, 12 | La descendance d'Abraham par Agar |
| 8. Les engendrements d'Isaac | Gn 25, 19 | Jacob et Ésaü |
| 9. Les engendrements d'Ésaü | Gn 36, 1 (et 36, 9) | Édom |
| 10. Les engendrements de Jacob | Gn 37, 2 | Joseph en Égypte |
Cette structure en Toledot regroupe le livre en deux grandes moitiés : l'histoire des origines (ch. 1-11, de la Création à Babel) et l'histoire des patriarches (ch. 12-50, d'Abraham à Joseph)[35].
Première moitié : les origines du monde et de l'humanité (Gn 1-11)
La création (Gn 1-2)
Le livre s'ouvre sur la page la plus célèbre de la Bible : en six « jours », Dieu sépare, nomme, peuple et bénit, puis se repose le septième, fondant ainsi le sabbat[36]. Le chapitre 2 reprend la création de l'homme « en gros plan » : modelé de la poussière, animé du souffle de Dieu, placé dans un jardin, puis la formation de la femme tirée de son côté : « os de mes os et chair de ma chair » (Gn 2, 23)[37].
« Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme. » Genèse 1, 27[38]
La chute (Gn 3-5)
Le serpent séduit la femme, l'homme mange du fruit défendu : la honte, la peur et le blâme entrent dans le monde, et Dieu chasse l'homme du jardin, non sans promettre le Sauveur (Gn 3, 15, voir plus bas)[39]. Suivent Caïn et Abel, la lignée de Caïn, puis la généalogie d'Adam à Noé (Gn 5) avec ses longévités extraordinaires : 930 ans pour Adam, 969 pour Mathusalem[40].
Le Déluge (Gn 6-9)
Devant la corruption généralisée, « le Seigneur vit que la méchanceté de l'homme était grande sur la terre » (Gn 6, 5)[41], Dieu envoie les eaux, sauve Noé, « homme juste », avec sa famille et les animaux dans l'arche, puis conclut avec lui une alliance marquée par l'arc-en-ciel, avec le précepte du sang et la bénédiction renouvelée[42]. Le récit occupe quatre chapitres entiers : par son ampleur, c'est le deuxième acte fondateur du livre après la création.
Babel et les nations (Gn 10-11)
La « table des nations » (Gn 10) recense les soixante-dix peuples issus des trois fils de Noé, chiffre que la tradition retiendra comme celui de toutes les nations de la terre[43]. Puis vient la tour de Babel : les hommes veulent « se faire un nom » en montant jusqu'au ciel ; Dieu confond leurs langues et les disperse (Gn 11, 1-9)[44]. Aussitôt après, la généalogie de Sem à Térah (Gn 11, 10-26) conduit le lecteur à Abram : l'histoire universelle bascule dans l'histoire élue.
Seconde moitié : les patriarches (Gn 12-50)
Abraham (Gn 12-25)
L'appel : « Quitte ton pays… pour le pays que je te montrerai » (Gn 12, 1)[45]. Il ouvre le second acte. Trois promesses portent tout le récit : une descendance nombreuse comme les étoiles, un pays (Canaan), et une bénédiction pour toutes les nations (Gn 12, 2-3 ; 15 ; 17 ; 22)[46]. Entre les deux : l'Égypte et la famine, la séparation d'avec Loth, Melkisédech roi de Salem qui offre le pain et le vin (Gn 14)[47], l'alliance scellée dans la nuit (Gn 15), Ismaël né d'Agar, la circoncision signe de l'alliance (Gn 17), les trois visiteurs de Mambré et l'intercession pour Sodome (Gn 18-19), la naissance d'Isaac, et le sommet : le sacrifice d'Isaac sur le mont Moriya, arrêté par l'ange (Gn 22)[48]. Abraham meurt à 175 ans et est enseveli à Makpéla, le premier lopin de la Terre promise acheté à prix d'argent (Gn 23 ; 25, 7-10)[49].
« Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac, va au pays de Moriya, et là tu l'offriras en holocauste sur la montagne que je t'indiquerai. » Genèse 22, 2[50]
Isaac et Jacob (Gn 25-36)
Le mariage d'Isaac avec Rébecca (Gn 24, le plus long chapitre de la Genèse), la vente du droit d'aînesse pour un plat de lentilles, la bénédiction volée, puis la fuite de Jacob, son songe de l'échelle à Béthel : « une échelle dressée vers le ciel » (Gn 28, 12)[51], ses années chez Laban, ses douze fils, et la lutte nocturne au gué du Yabboq où il reçoit le nom d'Israël, « Dieu s'est montré fort » (Gn 32)[52]. Ésaü, le frère lésé, fonde Édom (Gn 36).
Joseph (Gn 37-50)
Vendu par ses frères, intendant de Putiphar, prisonnier puis vizir de Pharaon grâce au don d'interpréter les songes, Joseph sauve l'Égypte et le monde de la famine, et il pardonne : « Vous aviez médité contre moi le mal, Dieu l'a tourné en bien » (Gn 50, 20)[53]. Le livre s'achève sur la descente des soixante-dix fils de Jacob en Égypte et la mort de Joseph, dont les ossements attendront la montée (Gn 50, 25) : la boucle est bouclée, la porte de l'Exode est ouverte.
- Au commencementLa création et Adam
Dieu crée le ciel et la terre, puis l'homme à son image ; chute et promesse du Sauveur (Gn 1-3).
