Saint Jérôme (345-420)

Saint Jérôme, Père et docteur de l'Église, est le traducteur de la Bible en latin : sa Vulgate nourrira l'Occident pendant mille ans. Moine à Bethléem, exégète passionné et polémiste redoutable, il laisse cette maxime : « Ignorer les Écritures, c'est ignorer le Christ. »

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Saint Jérôme (en latin Eusebius Sophronius Hieronymus), né vers 345-347 à Stridon et mort le 30 septembre 420 à Bethléem, est l'un des plus grands savants de l'Antiquité chrétienne et le principal traducteur de la Bible en latin.[1] Prêtre, moine, exégète, polémiste et directeur spirituel, il est honoré comme Père et Docteur de l'Église, et compté parmi les quatre grands docteurs de l'Occident latin, avec saint Ambroise, saint Augustin et saint Grégoire le Grand.[2]

Son nom reste attaché à un monument : la Vulgate, cette version latine de l'Écriture qu'il établit à partir de l'hébreu et du grec, et qui nourrira la prière, la liturgie, la théologie et l'art de l'Occident pendant plus de mille ans.[3] Aucun Père latin n'a connu aussi intimement les langues bibliques ; aucun n'a défendu avec autant de feu la Hebraica veritas, la « vérité hébraïque » du texte sacré.[4]

Jérôme est aussi un caractère : ardent, irascible, capable d'une tendresse profonde pour ses amis comme d'une violence redoutable contre ses adversaires. Sa conversion intérieure est scellée par un songe célèbre, où un juge céleste lui reproche d'être « cicéronien, non chrétien ».[5] De ce déchirement entre la culture antique qu'il aime et l'Évangile qui le saisit naît l'un des plus grands serviteurs de la Parole de Dieu.

Retiré à Bethléem auprès de la grotte de la Nativité, entouré des nobles romaines qu'il a guidées vers la Terre sainte, il y traduit, commente, enseigne et combat jusqu'à sa mort. L'Église en a fait le patron des traducteurs et des biblistes, et son cri reste son meilleur portrait : « Aimez l'Écriture sainte, et la sagesse vous aimera. »[6]

Qui est saint Jérôme ?

Le nom et l'identité

Le saint se nomme Eusebius Sophronius Hieronymus — Hieronymus, « nom sacré » en grec, francisé en Jérôme. Il est né dans une famille chrétienne aisée de Stridon, petite ville des confins de la Dalmatie et de la Pannonie (région des Balkans, aujourd'hui à la frontière de la Croatie et de la Slovénie), que les invasions gothiques détruiront de son vivant.[7] La date exacte de sa naissance reste discutée : la tradition ancienne la plaçait vers 331, mais la recherche moderne la situe plutôt vers 345-347, ce qui explique le titre retenu pour cet article.[8]

Les sources de sa biographie

Jérôme est l'un des Pères les mieux documentés, et largement par lui-même. Sa correspondance — plus de 150 lettres conservées — constitue une mine biographique de premier ordre, à condition de tenir compte de sa tendance à se mettre en scène.[9] Il s'est d'ailleurs lui-même inscrit dans son De viris illustribus (« Des hommes illustres », vers 393), un répertoire des écrivains chrétiens qu'il achève par sa propre notice.[10] À ces sources directes s'ajoutent les témoignages de ses contemporains, amis comme saint Augustin ou adversaires comme Rufin d'Aquilée.

Jeunesse et formation

Les études à Rome sous Donat

Vers l'âge de douze ans, Jérôme est envoyé à Rome pour y parfaire son éducation. Il y suit l'enseignement du célèbre grammairien Aelius Donat — le commentateur de Virgile et de Térence, dont les manuels formeront les écoliers du Moyen Âge — et se passionne pour les lettres latines : Cicéron, Virgile, Salluste, Térence.[11] Il y constitue déjà une bibliothèque personnelle, copiée de sa main, qu'il chérira toute sa vie. C'est aussi à Rome qu'il reçoit le baptême, vraisemblablement vers 366, des mains du pape Libère ou peu après.[12]

