Zarathoustra (dates discutées)

Zarathoustra, prophète fondateur du mazdéisme perse, est une figure dont on ignore, à un millénaire près, la date exacte de naissance. Sa doctrine, ses dates disputées entre spécialistes et le regard catholique porté sur son message.

Ignispedia

Zarathoustra — que le grec a transmis à l'Occident sous le nom de Zoroastre — est le prophète auquel la tradition iranienne attribue la fondation du mazdéisme, la religion d'Ahura Mazda, professée dès le début du Ier millénaire selon l'école la plus suivie, et devenue sous les Achéménides (550-330 av. J.-C.) la foi du plus grand empire de l'Orient ancien. Sa figure pose à l'historien un défi presque sans équivalent parmi les fondateurs religieux de l'Antiquité : on ignore, à un millénaire près, le siècle où il a vécu. Les spécialistes les plus sérieux placent son existence entre 1750 et 550 av. J.-C. selon les méthodes retenues — un intervalle de temps supérieur à celui qui sépare aujourd'hui la fondation de Rome de la chute de l'Empire romain d'Occident[2].

Ce vertige chronologique n'est pas un embarras mineur : il s'agit, selon les mots mêmes des spécialistes de l'iranologie, d'un « embarras de longue date » pour les études zoroastriennes[3]. Contrairement à Bouddha, à Confucius ou même à Mahomet — dont les dates, sinon les faits précis, sont solidement fixées —, Zarathoustra n'a laissé aucun repère chronologique vérifiable. Aucun événement mentionné dans l'ensemble de l'Avesta, le corpus scripturaire mazdéen, ne peut être rattaché à une chronologie historiquement contrôlable[4].

Ce que l'on sait avec plus d'assurance, en revanche, c'est sa doctrine : un monothéisme radical centré sur Ahura Mazda, le « Seigneur de Sagesse », doublé d'un dualisme moral opposant un Esprit bienfaisant à un Esprit destructeur, et couronné d'une morale simple restée célèbre : bonnes pensées, bonnes paroles, bonnes actions. Cette doctrine a structuré la vie religieuse de l'Iran ancien pendant plus d'un millénaire, inspiré des pans entiers de l'apocalyptique et de l'angélologie du monde antique, et laissé une trace, controversée mais réelle, jusque dans les évangiles de l'enfance à travers la légende chrétienne des Mages.

Cet article présente d'abord le problème des sources et le débat multiséculaire sur les dates de Zarathoustra — d'où son titre —, puis sa vie telle que la tradition mazdéenne la raconte, sa doctrine exposée avec précision, la formation historique du mazdéisme après lui, sa réception par les Grecs et par les chrétiens, et enfin le regard catholique : ce qu'un savant catholique comme Mgr Casartelli pouvait reconnaître de vrai dans son message, et ce qui, de façon décisive, en sépare la foi révélée.

Un fondateur insaisissable : le problème des sources

Les Gathas, seule voix directement attribuable à Zarathoustra

Folio d'un manuscrit du Yasna avec traduction sanskrite de Neryosangh, Columbia University Rare Book and Manuscript Library X892.5 Av3 N22 — Wikimedia Commons, CC0.

Le corpus scripturaire du mazdéisme, l'Avesta, comptait à l'origine, selon la tradition sassanide, vingt et un livres (nasks), dont seule une fraction nous est parvenue : l'essentiel fut perdu ou détruit après l'invasion d'Alexandre le Grand, puis lors des troubles qui suivirent, avant qu'une restauration et une codification majeures ne soient entreprises sous la dynastie sassanide (224-651)[5]. Le texte que nous possédons aujourd'hui se divise en cinq grandes sections : le Yasna (qui inclut les Gathas), le Visperad, les Yashts, des textes mineurs et le Vendidad[6].

Au sein de ce corpus, une seule couche textuelle est directement attribuée à Zarathoustra lui-même : les Gathas, dix-sept hymnes répartis en cinq divisions, insérés au cœur du Yasna (chapitres 28 à 53)[7]. Composés dans un dialecte archaïque distinct du reste de l'Avesta, le vieil-avestique (ou gathique), ces hymnes sont considérés par la tradition comme des « psaumes saints, chants qui ont conservé les dictons métriques de Zoroastre lui-même », utilisés dans sa prédication[8]. Aucune autre source, ni dans l'Avesta postérieur, ni dans la tradition pehlevie (moyen-perse) beaucoup plus tardive, ne peut revendiquer une proximité comparable avec la voix du prophète.

C'est précisément cette rareté qui rend la datation si difficile. Le philologue allemand Hermann Lommel (1885-1968), l'un des plus grands spécialistes de l'avestique du XXᵉ siècle, résumait déjà en 1930 l'état de la question par une formule restée célèbre :

« Quand et où Zarathoustra a vécu, on ne le sait pas. » — Hermann Lommel (1930), cité dans Encyclopaedia Iranica, art. « Zoroaster ii. General Survey »[9]

Près d'un siècle de recherche philologique et archéologique supplémentaire n'a pas fondamentalement renversé ce constat : il n'existe toujours, selon les mots des spécialistes contemporains, ni consensus définitif sur la date, ni sur le lieu, et certains chercheurs interrogent même l'historicité de Zarathoustra ou son statut de véritable auteur des Gathas[10].

Le débat sur l'auteur : Kellens, Pirart et la question de la troisième personne

Une complication supplémentaire, plus récente, mérite d'être signalée honnêtement. Les avestisants français Jean Kellens et Éric Pirart ont soutenu, à partir des années 1980, que le nom du prophète apparaît à dix reprises dans les Gathas à la troisième personne — un fait qui, selon eux, rend « parfaitement improbable » l'hypothèse d'un unique auteur se désignant lui-même à la troisième personne, notamment dans le passage de Yasna 46, 14, où Zarathoustra semble s'interroger sur sa propre mission comme s'il parlait d'un autre[11]. Pour Kellens, les Gathas seraient ainsi moins l'œuvre d'un individu que « l'émanation d'une mentalité » collective, celle d'une guilde sacerdotale organisée autour du culte du feu[12].

Cette thèse reste minoritaire : la tradition savante dominante, appuyée sur les parallèles védiques — où les poètes s'adressent eux-mêmes à la troisième personne selon une convention poétique bien attestée — continue de défendre une paternité individuelle des Gathas, tenant leur ton d'inspiration personnelle et passionnée pour incompatible avec une simple production collective anonyme[13]. L'immense majorité des spécialistes actuels, y compris ceux qui restent prudents sur la datation, continuent donc de traiter Zarathoustra comme un individu historique réel, auteur au moins du noyau des Gathas.

Le silence d'Hérodote et des historiens grecs classiques

Un fait mérite d'être souligné pour la rigueur de l'enquête : Hérodote, qui acheva ses Histoires vers 440 av. J.-C. et consacre pourtant un développement précis à la religion perse — l'absence de statues et de temples, les sacrifices sur les hauteurs, le culte du soleil, de la lune, de la terre, du feu, de l'eau et des vents[14] —, ne mentionne jamais Zarathoustra par son nom. Ce sont des auteurs postérieurs — Xanthos de Lydie, puis Ctésias, Aristote, Eudoxe de Cnide, Hermippe, Plutarque, Diogène Laërce et enfin Agathias, bien plus tard, au VIᵉ siècle apr. J.-C. — qui, chacun à sa façon, rapportent le nom et tentent de dater le prophète perse[15]. Ce silence hérodotéen ne prouve pas l'inexistence de Zarathoustra à l'époque d'Hérodote, mais il illustre, une fois de plus, combien la figure du prophète reste enveloppée d'incertitude documentaire dès les sources les plus anciennes qui abordent la religion perse de l'extérieur.

Les dates de Zarathoustra : un débat vieux de deux mille ans

La datation mazdéenne tardive : « 258 ans avant Alexandre »

Infographie — les trois familles de chronologies proposées pour Zarathoustra ; illustration originale IA.

La tradition zoroastrienne elle-même a fini par se donner une date précise, mais tardivement et par un raisonnement rétrospectif. Le Bundahishn, grand traité cosmogonique en moyen-perse compilé aux VIIIᵉ-IXᵉ siècles apr. J.-C. — donc plus de mille ans après les événements qu'il prétend dater —, situe l'« Âge de Zoroastre » 258 ans avant Alexandre[16]. Cette date résulte d'une opération purement calculatoire : après la conquête séleucide, qui imposa une nouvelle ère calendaire, l'« Ère d'Alexandre », le clergé mazdéen chercha à établir en retour une « Ère de Zoroastre » en remontant, génération par génération, jusqu'à une date estimée de la vie du prophète[17]. Le chiffre obtenu correspond, selon l'interprétation retenue pour le point de référence, à une date comprise entre 660 et 583 av. J.-C.[18], le nombre « 258 » ne désignant d'ailleurs pas nécessairement sa naissance, mais l'un des trois grands événements de sa vie : sa vision reçue à trente ans, le début de sa prédication à quarante ans, ou la conversion du roi Vishtaspa deux ans plus tard[19].

L'iranologue A. Shapur Shahbazi, dans son étude de référence sur la question, a montré comment ce chiffre, loin d'être un souvenir historique fiable, résulte d'un artefact de comptage propre à la période séleucide[20]. Le débat savant sur la fiabilité de cette date « traditionnelle » remonte pourtant au moins au XIXᵉ siècle : des érudits comme Windischmann, Tiele et Geiger avaient déjà, à cette époque, jugé la date insuffisamment fondée et proposé de reculer Zarathoustra vers 1000 av. J.-C. environ, tandis que d'autres savants du XXᵉ siècle, notamment Walter Bruno Henning (1908-1967), ont au contraire défendu la plausibilité de la datation tardive[21]. L'iranologue italien Gherardo Gnoli (1937-2012), après des échanges avec Ilya Gershevitch, s'est lui-même rallié à la vraisemblance de cette date traditionnelle, en s'appuyant notamment sur le témoignage tardif de l'historien byzantin Agathias (VIᵉ siècle apr. J.-C.), qui reconnaissait pourtant lui-même l'incertitude du problème :

« Il n'est pas possible de fixer avec précision les dates de son floruit [...] Les Perses disent simplement qu'il vivait au temps d'Hystaspe, sans préciser s'ils entendent par là le père de Darius ou quelque autre monarque du même nom. » — Agathias, Histoires, VIᵉ siècle apr. J.-C., cité et commenté par Gherardo Gnoli, « Agathias and the Date of Zoroaster », dans Eran ud Aneran: Studies Presented to Boris Ilich Marshak, Venise, 2003[22]

