Saint Augustin (en latin Aurelius Augustinus), né le 13 novembre 354 à Thagaste en Afrique romaine et mort le 28 août 430 à Hippone, est l'un des plus grands génies de l'histoire chrétienne et le plus influent des Pères de l'Église latine.[1] Rhéteur converti, moine, évêque, théologien, exégète et pasteur, il est honoré comme Docteur de l'Église et compté parmi les quatre grands docteurs de l'Occident, avec saint Ambroise, saint Jérôme et saint Grégoire le Grand.[2]
Sa vie est d'abord celle d'une longue recherche. Pendant plus de trente ans, Augustin court après le bonheur dans la rhétorique, l'ambition, les passions et les sectes — neuf ans durant, il est manichéen — avant qu'une voix d'enfant entendue dans un jardin de Milan ne le jette à genoux : « Prends, lis ! »[3] De cette conversion, il a tiré le récit spirituel le plus lu de tout l'Occident, les Confessions, dont la première page contient peut-être la phrase la plus célèbre de la littérature chrétienne : « Vous nous avez faits pour vous, et notre cœur est inquiet jusqu'à ce qu'il repose en vous. »[4]
Devenu évêque d'Hippone en 396, il porte sur ses épaules, pendant trente-quatre ans, le poids d'un diocèse, d'une Église d'Afrique déchirée et de toute la pensée chrétienne. Il combat l'erreur sur trois fronts — manichéens, donatistes, pélagiens — et laisse une œuvre immense : plus de cent traités, des centaines de lettres et de sermons, parmi lesquels La Cité de Dieu, vaste méditation sur l'histoire écrite tandis que Rome s'effondre.[5]
Il meurt à soixante-quinze ans, les Vandales sous ses murs, faisant afficher au mur de sa chambre les psaumes de la pénitence pour les lire et les pleurer.[6] L'Église latine l'a surnommé le « Docteur de la grâce », et nul théologien — de Thomas d'Aquin à Luther, de Pascal à Newman — n'a échappé à son influence. Ses reliques reposent aujourd'hui à Pavie.
Une jeunesse africaine entre deux mondes (354-371)
Thagaste, fils de Patricius et de Monique
Augustin naît le 13 novembre 354 à Thagaste, modeste cité de la Numidie romaine (l'actuelle Souk Ahras, en Algérie), dans une Afrique du Nord profondément latinisée et largement chrétienne.[7] Son père, Patricius, est un petit propriétaire païen, décurion de la ville, homme d'honneur mais vif et peu pieux ; il ne se fera baptiser que peu avant sa mort. Sa mère, Monique, est une chrétienne ardente dont la patience et les larmes vont accompagner toute la dérive de son fils — et que l'Église vénère comme sainte.[8]
De ce foyer partagé entre deux fois, Augustin gardera une marque profonde. Il reçoit dès l'enfance le sel des catéchumènes et apprend le nom du Christ « avec le lait de sa mère », dira-t-il ; mais on diffère son baptême, selon l'usage du temps, et l'enfant grandit chrétien sans l'être encore tout à fait.[9]
L'écolier rebelle et le don des mots
Augustin est un enfant doué et turbulent. Il déteste l'école, hait le grec qu'on lui fait apprendre sous les coups, mais s'enflamme pour le latin, pour Virgile et les fables — il avoue avoir pleuré sur la mort de Didon plus que sur ses propres péchés.[10] Dans le deuxième livre des Confessions, il s'accuse, avec une lucidité presque excessive, d'un larcin d'enfance — le vol de poires dont il n'avait nul besoin — pour scruter le mystère du mal commis pour le seul plaisir de mal faire.[11]
Repéré pour ses talents, le garçon est envoyé étudier à Madaure, ville voisine et lettrée, puis, après une année d'oisiveté à Thagaste faute d'argent, à Carthage, la grande métropole africaine, grâce à la générosité d'un protecteur, Romanianus.[12]
Carthage : la rhétorique et les passions
À Carthage, vers dix-sept ans, Augustin se jette dans les études de rhétorique et dans les plaisirs avec la même fougue. « Je vins à Carthage, et de toutes parts bouillonnait autour de moi la poêle ardente des amours honteuses », écrira-t-il.[13] Il prend une concubine, qu'il aimera fidèlement pendant quinze ans sans l'épouser, et dont il aura, vers 372, un fils qu'il nomme — non sans ironie tendre — Adéodat, « donné par Dieu ».[14]
Mais Carthage lui donne aussi le goût de la sagesse. La lecture de l'Hortensius de Cicéron, traité aujourd'hui perdu, l'enflamme soudain pour la philosophie et la quête de la vérité : « Ce livre changea mes sentiments [...] et soudain toute vaine espérance me devint vile, et je désirais d'un incroyable désir l'immortalité de la sagesse. »[15] Une chose pourtant le retient de se convertir alors au Christ : le nom de Jésus, qu'il a sucé avec le lait maternel, manque dans Cicéron.
Les années d'égarement : le manichéisme et l'ambition (371-386)
Neuf ans dans la secte de Mani
Cherchant une sagesse qui rende compte du mal du monde, Augustin tombe dans le manichéisme, religion dualiste venue de Perse qui partage l'univers entre deux principes éternels, la Lumière et les Ténèbres, le Bien et le Mal.[16] Le système le séduit : il le dispense de tout sentiment de culpabilité, puisque le mal qu'il commet vient, selon Mani, d'une « substance » mauvaise étrangère à lui-même. Augustin restera « auditeur » manichéen pendant environ neuf ans, entraînant ses amis avec lui.[17]
« Je ne savais pas encore que le mal n'est qu'une privation du bien, jusqu'au point du néant. » — Saint Augustin, Confessions, III, 7[18]
Pendant ce temps, il enseigne la rhétorique — à Thagaste d'abord, où la mort d'un ami très cher le plonge dans un désespoir qu'il décrira comme l'un des sommets de sa douleur, puis à Carthage.[19] Peu à peu, le système manichéen se fissure : ses promesses scientifiques se révèlent fausses, et la rencontre tant attendue avec le grand évêque manichéen Faustus de Milève, censé résoudre toutes ses objections, n'est qu'une déception. Faustus, beau parleur, ne sait rien.[20]
Adéodat et la concubine
La vie d'Augustin à cette époque est celle d'un jeune professeur brillant et tourmenté, partagé entre l'amour de sa concubine, la tendresse pour son fils Adéodat, l'ambition mondaine et la soif de vérité. Adéodat se révélera d'une intelligence précoce : Augustin lui donnera plus tard la parole dans son dialogue De Magistro (« Le Maître »).[21] L'enfant sera baptisé en même temps que son père, puis mourra tout jeune, vers 389 — deuil qu'Augustin porte avec une foi désormais paisible.
