Le calvinisme est la confession chrétienne née de l'œuvre de Jean Calvin à Genève au XVIᵉ siècle : la seconde grande branche de la Réforme protestante, après le luthéranisme, et la plus expansive des deux.[1] Son texte matriciel, l'Institution de la religion chrétienne, paraît à Bâle en mars 1536 et ne cesse d'enfler jusqu'à l'édition définitive latine de 1559 — quatre livres, quatre-vingts chapitres.[2] Son régime ecclésial, fixé par les Ordonnances ecclésiastiques de 1541, fait de Genève une cité-école de la Réforme : Consistoire, discipline des mœurs, Académie fondée en 1559.[3]
Le cœur du système tient en une thèse : Dieu, par un décret éternel, a destiné certains hommes à la vie et laissé les autres à la damnation — la prédestination double — et tout le reste en découle : une Cène purement spirituelle, un culte dépouillé jusqu'à l'iconoclasme, une Église gouvernée par pasteurs, docteurs, anciens et diacres, sans évêques ni pape.[4] De Genève, ce modèle essaime en une génération : France des guerres de Religion, Écosse de Knox, Pays-Bas en révolte contre l'Espagne, Palatinat, Hongrie, puis monde anglo-saxon et Afrique australe.[5]
Condamné par l'Index romain de 1559 puis réfuté canon par canon par le concile de Trente (1545-1563), pourchassé en France jusqu'à la Révocation de 1685, le calvinisme n'en est pas moins devenu une communion mondiale d'environ 80 à 100 millions de fidèles, dont la Communion mondiale d'Églises réformées, née en 2010, est l'expression institutionnelle.[6] Cinq siècles après, l'Église catholique le regarde comme elle regarde le luthéranisme : fermeté intacte sur les points définis à Trente, reconnaissance de tout ce qui s'y trouve de véritablement chrétien — jusqu'à l'adhésion des réformés à la Déclaration commune sur la justification, à Wittenberg, le 5 juillet 2017.[7]
La genèse genevoise (1536-1564)
La vie de Jean Calvin — Noyon 1509, l'humaniste devenu réformateur, la mort à Genève le 27 mai 1564 — appartient à son article biographique.[8] On ne retient ici que la fabrique du système : comment une ville-refuge de vingt mille âmes devient le laboratoire d'une confession mondiale.
Les Ordonnances de 1541 : une Église disciplinée
Chassé de Genève en avril 1538 après un premier séjour manqué, rappelé en septembre 1541 après trois années strasbourgeoises auprès de Martin Bucer, Calvin fait adopter les Ordonnances ecclésiastiques : quatre ministères — pasteurs, docteurs, anciens, diacres — et un Consistoire mêlant pasteurs et magistrats, chargé de la discipline des mœurs.[9] Exhortations privées, exclusion de la Cène, dénonciation au magistrat : la discipline genevoise frappe l'adultère, le blasphème, l'usure et la danse avec la même gravité procédurière.[10] L'Académie de Genève, fondée en 1559 avec Théodore de Bèze pour premier recteur, forme les pasteurs qui porteront le modèle dans toute l'Europe — de la France aux Pays-Bas.[11]
L'accord de Zurich (1549) : l'unité réformée sur la Cène
Depuis Marbourg (1529), luthériens et réformés s'opposent sur l'Eucharistie, et les Suisses eux-mêmes sont divisés entre l'héritage zwinglien et la position de Calvin.[12] En mai 1549, Calvin et Guillaume Farel montent à Zurich et s'accordent en quelques heures avec Heinrich Bullinger, successeur de Zwingli : le Consensus Tigurinus — vingt-six articles sur la Cène — unit Genève et Zurich sur une présence spirituelle : le Christ est vraiment reçu par la foi, sans présence charnelle dans le pain.[13] Adopté par Zurich, Genève, Berne puis Bâle, l'accord fait du camp réformé un bloc face à Wittenberg — mais rend définitive la fracture avec les luthériens, que ni colloques ni formules ne refermeront.[14]
L'affaire Servet (1553) : l'ombre portée
Le 27 octobre 1553, sur un bûcher de Champel, le médecin espagnol Michel Servet est brûlé vif avec ses livres pour avoir nié la Trinité — avec l'approbation expresse de Calvin, qui avait fourni au Conseil les pièces du dossier.[15] L'exécution soulève l'indignation jusque dans le camp réformé : à Bâle, Sébastien Castellion publie son réquisitoire contre la persécution pour hérésie.
« Tuer un homme, ce n'est pas défendre une doctrine, c'est tuer un homme. » — Sébastien Castellion, Contre le libelle de Calvin (rédigé en 1554, publié en 1612)[16]
Bèze répond en défendant le droit du magistrat chrétien de punir l'hérétique (De haereticis a civili magistratu puniendis, 1554) : la cause est entendue à Genève, mais l'affaire reste, pour la controverse catholique, la preuve que la Réforme persécute comme Rome — en moins légitime, puisqu'elle a aboli le tribunal même au nom duquel elle frappe.[17]
- Mars 1536L'Institution
Première édition de l'Institution de la religion chrétienne à Bâle : six chapitres, le programme de toute la Réforme calviniste.
- Septembre 1541Retour à Genève
Rappelé de Strasbourg, Calvin fait adopter les Ordonnances ecclésiastiques : Consistoire, discipline, quatre ministères.
- Mai 1549Accord de Zurich
Consensus Tigurinus avec Bullinger : Genève et Zurich unies sur la présence spirituelle au banquet eucharistique.
- 27 octobre 1553Bûcher de Servet
Michel Servet brûlé à Champel avec l'approbation de Calvin : scandale européen, réquisitoire de Castellion.
- Mai 1559Paris et l'Académie
Premier synode national français (Confession en 40 articles) et fondation de l'Académie de Genève : le calvinisme devient exportable.
- 1571La Rochelle
Le VIIᵉ synode national adopte la Confession française : acte de naissance officiel des Églises réformées de France.
- 1618-1619Dordrecht
Le synode international condamne l'arminianisme : les Canons fixent l'orthodoxie calviniste pour deux siècles.
- 1646-1647Westminster
La Confession de Westminster (33 chapitres) donne au monde anglo-saxon sa norme presbytérienne.
La France : de la Réforme au Refuge (1534-1685)
Nulle part le calvinisme n'a pesé plus lourd — ni coûté plus cher — qu'en France. En une génération, il y passe de cercles clandestins à un parti politico-religieux capable de tenir tête à la couronne, avant d'être réduit par les armes, toléré par nécessité, puis extirpé par décret.
