Pape Boniface VIII (1294-1303)

Canoniste de génie élu en 1294, le pape Boniface VIII porta la doctrine de la suprématie pontificale à son sommet avec la bulle Unam sanctam (1302), avant de se briser contre Philippe le Bel lors de l'attentat d'Anagni en 1303. Figure du déclin de la théocratie médiévale.

Ignispedia

Boniface VIII (en latin Bonifatius VIII), né Benedetto Caetani vers 1230-1235 à Anagni, fut l'un des papes les plus puissants et les plus controversés du Moyen Âge. Élu le 24 décembre 1294, onze jours après la renonciation de son prédécesseur saint Célestin V, ce canoniste de génie porta à son point d'incandescence la doctrine de la suprématie pontificale — avant de se heurter de plein fouet à la naissance de l'État moderne.[1][2]

Son pontificat est dominé par un affrontement titanesque avec le roi de France Philippe le Bel. De ce duel sortirent les bulles les plus célèbres de l'histoire pontificale : Clericis laicos (1296), qui interdit aux laïcs de taxer le clergé, et surtout Unam sanctam (1302), définition solennelle, par la forme, de la primauté romaine — le pape y « déclare, dit, définit et prononce » —, qui proclame qu'il est « de nécessité de salut » d'être soumis au pontife romain.[3][4]

Le conflit s'acheva dans la violence. Le 7 septembre 1303, des hommes du roi de France, conduits par Guillaume de Nogaret et Sciarra Colonna, firent irruption dans le palais d'Anagni et retinrent le pape prisonnier trois jours — épisode resté célèbre sous le nom de « soufflet d'Anagni ».[5][6] Libéré par sa ville natale, Boniface VIII mourut à Rome moins d'un mois plus tard, le 11 octobre 1303.

Sa mémoire fut systématiquement noircie : Philippe le Bel intenta contre lui un procès posthume en hérésie, et Dante, par la bouche de Nicolas III (Enfer, XIX), annonça sa damnation parmi les simoniaques. Pourtant, le concile de Vienne (1311-1312) écarta toutes les accusations, et la doctrine d'Unam sanctam fut renouvelée et approuvée par le Vᵉ concile du Latran (session XI, 19 décembre 1516). Boniface VIII reste ainsi une figure double : grand pape légiste, mécène du premier Jubilé et fondateur d'université, mais aussi symbole tragique du déclin de la théocratie médiévale.[7][8]

Pourquoi Boniface VIII compte-t-il ?

L'apogée doctrinale de la papauté médiévale

La première raison de retenir ce nom tient à Unam sanctam. Avec cette bulle du 18 novembre 1302, Boniface VIII formula la version la plus absolue jamais énoncée de la primauté pontificale : reprenant la théorie médiévale des deux glaives, il affirma que les deux pouvoirs — spirituel et temporel — sont dans la main de l'Église, le temporel devant être exercé « pour l'Église » et subordonné au spirituel.[9][10] La phrase finale, où le pape « déclare, dit, définit et prononce » la soumission au pontife romain nécessaire au salut, demeure l'une des définitions les plus solennelles de tout le magistère médiéval.

Cette doctrine n'est pas une curiosité périmée. Si l'habillage politique médiéval — la prétention à disposer directement des couronnes temporelles — a été abandonné, le noyau dogmatique d'Unam sanctam — la primauté du pontife romain comme doctrine de foi, distincte de l'application politique qu'en tirait le Moyen Âge — a été renouvelé et approuvé par l'Église : appartenir à l'unique Église du Christ et reconnaître l'autorité de son chef visible touche à la question du salut.

Le choc frontal avec l'État moderne naissant

La deuxième raison est politique et historique. Le pontificat de Boniface VIII marque le point de rupture entre la papauté universelle du XIIIᵉ siècle et les monarchies nationales en pleine consolidation, au premier rang desquelles la France de Philippe le Bel.[11][12] Là où Grégoire VII et Innocent III avaient fait plier les empereurs, Boniface VIII se heurta à un roi-juriste entouré de légistes qui retournèrent contre lui les armes du droit, de l'opinion et de la force.

L'issue — l'humiliation d'Anagni, puis l'installation de la papauté à Avignon sous tutelle française — fait de ce pontificat le seuil d'une nouvelle ère. Comprendre Boniface VIII, c'est comprendre comment l'Europe est passée de la chrétienté pontificale à l'État souverain.

Une mémoire noircie qu'il faut rétablir

La troisième raison est celle de la justice historique. Peu de papes ont été aussi calomniés. Vaincu par un adversaire qui survécut, Boniface VIII fut livré à une machine de propagande d'une efficacité redoutable : procès posthume en hérésie, accusations d'incrédulité et de mœurs infâmes, Enfer de Dante.[13][14] Or l'enquête conduite au concile de Vienne n'aboutit à aucune condamnation ; des cardinaux témoignèrent de son orthodoxie, et aucun champion ne se présenta pour soutenir les accusations par les armes.

Lire Boniface VIII en catholique, ce n'est ni canoniser un homme dont les fautes de gouvernement sont réelles — népotisme, dureté, orgueil —, ni avaliser la légende noire forgée par ses ennemis. C'est tenir les deux bouts : un pape faillible dans ses méthodes, mais légitime dans sa charge et fidèle dans la doctrine qu'il a défendue.

Benedetto Caetani : le canoniste devenu pape

Une naissance à Anagni dans la famille Caetani

Les trois grandes bulles du conflit franco-pontifical : fiscalité du clergé, autorité spirituelle et définition de la primauté romaine. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Benedetto Caetani naquit à Anagni, dans le Latium — la même ville qui produisit avant lui plusieurs papes —, dans une famille noble de la région.[15][16] L'année de sa naissance est discutée : Wikipédia donne « entre 1217 et 1230 »[17], tandis que la Catholic Encyclopedia la situe « vers 1235 »[18], la fourchette 1230-1235 étant la plus souvent retenue. Par sa mère, il était apparenté à la maison de Segni, qui avait donné à l'Église trois grands papes : Innocent III, Grégoire IX et Alexandre IV.[19]

L'honnêteté oblige à présenter ces données de jeunesse comme approximatives : pour un cadet de la noblesse du XIIIᵉ siècle, les archives sont rares, et la gloire — puis l'infamie — ultérieures du pape ont suscité des récits parfois orientés.

