Pape Nicolas IV (1288-1292)

Girolamo Masci d'Ascoli, premier pape franciscain (1288-1292) : législateur du Tiers-Ordre par la bulle Supra montem, pape de l'ouverture missionnaire vers l'Asie mongole et la Chine, témoin impuissant de la chute d'Acre en 1291 et pontife dominé par les Colonna.

Ignispedia

Nicolas IV (Nicolaus IV), né Girolamo Masci à Lisciano, près d'Ascoli Piceno, le 30 septembre 1227, et mort à Rome le 4 avril 1292, fut pape du 22 février 1288 à sa mort. Sorti d'une famille modeste de la Marche d'Ancône, il fut le premier Frère mineur à monter sur le trône de Pierre : avant d'être pape, il avait été légat à Constantinople, puis ministre général de l'ordre franciscain, succédant directement à saint Bonaventure.[1][2]

Son pontificat de quatre ans porte la marque de l'esprit franciscain. Par la bulle Supra montem (1289), il donna au Tiers-Ordre de saint François sa règle définitive, faisant du Poverello le fondateur reconnu de ce grand mouvement de pénitents laïcs.[3][4] Surtout, Nicolas IV fut le pape d'une audacieuse ouverture missionnaire vers l'Asie : il reçut à Rome, en 1288, l'ambassadeur du khan mongol, le moine nestorien Rabban Bar Sauma, à qui il donna lui-même la communion ; et il envoya en Chine le franciscain Jean de Montecorvino, qui fondera la première Église catholique de Pékin.[5][6]

Mais le règne fut aussi marqué par des échecs et des dépendances. Toutes ses tentatives pour relancer la croisade échouèrent : en 1291, Saint-Jean-d'Acre, dernière grande place forte chrétienne de Terre sainte, tomba aux mains des Mamelouks, mettant fin à près de deux siècles d'États latins d'Orient.[7][8] À Rome, le pape s'appuya si lourdement sur la puissante famille des Colonna que les esprits railleurs le représentèrent enfermé dans une colonne, dont seule émergeait sa tête couronnée de la tiare.[9][10]

Nicolas IV en trois visages — le premier Frère mineur devenu pape et législateur du Tiers-Ordre, le pape qui ouvre l'Église vers l'Asie mongole et la Chine, et le pontife dominé par les Colonna que la satire enferme dans une colonne. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Pieux, lettré et grand mécène — il commanda à Jacopo Torriti les mosaïques de l'abside de Santa Maria Maggiore —, Nicolas IV laisse l'image d'un pape de transition : héritier des grands desseins du XIIIe siècle finissant, mais déjà guetté par les rivalités de clans qui, après lui, plongeront la papauté dans la longue vacance précédant Célestin V puis dans le drame de Boniface VIII.[11][12]

Pourquoi Nicolas IV compte-t-il ?

Le premier pape franciscain

Un peu plus de soixante ans après la mort de saint François d'Assise (1226), l'un de ses fils spirituels monta sur le trône de Pierre. L'événement était considérable : l'ordre des Frères mineurs, né de la pauvreté radicale d'un converti d'Assise, donnait son premier pape à l'Église.[13][14] Nicolas IV ne renia jamais cette origine ; son épitaphe à Santa Maria Maggiore le proclame « fils de saint François ».[15] Tout son pontificat porte cette empreinte : faveur aux ordres mendiants, règle donnée au Tiers-Ordre, dévotion mariale profonde, zèle missionnaire.

Le pape de l'ouverture missionnaire vers l'Asie

Aucun pape du Moyen Âge n'a poussé aussi loin le regard de l'Église vers l'Orient lointain. Profitant de la Pax Mongolica qui ouvrait les routes de l'Asie, Nicolas IV reçut l'ambassade du khan Arghun, envoya des frères chez les Tatars, les Bulgares, les Éthiopiens, et fit partir vers la Chine Jean de Montecorvino, premier évangélisateur catholique de l'Extrême-Orient.[16][17] Cette ouverture, restée largement sans lendemain politique, n'en demeure pas moins l'un des plus grands élans missionnaires de la chrétienté médiévale.

Le pape dominé par les Colonna

L'ombre du pontificat est sa dépendance envers une grande famille romaine. En multipliant les charges et les chapeaux de cardinal en faveur des Colonna, Nicolas IV laissa se former l'image d'un pape captif d'un clan. La Catholic Encyclopedia juge sans détour que son règne manqua d'indépendance, à cause de l'influence indue des Colonna.[18] Ce reproche, gravé dans la mémoire par une caricature célèbre, oblige tout article rigoureux à peser la part de l'homme et la part des circonstances dans cette emprise.

Jérôme d'Ascoli avant le trône

Une naissance modeste dans la Marche d'Ancône

Girolamo Masci naît le 30 septembre 1227 — la date traditionnelle, les sources hésitant entre 1225 et 1230 — à Lisciano, hameau proche d'Ascoli Piceno, dans la Marche d'Ancône.[19][20] Contrairement aux Orsini de son protecteur Nicolas III, sa famille est obscure : la Catholic Encyclopedia le dit « de basse extraction ».[21] On lui prête un père scribe et deux sœurs, mais les sources contemporaines ne le désignent que comme « Jérôme d'Ascoli » — le surnom de famille Masci n'apparaît qu'à l'époque moderne.[22] De cette origine humble, le futur pape gardera une réelle simplicité de mœurs, soulignée par ses contemporains.