Les fantaisies grecques : de cinq mille à six mille ans avant Platon

À l'opposé de cette datation « basse », les sources grecques les plus anciennes attribuent à Zarathoustra une antiquité proprement vertigineuse. Xanthos de Lydie, historien du Vᵉ siècle av. J.-C., fut le premier auteur grec connu à mentionner Zarathoustra par son nom[23]. Selon Diogène Laërce (IIIᵉ siècle apr. J.-C.), qui rapporte ces traditions dans le prologue de ses Vies des philosophes, le platonicien Hermodore situait le début de l'ère des mages, à commencer par Zoroastre le Perse, cinq mille ans avant la guerre de Troie, tandis que le même Xanthos de Lydie comptait six mille ans entre Zoroastre et l'expédition de Xerxès[24]. Le naturaliste latin Pline l'Ancien (23-79 apr. J.-C.), citant Eudoxe de Cnide et Aristote, rapporte de même que Zoroastre aurait vécu six mille ans avant la mort de Platon[25], tandis que Plutarque (46-125 apr. J.-C. env.), dans son traité Sur Isis et Osiris, reprend une chronologie comparable :

« Zoroastre le Mage, qui vivait, selon la tradition, cinq mille ans avant le siège de Troie. » — Plutarque, De Iside et Osiride, Iᵉʳ-IIᵉ siècle apr. J.-C.[26]

Ces chiffres ahurissants — jusqu'à six mille ans, alors que l'humanité elle-même n'existait pas selon la chronologie biblique traditionnelle à une date aussi reculée — ne doivent pas être lus comme des données historiques, mais comme des symptômes d'un phénomène bien identifié par les spécialistes : dans le monde hellénistique, Zoroastre devint une figure de légende associée à la sagesse orientale primordiale et, de plus en plus, à la magie. Pline le range ainsi explicitement parmi les « inventeurs de la magie »[27], et l'on attribua bientôt à son nom des traités entiers d'astrologie : l'historien Hermippe (IIIᵉ-IIᵉ siècle av. J.-C.) prétendait avoir édité des commentaires sur des œuvres « zoroastriennes » totalisant deux millions de vers, répartis sur environ huit cents rouleaux de papyrus[28] — une production évidemment fictive, puisqu'aucun original de cette ampleur n'a jamais existé ni ne pouvait matériellement exister à l'époque prétendue. La plupart de cette littérature pseudépigraphe magique fut d'ailleurs, en réalité, attribuée non pas à Zoroastre mais à un personnage distinct, Ostanès, mage légendaire lui aussi rattaché à la cour perse[29].

La datation linguistique moderne : vers 1500-1000 av. J.-C.

Schéma explicatif — parenté linguistique entre les Gathas et le Rig-Véda ; illustration originale IA.

Depuis le XIXᵉ siècle, la méthode dominante pour dater Zarathoustra ne repose plus sur les traditions mazdéennes tardives ni sur les fantaisies grecques, mais sur l'analyse linguistique interne des Gathas elles-mêmes. Le vieil-avestique gathique présente en effet des parallèles frappants avec le sanskrit védique du Rig-Véda (composé vers 1500-1100 av. J.-C.) : vocabulaire, grammaire et mètres poétiques communs trahissent une origine indo-iranienne archaïque partagée[30]. Le mot gathique ahura, « seigneur divin », est ainsi rigoureusement identique au mot védique asura[31] — preuve d'une parenté linguistique très ancienne entre les deux traditions religieuses, iranienne et indienne, issues d'un même fonds culturel de l'âge du bronze.

C'est sur cette base que l'historienne britannique Mary Boyce (1920-2006), la plus grande spécialiste occidentale du zoroastrisme au XXᵉ siècle, a proposé de situer Zarathoustra entre 1700 et 1000 av. J.-C., voire plus précisément entre 1500 et 1000 av. J.-C., estimant que les deux corpus, gathique et védique, décrivaient des sociétés comparables de l'âge du bronze[32]. Son ouvrage de synthèse, publié en 1979, trace ainsi l'histoire continue du mazdéisme depuis la prédication de Zoroastre jusqu'à nos jours, sur une durée totale d'environ 3 500 ans[33] — ce qui replace mécaniquement l'origine de la prédication autour de 1200 av. J.-C.

Cette datation « haute » n'a cependant pas fait disparaître le débat. Le linguiste français Jean Kellens, tout en s'inscrivant dans le camp linguistique plutôt que traditionnel, observait en 2011 qu'« au cours des dix dernières années, un consensus général s'est progressivement dégagé en faveur d'une datation des Gathas autour de 1000 av. J.-C. »[34] — une date légèrement plus basse que celle de Boyce, mais tout aussi éloignée des « 258 ans avant Alexandre » de la tradition tardive. Plus récemment encore, la linguiste Almut Hintze, dans le cadre de travaux financés par le Conseil européen de la recherche, situe la vie de Zarathoustra il y a environ 3 500 ans, soit dans le courant du IIᵉ millénaire av. J.-C.[35].

Le tableau suivant résume les principales positions défendues dans l'histoire de la recherche :

Datation proposéeSource ou écoleFondementStatut actuel
Env. 5000-6000 ans avant Platon/Troie/XerxèsXanthos de Lydie, Hermodore, Eudoxe, Aristote (rapportés par Diogène Laërce et Pline)Légende hellénistique associant Zoroastre à la sagesse primordiale et à la magieRejetée unanimement comme non historique
258 ans avant Alexandre (~660-583 av. J.-C.)Bundahishn (VIIIᵉ-IXᵉ s. apr. J.-C.), défendue par Henning et GnoliComptage rétrospectif de générations sacerdotales sous les SéleucidesMinoritaire aujourd'hui, mais toujours défendue par certains spécialistes
Env. 1700-1000 av. J.-C.Mary Boyce (1975-1979)Parallèles linguistiques Gathas/Rig-VédaInfluente, reste citée comme référence
Env. 1000 av. J.-C. (± un siècle)Consensus contemporain (Kellens 2011, Skjærvø, Hintze)Analyse linguistique affinée du vieil-avestiquePosition la plus largement partagée aujourd'hui, sans certitude définitive

Où est né Zarathoustra ? Le problème géographique

Le doute qui frappe la date de Zarathoustra s'étend, presque à l'identique, à son lieu de naissance. Les sources grecques elles-mêmes divergent : l'historien Ctésias le situe en Bactriane (nord de l'actuel Afghanistan), tandis que Diodore de Sicile le place chez les Ariaspes, peuple établi dans la région du Sistan (sud-est de l'Iran actuel)[36]. Les spécialistes contemporains, à défaut de trancher définitivement, tendent à privilégier une origine dans l'Iran oriental, plutôt que dans les régions occidentales (Médie, Perse proprement dite) où le mazdéisme s'est ensuite institutionnalisé sous les Achéménides[37] — sans qu'un accord définitif existe sur le point de savoir s'il faut privilégier le nord-est (Bactriane, Chorasmie) plutôt que le sud-est (Sistan) de cette vaste zone.

Que retenir ? Un consensus fragile, pas une certitude

Le lecteur qui attend une date unique et assurée pour Zarathoustra doit se résoudre à une conclusion plus modeste, mais honnête : il n'existe pas, à ce jour, de datation qui fasse l'unanimité des spécialistes. La fourchette la plus large possible s'étend de 1750 av. J.-C. (datation linguistique haute) à 583 av. J.-C. (datation traditionnelle basse), soit plus de mille ans d'écart[38]. Le consensus le plus répandu aujourd'hui, sans être définitif, situe sa vie autour de 1000 av. J.-C., à un siècle ou deux près[39]. C'est cette incertitude persistante, reconnue par les meilleurs spécialistes eux-mêmes, qui justifie de traiter la question des dates de Zarathoustra comme un problème à part entière plutôt que comme un simple détail biographique — d'où le titre même de cet article.

La vie de Zarathoustra selon la tradition mazdéenne

Une famille de prêtres-poètes : les Spitāma

Carte synthétique — principales régions candidates pour situer Zarathoustra ; illustration originale IA.

Faute de source contemporaine indépendante, la biographie de Zarathoustra ne peut être reconstituée que par recoupement entre les indications dispersées dans les Gathas elles-mêmes et la tradition beaucoup plus tardive de l'Avesta récent et des textes pehlevis. Il appartenait, selon cette tradition, au clan des Spitāma : son père se nommait Pourushaspa et sa mère Dughdova[40] — des noms qui, selon les spécialistes, n'apparaissent que dans la tradition postérieure (Avesta récent et livres pehlevis), non dans les Gathas elles-mêmes. La généalogie pehlevie fait de lui le fils de Pourushaspa, le petit-fils de Purtaraspa et le descendant, à la quatrième génération, d'un ancêtre nommé Haechadaspa[41].

Les Gathas laissent transparaître un homme en butte à une vive hostilité de la part des puissants de son temps : il s'y plaint d'avoir été rejeté par les karpans et les kawis — prêtres rivaux et chefs politiques locaux — et évoque son bannissement de sa propre famille et de son propre clan[42]. Ce conflit avec l'establishment religieux et politique de son temps constitue l'un des rares éléments biographiques que l'on peut tirer directement du texte le plus ancien, sans dépendre des amplifications légendaires ultérieures.

La vision reçue à trente ans

Selon la tradition unanime, Zarathoustra reçut, vers l'âge de trente ans, une révélation d'Ahura Mazda transmise par l'intermédiaire de Vohu Manah (le « Bon Esprit » ou « Bonne Pensée »), l'un des grands attributs divins personnifiés du mazdéisme[43]. C'est cette expérience fondatrice qui, selon le récit traditionnel, le lance dans une prédication publique — prédication qui, dans un premier temps, ne rencontre que rejet et hostilité de la part des autorités religieuses établies.

Le rejet, l'exil, puis la conversion du roi Vishtaspa

Zoroastre devant le roi Vishtaspa, page 567 du Shahnama de Bombay (1849) — Wikimedia Commons, domaine public.

Après des années de prédication difficile, Zarathoustra aurait obtenu, vers l'âge de quarante-deux ans, le soutien décisif d'un roi nommé Kawi Vishtaspa, dont le royaume est traditionnellement associé à la Bactriane, et de son épouse, la reine Hutaosa[44]. Cette conversion royale constitue, dans la tradition mazdéenne, l'événement pivot qui permit au message de Zarathoustra de s'installer durablement et de se transmettre à une cour, donc à une postérité institutionnelle — exactement comme, dans d'autres traditions religieuses de l'Antiquité et du Moyen Âge, la conversion d'un souverain assure la pérennité d'une prédication qui, restée privée, se serait éteinte avec son fondateur.

Il faut noter, avec la prudence qu'exige une encyclopédie sérieuse, que ce Kawi Vishtaspa n'a jamais été identifié avec certitude à un personnage de l'histoire perse par ailleurs attesté : il ne doit pas être confondu avec Hystaspe, le père du grand roi achéménide Darius Iᵉʳ (r. 522-486 av. J.-C.), bien que l'historien byzantin Agathias ait lui-même signalé cette ambiguïté possible dans les traditions perses qu'il rapportait[45].

Mariages, enfants et la mort à soixante-dix-sept ans

Selon la tradition, Zarathoustra se maria trois fois. De ses deux premières épouses naquirent six enfants : trois fils — Isat Vâstra, Urvatat Nara et Hvare Chithra — et trois filles, dont Pouruchista, qui joue un rôle notable dans les Gathas elle-même[46]. Sa troisième épouse, Hvōvi, resta sans enfant[47]. La tradition rapporte enfin qu'il mourut à l'âge de soixante-dix-sept ans et quarante jours, tué à Balkh par un prêtre hostile, lors d'une attaque menée par un peuple ennemi, les Touraniens[48].

