Philon d'Alexandrie (v. 20 av. J.-C.-après 40)

Philon d'Alexandrie, philosophe juif contemporain de Jésus, a tenté la première grande synthèse entre la Loi de Moïse et la philosophie grecque, léguant à la théologie chrétienne sa méthode allégorique et sa doctrine du Logos.

Ignispedia

Philon d'Alexandrie (vers 20 av. J.-C. - après 40 apr. J.-C.) est un philosophe et exégète juif de langue grecque, né dans la grande métropole intellectuelle d'Alexandrie, en Égypte romaine. Exact contemporain de Jésus de Nazareth — il avait environ cinquante ans lorsque le Christ prêchait en Galilée —, il n'a laissé aucune mention connue de lui, mais il a légué à la postérité une œuvre considérable, plus de trente traités, qui tente une synthèse inédite entre la Loi de Moïse et la philosophie grecque, de Platon aux Stoïciens.

Issu d'une famille juive de très haut rang — son frère Alexander Lysimachus était l'un des hommes les plus riches d'Alexandrie —, Philon fut choisi en l'an 39 pour conduire l'ambassade juive auprès de l'empereur Caligula, après un pogrom sanglant contre les Juifs d'Alexandrie. Cette mission, qu'il a lui-même racontée dans deux ouvrages, In Flaccum et la Legatio ad Gaium, est l'un des événements les mieux documentés de l'histoire juive du Iᵉʳ siècle et l'un des rares épisodes où l'on peut dater précisément la vie de Philon.

Mais c'est surtout sa méthode d'exégèse allégorique — lire sous la lettre de la Torah des vérités philosophiques et spirituelles — et sa doctrine du Logos, la Parole ou Raison de Dieu conçue comme image du Père et instrument de la création, qui ont assuré sa survie dans l'histoire des idées. Paradoxalement, c'est l'Église chrétienne, et non la tradition rabbinique postérieure, qui a conservé, copié et transmis la quasi-totalité de son œuvre : Clément d'Alexandrie et Origène ont fait de sa méthode allégorique un instrument de l'exégèse chrétienne, Ambroise de Milan a puisé chez lui l'essentiel de son propre commentaire de la Genèse, et Eusèbe de Césarée comme saint Jérôme l'ont même classé, par erreur mais par admiration, parmi les « écrivains ecclésiastiques ».

Philon reste ainsi une figure de charnière : dernier grand témoin du judaïsme hellénistique avant la destruction du Temple en 70, il a légué à la théologie chrétienne naissante un vocabulaire et des catégories — le Logos, l'allégorie, la transcendance divine — qu'elle a reçus, transformés et, sur le point décisif de l'Incarnation, radicalement dépassés.

Qui était Philon d'Alexandrie ?

Une famille juive de très haut rang à Alexandrie

Alexandrie antique — reconstitution du Phare d'Alexandrie par Hermann Thiersch (1909), domaine public via Wikimedia Commons.

Alexandrie, fondée par Alexandre le Grand en 331 av. J.-C., comptait au Iᵉʳ siècle l'une des plus importantes communautés juives du monde antique, concentrée dans deux des cinq quartiers de la ville[9]. Philon y naît vers l'an 20 avant notre ère, dans une famille juive d'un rang social exceptionnel — au point que l'historien juif Flavius Josèphe, écrivant quelques décennies plus tard, le présente comme « le principal de l'ambassade juive, un homme éminent à tous égards, frère d'Alexandre l'alabarque »[10]. L'alabarque (ou arabarque) était un haut fonctionnaire romain chargé de percevoir les droits de douane sur le Nil du côté arabique ; c'était l'une des charges les plus lucratives et les plus prestigieuses ouvertes à un notable juif d'Égypte. Le frère de Philon, Alexander Lysimachus, était selon Josèphe « le premier de ses contemporains, tant par sa naissance que par sa richesse »[11], au point d'avoir personnellement financé le placage d'or et d'argent des neuf portes du Temple de Jérusalem[12].

Cette origine sociale explique la formation reçue par Philon : contrairement à ce qu'on pourrait attendre d'un futur commentateur de la Torah, rien dans son œuvre n'atteste une connaissance de l'hébreu[13]. Philon lit et cite la Torah exclusivement dans sa traduction grecque, la Septante, et sa culture est celle d'un lettré hellénisé de premier ordre : il cite abondamment Homère, les tragiques, Platon, les Stoïciens, et manie avec aisance les catégories de la philosophie grecque de son temps — un moyen-platonisme teinté de stoïcisme et de pythagorisme, courant dans l'Alexandrie savante du Iᵉʳ siècle[14].

Le seul fait daté avec certitude : l'ambassade de 39-40

En dehors de son propre témoignage et des mentions de Josèphe, on ne sait presque rien de sûr sur la vie privée de Philon[15]. Le seul événement de sa vie que l'on puisse dater avec une précision absolue est sa participation, comme chef de délégation, à l'ambassade juive auprès de l'empereur Caligula en l'an 40 de notre ère[16]. Philon ouvre lui-même le récit de cette ambassade en se rangeant parmi « les hommes âgés », « aux cheveux blancs » du fait de la longueur de leur vie[17] — indice qui permet de situer sa naissance vers 20 avant notre ère, sans certitude absolue.

L'ambassade à Caligula : Philon face à l'empereur qui se voulait dieu (39-40)

Le pogrom d'Alexandrie de l'an 38

Infographie Ignispedia — l'ambassade juive à Caligula : du pogrom d'Alexandrie au projet de statue impériale dans le Temple.

En l'an 38, sous le règne de Caligula, une vague de violence antijuive d'une ampleur inédite éclate à Alexandrie, encouragée par le préfet romain d'Égypte, Aulus Avillius Flaccus. Philon en fut le témoin direct et en a laissé le récit le plus détaillé qui nous soit parvenu de l'Antiquité dans son traité In Flaccum (Contre Flaccus). La foule alexandrine exige l'installation de statues impériales jusque dans les synagogues[18], puis les Juifs sont chassés de quatre des cinq quartiers de la ville et entassés dans le seul quartier restant[19], errant ensuite « sur le rivage, dans les lieux déserts et parmi les tombeaux, dépouillés de tous leurs biens »[20]. Flaccus fait arrêter et fouetter publiquement trente-huit membres du conseil des Anciens de la communauté juive, hommes âgés et de rang honorable[21], tandis que la populace se livre à des violences n'épargnant « ni l'âge ni la jeunesse, ni l'innocente impuissance des enfants »[22].

