Karl Barth (1886-1968)

Karl Barth (1886-1968), pasteur et théologien réformé suisse, est le penseur protestant le plus influent du XXe siècle : auteur de la Dogmatique ecclésiale, il a résisté au nazisme à Barmen, mais son rejet de la théologie naturelle le sépare nettement de la doctrine catholique.

Ignispedia

Karl Barth (10 mai 1886 – 10 décembre 1968) est un théologien et pasteur réformé suisse, unanimement considéré comme le théologien protestant le plus influent du XXe siècle[1]. Fils et petit-fils de théologiens, formé à l'école de la théologie libérale allemande sous Adolf von Harnack et Wilhelm Herrmann, il rompt violemment avec cet héritage après l'expérience traumatisante de la Première Guerre mondiale et publie en 1919 un commentaire de l'Épître aux Romains qui, selon le mot resté célèbre du théologien catholique Karl Adam, « tombe comme une bombe sur le terrain de jeu des théologiens »[2].

Professeur en Allemagne de 1921 à 1935, Barth devient l'un des rares universitaires à refuser le serment de fidélité inconditionnelle à Adolf Hitler ; il rédige l'essentiel de la déclaration théologique de Barmen (31 mai 1934), texte fondateur de l'Église confessante qui affirme que Jésus-Christ seul, et non le Führer ni le peuple allemand, est la Parole de Dieu que l'Église doit écouter, en qui elle doit avoir confiance et obéir[3]. Expulsé de Bonn en 1935, il termine sa carrière à l'Université de Bâle, où il rédige l'œuvre de sa vie, la Dogmatique ecclésiale (Kirchliche Dogmatik), somme théologique inachevée de plus de neuf mille pages consacrée tout entière à repenser chaque doctrine chrétienne à partir de la seule révélation de Dieu en Jésus-Christ.

Théologien réformé jusqu'au bout — méfiant envers toute théologie naturelle, tout point d'appui philosophique en l'homme, toute médiation sacramentelle instituée —, Barth n'a jamais été catholique et n'a jamais cherché à le devenir. Mais sa radicalité christologique, son combat contre les idoles politiques et sa stature intellectuelle ont suscité un dialogue exceptionnellement dense avec des théologiens catholiques de premier plan : Erich Przywara, dont il qualifia la doctrine de l'analogie de l'être (analogia entis) d'« invention de l'Antichrist »[4] ; Gottlieb Söhngen, qui lui proposa une médiation ; Hans Urs von Balthasar, qui lui consacra une étude majeure et devint son ami ; Hans Küng, dont la thèse de 1957 sur la justification reçut de Barth une réponse aussi admirative que prudente[5]. En 1966, malade, il fit néanmoins le voyage à Rome pour interroger les artisans du concile Vatican II sur le sens de l'aggiornamento — épisode qu'il raconta dans son dernier petit livre, Ad Limina Apostolorum[6].

Cet article retrace la vie de Barth, expose fidèlement sa théologie dialectique et sa doctrine de l'élection, détaille son dialogue dense avec le catholicisme, puis propose une évaluation catholique honnête : ce que Barth a vu juste — la gravité de la confession de foi face aux idoles du siècle — et ce qui le sépare frontalement de la doctrine catholique, en particulier sur la connaissance naturelle de Dieu, sur le statut de l'Écriture et sur le baptême des enfants.

En quelques dates

  1. 10 mai 1886
    Naissance à Bâle

    Fils de Johann Friedrich (Fritz) Barth, pasteur réformé puis professeur de théologie, et d'Anna Katharina Sartorius, Karl Barth est l'aîné de cinq enfants d'une famille bâloise de tradition théologique[7].

  2. 1904-1908
    Études de théologie

    Berne, puis Berlin (sous Adolf von Harnack), Tübingen, puis Marburg (sous Wilhelm Herrmann) : Barth reçoit une formation typique de la théologie libérale allemande de son temps[8].

  3. 1909-1911
    Vicariat à Genève

    Barth exerce comme vicaire réformé à Genève, dans la paroisse de langue allemande, avant d'accepter une charge pastorale en Suisse alémanique[9].

  4. 1911-1921
    Pasteur à Safenwil

    Nommé pasteur d'une paroisse ouvrière du canton d'Argovie, Barth s'engage dans la défense sociale des ouvriers textiles et rejoint le Parti social-démocrate suisse[10].

  5. Août 1914
    Le choc de la guerre

    Barth découvre que ses maîtres libéraux, dont Harnack, soutiennent la politique de guerre du Kaiser — un ralliement qui culminera avec le Manifeste des 93 d'octobre 1914 —, un effondrement qui le convainc que la théologie libérale a lié Dieu à la culture et à la nation[11].

  6. 1913
    Mariage avec Nelly Hoffmann

    Barth épouse la violoniste Nelly Hoffmann ; le couple aura cinq enfants, dont les futurs exégètes Markus (1915-1994) et Christoph Barth (1917-1986)[12].

  7. Décembre 1918 (paru 1919)
    Première édition des Romains

    Barth publie Der Römerbrief, commentaire de l'Épître aux Romains rédigé en réaction contre l'exégèse historico-critique libérale[13].

  8. 1921-1922
    Refonte radicale des Romains

    Insatisfait, Barth réécrit entièrement son commentaire : la seconde édition, publiée en 1922, rompt ouvertement avec la théologie libérale et inaugure la « théologie dialectique »[14].

  9. 1921-1925
    Professeur à Göttingen

    Sans doctorat, Barth est appelé comme professeur honoraire de théologie réformée à l'université de Göttingen, où il rencontre en 1924 Charlotte von Kirschbaum[15].

  10. 1925-1930
    Professeur à Münster

    Barth enseigne la dogmatique et l'exégèse néotestamentaire à l'université de Münster[16].

  11. 1930-1935
    Professeur à Bonn

    Appelé à Bonn, Barth y commence la rédaction de la Dogmatique ecclésiale, dont le premier volume paraît en 1932[17].

  12. Juin 1933
    Théologische Existenz heute !

    Face à la nazification des Églises protestantes allemandes, Barth publie un pamphlet retentissant appelant à faire de la théologie « comme si de rien n'était », c'est-à-dire sans céder à l'idéologie du moment[18].

  13. 31 mai 1934
    Déclaration théologique de Barmen

    Rédigée pour l'essentiel par Barth, la déclaration fonde l'Église confessante et proclame Jésus-Christ seule Parole de Dieu à écouter, contre les prétentions du Führer et du sang allemand[19].

  14. 1934
    « Non ! Réponse à Emil Brunner »

    Barth rompt publiquement avec son ami Emil Brunner, qui défendait un « point de contact » naturel entre Dieu et l'homme dans Nature et Grâce[20].

  15. 1935
    Expulsion de Bonn

    Refusant de prêter le serment de fidélité inconditionnelle à Hitler exigé des fonctionnaires du Reich, Barth est démis de sa chaire de Bonn et regagne la Suisse[21].

  16. 1935-1962
    Professeur à Bâle

    Nommé professeur de théologie systématique à l'université de Bâle, Barth y poursuit la rédaction de la Dogmatique ecclésiale jusqu'à sa retraite[22].

  17. 1947
    Déclaration de Darmstadt

    Avec Hans Iwand, Barth cosigne un texte plus radical que la déclaration de Stuttgart (1945), imputant la complicité des Églises allemandes à un attachement idolâtrique à l'ordre bourgeois et national[23].