« Lorsque j'étais jeune homme, brûlant d'un merveilleux désir d'apprendre, je ne me suis pas instruit moi-même, présumant de mes forces. » — Saint Jérôme, Lettre 125, à Rusticus[13]

Trèves, Aquilée et les premiers compagnons

Après Rome, Jérôme voyage. À Trèves, capitale impériale des Gaules, il découvre la vie monastique naissante et copie des ouvrages de théologie : c'est là, semble-t-il, que mûrit sa décision de se consacrer à Dieu.[14] De retour à Aquilée, dans le nord de l'Italie, il rejoint un cercle d'amis ascètes, parmi lesquels Rufin d'Aquilée, qui sera plus tard son plus douloureux adversaire. Une querelle obscure disperse ce premier groupe, et Jérôme part vers l'Orient.

La conversion du désert

Le songe : « Tu es cicéronien, non chrétien »

Vers 374, malade à Antioche, Jérôme fait un rêve qui marquera toute sa vie spirituelle. Il se voit traîné devant le tribunal du Juge céleste. Sommé de dire qui il est, il répond : « Je suis chrétien. » Mais le Juge réplique : « Tu mens. Tu es cicéronien, non chrétien ; car où est ton trésor, là est ton cœur. »[15] Il raconte la scène dans sa fameuse Lettre 22 à Eustochium :

« Interrogé sur ma condition, je répondis que j'étais chrétien. Mais celui qui siégeait me dit : "Tu mens. Tu es cicéronien, non chrétien ; car là où est ton trésor, là est aussi ton cœur." » — Saint Jérôme, Lettre 22 à Eustochium[16]

Sous les coups d'un châtiment qu'il croit réel, Jérôme jure de ne plus jamais lire les livres profanes. Le récit, qu'on a parfois interprété comme un artifice littéraire, marque pourtant un véritable tournant : ses références aux auteurs classiques se raréfient nettement après cette lettre.[17]

L'ermite du désert de Chalcis

De 374 à 379 environ, Jérôme se retire dans le désert de Chalcis, au sud-ouest d'Antioche, pour y mener la vie des anachorètes : jeûnes, larmes, combats contre les tentations. C'est l'image que l'art retiendra surtout — le pénitent décharné, frappant sa poitrine d'une pierre devant un crucifix.[18] Il décrira plus tard ce combat avec une crudité saisissante :

« Combien de fois, établi dans le désert, dans cette vaste solitude brûlée par les ardeurs du soleil, je me suis cru au milieu des plaisirs de Rome ! [...] Mon visage était pâle de jeûnes, et mon esprit, dans un corps glacé, brûlait de désirs. » — Saint Jérôme, Lettre 22 à Eustochium[19]

L'apprentissage de l'hébreu

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C'est au désert que Jérôme accomplit une décision décisive pour l'histoire de la Bible : il se met à l'hébreu, langue alors presque ignorée des chrétiens latins, sous la conduite d'un Juif converti. L'effort est rude — il avoue avoir lutté contre l'âpreté de ces « sifflements et mots haletants » — mais il en sort capable, fait unique parmi les Pères latins, de lire l'Ancien Testament dans sa langue originale.[20] Ordonné prêtre à Antioche vers 379 (à condition de rester libre de toute charge pastorale), il se perfectionne à Constantinople auprès de saint Grégoire de Nazianze, dont il suit l'enseignement.[21]

Au service du pape Damase (382-385)

Le secrétaire du pape

En 382, Jérôme accompagne à Rome l'évêque Paulin d'Antioche pour un concile. Le pape saint Damase Ier, lettré et ami des études, le retient comme secrétaire et conseiller.[22] Pendant trois ans, Jérôme rédige des réponses aux consultations, conseille le pape sur les questions d'Écriture, et acquiert un immense prestige dans la haute société chrétienne de Rome.