Rome puis Milan : la chaire impériale de rhétorique
En 383, déçu par les étudiants indisciplinés de Carthage et attiré par la capitale, Augustin s'embarque pour Rome — non sans tromper sa mère, qu'il laisse en pleurs sur le rivage.[22] À Rome, il enseigne, fréquente encore les manichéens, mais s'en détache intérieurement et glisse vers le scepticisme des académiciens. L'année suivante, grâce à l'appui du préfet païen Symmaque, il obtient la prestigieuse chaire de rhétorique de Milan, alors résidence impériale : c'est le sommet de sa carrière mondaine.[23]
La rencontre décisive avec saint Ambroise
À Milan vit l'un des plus grands évêques de l'Occident, Ambroise. Augustin va d'abord l'écouter en professionnel, pour juger son éloquence ; il en ressort touché par la substance de la parole.[24] Ambroise lui révèle une lecture de l'Écriture toute différente de celle, grossièrement littérale, que les manichéens tournaient en ridicule : « la lettre tue, mais l'esprit vivifie. »
« Et j'écoutais avec joie Ambroise déclarer souvent au peuple, comme une règle qu'il recommandait avec soin : "la lettre tue, mais l'esprit vivifie", lorsque, levant le voile mystique, il découvrait le sens spirituel. » — Saint Augustin, Confessions, VI, 4[25]
Monique, qui a rejoint son fils à Milan, met toute sa confiance en cet évêque. Et c'est par lui, sans le savoir encore, qu'Augustin s'achemine vers l'Église catholique : il quitte les manichéens et redevient catéchumène.[26]
Le néoplatonisme : la découverte de l'immatériel
Reste un obstacle intellectuel majeur : Augustin ne parvient pas à concevoir une réalité spirituelle, sans corps ni étendue ; il s'imaginait Dieu comme une matière subtile diffuse dans l'espace. La lecture des « livres des platoniciens » — surtout Plotin, dans la traduction de Marius Victorinus — le libère de ce matérialisme et lui fait entrevoir l'existence d'un monde intelligible et d'un Dieu immatériel.[27] Mais le néoplatonisme, dira-t-il, lui montra le but de loin sans lui donner le chemin : il y trouvait le Verbe, mais non « le Verbe fait chair », ni l'humilité de la Croix.
« J'y lus, non en ces mots mais avec la même substance, que "au commencement était le Verbe" [...]. Mais que "le Verbe s'est fait chair et a habité parmi nous", je ne l'y lus point. » — Saint Augustin, Confessions, VII, 9[28]
La conversion : « Prends, lis ! » (386-387)
Le combat intérieur du jardin de Milan
L'été 386, Augustin est mûr pour la foi mais incapable de rompre avec ses habitudes, retenu surtout par l'attachement à la chair. Sa volonté est déchirée — « je voulais et je ne voulais pas » — entre l'ancien homme et le nouveau.[29] Le récit de la conversion de deux fonctionnaires impériaux, bouleversés par la lecture de la Vie de saint Antoine écrite par Athanase, le jette dans une crise décisive. Il s'enfuit au fond du jardin de sa maison, et là, sous un figuier, il fond en larmes.
Augustin reconnaîtra lui-même que, dans ces années, seule la crainte du jugement le retenait de s'enfoncer davantage : « Je n'avais plus pour me retenir de m'enfoncer plus bas dans le gouffre des voluptés charnelles, que la crainte de la mort et de ton futur jugement. »[30] Un garde-fou utile, non une peur qui paralyse : cette crainte l'arrêtait sans encore le convertir.
« Tolle lege » : la voix de l'enfant et l'épître aux Romains
C'est alors qu'il entend, venant d'une maison voisine, une voix d'enfant qui chante et répète : « Prends, lis ! Prends, lis ! » Il y reconnaît un ordre divin, ouvre au hasard le livre des épîtres de saint Paul, et tombe sur l'Épître aux Romains (13, 13-14) : « revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ, et ne flattez pas la chair en ses convoitises. »[31] La lumière l'envahit ; toutes ses hésitations s'effondrent.