« Aucun d'eux n'échappa aux coups, ni les vieillards affaiblis par l'âge, ni les enfants encore incapables de comprendre ce qui leur arrivait. » — Philon d'Alexandrie, In Flaccum, IX, 68-71[23]

Flaccus lui-même sera finalement arrêté sur ordre de Caligula, déporté et exécuté sur l'île d'Andros en 39 — Philon voit dans cette fin violente, « mis en pièces comme une victime », le juste retour des blessures qu'il avait laissé infliger aux Juifs d'Alexandrie[24].

« Notre temple est détruit » : l'ambassade humiliée devant Caligula

Face à cette crise, la communauté juive d'Alexandrie envoie une délégation à Rome pour plaider sa cause devant l'empereur ; Philon, en raison de son rang et de sa culture philosophique, en est désigné le chef[25]. En face, les Grecs d'Alexandrie envoient leur propre ambassade, menée par le grammairien Apion — auteur d'un pamphlet antijuif que Flavius Josèphe réfutera plus tard point par point dans son traité Contre Apion —, qui « proféra beaucoup de blasphèmes contre les Juifs », les accusant notamment de négliger les honneurs dus à César en refusant d'ériger des statues en son honneur[26].

Caligula, de plus en plus habité par la folie mégalomane qui marquera la fin de son règne — il se prend tour à tour pour Mercure, Apollon et Mars[27] —, reçoit les ambassadeurs avec un mépris ouvert. Lorsque Philon tente de présenter la défense des lois ancestrales juives, « Caïus le repoussa et lui ordonna de partir »[28] ; le texte grec relevé par Josèphe précise que l'empereur « était dans une telle rage qu'il apparaissait clairement qu'il allait leur faire quelque très grand mal »[29]. Philon rapporta alors à ses compagnons que la colère de Caligula contre eux « avait en réalité dressé Dieu contre lui-même »[30].

L'humiliation atteint son point culminant lorsqu'un messager surgit devant l'ambassade, « les yeux injectés de sang, l'air très troublé, hors d'haleine et palpitant »[31], pour leur annoncer, entre les larmes, la nouvelle qui va au cœur de leur foi :

« Notre temple est détruit ! Gaius a ordonné qu'une statue colossale de lui-même soit érigée dans le Saint des Saints, portant son propre nom inscrit dessus avec le titre de Jupiter ! » — Récit rapporté par Philon d'Alexandrie, Legatio ad Gaium, XXIX, 188[32]

À cette annonce, les ambassadeurs restent « frappés de stupeur et de terreur, comme privés de tout mouvement », puis « muets et désespérés, prêts à tomber à terre de peur et de douleur »[33] ; ils se retirent ensemble pour pleurer « leurs misères, individuelles et communes »[34]. Le projet de statue, qui aurait constitué la profanation la plus grave jamais infligée au Temple de Jérusalem, ne sera finalement jamais exécuté — d'abord retardé par le gouverneur de Syrie, Publius Petronius, qui temporise face aux supplications des Juifs et écrit à l'empereur pour gagner du temps[35], puis définitivement abandonné à la mort de Caligula, assassiné dans un complot de ses propres gardes le 24 janvier 41[36].

  1. Vers 20 av. J.-C.
    Naissance de Philon à Alexandrie

    Dans une famille juive de très haut rang ; son frère Alexander Lysimachus deviendra alabarque, haut fonctionnaire des douanes impériales sur le Nil[37].

  2. 38 apr. J.-C.
    Pogrom antijuif d'Alexandrie

    Sous le préfet Flaccus : synagogues profanées, Juifs chassés de quatre quartiers sur cinq, trente-huit Anciens fouettés publiquement[38].

  3. 39 apr. J.-C.
    Exécution de Flaccus

    Arrêté sur ordre de Caligula, déporté puis exécuté sur l'île d'Andros[39].

  4. 39-40 apr. J.-C.
    Ambassade à Caligula

    Philon conduit la délégation juive à Rome face à l'ambassade grecque d'Apion ; audience méprisante de l'empereur[40].

  5. 40 apr. J.-C.
    Annonce de la statue du Temple

    Caligula ordonne l'érection de sa propre statue dans le Saint des Saints ; projet retardé puis abandonné[41].

  6. 24 janvier 41
    Assassinat de Caligula

    Mort de l'empereur ; accession de Claude, qui rétablit les droits des Juifs d'Alexandrie et libère Alexander Lysimachus emprisonné[42].

  7. Après 40 apr. J.-C.
    Mort de Philon (après 40)

    Dernier événement datable de sa vie : l'ambassade de 39-40 ; sa mort n'est attestée que comme postérieure à 40[43].

Une œuvre immense au service de la Loi de Moïse

L'exégèse allégorique : lire Moïse à la lumière de la philosophie grecque

Infographie Ignispedia — la méthode allégorique de Philon : la lettre comme corps, le sens spirituel comme âme du texte.

Le projet intellectuel de Philon consiste à démontrer, traité après traité, que la Loi de Moïse n'est pas seulement compatible avec la meilleure philosophie grecque, mais qu'elle la contient et la dépasse. Sa méthode fondamentale est l'exégèse allégorique : lorsque le sens littéral d'un récit biblique pose une difficulté — anthropomorphisme divin, invraisemblance, détail apparemment insignifiant —, Philon y cherche un second sens, spirituel et philosophique, sans pour autant nier la réalité historique du texte[44]. Cette double lecture, littérale et spirituelle, s'appuie sur un symbolisme numérique d'inspiration néo-pythagoricienne et sur une cosmologie d'origine stoïcienne[45]. Un exemple frappant : Philon interprète le vêtement du grand prêtre décrit dans l'Exode comme une imitation symbolique de l'univers entier, chaque pièce de l'habit correspondant à un élément du cosmos[46].