  18. 20 avril 1962
    Couverture du Time

    Le magazine américain Time consacre sa couverture et un article de cinq pages à Barth, signe de son influence hors du monde académique européen[24].

  19. 22-29 septembre 1966
    Voyage à Rome

    Barth se rend à Rome, rencontre Paul VI et interroge des théologiens romains sur le sens du concile Vatican II ; le récit paraîtra sous le titre Ad Limina Apostolorum (1967)[25].

  20. 10 décembre 1968
    Mort à Bâle

    Barth meurt dans son sommeil après une dernière soirée passée à écouter Mozart et à rédiger, restée inachevée, une conférence sur la conversion de l'Église[26].

Bâle, une enfance et une formation bourgeoises

Une famille de théologiens réformés

Bâle à la fin du XIXe siècle : la porte de Spalen. Detroit Publishing Company, Library of Congress, ppmsc.06822 ; source Wikimedia Commons, domaine public.

Karl Barth naît le 10 mai 1886 à Bâle, ville réformée depuis la Réforme du XVIᵉ siècle, dans une famille où la théologie se transmet de génération en génération. Son père, Johann Friedrich « Fritz » Barth (1856-1912), est pasteur réformé puis professeur de Nouveau Testament et d'histoire de l'Église, d'abord à Bâle puis à Berne ; sa mère, Anna Katharina Sartorius, appartient également à une famille de pasteurs[27]. Karl est l'aîné de cinq enfants ; son frère cadet Heinrich Barth (1890-1965) deviendra un philosophe reconnu, professeur à Bâle.

Enfant turbulent — il dirige, selon ses propres souvenirs, une bande de rue à Berne où sa famille s'installe en 1889 —, Barth résiste d'abord à la scolarité classique avant de se découvrir, à l'adolescence, une vocation théologique[28]. Il choisit d'étudier la théologie contre l'avis initial de son père, qui aurait préféré le voir embrasser une carrière plus prudente, mais Fritz Barth finit par soutenir le choix de son fils et l'oriente vers les meilleures universités allemandes de l'époque.

Sous le magistère de la théologie libérale

De 1904 à 1908, Barth étudie successivement à l'université de Berne, puis à Berlin, où il suit les cours du grand historien du dogme Adolf von Harnack, puis brièvement à Tübingen, et enfin à Marburg, où il devient l'élève de Wilhelm Herrmann (1846-1922), figure de proue de la théologie libérale néokantienne[29]. Cette formation façonne en profondeur le jeune Barth : elle enseigne que la foi chrétienne doit être reformulée en termes compatibles avec la conscience morale et l'expérience religieuse moderne, que l'exégèse historico-critique doit primer sur la lecture dogmatique de l'Écriture, et que le christianisme se résume finalement à une expérience intérieure de communion avec le Père à travers la personnalité morale de Jésus.

Ordonné pasteur, Barth exerce d'abord comme vicaire à Genève, de 1909 à 1911, dans la paroisse réformée de langue allemande — occasion pour lui de méditer, non sans gêne, sur l'écart entre la théologie qu'il a apprise et la prédication concrète adressée à des fidèles ordinaires[30]. Cette tension, encore discrète à Genève, va devenir explosive dans sa charge pastorale suivante.

Le pasteur de Safenwil et la rupture avec le libéralisme (1911-1921)

Un ministère paroissial parmi les ouvriers

En 1911, Barth accepte la charge de pasteur de Safenwil, petite paroisse industrielle du canton d'Argovie où travaillent de nombreux ouvriers du textile. Confronté quotidiennement à la misère sociale et aux conflits entre patrons et ouvriers, Barth s'engage activement dans la défense syndicale et rejoint le Parti social-démocrate suisse, se faisant surnommer localement le « pasteur rouge »[31]. En 1913, il épouse Nelly Hoffmann, violoniste ; le couple aura cinq enfants, dont deux — Markus (1915-1994) et Christoph (1917-1986) — deviendront eux-mêmes des exégètes bibliques reconnus.

Mais c'est surtout la prédication hebdomadaire, exercée dans une paroisse rurale sans prestige académique, qui pousse Barth à se demander si la théologie libérale qu'il a apprise a vraiment quelque chose à dire à ses paroissiens sur Dieu lui-même, et non seulement sur l'expérience religieuse humaine. Avec son ami le pasteur Eduard Thurneysen, installé dans une paroisse voisine, il commence à explorer d'autres voies théologiques, notamment celle du pasteur wurtembergeois Christoph Blumhardt, dont l'insistance sur le Royaume de Dieu comme irruption souveraine plutôt que comme idéal moral progressiste marque profondément les deux hommes dès 1915[32].

Le choc d'août 1914

Infographie Ignispedia — De la formation libérale aux Romains de 1922 ; d’après E. Busch et les deux éditions de Der Römerbrief, cités dans les notes. Illustrations symboliques générées par IA.

Le tournant décisif survient au début du mois d'août 1914. Barth découvre, stupéfait, qu'une majorité de ses maîtres théologiques allemands — parmi lesquels Adolf von Harnack lui-même — soutiennent la politique de guerre du Kaiser Guillaume II, un ralliement qui culminera avec le Manifeste des 93 intellectuels allemands au monde civilisé, publié en octobre 1914[33]. Barth racontera plus tard que ce jour marqua pour lui l'écroulement de toute une conception théologique : si les mêmes hommes qui enseignaient l'éthique de Jésus pouvaient signer sans sourciller un texte de propagande belliciste, c'est que leur théologie n'avait jamais réellement distingué la Parole de Dieu de la culture et de la nation dans lesquelles elle était énoncée.

« La théologie éthique et dogmatique du XIXᵉ siècle n'avait plus, à mes yeux, d'avenir. » — Karl Barth, cité par Eberhard Busch, Karl Barth : sa vie d'après sa correspondance et ses souvenirs[34]

Cette rupture n'est pas seulement personnelle : elle deviendra le principe organisateur de toute son œuvre théologique future — la conviction que Dieu ne peut jamais être identifié à une culture, une morale, une nation ou une expérience religieuse humaine, mais se révèle souverainement, d'en haut, en Jésus-Christ seul.

L'Épître aux Romains : la bombe sur le terrain de jeu des théologiens

La première édition (1919)

Dès l'été 1916, dans le calme de sa cure de Safenwil, Barth entreprend la rédaction d'un commentaire de l'Épître de saint Paul aux Romains, qu'il publie en décembre 1918 (avec la date de 1919 sur la page de titre)[35]. Contre l'exégèse historico-critique dominante, qui traite Romains comme un document d'histoire des religions à replacer dans son contexte hellénistique et judaïque, Barth lit l'épître comme une adresse directe de Dieu à tout homme de toute époque, y compris au lecteur du XXᵉ siècle.

L'ouvrage, publié par un pasteur de campagne inconnu, ne passe pas inaperçu. Le théologien catholique Karl Adam, dans un article resté célèbre de la revue Hochland, écrit que le livre de Barth « tombe comme une bombe sur le terrain de jeu des théologiens »[36] — formule qui, reprise depuis un siècle, résume l'onde de choc que provoqua cette relecture radicalement théocentrique de l'épître paulinienne dans un monde académique allemand encore dominé par le libéralisme.