Placards, bûchers et premiers martyrs
Dans la nuit du 17 au 18 octobre 1534, des placards violemment anti-messe sont affichés jusque sur la porte de la chambre du roi à Amboise : l'affaire des Placards fait basculer François Iᵉʳ, jusque-là hésitant, dans la répression.[18] Galvanisée par Genève qui imprime et expédie prédicants et libelles, la Réforme française s'enracine malgré les bûchers — dont ceux de la Chambre ardente instituée par Henri II en 1547 — et malgré l'écrasement des Vaudois de Mérindol et Cabrières en 1545.[19] La persécution ne tarit pas le flot : c'est de ces années de feu que date le psautier de Clément Marot puis de Bèze, chanté dans les assemblées clandestines et, plus tard, sur les champs de bataille.[20]
Paris 1559, Poissy 1561 : une Église confessante
En mai 1559, les Églises déjà dressées envoient leurs délégués à un synode national clandestin réuni à Paris, sous la modération de François de Morel : on y adopte une Confession de foi en quarante articles — préparée par Calvin avec son disciple Antoine de Chandieu — et une Discipline ecclésiastique qui règle consistoires, colloques et synodes sur le modèle genevois.[21] Présentée à François II en 1560 avec une supplique demandant la fin des persécutions, elle est portée par Bèze lui-même devant Charles IX au colloque de Poissy en septembre 1561, face au cardinal de Lorraine : la confrontation tourne court sur la Cène, et la rupture devient publique.[22] Au lendemain de la paix de Saint-Germain-en-Laye (1570), le VIIᵉ synode national, réuni à La Rochelle en 1571, adopte solennellement la Confession — d'où son nom de Confession de La Rochelle — sous le regard de Jeanne d'Albret et des princes bourbons.[23]
Guerres de Religion et Édit de Nantes
Le massacre de Wassy (1ᵉʳ mars 1562) ouvre trente-six ans de guerres de Religion : huit conflits où l'appartenance confessionnelle recoupe les fidélités nobiliaires — Condé puis Henri de Navarre côté réformé, Guise côté catholique.[24] La Saint-Barthélemy, dans la nuit du 23 au 24 août 1572, décapite le parti huguenot : l'amiral de Coligny assassiné, plusieurs milliers de réformés massacrés à Paris puis en province.[25] Devenu Henri IV, l'ancien chef huguenot achète la couronne au prix de son abjuration (1593) puis donne à ses anciens coreligionnaires l'Édit de Nantes, signé le 13 avril 1598 : liberté de conscience partout, liberté de culte encadrée, places de sûreté et chambres mi-parties.[26]
La Révocation et le Refuge
Louis XIV grignote le régime de l'Édit pendant vingt-cinq ans — dragonnades, suppression des chambres, interdictions de culte — avant de le révoquer par l'édit de Fontainebleau en octobre 1685 : le culte réformé est interdit, les temples rasés, les pasteurs expulsés sous quinze jours, les fidèles interdits de sortie du royaume sous peine de galères.[27] Quelque 200 000 huguenots prennent pourtant le chemin de l'exil — le Refuge : Genève et la Suisse, la Hollande, l'Angleterre, le Brandebourg de l'électeur qui les accueille par l'édit de Potsdam, jusqu'au Cap en Afrique du Sud.[28] Ceux qui restent alimentent la résistance des Camisards dans les Cévennes (1702-1704) puis l'Église du Désert, prêchée dans les carrières et les granges pendant un siècle.[29]
L'expansion européenne : Écosse, Pays-Bas, Empire
Genève exporte des hommes — et ses filles spirituelles se donnent leurs propres confessions. Trois greffes décident de l'avenir mondial du calvinisme.
L'Écosse de Knox (1560)
Formé à Genève auprès de Calvin, John Knox (v. 1514-1572) rentre en Écosse en 1559 et prêche la révolte contre la régente Marie de Guise.[30] En août 1560, le Parlement d'Édimbourg adopte la Confession écossaise — vingt-cinq chapitres rédigés en quatre jours par Knox et cinq autres ministres — et abolit la juridiction pontificale : l'Écosse devient officiellement calviniste, contre sa souveraine catholique Marie Stuart, rentrée en 1561.[31] Le Premier Livre de Discipline organise une Église presbytérienne sans évêques, financée par les biens ecclésiastiques confisqués — que les nobles, convertis de frais, rechignent à lâcher.[32] De cette souche naîtra le presbytérianisme mondial : Ulster, Amérique, Corée.
Les Pays-Bas : une confession en guerre d'indépendance
En 1561, le pasteur wallon Guido de Brès (1522-1567) rédige la Confessio Belgica — trente-sept articles calquant l'ordre de la Confession française — pour prouver aux autorités espagnoles que les réformés ne sont ni séditieux ni anabaptistes.[33] Adoptée au synode d'Emden en 1571, elle devient la charte des Églises des Pays-Bas en pleine révolte contre Philippe II : la furie iconoclaste de 1566 (Beeldenstorm), la prise de La Brielle (1572), puis l'Union d'Utrecht (1579) mêlent indissolublement calvinisme et indépendance nationale.[34] De Brès lui-même meurt pendu à Valenciennes en 1567 : la Confession belge est scellée du sang de son auteur.[35]
Le Palatinat et Heidelberg (1563)
L'électeur palatin Frédéric III, passé du luthéranisme à la foi réformée, commande un catéchisme de concorde : rédigé par Zacharias Ursinus et Gaspard Olevianus, le Catéchisme de Heidelberg paraît en 1563 — cent vingt-neuf demandes et réponses, dont la première, célèbre, fait du chrétien la propriété du Christ.[36] Traduit en dizaines de langues, le plus aimé des catéchismes réformés porte le calvinisme jusqu'en Hongrie — alors en grande partie gagnée à la Réforme —, en Pologne, en Transylvanie et, par les émigrés, en Amérique.[37] Avec la Confessio Helvetica Posterior de Bullinger (1566, trente chapitres), adoptée de la Suisse à l'Écosse, l'ossature confessionnelle du continent est complète.[38]
Le corpus confessionnel : ce qui fait le calvinisme
Un calviniste n'est pas simplement quelqu'un qui admire Calvin : c'est quelqu'un qui souscrit à l'une des confessions de foi par lesquelles les Églises réformées se sont définies entre 1559 et 1647. Pas de livre unique comme le Livre de Concorde luthérien de 1580 : une famille de textes nationaux, tous bâtis sur le même socle genevois.[39]
Le tableau ci-dessous donne la charte de chaque Église-souche : c'est la carte d'identité du calvinisme historique.