Pour Philon comme, plus tard, pour les Thérapeutes qu'il décrit, « la Loi tout entière semble à ces hommes ressembler à un être vivant, dont le corps serait les commandements explicites et l'âme le sens invisible caché sous les mots »[47]. Cette formule — la Loi comme organisme vivant, corps et âme — deviendra un principe directeur de toute l'exégèse allégorique chrétienne postérieure, d'Origène à saint Augustin.

Panorama des grands traités

L'œuvre de Philon, considérable, se répartit en plusieurs grandes catégories que l'on peut regrouper ainsi, selon le classement moderne usuel — Eusèbe de Césarée en donnait déjà, au IVᵉ siècle, une liste détaillée de son côté[48] :

CatégorieŒuvres principalesContenu
Commentaire allégoriqueLegum Allegoriae, De Opificio Mundi, De Confusione Linguarum, De SomniisGenèse commentée verset par verset à la lumière du Logos et de la philosophie grecque
Questions-réponsesQuaestiones et Solutiones in Genesim, Quaestiones in ExodumSens littéral puis allégorique de chaque verset de la Genèse et de l'Exode
Exposition de la LoiDe Vita Mosis, De Decalogo, De Specialibus Legibus, De VirtutibusBiographie apologétique de Moïse, exposé systématique des lois mosaïques
Traités philosophiquesQuod Omnis Probus Liber Sit, De Aeternitate Mundi, De ProvidentiaDialogue avec la philosophie stoïcienne et péripatéticienne (liberté, éternité du monde, providence)
Écrits historiquesIn Flaccum, Legatio ad GaiumRécit du pogrom de 38 et de l'ambassade à Caligula
Vie communautaireDe Vita ContemplativaDescription des Thérapeutes, communauté juive contemplative du lac Maréotis

Cette production, considérable pour un seul auteur antique, ne doit rien au hasard : elle vise systématiquement à montrer qu'un Juif fidèle à la Torah peut être, en même temps, un philosophe accompli au sens le plus exigeant du terme grec — projet apologétique autant que théologique, destiné à défendre le judaïsme face au mépris intellectuel de l'élite gréco-romaine d'Alexandrie[49].

Le Logos : Parole de Dieu, image du Père, instrument de la création

« Le premier-né » : un intermédiaire entre Dieu et le monde

Infographie Ignispedia — le Logos chez Philon : image, raison et instrument de la création, à distinguer du Verbe incarné.

Le concept le plus influent légué par Philon à l'histoire des idées est sa doctrine du Logos — mot grec signifiant à la fois « parole », « raison » et « discours ». Pour Philon, Dieu, dans sa nature propre, est absolument transcendant, inconnaissable dans son essence : on ne peut savoir de Lui qu'Il est, jamais ce qu'Il est[50]. Entre ce Dieu inaccessible et le monde sensible, Philon place le Logos comme intermédiaire : « la raison divine invisible, perceptible seulement par l'intellect, [Moïse] l'appelle l'image de Dieu »[51]. Le Logos est ainsi le modèle archétypal de la création, « l'idée des idées, la Raison de Dieu »[52], l'instrument par lequel Dieu façonne l'univers sensible à partir du monde intelligible.

Dans un passage particulièrement fort de son commentaire Sur la confusion des langues, Philon va jusqu'à personnifier le Logos comme un fils engendré par Dieu :

« Voici un homme dont le nom est l'Orient ! [...] Le Père de l'univers l'a fait surgir comme le fils aîné, que dans un autre passage il appelle le premier-né. » — Philon d'Alexandrie, De Confusione Linguarum, XIV, 62-63[53]

Un passage plus audacieux encore, conservé seulement dans la version arménienne des Questions et réponses sur la Genèse (II, 62), va jusqu'à qualifier le Logos de « second Dieu » (deuteros theos) par rapport au Dieu suprême — formule si frappante qu'elle alimente encore aujourd'hui les discussions savantes sur les origines du vocabulaire théologique chrétien[54].

Une doctrine à ne pas confondre avec le Verbe fait chair

Cette proximité de vocabulaire entre le Logos philonien et le prologue de l'évangile de saint Jean — « Au commencement était le Verbe [Logos], et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu » (Jn 1, 1) — a nourri, depuis plus d'un siècle, un débat savant sur une éventuelle dépendance directe de saint Jean envers Philon. La prudence s'impose ici : rien n'établit que l'évangéliste ait lu Philon, et l'hypothèse d'une influence directe reste discutée et non démontrée ; il est plus probable que les deux auteurs puisent, chacun à sa manière, dans un vocabulaire grec de l'époque — le logos stoïcien comme raison cosmique immanente, la Sagesse et la Parole de Dieu de la tradition biblique elle-même (Ps 33, 6 ; Pr 8 ; Sg 9, 1-2) — sans qu'il faille supposer un emprunt littéraire de l'un à l'autre.

Le point décisif n'est de toute façon pas là. Le Logos de Philon reste une catégorie philosophique intermédiaire, une hypostase abstraite entre Dieu et le monde, jamais une personne pleinement distincte engendrée dans l'unité de la substance divine, et surtout jamais incarnée. Le Verbe de saint Jean, au contraire, « s'est fait chair et il a habité parmi nous » (Jn 1, 14) : il est la deuxième Personne de la Trinité, consubstantiel au Père, réellement fait homme en Jésus-Christ. Là où Philon cherche un intermédiaire pour protéger la transcendance divine du contact avec la matière, le christianisme affirme au contraire que Dieu lui-même, sans rien perdre de sa divinité, est entré dans la matière et dans l'histoire. C'est précisément sur ce point que les Pères de l'Église, tout en empruntant à Philon son vocabulaire et sa méthode, ont marqué la différence irréductible entre sa théologie et la foi chrétienne au Verbe incarné.