- Dixième génération après AdamLe Déluge et Noé
L'arche, les eaux, l'alliance marquée par l'arc-en-ciel : l'humanité recommence (Gn 6-9).
- Vers 2000 av. J.-C.L'appel d'Abraham
Sortie d'Ur vers Canaan ; triple promesse : descendance, terre, bénédiction pour les nations (Gn 12).
- Générations suivantesIsaac et Jacob-Israël
La promesse passe au fils malgré les ruses humaines : Béthel, le Yabboq, les douze fils (Gn 25-35).
- Vers le XVIIᵉ siècle av. J.-C.Joseph en Égypte
Les fils d'Israël descendent en Égypte ; le livre s'achève sur les ossements de Joseph en attente de la montée (Gn 37-50).
La théologie de la Genèse : créer, chuter, promettre
Dieu créateur, l'homme à son image
La première affirmation de la Bible n'est pas une démonstration, c'est une proclamation : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre » (Gn 1, 1)[54]. Contre tous les polythéismes voisins, où le soleil et la lune sont des dieux et où l'homme est l'esclave des caprices divins, la Genèse enseigne un Dieu unique qui crée par sa parole, librement, et qui déclare son œuvre « très bonne » (Gn 1, 31)[55]. Le soleil et la lune ne sont que des « luminaires » (Gn 1, 14-16) : la Bible désacralise les astres au moment même où tout l'Orient les adore[56].
Au sommet de l'œuvre, l'homme, créé « à l'image de Dieu » (Gn 1, 27) : doué de raison, de liberté et de parole, établi « pour cultiver et garder » le jardin (Gn 2, 15), appelé à nommer les animaux, acte d'intelligence et d'autorité (Gn 2, 19-20)[57]. Le Catéchisme en tire toute l'anthropologie chrétienne : égalité de l'homme et de la femme, dignité inviolable de toute vie humaine, mariage et famille voulus dès l'origine[58].
L'alliance et la triple promesse
Avec Abraham, Dieu inaugure la forme qui portera toute la Bible : l'alliance. Elle comporte trois dons promis et progressivement accordés : une descendance (malgré la stérilité de Sara), une terre (Canaan, d'abord un tombeau acheté, Makpéla), et, par cette descendance, la bénédiction de toutes les nations : « En toi seront bénies toutes les familles de la terre » (Gn 12, 3)[59]. Cette troisième promesse est la clé universaliste du livre : l'élection d'un seul sert le salut de tous. Saint Paul s'en souviendra : « L'Écriture, prévoyant que Dieu justifierait les païens par la foi, annonça d'avance à Abraham cette bonne nouvelle : Toutes les nations seront bénies en toi » (Ga 3, 8)[60].
Le signe de l'alliance, la circoncision (Gn 17), et les théophanies (Mambré, Béthel, le Yabboq) jalonnent une pédagogie divine patiente : Dieu s'accommode aux patriarches avec leurs ruses et leurs lenteurs, sans jamais retirer sa promesse[61].
La chute et le Protoévangile
Le chapitre 3 raconte l'entrée du mal : le serpent, la convoitise, la désobéissance, puis la sentence. Mais au cœur même de la malédiction du serpent, Dieu glisse la première annonce du salut :
« Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance : celle-ci te meurtrira la tête, et toi, tu lui meurtriras le talon. » Genèse 3, 15[62]
La tradition y a toujours reconnu le « Protoévangile », la première annonce du Messie rédempteur[63]. La Vulgate lit « elle t'écrasera la tête » (ipsa conteret caput tuum), ouvrant la lecture mariale que Pie IX reprendra dans Ineffabilis Deus (1854)[64]. L'Église y voit l'annonce conjointe du Christ (la descendance qui écrase le serpent) et de sa Mère, la Femme associée à sa victoire[65].
L'accomplissement chrétien : tout s'éclaire dans le Christ
Le nouvel Adam
Aucun livre de l'Ancien Testament n'est plus cité par le Nouveau que la Genèse : la création (Jn 1, 1-3 ; He 11, 3), le mariage (Mt 19, 4-6), Abel (Mt 23, 35), Noé (Mt 24, 37-39 ; 1 P 3, 20-21), Abraham (Jn 8 ; Rm 4 ; Ga 3 ; He 11), Melkisédech (He 5-7), l'échelle de Jacob (Jn 1, 51)[66]. Mais le sommet est la théologie paulinienne des deux Adam :
« De même que par la désobéissance d'un seul homme la multitude a été rendue pécheresse, de même par l'obéissance d'un seul la multitude sera rendue juste. » Saint Paul, Romains 5, 19[67]
« Le premier homme, Adam, devint un être vivant ; le dernier Adam, le Christ, est devenu un être spirituel qui donne la vie. » Saint Paul, 1 Corinthiens 15, 45[68]
Saint Irénée de Lyon (vers 130-202) a donné à cette lecture son nom : la récapitulation : le Christ « récapitule » en lui toute l'histoire commencée en Adam et la mène à son achèvement[69]. Marie, de son côté, est lue comme la nouvelle Ève : là où la vierge Ève a cru au serpent et a délié le malheur, la Vierge Marie a cru à l'ange et a noué le salut, parallèle développé par Justin, Irénée et Tertullien dès le IIᵉ siècle[70].