| Église | Confession | Auteur | Année | Contenu |
|---|---|---|---|---|
| France | Confession de La Rochelle (Gallicana) | Calvin, A. de Chandieu | 1559/1571 | 40 articles, adoptée au VIIᵉ synode national |
| Pays-Bas | Confessio Belgica | Guido de Brès | 1561 | 37 articles, synode d'Emden 1571 |
| Palatinat | Catéchisme de Heidelberg | Ursinus, Olevianus | 1563 | 129 demandes et réponses |
| Écosse | Confession écossaise (Scots Confession) | Knox et cinq ministres | 1560 | 25 chapitres, Parlement d'Édimbourg |
| Suisse | Confessio Helvetica Posterior | Bullinger | 1566 | 30 chapitres, de Zurich à l'Écosse |
| Genève | Catéchisme de Genève | Calvin | 1542 | Instruction des enfants et des simples |
| Pays-Bas | Canons de Dordrecht | Synode international | 1619 | 5 chefs contre les remontrants |
| Monde anglo-saxon | Confession de Westminster | Assemblée des théologiens | 1646-1647 | 33 chapitres + deux catéchismes |
| Suisse | Formula Consensus Helvetica | Heidegger, Turretin | 1675 | 26 articles contre l'école de Saumur |
Trois familles sous un même toit
Le tronc continental — Suisse, France, Pays-Bas, Allemagne réformée — vit de catéchismes et de confessions synodales, sous régime presbytéro-synodal : consistoires locaux, colloques, synodes provinciaux et nationaux.[40] La famille presbytérienne — Écosse puis Ulster, Amérique, Corée — ajoute la norme de Westminster et une hiérarchie de cours ecclésiastiques (session, presbytère, synode, assemblée générale) sans évêques.[41] La famille congrégationaliste et baptiste — dissidents anglais du XVIIᵉ siècle — garde la doctrine de Dordrecht mais rend chaque assemblée locale souveraine : Déclaration de Savoie (1658) pour les congrégationalistes, Confession de Londres (1689) pour les baptistes particuliers, calvinistes intégraux à l'exception du baptême des seuls croyants.[42]
La doctrine réformée en propre
Le calvinisme partage avec le luthéranisme les grands solae — exposés et réfutés dans leurs articles dédiés[43] — mais il s'en distingue par cinq traits propres, qui font sa physionomie et sa dureté.
La prédestination double
L'homme gît dans une corruption si totale que sa volonté, esclave du péché, ne peut que refuser Dieu ; dès avant la fondation du monde, Dieu a donc élu certains hommes à la vie et réprouvé les autres à la damnation — non en prévision de leurs mérites, mais par son seul bon plaisir.[44] Calvin l'enseigne dès l'Institution :
« Nous appelons prédestination le conseil éternel de Dieu, par lequel il a déterminé ce qu'il voulait faire de chaque homme. Car il ne les crée pas tous en pareille condition, mais il ordonne les uns à la vie éternelle, et les autres à l'éternelle damnation. » — Jean Calvin, Institution de la religion chrétienne, III, xxi, 5[45]
L'exposé complet — l'argumentation scripturaire (Rm 9, Ep 1), les cinq points du TULIP, la querelle arminienne — appartient à l'article dédié.[46] On n'en retient ici que la place architectonique : chez Calvin, la prédestination n'est pas un appendice, c'est le centre d'où rayonnent l'Église invisible des élus, la certitude du salut et l'activisme des saints dans le siècle.[47]
La Cène spirituelle
Sur l'Eucharistie, les réformés refusent à la fois la transsubstantiation romaine et le symbolisme pur des premiers zwingliens.[48] Le Christ est vraiment communiqué au croyant — mais spirituellement, par la foi et l'opération du Saint-Esprit, sans que son corps descende dans le pain : le Consensus Tigurinus de 1549 parle d'une manducation spirituelle qui élève le fidèle au ciel plutôt qu'elle n'abaisse le Christ sur l'autel.[49] Contre les luthériens, qui maintiennent une présence charnelle fondée sur l'ubiquité du corps du Christ, les réformés objectent que le corps glorieux demeure au ciel : c'est l'irréductible de Marbourg, jamais résorbé.[50]
L'Église et la discipline
Là où Luther laisse l'Église aux mains du prince, Calvin bâtit une république ecclésiastique : l'Église locale, gouvernée par le consistoire, exerce les clés par la prédication et la discipline ; au-dessus d'elle, colloques et synodes fédèrent sans jamais créer d'évêque.[51] Les marques de la vraie Église — pure prédication de la Parole et droite administration des sacrements, auxquelles s'ajoute la discipline — permettent de distinguer l'Église visible, mêlée d'hypocrites, et l'Église invisible des seuls élus, connue de Dieu seul.[52] Ce gouvernement presbytéro-synodal fera ses preuves dans la clandestinité française : sans hiérarchie à décapiter, l'Église du Désert survivra à un siècle de persécution.[53]
Un culte dépouillé
Le principe régulateur du culte réformé — ne faire dans l'adoration que ce que Dieu a commandé — purge les temples de tout ce que l'Écriture ne prescrit pas expressément : autels remplacés par la table de communion, images brisées, orgues et fêtes retranchées, prières fixées par la liturgie de Genève.[54] Les vagues iconoclastes — Zurich dès 1524, Genève 1535, France 1561-1562, Beeldenstorm des Pays-Bas en 1566 — ne sont pas des débordements : elles appliquent la doctrine du deuxième commandement lue à la lettre.[55] Le psautier, chanté à l'unisson sans instruments, devient l'unique ornement sonore du culte — et le chant de ralliement des armées huguenotes.[56]
Le tableau ci-dessous résume les lignes de fracture : chaque colonne juge les deux autres hérétiques sur au moins un point, et l'Église catholique les juge tous deux sur l'essentiel.
| Point | Doctrine catholique | Doctrine luthérienne | Doctrine réformée |
|---|---|---|---|
| Justification | Régénération intérieure, foi + charité | Imputation extérieure, foi seule | Imputation extérieure, foi seule, élection inconditionnelle |
| Prédestination | Élection en prévision des mérites, volonté universelle de salut | Élection au salut, silence sur la réprobation | Double décret : élection et réprobation avant la fondation du monde |
| Eucharistie | Transsubstantiation, sacrifice propitiatoire | Union sacramentelle, pas de sacrifice | Présence spirituelle reçue par la foi, pas de sacrifice |
| Sacrements | Sept | Deux : baptême et Cène | Deux : baptême et Cène, signes et sceaux |
| Ministère | Caractère sacramentel, succession apostolique | Ministère délégué, sacerdoce universel | Pasteurs élus, consistoires et synodes, pas d'évêques |
| Images et culte | Vénération, images instruisent | Autels et ornements conservés | Temples dépouillés, images brisées |
| Rapport au prince | Liberté de l'Église, deux glaives | Obéissance au prince en religion | Théocratie genevoise, puis résistance au tyran idolâtre |
« La fin principale de l'homme est de glorifier Dieu, et de jouir de lui éternellement. » — Petit Catéchisme de Westminster, question 1 (1647)[57]
Ce résumé catéchétique, appris par cœur par des générations d'enfants presbytériens, dit l'ethos du système : la gloire de Dieu comme premier et dernier mot — y compris quand ce mot écrase l'homme.[58]