La doctrine de Zarathoustra : un monothéisme modifié par le dualisme

Ahura Mazda, le « Seigneur de Sagesse »

Schéma doctrinal — Ahura Mazda, les deux esprits et la triade éthique ; illustration originale IA.

Toute la théologie de Zarathoustra s'ordonne autour d'un être suprême unique, Ahura Mazda — littéralement le « Seigneur de Sagesse » ou « Seigneur Sage ». L'article que le savant catholique Mgr Louis Charles Casartelli (1852-1925), évêque de Salford et spécialiste reconnu de l'avestique et du pehlevi, consacrait au sujet dans l'Encyclopédie catholique de 1913, le décrit comme « un pur esprit », doté d'éternité, de sagesse, de vérité, de bonté, de majesté et de puissance, créateur de toutes les créatures bonnes, « suprême Législateur, Rémunérateur du bien moral et Punisseur du mal moral »[49]. Cette définition, formulée par un évêque catholique lui-même formé aux études iraniennes — sa thèse doctorale, La philosophie religieuse du mazdéisme sous les Sassanides, soutenue à Louvain, en fait foi[50] —, atteste que le monothéisme mazdéen a très tôt été reconnu, y compris par des savants catholiques, comme une construction théologique d'une rigueur remarquable pour son époque et son contexte culturel.

Les deux Esprits jumeaux : Spenta Mainyu et Angra Mainyu

Le trait le plus caractéristique de la théologie zoroastrienne, celui qui la distingue le plus nettement des monothéismes bibliques, est le dualisme des deux Esprits, exposé dans l'un des passages les plus commentés des Gathas, Yasna 30, 3. Le sanskritiste et avestisant américain Stanley Insler, dans son édition de référence des Gathas, en propose la traduction suivante :

« Oui, il y a deux esprits fondamentaux, jumeaux, réputés être en conflit. Dans la pensée et dans la parole, dans l'action, ils sont deux : le bon et le mauvais. » — Yasna 30, 3, trad. française d'après Stanley Insler, The Gathas of Zarathustra, Acta Iranica 8, Leiden, Brill, 1975[51]

Ces deux esprits jumeaux sont Spenta Mainyu (l'« Esprit bienfaisant » ou « Esprit saint »), par lequel Ahura Mazda conçoit et gouverne la création, et Angra Mainyu (l'« Esprit destructeur »), source du mal, du mensonge et de la mort[52]. Selon l'exposé qu'en donne Mgr Casartelli, Angra Mainyu est conçu comme « existant de façon tout à fait indépendante » d'Ahura Mazda et « destiné à la destruction à la fin des temps »[53], ce qui engage, dès l'origine du monde, un état de « guerre continuelle » entre les deux principes[54]. Une conséquence pratique et déroutante de ce dualisme, relevée par Casartelli lui-même, est que « tous les animaux et plantes dangereux, nuisibles ou vénéneux sont mauvais par leur création et leur nature mêmes » — position qui contraste nettement avec le principe bouddhiste de non-violence (ahimsa) envers toute vie animale sans distinction[55].

Les Amesha Spenta, attributs divins personnifiés

Schéma doctrinal — les six Amesha Spenta et leurs domaines ; illustration originale IA.

Autour d'Ahura Mazda gravitent six — ou sept, si l'on y inclut Spenta Mainyu lui-même — grandes entités appelées Amesha Spenta (« Bienfaisants Immortels »), que Mgr Casartelli qualifie de « simplement des attributs personnifiés du Créateur lui-même »[56], mais qui deviennent, dans la tradition ultérieure, « des personnages ou génies de plus en plus concrets »[57] :

Amesha SpentaDomaineSignification
Vohu ManahBonne PenséeSagesse divine, illumination ; guida l'âme de Zarathoustra devant le trône céleste
Asha VahishtaMeilleure Vérité/SaintetéOrdre juste du cosmos, droiture
Khshathra VairyaRoyaume désirableSouveraineté divine réalisée dans l'action juste
Spenta ArmaitiSainte PiétéEsprit féminin de dévotion et de fidélité
HaurvatatIntégrité/SantéPlénitude, santé physique et spirituelle
AmeretatImmortalitéVie sans fin, incorruptibilité

D'autres esprits interviennent dans ce système, notamment Mithra, à l'origine divinité solaire devenue « Esprit de Lumière et de Vérité », Sraosha (« Obéissance ») et Rashnu (« Justice »)[58]. À l'opposé se dressent les forces démoniaques, les daevas et le druj (le Mensonge personnifié), conduits par Aka Manah (le Mauvais Esprit) et comprenant notamment Aeshma, démon de la colère[59] — un nom qui, par un jeu de transmission linguistique remarquable à travers l'araméen, a fini par donner naissance au démon Asmodée du livre biblique de Tobie.

Fait notable pour le lecteur catholique : la littérature pehlevie postérieure va jusqu'à identifier Vohu Manah au « Fils du Créateur », le rapprochant explicitement du Logos alexandrin[60] — rapprochement suggestif, que la tradition mazdéenne elle-même a développé bien après les contacts entre le monde iranien et le monde hellénistique et chrétien, et qu'il convient donc de traiter comme une convergence tardive plutôt que comme une source du christianisme.

La triade éthique : bonnes pensées, bonnes paroles, bonnes actions

La morale zoroastrienne se résume traditionnellement en une formule à trois membres, restée le résumé le plus populaire du mazdéisme jusqu'à aujourd'hui : Humata, Hukhta, Hvarshta — « bonnes pensées, bonnes paroles, bonnes actions ». Mgr Casartelli souligne que cette éthique repose sur le libre arbitre : l'homme, capable de choisir entre Ahura Mazda et Angra Mainyu, se distingue par là du fatalisme de certaines traditions indiennes, dans un système d'« optimisme essentiel : s'il y a péché humain, il y a aussi repentir et expiation »[61]. L'enseignement moral condamne spécialement « l'hérésie, le mensonge, le parjure, les péchés sexuels, la violence, la tyrannie », et confère à l'agriculture elle-même une valeur religieuse, la réforme zoroastrienne étant, selon l'expression de Casartelli, « sociale autant que religieuse »[62]. L'article reconnaît toutefois un trait qu'il qualifie lui-même de « répugnant » : la glorification, dans certains textes tardifs, du mariage entre proches parents (khvaetvadatha), pratique que les Parsis modernes ont depuis rejetée[63].

Le pont Chinvat et le jugement de l'âme

Schéma eschatologique — pont Chinvat, jugement de l'âme et deux issues ; illustration originale IA.

Après la mort, selon la doctrine mazdéenne, l'âme demeure trois jours auprès du corps avant de se présenter au pont Chinvat (« pont du discernement »), où elle est jugée par Mithra, Sraosha et Rashnu[64]. L'apparence du pont varie selon la vie menée par le défunt : pour l'âme juste, il s'élargit et devient aisément franchissable, tandis qu'un esprit nommé Daena, personnification de sa propre conscience religieuse, vient à sa rencontre sous une forme belle et lumineuse ; pour l'âme mauvaise, le pont se rétrécit jusqu'au tranchant d'une lame, et le démon Vizaresh entraîne le pécheur dans la maison du Mensonge[65]. Les justes entrent alors au « ciel (Auhu vahishta, la Garo nmana ou "Maison du Chant") », tandis que les méchants tombent en enfer[66] ; un état intermédiaire, le Hamestakan, accueille les âmes dont les bonnes et les mauvaises actions s'équilibrent exactement, ni souffrantes ni heureuses[67].

La fin des temps : Frashokereti et le Saoshyant

Le jugement individuel au pont Chinvat n'épuise pas l'eschatologie mazdéenne, qui réserve sa vision la plus ample pour la fin du temps cosmique : la Frashokereti, ou « Rénovation finale », moment où le mal sera définitivement détruit et où toute la création retrouvera l'unité parfaite avec Ahura Mazda[68]. Cet événement doit être inauguré par le Saoshyant (« Celui qui apporte le bienfait »), figure salvatrice attendue, descendant de Zarathoustra lui-même et, selon la tradition, miraculeusement engendré d'une vierge à partir de la semence du prophète conservée dans un lac[69]. Le Saoshyant doit conduire la résurrection des morts, le jugement dernier et la bataille finale entre les forces du bien et du mal, avant que le monde ancien ne s'efface pour laisser place à une félicité éternelle et réunifiée[70]. L'article de Mgr Casartelli signale expressément que cette description — Résurrection, Jugement général, apokatastasis ou renouvellement du monde entier par un grand embrasement — offre des parallèles frappants avec l'imagerie apocalyptique chrétienne[71].

De Zarathoustra à l'empire perse : la formation historique du mazdéisme

Darius et les rois achéménides, premiers « adorateurs de Mazda » attestés

Relief du Faravahar à Persépolis, porte orientale du Tripylon — Marco Prins / Livius.org, Wikimedia Commons, CC0.

Si la vie de Zarathoustra échappe à toute chronologie sûre, l'histoire du mazdéisme comme religion d'État de la Perse ancienne est, elle, solidement documentée à partir des grandes inscriptions royales achéménides. Le roi Darius Iᵉʳ (r. 522-486 av. J.-C.) se présente dans ses inscriptions comme un fervent « adorateur de Mazda », invoquant explicitement Ahura Mazda comme source de sa légitimité royale[72] — ce qui fait de lui le premier souverain perse dont la dévotion mazdéenne est directement attestée par des sources contemporaines et non par une tradition rétrospective. Cette religion devient dès lors, pour l'essentiel de la période achéménide (550-330 av. J.-C.), la foi officielle de l'immense empire perse, de l'Égée à l'Indus.

  1. 550-330 av. J.-C.
    Empire achéménide

    Le mazdéisme devient, à travers les grandes inscriptions royales de Darius Iᵉʳ et de ses successeurs, la religion officielle de l'empire perse, de l'Égée à l'Indus.

  2. 330 av. J.-C.
    Conquête d'Alexandre le Grand

    Selon la tradition mazdéenne, l'invasion macédonienne entraîne la destruction ou la dispersion d'une grande partie du corpus scripturaire avestique originel.

  3. 224-651 apr. J.-C.
    Empire sassanide

    Restauration et codification officielle de l'Avesta ; le mazdéisme redevient religion d'État sous les rois sassanides, qui persécutent en retour le christianisme et le manichéisme naissants.

  4. 651 apr. J.-C.
    Conquête arabe de la Perse

    La chute de l'empire sassanide face aux armées musulmanes met fin au statut officiel du mazdéisme ; commence un long déclin démographique sur le sol iranien.

  5. VIIIe-Xe siècle apr. J.-C.
    Migration des Parsis vers l'Inde

    Une partie des zoroastriens persans fuit les persécutions et s'installe dans la région du Gujarat, en Inde, où leurs descendants forment aujourd'hui la communauté parsie de Bombay.

