Pape Sixte V (1521-1590)

Felice Peretti, franciscain d'origine humble devenu pape de 1585 à 1590 : en cinq ans, il pacifie les États pontificaux, refonde la Curie avec les quinze congrégations, achève le dôme de Saint-Pierre et redessine la Rome baroque.

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Sixte V (Sixtus V), né Felice Peretti le 13 décembre 1521 à Grottammare, dans les Marches, gouverne l'Église de Rome du 24 avril 1585 au 27 août 1590. Frère franciscain d'origine très humble — la tradition le fait garder les troupeaux dans son enfance —, devenu prédicateur célèbre puis cardinal, il mène en cinq ans à peine l'un des pontificats les plus énergiques de toute l'histoire de la papauté.[2][3][4]

En un temps record, il rétablit l'ordre dans des États pontificaux livrés au banditisme, renfloue le trésor de l'Église, et surtout réorganise de fond en comble la Curie romaine : sa constitution Immensa Aeterni Dei (1588) crée le système des quinze congrégations de cardinaux — c'est-à-dire quinze groupes de cardinaux chargés chacun d'un domaine précis du gouvernement de l'Église —, ossature de l'administration de l'Église jusqu'au XXᵉ siècle.[5][6] Bâtisseur infatigable, il achève le dôme de la basilique Saint-Pierre, dresse quatre obélisques antiques surmontés de la croix, perce des rues et donne à Rome le visage baroque qu'elle a conservé.[7][8]

Le même pape laisse pourtant des dossiers lourds : une fiscalité écrasante qui le rend haï à sa mort, une Vulgate sixtine — c'est-à-dire la nouvelle édition officielle de la Bible en latin, préparée sur l'ordre du pape — publiée à la hâte et truffée d'erreurs, vite retirée après sa mort, et une diplomatie aventureuse qui le voit excommunier Henri de Navarre et soutenir l'Invincible Armada de Philippe II contre l'Angleterre — c'est-à-dire l'immense flotte de guerre envoyée par l'Espagne en 1588 pour envahir l'Angleterre protestante.[9][10][11]

L'histoire l'a longtemps jugé sévèrement, avant de reconnaître en lui l'un des grands papes réformateurs de la Contre-Réforme — c'est-à-dire le grand renouveau de l'Église catholique après le concile de Trente : non un saint, mais un homme d'État ecclésiastique qui, en un demi-décennie, a refondé Rome et l'appareil de gouvernement de l'Église catholique.[12][13]

Pourquoi Sixte V est le pape qui a refait Rome et l'administration de l'Église

La mémoire commune ne retient souvent de Sixte V que des images contrastées : le pape « de fer » qui faisait exposer les têtes des brigands, et le bâtisseur qui planta l'obélisque du Vatican au centre de la place Saint-Pierre. La réalité est à la fois plus dense et plus instructive.

Sixte V appartient à la lignée des papes de la Contre-Réforme qui, après le concile de Trente (1545-1563), s'efforcent d'appliquer concrètement la réforme catholique. Mais là où ses prédécesseurs réformaient surtout la doctrine et les mœurs du clergé, lui s'attaque aux structures : il pense l'Église comme un gouvernement à organiser, des finances à équilibrer, un territoire à pacifier, une capitale à rebâtir. C'est en cela qu'il est moderne — et qu'il fonde, sans le savoir, la machine administrative pontificale qui durera jusqu'à nos jours.[14][15]

Comprendre Sixte V, c'est donc tenir ensemble trois figures : le frère franciscain nourri de prédication et de théologie ; l'homme d'État dur, méthodique, parfois brutal ; et le mécène urbaniste qui a donné à Rome son visage baroque. Aucune de ces trois figures ne s'explique sans les autres, et aucune n'efface les ombres d'un pontificat aussi bref qu'intense.

Les sources principales

SourceNatureApport pour Sixte V
The Catholic Encyclopedia, art. « Pope Sixtus V » (1912)Synthèse catholique de référenceBiographie d'ensemble, réformes, bilan nuancé
Ludwig von Pastor, Histoire des papes depuis la fin du Moyen Âge, t. XXI-XXIIGrande histoire savante de la papautéRécit détaillé du pontificat, finances, urbanisme, politique
Leopold von Ranke, Histoire de la papauté pendant les XVIᵉ et XVIIᵉ sièclesHistoire classique de la papautéPortrait du réformateur, anecdotes critiquées
Bullarium Romanum (Turin, 1857-1872)Recueil des actes pontificauxTextes des bulles Immensa Aeterni Dei, Postquam verus, Aeternus Ille, Triumphantis Hierusalem
Encyclopædia Britannica, art. « Sixtus V »Synthèse savante moderneDates, faits, politique européenne recoupés

Du gardien de troupeaux au cardinal Montalto

Avant d'être un pape redouté, Felice Peretti fut un enfant pauvre des Marches, porté au sommet de l'Église par la seule force de son intelligence et de son énergie. Son ascension est l'une des plus spectaculaires de la Renaissance finissante.