La commande de la révision biblique

C'est Damase qui confie à Jérôme la tâche dont naîtra la Vulgate : réviser les anciennes traductions latines des Évangiles sur le texte grec, pour mettre fin au désordre des manuscrits divergents. Jérôme s'en explique dans sa lettre-préface à Damase :

« Tu m'obliges à faire d'un ancien ouvrage une œuvre nouvelle [...]. Y a-t-il en effet un homme, savant ou ignorant, qui, prenant ce volume en main, ne s'écrie aussitôt que je suis un faussaire et un sacrilège, pour avoir osé ajouter, changer, corriger quelque chose dans les anciens livres ? » — Saint Jérôme, préface à la révision des Évangiles, à Damase[23]

Le cercle des nobles romaines

Francisco de Zurbarán et atelier, vers 1640–1650, National Gallery of Art, Washington, Samuel H. Kress Collection. Wikimedia Commons — domaine public.

À Rome, Jérôme devient le directeur spirituel d'un cercle de patriciennes réunies sur l'Aventin autour de la veuve Marcella : femmes cultivées, attirées par l'ascèse et l'étude de l'Écriture. Parmi elles, deux noms resteront inséparables du sien : la riche veuve Paula et sa fille Eustochium, à qui Jérôme adresse certaines de ses plus belles lettres sur la virginité consacrée.[24] Il leur apprend l'hébreu, leur commente les psaumes, les forme à une vie de prière et de renoncement.

Le départ de Rome

La rudesse de Jérôme, ses satires mordantes contre le clergé mondain et les fausses dévotions lui valent de solides inimitiés. À la mort de Damase, en décembre 384, son protecteur disparu, il est l'objet d'une campagne hostile et doit quitter Rome en août 385.[25] Il part pour l'Orient, bientôt suivi de Paula et d'Eustochium.

Bethléem : le monastère et la Vulgate

L'installation en Terre sainte

Après un pèlerinage aux Lieux saints et une visite des moines d'Égypte, Jérôme et ses compagnes se fixent en 386 à Bethléem, près de la grotte de la Nativité. Paula y fonde et finance plusieurs monastères : un pour les hommes, dirigé par Jérôme, trois pour les femmes, ainsi qu'une hôtellerie pour les pèlerins.[26] Jérôme y passera les trente-quatre dernières années de sa vie, dans une cellule taillée, dit la tradition, près de la grotte même de la Nativité.

  1. vers 345-347
    Naissance à Stridon
    Confins de Dalmatie et Pannonie

    Dans une famille chrétienne aisée des Balkans romains.

  2. vers 360
    Études à Rome
    Sous le grammairien Aelius Donat

    Lettres latines, baptême, première bibliothèque personnelle.

  3. 374-379
    L'ermite du désert de Chalcis
    Près d'Antioche

    Le songe « cicéronien, non chrétien » ; apprentissage de l'hébreu ; ordination sacerdotale.

  4. 382-385
    Secrétaire du pape Damase
    Rome

    Révision des Évangiles latins ; cercle de Marcella, Paula et Eustochium.

  5. 386
    Installation à Bethléem
    Près de la grotte de la Nativité

    Fondation des monastères avec Paula ; début du grand œuvre biblique.

  6. 390-405
    La Vulgate
    Traduction de l'Ancien Testament sur l'hébreu

    Commentaires bibliques, querelles doctrinales, direction spirituelle.

  7. 30 septembre 420
    Mort à Bethléem
    Près de la grotte de la Nativité

    Inhumé sur place, puis ses reliques transférées à Rome.

La Vulgate : la Bible latine de l'Occident

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À Bethléem, Jérôme entreprend l'œuvre de sa vie. Loin de se contenter de réviser les versions latines existantes (la Vetus Latina), il décide de retraduire l'Ancien Testament directement sur l'hébreu, et non plus sur le grec de la Septante — choix audacieux, presque scandaleux pour ses contemporains habitués à tenir la Septante pour inspirée.[27]

La « vérité hébraïque »

Le principe de Jérôme est la Hebraica veritas : pour atteindre le sens authentique de l'Ancien Testament, il faut remonter au texte hébreu original. Entre 390 et 405, il traduit ainsi la presque totalité des livres de l'Ancien Testament, tout en révisant les Évangiles et les Psaumes.[28] Sa méthode mêle la fidélité au sens et le souci de la langue latine :

« Je ne traduis pas mot pour mot, mais sens pour sens, sauf dans les Saintes Écritures, où l'ordre même des mots est un mystère. » — Saint Jérôme, Lettre 57 à Pammachius, « De la meilleure manière de traduire »[29]

La réception et le concile de Trente

Contestée d'abord, la traduction de Jérôme s'impose peu à peu, au point de devenir la version commune — la vulgata editio, d'où son nom de Vulgate. Plus de onze siècles plus tard, le concile de Trente, dans sa session du 8 avril 1546, la déclare « authentique » pour l'usage public de l'Église : non pas supérieure à l'original, mais fiable et exempte d'erreur en matière de foi et de mœurs.[30] C'est ce texte qui nourrira toute la liturgie, la théologie scolastique et l'art de l'Occident.