Entré jeune chez les Frères mineurs, Jérôme acquit une solide formation théologique : il commenta les quatre livres des Sentences de Pierre Lombard et laissa des sermons, conservés à la Bibliothèque Casanatense de Rome.[23] Loin d'être un simple administrateur, il fut un religieux lettré et prédicateur.

Le frère mineur et la légation de Constantinople (1272)

La carrière de Jérôme d'Ascoli bascule lorsqu'il est chargé de hautes missions diplomatiques. En 1272, le pape Grégoire X l'envoie à Constantinople, à la tête d'une délégation, pour préparer la participation des Grecs au futur concile d'union.[24][25] La mission réussit : la veille de Noël 1273, le clergé grec souscrivit à Constantinople l'engagement de rentrer dans l'obéissance romaine, et les légats portèrent cet acte au deuxième concile de Lyon, où l'union fut solennellement proclamée le 6 juillet 1274.[26]

Ce séjour à Byzance fit de Jérôme un connaisseur du dossier oriental — expérience qui éclaire la politique d'ouverture vers l'Orient qu'il mènera, devenu pape. Peu d'hommes de la curie connaissaient mieux que lui les Églises d'Orient et les routes du Levant.

Ministre général après saint Bonaventure (1274)

À Lyon, en 1274, alors que saint Bonaventure — ministre général des franciscains et grand docteur de l'ordre — meurt en plein concile, c'est Jérôme d'Ascoli qui lui succède à la tête des Frères mineurs.[27][28] Diriger l'ordre franciscain au lendemain de Bonaventure, dans une période encore traversée par les débats sur la pauvreté, exigeait autorité et équilibre. Jérôme conserva ce gouvernement jusqu'en mai 1279, cédant alors la charge à Bonagrazia de San Giovanni in Persiceto.[29]

C'est durant ce généralat que Jérôme prit part, comme expert, à la préparation de la grande bulle franciscaine de Nicolas III, Exiit qui seminat (1279) sur la pauvreté évangélique — texte au cœur de la vie de l'ordre dont il était le chef.[30]

Cardinal de Nicolas III, puis de Martin IV

Sa fidélité et sa compétence lui valurent la pourpre. Le 12 mars 1278, le pape Nicolas III le crée cardinal-prêtre du titre de Santa Pudenziana, alors qu'il était en mission en France pour rétablir la paix entre la France et la Castille.[31][32] Trois ans plus tard, en 1281, Martin IV le promeut cardinal-évêque de Palestrina (Préneste).[33] Devenu l'un des cardinaux les plus expérimentés de la curie, le franciscain d'Ascoli était désormais papabile.

L'élection de 1288

La longue vacance après Honorius IV

À la mort du pape Honorius IV, le 3 avril 1287, le Siège de Pierre reste vacant près de dix mois.[34][35] La cause en est dramatique : réunis à Rome dans le palais proche de Sainte-Sabine, sur l'Aventin, les cardinaux sont décimés par une épidémie durant l'été 1287 ; six d'entre eux meurent, et le conclave se disloque.[36] Seuls six ou sept cardinaux survivent pour reprendre, l'hiver venu, les délibérations.

Le refus, puis l'acceptation

Le 15 février 1288, les cardinaux survivants élisent à l'unanimité le cardinal Jérôme d'Ascoli.[37][38] Mais l'élu, par humilité, refuse la charge et persiste dans son refus pendant une semaine entière. Les cardinaux le réélisent alors une seconde fois, le 22 février 1288, jour de la Chaire de saint Pierre ; cette fois, Jérôme accepte et est couronné le jour même.[39][40] Ce refus initial, loin d'être une simple formule, frappa les contemporains : le premier pape franciscain montait au trône à reculons, fidèle en cela à l'esprit de minorité de son ordre.

Le nom de Nicolas, en mémoire de Nicolas III

Nicolas IV : quatre années décisives — de l'élection du premier pape franciscain à la mort de 1292, la frise résume les jalons qui structurent le pontificat : Bar Sauma, Charles II, Coelestis altitudo, Supra montem, Montecorvino et Acre. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

L'élu choisit de régner sous le nom de Nicolas, « en pieux souvenir de Nicolas III », le pape Orsini qui l'avait fait cardinal dix ans plus tôt.[41] Le geste disait la reconnaissance, mais il annonçait peut-être aussi une fidélité à la politique romaine et familiale de son bienfaiteur — fidélité qui se traduira, sous une autre maison, par l'emprise des Colonna.

Le premier pape franciscain et le Tiers-Ordre

Supra montem : la règle du Tiers-Ordre

Les trois ordres de saint François — par la bulle Supra montem (1289), Nicolas IV donne au Tiers-Ordre des pénitents laïcs une règle unique et le place sous la conduite des Frères mineurs, à côté du Premier Ordre (frères) et du Deuxième Ordre (Clarisses). Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Depuis saint François, des laïcs vivant dans le monde — mariés, artisans, marchands — s'étaient agrégés au mouvement franciscain sous le nom de pénitents, sans règle unifiée ni statut clair. Le 18 août 1289, par la bulle Supra montem, Nicolas IV donna à ce Tiers-Ordre une règle commune et définitive, reprenant pour l'essentiel le texte ancien de 1221.[42][43] La bulle organisait l'admission (année de probation, profession de foi), prescrivait un habit simple de drap humble, gris ou brun, et fixait les jours de jeûne et de prière.