Les condamnations de l'Église
L'Index de 1559 : les réformateurs interdits
Le premier Index romain des livres interdits, publié sous Paul IV en 1559, ne se contente pas de proscrire des titres : il interdit d'un bloc l'œuvre entière de quelque 550 auteurs jugés hérétiques ou suspects — les réformateurs au premier rang, Luther et Calvin en tête.[59] L'Institution rejoint ainsi à l'Index les écrits luthériens : pour un catholique, lire Calvin devient un acte de désobéissance puni d'excommunication.[60] Atténué dès juin 1559 par le Saint-Office, réédité plus de quarante fois jusqu'en 1948, l'Index maintiendra les œuvres de Calvin au nombre des lectures défendues pendant quatre siècles.[61]
Le concile de Trente (1545-1563) : la réponse dogmatique
Comme pour Luther, Trente répond aux réformés sans jamais nommer Calvin : il définit la foi et frappe d'anathème les thèses contraires.[62] La VIᵉ session (13 janvier 1547) promulgue le décret sur la justification — 16 chapitres, 33 canons — dont le canon 9 vise le cœur du système :
« Si quelqu'un dit que l'impie est justifié par la foi seule, en ce sens qu'il n'est besoin de rien d'autre pour coopérer à l'obtention de la grâce de la justification, et qu'il ne lui est nullement nécessaire de se préparer et de se disposer par le mouvement de sa propre volonté : qu'il soit anathème. » — Concile de Trente, VIᵉ session, canon 9 (DH 1559)[63]
La XIIIᵉ session (1551) définit la transsubstantiation contre la présence spirituelle comme contre l'union sacramentelle ; la XXIIᵉ (1562) le sacrifice de la messe ; la XXIIIᵉ (1563) le sacrement de l'ordre ; la XXVᵉ et dernière (1563) le purgatoire, l'invocation des saints et l'usage légitime des images — condamnant du même geste l'iconoclasme réformé.[64] Chaque point cardinal du calvinisme se trouve ainsi frappé d'un canon précis : le double décret sur la prédestination par le décret sur la justification, la Cène spirituelle par le décret eucharistique, le temple dépouillé par le décret sur les images.[65]
Bossuet et les Variations (1688)
Un siècle et demi après la rupture, Jacques-Bénigne Bossuet porte contre le protestantisme l'attaque la plus méthodique de la controverse française : son Histoire des variations des Églises protestantes, parue à Paris en 1688 en quinze livres, passe en revue les confessions successives des réformés — Augsbourg, Genève, Zurich, La Rochelle, Dordrecht, Westminster — pour y démontrer que la Réforme varie sans fin là où l'Église catholique ne varie pas.[66] Le succès est immédiat, le trouble profond dans le monde protestant : le ministre Pierre Jurieu réplique par ses Lettres pastorales, auxquelles Bossuet répond par six Avertissements qui traitent un à un les points de doctrine opposant catholiques et protestants.[67] L'argument — la variation est la marque de l'erreur — restera l'arme classique de l'apologétique catholique contre les divisions réformées, de la Révocation au XIXᵉ siècle.[68]
Le jugement constant jusqu'à Vatican II
De la profession de foi tridentine de Pie IV (Iniunctum nobis, 1564) jusqu'au syllabus de Pie IX, le magistère ne varie pas sur le fond.[69] Le concile Vatican II, dans Unitatis Redintegratio (21 novembre 1964), introduit la distinction qui règle désormais le langage catholique : les communautés issues de la Réforme sont séparées de la pleine communion, mais ceux qui y naissent « ne peuvent être accusés du péché de la séparation » ; leurs éléments de sanctification — Écriture, baptême, vie de prière — sont reconnus comme des biens de l'Église du Christ.[70] Et la déclaration Dominus Iesus (2000) précise que ces communautés ne sont pas des Églises au sens propre, faute de succession apostolique et d'Eucharistie valide.[71]
Fractures et métamorphoses (XVIIᵉ-XXᵉ siècle)
Le calvinisme, qui reprochait à Rome son immobilisme, n'a cessé de se diviser sur son propre dogme central : la prédestination. Chaque génération a produit ses dissidents, ses mitigés et ses radicaux.
Arminius et Dordrecht (1610-1619)
Professeur à Leyde, Jacobus Arminius (1560-1609) conteste le double décret : élection conditionnée par la foi prévue, grâce résistible, persévérance incertaine.[72] Après sa mort, ses partisans présentent aux États de Hollande une Remontrance en cinq articles (1610) — d'où leur nom de remontrants — et obtiennent la protection du grand-pensionnaire Oldenbarnevelt contre le stathouder Maurice de Nassau.[73] Le conflit, politique autant que théologique, se tranche par la force : Oldenbarnevelt est décapité en 1619, et un synode international réuni à Dordrecht du 13 novembre 1618 au 9 mai 1619 — avec des délégués anglais, suisses et allemands — condamne les remontrants et promulgue les Canons, adoptés le 23 avril 1619 : élection inconditionnelle, rédemption définie, grâce irrésistible, persévérance des saints.[74] Les cinq articles de la Remontrance ont engendré, en réponse, les cinq points que le XXᵉ siècle résumera par l'acrostiche TULIP.[75]
« Ensemble nous confessons que, par pure grâce, en vertu de la foi dans l'œuvre salvatrice du Christ et non sur la base de nos mérites, nous sommes acceptés par Dieu et recevons l'Esprit Saint qui renouvelle nos cœurs. » — Déclaration commune sur la doctrine de la justification, n° 15 (31 octobre 1999)[76]
Ce texte de 1999 — signé par les luthériens, rejoint ensuite par méthodistes, réformés (2017) et anglicans — marque l'horizon œcuménique contemporain ; sa portée exacte, elle, reste disputée côté catholique, Rome ayant précisé dès 1998 que des divergences subsistent sur des vérités fondamentales.[77]
Saumur et l'universalisme hypothétique (1634-1675)
À l'Académie de Saumur, Moïse Amyraut (1596-1664) publie en 1634 son Traité de la prédestination : Dieu veut sauver tous les hommes sous condition de foi — universalisme hypothétique —, l'élection ne portant que sur ceux qui croiront.[78] Ni condamné ni absous par les synodes français, l'amyraldisme divise les Églises du Refuge et gagne la Suisse : il faut une riposte, rédigée par Johann Heinrich Heidegger avec François Turretin — le Formula Consensus Helvetica de 1675, vingt-six articles dont seize visent expressément Saumur — pour refermer la brèche.[79] L'épisode révèle la tension permanente du système : adoucir le décret pour le rendre prêchable, c'est déjà sortir de Dordrecht.[80]
Westminster et les dissidences anglaises
La guerre civile anglaise donne aux puritains l'occasion d'imposer leur norme : le Parlement convoque en 1643 l'Assemblée de Westminster — plus de cent théologiens, avec des commissaires écossais en vertu de la Solemn League and Covenant — qui produit la Confession (achevée en décembre 1646, 33 chapitres), le Grand puis le Petit Catéchisme (1647-1648), adoptés par l'Église d'Écosse en 1647.[81] Mais l'uniformité presbytérienne ne survit pas à Cromwell : les congrégationalistes se donnent la Déclaration de Savoie (1658), les baptistes particuliers la Confession de Londres (1689) — tous calvinistes sur la grâce, indépendants sur l'Église.[82] La Restauration (1660) puis l'Acte d'uniformité (1662) chassent deux mille pasteurs non-conformistes : le calvinisme anglais devient dissidence permanente.[83]