La formation d'un juriste de premier rang

Le jeune Caetani reçut une formation juridique exceptionnelle. Il étudia à Todi et à Spolète, puis acquit le doctorat en droit canon et en droit civil, la double compétence qui faisait alors les grands hommes de gouvernement de l'Église.[20][21] Chanoine en plusieurs lieux — Anagni, Todi, Paris, Lyon, Rome —, il accumula une culture canonique qui ferait de lui, une fois pape, le législateur du Liber Sextus.

Ce profil de juriste est la clef de tout son pontificat. Là où Célestin V était un saint sans culture du droit, Caetani était son exact contraire : un homme de la loi, brillant, dur, sûr de son raisonnement — et persuadé que le droit pouvait tout régler, y compris le rapport entre le pape et les rois.

Le diplomate et le cardinal de Curie

À partir de 1265, Caetani entra dans la diplomatie pontificale. Il accompagna le cardinal Ottobuono Fieschi — futur pape Adrien V — en Angleterre, pour y régler le conflit entre le roi et ses barons.[22] Vers 1276, il entra dans la Curie romaine comme avocat consistorial et notaire, au cœur de la machine administrative de l'Église.

Sa carrière fut couronnée par le cardinalat : créé cardinal-diacre en 1281 par Martin IV, puis cardinal-prêtre en 1291, il fut envoyé comme légat en France et en Sicile.[23][24] Au moment de l'étrange pontificat de Célestin V, Benedetto Caetani était donc l'un des hommes les plus expérimentés du Sacré Collège — et l'un des plus ambitieux.

L'élection de 1294 et l'ombre de Célestin V

Le canoniste de la renonciation

Le rôle de Caetani dans la renonciation de Célestin V est l'un des épisodes les plus commentés de l'histoire pontificale. Quand le saint ermite, dépassé par la charge, voulut abdiquer en décembre 1294, c'est notamment le cardinal Caetani, canoniste réputé, qu'il consulta sur la licéité d'un tel acte — question que le droit n'avait jamais tranchée.[25][26] Caetani confirma qu'un pape pouvait librement renoncer.

L'histoire a souvent soupçonné le cardinal d'avoir encouragé le vieillard à partir pour lui succéder. La légende, rapportée par des chroniqueurs hostiles, veut même qu'il ait fait souffler des voix nocturnes dans la chambre du pape pour l'exhorter à abdiquer. Le fait est invérifiable, mais il dit assez la défiance que l'élection de Caetani suscita d'emblée.

L'élection du 24 décembre 1294

Onze jours après la renonciation de Célestin V, le 24 décembre 1294, les cardinaux réunis au Castel Nuovo de Naples élurent Benedetto Caetani, qui prit le nom de Boniface VIII.[27][28] Le choix d'un juriste aguerri, après l'expérience malheureuse d'un saint ingouvernable, exprimait une volonté nette : reprendre en main une Église livrée au désordre.

Le contraste entre les deux hommes était total. À l'ermite illettré succédait le docteur en droit ; au pape de Naples sous tutelle angevine succédait un pontife décidé à rétablir l'autorité de Rome. Boniface VIII se fit couronner en grande pompe à Saint-Pierre de Rome le 23 janvier 1295, « avec un faste et une magnificence sans pareils ».[29]

Le sort tragique de Pierre de Morrone

Restait un problème redoutable : que faire de l'ancien pape ? Vénéré comme un saint, Pierre de Morrone pouvait devenir, entre les mains des ennemis de Boniface — la famille Colonna, le roi Philippe le Bel —, un antipape ou un point de ralliement schismatique.[30][31]

Boniface VIII choisit donc de le placer sous garde. Capturé alors qu'il tentait de fuir par la mer, l'ermite fut enfermé au château de Fumone, dans le Latium, où il mourut le 19 mai 1296. Ses partisans accusèrent Boniface de l'avoir maltraité, voire fait assassiner ; mais aucune preuve sérieuse n'étaye ces accusations, et l'examen moderne du crâne de saint Célestin a écarté l'hypothèse du meurtre.[32] L'affaire n'en pesa pas moins, lourdement, sur la réputation du nouveau pape.

Le gouvernement de l'Église : législateur et mécène

Le Liber Sextus, monument du droit canonique

Fidèle à sa vocation de juriste, Boniface VIII dota l'Église d'un monument législatif. En 1298, par la bulle Sacrosanctae Romanae Ecclesiae, il promulgua le Liber Sextus (le « Sixième Livre »), vaste collection officielle de décrétales venant compléter les cinq livres des Décrétales de Grégoire IX.[33][34] L'ouvrage rassemblait les constitutions pontificales et conciliaires postérieures, ordonnées avec une rigueur juridique remarquable, et resta pendant des siècles l'un des socles du droit de l'Église.

C'est dans ce Liber Sextus que figure la décrétale par laquelle Boniface VIII fixa pour toujours la licéité de la renonciation pontificale — celle-là même que Célestin V avait inaugurée, et dont Benoît XVI ferait usage en 2013.

Le Jubilé de 1300 : le premier Année Sainte

Le premier Jubilé de 1300 attira à Rome une foule considérable de pèlerins venus visiter les basiliques Saint-Pierre et Saint-Paul. Illustration originale Ignispedia créée par IA.

L'acte le plus durable et le plus heureux du pontificat fut l'institution du premier Jubilé de l'histoire de l'Église. Par la bulle Antiquorum habet fida relatio du 22 février 1300, Boniface VIII accorda une indulgence plénière à tout pèlerin qui, contrit et confessé, visiterait les basiliques Saint-Pierre et Saint-Paul de Rome durant l'Année Sainte.[35][36]

Le succès fut immense. Le chroniqueur florentin Giovanni Villani, témoin oculaire, rapporta qu'environ deux cent mille pèlerins se trouvaient constamment à Rome, et que l'on compta jusqu'à trente mille personnes en un seul jour.[37] Boniface et ses aides gérèrent l'afflux « avec ordre, les vivres étaient abondants et vendus à des prix modérés ». Ce premier Jubilé inaugura une tradition vivante : l'Église célèbre encore aujourd'hui ses Années Saintes, héritières directes de l'initiative de 1300.