Une naissance obscure dans les Marches (1521)

Felice Peretti naît le 13 décembre 1521 à Grottammare, sur la côte adriatique, près de la petite ville de Montalto delle Marche dont il tirera plus tard son titre cardinalice.[16][17] Sa famille est modeste : son père est jardinier ou ouvrier agricole, et la tradition — reprise par la Catholic Encyclopedia — rapporte que le futur pape garda les troupeaux dans son enfance avant d'entrer au couvent.[18] Une légende fait remonter ses origines à des réfugiés dalmates ayant fui l'avancée turque, mais ce point reste incertain.[19]

Cette extraction humble n'est pas un détail. Comme Sixte IV un siècle plus tôt, Felice Peretti est un homme que le seul mérite ecclésiastique a porté au sommet, sans patrimoine ni clientèle aristocratique. Toute sa vie, il gardera de ses origines une rudesse de caractère et un sens aigu de l'autorité.

Le franciscain et le grand prédicateur

Entré tout enfant chez les Frères mineurs conventuels au couvent de Montalto — vers l'âge de neuf ou douze ans, selon les sources, sous la conduite de son oncle Fra Salvatore —, il prend le nom de Fra Felice et étudie à Montalto, Ferrare et Bologne.[20] Ordonné prêtre à Sienne en 1547, il se révèle vite un prédicateur de premier ordre.[21]

Sa réputation atteint son sommet lorsqu'il prêche le carême à Rome en 1552, où son éloquence frappe les esprits.[22] C'est à cette époque qu'il fréquente les grandes figures du renouveau catholique romain : la tradition le lie à saint Ignace de Loyola et surtout à saint Philippe Néri, dont l'amitié exigeante lui restera précieuse.[23] Le franciscain n'est donc pas un administrateur sec : c'est un homme de la chaire et de la doctrine, formé à la prédication et à la controverse.

L'inquisiteur de Venise et l'évêque

En 1557, Fra Felice est nommé conseiller de l'Inquisition à Venise. Sa sévérité y déplaît au gouvernement de la Sérénissime, jaloux de son indépendance, et il est rappelé en 1560.[24] Ce premier accroc révèle déjà le tempérament inflexible qui marquera son pontificat.

Sa carrière s'accélère sous le pontificat de saint Pie V, le pape dominicain de l'austérité tridentine, qui apprécie sa rigueur. Felice Peretti devient évêque de Sant'Agata dei Goti en 1566, puis confesseur de Pie V, et reçoit la pourpre cardinalice le 17 mai 1570.[25] Transféré au siège de Fermo en 1571, il est désormais connu de tous sous le nom de cardinal Montalto.

Le cardinal Montalto et les années d'effacement

Sous le pontificat de Grégoire XIII (1572-1585), le cardinal Montalto tombe en relative disgrâce : tenu à l'écart des affaires, il se retire dans une vie studieuse. Il fait bâtir sa villa Montalto sur l'Esquilin, cultive ses jardins, et se consacre à l'édition des œuvres de saint Ambroise.[26][27]

Cette retraite forcée est diversement interprétée. Une tradition tenace — popularisée notamment par certains chroniqueurs et par le récit romanesque de la Renaissance — veut que le cardinal ait feint la vieillesse et l'infirmité pendant des années pour se faire élire comme un pape inoffensif et transitoire. Les historiens modernes, à la suite de Ranke et de Pastor, tiennent ce récit pour largement légendaire : ce qui recommandait Montalto à certains cardinaux était au contraire sa vigueur physique, qui semblait promettre un long pontificat.[28][29] Il faut donc se garder de réduire son élection à une ruse de théâtre.

L'élection de 1585 et le choix du nom

À la mort de Grégoire XIII, le 24 avril 1585, le conclave élit le cardinal Montalto après seulement quatre jours.[30] Le choix d'un homme d'origine modeste, réputé énergique, répond à l'attente d'un Sacré Collège lassé du désordre des dernières années.

Il prend le nom de Sixte V, en mémoire de Sixte IV, lui aussi franciscain conventuel, qui avait régné un siècle plus tôt.[31] Le choix est tout un programme : comme son lointain prédécesseur, le nouveau pape sera un bâtisseur et un protecteur des lettres — mais avec une dureté et une méthode que Sixte IV n'avait pas.