Le polémiste et le défenseur de la foi

Jérôme n'est pas seulement un traducteur : c'est un controversiste redoutable, qui met sa plume au service de la foi catholique avec une vigueur parfois excessive, mais toujours au service de vérités importantes.

Contre Helvidius : la virginité perpétuelle de Marie

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Dès Rome, Jérôme réfute Helvidius, qui niait la virginité perpétuelle de la Vierge en interprétant les « frères de Jésus » comme des fils de Marie. Jérôme montre que le mot biblique « frère » désigne aussi les proches parents, et défend la virginité ante partum, in partu et post partum.[31] Son traité fixe pour longtemps la doctrine catholique sur ce point.

Contre Jovinien et Vigilance

Contre Jovinien, qui mettait sur le même plan le mariage et la virginité, et niait la valeur du jeûne, Jérôme exalte (parfois jusqu'à l'excès) la supériorité de la virginité consacrée.[32] Contre Vigilance, il défend la vénération des reliques et des martyrs, les veilles dans les sanctuaires et la prière des saints — pratiques que ce prêtre gaulois tournait en dérision.[33]

La querelle origéniste avec Rufin

La plus douloureuse de ses controverses l'oppose à son ancien ami Rufin d'Aquilée, à propos des doctrines d'Origène. Jérôme, qui avait d'abord admiré le grand exégète alexandrin, prend résolument parti contre les erreurs origénistes (préexistence des âmes, salut final universel). La rupture avec Rufin est brutale et publique, et l'amitié ne se rétablira jamais.[34] Elle illustre la part d'ombre du caractère de Jérôme — mais aussi son refus de tout compromis sur la doctrine.

Contre les pélagiens

Vers la fin de sa vie, Jérôme se range aux côtés de saint Augustin dans le combat contre le pélagianisme, cette hérésie qui minimisait la nécessité de la grâce. Son Dialogue contre les pélagiens (415) lui vaut la haine de leurs partisans : des moines exaltés vont jusqu'à incendier ses monastères de Bethléem.[35]

La spiritualité de saint Jérôme

L'amour passionné de l'Écriture

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Toute la vie intérieure de Jérôme tient en une phrase, devenue l'une des maximes les plus célèbres de la tradition catholique, tirée du prologue de son Commentaire sur Isaïe :

« Ignorer les Écritures, c'est ignorer le Christ. » — Saint Jérôme, prologue du Commentaire sur Isaïe[36]

Pour Jérôme, l'Écriture n'est pas un objet d'érudition : c'est le lieu d'une rencontre vivante avec le Verbe de Dieu. Il presse Eustochium, Paula, et tous ses correspondants, de lire et méditer la Bible sans relâche :

« Lis souvent les divines Écritures ; bien plus, que tes mains ne lâchent jamais le livre saint. » — Saint Jérôme, Lettre 52 à Népotien[37]

L'ascèse et la pénitence

L'autre versant de sa spiritualité est l'ascèse : jeûne, veilles, pénitence corporelle, mépris du monde. Jérôme n'a cessé de prêcher la pénitence comme chemin de purification, et sa propre vie de moine en est le témoignage. L'iconographie du pénitent au crâne et à la pierre traduit cette dimension : se souvenir de la mort, frapper sa poitrine, préférer le Christ à toute gloire humaine.[38]

La direction spirituelle

Enfin, Jérôme est un grand directeur d'âmes, particulièrement attentif à la sainteté des femmes consacrées. Ses lettres à Paula, Eustochium, Marcella, Laeta (sur l'éducation chrétienne d'une petite fille) ou Furia restent des classiques de la spiritualité. Il y déploie un idéal de virginité, d'étude et de prière qui anticipe la grande tradition monastique de l'Occident.[39]

La mort et les reliques

La mort à Bethléem (420)

Éprouvé par la mort de Paula (404) puis d'Eustochium (419), affaibli par l'âge, la maladie et le sac de Rome par les Goths (410) qui l'a profondément ébranlé, Jérôme meurt à Bethléem le 30 septembre 420, près de la grotte de la Nativité où il avait tant travaillé.[40] Il est inhumé sur place.