Le fondateur d'université et le protecteur des arts

Boniface VIII fut aussi un bâtisseur intellectuel. En 1303, par la bulle In supremae praeminentia dignitatis, il fonda le Studium Urbis — l'université de Rome, ancêtre de l'actuelle Sapienza — et créa la même année l'université de Fermo.[38][39] Il ranima la bibliothèque vaticane, qui comptait en 1311 plusieurs dizaines de manuscrits grecs, et fut un mécène des arts, faisant travailler pour lui Giotto et d'autres maîtres à l'aube de la Renaissance.

« Boniface VIII fut un protecteur des arts et des lettres ; il fonda l'université de Rome, restaura la bibliothèque vaticane et appela auprès de lui les plus grands artistes de son temps. » — synthèse des notices encyclopédiques sur le pontificat[40]

On lui doit aussi l'élévation, en 1298, des fêtes des quatre docteurs de l'Église d'Occident — Ambroise, Augustin, Jérôme, Grégoire le Grand — au rang de fêtes doubles.[41] Ce visage de lettré et de bâtisseur est trop souvent éclipsé par le fracas de ses conflits.

La guerre des deux Colonna

Une rivalité de familles romaines

Avant même l'affrontement avec la France, Boniface VIII dut affronter une guerre intérieure : le conflit avec la puissante famille des Colonna, rivale des Caetani dans le Latium.[42][43] Deux cardinaux Colonna, Jacopo (Giacomo) et Pietro, contestaient la légitimité de l'élection de Boniface — au motif que la renonciation de Célestin V serait invalide — et entretenaient des liens avec les ennemis du pape.

Le différend dégénéra en affrontement ouvert lorsque, en 1297, un membre de la famille Colonna intercepta un convoi transportant le trésor pontifical.

L'excommunication et la destruction de Palestrina

La réponse de Boniface VIII fut foudroyante. Par les bulles des 10 et 23 mai 1297, il déposa et excommunia les deux cardinaux Colonna, confisqua leurs biens et alla jusqu'à prêcher une croisade contre la famille.[44][45] Après un siège, la cité-forteresse de Palestrina — bastion des Colonna — capitula en septembre 1298 et fut rasée, son sol symboliquement labouré et semé de sel selon la tradition antique.

Cette dureté implacable envers une grande famille romaine fit à Boniface VIII des ennemis irréductibles. Les Colonna, dépouillés et bannis, se réfugièrent en France, où ils mirent leur soif de vengeance au service de Philippe le Bel. C'est un Colonna — Sciarra — qui, six ans plus tard, lèverait la main sur le pape à Anagni.

Le grand conflit avec Philippe le Bel

Clericis laicos : l'impôt sur le clergé (1296)

La théorie des deux glaives distingue l'autorité spirituelle et l'autorité temporelle, ordonnées selon Boniface VIII à la fin surnaturelle de l'homme. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le grand duel commença par une question d'argent. Pour financer leurs guerres, le roi de France Philippe le Bel et le roi d'Angleterre Édouard Iᵉʳ levaient des impôts sur le clergé sans l'autorisation de Rome. Boniface VIII riposta par la bulle Clericis laicos, du 25 février 1296, qui interdisait sous peine d'excommunication toute taxation du clergé par le pouvoir laïc sans le consentement du Saint-Siège.[46][47]

« L'Antiquité nous apprend que les laïcs sont fort hostiles aux clercs. » — Boniface VIII, bulle Clericis laicos, 25 février 1296[48]

Philippe le Bel répliqua avec l'efficacité d'un homme d'État moderne : il interdit l'exportation hors du royaume de l'or, de l'argent et des objets précieux, asséchant d'un coup les revenus que la papauté tirait de France. Boniface dut reculer une première fois et tempérer sa bulle. Le rapport de forces venait de basculer.

L'affaire Bernard Saisset (1301)

La trêve fut de courte durée. En 1301, le roi fit arrêter, juger et condamner par sa cour l'évêque de Pamiers, Bernard Saisset, accusé de trahison et d'incitation à la révolte.[49][50] Pour Boniface VIII, c'était une violation intolérable de l'immunité ecclésiastique : un roi laïc ne pouvait juger un évêque sans le pape.

Cet affront déclencha la seconde phase, la plus dramatique, du conflit. Boniface convoqua les évêques de France à un concile à Rome et adressa au roi une bulle de remontrance solennelle.

Ausculta fili : « Écoute, mon fils » (1301)

Par la bulle Ausculta fili (« Écoute, mon fils »), du 5 décembre 1301, Boniface VIII rappela à Philippe le Bel que le pape est, sur tous les rois de la terre, le monarque spirituel établi par Dieu, « le gardien des clefs, le juge des vivants et des morts ».[51][52]

« Écoute, mon fils, les préceptes de ton père. […] Que personne ne te persuade que tu n'as pas de supérieur et que tu n'es pas soumis au chef suprême de la hiérarchie ecclésiastique. » — Boniface VIII, bulle Ausculta fili, 5 décembre 1301[53]

La réponse du roi fut un coup de maître de propagande. Ses légistes firent circuler une version falsifiée et caricaturale de la bulle (Deum time), faisant dire au pape qu'il prétendait soumettre le roi au temporel — ce que Boniface n'avait pas écrit —, afin de dresser l'opinion et les états du royaume contre Rome.[54]

Unam sanctam : la définition suprême (18 novembre 1302)

C'est dans ce climat de rupture que Boniface VIII promulgua, le 18 novembre 1302, la bulle Unam sanctam — le texte le plus célèbre et le plus commenté de tout son pontificat.[55][56] Reprenant la théorie des deux glaives, fondée sur l'épisode évangélique où les Apôtres présentent deux épées (« Seigneur, voici deux glaives », Lc 22, 38), il enseigna que les deux pouvoirs — le glaive spirituel et le glaive temporel — appartiennent à l'Église : le spirituel manié par l'Église, le temporel manié pour l'Église et soumis au spirituel.