La refonte de 1922 et la théologie dialectique

Insatisfait de cette première version, Barth la réécrit presque entièrement entre octobre 1920 et septembre 1921 ; la seconde édition, publiée en 1922, rompt ouvertement et définitivement avec la théologie libérale de sa jeunesse[37]. C'est dans la préface de cette seconde édition que Barth situe explicitement sa méthode dans le sillage du philosophe danois Søren Kierkegaard :

« Si j'ai un système, il se limite à tenir compte constamment de ce que Kierkegaard appelait la "distinction qualitative infinie" entre le temps et l'éternité. » — Karl Barth, préface à la 2ᵉ édition de Der Römerbrief, 1922[38]

Cette « distinction qualitative infinie » est au cœur de ce qu'on appellera la théologie dialectique ou théologie de la crise (du grec krisis, jugement) : Dieu n'est jamais un prolongement de l'homme, si religieux soit-il ; il n'est atteint ni par l'expérience mystique, ni par la spéculation métaphysique, ni par la conscience morale, mais seulement par sa propre Parole, qui vient toujours d'en haut (senkrecht von oben) interrompre et juger toute prétention humaine — y compris religieuse — à atteindre Dieu par ses propres moyens.

« La justice de Dieu se révèle comme le son d'une trompette venue d'un autre monde, qui interrompt l'obligation qu'on a envers la nation, et interrompt aussi le soin qu'on prend de ses pensées et de ses sentiments religieux. Un "Non" à ces prétentions vous jette à terre, mais un "Oui" à la justice et à la gloire de Dieu vous relève. » — Karl Barth, conférence donnée à Aarau, 1916[39]

Une réception immédiate, catholique comprise

La seconde édition des Romains installe durablement Barth comme l'un des chefs de file d'un mouvement théologique nouveau, aux côtés d'Eduard Thurneysen, de Friedrich Gogarten et, un temps, d'Emil Brunner et de Rudolf Bultmann. Sans avoir soutenu de thèse doctorale, Barth est appelé dès 1921 comme professeur honoraire de théologie réformée à l'université de Göttingen — nomination exceptionnelle qui témoigne de l'impact immédiat de son œuvre.

La théologie dialectique attire aussi l'attention catholique, encore rare à l'époque pour un théologien protestant contemporain. Dès 1926, Karl Adam lui consacre une étude approfondie, Die Theologie der Krisis (« La théologie de la crise »), publiée dans la revue Hochland[40] — signe que Barth, dès cette date, est perçu par des théologiens catholiques comme un phénomène qu'il faut prendre au sérieux, bien au-delà des cercles protestants.

Le professeur d'Allemagne (1921-1935)

Göttingen, Münster, Bonn

L’université de Bonn, entre 1890 et 1900, avant le professorat de Barth. Collection photochrome, Library of Congress, ppmsca.00789 ; source Wikimedia Commons, domaine public.

À Göttingen (1921-1925), Barth enseigne la dogmatique réformée et commence à repenser systématiquement l'ensemble de la doctrine chrétienne à la lumière de sa théologie dialectique ; c'est là qu'il rencontre, en 1924, Charlotte von Kirschbaum (1899-1975), qui deviendra sa collaboratrice la plus proche. En 1925, il est appelé à Münster, où il enseigne la dogmatique et l'exégèse du Nouveau Testament, puis à Bonn en 1930, où il commence la rédaction de son grand œuvre : le premier volume de la Dogmatique ecclésiale paraît en 1932[41].

Charlotte von Kirschbaum, une collaboratrice de toute une vie

En 1929, Charlotte von Kirschbaum s'installe au domicile même des Barth, où elle demeurera durant trente-sept ans, jusqu'en 1966, comme secrétaire, assistante de recherche et collaboratrice théologique (elle mourra en 1975)[42]. Cette situation, unique et publiquement assumée par le couple malgré la tension qu'elle introduit dans le ménage, a été documentée par la correspondance des deux époux, rendue publique en 2017, qui révèle une relation « profonde, intense et envahissante » entre Barth et sa collaboratrice[43]. Charlotte von Kirschbaum a contribué de façon substantielle aux recherches bibliographiques et à la rédaction de plusieurs volumes de la Dogmatique ecclésiale, sans que son rôle exact dans la genèse du texte ait jamais été précisément quantifié par les spécialistes. Nelly Barth, l'épouse légitime, ne quitta jamais le domicile familial et fit inhumer elle-même Charlotte von Kirschbaum dans le tombeau familial en 1975, avant de mourir elle-même l'année suivante.

Le combat contre le national-socialisme

Théologische Existenz heute ! (1933)

Dès l'accession d'Adolf Hitler à la chancellerie en janvier 1933, le mouvement des « Chrétiens allemands » (Deutsche Christen) entreprend de subordonner l'Église évangélique allemande à l'idéologie nationale-socialiste, prônant une lecture racialisée de l'Évangile et l'exclusion des pasteurs d'origine juive. En juin 1933, Barth réplique par un pamphlet retentissant, Theologische Existenz heute! (« Existence théologique aujourd'hui ! »), où il appelle les théologiens à faire de la théologie « comme si de rien n'était » — c'est-à-dire à continuer d'énoncer la Parole de Dieu sans se laisser dicter son contenu par l'air du temps politique[44].

La déclaration théologique de Barmen (1934)

Infographie Ignispedia — Trois clés de lecture de la thèse I de Barmen ; déclaration du 31 mai 1934 et biographie d’E. Busch. Il ne s’agit pas d’un résumé des six thèses. Illustrations symboliques générées par IA.

Le mouvement d'opposition ecclésiale se structure en Église confessante (Bekennende Kirche), qui tient son premier synode général à Barmen, dans la banlieue de Wuppertal, les 29 et 31 mai 1934. Barth y rédige l'essentiel du texte adopté, la déclaration théologique de Barmen, avec la contribution du théologien luthérien Hans Asmussen pour la cinquième thèse, relative à la doctrine des deux règnes[45]. Le cœur du texte, formulé dans la première thèse, affirme :

« Jésus-Christ, tel qu'il nous est attesté dans la Sainte Écriture, est l'unique Parole de Dieu que nous ayons à écouter, à qui nous ayons à faire confiance et à obéir, dans la vie comme dans la mort. Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle l'Église aurait à reconnaître comme source de sa prédication, en plus de cette unique Parole de Dieu et à côté d'elle, encore d'autres événements et puissances, figures et vérités, comme révélation de Dieu. » — Déclaration théologique de Barmen, thèse I, 31 mai 1934[46]

Barth envoya lui-même personnellement un exemplaire de la déclaration à Adolf Hitler[47]. Le texte, encore aujourd'hui reconnu comme confession de foi par plusieurs Églises réformées et unies, ne mentionne pas explicitement la persécution des Juifs — silence que des historiens ultérieurs, y compris des héritiers de Barth, ont regretté — mais il pose le principe théologique qui rendra possible, chez certains membres de l'Église confessante, une résistance plus déterminée à la nazification totale des Églises.

Le « Non ! » à Emil Brunner : la querelle de la théologie naturelle

L'année 1934 est aussi celle d'une rupture personnelle et théologique retentissante avec Emil Brunner (1889-1966), théologien réformé zurichois jusque-là proche allié de Barth dans le mouvement dialectique. Brunner publie Natur und Gnade (« Nature et grâce »), où il défend l'idée que la révélation divine trouve dans la nature humaine, créée à l'image de Dieu, un authentique « point de contact » (Anknüpfungspunkt) — sans lequel, selon lui, l'homme ne pourrait même pas comprendre qu'il est interpellé par la Parole de Dieu[48]. Barth réplique la même année par un pamphlet cinglant intitulé sobrement Nein! (« Non ! »), qui rompt leur amitié pour de nombreuses années[49].