« Et tout à coup j'entends sortir d'une maison voisine comme une voix d'enfant qui chantait et répétait souvent : "Prends, lis ! Prends, lis !" [...] Je n'eus plus la volonté ni le besoin de lire plus loin : à la fin de cette phrase, une lumière de sécurité se répandit dans mon cœur, et toutes les ténèbres du doute se dissipèrent. » — Saint Augustin, Confessions, VIII, 12[32]
Nous sommes à la fin de l'été 386. Augustin a trente-deux ans. Il abandonne sa chaire de rhétorique et se retire, avec sa mère, son fils, son frère et quelques amis, dans la villa de Cassiciacum, près de Milan, pour s'y préparer au baptême dans la prière et les dialogues philosophiques.[33]
Le baptême par Ambroise (Pâques 387)
Dans la nuit de Pâques 387 (24-25 avril), à Milan, Ambroise baptise Augustin, son fils Adéodat et son ami Alypius.[34] La tradition a longtemps attribué à cette nuit la composition alternée du Te Deum par les deux saints ; la légende est belle, mais l'hymne lui est antérieur.[35] Ce qui est sûr, c'est l'émotion d'Augustin devant le chant de l'Église de Milan, dont les hymnes — qu'Ambroise venait d'introduire — lui arrachent des larmes :
« Que de larmes j'ai versées, profondément ému par les voix de votre Église qui chantait doucement vos hymnes et vos cantiques ! Ces voix coulaient dans mes oreilles, et votre vérité se distillait dans mon cœur. » — Saint Augustin, Confessions, IX, 6[36]
La mort de sainte Monique à Ostie
Sa mission accomplie, Monique peut mourir en paix. Sur le chemin du retour vers l'Afrique, à Ostie, le port de Rome, la mère et le fils, accoudés à une fenêtre ouverte sur un jardin, ont ensemble une extase célèbre : conversant de la vie éternelle, ils s'élèvent un instant, « d'un seul bond du cœur », jusqu'à toucher la Sagesse éternelle.[37] Quelques jours plus tard, Monique tombe malade. À ses fils qui s'inquiètent de la voir mourir loin de sa patrie, elle répond ces mots admirables :
« Rien n'est loin de Dieu, et il n'est pas à craindre qu'à la fin des siècles, il ne reconnaisse pas la place où il doit me ressusciter. » — Sainte Monique, rapportée par saint Augustin, Confessions, IX, 11[38]
Elle s'éteint à cinquante-six ans, en 387, le neuvième jour de sa maladie. Augustin a trente-trois ans. Le neuvième livre des Confessions est tout entier le tombeau littéraire de sa mère — l'un des plus beaux portraits de femme de l'Antiquité.
Le retour en Afrique et la naissance d'un moine (388-391)
Thagaste : la communauté des « serviteurs de Dieu »
De retour en Afrique en 388, Augustin vend le patrimoine familial de Thagaste, en distribue le prix aux pauvres, et fonde sur ce qui lui reste une petite communauté de laïcs vouée à la prière, à l'étude et à la vie commune — « serviteurs de Dieu » partageant tout, à l'image des premiers chrétiens de Jérusalem.[39] Il n'a alors aucune ambition cléricale : il veut seulement chercher Dieu avec ses amis, loin du monde.
La Règle de saint Augustin
De cette expérience de vie commune naîtra, à travers ses lettres et son organisation de la communauté épiscopale d'Hippone, la Règle de saint Augustin : un bref code de vie fondé sur la charité fraternelle, la mise en commun des biens et l'unité des cœurs « en route vers Dieu ».[40] Plus courte et plus souple que celle de saint Benoît, elle deviendra l'une des grandes règles de l'Occident, adoptée au fil des siècles par d'innombrables ordres et congrégations — les chanoines réguliers, les Dominicains, les Ermites de saint Augustin et bien d'autres.
« Avant tout, vivez unanimes dans la maison, n'ayant qu'une seule âme et qu'un seul cœur tournés vers Dieu. » — Saint Augustin, Règle, ch. 1[41]
Prêtre puis évêque d'Hippone (391-430)
L'ordination surprise d'Hippone
En 391, Augustin se rend à Hippone (Hippo Regius, port de Numidie) pour y rencontrer un ami qu'il espère gagner à la vie monastique. Il entre dans l'église pendant que le vieil évêque Valère, d'origine grecque et maîtrisant mal le latin, parle au peuple du besoin d'un prêtre. La foule, reconnaissant le célèbre converti, se saisit de lui et le presse de force vers l'autel : Augustin est ordonné prêtre sous les acclamations, en pleurant.[42] Il obtient seulement un délai pour étudier les Écritures avant d'assumer la prédication.
Évêque coadjuteur, puis titulaire
Valère, conscient de tenir un trésor, fait d'Augustin son coadjuteur : vers 395, contre l'usage canonique qui interdisait deux évêques dans une même ville, Augustin est sacré évêque d'Hippone. À la mort de Valère, vers 396, il devient évêque titulaire, charge qu'il portera trente-quatre ans, jusqu'à sa mort.[43] Il transforme aussitôt sa maison épiscopale en monastère de clercs, formant ainsi tout un clergé africain.
Le pasteur : prêcher, juger, nourrir
L'évêque d'Hippone n'est pas un théologien retiré : c'est un pasteur écrasé de travail. Il prêche sans relâche — on a conservé des centaines de ses sermons, pris en note par des sténographes —, tranche les litiges de ses fidèles au tribunal épiscopal (l'audientia episcopalis) des journées entières, écrit, voyage, défend les pauvres contre les puissants.[44] Il regrette parfois la paix monastique perdue, mais se donne tout entier à son peuple.
« Pour vous je suis évêque, avec vous je suis chrétien. Le premier nom dit une charge reçue, le second un titre de grâce ; celui-là est un péril, celui-ci un salut. » — Saint Augustin, Sermon 340, 1[45]
Le docteur dans les trois grands combats
L'œuvre théologique d'Augustin se forge dans la lutte. Trois grandes controverses ont structuré sa pensée et, à travers elle, la théologie catholique tout entière.
Contre les manichéens : le mal n'est pas une substance
Ayant été lui-même manichéen pendant neuf ans, Augustin connaît la secte de l'intérieur, et c'est contre elle qu'il livre ses premiers combats.[46] Sa réponse décisive, héritée du néoplatonisme mais transfigurée par la foi, est que le mal n'a pas d'existence propre : il n'est pas une substance, encore moins un dieu mauvais, mais une privation du bien (privatio boni), une déficience, comme l'ombre est une absence de lumière. Tout ce que Dieu a créé est bon ; le mal moral naît du libre choix de la volonté qui se détourne du bien suprême.