La bulle culmine dans une définition d'une solennité inouïe, où le pape emploie les verbes mêmes des définitions dogmatiques :

« De plus, nous déclarons, disons, définissons et prononçons qu'il est absolument nécessaire au salut, pour toute créature humaine, d'être soumise au Pontife romain. » — Boniface VIII, bulle Unam sanctam, 18 novembre 1302[57]

Le texte latin original — « Porro subesse Romano Pontifici omni humanae creaturae declaramus, dicimus, definimus et pronuntiamus omnino esse de necessitate salutis » — figure aujourd'hui parmi les textes majeurs du Denzinger, le recueil de référence des définitions de l'Église.[58]

La portée doctrinale d'Unam sanctam

Distinguer le noyau dogmatique de l'habillage politique

Unam sanctam est souvent mal lue, comme si elle revendiquait pour le pape un pouvoir politique direct sur tous les royaumes. Une lecture catholique attentive distingue deux strates. La première est l'habillage hiérocratique médiéval : l'idée que le pape peut, en pratique, disposer des couronnes temporelles. Cette prétention, liée au contexte du conflit avec Philippe le Bel, n'engage pas la foi et a été abandonnée par l'Église.

La seconde strate est le noyau dogmatique : la soumission au pontife romain est nécessaire au salut. Bien comprise, cette affirmation ne dit pas que tout pouvoir civil dépend du pape, mais que l'unique Église voulue par le Christ a un chef visible, et que se séparer volontairement de cette communion met en péril le salut. C'est une vérité d'ecclésiologie, non de politique.

La réception magistérielle ultérieure

Que ce noyau soit doctrinalement reçu, et non répudié comme un excès de Boniface VIII, est attesté par un fait décisif : le Vᵉ concile du Latran, en sa session XI (19 décembre 1516), sous le pape Léon X, renouvela et approuva la constitution Unam sanctam.[59]

« Puisque la sujétion au pontife romain est nécessaire au salut pour tous les fidèles du Christ, comme l'enseignent le témoignage de la sainte Écriture et des saints Pères, et comme le déclare la constitution du pape Boniface VIII, notre prédécesseur, qui commence par Unam sanctam, nous renouvelons donc cette constitution et lui donnons notre approbation, avec l'approbation du présent saint concile — sans préjudice de la déclaration du pape Clément V, qui commence par Meruit. »_ — Vᵉ concile du Latran, session XI, 19 décembre 1516, constitution Pastor aeternus de Léon X (traduction d'après le texte des actes ; texte anglais de référence en note)[60]

Un concile œcuménique ne reprend pas la formule d'une bulle qu'il tiendrait pour hérétique. La meilleure preuve que Boniface VIII n'a rien défini de faux, c'est que l'Église a fait sienne, deux siècles plus tard, la substance de sa définition. La controverse ne portait donc pas sur la vérité du dogme, mais sur son application au pouvoir des rois — terrain où Boniface, homme du Moyen Âge, défendit une thèse que l'histoire a dépassée sans que la foi en soit touchée.

L'attentat d'Anagni (septembre 1303)

Le projet de déposer le pape

En 1303, le conflit quitte les bulles et les assemblées pour devenir une opération de force : Nogaret part vers l'Italie, Boniface VIII est retenu à Anagni, puis regagne Rome. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le conflit atteignit son paroxysme en 1303. Conseillé par son nouveau chancelier Guillaume de Nogaret, Philippe le Bel résolut de passer à l'offensive : il convoqua une assemblée qui accusa Boniface VIII d'hérésie, de simonie et de crimes divers, et réclama la convocation d'un concile général pour juger et déposer le pape.[61][62]

De son côté, Boniface VIII préparait une bulle qui aurait excommunié le roi de France et délié ses sujets du serment de fidélité. Pour empêcher cette excommunication, Nogaret fut envoyé en Italie afin de s'emparer de la personne du pape.

Le « soufflet d'Anagni » (7-9 septembre 1303)

Le vieux pape, revêtu de ses insignes, affronte les hommes de Philippe le Bel dans le palais d'Anagni. Illustration originale Ignispedia créée par IA.

Dans la nuit du 7 au 8 septembre 1303, une troupe d'environ deux mille hommes, conduite par Nogaret et par Sciarra Colonna, fit irruption dans Anagni, la ville natale du pape où il séjournait, et prit d'assaut le palais pontifical.[63][64] Abandonné des siens, Boniface VIII aurait alors revêtu ses habits pontificaux et se serait assis sur son trône, la croix à la main, pour affronter ses agresseurs. Une tradition ancienne lui prête en cette circonstance la résolution de mourir pape plutôt que de céder ; mais aucune source contemporaine identifiée ne rapporte de paroles en ces termes — la Cronica de Dino Compagni, à qui on les attribue parfois, ne contient pas le récit d'Anagni.[65]

La tradition rapporte que Sciarra Colonna, ivre de haine, aurait voulu tuer le pape ou l'aurait frappé — peut-être de son gantelet de fer —, geste resté dans la mémoire italienne sous le nom de schiaffo di Anagni, le « soufflet d'Anagni ».[66] Le vieux pape, prisonnier dans son propre palais pillé, tint trois jours sans céder ni abdiquer.

La libération et la mort à Rome

Le 9 septembre 1303, les habitants d'Anagni se soulevèrent : pris de remords et de colère devant l'outrage fait à leur évêque et concitoyen, ils chassèrent Sciarra Colonna et les hommes du roi, et délivrèrent le pontife.[67][68] Escorté par les cardinaux Orsini, Boniface VIII regagna Rome.

Mais le choc avait été fatal. Brisé physiquement et moralement, le pape mourut au Vatican le 11 octobre 1303, « d'une fièvre violente, en pleine possession de ses sens et en présence de huit cardinaux », après avoir reçu les sacrements.[69][70] Il fut inhumé dans un sarcophage de marbre des grottes vaticanes. Son successeur, Benoît XI, élu fin octobre 1303, ne régnerait que huit mois ; deux ans plus tard, la papauté quitterait Rome pour Avignon.

Le procès posthume et la légende noire

L'acharnement de Philippe le Bel

Après la mort de Boniface VIII, Philippe le Bel tenta de faire condamner sa mémoire ; l'affaire se clôt sans condamnation au concile de Vienne. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

La haine de Philippe le Bel ne s'arrêta pas à la mort de son adversaire. Pour justifier rétroactivement l'attentat d'Anagni et asseoir sa domination sur l'Église de France, le roi exigea un procès posthume contre la mémoire de Boniface VIII.[71][72] Le pape Clément V, Français installé à Avignon et soumis à la pression du roi, consentit à ouvrir l'instruction — le mandat fut signé le 18 octobre 1309.