« Il prit le nom de Sixte V en mémoire de Sixte IV, qui avait lui aussi été un Frère mineur. » — The Catholic Encyclopedia, art. « Pope Sixtus V », 1912[32]

Selon une anecdote célèbre mais sujette à caution, sitôt élu, le vieillard courbé se serait redressé, aurait jeté ses béquilles et entonné le Te Deum d'une voix tonnante. L'épisode, savoureux, illustre surtout la réputation de fermeté soudaine du nouveau pontife ; il ne doit pas être pris pour de l'histoire établie.[33]

Le pape de fer : rétablir l'ordre dans les États pontificaux

Le premier chantier de Sixte V est aussi le plus urgent : à son avènement, les États pontificaux sont gangrenés par le brigandage, et le trésor est vide. En deux ans, il transforme radicalement la situation, par des moyens d'une dureté impitoyable.

La guerre aux brigands

À la mort de Grégoire XIII, les estimations contemporaines évoquent entre 12 000 et 27 000 bandits écumant les routes et les campagnes pontificales.[34] Sixte V lance contre eux une répression systématique : poursuites sans relâche, peines capitales massives, complicité punie comme le crime lui-même.

Le résultat est spectaculaire et brutal. En deux ans, les États de l'Église deviennent, selon la Catholic Encyclopedia, « le pays le plus sûr d'Europe ».[35] L'image qui a traversé les siècles est celle des têtes de brigands exposées sur le pont du château Saint-Ange, si nombreuses qu'on disait alors qu'il y en avait plus que de melons au marché — formule de chroniqueur, résumant la terreur que le pape sut inspirer.[36] Cette efficacité eut un prix moral lourd, et la légende du « pape sanguinaire » naît ici.

Les finances : le trésor du château Saint-Ange

Le château Saint-Ange, forteresse pontificale où Sixte V fit déposer le trésor accumulé par sa politique financière. Photographie Wikimedia Commons, CC0.

Sixte V trouve le trésor pontifical vide. Par une politique fiscale énergique — nouveaux impôts, vente de charges et d'offices, emprunts publics (monti) —, il accumule en cinq ans une fortune considérable.[37][38] À sa mort, il laisse déposés au château Saint-Ange environ trois millions d'écus en or et un million six cent mille en argent, l'un des plus gros trésors de l'Europe d'alors.[39][40]

Cette prospérité retrouvée finance ses grands travaux et sa diplomatie. Mais elle repose sur une fiscalité écrasante qui pèse durement sur les sujets pontificaux et alimente une impopularité dont son règne ne se relèvera pas de son vivant.[41] Le pape bâtisseur fut aussi un pape taxateur, et c'est l'un des paradoxes de son action.

La grande réforme de la Curie romaine

C'est sur le terrain du gouvernement de l'Église que Sixte V laisse son empreinte la plus durable. Là où d'autres réformaient les âmes, lui réforme les institutions — au point de fonder l'administration pontificale moderne.

Les quinze congrégations (1588)

Par la constitution apostolique Immensa Aeterni Dei du 22 janvier 1588, Sixte V crée un système de quinze congrégations permanentes de cardinaux, chacune chargée d'un domaine précis du gouvernement spirituel ou temporel de l'Église.[42][43] C'est une révolution administrative : au lieu de tout traiter au cas par cas en consistoire, le pape délègue désormais à des organes spécialisés et stables. Le tableau suivant en donne le détail.

CongrégationDomaine de compétence
Inquisition (Saint-Office)Défense de la foi et des mœurs
SignatureJustice et grâces
Érection des églisesCréation de diocèses et bénéfices
Rites et cérémoniesLiturgie, causes des saints
IndexCensure des livres dangereux
ConcileApplication des décrets de Trente
Religieux (Réguliers)Ordres et congrégations religieuses
ÉvêquesDiscipline de l'épiscopat
Imprimerie vaticaneÉdition des textes officiels
AnnoneApprovisionnement de Rome et des provinces
MarineFlotte et défense côtière
Bien publicÉconomie des États pontificaux
Sapience (Université)Enseignement et études
Routes, ponts et eauxTravaux publics
Consultations d'ÉtatAffaires de gouvernement

Les congrégations spirituelles (Inquisition, Concile, Évêques, Rites, Index, Réguliers) survivront aux États pontificaux et constituent encore aujourd'hui, sous des noms renouvelés, le cœur de la Curie romaine.[44] Sixte V a ainsi donné à l'Église un outil de gouvernement d'une stabilité inédite.

Le Sacré Collège fixé à soixante-dix cardinaux (1586)

Quelques mois plus tôt, par la bulle Postquam verus du 3 décembre 1586, Sixte V avait fixé à soixante-dix le nombre maximal de cardinaux : six cardinaux-évêques, cinquante cardinaux-prêtres et quatorze cardinaux-diacres.[45] Ce chiffre, inspiré des soixante-dix anciens de Moïse (Nb 11, 16), structure le Sacré Collège.