« Sans la grâce, la raison est incurablement malade et incapable d'une connaissance théologique sérieuse. » — Karl Barth, Nein! Antwort an Emil Brunner, Chr. Kaiser Verlag, Munich, 1934[50]

Ce différend n'est pas une simple querelle de personnes : il touche au cœur de ce qui sépare Barth non seulement de Brunner, mais aussi — de façon plus radicale encore — de toute la tradition catholique de théologie naturelle, comme on le verra plus loin. Pour Barth, admettre le moindre point de contact naturel entre Dieu et l'homme déchu revient à laisser la porte ouverte à ce que les « Chrétiens allemands » venaient précisément de faire : ériger la race, la nation ou l'expérience religieuse en sources concurrentes de la révélation.

L'expulsion de Bonn (1935)

En novembre 1934, un serment de fidélité inconditionnelle à Hitler est exigé de tous les fonctionnaires du Reich, professeurs d'université compris. Barth propose de le prêter en l'assortissant d'une clause — « pour autant que je puisse le faire en tant que chrétien » — que les autorités refusent[51]. Il est démis de sa chaire de Bonn au printemps 1935 et regagne la Suisse, où il obtient aussitôt une chaire de théologie systématique à l'université de Bâle, poste qu'il occupera jusqu'à sa retraite en 1962. Barth restera, depuis la Suisse, une voix constante de soutien à l'Église confessante, aux communautés juives persécutées et aux réfugiés du nazisme.

Bâle et l'œuvre d'une vie : la Dogmatique ecclésiale

Une cathédrale théologique inachevée (1932-1968)

La Kirchliche Dogmatik (Dogmatique ecclésiale) occupe Barth de 1932 jusqu'à sa mort en 1968, sans qu'il parvienne à l'achever : plus de neuf mille pages et six millions de mots répartis en quatre grandes parties (Doctrine de la Parole de Dieu, Doctrine de Dieu, Doctrine de la création, Doctrine de la réconciliation), elles-mêmes subdivisées en treize volumes ou demi-volumes[52]. Une cinquième partie, consacrée à l'eschatologie et à la « rédemption », était prévue mais ne fut jamais rédigée.

VolumeTitre françaisAnnée de parution
I/1La doctrine de la Parole de Dieu (prolégomènes)1932
I/2La doctrine de la Parole de Dieu (suite)1938
II/1La connaissance et la réalité de Dieu1940
II/2L'élection de Dieu ; le commandement de Dieu1942
III/1L'œuvre de la création1945
III/2La créature1948
III/3Créateur et créature1950
III/4Le commandement de Dieu créateur1951
IV/1La doctrine de la réconciliation1953
IV/2Jésus-Christ, serviteur et seigneur1955
IV/3Jésus-Christ, le vrai témoin (deux demi-tomes)1959
IV/4Le baptême, fondement de la vie chrétienne (fragment, inachevé)1967

Lecture du tableau : la Dogmatique ecclésiale progresse par grandes doctrines (Parole de Dieu, Dieu, création, réconciliation) publiées sur trente-cinq ans ; la cinquième partie annoncée, sur la rédemption finale, ne fut jamais écrite.

Le Dieu qui se révèle : Trinité et Parole de Dieu

Infographie Ignispedia — Les treize volumes et demi-volumes de la Kirchliche Dogmatik ; IV/3 comprend deux demi-tomes. D’après le tableau et la bibliographie ci-dessus. Illustrations symboliques générées par IA.

Le premier objectif de la Dogmatique est de restaurer, contre ce que Barth perçoit comme son effacement dans la théologie libérale du XIXᵉ siècle, la doctrine de la Trinité comme structure même de la révélation : Dieu est à la fois le Révélateur, la Révélation et l'être-révélé — Père, Fils et Esprit —, de sorte que Dieu seul peut se faire connaître de Dieu[53]. Barth distingue une triple forme de la Parole de Dieu : la Parole révélée (Jésus-Christ lui-même), la Parole écrite (l'Écriture, témoin de la révélation) et la Parole proclamée (la prédication de l'Église, qui doit à son tour témoigner de l'Écriture)[54]. Ce schéma a une conséquence capitale, qu'on retrouvera dans l'évaluation catholique finale : pour Barth, l'Écriture n'est pas elle-même, en soi, la révélation ; elle en est le témoin normatif, mais distinct.

L'élection en Jésus-Christ, Élu et Réprouvé

Infographie Ignispedia — Proposition de Barth, distincte de la doctrine catholique ; Dogmatique II/2, §§ 32–35, 1942. Illustrations symboliques générées par IA.

Le volume II/2 de la Dogmatique, publié en 1942, contient l'une des réélaborations les plus radicales de la théologie réformée classique : la doctrine de l'élection divine[55]. Contre la double prédestination calviniste traditionnelle, qui enseigne que Dieu élit certains individus au salut et en réprouve d'autres par un décret éternel et caché, Barth fait de Jésus-Christ lui-même l'unique objet, à la fois, de l'élection et de la réprobation divines. En Christ, Dieu choisit de porter lui-même le jugement et la réprobation qui reviendraient à l'humanité pécheresse, et Dieu élit l'humanité tout entière à la communion avec lui, en Christ.

« Jésus-Christ n'est pas seulement un élu parmi d'autres : il est l'Élu de Dieu, et en tant que tel, il est aussi le seul vraiment Réprouvé. » — Karl Barth, Die Kirchliche Dogmatik II/2, §§ 32-35, 1942[56]

Cette réélaboration constitue une christocentration absolue de la doctrine calviniste de la prédestination, saluée par plusieurs théologiens catholiques — dont Hans Urs von Balthasar — comme un rapprochement objectif avec la conception catholique d'une grâce universellement offerte, contre le décret arbitraire des Réformés stricts sur la double prédestination[57]. Mais elle a aussitôt suscité, y compris dans le camp réformé, une question redoutable : si Christ seul porte la réprobation de tous, comment un seul homme pourrait-il être finalement perdu ?

La création, la créature et l'éthique de la liberté

Les volumes III/1 à III/4 (1945-1951) déploient la doctrine de la création comme « histoire d'alliance » : Dieu crée le monde en vue de son alliance avec l'homme en Jésus-Christ, de sorte que la création n'est jamais un donné neutre, mais déjà orientée vers la grâce. Barth y développe une anthropologie de la créature comme être-en-relation (Mitmenschlichkeit) et une éthique de la liberté humaine comprise comme obéissance responsable à un commandement toujours concret, jamais réductible à une règle générale abstraite.

La réconciliation et la question de l'apocatastase

Infographie Ignispedia — Barth et ses critiques réformés sur le salut universel ; Dogmatique II/2, Berkouwer (1954) et critique de Brunner, références en notes. Illustrations symboliques générées par IA.

Les quatre volumes consacrés à la doctrine de la réconciliation (IV/1 à IV/4, 1953-1967) développent la christologie la plus achevée de Barth : en Jésus-Christ, Dieu s'est humilié (le Seigneur devenu serviteur) et l'homme a été exalté (le serviteur devenu, en Christ, seigneur), de sorte que la réconciliation de toute l'humanité avec Dieu est déjà, objectivement, accomplie en Christ, avant même que chaque homme n'en prenne conscience par la foi.