  6. Aujourd'hui
    Une minorité religieuse mondiale

    Le mazdéisme compte environ 100 000 à 200 000 fidèles dans le monde, essentiellement en Inde (parsis) et en Iran, ainsi que dans une diaspora nord-américaine et européenne[73].

Le zurvanisme, l'hérésie qui voulait unifier le dualisme

À partir de la période parthe et surtout sous les Sassanides, un courant hétérodoxe s'est développé au sein même du mazdéisme : le zurvanisme, qui fait de Zurvan — le Temps infini — un principe premier antérieur à Ahura Mazda et à Angra Mainyu, engendrant les deux esprits comme des jumeaux égaux et opposés[74]. Cette doctrine, en subordonnant Ahura Mazda lui-même à un principe supérieur et en affaiblissant le libre arbitre humain au profit d'une forme de fatalisme temporel, fut condamnée comme hérésie par l'orthodoxie mazdéenne postérieure : le Denkard, compilation pehlevie du IXᵉ siècle, la qualifie explicitement de doctrine « d'inspiration démoniaque »[75]. Le zurvanisme n'en connut pas moins une large diffusion sous les Sassanides, avant de décliner avec la chute de l'empire[76].

La catastrophe d'Alexandre et la reconstitution sassanide de l'Avesta

La tradition mazdéenne elle-même attribue à la conquête d'Alexandre le Grand (330 av. J.-C.) la perte de la plus grande partie du corpus scripturaire originel — épisode qui explique, à ses propres yeux, pourquoi l'Avesta qui nous est parvenu n'est qu'un vestige fragmentaire des vingt et un livres originels[77]. Ce n'est que sous la dynastie sassanide (224-651), notamment sous le règne de Shapur II (309-379), qu'un effort de restauration et de codification systématique du texte fut entrepris[78] — un travail de reconstitution qui, précisément parce qu'il intervient plusieurs siècles après la vie de Zarathoustra lui-même, explique en partie pourquoi les couches les plus tardives de l'Avesta et de la littérature pehlevie qui l'accompagne ne peuvent pas être traitées comme des témoins directs de sa prédication originelle.

Les Parsis, héritiers du mazdéisme après la conquête arabe

La conquête arabo-musulmane de la Perse, achevée en 651, mit fin au statut de religion d'État du mazdéisme et entraîna un déclin démographique progressif sur le sol iranien même[79]. Une partie des zoroastriens persans choisit alors l'exil plutôt que la conversion forcée, et s'établit dans la région du Gujarat, en Inde : leurs descendants, les Parsis, y forment aujourd'hui encore, principalement à Bombay, une communauté prospère de plusieurs dizaines de milliers de fidèles[80]. Environ 10 000 zoroastriens subsistent par ailleurs en Iran même, dispersés dans le pays[81].

Zarathoustra vu par les Grecs et par les chrétiens

Un maître de sagesse orientale pour les philosophes grecs

Les trois Mages en costume oriental, mosaïque de Sant'Apollinare Nuovo à Ravenne — José Luiz Bernardes Ribeiro, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Pour de nombreux auteurs grecs, Zoroastre devint, à partir de l'époque classique, la figure emblématique d'une sagesse orientale antérieure et supérieure à la philosophie grecque elle-même. Diogène Laërce, dans le prologue de ses Vies des philosophes, discute favorablement des mages perses et propose même une étymologie grecque fantaisiste de son nom, le faisant dériver d'astrothútēs, « celui qui sacrifie aux astres »[82]. Plusieurs auteurs anciens — Polyhistor, Apulée, et jusqu'au chrétien Clément d'Alexandrie, rapportant des sources plus anciennes — allèrent jusqu'à affirmer que Pythagore aurait été disciple de Zoroastre[83], legende sans fondement historique sérieux mais révélatrice du prestige immense dont jouissait le nom du prophète perse dans l'imaginaire philosophique gréco-romain.

Zoroastre « inventeur de la magie » : la légende hellénistique

Cette révérence pour la sagesse orientale bascule cependant, à l'époque hellénistique, vers une tout autre figure : celle du magicien primordial. Pline l'Ancien qualifie explicitement Zoroastre d'« inventeur de la magie » dans son Histoire naturelle[84], et c'est sous son nom que circulèrent, dans le monde gréco-romain, d'innombrables traités pseudépigraphes d'astrologie et de sciences occultes — dont la plupart, comme on l'a vu, furent en réalité rattachés au personnage voisin d'Ostanès[85]. Cette légende de Zoroastre-magicien, largement coupée de la théologie réelle des Gathas, allait connaître une fortune durable dans la littérature ésotérique occidentale jusqu'à la Renaissance et au-delà — fortune qu'il convient de distinguer nettement, pour la rigueur historique, de la doctrine authentique du mazdéisme telle que les Gathas et l'Avesta la transmettent.

La légende chrétienne des Mages de Bethléem et la « prophétie de Zoroastre »

Un point mérite une attention particulière pour un lecteur catholique : certaines traditions chrétiennes anciennes et médiévales ont associé les Mages venus adorer l'Enfant Jésus (Mt 2, 1-12) à des prêtres zoroastriens, et sont allées jusqu'à leur attribuer la connaissance d'une prophétie remontant à Zoroastre lui-même annonçant l'apparition d'une étoile signalant la naissance d'un roi divin. L'apocryphe syriaque appelé la Révélation des Mages, conservé dans la Chronique de Zuqnin du VIIIᵉ siècle, présente ainsi les mages comme des descendants de Seth, gardiens d'une antique prophétie annonçant qu'« une étoile d'un éclat indescriptible apparaîtrait un jour, annonçant la naissance de Dieu sous forme humaine »[86]. Un autre texte apocryphe, l'Évangile arabe de l'enfance, affirme explicitement que les mages suivaient une prophétie de « leur prophète Zoradascht », c'est-à-dire Zoroastre[87].

Il faut ici distinguer soigneusement, avec la rigueur qu'exige une encyclopédie catholique sérieuse, ce que rapporte l'Évangile canonique de Matthieu — des mages venus d'Orient, sans autre précision sur leur origine religieuse exacte, guidés par une étoile qu'ils interprètent selon leur propre science — et les élaborations apocryphes tardives, syriaques et arabes, qui cherchent à combler ce silence en rattachant leur savoir à une prophétie zoroastrienne explicite. Ces récits apocryphes, composés plusieurs siècles après les faits, dans des milieux chrétiens syriaques en contact étroit avec le monde iranien, ne sauraient être tenus pour un témoignage historique direct sur la pensée de Zarathoustra lui-même ; ils illustrent en revanche la façon dont la tradition chrétienne ancienne a cherché à intégrer, dans le mystère de l'Épiphanie, la conviction que Dieu avait préparé, y compris chez les nations païennes les plus lointaines, des « semences » d'attente messianique — conviction que le magistère catholique formulera bien plus tard, en termes précis, dans la doctrine des semina Verbi[88].

Nietzsche et son Zarathoustra inversé

Il faut enfin signaler, pour être complet, que le nom même de Zarathoustra a connu au XIXᵉ siècle une fortune littéraire et philosophique entièrement détachée du mazdéisme historique : le philosophe allemand Friedrich Nietzsche en a fait, dans Ainsi parlait Zarathoustra (1883-1885), le porte-parole de sa propre pensée. Nietzsche explique lui-même, dans son autobiographie Ecce Homo (1888), pourquoi il a choisi ce nom précis :

« Zarathoustra a créé cette erreur, la plus fatale de toutes, qu'est la morale : il doit donc être aussi le premier à la reconnaître [...] Le fait que Zarathoustra soit plus véridique que tout autre penseur n'exclut nullement, mais implique bien plutôt, qu'il soit l'exact opposé d'un moraliste. » — Friedrich Nietzsche, Ecce Homo, 1888, chap. « Ainsi parlait Zarathoustra », § 3[89]

Nietzsche préfère délibérément la forme perse ancienne « Zarathoustra » à la forme grecque francisée « Zoroastre », rendant hommage au prophète iranien comme au premier grand fondateur d'une morale fondée sur la distinction du bien et du mal, avant de faire du personnage éponyme de son propre livre l'instrument littéraire d'un renversement complet de cette même morale[90]. Cette appropriation philosophique, largement indépendante du contenu réel de la prédication du prophète iranien, ne doit évidemment pas être confondue avec le mazdéisme historique exposé dans cet article.

Le regard catholique sur Zarathoustra et le mazdéisme

Ce qu'un évêque zoroastrologue reconnaissait de vrai

Mgr Louis Charles Casartelli, évêque de Salford et avestisant — RexGregorian, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Il serait erroné de croire que l'estime portée par un catholique au mazdéisme relève d'une nouveauté post-conciliaire. Dès 1913, l'évêque de Salford Mgr Louis Charles Casartelli (1852-1925), auteur d'une thèse doctorale remarquée sur La philosophie religieuse du mazdéisme sous les Sassanides et rédacteur des articles consacrés à l'Avesta dans l'Encyclopédie catholique, rapportait le jugement porté par un confrère jésuite, le Père Ernest Hull :

« Le plus haut résultat religieux auquel la raison humaine, sans le secours de la révélation, puisse atteindre. » — P. Ernest Hull, s.j., cité par Mgr Louis Charles Casartelli, « Theological Aspects of Avesta », The Catholic Encyclopedia, vol. 2, New York, Robert Appleton Company, 1913, citant le Bombay Examiner du 28 mars 1903[91]

Casartelli lui-même résume le système théologique zoroastrien comme un « monothéisme modifié par un dualisme physique et moral, avec un système éthique fondé sur un code moral divinement révélé et le libre arbitre humain »[92]. Un savant catholique, spécialiste reconnu de la matière, pouvait donc, dès le début du XXᵉ siècle, reconnaître dans le mazdéisme un authentique effort de la raison humaine pour approcher, sans le secours de la révélation biblique, l'unicité divine, l'exigence morale et l'espérance eschatologique — jugement qui préfigure, plusieurs décennies avant Vatican II, le principe que le concile formulera pour l'ensemble des grandes traditions religieuses non chrétiennes :

« L'Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d'agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu'elles diffèrent sous bien des rapports de ce qu'elle-même tient et propose, cependant reflètent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes. » — Concile Vatican II, déclaration Nostra Aetate, 28 octobre 1965, § 2[93]

La question du dualisme et du problème du mal

Le trait le plus original — et le plus problématique du point de vue de la foi catholique — de la doctrine de Zarathoustra reste son dualisme : deux principes, l'un bon, l'autre mauvais, s'affrontant depuis l'origine du monde. Cette solution séduisante au problème du mal — Dieu n'est pas responsable du mal, puisque le mal a sa source propre, indépendante et co-originaire — a connu une postérité considérable, notamment à travers le manichéisme, système fondé au IIIᵉ siècle par le prophète babylonien Mani, qui reprend et radicalise le dualisme mazdéen en l'associant à des éléments chrétiens et bouddhistes, et qui séduisit, pendant près de neuf ans, un jeune rhéteur africain nommé Augustin d'Hippone avant sa conversion[94]. L'analyse doctrinale détaillée de cette solution dualiste au problème du mal — sa force apparente, ses impasses logiques et la réponse catholique fondée sur le mal comme privation plutôt que comme substance — a déjà été développée dans l'article Ignispedia consacré à ce sujet, auquel on renverra le lecteur qui souhaite approfondir cette question précise[95].