L'acte eut une double portée. D'une part, il reconnut officiellement saint François comme fondateur du Tiers-Ordre, ancrant ce vaste mouvement laïc dans la famille franciscaine.[44] D'autre part, il plaça les pénitents sous la conduite des Frères mineurs, leur donnant une unité de règle et de direction.[45] Par cette bulle, le premier pape franciscain offrit à des dizaines de milliers de laïcs un chemin de sainteté évangélique dans le siècle — l'un des actes les plus durables de son pontificat, puisque le Tiers-Ordre franciscain (aujourd'hui Ordre franciscain séculier) en vit encore.

Un pape de dévotion franciscaine et mariale

Nicolas IV gouverna en franciscain. Il combla de faveurs les ordres mendiants, favorisa la prédication et l'étude, et nourrit une piété mariale profonde qui marquera son mécénat artistique. Treccani souligne que le thème de l'Incarnation et du Couronnement de la Vierge, qu'il fit représenter à Santa Maria Maggiore, « répondait bien à la profonde piété mariale » du pape.[46][47] Le dénuement franciscain et la splendeur du culte marial ne s'opposaient pas chez lui : ils exprimaient une même intensité spirituelle.

L'ouverture missionnaire vers l'Orient

L'ambassade de Rabban Bar Sauma (1288)

De Rome à Pékin (1288-1294) — sous Nicolas IV, l'ambassadeur mongol Rabban Bar Sauma vient à Rome (1288) et le franciscain Jean de Montecorvino part évangéliser la Chine (1289), où il fondera la première Église catholique de Khanbaliq (Pékin). Infographie originale Ignispedia créée par IA.

L'épisode le plus extraordinaire du pontificat est la venue à Rome d'un ambassadeur mongol. L'ilkhan de Perse Arghun, qui cherchait une alliance avec l'Occident chrétien contre les Mamelouks d'Égypte, avait dépêché un vieux moine nestorien né en Chine, Rabban Bar Sauma.[48] Arrivé trop tard pour rencontrer Honorius IV, le moine attendit l'élection en discutant théologie avec les cardinaux et en visitant les tombeaux des Apôtres.

Une fois Nicolas IV élu, l'accueil fut chaleureux. Le pape autorisa Bar Sauma à célébrer sa propre liturgie dans la capitale de la chrétienté latine, et, le dimanche des Rameaux 1288, il lui donna lui-même la communion.[49] Le geste était lourd de sens : un pape de Rome communiait à un chrétien d'Orient, envoyé d'un souverain mongol, au cœur de Saint-Pierre. Nicolas IV chargea le moine de présents et confia pour le patriarche nestorien Mar Yahballaha une précieuse tiare.[50] Le rêve d'une grande alliance mongole-chrétienne ne se réalisa jamais ; mais cette rencontre demeure l'un des moments les plus saisissants du dialogue entre l'Orient et l'Occident médiévaux.

Jean de Montecorvino, premier évangélisateur de la Chine

Au retour de Bar Sauma, Nicolas IV décida d'envoyer ses propres missionnaires vers l'Asie. En 1289, il confia au franciscain Jean de Montecorvino une mission de légat, avec des lettres pour le khan Kubilai, pour l'ilkhan Arghun, pour le roi d'Arménie et pour le patriarche jacobite.[51] Parti en 1289, Montecorvino atteignit la Chine et fonda à Khanbaliq (Pékin) la première Église catholique d'Extrême-Orient, bâtissant des églises, baptisant des milliers de fidèles et traduisant le Nouveau Testament et les Psaumes.[52] Il sera nommé archevêque de Pékin en 1307 par Clément V.

« J'ai bâti une église dans la cité de Khanbaliq, où le roi a sa résidence principale. [...] J'y ai baptisé, autant que je puis l'estimer, quelque six mille personnes. » — Jean de Montecorvino, première lettre de Khanbaliq (Pékin), 8 janvier 1305[53]

Cette semence, isolée et fragile, ne survivra guère aux bouleversements de l'Asie ; mais elle inscrit Nicolas IV comme le pape inaugurateur des missions catholiques en Chine, plus de deux siècles avant les jésuites de Matteo Ricci.

Les autres fronts missionnaires

Le zèle missionnaire de Nicolas IV ne se limita pas à la Chine. Il envoya des frères chez les Bulgares, les Tatars, les Éthiopiens et les chrétiens d'Orient, multipliant les contacts entre Rome et les peuples des marges de la chrétienté.[54][55] Cette politique d'évangélisation tous azimuts, portée par l'élan des ordres mendiants, fait de son pontificat un sommet de l'expansion missionnaire du XIIIe siècle finissant.