Tableau des figures : l'Ancien annonce le Nouveau
| Figure de la Genèse | Accomplissement dans le Christ et l'Église |
|---|---|
| Adam endormi, Ève tirée de son côté (Gn 2) | Le Christ endormi sur la croix, l'Église née du côté ouvert (Jn 19, 34)[71] |
| Abel, le juste assassiné (Gn 4) | Le sang d'Abel « réclame vengeance », celui du Christ « parle plus éloquemment » (He 12, 24)[72] |
| L'arche de Noé (Gn 6-9) | Figure de l'Église et du baptême : « quelques âmes furent sauvées à travers l'eau » (1 P 3, 20-21)[73] |
| Melkisédech, pain et vin (Gn 14) | Figure du sacerdoce du Christ, « prêtre pour toujours » (Ps 110 ; He 5-7)[74] |
| Isaac portant le bois (Gn 22) | Figure du Christ portant sa croix ; le bélier substitué annonce l'Agneau[75] |
| L'échelle de Jacob (Gn 28) | « Vous verrez le ciel ouvert, et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l'homme » (Jn 1, 51)[76] |
| Joseph vendu, humilié, exalté (Gn 37-50) | Figure du Christ rejeté par les siens et sauveur de ses frères[77] |
La Genèse dans la prière et la liturgie de l'Église
La Genèse n'est pas seulement lue : elle est célébrée. Elle fournit à la liturgie catholique quelques-unes de ses pages les plus solennelles :
- La Vigile pascale : de toutes les lectures de la grande nuit, deux viennent de la Genèse : la création (Gn 1, 1 à 2, 2) et le sacrifice d'Abraham (Gn 22, 1-18). La nuit où l'Église chante la résurrection, elle recommence le monde et relit le père des croyants[78].
- Le baptême : la bénédiction solennelle de l'eau, dans la nuit de Pâques, rappelle « l'Esprit qui planait sur les eaux » à l'origine (Gn 1, 2) et le Déluge par lequel Dieu a « anéanti le péché » en sauvant Noé, figure du baptême (1 P 3, 21)[79].
- Le mariage : « Il les créa homme et femme » (Gn 1, 27) et « ils deviendront une seule chair » (Gn 2, 24) sont les paroles mêmes par lesquelles le Christ fonde l'indissolubilité (Mt 19, 4-6) et que toute célébration catholique reprend[80].
- Les Cendres et les funérailles : « Tu es poussière, et à la poussière tu retourneras » (Gn 3, 19) : la formule du mercredi des Cendres et l'horizon de toute liturgie des défunts[81].
Les Pères ont commenté la Genèse plus qu'aucun autre livre : Basile et Ambroise (Hexaéméron), Jean Chrysostome et ses 67 homélies sur la Genèse prêchées à Antioche, Augustin et son chantier de quinze ans, le De Genesi ad litteram en douze livres (401-415), Éphrem et ses Hymnes sur le paradis[82]. Lire la Genèse avec eux, c'est la lire comme l'Église l'a toujours lue : à la lettre quand le texte raconte, en figure quand le texte annonce.
Le débat historico-critique : ce qu'il propose, et ses limites
L'hypothèse documentaire, exposée loyalement
Depuis le XVIIIᵉ siècle, une partie de l'exégèse propose une autre histoire du livre. En 1753, le médecin français Jean Astruc remarque l'alternance des noms divins (Élohim / YHWH) et suggère que Moïse aurait compilé des mémoires plus anciens[83]. Au XIXᵉ siècle, Julius Wellhausen (Prolegomena zur Geschichte Israels, 1878) systématise l'« hypothèse documentaire » : le Pentateuque serait tissé de quatre sources : J (yahviste, royaume de Juda, vers le Xᵉ siècle), E (élohiste, royaume du Nord, vers le IXᵉ-VIIIᵉ), D (deutéronomiste, époque de Josias, VIIᵉ siècle) et P (sacerdotale, Exil ou après, VIᵉ-Vᵉ siècle), assemblées par des rédacteurs tardifs[84]. Dans ce cadre, la Genèse aurait été composée pour l'essentiel à l'époque de l'Exil (VIᵉ siècle av. J.-C.), soit près de huit siècles après Moïse ; les récits patriarcaux refléteraient les préoccupations des rédacteurs exiliques plutôt que des souvenirs du deuxième millénaire[85].
Cette hypothèse a dominé l'université pendant un siècle, affinée par Gunkel (recherche des genres oraux), von Rad et Noth (traditions et rédactions), Westermann (commentaires savants)[86]. Elle a le mérite d'avoir scruté le texte de près : doubles récits (deux créations, deux versions du Déluge, trois « sœurs-épouse » en danger), variations de vocabulaire, coutures apparentes : autant d'observations que toute lecture sérieuse doit regarder en face[87].
Les fragilités : ce que les critiques eux-mêmes ont reconnu
Mais l'édifice, de l'aveu même de nombreux exégètes, repose sur des reconstructions hypothétiques : aucun manuscrit J, E, D ou P n'a jamais été retrouvé, aucune source n'existe indépendamment de la théorie qui la découpe[88]. Les limites les plus souvent relevées :
- La circularité des datations : on date les sources par le vocabulaire (tel mot serait « tardif »), puis on date les textes par les sources ainsi construites. Or l'archéologie a ramené à plusieurs reprises au deuxième millénaire des mots, des noms et des coutumes jugés « tardifs » : les noms patriarcaux (Abram, Jacob, Joseph) sont attestés dans les archives du Bronze moyen, pas inventés à l'époque perse[89].