Il suffit ici de rappeler le point décisif : le dualisme mazdéen, en faisant du mal un principe éternel et incréé, se heurte à une difficulté que le monothéisme biblique évite d'emblée. Si Angra Mainyu existe de toute éternité, indépendamment d'Ahura Mazda, alors Ahura Mazda n'est plus véritablement le Créateur unique et absolu de toutes choses ; sa souveraineté se trouve, de fait, limitée par un rival qu'il n'a pas créé et qu'il ne peut, en toute rigueur logique, détruire sans se contredire lui-même dans son propre système[96]. La foi catholique, au contraire, tient le mal moral pour une privation du bien dû, et non pour une substance ou une puissance positive rivale de Dieu — position qui permet d'affirmer sans contradiction la toute-puissance et la bonté absolue d'un Dieu unique, tout en laissant sa juste place à la liberté créée comme origine réelle du péché.

L'hypothèse d'une influence sur le judaïsme post-exilique : un débat à traiter honnêtement

Frise comparative — mazdéisme, Bible et débat sur l'influence perse ; illustration originale IA.

Une question académique mérite d'être exposée avec toute l'honnêteté qu'exige cette encyclopédie : plusieurs historiens des religions, au premier rang desquels Mary Boyce, ont soutenu que le séjour des Juifs sous administration perse — de la prise de Babylone par Cyrus en 539 av. J.-C. jusqu'à la conquête d'Alexandre en 332 av. J.-C. — aurait exercé une influence déterminante sur le développement, dans le judaïsme post-exilique, de doctrines telles que la résurrection des morts, un adversaire cosmique personnifié (Satan), une angélologie et une démonologie nommées, et un jugement eschatologique final — autant de thèmes qui trouvent des parallèles frappants dans la théologie mazdéenne d'Ahura Mazda contre Angra Mainyu et du Saoshyant[97].

Cette thèse appelle cependant plusieurs réserves sérieuses, que l'historien américain Edwin M. Yamauchi a détaillées dans son étude de référence Persia and the Bible. Le problème le plus décisif est chronologique : les textes mazdéens qui présentent la version la plus élaborée de la résurrection, du jugement dernier et du Saoshyant né d'une vierge — le Bundahishn et le Zand-i Wahman Yasn — ne sont attestés, dans leur rédaction actuelle, qu'aux VIIIᵉ-Xᵉ siècles après Jésus-Christ, soit bien après que le christianisme lui-même se fut répandu dans l'espace iranien[98]. Affirmer que le judaïsme post-exilique du Vᵉ ou du IVᵉ siècle av. J.-C. aurait « emprunté » à une doctrine mazdéenne dont la formulation la plus proche des textes bibliques n'est attestée que mille ans plus tard suppose donc, au minimum, l'existence hypothétique de traditions orales mazdéennes bien antérieures à leur première mise par écrit connue — hypothèse invérifiable qui inverse, ou du moins fragilise gravement, le sens même de la démonstration.

Yamauchi relève par ailleurs des différences doctrinales substantielles, et non de simples nuances de détail, entre les deux conceptions de la résurrection : « les morts juifs, qui sont enterrés, se relèvent de la poussière de la terre, tandis que les morts perses, qui sont exposés [aux vautours, selon le rite mazdéen d'exposition des cadavres], doivent être recréés à partir des éléments. Dans le zoroastrisme, la résurrection est liée à l'épreuve du feu et au renouvellement, tandis que dans le judaïsme, l'espérance de la résurrection signifie la vie au-delà de la tombe avec Yahvé »[99]. Le théologien protestant Walther Eichrodt, dans son étude classique de la théologie de l'Ancien Testament, concluait déjà que l'idée d'une influence perse sur l'espérance de résurrection eschatologique attestée dans l'Ancien Testament « ne résiste pas à une comparaison raisonnablement détaillée »[100]. D'autres spécialistes, comme l'historien du judaïsme du Second Temple Lester Grabbe, tout en n'excluant pas quelque degré d'influence perse diffuse sur le vocabulaire ou l'imaginaire apocalyptique juif, insistent sur le fait que la spécificité du monothéisme juif et sa théologie propre de l'Alliance ne sauraient être réduites à un simple décalque d'emprunts extérieurs[101].

Un catholique n'a donc aucune raison de céder à l'inquiétude que cette hypothèse pourrait susciter. D'une part, elle reste un débat savant ouvert, non une conclusion démontrée : la chronologie des textes mazdéens eux-mêmes rend l'hypothèse d'un emprunt direct fragile plutôt qu'évidente. D'autre part, et surtout, la doctrine catholique de la Révélation progressive n'a nul besoin de nier tout contact culturel entre Israël et les nations qui l'entouraient pour affirmer que le dépôt de la foi biblique procède, dans son fond, de l'action de Dieu qui « à maintes reprises et de maintes manières, parla jadis à nos pères par les prophètes » (He 1, 1) — une action divine qui n'exclut pas que Dieu se soit servi, comme d'un cadre culturel providentiel, des contacts entre Israël et la Perse pour affiner le vocabulaire par lequel son peuple exprimait des vérités déjà contenues, au moins en germe, dans une révélation antérieure à l'exil.

Ce qui sépare irréductiblement

L'estime réelle qu'un catholique peut porter à la rigueur morale et à la profondeur théologique du mazdéisme ne dispense pas de nommer avec clarté ce qui, de façon décisive, en sépare la foi révélée.

Un dualisme contre un monothéisme trinitaire

Le Dieu de Zarathoustra, aussi élevée que soit sa conception, demeure structurellement affronté par un rival cosmique co-originaire. Le Dieu chrétien, lui, est un et trine, sans rival ni concurrent d'aucune sorte ; le mal n'y est jamais une seconde puissance créatrice, mais la privation d'un bien dû, née de la liberté des créatures — anges déchus et hommes — et non d'un principe éternel. Le Catéchisme de l'Église catholique rappelle que le mal moral est entré dans le monde par le péché des créatures libres, « sans commune mesure plus grave que le mal physique » (§ 311), et que le péché est « une offense de Dieu », « une désobéissance, une révolte contre Dieu » (§§ 1849-1850)[102].

Plusieurs médiateurs, ou l'unique Sauveur né d'une vierge

Le mazdéisme attend un Saoshyant, sauveur eschatologique né miraculeusement d'une vierge à partir de la semence conservée de Zarathoustra — figure future, non encore venue, et rattachée biologiquement à la lignée du prophète. La foi chrétienne confesse, elle, un salut déjà accompli une fois pour toutes dans la personne du Christ, « né de la Vierge Marie » (Symbole des Apôtres), non par transmission séminale différée mais par l'action directe de l'Esprit Saint (Lc 1, 35), et professe qu'« il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, un homme, le Christ Jésus » (1 Tm 2, 5) — non une figure encore à venir au terme d'un cycle cosmique, mais un Sauveur déjà venu, mort et ressuscité.

La création tout entière déclarée bonne, non partagée entre deux créateurs

Enfin, là où le mazdéisme range certains animaux et certaines plantes parmi les créatures mauvaises par nature, parce que rattachées à Angra Mainyu[103], la foi biblique proclame dès la Genèse que « Dieu vit tout ce qu'il avait fait : cela était très bon » (Gn 1, 31) — toute la création procédant d'un unique Créateur bon, sans exception ni réserve, y compris dans ses aspects que l'homme déchu perçoit comme menaçants ou hostiles.

Ce que le chrétien peut retenir

Zarathoustra demeure une figure impressionnante par sa cohérence et par l'ampleur de son héritage : un prophète dont on ignore, à un millénaire près, la date et le lieu de naissance, mais dont le monothéisme moral, la triade éthique et l'espérance d'un jugement final ont façonné, pendant plus de mille ans, la vie religieuse du plus grand empire de l'Antiquité proche-orientale, avant de laisser des traces durables — controversées mais réelles — dans l'imaginaire apocalyptique du monde antique et jusque dans la légende chrétienne des Mages de Bethléem.

Mais là où Zarathoustra proclame un Dieu unique perpétuellement affronté par un rival co-éternel, et attend un sauveur qui doit encore naître d'une vierge au terme des âges, le chrétien reçoit dans le Christ une espérance déjà accomplie : non deux principes en guerre depuis toujours, mais un Dieu unique, souverainement bon, dont le mal n'est jamais qu'une privation permise par amour de la liberté créée ; non un Saoshyant à venir engendré par transmission biologique, mais un Sauveur déjà né, déjà mort, déjà ressuscité, « premier-né d'entre les morts » (Col 1, 18), qui a définitivement vaincu, sur la croix, l'esprit destructeur que Zarathoustra ne pouvait qu'annoncer comme devant être vaincu à la fin des temps.

Pour aller plus loin

  • Mgr Louis Charles Casartelli, « Theological Aspects of Avesta » et « The Avesta », The Catholic Encyclopedia, vol. 2, New York, Robert Appleton Company, 1913 — l'exposé catholique de référence, dû à un évêque spécialiste reconnu de l'avestique et du pehlevi.
  • Mary Boyce, Zoroastrians: Their Religious Beliefs and Practices, Londres, Routledge & Kegan Paul, 1979 — la synthèse de référence sur l'histoire continue du mazdéisme, avec la datation linguistique de Zarathoustra.
  • A. Shapur Shahbazi, « The 'Traditional Date of Zoroaster' Explained », Bulletin of the School of Oriental and African Studies, vol. 40, n° 1, 1977 — l'étude de référence sur l'origine du chiffre « 258 ans avant Alexandre ».
  • Edwin M. Yamauchi, Persia and the Bible, Grand Rapids, Baker Book House, 1990 — l'examen critique le plus rigoureux de l'hypothèse d'une influence zoroastrienne sur le judaïsme post-exilique.
  • Concile Vatican II, déclaration Nostra Aetate (1965) et décret Ad Gentes (1965) — le cadre magistériel du regard catholique sur les religions non chrétiennes.
  • Sur le dualisme comme réponse au problème du mal, voir l'article Ignispedia Plusieurs dieux ?.

Notes et références

  1. Ordre de grandeur 2026 : la Fédération des associations zoroastriennes d'Amérique du Nord (FEZANA) a recensé 124 000 à 190 000 zoroastriens dans le monde (enquête 2004, FEZANA Journal, chiffres relayés par le New York Times, 6 septembre 2006) puis 111 691 à 121 962 (enquête mondiale 2012, FEZANA Journal) ; la World Religion Database (T. Johnson) retient une estimation haute d'environ 200 000 — d'où la fourchette usuelle de 100 000 à 200 000 fidèles (parsis d'Inde, zoroastriens d'Iran, diaspora occidentale).