La croisade impossible et la chute d'Acre (1291)

Les appels à la croisade

La chute d'Acre (18 mai 1291) — malgré les appels de Nicolas IV et l'envoi de vingt galères, la dernière grande place chrétienne de Terre sainte tombe aux mains des Mamelouks ; près de deux siècles d'États latins d'Orient prennent fin. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Dès le début de son pontificat, Nicolas IV se voulut le pape de la croisade. La situation en Terre sainte était désespérée : les Mamelouks du sultan Qala'un, puis de son fils al-Achraf Khalil, réduisaient une à une les dernières places franques. En 1289, la chute de Tripoli sonna l'alarme. Le pape multiplia les appels aux princes chrétiens, leva des décimes, fit armer des galères et tenta de coaliser l'Occident.[56][57] Le roi Édouard Ier d'Angleterre se déclara prêt à partir ; une grande expédition fut même envisagée pour 1293.[58]

La chute de Saint-Jean-d'Acre

Tout cela vint trop tard. Le 18 mai 1291, après un siège acharné, Saint-Jean-d'Acre — capitale du royaume latin de Jérusalem et dernière grande place forte chrétienne de Terre sainte — tomba aux mains de l'armée mamelouke.[59][60] Avec elle s'effondrèrent les ultimes positions franques : Tyr, Sidon, Beyrouth, Tortose. Près de deux siècles après la prise de Jérusalem par la première croisade (1099), l'aventure des États latins d'Orient s'achevait.

« Après la chute de Ptolémaïs en 1291, il appela tous les princes chrétiens à prendre les armes contre le Musulman, et arma vingt vaisseaux. » — Catholic Encyclopedia, article Pope Nicholas IV[61]

Devant le désastre, Nicolas IV redoubla d'efforts : nouveaux appels, projets de coalition, encouragement aux ordres militaires. Mais l'Europe, divisée par la guerre des Vêpres siciliennes et lasse des croisades, ne répondit pas. Le pape franciscain mourut sans avoir pu reprendre la Terre sainte — échec qui n'est pas le sien seul, mais celui de toute une chrétienté.

Le gouvernement de l'Église et de Rome

Coelestis altitudo : la moitié des revenus aux cardinaux

Coelestis altitudo (18 juillet 1289) : le partage des revenus — Nicolas IV attribue au collège des cardinaux la moitié des revenus du Saint-Siège et une part de leur administration, renforçant durablement l'autonomie du Sacré Collège. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

L'acte institutionnel le plus lourd de conséquences fut la constitution Coelestis altitudo potentiae, du 18 juillet 1289. Par ce texte, Nicolas IV attribua au collège des cardinaux la moitié de tous les revenus du Saint-Siège et une part dans leur administration financière.[62][63] Le pape ordonna aussi de réviser le vénérable Liber censuum, devenu vieux d'un siècle, pour en effacer les redevances tombées en désuétude.[64]

La mesure traduisait la montée en puissance du Sacré Collège, devenu un véritable corps gouvernant aux côtés du pape. Mais en dotant les cardinaux d'une richesse propre et d'une autonomie financière, elle préparait, selon les historiens, l'indépendance — et les ambitions — d'un collège qui pèsera lourd dans les conclaves orageux du siècle suivant.[65]

Le couronnement de Charles II d'Anjou (1289)

Sur l'échiquier italien, Nicolas IV poursuivit une politique favorable à la maison d'Anjou. Le 29 mai 1289, jour de la Pentecôte, il couronna à Rieti Charles II d'Anjou roi de Sicile et de Naples, l'absolvant des censures et tentant de régler l'interminable conflit né des Vêpres siciliennes de 1282.[66][67] Le pape s'efforça d'arbitrer entre les Angevins, les Aragonais et les Habsbourg, sans parvenir à éteindre une guerre qui empoisonnait la Méditerranée et détournait l'Occident de la croisade.

Universités et condamnations

Soucieux de l'étude, Nicolas IV favorisa les universités. Il confirma et privilégia notamment celles de Montpellier et de Lisbonne-Coimbra, et accorda à plusieurs studia la licentia ubique docendi — le droit d'enseigner partout en chrétienté.[68][69] Sur le plan doctrinal, il renouvela en 1290 la condamnation de la secte des Apostoliques (Apostolici), ces « faux apôtres » qui prétendaient imiter à la lettre la pauvreté primitive en défiant l'autorité de l'Église.[70]

Le tableau ci-dessous récapitule les principaux actes de gouvernement du pontificat.

ActeDatePortée
Constitution Coelestis altitudo18 juillet 1289Moitié des revenus du Saint-Siège au collège des cardinaux
Bulle Supra montem18 août 1289Règle définitive du Tiers-Ordre de saint François
Couronnement de Charles II d'Anjou29 mai 1289Roi de Sicile et de Naples, à Rieti
Mission de Jean de Montecorvino1289Première Église catholique de Chine
Condamnation des Apostoliques1290Répression d'une secte pauvériste hétérodoxe
Appels à la croisade / 20 galères1290-1291Réponse impuissante à la chute d'Acre

Le pape des Colonna

Les Colonna au sommet

Enfermé dans une colonne — en élevant les Colonna au cardinalat et aux rectorats des provinces pontificales, Nicolas IV laissa naître l'image satirique d'un pape captif du clan, dont seule la tête tiarée émergeait de la colonne, emblème de la famille. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Fait singulier : aucun lien de parenté ne rattachait Nicolas IV aux Colonna — on ne peut donc parler de népotisme au sens strict.[71] Et pourtant, le pape éleva cette grande famille romaine à une puissance sans égale. Dès le 16 mai 1288, il fit cardinal le jeune Pietro Colonna ; il confia à Stefano Colonna le rectorat de la Romagne (1289), à Giovanni Colonna la Marche d'Ancône, et à d'autres proches du clan les plus hautes charges de l'État pontifical.[72][73] La curie et les provinces semblèrent passer sous le contrôle d'une seule maison.