La mesure assure la dignité et la cohérence du Collège en interdisant son gonflement arbitraire. Elle restera en vigueur pendant près de quatre siècles, jusqu'à ce que Jean XXIII, en 1958, commence à dépasser le plafond pour internationaliser le Collège — preuve de la solidité de la construction sixtine.[46]

Le bâtisseur de la Rome baroque

Si une œuvre rachète durablement la mémoire de Sixte V, c'est la transformation de Rome. En cinq ans, avec son architecte Domenico Fontana, il refait le visage de la Ville éternelle et lui donne la forme baroque qu'on lui connaît.[47][48]

Les obélisques et la croix sur les ruines païennes

Le geste le plus spectaculaire est le transfert de l'obélisque du Vatican au centre de la place Saint-Pierre, le 10 septembre 1586. Déplacer ce monolithe égyptien de plus de trois cents tonnes sur quelque deux cent soixante mètres exigea treize mois de préparatifs, 800 hommes, 160 chevaux et 45 treuils, sous la direction de Domenico Fontana.[49] L'exploit technique stupéfia l'Europe et devint le symbole de la volonté indomptable du pontife.

L'énorme chantier de l'obélisque du Vatican, dirigé par Domenico Fontana en 1586. Gravure d'après Fontana, Wikimedia Commons, domaine public.

Sixte V fait dresser ou redresser quatre obélisques (au Vatican, à Sainte-Marie-Majeure, à Saint-Jean-de-Latran et à la place du Peuple) et les surmonte tous d'une croix.[50] Mieux encore, il transforme les deux grandes colonnes antiques de Rome en piédestaux chrétiens : la colonne Trajane reçoit la statue de saint Pierre, la colonne de Marc Aurèle celle de saint Paul.[51] Le sens est clair : la Rome des Césars est baptisée, les symboles du paganisme impérial sont mis au service de la foi. Le théologien franciscain n'avait pas disparu derrière l'urbaniste.

L'achèvement du dôme de Saint-Pierre

Sixte V presse l'achèvement de la coupole de la basilique Saint-Pierre, restée inachevée depuis la mort de Michel-Ange. Confiant le chantier à Giacomo della Porta et à Domenico Fontana, il fait élever le dôme en un temps record, entre 1588 et 1590.[52][53] L'œuvre couronne la grande construction de la basilique Saint-Pierre actuelle et donne à Rome sa silhouette la plus célèbre.

Cette réalisation illustre la méthode sixtine : fixer un objectif, mobiliser les meilleurs artistes, financer sans compter, exiger la rapidité. Le pape n'aura pas vu la dernière pierre posée — il meurt quelques mois plus tard —, mais le dôme qui domine aujourd'hui la chrétienté est largement son œuvre.

L'Acqua Felice, les rues et les palais

Pour rendre habitables les collines désertées de Rome, Sixte V fait construire un aqueduc, l'Acqua Felice — du prénom Felice qu'il portait —, long d'une vingtaine de milles[54], qui alimente vingt-sept nouvelles fontaines[55]. Il perce de longues rues rectilignes reliant les grandes basiliques, dessinant le réseau qui orientera l'urbanisme romain pour des siècles.[56][57]

Bâtisseur de palais, il fait élever ou achever le palais du Latran, le palais du Quirinal et le palais apostolique du Vatican, tous dessinés par Fontana.[58][59] Sous son règne, Rome cesse d'être une ville médiévale resserrée pour devenir une capitale scénographique, pensée comme un ensemble cohérent de perspectives et de monuments.

La Bibliothèque vaticane et la chapelle Sixtine de Sainte-Marie-Majeure

Humaniste dans la lignée de Sixte IV, Sixte V dote la Bibliothèque apostolique vaticane d'un nouveau bâtiment monumental, le Salone Sistino, et y installe une imprimerie vaticane destinée à publier les textes officiels de l'Église.[60]

Enfin, il fait bâtir à Sainte-Marie-Majeure une grandiose chapelle Sixtine (la Cappella Sistina de la basilique, à ne pas confondre avec celle du Vatican), édifice à coupole sur plan en croix grecque conçu par Fontana[61] — où il sera lui-même inhumé.[62] Le pape bâtisseur s'y est ménagé son propre tombeau, au cœur de l'une des grandes basiliques mariales de Rome.

Le pape théologien : Bible, Bonaventure et la Contre-Réforme

Sixte V ne fut pas seulement un administrateur et un bâtisseur. Frère franciscain et ancien prédicateur, il s'engagea aussi sur le terrain doctrinal et scientifique, prolongeant l'œuvre de la Contre-Réforme catholique. C'est là qu'il connut son plus grand succès érudit — et son plus retentissant échec.