Les reliques à Sainte-Marie-Majeure

Ses restes furent plus tard transférés à Rome. La tradition les vénère aujourd'hui dans la basilique Sainte-Marie-Majeure, près de la relique de la crèche de Bethléem — rapprochement chargé de sens pour celui qui passa sa vie près du lieu de la Nativité.[41]

Un culte aussi ancien que l'Église elle-même

Comme pour la plupart des saints de l'Antiquité, Jérôme n'a connu aucun procès de canonisation formel : la procédure n'existait pas encore. C'est la vénération ininterrompue du peuple chrétien, confirmée par la liturgie, qui a reconnu sa sainteté dès les siècles suivant sa mort. Son nom figure au Martyrologe romain au 30 septembre, et sa fête est célébrée dans toute l'Église latine.[42]

Docteur de l'Église et iconographie

L'un des quatre docteurs latins

Jérôme est très tôt rangé parmi les grands maîtres de la foi. En 1298, le pape Boniface VIII, par le décret Gloriosus (Liber Sextus, III, 22), ordonne que les fêtes des quatre grands maîtres — Ambroise, Augustin, Jérôme et Grégoire le Grand — soient célébrées comme doubles dans toute l'Église : ce sont les quatre grands docteurs de l'Église latine, souvent représentés ensemble.[43]

Les quatre docteurs latinsDomaine d'excellenceAttribut habituel
Saint Ambroise de MilanL'évêque pasteur et liturgeLa ruche d'abeilles
Saint Augustin d'HipponeLe théologien de la grâceLe cœur enflammé
Saint JérômeL'Écriture et la traductionLe lion et les livres
Saint Grégoire le GrandLe pape et la moraleLa colombe de l'Esprit

Le lion, le chapeau de cardinal et le crâne

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L'iconographie de Jérôme est l'une des plus riches de l'art occidental. Trois attributs reviennent sans cesse :

  • Le lion : selon une légende reprise de la vie de saint Gérasime, Jérôme aurait retiré une épine de la patte d'un lion venu à son monastère ; l'animal devenu doux serait resté son compagnon fidèle. Tradition pieuse, mais magnifique image de la sainteté apprivoisant la création.[44]
  • Le chapeau de cardinal (et la robe rouge) : anachronisme célèbre. Le collège des cardinaux n'existait pas au IVe siècle ; mais comme Jérôme avait servi le pape Damase, l'art médiéval lui prêta la dignité cardinalice.[45]
  • Le crâne, le crucifix et la pierre : attributs du pénitent du désert, méditant sur la mort et frappant sa poitrine.

Patron des traducteurs et des biblistes

Parce qu'il a donné à l'Occident sa Bible latine, Jérôme est devenu le patron des traducteurs, des biblistes, des bibliothécaires et des archéologues. Sa fête, le 30 septembre, est aujourd'hui célébrée comme la Journée mondiale de la traduction.[46]

L'héritage : de la Vulgate à la Parole de Dieu

Spiritus Paraclitus (Benoît XV)

Le 15 septembre 1920, pour le quinzième centenaire de la mort de Jérôme, le pape Benoît XV publie l'encyclique Spiritus Paraclitus, entièrement consacrée au saint, qu'il propose comme modèle d'amour et d'étude de l'Écriture, et comme rempart contre les excès de la critique biblique rationaliste.[47]

Scripturae Sacrae affectus (François, 2020)

Le 30 septembre 2020, pour le seizième centenaire de sa mort, le pape François lui consacre la lettre apostolique Scripturae Sacrae affectus (« L'amour de l'Écriture sainte »). Il y présente Jérôme comme une « bibliothèque vivante du Christ » et redit l'actualité de son cri : sans l'Écriture, on ne connaît pas le Christ.[48] Cette même attention à la Parole de Dieu inspire la Journée de la Parole de Dieu instituée le troisième dimanche du temps ordinaire.