Membre des ColonnaCharge reçue sous Nicolas IV
Pietro Colonnacardinal-diacre (16 mai 1288)
Stefano Colonnarecteur de la Romagne (1289)
Giovanni Colonnarecteur de la Marche d'Ancône
Agapito Colonnavicaire de la Marche

La caricature de la colonne

Cette emprise frappa si vivement les contemporains qu'elle inspira une satire célèbre. Les esprits railleurs de Rome représentèrent le pape enfermé dans une colonne — l'emblème parlant des Colonna —, dont seule émergeait la tête couronnée de la tiare.[74][75] L'image disait tout : un pontife réduit, prisonnier d'un clan, à peine visible derrière la colonne familiale. C'est l'un des premiers grands exemples de caricature politique appliquée à la papauté.

Un jugement nuancé

Faut-il pour autant condamner Nicolas IV ? Il faut nuancer. Le pape n'enrichissait pas sa propre famille — il n'avait ni frère cardinal ni neveu recteur, à la différence d'un Nicolas III. Sa faute fut plutôt de gouverner par une faction, en s'appuyant sur la force des Colonna pour tenir Rome et l'État pontifical, dans une Ville livrée aux rivalités des grandes maisons.

« Son règne ne fut pas marqué par une indépendance suffisante, à cause de l'influence des Colonna. » — Catholic Encyclopedia, article Pope Nicholas IV[76]

Le revers tragique de cette politique éclatera après lui : c'est l'affrontement entre les Colonna et Boniface VIII qui ensanglantera la Rome de la fin du siècle.

Le bâtisseur et mécène : Santa Maria Maggiore et le Latran

Le Couronnement de la Vierge

Le Couronnement de la Vierge, mosaïque de l'abside de Santa Maria Maggiore par Jacopo Torriti, commande de Nicolas IV (achevée vers 1295-1296). Photo Wikimedia Commons, domaine public.

Grand mécène, Nicolas IV fit de Santa Maria Maggiore le joyau de son pontificat. Il confia à l'artiste Jacopo Torriti la décoration de l'abside, ornée d'une splendide mosaïque du Couronnement de la Vierge par le Christ, entouré d'anges et de saints.[77][78] Achevée après la mort du pape, vers 1295-1296, cette mosaïque demeure « le plus important exemple subsistant de l'art de la mosaïque romaine de la fin du Moyen Âge ».[79] Le pape lui-même y figure parmi les saints, du côté de saint Pierre et saint Paul ; le cardinal Giacomo Colonna, qui fit achever les travaux, se fit représenter en face, dans la même mosaïque.[80][81]

Le Latran et la mémoire franciscaine

À Saint-Jean-de-Latran, Nicolas IV acheva les restaurations entreprises par ses prédécesseurs et fit également exécuter par Torriti la grande mosaïque de l'abside.[82][83] Il y fit graver, en lettres de mosaïque, le souvenir des travaux — et, signe de sa fidélité franciscaine, le rappel du songe d'Innocent III voyant saint François soutenir de son épaule la basilique du Latran prête à s'écrouler.[84] Le premier pape franciscain inscrivait ainsi, au cœur de la cathédrale du pape, l'image fondatrice de son ordre.

La mort (avril 1292) et la longue vacance

La mort à Rome

Nicolas IV mourut à Rome, dans le palais pontifical qu'il s'était fait construire près de Santa Maria Maggiore, le 4 avril 1292, à environ soixante-quatre ans.[85][86] Conformément à sa dévotion mariale, il voulut être enseveli dans la basilique de la Vierge qu'il avait embellie. Son tombeau primitif disparut ; ce sont les papes de la fin du XVIe siècle, et notamment Sixte V — autre Frère mineur de la Marche d'Ancône —, qui lui élevèrent à Santa Maria Maggiore le monument funèbre que l'on voit aujourd'hui.[87] Toute sa vie tient dans le mot que grave son épitaphe :

« Ci-gît Nicolas IV, fils de saint François. » — Épitaphe de Nicolas IV, basilique Santa Maria Maggiore, Rome[88]

Vingt-sept mois sans pape

La mort de Nicolas IV ouvrit l'une des plus longues vacances de l'histoire de la papauté. Divisés entre les factions des Colonna et des Orsini, paralysés par leurs rivalités, les cardinaux mirent vingt-sept mois à s'accorder.[89] Ce n'est qu'en juillet 1294 qu'ils élurent, par surprise, un vieil ermite réputé pour sa sainteté, Pietro da Morrone, qui devint Célestin V — pour abdiquer cinq mois plus tard, ouvrant la voie au pontificat tragique de Boniface VIII. La dépendance partisane que Nicolas IV avait laissée s'installer porta ainsi, après lui, ses fruits amers.