Du rationalisme au néo-calvinisme
Au XVIIIᵉ siècle, les facultés réformées suivent la pente rationaliste : à Genève même, l'orthodoxie calviniste s'efface devant une morale raisonnable, et les pasteurs des Lumières gardent du système l'éthique en laissant tomber le dogme.[84] Le XIXᵉ siècle voit le double reflux du Réveil — Whitefield, le méthodiste calviniste séparé de Wesley l'arminien — et de l'orthodoxie confessante : aux Pays-Bas, Abraham Kuyper (1837-1920) — journaliste, fondateur de l'Université libre d'Amsterdam (1880), Premier ministre (1901-1905) — bâtit le néo-calvinisme, qui étend la souveraineté divine à toute la vie : politique antirévolutionnaire, écoles libres, syndicats chrétiens.[85] Son disciple Herman Bavinck (1854-1921) donne au mouvement sa dogmatique (Gereformeerde Dogmatiek, 1895-1901) ; au XXᵉ siècle, Karl Barth (1886-1968), formé à l'école réformée, en fait éclater le cadre en recentrant toute l'élection sur le Christ.[86] La Concorde de Leuenberg (1973), qui unit en Europe luthériens et réformés en pleine communion, consacre de son côté l'effacement pratique des frontières de Marbourg.[87]
Le calvinisme aujourd'hui
Une communion mondiale, profondément divisée
La Communion mondiale d'Églises réformées (WCRC), née en juin 2010 de la fusion de l'Alliance réformée mondiale et du Conseil œcuménique réformé lors de l'assemblée de Grand Rapids (Calvin College, Michigan), est la plus grande association d'Églises réformées du monde : plus de 220 Églises membres dans plus de 100 pays, revendiquant entre 80 et 100 millions de fidèles — congrégationalistes, presbytériens, réformés, Églises unies et vaudois.[88] Mais l'unité institutionnelle masque des fractures béantes : aux États-Unis, la Presbyterian Church (USA), membre de la WCRC et engagée dans l'ouverture morale, fait face à la Presbyterian Church in America et aux Églises confessionnelles strictes, qui refusent toute communion avec elle.[89] Mêmes lignes de faille en Europe entre Églises historiques libérales et minorités confessionnelles, et en Corée entre presbytériens rivaux.[90] En France, l'Église protestante unie de France, née en 2013 de la fusion de l'Église réformée et de l'Église luthérienne, rassemble les deux héritages de la Réforme sous un même toit.[91]
Le dialogue avec Rome : acquis et limites
Le dialogue réformé-catholique est plus récent et plus mince que le dialogue luthéro-catholique : premières conversations dans les années 1970, rapports sans portée doctrinale décisive.[92] Son moment le plus visible est l'adhésion de la WCRC à la Déclaration commune sur la justification, signée à Wittenberg le 5 juillet 2017 — après méthodistes (2006) et anglicans : ce qui devait rapprocher luthériens et catholiques est devenu un texte multilatéral dont chaque famille donne sa lecture.[93] Le regard catholique reste celui que Benoît XVI donnait dans sa catéchèse du 26 novembre 2008 : la foi qui sauve est celle « qui agit par la charité » (Ga 5, 6) — elle inclut l'agir nouveau du croyant, que la grâce rend possible.[94] Tant que le double décret, la Cène spirituelle et le rejet du sacrifice demeurent, le chemin de l'unité passe par la conversion des personnes plus que par les déclarations communes.[95]
Regard catholique : ce qui est condamné, ce qui est reconnu
Le catholique ne confond pas les registres. Est condamné comme hérétique : le double décret de prédestination qui fait de Dieu l'auteur de la damnation ; la négation de la coopération libre de l'homme à la grâce ; la réduction de la Cène à une présence spirituelle ; le rejet du sacrifice de la messe, des cinq sacrements retranchés, du caractère sacerdotal et de la succession apostolique ; l'iconoclasme et le refus de toute image sacrée ; le jugement privé de l'Écriture contre la Tradition et le Magistère.[96] Ces points, définis à Trente avec anathèmes, engagent la foi : aucune déclaration de dialogue ne les a levés et ne pouvait les lever.[97]
Est reconnu avec gratitude : le baptême réformé, valide quand il est conféré avec l'eau et la formule trinitaire[98] ; la piété biblique et le psautier, que des générations de huguenots ont chanté jusque dans les galères et les prisons[99] ; le courage des martyrs — Anne Du Bourg, exécuté en place de Grève en 1559 pour avoir réclamé un concile[100] — et la fidélité des confessants de l'Église du Désert, comme Marie Durand, enfermée trente-huit ans à la tour de Constance pour n'avoir pas abjuré[101] ; le témoignage des justes réformés des temps sombres, à l'image du village du Chambon-sur-Lignon sous l'Occupation.[102] Et reste ouvert le chemin : que les réformés qui cherchent toute la vérité trouvent dans l'Église catholique la plénitude des moyens de salut.[103]
Pour aller plus loin
- Le fondateur : Jean Calvin (1509-1564)
- La doctrine de la prédestination en détail : La prédestination calviniste
- La réponse catholique au protestantisme : Réponses au protestantisme
- Les cinq formules : Sola Scriptura, Sola Fide, Sola Gratia, Solus Christus, Les cinq solae
- Le concile qui a réfuté le calvinisme : Le Concile de Trente (1545-1563)
- Le voisin luthérien : Luthéranisme
- Les voisins suisses et radicaux : Zwinglianisme, Socinianisme
- La doctrine eucharistique catholique : La présence réelle eucharistique
- Les autres hérésies modernes : Le gallicanisme (XVᵉ-XIXᵉ siècle), Jansénisme, Modernisme
Notes et références
Communion mondiale d'Églises réformées (WCRC), présentation officielle : « la plus grande association d'Églises réformées du monde », née en juin 2010 de la fusion de l'Alliance réformée mondiale et du Conseil œcuménique réformé. Cf. article « World Communion of Reformed Churches », Encyclopaedia Britannica et Wikipedia.
11ʳᵉ édition : Bâle, Thomas Platter et Balthasar Lasius, mars 1536 (6 chapitres) ; édition définitive latine : Genève, Robert Estienne, 1559 (4 livres, 80 chapitres) ; édition française définitive : Genève, 1560 — cf. Bernard Cottret, Calvin, Fayard, Paris, 1995.
2Ordonnances ecclésiastiques de l'Église de Genève (1541, révisées 1561) : quatre ministères et Consistoire ; Académie de Genève fondée en 1559, Théodore de Bèze premier recteur — cf. Cottret, Calvin, Fayard, 1995.
3Sur l'architecture du système — souveraineté divine, double prédestination, Cène spirituelle, discipline — voir La prédestination calviniste et, côté catholique, Réponses au protestantisme.
4France, Écosse, Pays-Bas, Palatinat, Hongrie, monde anglo-saxon : voir les sections « La France » et « L'expansion européenne » ci-dessous, et Diarmaid MacCulloch, The Reformation: A History, Viking, New York, 2003.