    1 73
  2. Encyclopaedia Iranica (éd. en ligne), art. « Zoroaster ii. General Survey », consulté en 2026 : « la controverse sur la date de Zaraθuštra est depuis longtemps un embarras pour les études zoroastriennes. S'il existe quelque chose qui s'approche d'un consensus, c'est qu'il a vécu vers 1000 av. J.-C., à un siècle près, bien que des chercheurs sérieux aient proposé des dates aussi éloignées que 1750 av. J.-C. et "258 ans avant Alexandre" ». Texte original anglais : « Controversy over Zaraθuštra's date has been an embarrassment of long standing to Zoroastrian studies. If anything approaching a consensus exists, it is that he lived ca. 1000 BCE give or take a century or so, though reputable scholars have proposed dates as widely apart as ca. 1750 BCE and "258 years before Alexander." »

    2 3 38 39
  3. Encyclopaedia Iranica, art. « Zoroaster ii. General Survey », consulté en 2026 : absence, dans l'ensemble du corpus avestique, de tout événement qui puisse être rattaché à une chronologie historiquement vérifiable.

    4
  4. Mgr Louis Charles Casartelli, « The Avesta », The Catholic Encyclopedia, vol. 2, New York, Robert Appleton Company, 1913 : l'Avesta originel comptait vingt et un livres (nasks), dont l'essentiel fut perdu après l'invasion d'Alexandre et les troubles qui suivirent, avant la restauration sassanide (224-651).

    5 77
  5. Mgr Louis Charles Casartelli, « The Avesta », art. cit. : structure en cinq grandes sections — Yasna (incluant les Gathas), Visperad, Yashts, textes mineurs, Vendidad.

    6
  6. Mgr Louis Charles Casartelli, « The Avesta », art. cit. : les Gathas forment le tiers médian du Yasna (chapitres 28 à 53), en dix-sept hymnes réparties en cinq divisions.

    7
  7. Mgr Louis Charles Casartelli, « The Avesta », art. cit. : les Gathas comme « saintes psalmodies, chants qui ont conservé les dictons métriques de Zoroastre » utilisés dans sa prédication. Texte original anglais : « holy psalms, songs which preserved the metrical sayings of Zoroaster himself ».

    8
  8. Hermann Lommel (1885-1968), avestisant allemand, jugement de 1930 cité dans Encyclopaedia Iranica, art. « Zoroaster ii. General Survey », consulté en 2026. Texte original anglais rapporté par l'Encyclopaedia Iranica : « When and where Zaraθuštra lived, one does not know. »

    9
  9. Encyclopaedia Iranica, art. « Zoroaster ii. General Survey », consulté en 2026 : incertitude persistante sur la date, le lieu, et, pour une minorité de chercheurs, sur l'historicité même de Zarathoustra ou sa paternité exclusive des Gathas.

    10
  10. Jean Kellens et Éric Pirart, thèse développée dans leurs travaux sur les Gathas à partir des années 1980, résumée dans Encyclopaedia Iranica, art. « Zoroaster iii. Zoroaster in the Avesta », consulté en 2026 : le nom du prophète apparaît à la troisième personne à dix reprises dans les Gathas, notamment en Yasna 46, 14, où Kellens juge « parfaitement improbable » qu'il s'adresse une question à lui-même.

    11
  11. Jean Kellens, position rapportée dans Encyclopaedia Iranica, art. « Zoroaster iii. Zoroaster in the Avesta » : les Gathas comme « l'émanation d'une mentalité » collective plutôt que la production d'un auteur individuel.

    12
  12. Encyclopaedia Iranica, art. « Zoroaster iii. Zoroaster in the Avesta », consulté en 2026 : défense de la paternité individuelle des Gathas par comparaison avec la convention poétique védique de l'adresse à soi-même à la troisième personne.

    13
  13. Hérodote, Histoires, Livre I, 131-132, composé vers 440 av. J.-C. : description de la religion perse — absence de statues, de temples et d'autels, sacrifices sur les sommets montagneux à Zeus (nom donné par les Perses à la voûte céleste tout entière), au soleil, à la lune, à la terre, au feu, à l'eau et aux vents.

    14
  14. Encyclopaedia Iranica, art. « Zoroaster iv. As Perceived by the Greeks », consulté en 2026 : silence d'Hérodote sur le nom de Zoroastre, mentions plus tardives chez Xanthos de Lydie, Ctésias, Aristote, Eudoxe de Cnide, Hermippe, Plutarque, Diogène Laërce et Agathias.

    15
  15. Le Bundahishn, compilation cosmogonique en moyen-perse rédigée pour l'essentiel aux VIIIᵉ-IXᵉ siècles apr. J.-C., situe l'« Âge de Zoroastre » 258 ans avant Alexandre ; analyse détaillée dans A. Shapur Shahbazi, « The 'Traditional Date of Zoroaster' Explained », Bulletin of the School of Oriental and African Studies, vol. 40, n° 1, 1977.

    16
  16. A. Shapur Shahbazi, art. cit., 1977 : origine du chiffre dans un comptage rétrospectif des générations sacerdotales entrepris par le clergé mazdéen après l'instauration, par les souverains séleucides, d'une « Ère d'Alexandre » calendaire à laquelle il fallait faire pièce.

    17
  17. Mgr Louis Charles Casartelli, « The Avesta », art. cit., 1913 : datation traditionnelle pehlevie situant la vie de Zoroastre entre la première moitié du VIIᵉ siècle et le VIᵉ siècle av. J.-C., plus précisément entre 660 et 583 av. J.-C.

    18
  18. Interprétation du chiffre « 258 ans avant Alexandre » discutée par les spécialistes : il désignerait, selon les propositions retenues, non la naissance de Zoroastre mais sa vision reçue à trente ans, le début de sa prédication à quarante ans, ou la conversion du roi Vishtaspa deux ans plus tard.

    19
  19. A. Shapur Shahbazi, « The 'Traditional Date of Zoroaster' Explained », Bulletin of the School of Oriental and African Studies, vol. 40, n° 1, 1977 — démonstration que la date « 258 ans avant Alexandre » résulte d'un artefact de comptage propre à l'époque séleucide et non d'une mémoire historique directe.

    20
  20. A. Shapur Shahbazi, art. cit., 1977 : rappel du débat du XIXᵉ siècle, où Windischmann, Tiele et Geiger contestaient déjà la fiabilité de la date traditionnelle et proposaient de reculer Zarathoustra vers 1000 av. J.-C., tandis que Walter Bruno Henning (1908-1967) défendit au XXᵉ siècle la plausibilité de la datation tardive.

    21
  21. Agathias, Histoires, VIᵉ siècle apr. J.-C., cité et commenté par Gherardo Gnoli (1937-2012), « Agathias and the Date of Zoroaster », dans Eran ud Aneran: Webfestschrift Marshak, Venise, 2003, disponible sur transoxiana.org. Texte original anglais du passage d'Agathias : « It is not possible to fix with any precision the dates of his floruit ... The Persians simply say that he lived in the reign of Hystaspes without making it clear whether they mean the father of Darius or some other monarch of the same name. »

    22 45
  22. Xanthos de Lydie, historien du Vᵉ siècle av. J.-C., premier auteur grec connu à mentionner Zoroastre par son nom ; cf. Encyclopaedia Iranica, art. « Zoroaster iv. As Perceived by the Greeks », consulté en 2026.

    23
  23. Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres, Livre I, Prologue, IIIᵉ siècle apr. J.-C. : Hermodore le Platonicien situe le début de l'ère des mages, à partir de Zoroastre le Perse, cinq mille ans avant la guerre de Troie ; Xanthos de Lydie compte six mille ans entre Zoroastre et l'expédition de Xerxès.

    24
  24. Pline l'Ancien, Histoire naturelle, Livre XXX, 2, 3, Iᵉʳ siècle apr. J.-C. : citant Eudoxe de Cnide et Aristote, situe la mort de Zoroastre six mille ans avant celle de Platon (347 av. J.-C.).

    25
  25. Plutarque, De Iside et Osiride (Sur Isis et Osiris), Iᵉʳ-IIᵉ siècle apr. J.-C. Texte original anglais de la traduction usuelle : « Zoroaster the Magus, who lived, so they record, five thousand years before the siege of Troy. »

    26
  26. Pline l'Ancien, Histoire naturelle, Livre XXX, 2, 3 : Zoroastre désigné comme « inventeur de la magie ».

    27
  27. Hermippe (IIIᵉ-IIᵉ siècle av. J.-C.), cité par Pline l'Ancien, Histoire naturelle, Livre XXX, 2, 4 : prétendue édition de commentaires sur environ deux millions de vers attribués à Zoroastre, répartis sur environ huit cents rouleaux de papyrus.

    28
  28. Encyclopaedia Iranica, art. « Zoroaster iv. As Perceived by the Greeks », consulté en 2026 : la plus grande partie de la littérature pseudépigraphe magique du monde hellénistique fut en réalité attribuée non à Zoroastre mais à Ostanès, mage légendaire distinct.

    29 85
  29. Comparaison linguistique classique entre le vieil-avestique gathique et le sanskrit védique du Rig-Véda (composé vers 1500-1100 av. J.-C.) : vocabulaire, grammaire et mètres poétiques communs attestant une origine indo-iranienne archaïque partagée. Synthèse de la question dans Mary Boyce, A History of Zoroastrianism, vol. 1, Leiden, Brill, 1975.

    30
  30. Identité du mot gathique ahura (« seigneur divin ») avec le mot védique asura, relevée comme argument central de la datation linguistique haute de Zarathoustra ; cf. Mary Boyce, A History of Zoroastrianism, vol. 1, Leiden, Brill, 1975.

    31
  31. Mary Boyce (1920-2006), Zoroastrians: Their Religious Beliefs and Practices, Londres, Routledge & Kegan Paul, 1979 — datation de Zarathoustra entre 1700 et 1000 av. J.-C., ou plus précisément entre 1500 et 1000 av. J.-C. selon les affinités relevées entre les Gathas et le corpus védique.

    32
  32. Mary Boyce, Zoroastrians: Their Religious Beliefs and Practices, Londres, Routledge & Kegan Paul, 1979 — l'ouvrage retrace l'histoire continue du mazdéisme depuis la prédication de Zoroastre jusqu'à aujourd'hui, sur une durée totale d'environ 3 500 ans.

    33
  33. Jean Kellens, position de 2011 rapportée dans les synthèses savantes sur la datation des Gathas. Texte original anglais rapporté : « In the last ten years a general consensus has gradually emerged in favor of placing the Gāthās around 1000 BCE. »

    34
  34. Almut Hintze, professeure d'études zoroastriennes (School of Oriental and African Studies, Londres), travaux menés dans le cadre d'un programme du Conseil européen de la recherche, situant la vie de Zarathoustra à environ 3 500 ans avant aujourd'hui, soit dans le courant du IIᵉ millénaire av. J.-C.

    35
  35. Ctésias (Ve-IVe siècle av. J.-C.), fragments transmis par des auteurs postérieurs, situant Zoroastre en Bactriane ; Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, Iᵉʳ siècle av. J.-C., le situant chez les Ariaspes, dans la région du Sistan.