La Vulgate sixtine et son échec (1590)

Le concile de Trente avait déclaré la Vulgate latine de saint Jérôme « authentique » et demandé une édition officielle corrigée. Sixte V décide de mener lui-même ce travail. Insatisfait des lenteurs de la commission, il revoit personnellement le texte et publie en 1590 la Vulgate sixtine (Vulgata Sixtina), précédée de la bulle Aeternus Ille, qui la déclarait l'édition authentique de la Bible recommandée par Trente et l'imposait comme norme de toutes les rééditions futures.[63]

Mais l'édition, faite à la hâte et corrigée à la main par le pape, est truffée d'erreurs typographiques et textuelles. Sixte V meurt en août 1590, et neuf jours après sa mort, le Sacré Collège suspend la vente de l'ouvrage.[64] En 1592, Clément VIII retire les exemplaires en circulation et publie une version corrigée, la Vulgate sixto-clémentine, qui restera la Bible latine officielle de l'Église jusqu'au XXᵉ siècle.[65]

L'épisode a parfois été brandi contre la doctrine de l'infaillibilité pontificale. L'objection ne tient pas : la correction d'un texte biblique relève du jugement disciplinaire et savant, non de la définition solennelle d'une vérité de foi ou de morale — seul domaine de l'infaillibilité. De plus, la bulle Aeternus Ille ne fut jamais pleinement promulguée avant la mort du pape, comme le souligna le grand théologien jésuite Robert Bellarmin, qui mesura le danger couru :

« Votre Sainteté sait aussi en quel danger Sixte V se mit lui-même, et mit toute l'Église, en voulant corriger la Bible selon son propre jugement : et pour moi, je ne sais vraiment pas s'il y a jamais eu de plus grand danger. » — Saint Robert Bellarmin, lettre à Clément VIII, 1602 (traduction de la rédaction)[66]

Loin de fragiliser le dogme, l'affaire montre au contraire que l'Église sut corriger l'imprudence d'un pape sans toucher à la foi. À côté de cet échec, on oublie souvent que Sixte V avait fait paraître dès 1587 une remarquable édition de la Septante grecque, d'après un manuscrit du Vatican, qui fit longtemps autorité.[67]

Saint Bonaventure proclamé docteur de l'Église (1588)

Fidèle à son Ordre, Sixte V proclame saint Bonaventure docteur de l'Église par la bulle Triumphantis Hierusalem du 14 mars 1588.[68] Le grand franciscain du XIIIᵉ siècle, le « Docteur séraphique », rejoint ainsi le rang des plus hautes autorités doctrinales de l'Église. La bulle célèbre l'union, chez Bonaventure, de la science théologique et de la sainteté contemplative :

« Enflammé d'une telle douceur et d'une telle ferveur de l'amour divin, son esprit était à ce point ravi en Dieu [...] qu'il semblait contempler partout Jésus-Christ crucifié et souffrant, et habiter en ses plaies. » — Sixte V, bulle Triumphantis Hierusalem, 14 mars 1588[69]

Cette élévation s'inscrit dans la grande œuvre de l'Église qui, au fil des siècles, distingue ses docteurs comme des phares de la doctrine. Le pape franciscain honorait ainsi la tradition intellectuelle qui l'avait formé.

La canonisation de Diego d'Alcalá (1588)

La même année, Sixte V canonise Diego d'Alcalá (saint Didace), premier frère lai franciscain élevé aux autels.[70] Cette canonisation — la première depuis celle de saint Antonin de Florence, canonisé le 31 mai 1523 par Adrien VI, soit soixante-cinq ans plus tôt[71] — eut aussi une dimension politique : elle honorait l'Espagne de Philippe II au moment où le roi préparait l'expédition contre l'Angleterre. La sainteté d'un humble convers s'y trouvait mêlée aux calculs diplomatiques de l'époque, sans que la valeur spirituelle du saint en soit diminuée.

Sixte V dans les guerres d'Europe

Pape d'un temps déchiré par les guerres de religion, Sixte V fut entraîné dans les grands conflits européens. Sa diplomatie, marquée par la défense de la foi mais aussi par une prudence retorse, illustre les ambiguïtés de la papauté politique de la fin du XVIᵉ siècle.

L'excommunication d'Henri de Navarre (1585)

Dès le 9 septembre 1585, Sixte V publie une déclaration foudroyante contre Henri de Bourbon, roi de Navarre — le futur Henri IV de France — et le prince de Condé : il les déclare déchus de leurs droits à la couronne de France, prive Henri de son royaume de Navarre et délie ses sujets de leur serment de fidélité, en raison de leur calvinisme.[72] L'acte s'inscrit dans les guerres de Religion françaises et dans le soutien pontifical à la Ligue catholique.

La réplique protestante fut cinglante : le juriste huguenot François Hotman publia un pamphlet retentissant, le Brutum Fulmen (« le foudre inoffensif »), tournant en dérision la sentence pontificale.[73] L'histoire devait donner partiellement raison aux adversaires de Sixte V : en 1593, Henri de Navarre se convertit au catholicisme et devint, sous le nom d'Henri IV, l'un des grands rois de France — preuve des limites du pouvoir temporel que les papes prétendaient encore exercer sur les couronnes.