« Aimez l'Écriture sainte, et la sagesse vous aimera ; aimez-la tendrement, et elle vous gardera ; honorez-la, et vous recevrez ses caresses. » — Saint Jérôme, Lettre 130 à Démétriade[49]

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Louis Saltet, "St. Jerome", The Catholic Encyclopedia, vol. 8, New York, Robert Appleton Company, 1910 ; texte repris sur New Advent : https://www.newadvent.org/cathen/08341a.htm. Synthèse utilisée pour la naissance à Stridon (Dalmatie/Pannonie), les études à Rome, la vie au désert de Chalcis (374-379), l'ordination à Antioche, le service auprès de Damase (382-385), l'installation à Bethléem en 386, la Vulgate (traduction de l'Ancien Testament sur l'hébreu vers 390-405), les controverses et la mort le 30 septembre 420.

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  2. Sur les quatre grands docteurs de l'Église latine (Ambroise, Augustin, Jérôme, Grégoire le Grand) et le décret de Boniface VIII (1298) ordonnant que leurs fêtes soient célébrées comme doubles dans toute l'Église (cap. « Gloriosus », de reliquiis et veneratione sanctorum, in Sexto, III, 22) : voir la Catholic Encyclopedia, « Doctors of the Church », https://www.newadvent.org/cathen/05072a.htm ; Encyclopædia Britannica, « St. Jerome », https://www.britannica.com/biography/Saint-Jerome, et l'article Ignispedia Les docteurs de l'Église dans l'histoire.

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  3. La Vulgate devient la version latine commune (vulgata editio) ; le concile de Trente, décret Insuper de la 4ᵉ session (8 avril 1546), la déclare « authentique » pour l'usage public, l'enseignement et la prédication. Voir H. Denzinger, Enchiridion symbolorum (Denzinger-Hünermann), n° 1506, et le texte du concile sur Vatican.va. Sur la méthode de la Hebraica veritas, voir aussi Louis Saltet, "St. Jerome", Catholic Encyclopedia (New Advent).

    3 27 30
  4. Saint Jérôme, Lettre 22 à Eustochium (De custodia virginitatis), § 30, écrite à Rome en 384. Récit du songe : traîné devant le tribunal du Juge, Jérôme se dit chrétien, mais s'entend répondre : « Ciceronianus es, non Christianus ; ubi enim thesaurus tuus, ibi et cor tuum » (« Tu es cicéronien, non chrétien ; car où est ton trésor, là est aussi ton cœur », cf. Mt 6, 21). Texte latin CSEL, vol. 54 ; traduction anglaise NPNF, 2ᵉ série, vol. 6 : https://www.newadvent.org/fathers/3001022.htm. La critique note que les références aux auteurs classiques se raréfient nettement après cette lettre.

    5 15 16 17
  5. Saint Jérôme, Lettre 130, à Démétriade (vers 414). Sur l'amour de l'Écriture comme chemin de sagesse. Texte latin dans les Epistolae, Corpus Scriptorum Ecclesiasticorum Latinorum (CSEL), vol. 56 ; traduction française d'après l'édition des lettres de saint Jérôme. Citation reprise par le pape François dans Scripturae Sacrae affectus.

    6 49
  6. Sur la datation de la naissance : la Catholic Encyclopedia propose « vers 340-342 », tandis que la recherche moderne retient plutôt vers 347, suivant la chronologie établie par F. Cavallera, Saint Jérôme, Louvain, 1922, t. II, pp. 3-12 (Jérôme écolier à la mort de Julien en 363, donc né au plus tôt en 347 ; voir aussi P. Jay, « Sur la date de naissance de saint Jérôme », REL 51, 1973, pp. 262-280, et A. D. Booth, « The Date of Jerome's Birth », Phoenix 33, 1979, pp. 346-352). J. N. D. Kelly, au contraire, défend la datation ancienne, vers 331, d'après la chronique de Prosper d'Aquitaine (Jerome: His Life, Writings, and Controversies, Londres, Duckworth, 1975, pp. 1 et 337-339). Le titre « 345-420 » de cet article reflète la fourchette moderne issue de Cavallera. La ville de Stridon fut détruite par les Goths du vivant de Jérôme.