C'est de cette structure que naît la question, jamais tout à fait tranchée par Barth, de l'apocatastase — le salut final de tous les hommes. Barth s'en est expliqué directement dans le volume II/2, où il refuse explicitement d'enseigner l'universalisme comme doctrine mais refuse tout autant de l'exclure comme possibilité que l'Église doit espérer par grâce, sans jamais pouvoir se l'arroger comme un droit :

« Je ne prêche pas le salut universel de tous les hommes ; ce que je dis, c'est que je ne peux pas exclure la possibilité que Dieu sauve tous les hommes au jugement. » — Karl Barth, cité dans le reportage de couverture du magazine Time, « Witness to an Ancient Truth », 20 avril 1962[58]

Cette réserve n'a pas convaincu tous ses lecteurs. Le théologien néerlandais G. C. Berkouwer, dans une étude approfondie de 1954, a jugé que la logique interne du système barthien — l'élection universelle en Christ, la négation de toute synergie humaine dans le salut, le triomphe total de la grâce — conduisait presque inévitablement à l'universalisme, quelles que soient les dénégations verbales de Barth[59]. Emil Brunner, de son côté, qualifiait la position de son ancien allié d'« apocatastase déguisée »[60]. C'est précisément ce point — l'ombre portée de l'apocatastase sur la doctrine de l'élection — qui distingue le plus nettement Barth de la doctrine catholique du jugement particulier et de la possibilité réelle de la damnation éternelle, comme on le verra dans l'évaluation finale.

Un dernier fragment : le baptême comme réponse humaine (1967)

Le dernier fragment publié de son vivant, le volume IV/4 (1967), consacré au baptême, constitue l'une des ruptures les plus radicales de Barth avec sa propre tradition réformée : il y rejette catégoriquement le pédobaptisme (baptême des petits enfants), qu'il juge sans fondement exégétique solide et contraire à la nature même du baptême comme acte de réponse libre et responsable de l'homme à l'œuvre du Saint-Esprit[61]. Pour Barth, le baptême d'eau n'est plus, à proprement parler, un sacrement au sens où la grâce y serait objectivement communiquée : il distingue nettement le baptême d'Esprit, action exclusivement divine, du baptême d'eau, acte d'obéissance exclusivement humain[62].

Une voix publique après-guerre (1945-1962)

La déclaration de Darmstadt et la culpabilité allemande

Infographie Ignispedia — Darmstadt, guerre froide, conférences américaines et dialogue romain ; repères de la section et Ad Limina Apostolorum. Illustrations symboliques générées par IA.

Après la défaite du national-socialisme, Barth participe activement aux débats sur la responsabilité des Églises allemandes. En 1947, avec le théologien luthérien Hans Iwand, il cosigne la déclaration de Darmstadt, texte plus exigeant que la déclaration de culpabilité de Stuttgart (1945), qui impute la complicité de larges pans du protestantisme allemand avec le nazisme à un attachement idolâtrique antérieur à l'ordre bourgeois, à la nation et à l'autorité établie[63].

La guerre froide et le refus de l'anticommunisme de principe

Dans les années 1950, Barth s'oppose à l'armement nucléaire et refuse de faire de l'anticommunisme un absolu théologique, position qui lui vaudra d'être accusé de complaisance envers le bloc soviétique par une partie de l'opinion occidentale de la guerre froide. En 1960, dans un article publié par la revue américaine The Christian Century, il écrit :

« Je tiens l'anticommunisme, en tant que principe, pour un mal encore pire que le communisme lui-même. » — Karl Barth, The Christian Century, 1960[64]

La couverture du Time et les conférences américaines de 1962

En avril 1962, le magazine Time consacre sa couverture et un article de cinq pages à Barth, signe que son influence a désormais dépassé les cercles universitaires et ecclésiaux européens pour toucher le grand public américain[65]. Le même printemps, à l'âge de 75 ans, Barth effectue une tournée de conférences aux États-Unis — Princeton, Chicago, Union Theological Seminary de New York, San Francisco —, où il rencontre notamment le pasteur Martin Luther King Jr.[66]. Barth prend sa retraite de l'université de Bâle en 1962, sans pour autant cesser d'écrire ni de recevoir des visiteurs du monde entier dans sa maison du Bruderholz.

Karl Barth et l'Église catholique

« L'invention de l'Antichrist » : la querelle de l'analogia entis avec Erich Przywara

Infographie Ignispedia — Synthèse de la controverse d’après Przywara, Analogia Entis (1932), Barth, Dogmatique I/1, et les références à Söhngen de l’article. Illustrations symboliques générées par IA.

Le dialogue le plus âpre — et le plus fécond — entre Barth et la théologie catholique porte sur l'analogie de l'être (analogia entis), doctrine développée par le jésuite Erich Przywara (1889-1972) dans son ouvrage Analogia Entis (1932), selon laquelle il existe, entre la créature et le Créateur, une véritable ressemblance dans la dissemblance qui rend possible un discours humain, certes toujours imparfait, sur Dieu à partir de l'être créé[67]. En 1929, Barth avait pourtant invité Przywara à donner une conférence à Münster et avait qualifié sa présentation de « chef-d'œuvre »[68] ; mais dès la fin de la même année, il commence à durcir sa critique.

Dans la préface du tout premier volume de la Dogmatique ecclésiale (1932), Barth livre son jugement le plus définitif et le plus célèbre sur cette doctrine :

« Je considère l'analogia entis comme l'invention de l'Antichrist, et j'estime qu'à cause d'elle, il est impossible de jamais devenir catholique. » — Karl Barth, préface à Die Kirchliche Dogmatik I/1, Theologischer Verlag Zollikon, Zurich, 1932[69]

Pour Barth, faire reposer la possibilité même de parler de Dieu sur une structure de l'être partagée entre le Créateur et la créature revient à donner à l'homme déchu un accès à Dieu indépendant de la grâce et de la révélation en Christ — exactement ce que sa théologie dialectique refuse absolument. Il reconnaîtra lui-même, des décennies plus tard, lors d'une conférence à Princeton en 1962, que cette formule extrême était « très méchante » (very nasty)[70].

Gottlieb Söhngen et l'analogia fidei : une passerelle

Le théologien munichois Gottlieb Söhngen (1892-1971) propose, dans les années 1930-1940, une médiation qui touchera profondément Barth : il distingue l'analogie de l'être, comprise comme structure métaphysique préalable à la foi, et l'analogie de la foi (analogia fidei), qui ne prétend fonder aucune connaissance naturelle de Dieu mais décrit seulement la ressemblance, instaurée par la grâce elle-même, entre le langage humain de la foi et son objet divin[71]. Barth, touché par cette précision, reconnaîtra que, ainsi comprise, « alors naturellement je dois retirer ma déclaration antérieure »[72] — tout en s'interrogeant sur la représentativité de la position de Söhngen au sein de la théologie catholique officielle.

Hans Urs von Balthasar, un ami et un interprète catholique

C'est le jésuite bâlois Hans Urs von Balthasar (1905-1988), élève de Przywara, qui offrira la lecture catholique la plus approfondie et la plus généreuse de l'œuvre barthienne. Résidant lui-même à Bâle à partir de 1940, Balthasar noue avec Barth un dialogue exigeant et amical qui durera près de trois décennies[73]. En 1951, il publie Karl Barth. Darstellung und Deutung seiner Theologie (« Karl Barth, présentation et interprétation de sa théologie »), ouvrage salué comme l'une des meilleures présentations jamais écrites de la théologie barthienne — appréciation que Barth lui-même reconnut[74]. Balthasar y défend la thèse que l'analogie de l'être, correctement comprise comme un « milieu suspendu » entre identité et altérité radicale de Dieu et de la créature, n'entre pas en contradiction frontale avec le meilleur de la théologie barthienne, dont la trajectoire ultérieure — notamment l'« analogie de l'être-en-Christ » qu'il développe dans les volumes suivants de la Dogmatique — se rapproche insensiblement, sans jamais l'admettre explicitement, de la position catholique[75].