- Le découpage subjectif : les pionniers eux-mêmes ne s'accordaient pas sur les frontières des sources ; Umberto Cassuto a montré verset par verset que les critères de découpage (noms divins, doublets) s'expliquent aussi bien, et plus simplement, par les usages littéraires de l'hébreu (variation stylistique, point de vue narratif)[90].
- Le présupposé anti-miraculeux : quand la méthode pose d'emblée que la prophétie précise est impossible et que tout récit surnaturel est une projection tardive, elle ne « découvre » la datation tardive qu'elle a présupposée. C'est le point que la critique catholique n'a cessé de relever depuis le début[91].
- L'argument du silence : « les patriarches ne sont mentionnés dans aucune inscription égyptienne, donc ils n'ont pas existé » : alors que les archives égyptiennes ignorent aussi des rois entiers et ne citent jamais les Hébreux comme tels avant Mérenptah (vers 1207)[92]. L'absence de preuve n'est pas une preuve d'absence, surtout pour des nomades qui ne bâtissaient pas de palais.
- L'éclatement interne de l'école : dès 1987, R. N. Whybray constatait que les spécialistes ne s'entendaient plus ni sur le nombre, ni sur l'étendue, ni sur la date des sources, et proposait de repartir du texte final comme d'une œuvre cohérente[93]. Aujourd'hui coexistent hypothèses documentaires révisées, fragmentaires, supplémentaires et approches synchroniques : le « consensus » d'hier est devenu un champ de modèles concurrents[94].
La position catholique : tenir les deux bouts
L'Église ne demande pas d'ignorer ces travaux : Vatican II invite à étudier les genres littéraires et les manières de raconter propres aux Anciens (Dei Verbum, § 12)[95]. La Commission biblique elle-même (1909) a précisé le sens de l'historicité des trois premiers chapitres : l'Église tient pour historiques les faits fondamentaux : création spéciale de l'homme, formation de la femme, unité du genre humain, bonheur originel, précepte divin, transgression, chute et promesse du Rédempteur, tout en admettant que l'auteur sacré a pu user d'un langage figuré et anthropomorphique pour les raconter[96]. Pie XII (Humani generis, 1950) a rappelé l'unité du genre humain et la difficulté d'accorder le polygénisme avec le péché originel transmis par génération depuis un premier couple[97].
La règle de lecture catholique tient donc les deux bouts : confiance dans la tradition (Moïse auteur substantiel, patriarches réels, chronologie reçue défendable) et honnêteté devant le texte (genres littéraires, chiffres symboliques possibles, retouches postérieures admises)[98]. Ce que l'Église refuse, c'est seulement de transformer des hypothèses révisables en verdicts définitifs qui interdiraient de croire ce que juifs et chrétiens ont toujours cru. Comme l'écrivait déjà saint Augustin aux savants pressés de son temps :
« L'esprit de Dieu, qui parlait par leur bouche, n'a pas voulu enseigner aux hommes ces vérités concernant la constitution intime des objets visibles, parce qu'elles ne devaient leur servir de rien pour leur salut. » Saint Augustin, La Genèse au sens littéral, II, 9, 20, cité par Léon XIII, Providentissimus Deus[99]
Pour aller plus loin
- Bible, livre de la Genèse (50 chapitres), à lire dans une traduction catholique : Bible de Jérusalem, Traduction officielle liturgique (AELF), ou Bible Crampon.
- Pour le recueil biblique et la question du canon, voir l'article La Bible et la synthèse Ancien Testament.
- Pour la suite immédiate du récit (Moïse, la sortie d'Égypte, la Loi), voir l'Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome.
- Pour l'entrée en Terre promise, voir le livre de Josué, puis le livre des Juges, Ruth, les livres de Samuel et les livres des Rois.
- Pour la Sagesse qui médite la Genèse, voir les Proverbes, l'Ecclésiaste, le livre de la Sagesse et le Siracide ; pour l'histoire tardive, les Chroniques, Esdras, Néhémie, Esther, Judith, Tobie et les livres des Maccabées.
- Catéchisme de l'Église catholique, §§ 279-421 : la synthèse doctrinale sur la création, l'homme et le péché originel.
- Concile Vatican II, Dei Verbum (18 novembre 1965), §§ 11-16 : inspiration, inerrance, genres littéraires, valeur de l'Ancien Testament.
- Saint Augustin, La Genèse au sens littéral (De Genesi ad litteram), douze livres, 401-415 : le grand chantier patristique sur le sens historique du texte.
- Saint Jean Chrysostome, Homélies sur la Genèse (67 homélies) : la lecture pastorale d'Antioche.
- Umberto Cassuto, La Question de la Genèse : la réfutation classique de l'hypothèse documentaire par un savant juif (éd. originale hébraïque 1944).
- Kenneth A. Kitchen, On the Reliability of the Old Testament, Eerdmans, 2003 : l'archéologue face aux datations tardives.
Notes et références
Catéchisme de l'Église catholique, § 1602 : l'Écriture s'ouvre sur la création de l'homme et de la femme, image de Dieu, fondement du mariage. Sur la portée fondatrice de la Genèse pour toute la Révélation, cf. §§ 279-284.