5WCRC : plus de 220 Églises membres (227 selon Wikipedia, dont membres associés) dans 108 pays, entre 80 et 100 millions de fidèles selon les années — communiqués WCRC et Presbyterian Church (U.S.A.) News Service.
6 88Adhésion de la WCRC à la Déclaration commune sur la doctrine de la justification, Wittenberg, 5 juillet 2017 — après le Conseil méthodiste mondial (Séoul, 2006) et avant la Communion anglicane.
7 93Voir Jean Calvin (1509-1564) pour la biographie complète : Noyon, Paris, Bâle, Ferrare, Genève, Strasbourg, et la mort le 27 mai 1564.
8Ordonnances ecclésiastiques, adoptées en septembre-novembre 1541 après le retour de Strasbourg : pasteurs, docteurs, anciens, diacres ; Consistoire hebdomadaire mêlant six pasteurs et douze anciens du Conseil — cf. Cottret, Calvin, Fayard, 1995.
9Sur la discipline genevoise (exhortations, exclusion de la Cène, renvoi au Conseil : adultère, blasphème, usure, danse, jeux), voir Cottret, Calvin, Fayard, 1995, chapitres genevois.
10Académie de Genève (1559) : école et future université formant les pasteurs du Refuge — premier recteur Théodore de Bèze (1519-1605), successeur désigné de Calvin.
11Voir Luthéranisme, section « Marbourg 1529 » : Luther et Zwingli s'accordent sur 14 articles et rompent sur la Cène.
12Consensus Tigurinus (Consentement de Zurich), mai 1549 : vingt-six articles sur la Cène rédigés par Calvin avec Heinrich Bullinger (1504-1575), adoptés par Zurich, Genève, Berne puis Bâle — cf. Philip Schaff, Creeds of Christendom, vol. I, Harper, New York, 1877, et l'étude E. Campi, Études théologiques et religieuses, 84, 2009.
13L'accord soude le camp réformé mais rend la rupture avec Wittenberg définitive : Luther, dans sa Brève confession sur le saint sacrement (1544-1545), avait déjà traité les zwingliens en hérétiques — cf. MacCulloch, The Reformation, 2003.
14Voir Jean Calvin (1509-1564), section « L'affaire Michel Servet (27 octobre 1553) » : le Christianismi Restitutio (1553), la fuite de Vienne, le procès genevois, le bûcher de Champel.
15Sébastien Castellion (1515-1563), Contre le libelle de Calvin (Contra libellum Calvini), rédigé en 1554, publié seulement en 1612 : « Tuer un homme, ce n'est pas défendre une doctrine, c'est tuer un homme » — cf. Musée protestant (museeprotestant.org), notice Sébastien Castellion.
16Théodore de Bèze, De haereticis a civili magistratu puniendis (1554) : le magistrat chrétien doit punir l'hérétique — la position officielle genevoise après Servet.
17Affaire des Placards, nuit du 17 au 18 octobre 1534 : placards d'Antoine Marcourt contre la messe, jusque sur la porte du roi à Amboise ; fin de la politique d'atermoiement de François Iᵉʳ — cf. MacCulloch, The Reformation, 2003.
18Chambre ardente (1547-1550) sous Henri II ; massacre des Vaudois de Mérindol et Cabrières (avril 1545) sur ordre du Parlement d'Aix — cf. MacCulloch, The Reformation, 2003.
19Psaumes de Clément Marot (à partir de 1539) achevés par Bèze : le Psautier de Genève complet (1562), chanté à l'unisson dans les temples et les armées huguenotes.
20Premier synode national, Paris, mai 1559 (clandestin), modérateur François de Morel : Confession en 40 articles (Calvin et Antoine de Chandieu, 1534-1591) + Discipline ecclésiastique — cf. Philip Schaff, Creeds of Christendom, vol. III, et Théodore de Bèze, Histoire ecclésiastique des Églises réformées, Anvers, 1580.
21Colloque de Poissy, septembre-octobre 1561 : Bèze face au cardinal Charles de Lorraine devant Charles IX et Catherine de Médicis ; rupture publique sur la Cène — cf. Cottret, Calvin, Fayard, 1995.
22VIIᵉ synode national, La Rochelle, 1571 (au lendemain de la paix de Saint-Germain-en-Laye, 1570) : adoption solennelle de la Confession — d'où Confession de La Rochelle — reconnue ensuite par les synodes de Wesel (1568) et d'Emden (1571) ; sanctionnée par Henri IV.
23Massacre de Wassy, 1ᵉʳ mars 1562, par les gens du duc de Guise : ouverture des guerres de Religion (1562-1598, huit conflits).
24Saint-Barthélemy, nuit du 23 au 24 août 1572 : assassinat de Coligny, plusieurs milliers de réformés tués à Paris puis en province — cf. MacCulloch, The Reformation, 2003.
25Édit de Nantes, signé le 13 avril 1598 : liberté de conscience générale, exercice du culte encadré, places de sûreté, chambres de l'Édit mi-parties.
26Édit de Fontainebleau, octobre 1685 : révocation de l'Édit de Nantes — culte interdit, temples démolis, pasteurs bannis sous quinze jours, sortie du royaume interdite sous peine de galères.
27Le Refuge : quelque 200 000 huguenots vers la Suisse, la Hollande, l'Angleterre, le Brandebourg (édit de Potsdam) et le Cap — cf. MacCulloch, The Reformation, 2003.
28Guerre des Camisards (1702-1704) dans les Cévennes ; puis l'Église du Désert : assemblées clandestines et pasteurs itinérants pendant tout le XVIIIᵉ siècle, jusqu'à l'édit de tolérance de 1787.
29John Knox (v. 1514-1572), aumônier d'Édouard VI puis exilé à Genève (1556-1559), rentre en Écosse en 1559 et prêche contre la régente Marie de Guise — cf. Christian History, n° 46 (John Knox).
30Scots Confession, août 1560 : 25 chapitres rédigés en quatre jours par six ministres (les « Six Jeans », dont Knox, Winram, Spottiswoode, Willock, Douglas, Row), adoptés par le Parlement d'Édimbourg qui abolit la juridiction pontificale — cf. Philip Schaff, Creeds of Christendom, vol. III.
31Premier Livre de Discipline (1560-1561) : Église presbytérienne sans évêques, surintendants, biens ecclésiastiques affectés au culte, aux écoles et aux pauvres — refusé par les nobles sur le point des biens.
32Confessio Belgica, 1561 : 37 articles rédigés par Guido de Brès (1522-1567), calqués sur l'ordre de la Confession française, pour disculper les réformés des accusations de sédition et d'anabaptisme — cf. Schaff, Creeds of Christendom, vol. III.
33Beeldenstorm (août 1566), prise de La Brielle (1572), Union d'Utrecht (1579) : la Confession belge, adoptée au synode d'Emden (1571), devient la charte d'Églises en guerre d'indépendance contre Philippe II.
34Guido de Brès, pendu à Valenciennes en 1567 après le siège de la ville — la Confession belge scellée par le martyre de son auteur.