Chronologie de la vie de Nicolas IV

  1. 30 septembre 1227
    Naissance à Lisciano
    Girolamo Masci, Jérôme d'Ascoli

    Il naît dans une famille modeste de la Marche d'Ancône, près d'Ascoli Piceno, et entre jeune chez les Frères mineurs.

  2. 1272
    Légation à Constantinople
    pour Grégoire X

    Il prépare l'union avec les Grecs, scellée au deuxième concile de Lyon en 1274.

  3. 1274
    Ministre général des franciscains
    après saint Bonaventure

    À Lyon, il succède à la tête de l'ordre franciscain au grand docteur Bonaventure, mort en plein concile.

  4. 12 mars 1278
    Cardinal-prêtre de Santa Pudenziana
    par Nicolas III

    Créé cardinal pendant une mission en France, il devient cardinal-évêque de Palestrina en 1281 sous Martin IV.

  5. 22 février 1288
    Élu pape, premier franciscain
    après un refus d'une semaine

    Élu le 15 février, il refuse d'abord, puis accepte le 22 février, jour de la Chaire de saint Pierre, et prend le nom de Nicolas IV.

  6. dimanche des Rameaux 1288
    Communion à Rabban Bar Sauma
    l'ambassadeur mongol

    Il reçoit l'envoyé de l'ilkhan Arghun et lui donne lui-même la communion à Rome.

  7. 29 mai 1289
    Couronnement de Charles II d'Anjou
    à Rieti, jour de Pentecôte

    Il couronne le roi de Sicile et de Naples et tente de régler le conflit des Vêpres siciliennes.

  8. 18 juillet 1289
    Constitution Coelestis altitudo
    les revenus partagés

    Il attribue au collège des cardinaux la moitié des revenus du Saint-Siège.

  9. 18 août 1289
    Bulle Supra montem
    la règle du Tiers-Ordre

    Il donne au Tiers-Ordre franciscain sa règle définitive et reconnaît saint François comme son fondateur.

  10. 1289
    Envoi de Jean de Montecorvino en Chine
    la première mission catholique d'Extrême-Orient

    Le franciscain part comme légat vers le khan ; il fondera la première Église catholique de Pékin.

  11. 18 mai 1291
    Chute de Saint-Jean-d'Acre
    fin des États latins d'Orient

    La dernière grande place chrétienne de Terre sainte tombe ; les appels du pape à la croisade restent vains.

  12. 4 avril 1292
    Mort à Rome
    sépulture à Santa Maria Maggiore

    Il meurt près de la basilique qu'il a embellie ; une vacance de vingt-sept mois s'ouvre avant Célestin V.

Sources et bibliographie

Sources de référence

  • Treccani, Enciclopedia dei Papi, « Niccolò IV » — la synthèse savante la plus complète sur la naissance, la carrière franciscaine, la légation de Constantinople, le généralat, le pontificat, les Colonna et le mécénat.[90]
  • Catholic Encyclopedia (New Advent), « Pope Nicholas IV » (1911) — le cadre factuel classique sur la carrière, l'élection, la croisade, les missions et le jugement d'ensemble.[91]
  • Encyclopædia Britannica et Encyclopedia.com (New Catholic Encyclopedia), « Nicholas IV » — notices synthétiques sur le premier pape franciscain, Coelestis altitudo, les Colonna et la chute d'Acre.[92][93]

Sur les missions et l'ouverture vers l'Orient

SourceApport
Récit de Rabban Bar Sauma (chronique syriaque)Ambassade de l'ilkhan Arghun, communion donnée par Nicolas IV aux Rameaux 1288
Sources sur Jean de MontecorvinoMission de 1289, fondation de l'Église de Khanbaliq (Pékin)
Bulle Supra montem (Franciscan Archive)Règle définitive du Tiers-Ordre, saint François fondateur

Sur l'art et la mémoire

  • Jacopo Torriti, mosaïques de l'abside de Santa Maria Maggiore (Couronnement de la Vierge) et de Saint-Jean-de-Latran, commandes de Nicolas IV.[94]
  • Sixte V, monument funèbre élevé à Santa Maria Maggiore en mémoire de Nicolas IV.[95]