1Le nom Bereshit (בְּרֵאשִׁית) est l'état construit de reshit, « commencement » : littéralement « Au commencement de… », le verset formant une seule phrase avec ce qui suit. Cf. Paul Joüon et Takamitsu Muraoka, Grammaire de l'hébreu biblique, Pontificio Istituto Biblico, Rome, 3ᵉ éd. 2007.
2Sur le titre grec Genesis donné par les traducteurs d'Alexandrie, cf. Emanuel Tov, Textual Criticism of the Hebrew Bible, 3ᵉ éd., Fortress Press, Minneapolis, 2012. Sur la datation de la Septante du Pentateuque au IIIᵉ siècle av. J.-C., cf. la Lettre d'Aristée (IIᵉ siècle av. J.-C.) et Gilles Dorival, Marguerite Harl, Olivier Munnich, La Bible grecque des Septante, Cerf, 1988.
3Gerhard von Rad, Das erste Buch Mose: Genesis, coll. Das Alte Testament Deutsch 2-4, Vandenhoeck & Ruprecht, Göttingen, 1949-1953 (trad. anglaise Genesis, Old Testament Library, SCM Press, 1961) : la Genèse comme livre des origines, à la fois commencement du monde et commencement d'Israël.
4Jean 1, 1, traduction liturgique (AELF) : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. » L'écho voulu de Gn 1, 1 est relevé par tous les commentateurs, cf. Raymond E. Brown, The Gospel According to John, Anchor Bible, Doubleday, 1966, introduction au Prologue.
5Saint Augustin, Confessions, XI-XIII (achevé vers 401) : méditation sur Gn 1, le Verbe créateur et le repos sabbatique. Édition : Bibliothèque Augustinienne 13-14, Desclée de Brouwer.
6Talmud de Babylone, traité Baba Batra 14b, qui donne l'ordre des livres : la Torah (les cinq livres, Genèse en tête), puis « l'ordre des Prophètes : Josué, Juges, Samuel, Rois… ».
7Concile de Trente, session IV (8 avril 1546), décret Sacrosancta sur les Écritures canoniques : la Genèse figure en tête des livres de l'Ancien Testament reçus. Cf. Denzinger-Hünermann, §§ 1501-1505.
8Catéchisme de l'Église catholique, §§ 121-123 : valeur permanente de l'Ancien Testament, « vraie Parole de Dieu », préparation et figure du Nouveau. Cf. § 122 sur l'imparfait et le provisoire assumés par la pédagogie divine.
9Sur la fidélité de la transmission massorétique, confirmée par les manuscrits de Qumrân vieux de mille ans de plus, cf. Emanuel Tov, Textual Criticism of the Hebrew Bible, 3ᵉ éd., Fortress Press, 2012.
10La Lettre d'Aristée à Philocrate (IIᵉ siècle av. J.-C.) raconte la traduction de la Loi à Alexandrie sous Ptolémée II Philadelphe (285-246 av. J.-C.). Édition : Sources Chrétiennes 89, Cerf, 1962.
11Des fragments de la Genèse ont été identifiés dans les grottes 1, 2, 4, 6 et 8 de Qumrân, dont le grand Apocryphe de la Genèse (1QapGen, 1Q20). Cf. E. Ulrich et al. (éd.), Discoveries in the Judaean Desert ; synthèse : Géza Vermès, Les Manuscrits de la mer Morte, trad. fr., Seuil.
12Le Pentateuque samaritain, conservé par la communauté samaritaine, offre un texte hébreu indépendant du massorétique, utile notamment pour les chiffres des généalogies de Gn 5 et 11. Cf. Emanuel Tov, op. cit.
13Le Codex Vaticanus (IVᵉ siècle) et le Codex Sinaiticus (IVᵉ siècle) contiennent le texte grec complet de la Genèse ; le Codex Alexandrinus (Vᵉ siècle) de même.
14Saint Jérôme, traduction latine de l'Ancien Testament sur l'hébreu à Bethléem, vers 390-405. Sur la méthode de Jérôme, cf. ses préfaces (Prologus galeatus) et Pierre Jay, L'Exégèse de saint Jérôme d'après son Commentaire sur Isaïe, Études Augustiniennes, 1985.
15Philon d'Alexandrie, De opificio mundi (commentaire de Gn 1-3) et De vita Mosis ; Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, livre I (histoire d'Adam à la mort d'Isaac), vers 93-94 ap. J.-C.
16Talmud de Babylone, Baba Batra 14b-15a : « Moïse écrivit son livre » (le Pentateuque), la section de Balaam et Job ; Josué écrivit son livre et les huit derniers versets de la Torah.
17Philon d'Alexandrie, De vita Mosis (Vie de Moïse), I-II : Moïse législateur et prophète, auteur inspiré de la Loi.
18Flavius Josèphe, Contre Apion, I, 8 (vers 93 ap. J.-C.) : défense de l'ancienneté et de la stabilité des Écritures juives face aux historiens grecs.
19Flavius Josèphe, Contre Apion, I, 8 : les vingt-deux livres « justement crus divins », transmis « sans qu'on ait osé y rien ajouter, rien retrancher, rien changer » (trad. Léon Blum, Les Belles Lettres).
20Jean 5, 46, traduction liturgique (AELF) : « Si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi, car c'est de moi qu'il a écrit. »
21Luc 24, 27, traduction liturgique (AELF).
22Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III-IV (vers 180) : Moïse comme prophète instruit par le Verbe, auteur des Écritures. Édition : Sources Chrétiennes 100, 152-153, 210-211, Cerf.
23La chronologie traditionnelle (Exode vers 1446 av. J.-C., d'après 1 R 6, 1 : 480 ans entre l'Exode et la 4ᵉ année de Salomon) place Moïse au XVᵉ siècle ; la datation dite « basse » (XIIIᵉ siècle, Ramsès II) au XIIIᵉ. Dans les deux cas, la composition du Pentateuque appartient au deuxième millénaire avant le Christ. Cf. Kenneth A. Kitchen, On the Reliability of the Old Testament, Eerdmans, 2003.
24Commission biblique pontificale, réponse De mosaica authentia Pentateuchi (27 juin 1906), sous saint Pie X : authenticité mosaïque substantielle, avec admission d'additions et retouches postérieures sous inspiration. Cf. Denzinger-Hünermann, §§ 3394-3397.
25Talmud de Babylone, Baba Batra 15a : les huit derniers versets de la Torah (Dt 34, 5-12, la mort de Moïse) auraient été écrits par Josué.
26Concile Vatican II, constitution dogmatique Dei Verbum (18 novembre 1965), § 11 : les Écritures « enseignent solidement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu voir consignée dans les Lettres sacrées pour notre salut ». Texte : vatican.va.
27Concile Vatican II, Dei Verbum, § 12 : pour découvrir l'intention des hagiographes, « il faut prêter attention, entre autres, aux genres littéraires ». Texte : vatican.va.
28Actes 7, 22, traduction liturgique (AELF) : « Moïse fut instruit dans toute la sagesse des Égyptiens. » (discours d'Étienne).
29Kenneth A. Kitchen, On the Reliability of the Old Testament, Eerdmans, Grand Rapids, 2003 : la couleur égyptienne du récit de Joseph (noms, titres, pratiques) correspond au Moyen et au Nouvel Empire, non à l'époque perse ou hellénistique.
30Les archives de Nuzi (XIVᵉ siècle av. J.-C.) et de Mari (XVIIIᵉ siècle) illustrent des coutumes proches de celles des patriarches (adoption, droits d'aînesse, teraphim). Cf. Kenneth A. Kitchen, op. cit. ; avec les réserves de méthode rappelées par Thomas L. Thompson, The Historicity of the Patriarchal Narratives, de Gruyter, 1974.
31Genèse 50, 25-26 : Joseph fait jurer aux fils d'Israël qu'ils emporteront ses ossements ; le livre s'achève en Égypte, dans l'attente de la montée promise.
32Exode 17, 14 ; 24, 4 ; 34, 27 (Moïse écrit) ; Esdras 7, 6 (voir l'article Esdras) ; Marc 12, 26 (« le livre de Moïse ») ; Jean 1, 45.
33L'hébreu toledot (תּוֹלְדוֹת), « engendrements, générations, histoire », structure le livre. Sur cette charpente, cf. Gerhard von Rad, Genesis, Old Testament Library, 1961, et Gordon J. Wenham, Genesis 1-15, Word Biblical Commentary 1, Word Books, 1987, introduction.
34Division classique « histoire primitive » (1-11) / « histoire patriarcale » (12-50), reprise par la plupart des plans, y compris critiques : Claus Westermann, Genesis 1-11 et Genesis 12-36, Biblischer Kommentar Altes Testament, Neukirchener Verlag, 1974-1981.
35Genèse 1, 1 à 2, 3 : le septénaire de la création, avec le refrain « Dieu vit que cela était bon » et le repos du septième jour (Gn 2, 2-3).
36Genèse 2, 4-25 : second récit, centré sur l'homme, le jardin, les animaux nommés et la formation de la femme.
37Genèse 1, 27, traduction liturgique (AELF).
38Genèse 3, 1-24 : la tentation, la faute, les sentences, l'expulsion gardée par les Kéroubim.
39Genèse 5 : d'Adam (930 ans) à Noé ; Mathusalem, 969 ans (Gn 5, 27), la plus longue vie de la Bible.
40Genèse 6, 5, traduction Crampon révisée.
41Genèse 9, 8-17 : alliance avec Noé, l'arc-en-ciel pour signe ; précepte du sang (Gn 9, 4-6).
42Genèse 10 : soixante-dix descendants de Sem, Cham et Japhet, d'où la tradition des soixante-dix nations, reprise par le choix des soixante-douze disciples (Lc 10, 1, selon la Vulgate : septuaginta duos).
43Genèse 11, 1-9 : Babel (Babylone), la confusion des langues, d'où « babiller » dans la tradition française.
44Genèse 12, 1, traduction liturgique (AELF).
45Genèse 12, 2-3 ; 15, 5-6.18-21 ; 17, 4-8 ; 22, 16-18 : les formulations successives de la triple promesse.
46Genèse 14, 18-20 : Melkisédech, roi de Salem et « prêtre du Dieu Très-Haut », apporte le pain et le vin et bénit Abram.
47Genèse 22, 1-19 : le sacrifice d'Isaac sur le mont Moriya, interrompu par l'ange ; serment final de la bénédiction universelle (Gn 22, 18).
48Genèse 23 (achat de Makpéla) ; Genèse 25, 7-10 (mort et ensevelissement d'Abraham, 175 ans).