Les Thérapeutes et les Esséniens : deux visages de l'ascèse juive selon Philon

La vie contemplative au bord du lac Maréotis

Infographie Ignispedia — Thérapeutes et Esséniens : deux courants juifs contemporains, entre Alexandrie, le lac Maréotis et la Judée.

Dans son traité De Vita Contemplativa, Philon décrit avec un luxe de détails une communauté juive contemplative établie « au-delà des murs, dans des champs et des jardins solitaires » près du lac Maréotis, au sud-ouest d'Alexandrie[55] : les Thérapeutes (et les Thérapeutrides pour les femmes), dont le nom signifierait, selon Philon, qu'ils possèdent « un art de guérison plus excellent que celui en usage dans les cités, car celui-ci ne guérit que les corps, tandis que l'autre guérit les âmes »[56]. Renonçant à leurs biens en faveur de leurs enfants ou de leurs proches[57], ils vivent une ascèse rigoureuse — pas de nourriture ni de boisson avant le coucher du soleil, un pain simple assaisonné de sel, de l'eau pure comme seule boisson[58] — rythmée par la prière, l'étude allégorique des Écritures et une veillée nocturne annuelle où hommes et femmes forment deux chœurs distincts, « comme ivres toute la nuit jusqu'au matin de cette belle ivresse » spirituelle[59]. Philon précise que la plupart des Thérapeutrides, bien qu'âgées, restent vierges par pureté et par « admiration et amour de la sagesse », non par nécessité[60].

Dans un autre traité, Quod Omnis Probus Liber Sit, Philon décrit une seconde communauté ascétique juive, distincte des Thérapeutes : les Esséniens de Palestine, environ quatre mille selon lui, vivant en communautés, partageant leurs biens et observant pour la plupart le célibat[61]. Cette double description, chez Philon comme chez Flavius Josèphe, constitue l'une des bases documentaires antiques de l'hypothèse identifiant les habitants du site de Qumrân, où furent découverts les célèbres manuscrits de la mer Morte, à une branche du mouvement essénien — voir Les manuscrits de Qumrân (mer Morte) pour l'état discuté de ce dossier[62].

Une légende chrétienne ancienne : Eusèbe et les « moines » de Philon

Cette description si minutieuse des Thérapeutes a produit, chez les premiers historiens chrétiens, une méprise durable. Au IVᵉ siècle, Eusèbe de Césarée, dans son Histoire ecclésiastique, affirme que ces ascètes juifs décrits par Philon étaient en réalité des chrétiens, disciples de l'évangéliste Marc à Alexandrie :

« On dit que ce Marc fut le premier envoyé en Égypte, qu'il y proclama l'Évangile qu'il avait écrit, et qu'il établit le premier des Églises à Alexandrie. [...] La multitude des croyants, hommes et femmes, qui s'y rassembla dès l'origine, et qui menait une vie des plus philosophiques et des plus ascétiques, était si grande que Philon jugea bon d'en décrire les pratiques. » — Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, II, 16-17[63]

Eusèbe va jusqu'à affirmer que Philon « rencontra à Rome, sous le règne de Claude, Pierre, qui y prêchait alors », et qu'il « connut et approuva » les compagnons apostoliques de Pierre[64], tandis que saint Jérôme, reprenant la même tradition dans son De Viris Illustribus, va jusqu'à ranger Philon parmi les « écrivains ecclésiastiques » pour cette seule raison[65]. C'est une légende chrétienne ancienne, née de la piété et de l'admiration pour Philon : Philon décrit les Thérapeutes comme des Juifs voués à l'étude de la Loi de Moïse[66], et Eusèbe lui-même ne rapportait cette identification que comme un « on dit »[67] — marque d'une tradition pieuse, non d'un fait établi. Cette confusion ancienne mérite d'être connue précisément parce qu'elle illustre, par contraste, l'admiration réelle mais parfois excessive que les premiers chrétiens vouèrent à Philon — au point de vouloir se l'approprier tout entier.

Philon, contemporain silencieux de Jésus et de l'Église naissante

Pourquoi le silence de Philon ne prouve rien contre l'existence de Jésus

Philon d'Alexandrie a vécu exactement au temps de Jésus de Nazareth, dont il fut, à quelques années près, l'exact contemporain — il meurt après 40[68], quelques années seulement après la Crucifixion. Il n'a laissé, dans toute son œuvre conservée, aucune mention de Jésus, ni des premiers chrétiens. Ce silence, parfois invoqué par des auteurs sceptiques comme un argument contre l'historicité de Jésus, ne résiste pas à l'examen : Philon vivait à Alexandrie, en Égypte, tandis que le ministère de Jésus se déroulait en Galilée et en Judée, région dont Philon ne traite jamais dans son œuvre conservée, entièrement tournée vers l'exégèse de la Torah, la philosophie et les affaires de la communauté juive d'Alexandrie. Un philosophe alexandrin du Iᵉʳ siècle n'avait aucune raison de mentionner un prédicateur galiléen dont la renommée, de son vivant, restait circonscrite à la Palestine — l'argument du silence, ici comme ailleurs, ne prouve rien par lui-même[69]. L'existence historique de Jésus repose sur d'autres bases, solides et indépendantes de toute autorité confessionnelle chrétienne : quatre sources extra-chrétiennes distinctes (Tacite, Flavius Josèphe, Pline le Jeune, Suétone) attestent sa vie et sa mort — voir Jésus a-t-il vraiment existé ? pour le détail de cette démonstration historique.

La légende de la rencontre avec saint Pierre à Rome

C'est précisément l'absence de mention directe de Jésus ou des chrétiens chez Philon qui rend d'autant plus fragile la tradition rapportée par Eusèbe d'une rencontre personnelle entre Philon et saint Pierre à Rome, sous le règne de Claude[70]. Aucun écrit de Philon ne confirme cette rencontre ; elle repose uniquement sur la tradition chrétienne postérieure, désireuse de rattacher à l'Église naissante la figure prestigieuse du plus grand philosophe juif de son temps. Prudence encyclopédique oblige : il faut présenter ce récit comme une tradition pieuse non confirmée, et non comme un fait historiquement établi.