35Catéchisme de Heidelberg, 1563 : 129 demandes et réponses de Zacharias Ursinus et Gaspard Olevianus, commandées par l'électeur Frédéric III du Palatinat — cf. Schaff, Creeds of Christendom, vol. III.
36Traduit en dizaines de langues, le catéchisme porte le calvinisme en Hongrie, Pologne, Transylvanie et Amérique — le texte réformé le plus aimé après la Bible et le psautier.
37Confessio Helvetica Posterior, 1566 : 30 chapitres de Heinrich Bullinger, adoptés par la Suisse, la France, l'Écosse, les Pays-Bas et la Hongrie — la charte commune du tronc continental.
38À la différence du Livre de Concorde luthérien (Dresde, 1580, dix documents normatifs), le calvinisme ne connaît pas de recueil unique : chaque Église nationale se définit par sa confession — cf. Schaff, Creeds of Christendom, vol. I.
39Régime presbytéro-synodal continental : consistoires, colloques (classes), synodes provinciaux et nationaux — la Discipline française de 1559 en est le modèle.
40Cours presbytériennes : session locale, presbytère, synode, assemblée générale — le système écossais exporté en Ulster, en Amérique et en Corée.
41Déclaration de Savoie (Savoy, Londres, 1658) : Westminster adaptée au congrégationalisme ; Confession de Londres (1689) : les baptistes particuliers, calvinistes sur la grâce, baptistes sur le sacrement.
42Voir Sola Scriptura, Sola Fide, Sola Gratia et Solus Christus pour l'exposé protestant et la réfutation catholique détaillée.
43Corruption totale, élection inconditionnelle, réprobation symétrique : Institution, III, xxi-xxiv (éd. 1559) — cf. Cottret, Calvin, Fayard, 1995.
44Jean Calvin, Institution de la religion chrétienne, III, xxi, 5 : « Nous appelons prédestination le conseil éternel de Dieu... » — trad. française (éd. 1560) ; original latin : « Praedestinationem vocamus aeternum Dei decretum, quo quid de unoquoque homine fieri vellet apud se constitutum habuit » ; trad. anglaise Beveridge : « We call predestination God's eternal decree, by which he determined with himself what he willed to become of each man. »
45Voir La prédestination calviniste : histoire augustinienne, Orange II (529), Gottschalk, Dordrecht, l'acrostiche TULIP et la réponse catholique complète.
46Sur la place architectonique — Église invisible des élus, certitude du salut, sanctification comme signe — cf. Cottret, Calvin, Fayard, 1995.
47Double refus formulé dès l'Institution (IV, xvii) contre la transsubstantiation, puis contre le symbolisme zwinglien après 1549 — cf. Cottret, Calvin, Fayard, 1995.
48Manducation spirituelle : le fidèle est élevé au ciel vers le Christ par la foi et l'Esprit, le corps du Christ demeurant à la droite du Père — Consensus Tigurinus (1549), 26 articles — cf. Schaff, Creeds of Christendom, vol. I.
49Les luthériens fondent la présence charnelle sur l'ubiquité du corps du Christ (communication des idiomes) — doctrine que les réformés rejettent : voir Luthéranisme, section « L'Eucharistie ».
50Quatre ministères et discipline consistoriale : Institution, IV, iii-xii ; Ordonnances de 1541 — cf. Cottret, Calvin, Fayard, 1995.
51Les marques — pure prédication, droite administration des sacrements, discipline — distinguent la vraie Église ; l'Église invisible des élus reste connue de Dieu seul : Institution, IV, i — cf. Cottret, Calvin, Fayard, 1995.
52Sans évêques à arrêter ni hiérarchie à décapiter, le réseau consistorial survit à la Révocation : l'Église du Désert en est la preuve historique.
53Le principe régulateur — n'admettre dans le culte que ce que Dieu a commandé — purge autels, images, orgues et fêtes : Institution, IV, x et la liturgie genevoise (La Forme des prières, 1542).
54Zurich 1524, Genève 1535, France 1561-1562, Beeldenstorm 1566 : l'iconoclasme applique le deuxième commandement (Ex 20, 4) lu à la lettre — cf. MacCulloch, The Reformation, 2003.
55Le psautier à l'unisson, sans instruments, unique ornement du culte réformé — et chant de ralliement huguenot, du Désert aux dragonnades.
56Petit Catéchisme de Westminster, question 1 (1647) : « Quelle est la fin principale de l'homme ? — La fin principale de l'homme est de glorifier Dieu, et de jouir de lui éternellement. » (« Man's chief end is to glorify God, and to enjoy Him for ever. »)
57Appris par cœur par des générations d'enfants presbytériens, ce résumé dit l'ethos du système : soli Deo gloria comme premier et dernier mot.
58Premier Index romain (Index auctorum et librorum prohibitorum), Paul IV, 1559 : l'œuvre entière de quelque 550 auteurs interdite d'un bloc — cf. article « Index Librorum Prohibitorum », Wikipedia, et Catholic Encyclopedia, art. « Index of Prohibited Books ».
59Les écrits de Luther et de Calvin figurent au premier rang des œuvres proscrites : pour un catholique, les lire encourt l'excommunication.
60Atténué par le Saint-Office dès juin 1559, l'Index est réédité plus de quarante fois, jusqu'en 1948 : quatre siècles de lecture défendue.
61Voir Le Concile de Trente (1545-1563) pour le déroulement complet : sessions, décrets et canons anti-protestants.
62Décret De iustificatione, VIᵉ session, 13 janvier 1547 : 16 chapitres, 33 canons — canon 9 : DH 1559. Cf. Denzinger-Hünermann, n° 1520-1583.
63XIIIᵉ session, 11 octobre 1551 (Eucharistie, 11 canons : DH 1635-1661) ; XXIIᵉ session, 17 septembre 1562 (sacrifice de la messe, 9 canons : DH 1738-1759) ; XXIIIᵉ session, 15 juillet 1563 (ordre, 8 canons : DH 1763-1778) ; XXVᵉ session, décembre 1563 (purgatoire, saints, images).
64Le décret sur la justification frappe le double décret ; le décret eucharistique, la présence spirituelle ; le décret sur les images, l'iconoclasme — l'arsenal de la controverse catholique pour quatre siècles.
65Jacques-Bénigne Bossuet, Histoire des variations des Églises protestantes, Paris, veuve Mabre-Cramoisy, 1688 : quinze livres en deux volumes in-4, passant en revue les confessions réformées successives — cf. article « Histoire des variations des églises protestantes », Encyclopaedia Britannica.
66Le ministre Pierre Jurieu réplique par ses Lettres pastorales ; Bossuet répond par six Avertissements aux protestants traitant un à un les points de doctrine.
67L'argument — la variation comme marque de l'erreur, face à l'immutabilité catholique — reste l'arme classique de l'apologétique anti-protestante jusqu'au XIXᵉ siècle.
68Profession tridentine, bulle Iniunctum nobis, Pie IV, 13 novembre 1564 ; condamnation de l'indifférentisme par Grégoire XVI (Mirari vos, 1832) et Pie IX (Quanta cura et Syllabus, 1864).