49Genèse 22, 2, traduction liturgique (AELF).
50Genèse 28, 10-22 : le songe de Béthel, l'onction de la pierre, le vœu de Jacob.
51Genèse 32, 23-33 : la lutte au gué du Yabboq ; le nom d'Israël (Gn 32, 29) ; Penouël, « face de Dieu ».
52Genèse 50, 20, traduction liturgique (AELF) : la clef théologique de l'histoire de Joseph.
53Genèse 1, 1, traduction liturgique (AELF).
54Genèse 1, 31 : « Dieu vit tout ce qu'il avait fait, et voici que c'était très bon. »
55Genèse 1, 14-16 : les « luminaires » (meorot), sans nommer ni soleil ni lune, effacement délibéré face aux cultes astraux voisins. Cf. l'article La Bible.
56Genèse 1, 26-28 ; 2, 7.15.19-20 : image, souffle, garde du jardin, nomination des animaux.
57Catéchisme de l'Église catholique, §§ 355-373 : l'homme image de Dieu, corps et âme, homme et femme, le paradis originel.
58Genèse 12, 3, traduction liturgique (AELF).
59Galates 3, 8, traduction liturgique (AELF) : Paul cite Gn 12, 3 (ou 18, 18 ; 22, 18) comme « Évangile annoncé d'avance à Abraham ».
60Sur la « pédagogie divine », cf. Catéchisme, §§ 122 et 708 ; Jean Daniélou, Au commencement : Genèse 1-11, Seuil, 1963.
61Genèse 3, 15 : traduction AELF : « Je mettrai une hostilité entre toi et la femme… » ; Vulgate : « Inimicitias ponam inter te et mulierem… ipsa conteret caput tuum ».
62Catéchisme de l'Église catholique, § 410 : après la chute, « l'annonce du Rédempteur… c'est le Proto-Évangile », avec la victoire finale annoncée sur le mal.
63Pie IX, bulle Ineffabilis Deus (8 décembre 1854) : Marie annoncée dès Gn 3, 15, l'« ennemie irréconciliable » du serpent. Cf. Denzinger-Hünermann, §§ 2800-2804.
64Sur la lecture mariale de Gn 3, 15 dans la tradition, cf. Manfred Hauke, Introduction à la mariologie, trad. fr., Parole et Silence, 2007.
65Relevé des citations : Jn 1, 1-3 (création) ; Mt 19, 4-6 (mariage) ; Mt 23, 35 (Abel) ; Mt 24, 37-39 (Noé) ; Jn 8, 33-58 ; Rm 4 ; Ga 3 ; He 11, 8-22 (Abraham et les patriarches) ; Jn 1, 51 (échelle de Jacob).
66Romains 5, 19, traduction liturgique (AELF).
671 Corinthiens 15, 45, traduction liturgique (AELF), citant Gn 2, 7 (« l'homme devint un être vivant »).
68Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 18-23 et V (vers 180) : la récapitulation (anakephalaiosis, cf. Ep 1, 10) du genre humain dans le Christ. Édition : Sources Chrétiennes.
69Saint Justin, Dialogue avec Tryphon, 100 (vers 160) ; Saint Irénée, Contre les hérésies, III, 22, 4 et V, 19, 1 ; Tertullien, De carne Christi, 17 : Ève-Marie, désobéissance-obéissance.
70Jean 19, 34 : le côté ouvert, sang et eau, lu par les Pères (Chrysostome, Augustin, Tractatus in Iohannem 120) comme la naissance sacramentelle de l'Église, Ève tirée du côté du nouvel Adam.
71Hébreux 12, 24 : « le sang de l'aspersion [du Christ], qui parle plus éloquemment que celui d'Abel » (cf. Gn 4, 10 : « la voix du sang de ton frère crie de la terre vers moi »).
721 Pierre 3, 20-21, traduction liturgique (AELF) : « quelques âmes, huit en tout, furent sauvées à travers l'eau. C'était une figure du baptême qui vous sauve maintenant. » Cf. Catéchisme, § 1219.
73Psaume 110 (109), 4 ; Hébreux 5, 6.10 ; 7 : Melkisédech figure du sacerdoce éternel du Christ, sans généalogie sacerdotale lévitique.
74Sur Isaac portant le bois (Gn 22, 6) et le bélier substitué (Gn 22, 13), cf. Méliton de Sardes, Homélie sur la Pâque, 59 (vers 170) ; Origène, Homélies sur la Genèse, VIII ; Jean Daniélou, Sacramentum futuri, Beauchesne, 1950.
75Jean 1, 51, traduction liturgique (AELF) : promesse à Nathanaël, accomplissement de l'échelle de Béthel.
76Sur Joseph figure du Christ (vendu, descendu, exalté, pardonnant), cf. les lectures patristiques synthétisées par Jean Daniélou, Sacramentum futuri, Beauchesne, 1950.
77Missel romain, Vigile pascale : 1ʳᵉ lecture Gn 1, 1 à 2, 2 ; 2ᵉ lecture Gn 22, 1-18 (ou 22, 1-2.9.10-13.15-18, forme brève).
78Missel romain, bénédiction de l'eau baptismale dans la nuit de Pâques : « Dès les commencements du monde, c'est ton Esprit qui planait sur les eaux… » (Gn 1, 2) et le Déluge (Gn 6-9) comme figure.