L'Armada, Philippe II et Élisabeth d'Angleterre

Sixte V renouvela l'excommunication d'Élisabeth Iʳᵉ d'Angleterre et promit à Philippe II d'Espagne un subside d'un million d'écus d'or pour soutenir l'Invincible Armada (1588), destinée à renverser la reine protestante et à restaurer le catholicisme en Angleterre.[74]

Mais le pape, méfiant à l'égard de la puissance espagnole, avait pris soin de conditionner le versement : il ne paierait la seconde moitié qu'une fois les troupes débarquées en Angleterre.[75] L'Armada ayant été détruite avant tout débarquement, Sixte V n'eut pas à payer — et préserva ainsi son trésor. La tradition lui prête même une admiration secrète pour l'habileté d'Élisabeth, qu'il aurait jugée digne adversaire ; l'anecdote, invérifiable, dit bien la liberté d'esprit d'un pape qui refusait d'être un simple instrument de l'Espagne.

Mort et postérité (1590)

Une fin dans l'impopularité

Sixte V meurt le 27 août 1590 au palais du Quirinal, emporté par une fièvre contractée quelques jours plus tôt — vraisemblablement la malaria, alors endémique à Rome.[76] Il avait régné cinq ans et quatre mois.

À sa mort, le pape est haï de ses sujets, écrasés par les impôts de son règne.[77] La tradition rapporte que la foule romaine, libérée de sa poigne, alla abattre sa statue dressée au Capitole[78] — geste de colère populaire qui contraste avec l'admiration que la postérité lui vouera. Le bâtisseur de la Rome baroque mourut sans gloire immédiate, victime du prix payé pour ses grandes œuvres.

Le jugement de l'histoire

Le temps a renversé ce jugement. Les historiens reconnaissent aujourd'hui en Sixte V l'un des plus grands papes réformateurs de l'époque moderne : celui qui pacifia les États de l'Église, refonda ses finances, créa l'administration curiale durable des quinze congrégations, et dota Rome de son visage baroque.[79][80] Ses ombres demeurent — la dureté de la répression, le poids de la fiscalité, l'échec de la Vulgate, les aventures diplomatiques —, mais elles n'effacent pas l'ampleur d'une œuvre menée en cinq ans à peine.

Sixte V illustre, comme Sixte IV avant lui, la distinction catholique entre l'homme et la fonction : un pape peut n'être pas un saint, gouverner avec rudesse et se tromper sur un point grave, sans que la continuité du Siège de Pierre en soit atteinte. Son pontificat reste l'un des plus instructifs de la Contre-Réforme : celui où l'Église, sortie du concile de Trente, s'est donné les structures qui lui permettraient de durer.

Chronologie du pontificat

DateÉvénementSens historique
13 décembre 1521Naissance de Felice Peretti à GrottammareOrigine humble du futur pape dans les Marches
1547Ordination sacerdotale à SienneDébut de la carrière du franciscain
1552Prédication du carême à RomeConsécration comme grand prédicateur
17 mai 1570Création comme cardinal Montalto par Pie VEntrée au Sacré Collège
24 avril 1585Élection comme pape Sixte VUn franciscain énergique sur le trône de Pierre
9 septembre 1585Déclaration contre Henri de NavarreLa papauté dans les guerres de Religion françaises
10 septembre 1586Transfert de l'obélisque du VaticanExploit technique et symbole de la Rome baroque
3 décembre 1586Bulle Postquam verusSacré Collège fixé à soixante-dix cardinaux
22 janvier 1588Constitution Immensa Aeterni DeiCréation des quinze congrégations de la Curie
14 mars 1588Bulle Triumphantis HierusalemSaint Bonaventure proclamé docteur de l'Église
1588Soutien à l'Invincible ArmadaEngagement contre l'Angleterre protestante
1590Publication de la Vulgate sixtineAmbition biblique vouée à l'échec posthume
27 août 1590Mort au QuirinalFin d'un pontificat bref et intense

Bilan : le pape qui a refait Rome en cinq ans

Les lumières

Sixte V : lumières et ombres — réforme de la Curie, Rome baroque et Bonaventure docteur face aux duretés politiques, fiscales et diplomatiques du pontificat. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Au crédit de Sixte V, l'histoire inscrit une œuvre d'une densité rare. La réforme de la Curie par les quinze congrégations a doté l'Église d'une administration qui a traversé les siècles. La pacification des États pontificaux et le redressement des finances ont restauré l'autorité du Saint-Siège. L'urbanisme romain — obélisques, dôme de Saint-Pierre, Acqua Felice, rues et palais — a fait de Rome la capitale baroque de la chrétienté. Sur le plan doctrinal, la proclamation de saint Bonaventure docteur de l'Église honore la grande tradition théologique.

Les ombres

Au débit, la sévérité sanglante de la répression du banditisme, la fiscalité écrasante qui le rendit haï, et surtout l'échec de la Vulgate sixtine, publiée avec imprudence et aussitôt retirée après sa mort. S'y ajoutent les aventures diplomatiques — excommunication d'Henri de Navarre, soutien à l'Armada — où le pape territorial l'emporta parfois sur le pasteur universel.