Les accusations étaient monstrueuses : hérésie, incrédulité, simonie, et jusqu'à des crimes de mœurs. L'objectif réel n'était pas la vérité, mais la terreur politique : faire condamner un pape mort, c'était soumettre la papauté vivante.

Le non-lieu du concile de Vienne (1311)

Le procès s'enlisa, puis fut vidé de sa substance. Au concile de Vienne, ouvert le 16 octobre 1311, l'affaire fut close sans condamnation.[73][74] Trois cardinaux témoignèrent solennellement de l'orthodoxie et de la moralité de Boniface VIII ; deux chevaliers catalans offrirent même de défendre son innocence par les armes, et personne ne releva le défi.

L'Église, en refusant de condamner Boniface VIII, sauva l'honneur de la papauté — mais au prix de lourdes concessions à Philippe le Bel sur d'autres terrains, notamment la suppression de l'ordre du Temple lors du même concile.

📖 Voir l'article détaillé : La crise des Templiers

Faire la part du vrai et du faux

Que retenir de ces accusations ? L'historiographie sérieuse a depuis longtemps démonté la légende noire : les charges d'hérésie et d'incrédulité relevaient de la calomnie politique, et il n'existe « aucune preuve substantielle » des crimes de mœurs allégués.[75] Restent des fautes réelles de gouvernement, que la fidélité à la vérité commande de reconnaître : un népotisme marqué au profit des Caetani, une dureté excessive envers les Colonna, un orgueil et une maladresse politiques qui précipitèrent la catastrophe.

Le portrait juste n'est donc ni celui d'un saint, ni celui du monstre peint par ses ennemis : un grand pape légiste, à la charge légitime et à la doctrine droite, mais dont le tempérament et les méthodes ont nui à l'Église qu'il voulait servir.

Boniface VIII dans l'Enfer de Dante

Le « prince des nouveaux pharisiens »

Aucune plume n'a fait plus de mal à la mémoire de Boniface VIII que celle de Dante Alighieri. Adversaire politique du pape — partisan, à Florence, du camp opposé à l'ingérence pontificale —, Dante poursuivit Boniface VIII d'une haine littéraire implacable dans la Divine Comédie.[76][77] Dans l'Enfer, le pape est désigné comme « le prince des nouveaux pharisiens ».

« Le prince des nouveaux pharisiens, ayant la guerre tout près de Latran… » — Dante, La Divine Comédie, Enfer, chant XXVII[78]

Surtout, Dante place par anticipation Boniface VIII dans le huitième cercle, parmi les simoniaques (les trafiquants de biens sacrés) : au chant XIX, le pape Nicolas III, déjà damné, confond Dante avec Boniface, qu'il attend la tête en bas dans le rocher.[79] Le poète y exhale toute sa rancune contre un pontife qu'il juge avide de pouvoir temporel.

Un jugement de poète, non de l'Église

Il faut le dire nettement : la place de Boniface VIII en enfer est une fiction littéraire et politique, non un jugement de l'Église. Dante était un partisan engagé, qui régla dans ses vers des comptes terrestres ; il composa d'ailleurs son traité Monarchia précisément pour réfuter les thèses d'Unam sanctam sur la suprématie du spirituel.[80]

L'Église, elle, n'a jamais condamné Boniface VIII — au contraire, elle a écarté les accusations à Vienne et réaffirmé sa doctrine à Latran. Le génie de Dante a imposé pour des siècles une image ; la vérité historique et théologique la corrige. Confondre le verdict d'un poète florentin du XIVᵉ siècle avec le jugement de l'Église serait une erreur de méthode — la même qui fait prendre la légende noire pour de l'histoire.

Que retenir de Boniface VIII ?

Boniface VIII est le pape du paradoxe. Légiste de génie, il a doté l'Église d'un code (Liber Sextus), inauguré une tradition vivante (le Jubilé), fondé une université et protégé les arts. Théologien de l'autorité pontificale, il a porté la doctrine de la primauté à son sommet médiéval avec Unam sanctam, dont le noyau doctrinal reste pleinement catholique et fut renouvelé et approuvé par le concile de Latran.

Mais l'homme a aussi incarné les limites de la théocratie médiévale. En voulant traiter le roi de France comme un vassal, il s'est heurté à une force nouvelle — l'État souverain — qu'aucune bulle ne pouvait plus contenir. L'humiliation d'Anagni et l'exil d'Avignon sont nés de cette erreur d'époque, autant que de la violence de ses adversaires.

La leçon, pour un regard catholique, est double. D'un côté, la légitimité d'un pape et la vérité d'une doctrine ne dépendent ni de la réussite politique ni de la réputation : Boniface VIII, vaincu et calomnié, n'en a pas moins défendu une part de vérité que l'Église a faite sienne. De l'autre, la mission spirituelle de la papauté ne se confond pas avec la puissance temporelle : c'est en renonçant à vouloir gouverner les rois que l'Église a, paradoxalement, retrouvé l'autorité proprement spirituelle qui est la sienne. « Mon royaume n'est pas de ce monde » (Jn 18, 36) : le drame de Boniface VIII en est, à rebours, l'éclatante confirmation.

Chronologie

  1. vers 1230-1235
    Naissance à Anagni

    Naissance de Benedetto Caetani, dans une famille noble du Latium, apparentée à la maison de Segni. Année discutée.

  2. vers 1260-1290
    Le canoniste et le cardinal

    Doctorat en droit canon et civil ; carrière de légat et d'avocat de la Curie ; créé cardinal en 1281 par Martin IV.

  3. 13 décembre 1294
    La renonciation de Célestin V

    Caetani, consulté comme canoniste, confirme la licéité de l'abdication de Célestin V.

  4. 24 décembre 1294
    Élection de Boniface VIII

    Onze jours après la renonciation, Caetani est élu pape au Castel Nuovo de Naples.

  5. 23 janvier 1295
    Couronnement à Rome

    Couronnement en grande pompe à la basilique Saint-Pierre.

  6. 25 février 1296
    Bulle Clericis laicos

    Interdiction de taxer le clergé sans l'accord du pape ; début du conflit avec Philippe le Bel.

  7. 1297-1298
    Guerre des Colonna

    Excommunication des cardinaux Colonna (mai 1297) ; prise et destruction de Palestrina (1298).

  8. 1298
    Le Liber Sextus

    Promulgation du Liber Sextus, grande collection officielle de droit canonique.