Hans Küng et la doctrine de la justification (1957)

En 1957, le jeune théologien catholique suisse Hans Küng publie sa thèse doctorale, Rechtfertigung: Die Lehre Karl Barths und eine katholische Besinnung (« Justification : la doctrine de Karl Barth et une réflexion catholique »), où il soutient que la doctrine barthienne de la justification, correctement lue, converge sur l'essentiel avec la doctrine catholique de Trente sur la justification par la grâce[76]. Barth accepta de préfacer l'ouvrage d'une lettre où il confirme que Küng a fidèlement représenté sa pensée, tout en réservant un doute prudent sur la conclusion œcuménique qu'en tire son jeune interlocuteur :

« Comme on aimerait le croire ! » — Karl Barth, lettre-préface à Hans Küng, Rechtfertigung, Johannes Verlag, Einsiedeln, 1957[77]

Cette réserve, souvent citée, illustre bien la position finale de Barth face à l'œcuménisme catholique de l'après-guerre : un intérêt réel et une reconnaissance loyale de la rigueur théologique de ses interlocuteurs catholiques, mais jamais un acquiescement complet à l'idée que les divergences entre catholicisme et protestantisme réformé seraient déjà surmontées.

Vatican II vu de Bâle : Ad Limina Apostolorum (1966-1967)

Une séance du concile Vatican II (1962–1965), photographiée par Lothar Wolleh. Image de contexte : Barth n’y figure pas. Source Wikimedia Commons ; CC BY-SA 3.0.

Invité comme observateur aux dernières sessions du concile Vatican II (1962-1965), Barth ne put s'y rendre en raison de sa santé déclinante. Une fois son état amélioré, il entreprit néanmoins, du 22 au 29 septembre 1966, un pèlerinage ad limina Apostolorum (« au seuil des Apôtres ») à Rome, où il s'entretint durant plusieurs jours, en français, avec des théologiens romains de premier plan sur le sens des textes conciliaires, avant une brève rencontre avec le pape Paul VI[78]. Barth avait préparé pour ce voyage une dizaine de séries de questions précises sur les constitutions conciliaires, notamment sur Dei Verbum (la Révélation) et sur la mariologie catholique. Au pape lui-même, il posa une question restée célèbre :

« Que signifie l'aggiornamento ? Une accommodation à quoi ? » — Karl Barth, à Paul VI, rapporté dans Ad Limina Apostolorum, 1967[79]

Le récit de ce voyage parut l'année suivante sous le titre Ad Limina Apostolorum: An Appraisal of Vatican II — dernier grand texte publié par Barth de son vivant, mêlant admiration réelle pour le renouveau théologique conciliaire et interrogations critiques, notamment sur la mariologie de Lumen Gentium VIII, qui restait à ses yeux d'une prudence insuffisante face à ce qu'il continuait de considérer comme les excès de la piété mariale populaire[80].

Ce qu'un catholique peut retenir de Karl Barth — et ce qui sépare

Le courage de Barmen et le refus des idoles politiques

Un catholique attentif ne peut qu'admirer, dans la trajectoire de Barth, le courage théologique de Barmen : refuser que le Führer, la race ou la nation puissent concurrencer le Christ comme source de la révélation est une intuition juste, profondément compatible avec l'enseignement catholique sur l'unicité du Christ Médiateur[81] et sur le péché de l'idolâtrie politique. L'insistance barthienne sur la souveraineté absolue de la grâce, sur la gratuité radicale du salut et sur l'impossibilité de réduire Dieu à une culture ou à une religion humaine rejoint, par un autre chemin, l'enseignement catholique sur la transcendance divine.

La théologie naturelle et Romains 1 : un désaccord frontal avec Vatican I

Infographie Ignispedia — Comparaison de la pensée de Barth et de l’enseignement catholique ; Vatican I, Dei Verbum 9–10 et CEC 36–37, 1250–1252, 1033–1037. Illustrations symboliques générées par IA.

Mais c'est précisément sur ce terrain que le désaccord doctrinal est le plus net. Barth rejette absolument toute théologie naturelle — toute possibilité pour la raison humaine, sans la révélation en Christ, de connaître authentiquement quoi que ce soit de Dieu à partir des œuvres de la création — et fait de ce rejet la clef de voûte de tout son système, depuis sa rupture avec Brunner en 1934 jusqu'à sa critique de l'analogia entis en 1932. Or c'est très exactement ce que le concile Vatican Iᵉʳ a solennellement défini comme vérité de foi catholique :

« Notre sainte mère l'Église tient et enseigne que Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connu avec certitude à partir des choses créées, par la lumière naturelle de la raison humaine. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 36, citant la constitution Dei Filius du concile Vatican Iᵉʳ (1870)[82]

Le concile va jusqu'à assortir cette doctrine d'un canon solennel, contre toute forme de fidéisme radical qui nierait cette capacité de la raison[83]. Sur ce point précis, la lecture barthienne de l'Épître aux Romains — qui refuse de voir, au chapitre premier, l'affirmation d'une véritable connaissance naturelle de Dieu accessible à tout homme par la contemplation de la création — s'oppose donc frontalement, et non par nuance secondaire, à l'enseignement dogmatique catholique constant depuis saint Paul, saint Thomas d'Aquin et le premier concile du Vatican. La théologie catholique reconnaît volontiers, avec Vatican Iᵉʳ lui-même, que cette connaissance naturelle reste fragile et exposée à de nombreux obstacles dans les conditions historiques concrètes de l'humanité déchue[84] — mais elle ne la nie jamais en son principe, comme le fait Barth.

L'Écriture, témoin de la révélation, non la révélation même

La distinction barthienne entre la Parole révélée (Christ), la Parole écrite (l'Écriture, simple témoin) et la Parole proclamée s'écarte également, quoique plus subtilement, de la doctrine catholique de l'inspiration scripturaire, pour laquelle l'Écriture elle-même, en tant que texte inspiré, est authentiquement parole de Dieu consignée par écrit, et non seulement un témoignage humain, fût-il normatif, rendu à une révélation qui lui resterait finalement extérieure. La constitution conciliaire Dei Verbum (1965), que Barth interrogea lui-même lors de son voyage romain de 1966, articule au contraire l'unité intime de l'Écriture et de la Tradition vivante comme deux modes distincts de transmission d'une même Parole de Dieu confiée à l'Église, sous la garde du magistère[85].

Le baptême des enfants nié

Le rejet barthien du pédobaptisme dans le volume IV/4 de la Dogmatique (1967) s'oppose directement à la doctrine catholique constante — attestée depuis les premiers siècles et définie contre les positions pélagiennes au concile de Carthage (418) puis à Trente — selon laquelle le baptême des petits enfants est légitime précisément parce qu'il communique objectivement la grâce baptismale par le sacrement lui-même (ex opere operato), et non seulement en réponse à un acte de décision personnelle et consciente du baptisé[86]. En faisant du baptême d'eau un acte purement humain d'obéissance, disjoint de toute communication sacramentelle de la grâce, Barth s'éloigne non seulement du catholicisme mais de sa propre tradition réformée classique, qui maintenait le baptême des enfants comme signe de l'alliance.

