C. S. Lewis (1898-1963)

Le plus lu des apologistes chrétiens anglophones du XXe siècle : converti de l'athéisme par Tolkien, auteur du Trilemme et de Narnia, il est resté anglican tout en défendant le purgatoire, la loi morale naturelle et une théologie eucharistique proche du catholicisme.

Ignispedia

Clive Staples Lewis, dit « Jack » (Belfast, 29 novembre 1898 — Oxford, 22 novembre 1963), est le plus lu des apologistes chrétiens de langue anglaise du XXᵉ siècle. Professeur de littérature à Oxford puis à Cambridge, athée déclaré dans sa jeunesse, il se convertit au théisme en 1929 puis au christianisme en 1931, sous l'influence décisive d'une conversation nocturne avec J. R. R. Tolkien et Hugo Dyson. De cette conversion naît une œuvre immense : Les Fondements du christianisme, Lettres à un diable novice, Le Problème de la souffrance, L'Abolition de l'homme et les sept Chroniques de Narnia, qui ont fait entrer la foi chrétienne, par la raison et par l'imagination, dans des dizaines de millions de foyers.[1]

Ignispedia ne range pas Lewis parmi les théologiens catholiques : il est resté toute sa vie fidèlement anglican, au grand regret de Tolkien qui espérait sa conversion à Rome. Mais peu de penseurs chrétiens du XXᵉ siècle ont autant nourri l'apologétique catholique contemporaine — de Peter Kreeft à Joseph Pearce — ni défendu avec autant de constance des positions qui recoupent, sur des points précis et documentés, l'enseignement catholique : la loi morale naturelle, la réalité du purgatoire, l'opposition à l'ordination des femmes, une théologie eucharistique proche de la Présence réelle. Il entretint même une correspondance latine suivie de quatorze années avec un prêtre italien aujourd'hui canonisé, saint Giovanni Calabria.[2]

Le présent article retrace la vie de Lewis, expose fidèlement son œuvre apologétique et narrative, puis propose — dans la tradition de l'article Ignispedia sur Tolkien — un regard catholique assumé sur ce que Lewis confirme de la foi reçue, et sur ce qui, dans son anglicanisme délibérément minimal, reste en deçà de la plénitude catholique.

L'enfance et la perte de la foi (1898-1917)

Une enfance protestante dans l'Irlande de la fin du XIXᵉ siècle

Clive Staples Lewis naît le 29 novembre 1898 à Belfast, second fils d'Albert James Lewis (1863-1929), avocat, et de Florence Augusta Hamilton, dite Flora (1862-1908), première femme diplômée en mathématiques du Queen's College de Belfast et fille d'un pasteur anglican.[3] La famille, protestante et cultivée, élève ses deux fils — Warren, né en 1895, et Clive — dans une maison remplie de livres, Little Lea, où le jeune « Jack » (surnom qu'il se choisit lui-même dès l'âge de quatre ans, en hommage à un chien nommé Jacksie écrasé par une voiture, et qu'il gardera toute sa vie) invente très tôt, avec son frère, le monde imaginaire de « Boxen », peuplé d'animaux chevaleresques.[4][5]

La mort de Flora Lewis et « l'Atlantide engloutie » (1908)

Little Lea, Belfast (2011). Photo : Albert Bridge, Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0. Fichier original, non retouché.

En 1908, alors que Lewis a neuf ans, sa mère meurt d'un cancer après une longue maladie.[6] Il racontera plus tard, dans son autobiographie, que cette perte referma sur son enfance heureuse une porte qui ne se rouvrit jamais : « avec la mort de ma mère, toute sécurité stable et toute joie disparurent de ma vie. Il y avait quelque chose comme l'Atlantide qui s'engloutit. »[7] Son père, submergé par le chagrin et déjà fragile psychologiquement, se replie sur lui-même ; les deux frères, envoyés en pensionnat en Angleterre peu après, se rapprochent alors l'un de l'autre d'une manière qui durera jusqu'à la mort de Lewis.[8]

Malvern, puis le tutorat du « Grand Choc » William Kirkpatrick (1911-1917)

Lewis passe par plusieurs écoles anglaises qu'il détestera toutes rétrospectivement — Wynyard School, Campbell College, puis Cherbourg House et enfin Malvern College (septembre 1913 - juin 1914), qu'il rebaptisera « Wyvern » dans son autobiographie et où il souffre du système des préfets et de la pression sociale du sport.[9][10] Devant son malheur, son père le retire de Malvern et l'envoie, à l'automne 1914, étudier en privé chez William T. Kirkpatrick (1848-1921), un ancien directeur d'école presbytérien à la retraite installé à Great Bookham, dans le Surrey, qui avait déjà formé le père et le frère de Lewis.[11]

Surnommé « le Grand Choc » (the Great Knock) par la famille Lewis pour son exigence logique implacable, Kirkpatrick ne tolérait aucune affirmation non étayée : Lewis raconte que, dès son arrivée, une remarque anodine sur « une belle journée » déclenchait chez son tuteur une exigence immédiate de définition et de justification.[12] Cette discipline rationaliste rigoureuse — « une entité purement logique », « un rationaliste du vieux type sec et dur du XIXᵉ siècle », écrira Lewis de lui[13] — forgea l'instrument intellectuel qui allait plus tard servir, retourné, à la défense de la foi : Kirkpatrick lui-même avertit le père de Lewis en ces termes prophétiques :