La réception de Philon dans la tradition chrétienne

Clément d'Alexandrie et Origène, héritiers de sa méthode

Origène — portrait gravé ancien, domaine public via Wikimedia Commons ; l'école chrétienne d'Alexandrie a assuré une part essentielle de la transmission de Philon.

Si le judaïsme rabbinique postérieur à la destruction du Temple (70) s'est largement détourné de Philon — trop hellénisé, trop éloigné de l'hébreu et de l'exégèse talmudique naissante —, c'est l'école chrétienne d'Alexandrie qui a assuré, presque à elle seule, la transmission et la copie de son œuvre à travers les siècles. Clément d'Alexandrie (v. 150-v. 215) reprend directement le vocabulaire et les catégories philoniennes du Logos pour construire sa propre théologie du Verbe préexistant[71]. Origène (v. 185-v. 253), le plus grand exégète de l'école alexandrine, systématise à son tour la méthode allégorique de Philon — sens littéral, sens moral, sens spirituel — pour l'appliquer à l'ensemble de l'Écriture chrétienne, Ancien et Nouveau Testament confondus[72].

« Ou Platon philonise, ou Philon platonise »

L'admiration chrétienne pour Philon trouve son expression la plus frappante dans un dicton grec ancien, rapporté par saint Jérôme dans son catalogue Des hommes illustres, rédigé vers 392-393 :

« On rapporte que sous Claude il se risqua à Rome, où il avait été envoyé comme légat de sa nation, et que, y étant revenu une seconde fois, il s'entretint dans cette même ville avec l'apôtre Pierre et jouit de son amitié. [...] Sur lui circule chez les Grecs un dicton : "Ou Platon philonise, ou Philon platonise", tant est grande la ressemblance des idées et du langage. » — Saint Jérôme, De Viris Illustribus, chapitre XI[73]

Jérôme précise lui-même que ce dicton « circulait chez les Grecs » avant lui — il le rapporte, sans se l'attribuer. Il consacre par ailleurs, dans ce même chapitre, une longue liste des œuvres de Philon connues de son temps, largement recoupée avec celle établie un peu plus tôt par Eusèbe de Césarée dans son Histoire ecclésiastique[74] — preuve que l'œuvre de Philon circulait alors intégralement dans les bibliothèques chrétiennes, à un moment où elle avait déjà largement disparu de la mémoire juive.

Ambroise de Milan et la postérité latine jusqu'à Augustin

En Occident, c'est saint Ambroise de Milan (v. 339-397) qui assure le relais le plus direct : son propre commentaire de la création du monde, l'Hexameron, emprunte massivement, souvent sans le citer nommément, à l'exégèse philonienne de la Genèse — au point que certains passages entiers sont de véritables traductions ou paraphrases latines de Philon[75]. Or c'est justement la prédication d'Ambroise à Milan — dont Augustin raconte lui-même, dans les livres V et VI des Confessions, qu'elle lui apprit à chercher sous la lettre de l'Écriture son sens spirituel[76] — qui détourne saint Augustin d'une lecture trop littérale de la Genèse et contribue à sa conversion : par ce canal indirect, une part de l'exégèse philonienne a ainsi pu irriguer, à distance de trois siècles et de deux langues, l'un des plus grands docteurs de l'Église latine.

Le destin contrasté de sa famille

Alexander Lysimachus, l'alabarque qui dora les portes du Temple

Infographie Ignispedia — la famille de Philon : Alexander Lysimachus, l'alabarque, et Tiberius Julius Alexander, préfet romain d'Égypte.

Le frère de Philon, Alexander Lysimachus, occupe une place à part dans l'histoire juive du Iᵉʳ siècle. Alabarque d'Alexandrie, il était, selon Josèphe, l'homme « le premier de ses contemporains, tant par sa naissance que par sa richesse »[77]. Sa fortune était telle qu'il finança de sa poche le placage d'or et d'argent des neuf portes du second Temple de Jérusalem — « ces neuf portes reçurent cet or et cet argent versés par Alexandre, père de Tibère »[78] —, un geste de piété et de mécénat sans équivalent connu pour un notable juif de la diaspora. Emprisonné un temps par Caligula, sans doute en raison de ses liens avec la maison impériale, il fut libéré à l'avènement de Claude en 41[79], retrouvant sa position de premier plan dans la communauté juive d'Alexandrie.

Tiberius Julius Alexander, le neveu qui abandonna la foi de ses pères

Le contraste est saisissant avec Tiberius Julius Alexander, fils d'Alexander Lysimachus et donc neveu de Philon, qui fit une carrière romaine éclatante — mais au prix, selon Josèphe, de l'abandon de la religion de ses pères :

« Il fut le fils d'Alexandre, l'alabarque d'Alexandrie, lequel Alexandre était un personnage de premier plan parmi tous ses contemporains, tant par sa famille que par sa richesse. Il [Tiberius Alexander] était toutefois moins pieux que son père, car il ne persévéra pas dans la religion de son pays. » — Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XX, 5, 2[80]

Devenu procurateur romain de Judée sous Claude vers 46-48, Tiberius Julius Alexander y fit crucifier Jacques et Simon, les fils de Judas le Galiléen, ce même agitateur dont la révolte contre le recensement de Quirinius avait enflammé la Judée une génération plus tôt[81]. Josèphe note que, en dépit de ce durcissement, il « ne fit aucun changement aux lois anciennes » et « maintint la nation en tranquillité »[82]. Sa carrière culmine ensuite comme préfet romain d'Égypte (66-69), où il joue un rôle décisif dans l'accession de Vespasien à l'Empire lors de la crise de l'an 69. Le philosophe juif le plus admiré des chrétiens et l'apostat devenu haut fonctionnaire de Rome : l'histoire de cette seule famille alexandrine, en une génération, résume à elle seule toute la tension du judaïsme hellénistique du Iᵉʳ siècle, tiraillé entre fidélité à la Loi et intégration à l'Empire.