69Concile Vatican II, décret Unitatis Redintegratio sur l'œcuménisme, 21 novembre 1964, § 3-4 : les frères séparés nés dans ces communautés « ne peuvent être accusés du péché de la séparation ».
70Congrégation pour la doctrine de la foi, déclaration Dominus Iesus, 6 août 2000, § 17 : les communautés issues de la Réforme « ne sont pas des Églises au sens propre ».
71Jacobus Arminius (1560-1609), professeur à Leyde : élection en prévision de la foi, grâce résistible, persévérance incertaine — cf. Schaff, Creeds of Christendom, vol. I, et La prédestination calviniste.
72Remontrance en cinq articles présentée aux États de Hollande en 1610 par les partisans d'Arminius — d'où le nom de remontrants — sous la protection d'Oldenbarnevelt contre Maurice de Nassau.
73Synode de Dordrecht, 13 novembre 1618 – 9 mai 1619 : Canons adoptés à la 136ᵉ session, le 23 avril 1619 — élection inconditionnelle, rédemption définie, dépravation totale, grâce irrésistible, persévérance des saints — cf. article « Synod of Dort », Encyclopaedia Britannica (1911).
74L'acrostiche TULIP (Total depravity, Unconditional election, Limited atonement, Irresistible grace, Perseverance of the saints) est une formulation du XXᵉ siècle résumant les cinq chefs de Dordrecht — voir La prédestination calviniste.
75Déclaration commune, n° 15 (cf. texte cité), Éditions du Cerf, 1999 ; texte sur https://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/chrstuni/documents/rc_pc_chrstuni_doc_31101999_cath-luth-joint-declaration_fr.html
76Réponse de la Congrégation pour la doctrine de la foi (25 juin 1998) : des divergences subsistent « sur des vérités fondamentales » — d'où l'Annexe précisant les deux lectures avant la signature de 1999.
77Moïse Amyraut (1596-1664), Brief Traitté de la prédestination et de ses principales dépendances, Saumur, 1634 : Dieu veut sauver tous les hommes sous condition de foi (universalisme hypothétique) — cf. Roger Nicole, Brief Survey on the Controversy on Universal Grace (1634-1661).
78Formula Consensus Helvetica, 1675 : 26 articles rédigés par Johann Heinrich Heidegger (1633-1698) avec François Turretin (1623-1687), dont seize visent expressément Saumur — cf. Schaff, Creeds of Christendom, vol. I.
79Ni condamné ni absous par les synodes français, l'amyraldisme divise les Églises du Refuge jusqu'à la riposte helvétique — la preuve que le système ne se maintient qu'en se durcissant.
80Assemblée de Westminster, convoquée par le Parlement en 1643 : Confession achevée en décembre 1646 (33 chapitres), Grand et Petit Catéchismes (1647-1648), adoptés par l'Église d'Écosse en 1647 — avec les commissaires écossais de la Solemn League and Covenant (1643).
81Déclaration de Savoie (1658) : les congrégationalistes adaptent Westminster à l'autonomie locale ; Confession de Londres (1689) : les baptistes particuliers, calvinistes sur la grâce, baptistes sur le sacrement.
82Restauration (1660) et Acte d'uniformité (1662) : quelque deux mille pasteurs non-conformistes chassés de leurs paroisses — le calvinisme anglais devient dissidence permanente.
83Sur l'effacement genevois au siècle des Lumières — l'orthodoxie conservée en façade, la morale raisonnable en chaire — cf. Cottret, Calvin, Fayard, 1995, épilogue.
84Abraham Kuyper (1837-1920) : journaliste, fondateur de l'Université libre d'Amsterdam (1880), Premier ministre des Pays-Bas (1901-1905) — le néo-calvinisme étend la souveraineté divine à la politique, à l'école et au travail.
85Herman Bavinck (1854-1921), Gereformeerde Dogmatiek (1895-1901) : la dogmatique du mouvement ; Karl Barth (1886-1968), formé à l'école réformée, recentre toute l'élection sur le Christ et fait éclater le cadre classique.
86Concorde de Leuenberg (1973) : luthériens et réformés d'Europe en pleine communion — l'effacement pratique des frontières tracées à Marbourg en 1529.
87Aux États-Unis, la Presbyterian Church (U.S.A.), membre de la WCRC, fait face à la Presbyterian Church in America et aux Églises confessionnelles strictes, hors communion avec elle — miroir de la fracture luthérienne ELCA / Missouri.
89En Europe, les Églises historiques membres de la WCRC s'opposent aux minorités confessionnelles ; en Corée, les presbytériens rivaux se partagent le plus vivace des calvinismes asiatiques.
90Église protestante unie de France, née en 2013 de la fusion de l'Église réformée de France et de l'Église évangélique luthérienne de France : les deux héritages de la Réforme sous un même toit.
91Premiers dialogues réformés-catholiques dans les années 1970, sans texte de portée comparable à la Déclaration de 1999 — le dialogue luthéro-catholique reste le plus ancien et le plus fourni.
92Benoît XVI, audience générale du 26 novembre 2008 : la formule sola fide est vraie « si la foi n'est pas opposée à la charité » — car saint Paul enseigne que ce qui compte, c'est « la foi qui agit par la charité » (Ga 5, 6). Texte sur https://www.vatican.va/
94Tant que demeurent le double décret, la Cène spirituelle et le rejet du sacrifice, l'unité passe par la conversion des personnes plus que par les déclarations — cf. le rapport Du conflit à la communion (2013) et sa réception réformée.
95Récapitulatif des anathèmes tridentins applicables : justification (session VI, canons 9-14), Écriture-Tradition (session IV, 1546), sacrements (session VII, 1547), Eucharistie et messe (sessions XIII et XXII), ordre (session XXIII), purgatoire, saints et images (session XXV, 1563).
96Textes de dialogue postérieurs — Déclaration de 1999, adhésion réformée de 2017 — actes de commissions mixtes sans autorité dogmatique : ils ne lèvent aucun anathème tridentin.
97Le baptême conféré avec de l'eau naturelle et la formule trinitaire est valide quelle que soit la confession du ministre — cf. Code de droit canonique, can. 869, et CEC 1256.
98Le psautier huguenot, chanté dans les galères, les prisons et les assemblées du Désert, reste un sommet de la piété biblique en langue française.
99Anne Du Bourg (1521-1559), conseiller au Parlement de Paris, exécuté en place de Grève en décembre 1559 pour avoir réclamé un concile et défendu les réformés.
100Marie Durand (1711-1776), enfermée trente-huit ans (1730-1768) à la tour de Constance d'Aigues-Mortes pour n'avoir pas abjuré — figure de l'Église du Désert.
101Le Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire), village réformé du pasteur André Trocmé : des milliers de Juifs cachés et sauvés sous l'Occupation — la charité au-dessus des frontières confessionnelles.
102Sur les retours à l'unité et le modèle de réconciliation (Anglicanorum coetibus, 2009, pour les anglicans) — voir Réponses au protestantisme, section œcuménique.
103