    8
  7. La correspondance de saint Jérôme compte plus de 150 lettres conservées, éditées dans le CSEL (vols. 54-56, éd. I. Hilberg) et traduites en anglais dans la Nicene and Post-Nicene Fathers (NPNF, 2ᵉ série, vol. 6) : https://www.newadvent.org/fathers/3001.htm. Source biographique majeure, à manier avec le sens du caractère et de la rhétorique de l'auteur.

    9 39
  8. Saint Jérôme, De viris illustribus (« Des hommes illustres »), vers 393 : répertoire des écrivains chrétiens depuis l'âge apostolique, achevé par sa propre notice (chap. 135). Édité dans la Patrologia Latina, vol. 23 ; traduction NPNF, 2ᵉ série, vol. 3 : https://www.newadvent.org/fathers/2708.htm.

    10
  9. Jérôme reçut le baptême à Rome dans sa jeunesse (vers 366). Voir Louis Saltet, "St. Jerome", Catholic Encyclopedia (New Advent), et J. N. D. Kelly, Jerome: His Life, Writings, and Controversies, Duckworth, 1975, pour la chronologie de la jeunesse romaine.

    12
  10. Saint Jérôme, Lettre 125, au moine Rusticus, sur la vie monastique. CSEL, vol. 56 ; traduction NPNF, 2ᵉ série, vol. 6.

    13
  11. Saint Jérôme, Lettre 22 à Eustochium, § 7, sur les tentations endurées au désert de Chalcis. Texte CSEL, vol. 54 ; traduction NPNF, 2ᵉ série, vol. 6 : https://www.newadvent.org/fathers/3001022.htm.

    19
  12. Sur l'apprentissage de l'hébreu auprès d'un Juif converti et la difficulté de la langue, voir Saint Jérôme, Lettre 125, § 12, et Louis Saltet, "St. Jerome", Catholic Encyclopedia (New Advent). Jérôme est, parmi les Pères latins, le seul réellement capable de lire l'Ancien Testament en hébreu.

    20
  13. Saint Jérôme, Praefatio in Evangelio, lettre-préface à la révision des Évangiles adressée au pape Damase (vers 383). Texte dans la Patrologia Latina, vol. 29, et dans les éditions de la Vulgate (préfaces hiéronymiennes). Jérôme y anticipe les reproches d'avoir « altéré » le texte sacré.

    23
  14. Saint Jérôme, Lettre 57 à Pammachius, De optimo genere interpretandi (« De la meilleure manière de traduire »), § 5. Distinction célèbre entre traduire « mot pour mot » et « sens pour sens », avec l'exception des Saintes Écritures où « l'ordre même des mots est un mystère ». CSEL, vol. 54 ; traduction NPNF, 2ᵉ série, vol. 6.

    29
  15. Saint Jérôme, De perpetua virginitate beatae Mariae adversus Helvidium (« Contre Helvidius, sur la virginité perpétuelle de la bienheureuse Marie »), vers 383. Démontre que les « frères de Jésus » sont des proches parents et défend la virginité perpétuelle de Marie. Patrologia Latina, vol. 23 ; traduction NPNF, 2ᵉ série, vol. 6 : https://www.newadvent.org/fathers/3007.htm.

    31
  16. Saint Jérôme, Adversus Jovinianum (« Contre Jovinien »), vers 393. Défense de la supériorité de la virginité et du jeûne, contre Jovinien qui les égalait au mariage et à l'usage des aliments. Patrologia Latina, vol. 23 ; traduction NPNF, 2ᵉ série, vol. 6.

    32
  17. Saint Jérôme, Contra Vigilantium (« Contre Vigilance »), 406. Défense de la vénération des reliques et des martyrs, des veilles et de l'intercession des saints. Patrologia Latina, vol. 23 ; traduction NPNF, 2ᵉ série, vol. 6 : https://www.newadvent.org/fathers/3010.htm.