79Rituel du mariage, lectures : Gn 1, 26-28.31 ; Gn 2, 18-24. Le Christ cite Gn 1, 27 et Gn 2, 24 en Matthieu 19, 4-6.
80Missel romain, mercredi des Cendres, imposition : « Souviens-toi que tu es poussière, et que tu retourneras en poussière » (cf. Gn 3, 19).
81Saint Basile, Hexaéméron (neuf homélies, 378), Sources Chrétiennes 26 ; Saint Ambroise, Hexameron (six livres, vers 386-390) ; Saint Jean Chrysostome, Homélies sur la Genèse (67 homélies, Antioche, vers 386-388), Sources Chrétiennes 433-434 ; Saint Augustin, De Genesi ad litteram (douze livres, 401-415), Bibliothèque Augustinienne 48-49 ; Saint Éphrem, Hymnes sur le paradis, Sources Chrétiennes 137.
82Jean Astruc, Conjectures sur les mémoires originaux dont il paraît que Moïse s'est servi pour composer le livre de la Genèse, Bruxelles, 1753 : l'alternance Élohim/YHWH comme indice de sources.
83Julius Wellhausen, Prolegomena zur Geschichte Israels, Berlin, 1878 (2ᵉ éd. 1883) : les quatre sources J, E, D, P et leurs datations (J vers 950, E vers 850, D vers 621, P vers 538-450 av. J.-C.).
84Dans ce cadre, la Genèse sous sa forme finale daterait de l'Exil (VIᵉ siècle av. J.-C.) ou de l'époque perse. Cf. Thomas Römer, La Première Histoire d'Israël, Labor et Fides, 2007, pour une présentation récente et nuancée.
85Hermann Gunkel, Genesis übersetzt und erklärt, Handkommentar zum Alten Testament, Göttingen, 1901 ; Gerhard von Rad, Genesis, Old Testament Library, 1961 ; Claus Westermann, Genesis, Biblischer Kommentar, 1974-1982.
86Les « doublets » classiques : deux récits de création (Gn 1 et Gn 2), deux annonces du Déluge tissées ensemble (Gn 6-9), trois fois l'épouse présentée comme sœur (Gn 12 ; 20 ; 26), deux renvois d'Agar (Gn 16 ; 21), deux noms donnés à Béthel (Gn 28 ; 35).
87Aucun manuscrit ancien ne présente jamais les sources J, E, D ou P séparément : elles n'existent que comme reconstructions savantes à partir du texte unique transmis. C'est un fait de méthode, pas une polémique.
88Kenneth A. Kitchen, On the Reliability of the Old Testament, Eerdmans, 2003 : les noms et coutumes patriarcaux s'inscrivent au Bronze moyen et récent, non à l'époque perse.
89Umberto Cassuto, La Question de la Genèse (trad. française, DDB ; orig. hébraïque Torat HaTeudot, 1944) et A Commentary on the Book of Genesis, Magnes Press, Jérusalem, 1961-1964 : critique interne de l'hypothèse documentaire, les noms divins comme choix littéraires.
90Sur le présupposé méthodologique (exclusion a priori du surnaturel dans l'explication historique), cf. Thomas L. Thompson, The Historicity of the Patriarchal Narratives, 1974, et la discussion catholique dans Dom Bernard Orchard et al., A Catholic Commentary on Holy Scripture, Nelson, 1953.
91La stèle de Mérenptah (vers 1207 av. J.-C.) est la première mention extérieure d'« Israël » ; les archives égyptiennes, de nature royale et monumentale, ignorent par principe les groupes nomades sans État.
92R. Norman Whybray, The Making of the Pentateuch: A Methodological Study, JSOT Press, Sheffield, 1987 : constat d'échec du consensus documentaire et proposition de lire le Pentateuque comme l'œuvre d'un auteur unique tardif travaillant sur des matériaux variés.
93Sur la pluralité actuelle des modèles (documentaire révisé, fragmentaire, supplémentaire, approches synchroniques et canoniques), cf. Thomas Dozeman, Konrad Schmid, Baruch J. Schwartz (éd.), The Pentateuch: International Perspectives on Current Research, Mohr Siebeck, 2011.
94Concile Vatican II, Dei Verbum, § 12 : attention aux genres littéraires et aux manières de sentir, de dire et de raconter des Anciens.
95Commission biblique pontificale, De charactere historico trium priorum capitum Geneseos (30 juin 1909) : historicité des faits fondamentaux de Gn 1-3 (création spéciale, femme, unité du genre humain, bonheur originel, précepte, chute, Protoévangile), avec langage figuré admis. Cf. Denzinger-Hünermann, §§ 3512-3519.
96Pie XII, Humani generis (12 août 1950) : unité du genre humain ; le polygénisme ne montre pas comment s'accorder avec le péché originel transmis par génération d'un premier couple.
97Synthèse catholique classique : Benoît XVI, Au commencement… Une compréhension catholique du récit de la création et de la chute, trad. fr., Éd. de l'Emmanuel (catéchèses de Carême 1981) ; Catéchisme, §§ 159 (foi et raison) et 283-284 (origines et sciences).
98Saint Augustin, De Genesi ad litteram, II, 9, 20 (401-415), cité par Léon XIII, Providentissimus Deus (18 novembre 1893) : les auteurs sacrés décrivent la nature « comme le comportait le langage usité à cette époque ».
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