Pour aller plus loin

  • Jésus a-t-il vraiment existé ? — les preuves historiques extra-chrétiennes de l'existence et de la mort de Jésus, à distinguer du silence de Philon sur ce point.
  • Les manuscrits de Qumrân (mer Morte) — le dossier archéologique et documentaire sur les Esséniens, décrits également par Philon dans le Quod Omnis Probus Liber Sit.
  • Le Livre de la Sagesse — un livre biblique un temps attribué à tort à Philon lui-même, en raison de parentés de style et de vocabulaire.
  • Hillel l'Ancien (v. 110 av. J.-C.-v. 10 ap. J.-C.) — un maître pharisien contemporain, représentant d'un judaïsme de tradition rabbinique très différent de l'hellénisme alexandrin de Philon.

Notes et références

  1. « Philo Judaeus », The Jewish Encyclopedia, New York-Londres, Funk and Wagnalls, 1901-1906. Texte : « né vers 20 av. J.-C. à Alexandrie, Égypte ; décédé après 40 de l'ère commune ». Le seul événement datable avec certitude de sa vie est sa participation à l'ambassade auprès de Caligula en l'an 40 ; les quelques détails biographiques disponibles proviennent de ses propres écrits et de Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XVIII, 8, 1. Sur sa formation exclusivement grecque : « Philo, bien que d'ascendance juive, était par sa formation un Hellène », nourri d'une lecture étendue des classiques grecs. Texte intégral : https://www.jewishencyclopedia.com/articles/12116-philo-judaeus

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  2. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, livre XVIII, chapitre 8, § 1, vers 93-94 apr. J.-C. Texte original (trad. William Whiston) : « But Philo, the principal of the Jewish ambassage, a man eminent on all accounts, brother to Alexander the alabarch, and one not unskilful in philosophy, was ready to betake himself to make his defence against those accusations. » Sur l'ambassade adverse d'Apion et le mépris de Caligula : « [Apion] uttered many blasphemies against the Jews […] Caius prohibited him [Philo]; and bid him be gone. He was also in such a rage, that it openly appeared he was about to do them some very great mischief. » Philon rapporte alors que Caligula, en réalité, « avait déjà dressé Dieu contre lui-même ». Texte intégral (trad. Whiston) : https://penelope.uchicago.edu/josephus/ant-18.html

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  3. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, livre II, chapitre 18, trad. McGiffert — liste des œuvres de Philon connues d'Eusèbe : Allegories of the Sacred Laws, Questions and Answers on Genesis and Exodus, On Agriculture, On Drunkenness, On the Confusion of Tongues, On Flight and Discovery, On the Three Virtues, On Emigration, On Giants, On Dreams, On the Tabernacle, On the Ten Commandments, On Providence, On the Jews, The Statesman. Texte intégral : https://www.newadvent.org/fathers/250102.htm

    5 48 74
  4. Philon d'Alexandrie, De Opificio Mundi, VI, 24-25, trad. Yonge. Texte original : « the world, which is perceptible only to the intellect, [is] nothing else but the reason of God, already occupied in the creation of the world […] the archetypal seal […] must itself be the archetypal model, the idea of ideas, the Reason of God. » Texte intégral : https://earlychristianwritings.com/yonge/book1.html

    7 52
  5. Saint Jérôme, De Viris Illustribus (Des hommes illustres), chapitre XI, rédigé vers 392-393 apr. J.-C. — trad. anglaise Ernest Cushing Richardson, in Nicene and Post-Nicene Fathers, 2e série, vol. 3, Christian Literature Publishing, Buffalo (New York), 1892. Texte original : « Philo the Jew, an Alexandrian of the priestly class […] They say that under Caius Caligula he ventured to Rome […] and that when a second time he had come to Claudius, he spoke in the same city with the apostle Peter and enjoyed his friendship. […] Concerning him there is a proverb among the Greeks: Either Plato philonized, or Philo platonized, that is, either Plato followed Philo, or Philo, Plato, so great is the similarity of ideas and language. » Jérôme rapporte ce dicton comme une expression déjà en circulation chez les Grecs (« there is a proverb among the Greeks »), sans se l'attribuer. Texte intégral : https://www.newadvent.org/fathers/2708.htm

    8 65 73
  6. Philon d'Alexandrie, In Flaccum, VIII, 55-56, trad. Yonge. Texte original : « They drove the Jews entirely out of four quarters, and crammed them all into a very small portion of one […] dispersed over the sea-shore, and desert places, and among the tombs, being deprived of all their property. » Texte intégral : https://earlychristianwritings.com/yonge/book36.html

    9 19 20
  7. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, livre XX, chapitre 5, § 2, vers 93-94 apr. J.-C. Texte original (trad. Whiston) : « He was the son of Alexander, the alabarch of Alexandria: which Alexander was a principal person among all his contemporaries, both for his family, and wealth. He was also more eminent for his piety than this his son Alexander: for he did not continue in the religion of his countrey. » Texte intégral : https://penelope.uchicago.edu/josephus/ant-20.html

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  8. Flavius Josèphe, Guerre des Juifs, livre V, chapitre 5, § 3 (§ 205 dans la numérotation Niese), vers 75 apr. J.-C. Texte original (trad. Whiston) : « These nine gates had that silver and gold poured upon them by Alexander, the father of Tiberius. » Texte intégral : https://penelope.uchicago.edu/josephus/war-5.html

    12 78
  9. Kenneth Schenck / Torrey Seland (contributeurs) / rédaction collective, article « Philo of Alexandria », Stanford Encyclopedia of Philosophy, révision régulière, section sur le Logos et la méthode allégorique. Texte : le Logos est décrit comme l'instrument par lequel Dieu créa le monde (« the instrument by which He created the world »), « son fils premier-né ou son adjoint » (« His first-born son or His deputy ») ; la méthode allégorique est employée par Philon lorsque « l'interprétation littérale rencontre une difficulté […] en contradiction avec la perfection absolue de Dieu ». Texte intégral : https://plato.stanford.edu/entries/philo/index.html

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  10. Philon d'Alexandrie, Legatio ad Gaium, I, 1, trad. Yonge — ouverture du récit de l'ambassade. Texte original : « How long shall we, who are aged men, still be like children, being indeed as to our bodies gray-headed through the length of time that we have lived… » Texte intégral : https://earlychristianwritings.com/yonge/book40.html