    33
  18. Sur la querelle origéniste et la rupture avec Rufin d'Aquilée, voir Saint Jérôme, Apologia adversus libros Rufini (vers 401), et Louis Saltet, "St. Jerome", Catholic Encyclopedia (New Advent). Jérôme combat les erreurs origénistes (préexistence des âmes, apocatastase) après les avoir d'abord admirées.

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  19. Saint Jérôme, Dialogus adversus Pelagianos (« Dialogue contre les pélagiens »), 415, dans la ligne de saint Augustin. En représailles, des partisans de Pélage incendient les monastères de Bethléem. Voir Louis Saltet, "St. Jerome", Catholic Encyclopedia (New Advent).

    35
  20. Saint Jérôme, Commentaire sur Isaïe (Commentarii in Isaiam), prologue (vers 408-410) : « Si, selon l'Apôtre Paul, le Christ est puissance de Dieu et sagesse de Dieu, celui qui ignore les Écritures ignore la puissance de Dieu et sa sagesse : ignorer les Écritures, c'est ignorer le Christ. » Texte dans le Corpus Christianorum, Series Latina (CCSL), vol. 73 ; cité par le concile Vatican II, constitution Dei Verbum, n° 25 (note), et par le Catéchisme de l'Église catholique, § 133.

    36
  21. Saint Jérôme, Lettre 52 au prêtre Népotien, § 7, sur le devoir du clerc de ne jamais quitter la lecture de l'Écriture. CSEL, vol. 54 ; traduction NPNF, 2ᵉ série, vol. 6.

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  22. La tradition place les reliques de saint Jérôme dans la basilique Sainte-Marie-Majeure à Rome, près de la relique de la Sainte Crèche (Sacra Culla). Voir la notice historique de la basilique papale Sainte-Marie-Majeure et Encyclopædia Britannica, "St. Jerome".

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  23. Sur la vénération ancienne de saint Jérôme et son inscription au Martyrologe romain au 30 septembre, voir Louis Saltet, "St. Jerome", Catholic Encyclopedia (New Advent), et le Martyrologium Romanum, 30 septembre. La canonisation formelle par procès n'existait pas pour les saints de l'Antiquité : leur sainteté fut reconnue par le culte continu et la liturgie.

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  24. La légende du lion dont Jérôme retire une épine de la patte est empruntée à la vie de saint Gérasime du Jourdain ; elle s'est attachée à Jérôme au Moyen Âge, notamment via la Légende dorée de Jacques de Voragine. Image de la sainteté pacifiant la création, et non donnée historique. Voir Encyclopædia Britannica, "St. Jerome".

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  25. Le chapeau et la robe rouges de cardinal sont un anachronisme iconographique : le collège des cardinaux n'existait pas au IVe siècle. L'art médiéval prêta cette dignité à Jérôme en raison de son service auprès du pape Damase. Voir les notices iconographiques de la National Gallery de Londres (https://www.nationalgallery.org.uk/) sur les représentations de saint Jérôme.

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  26. Saint Jérôme est patron des traducteurs, biblistes, bibliothécaires et archéologues ; sa fête du 30 septembre est devenue la Journée mondiale de la traduction (reconnue par l'ONU en 2017). Voir Encyclopædia Britannica, "St. Jerome", et Hozana, "Saint Jerome", https://hozana.org/en/saints/saint-jerome.

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  27. Benoît XV, encyclique Spiritus Paraclitus, 15 septembre 1920, pour le quinzième centenaire de la mort de saint Jérôme. Texte officiel sur Vatican.va : https://www.vatican.va/content/benedict-xv/en/encyclicals/documents/hf_ben-xv_enc_15091920_spiritus-paraclitus.html. Jérôme y est proposé comme modèle d'amour et d'étude de l'Écriture.

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  28. François, lettre apostolique Scripturae Sacrae affectus, 30 septembre 2020, pour le seizième centenaire de la mort de saint Jérôme. Texte officiel sur Vatican.va : https://www.vatican.va/content/francesco/fr/apost_letters/documents/papa-francesco-lettera-ap_20200930_scripturae-sacrae-affectus.html. Jérôme y est appelé « bibliothèque vivante du Christ ».

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