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Enciclopedia dei Papi, « Niccolò IV », Istituto della Enciclopedia Italiana Treccani, Rome, 2000 : naissance près de Lisciano (Ascoli Piceno), vers 1225-1230 (date traditionnelle du 30 septembre 1227) ; surnom Masci attesté seulement à l'époque moderne, sources contemporaines « Girolamo d'Ascoli » ; formation théologique (commentaire des Sentences, sermons à la Casanatense) ; provincial de Sclavonie (Dalmatie) 1272-1274 ; légation à Constantinople au nom de Grégoire X (souscription du clergé grec la veille de Noël 1273, décrets d'union lus à Lyon le 6 juillet 1274) ; ministre général des Frères mineurs (1274) après Bonaventure, jusqu'en mai 1279 (successeur Bonagrazia da Persiceto) ; cardinal-prêtre de Santa Pudenziana le 12 mars 1278 (Nicolas III), cardinal-évêque de Palestrina (1281, Martin IV) ; élection début 1288 après une vacance de dix mois, couronnement le 22 février 1288 (fête de la Chaire de saint Pierre), nom choisi en référence à Nicolas III ; faveur aux Colonna (Pietro cardinal, Stefano recteur de Romagne 1289, Giovanni recteur de la Marche, Agapito vicaire), sans lien de parenté, d'où la « fama di papa nepotista » ; couronnement de Charles II d'Anjou à Rieti le 29 mai 1289 (Pentecôte) ; croisade et chute d'Acre le 18 mai 1291 ; mission de Jean de Montecorvino en Chine (1289) ; bulle Supra montem sur le Tiers-Ordre (saint François fondateur) ; révision du Liber censuum et partage des census entre le pontife et la mensa collegii des cardinaux ; mécénat (mosaïque de Torriti du Couronnement de la Vierge à Santa Maria Maggiore achevée par le cardinal Giacomo Colonna, abside et épigraphe du Latran avec le songe d'Innocent III et saint François soutenant la basilique) ; mort le 4 avril 1292, sépulture à Santa Maria Maggiore. URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/niccolo-iv_(Enciclopedia-dei-Papi)/.

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  2. Catholic Encyclopedia, « Pope Nicholas IV », vol. XI, Robert Appleton Company, New York, 1911, repris par New Advent : Girolamo Masci, né à Ascoli dans la Marche d'Ancône, « of humble extraction », entré jeune chez les franciscains ; délégué à Constantinople en 1272 pour le concile de Lyon ; successeur de saint Bonaventure au généralat (1274) ; cardinal-prêtre de Santa Pudenziana (1278) lors d'une mission en France pour la paix entre la France et la Castille, évêque de Palestrina (1281, Martin IV) ; élu le 15 février 1288, après refus réélu et accepté ; premier pape franciscain, nom pris « in loving remembrance of Nicholas III » ; couronnement de Charles II à Rieti le 29 mai 1289 ; après la chute de Ptolémaïs (Acre) en 1291, « called upon all the Christian princes to take up arms against the Mussulman » et arma vingt vaisseaux ; missionnaires envoyés (Jean de Montecorvino vers les Bulgares, Éthiopiens, Tatars et Chinois) ; constitution du 18 juillet 1289 accordant aux cardinaux la moitié des revenus pontificaux ; renouvellement de la condamnation des Apostolici (1290) ; jugement : règne « not characterized by sufficient independence » à cause de l'influence des Colonna ; mort à Rome le 4 avril 1292, sépulture à Santa Maria Maggiore, monument élevé plus tard par Sixte V. URL : https://www.newadvent.org/cathen/11057a.htm.

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  3. Bulle Supra montem de Nicolas IV (18 août 1289), texte de référence (Franciscan Archive, bullarium) : approbation et unification de la règle de l'Ordre des Pénitents (Tiers-Ordre), substantiellement identique au texte primitif de 1221 ; conditions d'admission (année de probation, profession de foi), habit simple de drap humble gris ou brun, jours de jeûne ; reconnaissance de saint François comme fondateur du Tiers-Ordre ; placement du Tiers-Ordre sous la conduite des Frères mineurs, avec unité de règle et de direction. URL : https://franciscan-archive.org/bullarium/smonteme.html.

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  4. Rabban Bar Sauma, ambassade de 1287-1288 (récit syriaque de la vie de Bar Sauma et de Mar Yahballaha III) : moine nestorien né en Chine, envoyé par l'ilkhan de Perse Arghun pour proposer une alliance franco-mongole contre les Mamelouks d'Égypte ; arrivé à Rome trop tard pour Honorius IV, il négocie avec les cardinaux durant la vacance et visite Saint-Pierre ; après l'élection de Nicolas IV, accueil cordial, autorisation de célébrer sa propre liturgie, communion reçue du pape le dimanche des Rameaux 1288 ; chargé de présents et d'une tiare précieuse pour le patriarche nestorien Mar Yahballaha ; l'alliance mongole-chrétienne resta finalement sans suite. Synthèse d'après l'article encyclopédique « Rabban Bar Sauma ».

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  5. Jean de Montecorvino, mission de 1289 : franciscain entré dans l'ordre en 1280 ; Nicolas IV lui confie en 1289 une mission de légat avec des lettres pour Kubilai khan, l'ilkhan Arghun, le roi d'Arménie et le patriarche jacobite ; parti en 1289 (compagnons Nicolas de Pistoia et Pierre de Lucalongo), il atteint l'Inde puis Khanbaliq (Pékin) vers 1294, y bâtit les premières églises catholiques, baptise plusieurs milliers de fidèles, traduit le Nouveau Testament et les Psaumes ; nommé archevêque de Khanbaliq par Clément V en 1307. D'après l'article encyclopédique « John of Montecorvino » et les sources franciscaines.