  9. 22 février 1300
    Le premier Jubilé

    Institution de la première Année Sainte ; environ 200 000 pèlerins à Rome.

  10. 5 décembre 1301
    Bulle Ausculta fili

    Après l'affaire Bernard Saisset, rappel solennel de la suprématie spirituelle du pape.

  11. 18 novembre 1302
    Bulle Unam sanctam

    Définition suprême de la primauté pontificale et de la nécessité du salut.

  12. 7-9 septembre 1303
    Le soufflet d'Anagni

    Nogaret et Sciarra Colonna retiennent le pape prisonnier trois jours ; il est délivré par sa ville.

  13. 11 octobre 1303
    Mort à Rome

    Boniface VIII meurt au Vatican, peu après l'outrage d'Anagni.

  14. 1311-1312
    Le concile de Vienne

    Le procès posthume voulu par Philippe le Bel se clôt sans condamnation.

Les sources : noyau sûr et points discutés

Le noyau sûr de cette histoire est solidement établi : Benedetto Caetani, canoniste et cardinal, fut élu pape le 24 décembre 1294 après la renonciation de Célestin V ; il promulgua le Liber Sextus (1298), institua le premier Jubilé (1300), fonda l'université de Rome, et s'opposa frontalement à Philippe le Bel par les bulles Clericis laicos (1296), Ausculta fili (1301) et Unam sanctam (1302) ; il fut victime de l'attentat d'Anagni en septembre 1303 et mourut à Rome le 11 octobre 1303 ; le procès posthume voulu par le roi de France se clôt sans condamnation au concile de Vienne. Ces faits sont attestés par les répertoires de référence — Catholic Encyclopedia, Encyclopædia Britannica, Larousse — et par les chroniqueurs médiévaux.[81][82][83][84]

Plusieurs points restent discutés, surtout la date de naissance et le détail de l'attentat. Le tableau ci-dessous récapitule les principales divergences entre sources.

Point discutéVersions des sourcesPosition retenue
Année de naissancevers 1217 (Wikipédia FR) ; vers 1230 ; vers 1235 (Catholic Encyclopedia)Vers 1230-1235
Rôle dans la renonciation de Célestin Vconsultant canoniste ; instigateur manipulateurConsulté ; influence réelle, ampleur débattue
Date de Clericis laicos24 février (notice CE « Pope Boniface VIII », New Catholic Encyclopedia, historiographie récente) ; 25 février (notice CE dédiée « Clericis Laicos », Schaff-Herzog, Wikipédia)25 février 1296 (notice CE dédiée ; registre à rouvrir en minage)
Le « soufflet » d'Anagnigifle réelle de Sciarra Colonna ; geste symbolique ; légendeOutrage certain, coup physique non assuré
Mauvais traitement de Célestin V à Fumonedureté ; assassinatCaptivité ; assassinat non prouvé
Accusations du procès posthumehérésie, simonie, mœursCalomnies politiques, non prouvées

La documentation mêle les notices des grandes encyclopédies, la chronique médiévale de Giovanni Villani, les études modernes sur le conflit franco-pontifical et la renonciation de 1294, le texte des bulles (recueil Denzinger, Liber Sextus), et la relecture doctrinale ultérieure d'Unam sanctam jusqu'au concile de Latran.[85][86][87]

Pour aller plus loin

  • Pape saint Célestin V (1294) — prédécesseur dont la renonciation, validée par le canoniste Caetani, ouvrit la voie à Boniface VIII.
  • La papauté d'Avignon — l'exil de la papauté en terre française, conséquence directe de la défaite de Boniface VIII face à Philippe le Bel.
  • La crise des Templiers — la suppression de l'ordre du Temple, autre concession arrachée à Clément V par le roi de France au concile de Vienne.
  • Le grand schisme d'Occident — la crise qui suivit la captivité d'Avignon, lointaine héritière de l'affaiblissement de la papauté à la mort de Boniface VIII.
  • Le gallicanisme — la doctrine de l'autonomie de l'Église de France face à Rome, dont le conflit Boniface–Philippe le Bel est l'une des matrices historiques.

Notes et références

  1. « Boniface VIII », Wikipédia (fr), consulté le 9 juin 2026 : https://fr.wikipedia.org/wiki/Boniface_VIII. Benedetto Caetani, né entre 1217 et 1230 à Anagni (États pontificaux), fils de Roffredo Iᵉʳ Caetani ; canoniste, légat à Paris, créé cardinal en 1281 par Martin IV ; rôle dans la renonciation de Célestin V ; élu pape le 24 décembre 1294, intronisé le 23 janvier 1295 ; emprisonnement de Célestin V à Fumone ; conflit avec Philippe le Bel ; bulles Clericis laicos (1296), In excelso throno (1297) contre les Colonna, Ausculta fili (1301), Unam sanctam (18 novembre 1302) ; premier Jubilé (1300) ; Liber Sextus (1298) ; attentat d'Anagni (septembre 1303) ; mort le 11 octobre 1303.

    1 16 17 24 28 36 43 52 54
  2. Catholic Encyclopedia, « Pope Boniface VIII », vol. 2, New York, Robert Appleton Company, 1907 ; texte repris sur New Advent : https://www.newadvent.org/cathen/02662a.htm (consulté le 9 juin 2026). Né à Anagni vers 1235, famille noble apparentée à la maison de Segni (Innocent III, Grégoire IX, Alexandre IV) ; études à Todi et Spolète, doctorat en droit canon et civil ; chanoine à Anagni, Todi, Paris, Lyon, Rome ; mission en Angleterre avec Ottobuono Fieschi (1265) ; avocat consistorial et notaire de la Curie (vers 1276) ; cardinal-diacre (1281), cardinal-prêtre (1291), légat en France et en Sicile ; élu le 24 décembre 1294, couronné à Rome le 23 janvier 1295 « with unparalleled splendour » ; bulles des 10 et 23 mai 1297 contre les Colonna, Palestrina rasée en 1298 ; Clericis laicos (24 février 1296) ; Ausculta fili (5 décembre 1301) ; Unam sanctam (18 novembre 1302) ; Jubilé de 1300 (Villani, ~200 000 pèlerins) ; Liber Sextus (1298) ; quatre docteurs élevés en fêtes doubles (1298) ; fondation de la Sapienza (6 juin 1303) ; mort le 11 octobre 1303, huit cardinaux présents, sépulture à Saint-Pierre « BONIFACIUS PAPA VIII » ; jugement : « the decline of the medieval power and glory of the papacy ». La même encyclopédie date la bulle Clericis laicos du 25 février 1296 dans sa notice dédiée « Clericis Laicos » (cf. note clericis-laicos).