« J'ai cherché ce qu'est le mal, et je n'ai pas trouvé une substance, mais la perversion d'une volonté détournée de la substance suprême — de vous, ô Dieu — vers les choses inférieures. » — Saint Augustin, Confessions, VII, 16[47]
Contre les donatistes : l'unité de l'Église
L'Afrique est alors déchirée par le schisme donatiste : depuis la persécution de Dioclétien, les donatistes — majoritaires en certaines régions — prétendaient former l'Église des « purs » et tenaient pour invalides les sacrements administrés par des ministres qu'ils jugeaient indignes (les traditores, qui avaient livré les Écritures aux persécuteurs).[48] Augustin leur oppose deux principes capitaux : la validité des sacrements ne dépend pas de la sainteté du ministre, car c'est le Christ lui-même qui baptise ; et l'Église est par nature catholique, répandue dans le monde entier, et non confinée à une faction africaine.
« Le jugement du monde entier est sans appel. » (Securus iudicat orbis terrarum) — Saint Augustin, Contre la lettre de Parménien, III, 24[49]
Cette dernière formule, frappée comme un coup de tonnerre, traversera les siècles : c'est elle qui, lue par hasard en 1839, ébranlera la conviction anglicane du cardinal John Henry Newman et l'acheminera vers Rome.[50] Sur l'usage de la contrainte publique contre les donatistes violents (les circoncellions), Augustin évoluera, non sans débats — point que l'histoire continue de discuter.
Contre les pélagiens : la grâce et le péché originel
Le combat le plus profond — celui qui lui vaut son surnom de « Docteur de la grâce » — l'oppose au moine breton Pélage et à ses disciples (Célestius, Julien d'Éclane). Pélage, scandalisé par le relâchement moral, enseignait que l'homme peut se sauver par ses seules forces, sans grâce intérieure, et niait que le péché d'Adam ait blessé la nature humaine.[51] La rupture, raconte Augustin, fut provoquée par une simple phrase des Confessions, que Pélage ne put supporter d'entendre :
« Donne ce que tu commandes, et commande ce que tu veux. » (Da quod iubes et iube quod vis) — Saint Augustin, Confessions, X, 29[52]
Contre Pélage, Augustin défend que, depuis la chute, l'homme a besoin de la grâce de Dieu non seulement pour connaître le bien, mais pour le vouloir et l'accomplir ; que la grâce est un don gratuit, et que même la persévérance finale est un don.[53] Le pélagianisme est condamné par les conciles africains, en particulier le concile de Carthage de 418, puis par le pape Zosime (Epistola tractoria), enfin par tout le Magistère ultérieur.[54] L'Église retiendra d'Augustin l'absolue primauté de la grâce — tout en corrigeant, plus tard, certaines de ses formulations les plus dures sur la prédestination, que Trente et la tradition catholique liront dans l'équilibre.
L'œuvre écrite : un continent littéraire
Possidius, son biographe et ami, écrivait qu'aucun homme ne pourrait lire tout ce qu'Augustin a écrit.[55] Son disciple en dressa un catalogue (Indiculum) recensant plus de mille écrits : traités, lettres, sermons. Deux sommets dominent cet ensemble.
Les Confessions (vers 397-401)
Les Confessions sont à la fois une autobiographie spirituelle et une longue prière adressée à Dieu. En treize livres, Augustin y relit toute sa vie — ses péchés, sa recherche, sa conversion, la mort de sa mère — comme l'histoire d'une miséricorde qui le poursuivait. Les derniers livres s'élèvent en méditation sur la mémoire, le temps et la création.[56] C'est le premier grand récit d'intériorité de la littérature mondiale : Augustin invente, pour ainsi dire, le « je » occidental.
« Vous étiez plus intime à moi-même que le plus intime de moi-même, et plus élevé que les cimes de mon être. » — Saint Augustin, Confessions, III, 6[57]
La Cité de Dieu (413-426)
Après le sac de Rome par Alaric en 410, les païens accusent les chrétiens d'avoir, en abandonnant les vieux dieux, causé la chute de l'Empire. Augustin répond par sa plus vaste œuvre, La Cité de Dieu (De Civitate Dei), écrite en vingt-deux livres entre 413 et 426.[58] Il y oppose deux « cités » mêlées dans l'histoire jusqu'à la fin des temps : la cité terrestre, bâtie sur « l'amour de soi jusqu'au mépris de Dieu », et la cité de Dieu, bâtie sur « l'amour de Dieu jusqu'au mépris de soi ».[59] C'est la première grande théologie de l'histoire, écrite au moment où un monde s'écroule.
« Deux amours ont donc bâti deux cités : l'amour de soi jusqu'au mépris de Dieu, la cité terrestre ; l'amour de Dieu jusqu'au mépris de soi, la cité céleste. » — Saint Augustin, La Cité de Dieu, XIV, 28[60]
De la Trinité, De la doctrine chrétienne, et les autres
Parmi l'immense reste, trois œuvres dominent encore. Le De Trinitate (« De la Trinité », quinze livres, vers 400-420) cherche dans l'âme humaine — mémoire, intelligence, volonté — un reflet créé du mystère trinitaire.[61] Le De doctrina christiana fonde l'art chrétien d'interpréter et d'enseigner l'Écriture. Et à la fin de sa vie, dans un geste d'humilité unique dans l'Antiquité, Augustin relit toute son œuvre dans les Rétractations (Retractationes), corrigeant lui-même ce qu'il juge inexact ou imprudent.[62]
Sermons et lettres : la voix vivante du pasteur
À côté des grands traités, ce sont peut-être les sermons (plus de cinq cents conservés) et les lettres (plus de trois cents) qui font le mieux entendre l'homme : le pasteur qui explique l'Évangile à un peuple simple, console, exhorte, corrige, et dont la pensée la plus haute reste toujours nourrie de l'amour des âmes.[63]
La spiritualité augustinienne
Augustin n'est pas seulement un théologien : il est un maître spirituel, et l'un des plus brûlants. Sa doctrine intérieure tient en quelques intuitions, toutes commandées par le désir et par l'amour.