Pourquoi Sixte V compte aujourd'hui

La leçon de Sixte V est double. Elle rappelle d'abord que l'Église a su, à un moment décisif, se donner des institutions de gouvernement assez solides pour durer quatre siècles. Elle illustre ensuite la distinction entre la sainteté personnelle et l'indéfectibilité du Siège apostolique : même l'erreur d'un pape sur l'édition de la Bible n'a pas atteint la foi, parce que l'Église a su la corriger. Comprendre Sixte V, c'est apprendre à rendre grâce pour une œuvre considérable sans absoudre ses fautes, et à voir dans l'histoire de la papauté une continuité que ni les rudesses ni les imprudences n'ont jamais rompue.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Sixte V est compté comme le 227ᵉ pape dans la liste chronologique officielle reprise de l'Annuario Pontificio (rubrique « I Sommi Pontefici Romani ») ; cf. « List of popes », Wikipedia, https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_popes (vérifié le 4 octobre 2026).

    1
  2. « Pope Sixtus V », The Catholic Encyclopedia, vol. 14, New York, Robert Appleton Company, 1912, New Advent, https://www.newadvent.org/cathen/14033a.htm.

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  3. « Sixtus V — Pope, Biography, Papacy & Curia », Encyclopædia Britannica, https://www.britannica.com/biography/Sixtus-V.

    3 17 27 38 41
  4. « Pope Sixtus V », Wikipedia (encyclopédie collaborative : relais secondaire pour les dates, noms et faits courants ; les points doctrinaux, les chiffres et les citations sont adossés à la Catholic Encyclopedia, au Bullarium ou aux sources nommées), https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Sixtus_V.

    4 28 62 75 76 77
  5. Sixte V, constitution apostolique Immensa Aeterni Dei, 22 janvier 1588, instituant quinze congrégations permanentes de cardinaux. Texte dans le Bullarium Romanum ; cf. « Immensa aeterni Dei », notice synthétique, et The Catholic Encyclopedia, art. « Pope Sixtus V ».

    5 15 42
  6. Sur la réorganisation de la Curie par les congrégations sixtines et leur postérité, voir Wolfgang Reinhard, « Papauté, confessions, modernité », et la synthèse de la Catholic Encyclopedia, art. « Roman Curia » et « Pope Sixtus V ». La constitution Immensa Aeterni Dei (1588) est l'acte fondateur du système des congrégations romaines.

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  7. « Vatican obelisk », Wikipedia (chiffres vérifiés le 4 octobre 2026) : transfert de l'obélisque du Vatican le 10 septembre 1586, sur environ 260 mètres, après treize mois de préparatifs, avec 800 hommes, 160 chevaux et 45 treuils, sous la direction de Domenico Fontana — chiffres repris tels quels dans l'article. D'autres notices courantes donnent des chiffres voisins (environ 900 hommes et 75 chevaux) ; la référence primaire reste Domenico Fontana, Della trasportatione dell'obelisco vaticano (Rome, 1590). https://en.wikipedia.org/wiki/Vatican_obelisk.

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  8. « Sixtus V, Giacomo Della Porta and Domenico Fontana and the birth of the centre of Rome », discoverplaces.travel (relais journalistique secondaire pour le programme urbain ; les grands ouvrages — palais du Latran et du Quirinal, coupole de Saint-Pierre, rues, Acqua Felice — sont attestés par la Catholic Encyclopedia, art. « Pope Sixtus V »). https://discoverplaces.travel/en/stories/discover-rome/.

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  9. « Sixtine Vulgate », Wikipedia : la Vulgata Sixtina (1590), éditée par Sixte V lui-même, fut précédée de la bulle Aeternus Ille la déclarant édition authentique recommandée par Trente ; neuf jours après la mort du pape, le Sacré Collège suspendit la vente des exemplaires. https://en.wikipedia.org/wiki/Sixtine_Vulgate.

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  10. Déclaration de Sixte V du 9 septembre 1585 contre Henri de Bourbon, roi de Navarre, et le prince de Condé, les déclarant déchus de leurs droits à la couronne de France. La réplique huguenote fut le pamphlet Brutum Fulmen attribué à François Hotman (1585). Cf. The Catholic Encyclopedia, art. « Henry IV » (de France), et « Pope Sixtus V », Wikipedia.

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  11. Sur le subside promis par Sixte V à Philippe II pour l'Invincible Armada (1588) — un million d'écus d'or, dont la seconde moitié n'était payable qu'après le débarquement des troupes en Angleterre — et le renouvellement de l'excommunication d'Élisabeth Iʳᵉ, voir « Pope Sixtus V », Wikipedia, et Encyclopædia Britannica, art. « Sixtus V ».