    17
  11. Philon d'Alexandrie, In Flaccum, VI, 41, vers 40-41 apr. J.-C. — trad. Charles Duke Yonge, The Works of Philo Judaeus, Londres, Henry G. Bohn, 1854-1890. Texte original : « the mob […] all cried out, as if at a signal given, to erect images in the synagogues. » Texte intégral : https://earlychristianwritings.com/yonge/book36.html

    18
  12. Philon d'Alexandrie, In Flaccum, X, 74-77, trad. Yonge. Texte original : Flaccus fit arrêter « thirty-eight members of our council of elders », qui furent « stripped of their clothes and scourged with stripes ». Texte intégral : https://earlychristianwritings.com/yonge/book36.html

    21 38
  13. Philon d'Alexandrie, In Flaccum, IX, 59-72, trad. Yonge. Texte original (§ 68-71, sur les violences envers les personnes âgées et les enfants) : « sparing neither age nor youth, nor the innocent helplessness of infants. » Texte intégral : https://earlychristianwritings.com/yonge/book36.html

    22 23
  14. Philon d'Alexandrie, In Flaccum, XIII, 113-115, et XXI, 185-191, trad. Yonge — arrestation de Flaccus par le centurion Bassus, déportation et exécution sur l'île d'Andros, « mangled like a victim », en écho aux blessures infligées aux Juifs d'Alexandrie. Texte intégral : https://earlychristianwritings.com/yonge/book36.html

    24 39
  15. Philon d'Alexandrie, Legatio ad Gaium, XIII, 93-97, trad. Yonge — folie mégalomane croissante de Caligula, se prenant tour à tour pour Mercure, Apollon et Mars. Texte intégral : https://earlychristianwritings.com/yonge/book40.html

    27
  16. Philon d'Alexandrie, Legatio ad Gaium, XXIX, 186-188, trad. Yonge. Texte original : « a man arrived, with blood-shot eyes, and looking very much troubled, out of breath and palpitating » (§186) ; « Our temple is destroyed! Gaius has ordered a colossal statue of himself to be erected in the holy of holies, having his own name inscribed upon it with the title of Jupiter! » (§188). Texte intégral : https://earlychristianwritings.com/yonge/book40.html

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  17. Philon d'Alexandrie, Legatio ad Gaium, XXIX-XXX, 189-190, trad. Yonge. Texte original : « we were all struck dumb with astonishment and terror at what he had told us, and stood still deprived of all motion » ; « mute and in despair, ready to fall to the ground with fear and sorrow » ; « we all retired and shut ourselves up together and bewailed our individual and common miseries. » Texte intégral : https://earlychristianwritings.com/yonge/book40.html

    33 34
  18. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, livre XVIII, chapitre 8, §§ 1-9, vers 93-94 apr. J.-C. (trad. Whiston) : Caligula envoie Publius Petronius prendre le gouvernement de Syrie avec ordre d'ériger sa statue dans le Temple, par la guerre si nécessaire ; Petronius hiverne à Ptolémaïs, reçoit les supplications des Juifs, temporise et écrit à l'empereur ; la mort de Caligula rend le projet caduc (« he died not long after »). Récit parallèle dans Guerre des Juifs, livre II, chapitre 10. Textes intégraux : https://penelope.uchicago.edu/josephus/ant-18.html et https://penelope.uchicago.edu/josephus/war-2.html

    35
  19. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, livre XIX, chapitres 1-4 (trad. Whiston) : récit détaillé de l'assassinat de Caligula dans la conjuration de Cassius Chéréa, daté du 24 janvier 41 par la chronologie reçue, et de l'avènement de Claude. Texte intégral : https://penelope.uchicago.edu/josephus/ant-19.html

    36
  20. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, livre XIX, chapitre 5, §§ 1-3 (trad. Whiston). Texte original : « He also set Alexander Lysimachus the alabarch at liberty, who had been his old friend, and steward to his mother Antonia: but had been imprisoned by Caius » ; suit l'édit de Claude confirmant les droits et privilèges des Juifs d'Alexandrie. Cf. la Lettre de Claude aux Alexandrins (P.Lond. 1912, novembre 41), qui confirme ces privilèges. Texte intégral : https://penelope.uchicago.edu/josephus/ant-19.html

    42 79
  21. Annie Jaubert, article « Philon d'Alexandrie », section « L'exégèse allégorique », Encyclopædia Universalis, édition en ligne. Exemple cité : la robe du grand prêtre est une imitation symbolique de l'univers (De Vita Mosis, II, 117). Texte intégral : https://www.universalis.fr/encyclopedie/philon-d-alexandrie/3-l-exegese-allegorique/

    45 46
  22. Philon d'Alexandrie, De Vita Contemplativa, IX, 78, trad. Yonge. Texte original : « the whole of the law appears to these men to resemble a living animal, and its express commandments seem to be the body, and the invisible meaning concealed under and lying beneath the plain words resembles the soul. » Texte intégral : https://earlychristianwritings.com/yonge/book34.html

    47 66
  23. Philon d'Alexandrie, De Opificio Mundi, VIII, 31, trad. Yonge. Texte original : « the invisible divine reason, perceptible only by intellect, he [Moses] calls the image of God. » Texte intégral : https://earlychristianwritings.com/yonge/book1.html

    51
  24. Philon d'Alexandrie, De Confusione Linguarum, XIV, 62-63, trad. Yonge. Texte original : « Behold, a man whose name is the East! […] The Father of the universe has caused him to spring up as the eldest son, whom, in another passage, he calls the firstborn. » Texte intégral : https://earlychristianwritings.com/yonge/book15.html

    53
  25. Philon d'Alexandrie, Quaestiones et Solutiones in Genesim, livre II, § 62 — texte conservé uniquement dans une version arménienne ancienne, édité et traduit par Ralph Marcus, Philo, Supplement I: Questions and Answers on Genesis, Loeb Classical Library n° 380, Harvard University Press, Cambridge (Massachusetts), 1953. Ce passage qualifie le Logos de « second Dieu » (deuteros theos) par rapport au Dieu suprême — l'un des textes les plus discutés de toute l'œuvre de Philon par les commentateurs modernes.