« Notre cœur est inquiet » : le désir de Dieu
Tout commence et tout finit, chez Augustin, par cette inquiétude du cœur humain qui ne trouve son repos qu'en Dieu. C'est le thème inaugural des Confessions, et la clé de toute sa vie :
« Vous nous avez faits pour vous, Seigneur, et notre cœur est inquiet jusqu'à ce qu'il repose en vous. » — Saint Augustin, Confessions, I, 1[64]
L'homme est un être de désir, et son désir est plus grand que tout le créé : aucune chose finie ne peut le combler, parce qu'il est fait pour l'Infini. La vie spirituelle consiste à purifier ce désir et à le tourner vers son seul objet véritable.[65]
« Rentre en toi-même » : l'intériorité
Contre les manichéens qui cherchaient Dieu dans l'espace, et contre lui-même qui l'avait cherché « au dehors », Augustin enseigne le chemin de l'intériorité : c'est en rentrant au plus profond de soi que l'on trouve Dieu, plus intime à nous que nous-mêmes.
« Ne va pas au-dehors, rentre en toi-même : c'est dans l'homme intérieur qu'habite la vérité. » — Saint Augustin, De la vraie religion, 39[66]
« Tard je t'ai aimée » : la beauté de Dieu
Au cœur du livre X des Confessions éclate l'un des plus célèbres cris d'amour de toute la littérature mystique — l'aveu d'un homme qui a longtemps cherché ailleurs la Beauté qui l'attendait au-dedans :
« Tard je t'ai aimée, beauté si ancienne et si nouvelle, tard je t'ai aimée ! Et voici que tu étais au-dedans, et moi au-dehors, et c'est là que je te cherchais. [...] Tu étais avec moi, et je n'étais pas avec toi. » — Saint Augustin, Confessions, X, 27[67]
La grâce et l'humilité
De son combat contre Pélage, Augustin tire une spiritualité de l'humilité absolue : tout ce qu'il y a de bon en nous est don de Dieu, et l'orgueil de se croire l'auteur de son propre salut est la racine de tous les maux. La grâce ne supprime pas la liberté ; elle la guérit, la libère et la rend capable d'aimer.[68] Cette conscience aiguë de la gratuité du salut fait d'Augustin le grand docteur de la prière de demande : on ne mérite pas la grâce, on la mendie.
« Aime, et fais ce que tu veux »
Toute la morale d'Augustin se ramasse enfin dans la charité. La formule la plus connue — souvent citée, parfois mal comprise — n'est pas un appel au laisser-aller, mais l'affirmation que l'amour vrai de Dieu est la racine et la règle de toute action droite :
« Aime, et fais ce que tu veux. » (Dilige, et quod vis fac) — Saint Augustin, Commentaire de la première épître de saint Jean, VII, 8[69]
Qui aime vraiment Dieu ne peut vouloir que le bien : la charité est « la racine d'où ne peut sortir que le bien ».[70] C'est la pointe de toute la spiritualité augustinienne — un christianisme du cœur plus que de la règle, de l'amour ordonné plus que de la simple observance.
La mort dans Hippone assiégée (430)
Le siège des Vandales
Les dernières années d'Augustin sont assombries par la catastrophe. Les Vandales, peuple germanique de confession arienne, conduits par leur roi Genséric, déferlent sur l'Afrique romaine à partir de 429, brûlant, pillant, massacrant.[71] Au printemps 430, ils mettent le siège devant Hippone. Augustin, vieux et malade, voit s'effondrer le monde qu'il a servi : ses Églises ravagées, ses fidèles dispersés ou tués. Il exhorte ses évêques à demeurer auprès de leur peuple plutôt que de fuir.
Les psaumes de la pénitence au mur
Au troisième mois du siège, Augustin tombe malade d'une fièvre dont il ne se relèvera pas. Possidius, témoin oculaire, raconte qu'il fit recopier en grands caractères les psaumes de la pénitence de David et les fit afficher au mur de sa chambre, pour les lire de son lit et les pleurer sans cesse durant ses derniers jours.[72]
« Il avait coutume de dire qu'après le baptême, même un chrétien et un prêtre dignes d'éloges ne devaient pas quitter ce corps sans une digne et convenable pénitence. C'est ce qu'il fit dans sa dernière maladie : il fit transcrire les psaumes de David qui concernent la pénitence [...] et, les regardant fixés au mur, il pleurait abondamment. » — Possidius, Vie de saint Augustin, 31[73]
« Le grand docteur s'endormit »
Augustin meurt le 28 août 430, à soixante-quinze ans, dans la pleine possession de ses facultés, entouré des siens en prière.[74] Il ne laisse aucun testament — il n'avait rien — sinon sa bibliothèque, qu'il recommanda de conserver soigneusement pour l'Église. Possidius note que la providence épargna ce trésor : les écrits du saint survécurent à la ruine d'Hippone, bientôt brûlée par les Vandales. C'est par eux qu'Augustin allait conquérir, mort, bien plus que l'Afrique qu'il perdait vivant.
Culte, reliques et héritage
Les reliques : d'Hippone à la Sardaigne, puis à Pavie
Le corps d'Augustin fut d'abord enseveli à Hippone. Mais quand les Vandales ariens persécutèrent les catholiques, des évêques africains exilés emportèrent ses reliques en Sardaigne, à Cagliari, à la fin du Vᵉ siècle.[75] Deux siècles plus tard, l'île étant menacée par les raids sarrasins, l'évêque Pierre de Pavie en avertit le roi lombard Liutprand, qui racheta les restes du saint et les fit transférer, vers 720-725, dans sa capitale de Pavie, en l'église San Pietro in Ciel d'Oro.[76] Ils y reposent toujours, dans le superbe tombeau de marbre sculpté du XIVᵉ siècle, l'Arca di Sant'Agostino. Redécouvertes en octobre 1695 dans un cercueil de plomb et d'argent, les reliques furent solennellement réinstallées à San Pietro le 7 octobre 1900, événement que le pape Léon XIII célébra par un poème.