L'ombre de l'apocatastase

Enfin, la doctrine barthienne de l'élection universelle en Christ, quoique Barth ait toujours refusé d'en tirer la conclusion dogmatique d'un salut universel garanti, laisse planer sur l'ensemble de son système une ambiguïté que l'Église catholique ne peut partager : celle-ci enseigne, avec l'Évangile lui-même, la possibilité réelle et actuelle de la damnation éternelle pour qui meurt délibérément et librement séparé de Dieu en état de péché mortel[87], sans que cette possibilité soit contredite par l'espérance légitime, elle aussi enseignée par l'Église, que la miséricorde de Dieu puisse s'étendre au-delà de ce que l'homme peut savoir ou prévoir. Entre l'espérance catholique — qui n'exclut ni la damnation réelle ni ne présume du salut de tous — et la structure barthienne de l'élection — qui rend, selon ses propres critiques réformés, la damnation finale presque logiquement impossible —, la différence reste, malgré les apparences de proximité, structurelle.

Les derniers jours et la mort (1968)

Les archives Karl Barth, Bruderholzallee 26 à Bâle, le 4 juillet 2016. Photo Concord, Wikimedia Commons ; CC BY-SA 4.0.

Barth prend sa retraite officielle de l'université de Bâle en 1962 mais continue d'écrire, de recevoir des visiteurs et de correspondre jusqu'à la fin de sa vie. Le soir du 9 décembre 1968, il réconforte par téléphone son ami de toujours Eduard Thurneysen, alors découragé, par ces mots restés célèbres :

« Ne te laisse surtout pas abattre ! Jamais ! Car les choses sont gouvernées, non seulement à Moscou, à Washington ou à Pékin, mais les choses sont gouvernées — même ici-bas sur la terre — entièrement d'en haut, depuis le ciel. » — Karl Barth, dernière conversation téléphonique avec Eduard Thurneysen, 9 décembre 1968[88]

Cette même soirée, Barth écoute encore de la musique de Mozart — son compositeur de prédilection depuis toujours — et travaille à une conférence inachevée, intitulée « Se mettre en route, se retourner, confesser », destinée à une semaine de prière œcuménique à Zurich. Le manuscrit s'interrompt en plein milieu d'une phrase[89]. Karl Barth meurt dans son sommeil au petit matin du 10 décembre 1968, dans sa maison du Bruderholz, à Bâle, à l'âge de 82 ans.

Postérité et influence

L'œuvre de Barth demeure la référence obligée de toute théologie protestante du XXᵉ siècle, y compris pour ceux qui s'en écartent radicalement, comme Rudolf Bultmann, un temps compagnon de route du mouvement dialectique avant de suivre sa propre voie. Sa doctrine de l'élection a nourri des débats qui se prolongent aujourd'hui sur la question de l'universalisme chrétien ; sa théologie dialectique a marqué en profondeur la théologie de crise du XXᵉ siècle ; son courage face au national-socialisme reste une référence œcuménique unanimement saluée, y compris par l'Église catholique. Le dialogue qu'il a noué avec Przywara, Söhngen, Balthasar et Küng a durablement contribué à installer, entre catholiques et réformés, un climat de discussion théologique rigoureuse dont l'aboutissement le plus visible fut la Déclaration commune sur la doctrine de la justification signée en 1999 par la Fédération luthérienne mondiale et l'Église catholique — texte que le dialogue Barth-Küng des années 1950 avait, sans le savoir encore, contribué à préparer.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Eberhard Busch, Karl Barth: His Life from Letters and Autobiographical Texts, trad. angl. John Bowden, SCM Press, Londres, 1976 (éd. allemande Karl Barths Lebenslauf, Chr. Kaiser Verlag, Munich, 1975) — biographie de référence rédigée par le dernier assistant de Barth (1965-1968) à partir de sa correspondance et de ses souvenirs autobiographiques ; complétée par la biographie institutionnelle du Center for Barth Studies, Princeton Theological Seminary, « Biography », barth.ptsem.edu/biography.

    1 7 8 9 10 11 12 15 16 21 22 27 28 29 30 31 32 33 34 47 51
  2. Karl Adam, « Die Theologie der Krisis », Hochland, n° 23, juin 1926, p. 271-286 ; la formule « tombe comme une bombe sur le terrain de jeu des théologiens » est rapportée par John McConnachie, « The Teaching of Karl Barth », The Hibbert Journal, vol. 25, 1926-1927, p. 385.

    2 36
  3. Déclaration théologique de Barmen, thèse I, Synode de la Confessing Church, Wuppertal-Barmen, 29-31 mai 1934, rédigée pour l'essentiel par Karl Barth avec la contribution de Hans Asmussen pour la thèse V ; texte intégral disponible sur ekd.de/en/the-barmen-declaration-133.htm (Église évangélique d'Allemagne).

    3 19 45 46
  4. Karl Barth, avant-propos à Die Kirchliche Dogmatik I/1, Theologischer Verlag Zollikon, Zurich, 1932. Texte original allemand rapporté dans la littérature secondaire : « Ich halte die analogia entis für die Erfindung des Antichrist ». Traduction française : « Je considère l'analogia entis comme l'invention de l'Antichrist. »

    4 69
  5. Hans Küng, Rechtfertigung: Die Lehre Karl Barths und eine katholische Besinnung, Johannes Verlag, Einsiedeln, 1957 ; trad. angl. Thomas Collins, Edmund E. Tolk et David Granskou, Justification: The Doctrine of Karl Barth and a Catholic Reflection, préface de Karl Barth, Thomas Nelson & Sons, New York, 1964.

    5 76
  6. Karl Barth, Ad Limina Apostolorum, EVZ-Verlag, Zurich, 1967 ; trad. angl. Keith R. Crim, Ad Limina Apostolorum: An Appraisal of Vatican II, John Knox Press, Richmond, 1968. Sur le déroulement du voyage romain (22-29 septembre 1966) et la question posée à Paul VI sur l'aggiornamento, voir aussi Donald W. Norwood, Reforming Rome: Karl Barth and Vatican II, Eerdmans, Grand Rapids, 2015.

    6 25 78 79 80
  7. Karl Barth, Der Römerbrief, 1ʳᵉ édition, Bâle, décembre 1918 (date de titre : 1919).

    13 35
  8. Karl Barth, Der Römerbrief, 2ᵉ édition entièrement refondue, Chr. Kaiser Verlag, Munich, 1922 ; trad. angl. Edwyn C. Hoskyns, The Epistle to the Romans, Oxford University Press, Londres, 1933.

    14 37
  9. Karl Barth, Die Kirchliche Dogmatik I/1, Die Lehre vom Wort Gottes, Theologischer Verlag Zollikon, Zurich, 1932, §§ 8-12 (doctrine trinitaire et triple forme de la Parole de Dieu). Traduction française : Dogmatique, trad. F. Ryser, Labor et Fides, Genève, 1953.

    17 41 53 54
  10. Karl Barth, Theologische Existenz heute!, Chr. Kaiser Verlag, Munich, juin 1933.

    18 44
  11. Emil Brunner, Natur und Gnade: Zum Gespräch mit Karl Barth, J.C.B. Mohr (Paul Siebeck), Tübingen, 1934.