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  12. Leopold von Ranke, Histoire de la papauté pendant les XVIᵉ et XVIIᵉ siècles (Die römischen Päpste), livre consacré à Sixte V : récit du pontificat, finances et travaux, avec un examen critique des anecdotes légendaires (béquilles jetées après l'élection, têtes de brigands au pont Saint-Ange). Ranke tient ces récits pour des amplifications populaires.

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  13. Montants donnés tels quels par la Catholic Encyclopedia, art. « Pope Sixtus V » (1912) : « deposited in the Castello di Sant' Angelo three million scudi in gold and one million six hundred thousand in silver ».

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  14. Sixte V, bulle Postquam verus, 3 décembre 1586, fixant à soixante-dix le nombre de cardinaux (6 cardinaux-évêques, 50 cardinaux-prêtres, 14 cardinaux-diacres), par référence aux soixante-dix anciens d'Israël (Nb 11, 16). Ce plafond restera en vigueur jusqu'aux créations de Jean XXIII (à partir de 1958).

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  15. « the Acqua Felice which fed twenty-seven new fountains », « Pope Sixtus V », Wikipedia, https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Sixtus_V (relais secondaire pour ce chiffre ; l'aqueduc lui-même — vingt milles — est attesté par la Catholic Encyclopedia, art. « Pope Sixtus V »).

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  16. « Sixto-Clementine Vulgate », Wikipedia : en 1592, Clément VIII retira les exemplaires de la Vulgate sixtine en raison de ses erreurs et publia la Vulgate sixto-clémentine, qui demeura la Bible latine officielle de l'Église jusqu'au XXᵉ siècle. https://en.wikipedia.org/wiki/Sixto-Clementine_Vulgate.

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  17. Saint Robert Bellarmin, lettre à Clément VIII (1602) contre une décision solitaire sur les auxilia, à propos de la Vulgate sixtine : « Your Holiness also knows in what danger Sixtus V put himself and put the whole Church, by trying to correct the Bible according to his own judgment: and for me I really do not know if there has ever been greater danger » (texte anglais documenté, cf. « Sixtine Vulgate », Wikipedia, vérifié le 4 octobre 2026) ; traduction française par la rédaction, relue et vérifiée le 4 octobre 2026. Sur le rôle de Bellarmin (préface de l'édition de 1592), voir ses Mémoires autobiographiques (1613), éd. Giustiniani (Morcelliana, 1999), p. 59-60 (latin : Vita, p. 30-31). Sur la bulle Aeternus Ille (absente du Bullarium, jamais pleinement promulguée selon le P. Le Bachalet), cf. ibid. https://en.wikipedia.org/wiki/Sixtine_Vulgate.

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  18. Édition de la Septante grecque parue sous Sixte V vers 1587, établie d'après un manuscrit de la Bibliothèque vaticane ; elle fit longtemps autorité comme texte de référence. Cf. The Catholic Encyclopedia, art. « Pope Sixtus V ».

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  19. Sixte V, bulle Triumphantis Hierusalem proclamant saint Bonaventure docteur de l'Église. La clause de datation de la bulle (texte anglais sur Papal Encyclicals Online) porte « the day before the Ides of March, in the third year of Our Pontificate », soit le 14 mars 1588 (la troisième année du pontificat court du 24 avril 1587 au 23 avril 1588) ; un ouvrage franciscain (R. P. Laurence Costelloe, O.F.M., Saint Bonaventure) donne la même date du 14 mars. Texte intégral (en anglais) sur Papal Encyclicals Online, https://www.papalencyclicals.net/sixtus05/triumph.htm — passage vérifié le 4 octobre 2026 (« Inflammed in such great sweetness and fervor of divine love, his spirit was so rapt in God, that […] he seemed to gaze everywhere upon Jesus Christ Crucified and Suffering, and to dwell in His wounds ») ; citation française traduite par la rédaction, relue et vérifiée le 4 octobre 2026 (la coupe, signalée par [...], omet le membre « introduced into the wine cellar of the Spouse and drunk with the best wine of charity ») ; original latin dans le Bullarium Romanum.

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  20. Diego (Didace) d'Alcalá, frère lai franciscain canonisé par Sixte V en 1588 (fête de la canonisation le 10 juillet 1588), premier convers de l'Ordre des Frères mineurs élevé aux autels ; canonisation liée au contexte politique du règne de Philippe II. Première canonisation depuis celle de saint Antonin de Florence, le 31 mai 1523 par Adrien VI (cf. « Antoninus of Florence », Wikipedia) — soit soixante-cinq ans plus tôt ; Diego est aussi la première canonisation de l'ère tridentine (décision annoncée au consistoire du 27 juin 1588), cf. étude sur la quintuple canonisation de 1622, Journal of Early Modern Christianity (De Gruyter, 2022). Cf. « Didacus of Alcalá », Wikipedia.

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