Docteur de l'Église, l'un des quatre grands docteurs latins
Vénéré comme saint dès après sa mort par acclamation populaire, Augustin est rangé par toute la tradition parmi les Pères de l'Église, puis officiellement compté, avec un décret du pape Boniface VIII en 1298, parmi les quatre grands docteurs de l'Occident latin.[77]
| Docteur latin | Vécu | Apport principal |
|---|---|---|
| Saint Ambroise | v. 339-397 | L'évêque-pasteur, la liturgie, les hymnes |
| Saint Jérôme | v. 345-420 | La Vulgate, l'exégèse biblique |
| Saint Augustin | 354-430 | La grâce, l'intériorité, la Cité de Dieu |
| Saint Grégoire le Grand | v. 540-604 | La charge pastorale, la liturgie |
On lui donne le titre propre de « Docteur de la grâce » (Doctor gratiae), en raison de son enseignement décisif sur la grâce et le péché originel. Sa fête liturgique est fixée au 28 août, lendemain de celle de sa mère Monique (27 août) — la liturgie ayant voulu, dans la mort comme dans la vie, garder le fils tout près de celle qui l'avait enfanté deux fois.[78]
Une postérité sans égale
Peu d'auteurs ont autant façonné la pensée occidentale. Au Moyen Âge, sa Règle structure la vie religieuse, et sa théologie nourrit toute la scolastique — Thomas d'Aquin le cite plus que tout autre Père. Les ordres augustiniens se réclament de lui : c'est dans l'un d'eux, les Ermites de saint Augustin, qu'entrera plus tard un moine nommé Martin Luther, lecteur passionné — et partial — du docteur de la grâce.[79] Pascal, Bossuet, Newman, et jusqu'à la philosophie moderne de la subjectivité, sont tous, à des titres divers, ses héritiers.
Mais l'essentiel n'est pas là. Si l'Église a tant aimé Augustin, c'est qu'il a montré, mieux que personne, qu'aucune vie n'est perdue pour Dieu : un esprit brillant et un cœur déréglé, longtemps esclaves de l'erreur et des passions, peuvent devenir, par la seule grâce, le plus grand docteur de l'amour. Son histoire est celle de tout pécheur appelé — et c'est pourquoi, seize siècles après, on lit toujours les Confessions.
« Vous étiez au-dedans, et moi au-dehors. [...] Vous avez appelé, et vous avez crié, et vous avez forcé ma surdité. » — Saint Augustin, Confessions, X, 27[80]
Pour aller plus loin
- Sainte Monique — la mère d'Augustin, dont les larmes et les prières obtinrent sa conversion ; un modèle des mères chrétiennes.
- Saint Ambroise de Milan — l'évêque qui acheva de convertir Augustin et le baptisa à Pâques 387.
- Saint Antoine le Grand — le père des moines d'Égypte, dont la Vie écrite par Athanase bouleversa Augustin à la veille de sa conversion.
- Saint Jérôme — le contemporain savant et bibliste, correspondant parfois orageux d'Augustin, et autre grand docteur latin.
- Saint Grégoire le Grand — le dernier des quatre grands docteurs latins, qui referme l'Antiquité chrétienne qu'Augustin avait illuminée.
- Les docteurs de l'Église dans l'histoire — la liste complète et le sens du titre de docteur de l'Église.
Notes et références
Eugène Portalié, « Life of St. Augustine of Hippo » et « Teaching of St. Augustine of Hippo », The Catholic Encyclopedia, vol. 2, New York, Robert Appleton Company, 1907 ; texte repris sur New Advent : https://www.newadvent.org/cathen/02084a.htm. Synthèse utilisée pour : naissance à Thagaste le 13 novembre 354, père Patricius, mère Monique ; études à Madaure et Carthage ; concubine et fils Adéodat (v. 372) ; neuf ans de manichéisme ; Faustus de Milève ; départ pour Rome (383) puis chaire de rhétorique de Milan (384) ; rencontre d'Ambroise ; lecture des platoniciens ; baptême à Pâques 387 ; retour en Afrique (388) et vie commune à Thagaste ; ordination sacerdotale à Hippone (391) par Valère ; épiscopat coadjuteur (v. 395) puis titulaire (v. 396) ; controverses manichéenne, donatiste, pélagienne ; œuvres (Confessions, De Trinitate, De Civitate Dei, De doctrina christiana, Retractationes) ; mort le 28 août 430 ; fête au 28 août.
1 7 12 14 17 20 21 23 26 33 34 39 42 43 46 48 58 61 62 78Sur les quatre grands docteurs de l'Église latine (Ambroise, Jérôme, Augustin, Grégoire le Grand) et le décret du pape Boniface VIII (1298) ordonnant la célébration de leurs fêtes dans toute l'Église latine, voir l'article « Doctor of the Church », Catholic Encyclopedia (New Advent), et l'article Ignispedia Les docteurs de l'Église dans l'histoire. Augustin porte en propre le titre de Doctor gratiae, « Docteur de la grâce ».
2 77Saint Augustin, Confessions, livre VIII : le récit, par Ponticianus, de la conversion de fonctionnaires impériaux lisant la Vie de saint Antoine d'Athanase ; le déchirement de la volonté « je voulais et je ne voulais pas » ; la scène du jardin de Milan (été 386) et la voix d'enfant « Tolle, lege ! » (VIII, 12) ; l'ouverture de l'épître de saint Paul aux Romains 13, 13-14. Texte latin sur The Latin Library, conf8.