    36
  36. Encyclopaedia Iranica, art. « Zoroaster ii. General Survey », consulté en 2026 : conclusion prudente en faveur d'une localisation de Zoroastre dans l'Iran oriental plutôt que dans les régions occidentales où le mazdéisme s'institutionnalisa ensuite sous les Achéménides.

    37
  37. Le père, Pourushaspa, figure déjà dans l'Avesta récent : le Hôm Yasht (Yasna 9, 13, texte avestique, éd. Geldner, Stuttgart, 1896) présente « pourushaspô » comme le quatrième mortel à presser le haoma, récompensé par la naissance de Zarathushtra, « de la maison de Pourushaspa ». La mère, Dogdo (Dughdova), n'est nommée que dans la littérature pehlevie : Denkard VII, 3, § 35 (« Toi, ô Dogdo ! » ; trad. E. W. West, Sacred Books of the East, vol. 47, Oxford, 1897) ; Selections of Zadspram XIII, 1 (« la mère de Zartosht, qu'on appelait Dogdo » ; trad. West, SBE 47) ; Bundahishn XXXII, 10 (« Le nom de la mère de Zartosht était Dogdo » ; trad. West, SBE 5, 1880).

    40
  38. Généalogie pehlevie : « Zartosht, fils de Pourushasp, de Purtaraspo, d'Aurvadasp, de Haecadaspo... » (Selections of Zadspram XIII, 6 ; trad. West, SBE 47, 1897) — Haecadaspo y est donc le quatrième ascendant (arrière-arrière-grand-père), non l'arrière-grand-père ; même séquence dans le Bundahishn XXXII, 1 (« Pourushasp, fils de Paitirasp, fils d'Aurvadasp, fils de Haechadasp... » ; trad. West, SBE 5). Le nom Haecat-aspa est par ailleurs déjà une épithète familiale dans les Gathas : Yasna 53, 3 (éd. Geldner) nomme Pourucista, des Spitama Haecat-aspa, comme fille (dugedram) de Zarathushtra.

    41
  39. Gathas, Yasna 46, dialecte vieil-avestique : plaintes de Zarathoustra contre l'hostilité des karpans et des kawis (prêtres rivaux et chefs politiques locaux), et évocation de son bannissement de sa famille et de son clan.

    42
  40. Denkard VII, 3, § 51-56 (trad. West, SBE 47, 1897) : « à l'accomplissement des trente ans révolus depuis sa naissance, l'archange Vohuman vint » au-devant de Zartosht sur la rivière Aevatak, s'entretint avec lui et le conduisit à la conférence avec Ohrmazd. La tradition des « trente ans » est résumée par A. F. J. Remy, « The Avesta », The Catholic Encyclopedia, vol. 2, New York, Robert Appleton Company, 1907 (consulté sur newadvent.org en 2026) : « Si l'on en croit la tradition, Zoroastre commença son ministère à trente ans... » (« If tradition can be believed, Zoroaster began his ministry at the age of thirty... »).

    43
  41. A. F. J. Remy, « The Avesta », art. cit., 1907 : après l'échec de sa mission en Médie, Zoroastre « se tourna vers l'Est, vers la Bactriane. Là, un certain roi nommé Vishtaspa se convertit à sa croyance » ; « à quarante-deux ans, il fit de Vishtaspa un converti » (« made a convert, when he was forty-two, of King Vishtaspa »). La reine Hutos (Hutaosa) apparaît aux côtés du roi dans le récit pehlevi de la conversion : Denkard VII, 4, § 86, Kay Vishtasp s'adresse à « Hutos » pour qu'elle expose la religion de Zartosht (trad. West, SBE 47). Patronage royal confirmé par l'Avesta récent : Yasht 13, § 99 (trad. J. Darmesteter, SBE 23, 1883), le roi Vistaspa « appui de la loi d'Ahura, de la loi de Zarathushtra » ; Hutaosa figure au § 139 parmi les saintes femmes du mazdéisme.

    44
  42. Bundahishn XXXII, 5-6 (trad. West, SBE 5, 1880) : « par Zartosht furent engendrés trois fils et trois filles ; un fils était Isadvastar, un Aurvatad-nar, un Khurshed-chihar... et des trois filles l'une se nommait Fren, l'une Srit et l'une Poruchist » ; les deux premiers fils d'une épouse servante, les autres enfants d'une épouse privilégiée. Les trois fils sont déjà nommés « fils de Zarathushtra » dans l'Avesta récent : Yasht 13, § 98 (trad. Darmesteter, SBE 23, 1883). Pouruchista, « fille de Zarathushtra », est l'adresse du chant de noces gathique Yasna 53, 3 (éd. Geldner) ; Hvovi, Pouruchista et Hutaosa figurent ensemble au Yasht 13, § 139.

    46
  43. Hvovi, donnée pour l'épouse de Zarathushtra dans l'Avesta récent (Yasht 13, § 139 et notice de Darmesteter, SBE 23 : « depuis Hvovi, femme de Zarathushtra »), n'a pas de descendance ordinaire dans la tradition : le Bundahishn XXXII, 8 (trad. West, SBE 5) explique que les trois sauveurs à venir — Ushedar, Ushedarmah et Soshyant — sont « de Hvov », la semence tombée à terre ayant été recueillie par l'ange Neryosang, confiée à l'ange Anahid (des eaux) pour être « en temps voulu unie à une mère » ; cf. Denkard VII, 9-11 sur les trois mères à venir (Shemig-abu, Shapir-abu, Gobak-abu).

    47
  44. Mgr Louis Charles Casartelli, « The Avesta », art. cit., 1913 : mort de Zoroastre à soixante-dix-sept ans, tué à Balkh lors d'une attaque touranienne, selon la tradition mazdéenne tardive.

    48
  45. Mgr Louis Charles Casartelli, « Theological Aspects of Avesta », The Catholic Encyclopedia, vol. 2, 1913 : Ahura Mazda défini comme « un pur esprit », éternel, sage, vrai, bon, majestueux et puissant, créateur de toutes les créatures bonnes, « suprême Législateur, Rémunérateur du bien moral et Punisseur du mal moral ». Texte original anglais : « the supreme Lawgiver, the Rewarder of moral good, and the Punisher of moral evil ».

    49
  46. Louis Charles Casartelli (1852-1925), évêque de Salford, docteur de l'université de Louvain avec une thèse intitulée La philosophie religieuse du mazdéisme sous les Sassanides ; cf. notice biographique, Encyclopaedia Iranica, art. « Casartelli, Louis Charles ».

    50
  47. Yasna 30, 3, traduction anglaise de référence par Stanley Insler, The Gathas of Zarathustra, Acta Iranica 8, Textes et Mémoires vol. I, Leiden, Brill/Téhéran-Liège, 1975. Texte original anglais : « Yes, there are two fundamental spirits, twins which are renown to be in conflict. In thought and in word, in action they are two: the good and the bad. »

    51
  48. Mgr Louis Charles Casartelli, « Theological Aspects of Avesta », art. cit., 1913 : Spenta Mainyu comme Esprit bienfaisant par lequel Ahura Mazda conçoit et gouverne la création, Angra Mainyu comme Esprit destructeur, source du mal, du mensonge et de la mort.

    52
  49. Mgr Louis Charles Casartelli, art. cit., 1913 : Angra Mainyu conçu comme « existant de façon tout à fait indépendante » d'Ahura Mazda et « destiné à la destruction à la fin des temps ». Texte original anglais : « existing quite independently », « destined to destruction at the end of time ».

    53 96
  50. Mgr Louis Charles Casartelli, art. cit., 1913 : état de « guerre continuelle » entre les deux principes depuis la création. Texte original anglais : « a continuous warfare ».

    54
  51. Mgr Louis Charles Casartelli, art. cit., 1913 : « tous les animaux et plantes dangereux, nuisibles ou vénéneux sont mauvais par leur création et leur nature mêmes », en contraste avec le principe bouddhiste de non-violence. Texte original anglais : « all dangerous, noxious, poisonous animals and plants are evil by their very creation and nature ».

    55 103
  52. Mgr Louis Charles Casartelli, art. cit., 1913 : les Amesha Spenta comme « simplement des attributs personnifiés du Créateur lui-même ». Texte original anglais : « merely personified attributes of the Creator Himself ».

    56
  53. Mgr Louis Charles Casartelli, art. cit., 1913 : évolution des Amesha Spenta, dans la tradition ultérieure, vers « des personnages ou génies de plus en plus concrets ». Texte original anglais : « more and more concrete personages or genii ».

    57
  54. Mgr Louis Charles Casartelli, art. cit., 1913 : Mithra comme « Esprit de Lumière et de Vérité » (à l'origine divinité solaire), Sraosha (« Obéissance ») et Rashnu (« Justice ») comme esprits secondaires majeurs du panthéon mazdéen.

    58
  55. Mgr Louis Charles Casartelli, art. cit., 1913 : forces démoniaques (daevas, druj) conduites par Aka Manah (Mauvais Esprit), incluant Aeshma, démon de la colère — dont le nom, transmis par l'araméen, est à l'origine du démon Asmodée du livre de Tobie.

    59
  56. Mgr Louis Charles Casartelli, art. cit., 1913 : la littérature pehlevie postérieure identifie Vohu Manah au « Fils du Créateur » et le rapproche du Logos alexandrin. Texte original anglais : « In later patristic literature Vohu Manah is conceived as the "Son of the Creator" and identified with the Alexandrine Logos. »

    60
  57. Mgr Louis Charles Casartelli, art. cit., 1913 : éthique fondée sur le libre arbitre humain, dans un cadre d'« optimisme essentiel : s'il y a péché humain, il y a aussi repentir et expiation ». Texte original anglais : « essential optimism; if there is human sin, there is also repentance and expiation ».

    61
  58. Mgr Louis Charles Casartelli, art. cit., 1913 : condamnation spéciale de « l'hérésie, du mensonge, du parjure, des péchés sexuels, de la violence, de la tyrannie » ; valeur religieuse conférée à l'agriculture, réforme « sociale autant que religieuse ». Texte original anglais : « heresy, untruthfulness, perjury, sexual sins, violence, tyranny », « social as well as religious ».

    62
  59. Mgr Louis Charles Casartelli, art. cit., 1913 : trait qualifié de « répugnant » — glorification, dans certains textes tardifs, du mariage entre proches parents (khvaetvadatha), pratique rejetée par les Parsis modernes.

    63
  60. Mgr Louis Charles Casartelli, art. cit., 1913 : l'âme demeure trois jours après la mort avant de franchir le pont Chinvat, où elle est jugée par Mithra, Sraosha et Rashnu.

    64
  61. Doctrine mazdéenne classique du pont Chinvat : élargissement du pont et rencontre avec Daena (personnification de la conscience religieuse) pour l'âme juste ; rétrécissement jusqu'au tranchant d'une lame et intervention du démon Vizaresh pour l'âme mauvaise.

    65
  62. Mgr Louis Charles Casartelli, art. cit., 1913 : dénomination du ciel mazdéen — Auhu vahishta, la Garo nmana (« Maison du Chant ») —, demeure d'Ahura Mazda et de ses anges bienheureux.