    2 15 18 19 20 22 23 27 29 33 40 41 47 69 81
  3. Catholic Encyclopedia, « Unam Sanctam », vol. 15, New York, Robert Appleton Company, 1912 ; New Advent : https://www.newadvent.org/cathen/15126a.htm (consulté le 9 juin 2026). Bulle de Boniface VIII du 18 novembre 1302 ; doctrine des deux glaives (Lc 22, 38) ; subordination du glaive temporel au glaive spirituel ; définition finale de la nécessité, pour le salut, d'être soumis au pontife romain.

    3 9 55
  4. Heinrich Denzinger, Enchiridion symbolorum, definitionum et declarationum de rebus fidei et morum (Denzinger-Hünermann), nᵒˢ 870-875, bulle Unam sanctam de Boniface VIII, 18 novembre 1302. Texte latin de la définition finale : « Porro subesse Romano Pontifici omni humanae creaturae declaramus, dicimus, definimus et pronuntiamus omnino esse de necessitate salutis. » Traduction : « De plus, nous déclarons, disons, définissons et prononçons qu'il est absolument nécessaire au salut, pour toute créature humaine, d'être soumise au Pontife romain. »

    4 56 57 58 85
  5. « 8 septembre 1303 : l'"attentat" d'Anagni », Herodote.net : https://www.herodote.net/8_septembre_1303-evenement-13030908.php (consulté le 9 juin 2026). Dans la nuit du 7 au 8 septembre 1303, des troupes envahissent Anagni où réside le pape ; Philippe le Bel, menacé d'excommunication pour le conflit fiscal, conseillé par son chancelier Guillaume de Nogaret, fait convoquer un concile à Lyon pour juger et déposer le pape, puis charge Nogaret de s'emparer de sa personne ; le pape, libéré, regagne Rome et meurt le 11 octobre.

    5 61 63 67
  6. « Pope Boniface VIII », Wikipedia (en), consulté le 9 juin 2026 : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Boniface_VIII. Anagni outrage du 7 septembre 1303 par Nogaret et Sciarra Colonna ; schiaffo di Anagni ; trois jours de captivité ; soulèvement d'Anagni le 9 septembre et libération ; retour à Rome ; mort le 11 octobre 1303 « of a violent fever, in full possession of his senses and in the presence of eight cardinals » ; fondation de la Sapienza et de l'université de Fermo en 1303 ; bibliothèque vaticane ; procès posthume (mandat du 18 octobre 1309) au concile de Vienne (ouvert le 16 octobre 1311), clos sans condamnation, trois cardinaux et deux chevaliers catalans défendant son orthodoxie ; Dante (Enfer, simoniaques) et Monarchia contre Unam sanctam ; charges de mœurs « no substantive evidence » ; mort de Célestin V à Fumone le 19 mai 1296, hypothèse du meurtre écartée par l'examen du crâne.

    6 31 32 39 45 49 62 64 66 68 70 72 74 75 80 84
  7. Procès posthume de Boniface VIII et concile de Vienne (1311-1312) ; cf. Wikipedia, art. « Pope Boniface VIII » et « Council of Vienne ». Sous la pression de Philippe le Bel, le pape Clément V ouvre une instruction (mandat du 18 octobre 1309) contre la mémoire de Boniface VIII, accusé d'hérésie et de crimes divers ; au concile de Vienne (ouvert le 16 octobre 1311), l'affaire est close sans condamnation, trois cardinaux et deux chevaliers catalans défendant son orthodoxie et sa moralité.

    7 13 71 73 87
  8. Vᵉ concile du Latran (1512-1517), session XI, 19 décembre 1516 : constitution Pastor aeternus du pape Léon X, promulguée avec l'approbation du concile (condamnation de la Pragmatique Sanction de Bourges). Le texte renouvelle et approuve la constitution Unam sanctam de Boniface VIII — « sans préjudice de la déclaration Meruit du pape Clément V ». Texte anglais de référence (N. P. Tanner, Decrees of the Ecumenical Councils) : « since subjection to the Roman pontiff is necessary for salvation for all Christ's faithful […] as is declared by the constitution of pope Boniface VIII […] which begins Unam sanctam, we therefore, with the approval of the present sacred council, […] renew and give our approval to that constitution » — Fifth Lateran Council, session XI : https://www.papalencyclicals.net/councils/ecum18.htm (consulté le 4 octobre 2026). L'acte (19 décembre 1516, Pastor aeternus) est corroboré par la liste des bulles pontificales (List of papal bulls, Wikipedia) et par l'historiographie du concile.

    8 59 60 86
  9. « Unam sanctam », Wikipédia (fr), consulté le 9 juin 2026 : https://fr.wikipedia.org/wiki/Unam_sanctam. Bulle du 18 novembre 1302, promulguée lors d'un concile de prélats à Rome dans le conflit avec Philippe le Bel ; théorie des deux glaives, subordination du temporel au spirituel ; statut de constitution apostolique et de définition solennelle.

    10
  10. Larousse, « Boniface VIII, Benedetto Caetani » : https://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Boniface_VIII/98965 (consulté le 9 juin 2026). Pape de 1294 à 1303, juriste, défenseur de la théocratie pontificale ; conflit avec Philippe le Bel ; affaire de l'évêque de Pamiers Bernard Saisset ; Unam sanctam ; attentat d'Anagni ; mort en 1303.

    11 50 83
  11. Encyclopædia Britannica, « Boniface VIII (pope) » : https://www.britannica.com/biography/Boniface-VIII (consulté le 9 juin 2026). Benedetto Caetani, canoniste et diplomate, pape de 1294 à 1303 ; affrontement avec Philippe IV le Bel sur la fiscalité du clergé et la juridiction ecclésiastique ; bulles Clericis laicos et Unam sanctam ; affaire Saisset (1301) ; attentat d'Anagni (1303) ; déclin de la papauté médiévale.