3 29 31 32Saint Augustin, Confessions, livre I, ch. 1 : « Fecisti nos ad te et inquietum est cor nostrum, donec requiescat in te » — « Vous nous avez faits pour vous, et notre cœur est inquiet jusqu'à ce qu'il repose en vous ». Également I, 1 sur la grandeur de Dieu (Ps 144/145) et le nom du Christ reçu « avec le lait » de Monique ; livre I sur la haine de l'école, l'amour du latin et les pleurs sur Didon. Traduction française de référence (ressources locales : Les Confessions, Écrits des saints et mystiques) ; texte latin sur The Latin Library, https://www.thelatinlibrary.com/augustine/conf1.shtml.
4 9 10 64Possidius de Calama, Vita sancti Augustini (« Vie de saint Augustin »), rédigée vers 432-439 par un évêque ami et témoin oculaire. Source pour : l'ampleur de l'œuvre (« nul ne pourrait tout lire ») et l'Indiculum (catalogue des écrits) ; le siège d'Hippone par les Vandales de Genséric (430) ; la dernière maladie au troisième mois du siège ; les psaumes de la pénitence recopiés et affichés au mur, lus en pleurant (ch. 31) ; la mort le 28 août 430 à 75 ans (né le 13 novembre 354, il n'avait pas atteint son 76ᵉ anniversaire) ; la bibliothèque conservée pour l'Église. Traduction anglaise de référence : H. T. Weiskotten, Princeton, 1919 (texte sur tertullian.org).
5 6 55 71 72 73 74Benoît XVI, catéchèses sur saint Augustin (1 et 2), audiences générales des 9 janvier et 16 janvier 2008, vatican.va : Augustin né à Thagaste en 354 d'un père païen (Patricius) et d'une mère chrétienne (Monique) ; le larcin des poires des Confessions ; le manichéisme ; la conversion de Milan ; les Confessions comme autobiographie spirituelle et prière ; la légende (postérieure) du Te Deum improvisé au baptême ; l'influence d'Augustin sur toute la pensée occidentale, y compris Luther, ermite de saint Augustin.
8 11 16 35 56 79Saint Augustin, Confessions, livre III : « Veni Carthaginem, et circumstrepebat me undique sartago flagitiosorum amorum » (III, 1) ; l'Hortensius de Cicéron qui l'enflamme pour la sagesse (III, 4) ; l'entrée dans le manichéisme et le mal compris comme privation du bien (III, 7) ; « Tu autem eras interior intimo meo et superior summo meo » (III, 6). Texte latin sur The Latin Library, conf3.
13 15 18 57Saint Augustin, Confessions, livre IV : la mort de l'ami de jeunesse à Thagaste et la violence de la douleur ; les neuf années d'erreur ; l'enseignement de la rhétorique ; le traité perdu De pulchro et apto (« Du beau et du convenable »).
19Saint Augustin, Confessions, livre V : le départ pour Rome (383) en trompant Monique restée en larmes au rivage ; la déception de Faustus ; la chaire de rhétorique obtenue à Milan grâce à Symmaque (384) ; les premières prédications d'Ambroise écoutées en rhéteur puis reçues pour leur substance.
22 24Saint Augustin, Confessions, livre VI, ch. 4 : Ambroise enseignant publiquement « la lettre tue, mais l'esprit vivifie » (2 Co 3, 6) et levant le voile du sens spirituel de l'Écriture ; arrivée de Monique à Milan ; Augustin redevenu catéchumène.
25Saint Augustin, Confessions, livre VII : les « livres des platoniciens » (Plotin via Marius Victorinus) le libérant du matérialisme (VII, 9) ; il y lit « au commencement était le Verbe » mais non « le Verbe s'est fait chair » ; le mal défini comme perversion de la volonté détournée de Dieu, non comme substance (VII, 16). Texte latin sur The Latin Library, conf7.
27 28 47Saint Augustin, Confessions, VI, 16 : « Je n'avais plus pour me retenir de m'enfoncer plus bas dans le gouffre des voluptés charnelles, que la crainte de la mort et de ton futur jugement. » ; cité par Matthieu Lavagna, La question difficile de l'enfer, 2026 (éditeur non précisé dans l'extrait), p. PDF 65 (citant saint Augustin, Les Confessions, VI, 16, BAug 13, p. 571).
30Saint Augustin, Confessions, livre IX : la retraite à Cassiciacum ; le baptême par Ambroise à Pâques 387 (Augustin, Adéodat, Alypius) ; les larmes au chant des hymnes de l'Église de Milan (IX, 6) ; l'extase d'Ostie avec Monique conversant de la vie éternelle (IX, 10) ; la mort de Monique au neuvième jour de sa maladie, dans sa cinquante-sixième année et la trente-troisième d'Augustin (IX, 11), et sa parole « Rien n'est loin de Dieu ».
36 37 38Saint Augustin, Regula (Praeceptum) : le premier précepte demande de vivre unanimes, « n'ayant qu'une seule âme et qu'un seul cœur tournés vers Dieu » (Ac 4, 32). La Règle, fondée sur la charité fraternelle et la communauté des biens, sera adoptée par les chanoines réguliers, les Dominicains, les Ermites de saint Augustin et de nombreux ordres. Voir Portalié, Catholic Encyclopedia, et les Sermons 355-356 sur la vie commune du clergé d'Hippone.
40 41Benoît XVI, catéchèses sur saint Augustin (3 et 4), audiences générales des 30 janvier et 20 février 2008, vatican.va : l'évêque d'Hippone écrasé de travail pastoral (prédication, audientia episcopalis, charité) ; les centaines de sermons pris en note ; « Pour vous je suis évêque, avec vous je suis chrétien » (Sermon 340, 1 ; PL 38, 1483) ; la maison épiscopale transformée en monastère de clercs ; l'importance des lettres et des sermons comme voix vivante du pasteur.