    66
  63. Mgr Louis Charles Casartelli, art. cit., 1913 : état intermédiaire (Hamestakan) pour les âmes dont les bonnes et mauvaises actions s'équilibrent exactement.

    67
  64. Mgr L. C. Casartelli, « Theological Aspects of Avesta », The Catholic Encyclopedia, vol. 2, New York, Robert Appleton Company, 1907 (consulté sur newadvent.org en 2026) : sous le dernier prophète « Saosyant (Sauveur) » adviennent « la Résurrection des morts (Frashokereti), le Jugement général », l'apokatastasis et « un grand combat entre Saoshyant et ses partisans et les armées démoniaques » (avec renvoi aux Yashts XIX et XIII). Cf. Denkard VII, 11 (trad. West, SBE 47) : à la fin des cinquante-sept ans de Soshyant, « le démon et Ahriman sont anéantis, la Rénovation (Frashegird) pour l'existence future advient » ; Yasht 19, § 89-90 (trad. Darmesteter, SBE 23) : « quand les morts se relèveront, quand la vie et l'immortalité viendront, et que le monde sera restauré ».

    68
  65. Conception du Sauveur : Bundahishn XXXII, 8-9 (trad. West, SBE 5) — la semence de Zartosht unie à Hvov, recueillie par Neryosang, confiée à Anahid et gardée par des myriades d'esprits pour être « en temps voulu unie à une mère » ; Denkard VII, 9-11 (trad. West, SBE 47) — les mères des trois sauveurs (Shemig-abu pour Ushedar, Shapir-abu pour Ushedarmah, Gobak-abu pour Soshyant) « marchent vers l'eau », de la lignée « de la famille d'Isadvastar, fils de Zartosht » ; Yasht 19, § 92 (trad. Darmesteter, SBE 23) : « Quand Astvat-ereta se lèvera du lac Kasava [Kasaoya]... » (« When Astvat-ereta shall rise up from Lake Kasava »).

    69
  66. Mission du Saoshyant : Yasht 19, § 89-96 (trad. Darmesteter, SBE 23) — résurrection (« quand les morts se relèveront »), regard qui « livrera à l'immortalité l'ensemble des créatures vivantes », combat final où Aeshma s'incline et où Vohu-Mano frappe Akem-Mano ; Mgr L. C. Casartelli, « Theological Aspects of Avesta », art. cit., 1907 : Résurrection, Jugement général, apokatastasis et « renouvellement du monde entier par un grand embrasement », en parallèle avec l'imagerie apocalyptique chrétienne ; Denkard VII, 11 : anéantissement final du démon et Rénovation.

    70
  67. Mgr Louis Charles Casartelli, art. cit., 1913 : la Résurrection des morts (Frashokereti), le Jugement général et l'apokatastasis ou renouvellement du monde par un grand embrasement, décrits comme parallèles à l'imagerie apocalyptique chrétienne.

    71
  68. Mgr Louis Charles Casartelli, « The Avesta », art. cit., 1913 : Darius Iᵉʳ (r. 522-486 av. J.-C.) attesté par ses propres inscriptions royales comme fervent « adorateur de Mazda ».

    72
  69. Doctrine du zurvanisme, développée à partir de la période parthe et sous les Sassanides : Zurvan (le Temps infini) comme principe premier engendrant Ahura Mazda et Angra Mainyu comme jumeaux égaux et opposés. Synthèse dans Mary Boyce, « Some Reflections on Zurvanism », Bulletin of the School of Oriental and African Studies, vol. 19, n° 2, 1957.

    74
  70. Denkard, compilation pehlevie du IXᵉ siècle apr. J.-C., qualifiant le zurvanisme de doctrine « d'inspiration démoniaque » ; cf. Mary Boyce, art. cit., 1957.

    75
  71. Diffusion large du zurvanisme sous la dynastie sassanide (224-651), puis déclin du courant après la chute de l'empire et la conquête arabe ; cf. Mary Boyce, art. cit., 1957.

    76
  72. Mgr Louis Charles Casartelli, « The Avesta », art. cit., 1913 : effort de restauration et de codification de l'Avesta entrepris sous la dynastie sassanide (224-651), notamment sous le règne de Shapur II (309-379).

    78
  73. Mgr Louis Charles Casartelli, « The Avesta », art. cit., 1913 : fin du statut de religion d'État du mazdéisme après la conquête arabo-musulmane de la Perse, achevée en 651.

    79
  74. Mgr Louis Charles Casartelli, « The Avesta », art. cit., 1913 : émigration d'une partie des zoroastriens persans vers l'Inde (région du Gujarat), où leurs descendants parsis forment une communauté prospère, notamment à Bombay.

    80
  75. Mgr Louis Charles Casartelli, « The Avesta », art. cit., 1913 : environ 10 000 zoroastriens demeurés dispersés en Perse même après la conquête arabe (chiffre de 1913, à actualiser par les estimations démographiques contemporaines).

    81
  76. Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres, Livre I, Prologue, IIIᵉ siècle apr. J.-C. : étymologie grecque fantaisiste du nom de Zoroastre, dérivé d'astrothútēs, « celui qui sacrifie aux astres ».

    82
  77. Tradition rapportée par Polyhistor, Apulée et Clément d'Alexandrie (Stromates), reprenant des sources antérieures : légende selon laquelle Pythagore aurait été disciple de Zoroastre ; cf. Encyclopaedia Iranica, art. « Zoroaster iv. As Perceived by the Greeks », consulté en 2026.

    83
  78. Pline l'Ancien, Histoire naturelle, Livre XXX, 2, 3, Iᵉʳ siècle apr. J.-C. : Zoroastre qualifié d'« inventeur de la magie ».

    84
  79. Révélation des Mages, apocryphe syriaque conservé dans la Chronique de Zuqnin (VIIIᵉ siècle apr. J.-C.) : les mages présentés comme descendants de Seth, gardiens d'une prophétie antique annonçant l'apparition d'une étoile signalant la naissance de Dieu sous forme humaine. Texte original anglais de la description usuelle : « a star of indescribable brightness would someday appear heralding the birth of God in human form ».

    86
  80. Évangile arabe de l'enfance (apocryphe), chapitre III : les mages présentés comme poursuivant une prophétie de « leur prophète Zoradascht », identifié à Zoroastre.

    87
  81. Concile Vatican II, décret Ad Gentes sur l'activité missionnaire de l'Église, 7 décembre 1965, § 11 : doctrine patristique des « semences du Verbe » (semina Verbi), selon laquelle des éléments de vérité et de bonté disséminés par la Providence peuvent se trouver dans les traditions religieuses de l'humanité, à purifier et à accomplir dans le Christ.

    88
  82. Friedrich Nietzsche, Ecce Homo, 1888, chapitre consacré à Ainsi parlait Zarathoustra, § 3. Texte original allemand (orthographe de 1888) : « Zarathustra schuf diesen verhängnissvollsten Irrthum, die Moral: folglich muss er auch der Erste sein, der ihn erkennt. »

    89
  83. Friedrich Nietzsche, Ecce Homo, 1888 : choix délibéré de la forme perse ancienne « Zarathoustra » plutôt que la forme grecque « Zoroastre », en hommage au fondateur historique d'une morale du bien et du mal que Nietzsche entend ensuite renverser à travers le personnage éponyme de son œuvre.

    90
  84. P. Ernest Hull, s.j., jugement publié dans le Bombay Examiner, 28 mars 1903, cité par Mgr Louis Charles Casartelli, « Theological Aspects of Avesta », The Catholic Encyclopedia, vol. 2, New York, Robert Appleton Company, 1913. Texte original anglais : « The highest religious result to which human reason unaided by revelation, can attain. »

    91
  85. Mgr Louis Charles Casartelli, « Theological Aspects of Avesta », art. cit., 1913. Texte original anglais : « The Avesta system may be best defined as monotheism modified by a physical and moral dualism, with an ethical system based on a Divinely revealed moral code and human free will. »

    92
  86. Concile œcuménique Vatican II, déclaration Nostra Aetate sur les relations de l'Église avec les religions non chrétiennes, 28 octobre 1965, § 2 — texte officiel : vatican.va.

    93
  87. Sur le manichéisme comme radicalisation chrétienne-bouddhiste-mazdéenne du dualisme, fondé par Mani (216-274) et sa séduction sur Augustin d'Hippone pendant environ neuf ans, voir l'article Ignispedia Plusieurs dieux ?, section sur l'Objection 3.

    94
  88. Article Ignispedia Plusieurs dieux ?, section « Objection 3 — Le dualisme manichéen et zoroastrien explique mieux le mal » : exposé détaillé de la réponse catholique au dualisme comme solution au problème du mal.

    95
  89. Mary Boyce, thèse exposée notamment dans A History of Zoroastrianism, vol. 3 (avec Frantz Grenet), Leiden, Brill, 1991, et dans ses synthèses ultérieures : le séjour des Juifs sous administration perse (539-332 av. J.-C.) aurait influencé le développement, dans le judaïsme post-exilique, de la résurrection des morts, de la figure de Satan, de l'angélologie nommée et du jugement eschatologique final.

    97
  90. Datation académique standard du Bundahishn et du Zand-i Wahman Yasn : rédaction dans leur forme actuelle aux VIIIᵉ-Xᵉ siècles apr. J.-C., soit plusieurs siècles après la diffusion du christianisme dans l'espace iranien — donnée qui fragilise la thèse d'un emprunt juif pré-exilique ou post-exilique direct à ces textes précis.

    98
  91. Edwin M. Yamauchi, Persia and the Bible, Grand Rapids, Baker Book House, 1990 : comparaison détaillée entre la résurrection juive (les morts enterrés se relèvent de la poussière de la terre) et la résurrection mazdéenne (les morts exposés doivent être recréés à partir des éléments, dans le cadre de l'épreuve du feu et du renouvellement), concluant à des conceptions fondamentalement distinctes plutôt qu'à un simple emprunt.

    99
  92. Walther Eichrodt, Theology of the Old Testament, cité et discuté par Edwin M. Yamauchi, Persia and the Bible, Grand Rapids, Baker Book House, 1990 : conclusion selon laquelle l'hypothèse d'une influence perse sur l'espérance de résurrection eschatologique de l'Ancien Testament ne résiste pas à une comparaison raisonnablement détaillée.

    100
  93. Lester L. Grabbe, A History of the Jews and Judaism in the Second Temple Period, vol. 1: Yehud: A History of the Persian Province of Judah, Londres, T&T Clark International, 2004 : position prudente reconnaissant une possible influence perse diffuse sur le vocabulaire apocalyptique juif, tout en soulignant que la spécificité du monothéisme juif et sa théologie de l'Alliance ne se réduisent pas à un emprunt extérieur.

    101
  94. Catéchisme de l'Église catholique, § 311 : le mal moral, entré dans le monde par le péché des créatures libres, « sans commune mesure plus grave que le mal physique » ; §§ 1849-1850 : le péché, « offense de Dieu », « désobéissance » et « révolte contre Dieu ». Texte officiel : vatican.va.

    102