    54
  26. Philon d'Alexandrie, De Vita Contemplativa, III, 22-23, trad. Yonge. Texte original : « the greatest number of such men in Egypt […] beyond the Mareotic lake, lying in a somewhat level plain. » Texte intégral : https://earlychristianwritings.com/yonge/book34.html

    55
  27. Philon d'Alexandrie, De Vita Contemplativa, II, 2, trad. Yonge. Texte original : « they are called therapeutae and therapeutrides […] either because they possess an art of medicine more excellent than that in general use in cities (for that only heals bodies, but the other heals souls). » Texte intégral : https://earlychristianwritings.com/yonge/book34.html

    56
  28. Philon d'Alexandrie, De Vita Contemplativa, I, 13, trad. Yonge. Texte original : « they leave their possessions to their sons or daughters […] giving them up their inheritance with willing cheerfulness. » Texte intégral : https://earlychristianwritings.com/yonge/book34.html

    57
  29. Philon d'Alexandrie, De Vita Contemplativa, IV, 34-37, trad. Yonge. Texte original : « no one of them may take any meat or drink before the setting of the sun […] they eat nothing of a costly character, but plain bread and a seasoning of salt. » Texte intégral : https://earlychristianwritings.com/yonge/book34.html

    58
  30. Philon d'Alexandrie, De Vita Contemplativa, X-XI, 73-89, trad. Yonge. Texte original : « wine is not introduced, but only the clearest water […] they all stand up together, and in the middle of the entertainment two choruses are formed […] being intoxicated all night till the morning with this beautiful intoxication. » Texte intégral : https://earlychristianwritings.com/yonge/book34.html

    59
  31. Philon d'Alexandrie, De Vita Contemplativa, VIII, 68, trad. Yonge. Texte original : « the women also share in this feast, the greater part of whom, though old, are virgins in respect of their purity […] out of an admiration for and love of wisdom. » Texte intégral : https://earlychristianwritings.com/yonge/book34.html

    60
  32. Flavius Josèphe, Guerre des Juifs, II, 119-161 (environ 4 000 Esséniens, vie communautaire, partage des biens) ; Philon d'Alexandrie, Quod Omnis Probus Liber Sit, 75-91 — ces deux sources antiques indépendantes décrivent les Esséniens de Palestine et constituent deux des témoignages sur lesquels repose l'hypothèse identifiant le site de Qumrân à une communauté essénienne (hypothèse discutée : voir Les manuscrits de Qumrân (mer Morte)).

    61 62
  33. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, livre II, chapitre 16, vers 324-325 apr. J.-C. — trad. anglaise Arthur Cushman McGiffert, in Nicene and Post-Nicene Fathers, 2e série, vol. 1, Christian Literature Publishing, Buffalo (New York), 1890. Texte original : « they say that this Mark was the first that was sent to Egypt, and that he proclaimed the Gospel which he had written, and first established churches in Alexandria. The multitude of believers […] that lived lives of the most philosophical and excessive asceticism, was so great, that Philo thought it worth while to describe their pursuits. » Texte intégral : https://www.newadvent.org/fathers/250102.htm

    63 67
  34. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, livre II, chapitre 17, trad. McGiffert. Texte original : « It is also said that Philo in the reign of Claudius became acquainted at Rome with Peter, who was then preaching there. […] since he describes as accurately as possible the life of our ascetics, it is clear that he not only knew, but that he also approved, while he venerated and extolled, the apostolic men of his time. » Texte intégral : https://www.newadvent.org/fathers/250102.htm

    64 70
  35. Sur le principe méthodologique selon lequel l'absence de mention d'un événement chez un auteur ancien sans lien direct avec cet événement ne constitue pas une preuve contre son historicité (argument du silence), voir la discussion des sources extra-chrétiennes attestant l'existence de Jésus dans Jésus a-t-il vraiment existé ? : Tacite, Annales, XV, 44 ; Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XVIII, 63-64 ; Pline le Jeune, Lettres, X, 96 ; Suétone, Vie de Claude, 25.

    69
  36. David T. Runia, Philo in Early Christian Literature: A Survey, Van Gorcum, Assen / Fortress Press, Minneapolis, 1993 — enquête de référence sur la réception de Philon chez les Pères : reprise du vocabulaire philonien du Logos par Clément d'Alexandrie et systématisation de la méthode allégorique (sens littéral, moral, spirituel) par Origène.

    71 72
  37. Hervé Savon, Saint Ambroise devant l'exégèse de Philon le Juif, 2 vol., Études augustiniennes, Paris, 1977 — démonstration détaillée des emprunts de l'Hexameron d'Ambroise à l'exégèse philonienne de la Genèse, jusqu'à des passages traduits ou paraphrasés presque mot à mot.

    75
  38. Saint Augustin, Confessions, livres V et VI — récit de son écoute de la prédication d'Ambroise à Milan et de la découverte du sens spirituel sous la lettre de l'Écriture, qui le détourne d'une lecture manichéenne et trop littérale de la Genèse.

    76
  39. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, livre XX, chapitre 5, § 2. Texte original (trad. Whiston) : « The sons of Judas of Galilee were now slain: I mean of that Judas who caused the people to revolt, when Cyrenius came to take an account of the estates of the Jews […]. The names of those sons were James and Simon: whom Alexander commanded to be crucified. » Texte intégral : https://penelope.uchicago.edu/josephus/ant-20.html

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  40. Flavius Josèphe, Guerre des Juifs, livre II, chapitre 11, vers 75 apr. J.-C. Texte original (trad. Whiston) : « Claudius made the country a Roman province, and sent Cuspius Fadus to be its procurator, and after him Tiberius Alexander, who making no alterations of the ancient laws, kept the nation in tranquillity. » Texte intégral : https://penelope.uchicago.edu/josephus/war-2.html

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