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  6. Chute de Saint-Jean-d'Acre, 18 mai 1291 : après un long siège, l'armée mamelouke d'al-Achraf Khalil prend Acre, capitale et dernière grande place forte du royaume latin de Jérusalem ; chute consécutive des dernières positions franques (Tyr, Sidon, Beyrouth, Tortose) ; fin de près de deux siècles d'États latins d'Orient nés de la première croisade (1099). Synthèse historique d'après les chroniques du siège et les notices de référence sur la fin des croisades.

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  7. New Catholic Encyclopedia, « Nicholas IV, Pope », repris par Encyclopedia.com : pape du 22 février 1288 au 4 avril 1292, premier franciscain ; né Girolamo Masci le 30 septembre 1227 à Ascoli ; constitution Coelestis altitudo potentiae (1289) attribuant aux cardinaux la moitié des revenus pontificaux, marque de l'importance croissante du Sacré Collège ; alliance avec les Colonna (Pietro Colonna cardinal), d'où la satire représentant « the pope as enclosed in a column (the Colonna's insignia), with only his tiara-crowned head emerging » ; persécution renouvelée des Apostolici / faux apôtres (1290) ; croisade lancée après la chute de Tripoli (avril 1289), envoi de 20 navires ; la chute d'Acre (mai 1291) « ended the agonizing existence of the Christian strongholds Outremer » ; pape « pious and learned », mécène d'artistes distingués, dont les initiatives politiques échouèrent largement ; après sa mort, 27 mois de vacance avant l'élection de Célestin V ; épitaphe « Here lies Nicolas IV son of St. Francis » ; sépulture à Santa Maria Maggiore. URL : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/nicholas-iv-pope.

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  8. Satire contemporaine de Nicolas IV : l'influence indue exercée à Rome par les Colonna, si manifeste du vivant même du pape, inspira aux « Roman wits » une caricature représentant Nicolas IV encastré dans une colonne — l'emblème parlant de la famille Colonna —, dont seule émergeait la tête couronnée de la tiare. D'après la Catholic Encyclopedia (« Pope Nicholas IV ») et la New Catholic Encyclopedia (Encyclopedia.com). L'un des premiers exemples de caricature politique appliquée à un pape.

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  9. Jacopo Torriti, mosaïque de l'abside de Santa Maria Maggiore, Couronnement de la Vierge, commande de Nicolas IV, achevée vers 1295-1296 : le Christ couronne la Vierge dans un médaillon central entouré d'anges et de saints ; Nicolas IV figure du côté de saint Pierre et saint Paul, le cardinal Giacomo Colonna (qui fit achever les travaux) en face ; « the most important surviving example of Roman mosaic art from the late Middle Ages ». Torriti exécuta aussi, pour Nicolas IV, la mosaïque de l'abside de Saint-Jean-de-Latran (signée 1291, largement refaite en 1878). D'après l'article encyclopédique « Jacopo Torriti » et l'Enciclopedia dei Papi (Treccani).

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  10. PopeHistory.com, « Pope Nicholas IV — The 191st Pope » : conclave réuni à Rome après la mort d'Honorius IV (3 avril 1287) au palais proche de Santa Sabina sur l'Aventin ; cardinaux décimés par une épidémie durant l'été 1287, six électeurs morts ; les sept survivants élisent Girolamo Masci à l'unanimité le 15 février 1288 ; refus persistant pendant une semaine, acceptation et couronnement le 22 février 1288 ; consistoire du 16 mai 1288 créant six cardinaux dont Pietro Colonna et Napoleone Orsini. URL : https://popehistory.com/popes/pope-nicholas-iv/.

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  11. Jean de Montecorvino, première lettre de Khanbaliq (Cambaliech, Pékin), datée du 8 janvier 1305, dans la traduction anglaise de référence de Henry Yule, Cathay and the Way Thither, Hakluyt Society, Londres, 1866, t. I : original « I have built a church in the city of Cambaliech, in which the king has his chief residence […]. I have baptized there, as well as I can estimate, up to this time some 6000 persons » ; le missionnaire y décrit aussi l'achat et l'éducation de cent cinquante jeunes garçons formés au latin et au chant liturgique. Cette lettre, postérieure de treize ans à la mort de Nicolas IV, rend compte des fruits de la mission que le pape franciscain avait lancée en 1289. Texte repris par le Fordham Medieval Sourcebook. URL : https://sourcebooks.fordham.edu/source/corvino1.asp.

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  12. Encyclopædia Britannica, « Nicholas IV (pope) » : Girolamo Masci, né le 30 septembre 1227 près d'Ascoli Piceno, premier pape franciscain ; ministre pour la Dalmatie, envoyé par Grégoire X à Constantinople en 1272 ; ministre général des franciscains (1274-1279) ; cardinal-évêque de Palestrina (Martin IV, 1281) ; élu le 22 février 1288 après près de onze mois de vacance ; appui sur les Colonna ; bulle de 1289 accordant au collège des cardinaux la moitié des revenus de l'Église et une part de l'administration ; bulle de 1290 contre la secte des Apostolici ; échec de la relance de la croisade, chute d'Acre en 1291 ; envoi de Giovanni da Montecorvino à la cour de Kubilai khan (première église catholique de Chine) ; restauration des basiliques du Latran et de Santa Maria Maggiore ; mort à Rome le 4 avril 1292. URL : https://www.britannica.com/biography/Nicholas-IV.

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