    20 48
  12. Karl Barth et Hans Iwand, Déclaration de Darmstadt sur le chemin politique de notre peuple (Darmstädter Wort), Conseil fraternel de l'Église évangélique en Allemagne, août 1947.

    23 63
  13. « Witness to an Ancient Truth », article de couverture, Time Magazine, 20 avril 1962 ; couverture consultable sur content.time.com/time/covers/0,16641,19620420,00.html.

    24 58 65
  14. Stephen D. Morrison, « The Final Written Words of Karl Barth », sdmorrison.org/the-final-written-words-of-karl-barth, d'après l'édition posthume établie par Eberhard Busch des derniers écrits de Barth, décembre 1968.

    26 88 89
  15. Karl Barth, préface à la 2ᵉ édition de Der Römerbrief, Chr. Kaiser Verlag, Munich, 1922 ; trad. angl. Edwyn C. Hoskyns, The Epistle to the Romans, Oxford University Press, Londres, 1933. Texte original anglais : « If I have a system, it is limited to a recognition of what Kierkegaard called the "infinite qualitative distinction" between time and eternity. »

    38
  16. Karl Barth, conférence « La justice de Dieu », Aarau, 1916, citée dans Eberhard Busch, Karl Barth: His Life from Letters and Autobiographical Texts, SCM Press, Londres, 1976.

    39
  17. Karl Adam, « Die Theologie der Krisis », Hochland, n° 23, juin 1926, p. 271-286.

    40
  18. Correspondance Karl Barth – Charlotte von Kirschbaum (1925-1935), rendue publique en 2017 par les archives Karl Barth de Bâle ; synthétisée dans l'article « Karl Barth », section biographique, en.wikipedia.org/wiki/Karl_Barth.

    42 43
  19. Karl Barth, Nein! Antwort an Emil Brunner, Chr. Kaiser Verlag, Munich, 1934 ; trad. angl. dans John Baillie (dir.), Natural Theology: Comprising "Nature and Grace" by Professor Dr. Emil Brunner and the Reply "No!" by Dr. Karl Barth, Geoffrey Bles, Londres, 1946.

    49 50
  20. Karl Barth, Die Kirchliche Dogmatik, Theologischer Verlag Zollikon, Zurich, 13 volumes et demi-volumes publiés de 1932 à 1967 (I/1, I/2, II/1, II/2, III/1-4, IV/1-4) ; cf. la liste chronologique établie par le Center for Barth Studies, Princeton Theological Seminary, « Major Works », barth.ptsem.edu/major-works.

    52
  21. Karl Barth, Die Kirchliche Dogmatik II/2, Die Lehre von Gott, §§ 32-35 (« L'élection de Dieu »), Theologischer Verlag Zollikon, Zurich, 1942, 825 p. Traduction française : Dogmatique II, Labor et Fides, Genève, 1953-1958.

    55 56
  22. Hans Urs von Balthasar, Karl Barth. Darstellung und Deutung seiner Theologie, Jakob Hegner Verlag, Cologne, 1951 ; trad. fr. Karl Barth, présentation et interprétation de sa théologie, Aubier, Paris, 1957 ; rééd. Cerf, Paris, 2008.

    57 74
  23. G. C. Berkouwer, De Triomf der Genade in de Theologie van Karl Barth, Kok, Kampen, 1954 ; trad. angl. The Triumph of Grace in the Theology of Karl Barth, Paternoster Press / Eerdmans, Londres/Grand Rapids, 1956.

    59
  24. Critique d'Emil Brunner sur l'apocatastase implicite de la doctrine barthienne de l'élection, rapportée notamment dans G. C. Berkouwer, The Triumph of Grace in the Theology of Karl Barth, Paternoster Press / Eerdmans, Londres/Grand Rapids, 1956, ainsi que dans la synthèse de l'article « Karl Barth », section « Election doctrine », en.wikipedia.org/wiki/Karl_Barth.

    60
  25. Karl Barth, Die Kirchliche Dogmatik IV/4 (fragment), Das christliche Leben: Die Taufe als Begründung des christlichen Lebens, Theologischer Verlag Zollikon, Zurich, 1967 ; trad. angl. Church Dogmatics IV/4: The Christian Life (Fragment): Baptism as the Foundation of the Christian Life, T&T Clark, Édimbourg, 1969.

    61 62
  26. Karl Barth, article sur la question Est-Ouest, The Christian Century, 1960.

    64
  27. Center for Barth Studies, Princeton Theological Seminary, « Biography », barth.ptsem.edu/biography — sur la tournée américaine de 1962 et la rencontre avec Martin Luther King Jr.

    66
  28. Erich Przywara, Analogia Entis: Metaphysik, Kösel & Pustet, Munich, 1932.

    67
  29. Synthèse de la controverse Barth-Przywara-Söhngen d'après Marcia Pally, « The Invention of the Antichrist: Karl Barth and Erich Przywara », marciapally.com/the-invention-of-the-antichrist-karl-barth-and-erich-przywara, et la synthèse académique du Center for Barth Studies, « The Analogy of Being », barth.ptsem.edu/the-analogy-of-being.

    68 72 75
  30. Karl Barth, conférence à l'université de Princeton, 1962, rapportée dans Thomas Joseph White (dir.), The Analogy of Being: Invention of the Antichrist or the Wisdom of God?, Eerdmans, Grand Rapids, 2011, introduction.

    70
  31. Gottlieb Söhngen, « Analogia fidei », articles parus dans Catholica (1934-1935, 1943), synthétisés dans la présentation du Center for Barth Studies, « Die katholische Rezeption Karl Barths », barth.ptsem.edu/die-katholische-rezeption-karl-barths.

    71
  32. Sur la rencontre bâloise entre Barth et Balthasar à partir de 1940, voir Hans Urs von Balthasar (1905-1988), section consacrée à sa rencontre avec Karl Barth à Bâle.

    73
  33. Lettre-préface de Karl Barth à Hans Küng, Rechtfertigung: Die Lehre Karl Barths und eine katholische Besinnung, Johannes Verlag, Einsiedeln, 1957 ; citation « How one would like to believe it! » rapportée et discutée dans T. H. L. Parker (recension), « Justification: Barth, Trent, and Küng », Scottish Journal of Theology, Cambridge University Press.

    77
  34. Catéchisme de l'Église catholique, §§ 480-483, sur l'unicité du Christ Médiateur.

    81
  35. Catéchisme de l'Église catholique, § 36, citant Concile œcuménique Vatican Iᵉʳ, constitution dogmatique Dei Filius, chap. 2, Denzinger-Hünermann 3004, 24 avril 1870.

    82
  36. Concile œcuménique Vatican Iᵉʳ, constitution dogmatique Dei Filius, canons, 2.1, Denzinger-Hünermann 3026, 24 avril 1870.

    83
  37. Catéchisme de l'Église catholique, § 37, citant Concile œcuménique Vatican Iᵉʳ et l'encyclique Humani Generis, Pie XII, 1950, sur les obstacles concrets à l'exercice de la raison naturelle.

    84
  38. Concile œcuménique Vatican II, constitution dogmatique Dei Verbum sur la Révélation divine, §§ 9-10, 18 novembre 1965.

    85
  39. Catéchisme de l'Église catholique, §§ 1250-1252, sur le baptême des petits enfants ; concile de Carthage, canon 2, 418 ; concile de Trente, session VII, canons sur le baptême, 1547.

    86
  40. Catéchisme de l'Église catholique, §§ 1033-1037, sur la possibilité réelle de l'enfer et le jugement particulier.

    87