44 45 63Saint Augustin, Contra epistulam Parmeniani, III, 24 : « Quapropter securus iudicat orbis terrarum bonos non esse qui se dividunt ab orbe terrarum » — « C'est pourquoi le monde entier juge avec assurance… » (souvent abrégé « Securus iudicat orbis terrarum »). Sur la doctrine augustinienne des sacrements (c'est le Christ qui baptise, indépendamment de la dignité du ministre — cf. aussi De baptismo contra Donatistas) et l'unité catholique contre le schisme donatiste, voir Portalié, Catholic Encyclopedia. C'est cette formule qui ébranla John Henry Newman en 1839 (cf. Apologia pro vita sua).
49 50Sur la controverse pélagienne : Pélage et Célestius niaient la nécessité de la grâce intérieure et la transmission du péché originel ; Julien d'Éclane prolongea le débat. Augustin défend la primauté absolue de la grâce (De natura et gratia, De gratia et libero arbitrio, De praedestinatione sanctorum, De dono perseverantiae). Le pélagianisme fut condamné par le concile de Carthage de 418 (canons sur le péché originel et la grâce ; cf. Denzinger n° 222-230) et par le pape Zosime (Epistola tractoria). Voir Portalié, Catholic Encyclopedia (New Advent), cathen/02084a et l'article « Pelagius and Pelagianism ».
51 53 54 68Saint Augustin, Confessions, livre X, ch. 29 : « Da quod iubes et iube quod vis » — « Donne ce que tu commandes, et commande ce que tu veux. » Augustin rapporte lui-même, dans le De dono perseverantiae 20, 53, que ce sont ces mots, cités à Rome en sa présence, que Pélage ne put supporter, déclenchant la controverse pélagienne.
52Saint Augustin, De Civitate Dei (La Cité de Dieu), 22 livres écrits entre 413 et 426, en réponse au sac de Rome par Alaric (410). Livre XIV, ch. 28 : « Fecerunt itaque civitates duas amores duo : terrenam scilicet amor sui usque ad contemptum Dei, caelestem vero amor Dei usque ad contemptum sui » — « Deux amours ont bâti deux cités : l'amour de soi jusqu'au mépris de Dieu, la cité terrestre ; l'amour de Dieu jusqu'au mépris de soi, la cité céleste. » Traduction française de référence (ressources locales : La Cité de Dieu, Écrits des saints et mystiques) ; texte latin sur The Latin Library, https://www.thelatinlibrary.com/augustine/civ14.shtml.
59 60Benoît XVI, catéchèse sur saint Augustin (5), audience générale du 27 février 2008, vatican.va, sur la conversion permanente d'Augustin et sa spiritualité ; l'inquiétude du cœur et le désir de Dieu ; l'intériorité (« rentre en toi-même », d'après De vera religione 39, 72 : « Noli foras ire, in te ipsum redi ; in interiore homine habitat veritas »).
65 66Saint Augustin, Confessions, livre X, ch. 27 : « Sero te amavi, pulchritudo tam antiqua et tam nova, sero te amavi ! Et ecce intus eras et ego foris [...]. Mecum eras, et tecum non eram » — « Tard je t'ai aimée, beauté si ancienne et si nouvelle, tard je t'ai aimée ! Tu étais au-dedans, et moi au-dehors [...]. Tu étais avec moi, et je n'étais pas avec toi. » L'un des sommets mystiques de l'œuvre.
67 80Saint Augustin, In Epistolam Ioannis ad Parthos tractatus, VII, 8 : « Dilige, et quod vis fac » — « Aime, et fais ce que tu veux. » Le contexte précise qu'il s'agit de la charité comme racine intérieure : « que la racine de la charité soit au-dedans ; de cette racine il ne peut sortir que du bien. » Formule souvent citée à contresens : elle ne dispense pas de la loi morale, mais affirme que l'amour ordonné de Dieu commande toute action droite.
69 70Sur la translation des reliques : Bède le Vénérable, Martyrologium (VIIIᵉ siècle), au 28 août, rapporte que les reliques d'Augustin furent transportées de Sardaigne à Pavie par le roi lombard Liutprand (base Cult of Saints, Oxford, notice E05608). Le site de l'Ordre de saint Augustin (AUGNET) précise, d'après le « vrai Martyrologe » de Bède, que le corps fut d'abord porté à Cagliari par les évêques expulsés d'Afrique par le Vandale Hunéric (fin du Vᵉ siècle), puis racheté des mains des Sarrasins et déposé à Saint-Pierre de Pavie vers 720 : http://augnet.org/en/life-of-augustine/in-africa-again/1214-augustines-tomb-01/. Récit contemporain : Paul Diacre, Histoire des Lombards, VI, 48 — Liutprand, apprenant que les Sarrasins ravageaient la Sardaigne jusqu'au tombeau d'Augustin, le racheta à grand prix et le fit porter à Pavie (Ticinum) : https://elfinspell.com/MedievalMatter/PaultheDeacon-PaulusDiaconus/HistoryOfTheLangobards/PaulTheDeacon-Book6.html. L'avertissement donné au roi par l'évêque Pierre de Pavie et le rachat à poids d'or sont racontés dans la lettre de l'archevêque Oldrad de Milan à Charlemagne sur cette translation. À Pavie : Catholic Encyclopedia, art. « Pavia » (New Advent, https://www.newadvent.org/cathen/11592b.htm) — Luitprand apporta le corps de Sardaigne et le dissimula ; retrouvé en 1695 dans un cercueil de plomb et d'argent, avec longue procédure d'identification ; tombeau de marbre du XIVᵉ siècle ; et art. « Hermits of St. Augustine » (New Advent, https://www.newadvent.org/cathen/07281a.htm) — le 7 octobre 1900, le corps fut ramené de la cathédrale à San Pietro, événement célébré par un poème du pape Léon XIII. L'Ordre de saint Augustin, gardien de la basilique depuis 1900, raconte la redécouverte d'octobre 1695 (coffret de marbre, châsse d'argent aux croix lombardes) : http://www.augnet.org/en/life-of-augustine/in-africa-again/1215-augustines-tomb-02/.
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