    12 21 82
  12. Dante Alighieri, La Divine Comédie, Enfer, chant XIX (les simoniaques). Dans le huitième cercle, le pape Nicolas III, déjà damné la tête en bas dans la pierre, confond Dante avec Boniface VIII, qu'il attend pour prendre sa place — manière pour Dante de damner par anticipation un pape encore vivant lors de la date fictive du voyage (1300).

    14 76 79
  13. « 13 décembre 1294 : "Renonciation" du pape Célestin V », Herodote.net : https://www.herodote.net/almanach-ID-2349.php (consulté le 9 juin 2026). Renonciation de Célestin V le 13 décembre 1294 après consultation de canonistes, dont le cardinal Benedetto Caetani, sur la licéité de l'abdication ; Caetani élu le 24 décembre sous le nom de Boniface VIII.

    25
  14. R. Fawtier (et al.), « La renonciation de Célestin V et l'opinion théologique en France du vivant de Boniface VIII », Revue d'histoire de l'Église de France, t. 25, n° 107, 1939 ; en ligne sur Persée : https://www.persee.fr/doc/rhef_0300-9505_1939_num_25_107_2884 (consulté le 9 juin 2026). Étude sur la validité canonique de la renonciation de 1294 et sa réception théologique du vivant de Boniface VIII.

    26
  15. Catholic Encyclopedia, « Pope St. Celestine V », vol. 3, 1908, New Advent : https://www.newadvent.org/cathen/03479b.htm (consulté le 9 juin 2026). Après sa renonciation, Pierre de Morrone, capturé alors qu'il tentait de fuir, est enfermé par Boniface VIII au château de Fumone près d'Anagni, où il meurt le 19 mai 1296.

    30
  16. Boniface VIII, Liber Sextus Decretalium, promulgué par la bulle Sacrosanctae Romanae Ecclesiae, 3 mars 1298. Sixième livre venant compléter les cinq livres des Décrétales de Grégoire IX ; collection officielle des constitutions pontificales et conciliaires postérieures ; contient notamment la décrétale Quoniam sur la licéité de la renonciation pontificale.

    34
  17. Giovanni Villani, Nuova Cronica, livre VIII, sur le Jubilé de 1300 ; cf. Catholic Encyclopedia, art. « Pope Boniface VIII », New Advent. Boniface VIII proclame la première Année Sainte par la bulle Antiquorum habet fida relatio (22 février 1300), accordant l'indulgence plénière aux pèlerins de Saint-Pierre et Saint-Paul ; Villani, témoin oculaire, estime à environ 200 000 le nombre de pèlerins présents à Rome, jusqu'à 30 000 en un jour.

    35 37
  18. Boniface VIII, bulle In supremae praeminentia dignitatis, 1303, fondant le Studium Urbis (université de Rome, future Sapienza) ; la même année, fondation de l'université de Fermo. Cf. Catholic Encyclopedia et Wikipedia, art. « Pope Boniface VIII ». La date précise de la bulle (avril ou juin 1303 selon les sources) est discutée.

    38
  19. Conflit avec la famille Colonna (1297-1298) ; cf. Catholic Encyclopedia, art. « Pope Boniface VIII », New Advent : https://www.newadvent.org/cathen/02662a.htm, et Wikipedia, art. « Pope Boniface VIII » et « Colonna family » (consultés le 9 juin 2026). Les cardinaux Jacopo (Giacomo) et Pietro Colonna, rivaux des Caetani dans le Latium, contestent la validité de l'élection de Boniface VIII au motif de l'invalidité de la renonciation de Célestin V ; après l'interception d'un convoi du trésor pontifical en 1297, Boniface dépose et excommunie les deux cardinaux par les bulles des 10 et 23 mai 1297, confisque leurs biens et prêche une croisade contre la famille ; la forteresse de Palestrina (Praeneste) capitule en septembre 1298 et est rasée. Les Colonna se réfugient ensuite en France auprès de Philippe le Bel.

    42 44
  20. Boniface VIII, bulle Clericis laicos, 25 février 1296. Incipit latin : « Clericis laicos infestos oppido tradit antiquitas… » — « L'Antiquité nous apprend que les laïcs sont fort hostiles aux clercs. » La bulle interdit, sous peine d'excommunication, toute taxation du clergé par le pouvoir civil sans le consentement du Saint-Siège. Date retenue : le 25 février 1296, donné par la notice dédiée de la Catholic Encyclopedia, « Clericis Laicos » : https://www.newadvent.org/cathen/04050b.htm (consulté le 4 octobre 2026). La notice « Pope Boniface VIII » de la même encyclopédie donne le 24 février 1296 (cf. note ce-boniface), comme la New Catholic Encyclopedia et l'historiographie récente. L'édition du Liber Sextus (Friedberg) reproduit le texte sans quantième : la date relève des registres, à rouvrir en minage.

    46 48
  21. Boniface VIII, bulle Ausculta fili, 5 décembre 1301. Incipit latin : « Ausculta, fili, praecepta patris… » — « Écoute, mon fils, les préceptes de ton père. » Adressée à Philippe le Bel après l'affaire Bernard Saisset, la bulle rappelle au roi qu'il est soumis au chef suprême de la hiérarchie ecclésiastique et que le pape est « le juge des vivants et des morts ». Cf. Catholic Encyclopedia et Wikipédia, art. « Boniface VIII ».

    51 53
  22. Paroles prêtées à Boniface VIII lors de l'attentat d'Anagni : formule de la tradition, sans source contemporaine identifiée. Le texte intégral de la Cronica delle cose occorrenti ne' tempi suoi de Dino Compagni (chronique florentine, début du XIVᵉ siècle, en trois livres) ne contient ni le récit de l'attentat d'Anagni ni ces paroles (vérifié le 4 octobre 2026 sur le texte Wikisource : https://it.wikisource.org/wiki/Cronica_delle_cose_occorrenti_ne%27_tempi_suoi). L'épisode est donc présenté ici comme tradition non attribuée.

    65
  23. Dante Alighieri, La Divine Comédie, Enfer, chant XXVII, v. 85-86 (épisode de Guido da Montefeltro). Boniface VIII y est désigné comme « lo principe d'i novi Farisei » — « le prince des nouveaux pharisiens », ayant « la guerre tout près du Latran ». Dante, partisan engagé hostile à l'ingérence pontificale, composa aussi son traité Monarchia pour réfuter les thèses d'Unam sanctam.

    77 78