« Vous pourrez faire de lui un écrivain ou un lettré, mais vous n'en ferez rien d'autre. » — William T. Kirkpatrick, cité par C. S. Lewis, Surprised by Joy, Geoffrey Bles, 1955, chap. IX[14]

Ces trois années (1914-1917) firent de Lewis un athée aussi rigoureux dans son incroyance qu'il le serait plus tard dans sa foi : sous Kirkpatrick, il abandonne les vestiges de piété de son enfance et se déclare matérialiste convaincu, tout en développant un amour inextinguible pour la mythologie nordique et la littérature médiévale qui, ironiquement, allait devenir l'un des chemins de son retour à Dieu.[15]

La Grande Guerre et l'entrée à Oxford (1917-1925)

La Somme et la blessure d'Arras

  1. Décembre 1916 – avril 1917
    Bourse et entrée à University College, Oxford

    Lewis remporte une bourse d'études classiques à University College (décembre 1916) et monte à Oxford au trimestre d'été 1917, mais s'engage presque aussitôt dans le Corps d'entraînement des officiers en vue de la guerre.

  2. 29 novembre 1917
    Arrivée sur le front de la Somme

    Sous-lieutenant du Somerset Light Infantry, Lewis rejoint la ligne de front dans la vallée de la Somme, en France, pour son dix-neuvième anniversaire.

  3. 15 avril 1918
    Blessé par un tir ami près de Riez-du-Vinage

    Lors de la bataille d'Arras, un obus britannique tombé court le blesse aux mains, au thorax et à la jambe ; deux de ses camarades sont tués sur le coup à ses côtés.

  4. Décembre 1918
    Démobilisation

    Après une convalescence à Andover, Lewis est démobilisé et retourne achever ses études à Oxford.

  5. 1920-1923
    Le triple First

    Premier rang aux Honour Moderations (lettres classiques, 1920), aux Greats (philosophie et histoire ancienne, 1922) et en littérature anglaise (1923).

  6. 1925
    Fellow de Magdalen College

    Lewis est élu Fellow and Tutor en littérature anglaise à Magdalen College, poste qu'il occupera pendant vingt-neuf ans.

Après sa bourse remportée fin 1916 et son arrivée à Oxford au printemps 1917, Lewis s'engage dans l'armée britannique dès le Corps d'entraînement des officiers universitaire ; commissionné second lieutenant au Somerset Light Infantry, il rejoint la ligne de front de la Somme le 29 novembre 1917, le jour même de son dix-neuvième anniversaire.[16] Le 15 avril 1918, dans le secteur de la bataille d'Arras, près de Riez-du-Vinage, un obus tiré par sa propre artillerie tombe court : Lewis est blessé aux mains, au thorax et à la jambe par des éclats d'obus, tandis que deux de ses camarades meurent sur le coup.[17] Rapatrié en convalescence à Andover, il est démobilisé en décembre 1918. Lewis parlera peu, toute sa vie, de cette expérience du feu — comme Tolkien, qui avait lui-même connu les tranchées de la Somme en 1916.

Le triple First et l'athéisme militant d'un jeune universitaire

De retour à Oxford, Lewis enchaîne trois succès académiques exceptionnels : premier rang aux Honour Moderations de lettres classiques (1920), aux Greats de philosophie et d'histoire ancienne (1922), puis en littérature anglaise (1923) — un triple First rarissime.[18] Il enseigne d'abord la philosophie à University College avant d'être élu, en 1925, Fellow and Tutor in English Literature à Magdalen College, poste qu'il occupera vingt-neuf ans durant, jusqu'en 1954.[19]

Tout au long de ces années, Lewis reste un athée déclaré, marqué par ce qu'il appellera plus tard le « pessimisme irlandais » hérité de son père et par la conviction, nourrie chez Kirkpatrick, que l'univers matériel n'a ni sens ni finalité. C'est un homme brillant, sarcastique envers la religion, et pourtant hanté depuis l'enfance par des expériences fugitives de Sehnsucht — ce désir sans objet qu'il appellera la « Joie » — qu'il ne cessera de rechercher et de mal interpréter pendant quinze ans.[20]

L'itinéraire d'un converti « le plus réticent d'Angleterre » (1926-1931)

MacDonald et Chesterton : les deux baptêmes

Infographie : lectures et rencontres dans le récit de conversion de Lewis. Source : Surprised by Joy (1955), chap. XIV–XV, et lettre à Bede Griffiths (1941), cités dans les notes de l’article. Scènes symboliques, sans valeur documentaire. Créée par IA.

Deux lectures préparèrent, à distance, la conversion de Lewis. En 1916, la découverte du roman fantastique Phantastes du pasteur écossais George MacDonald lui fit éprouver pour la première fois cette « Joie » désormais associée non plus à un vague sentiment esthétique mais à une qualité presque sainte — ce qu'il appellera « le baptême de mon imagination ».[21] Puis, professeur déjà installé à Oxford, il lut The Everlasting Man (1925) de G. K. Chesterton, dont l'exposé de toute l'histoire humaine ordonnée au Christ le frappa d'une manière qu'il n'attendait pas :

« En lisant Chesterton, comme en lisant MacDonald, je ne savais pas dans quoi je m'engageais. Un jeune homme qui souhaite demeurer un solide athée ne saurait trop se méfier de ses lectures. » — C. S. Lewis, Surprised by Joy, Geoffrey Bles, 1955, chap. XIV[22]

Si MacDonald avait « baptisé son imagination », Chesterton « baptisa son intelligence » : l'histoire du monde, lue à travers The Everlasting Man, prenait soudain une forme cohérente qui convergeait vers l'Incarnation.[23]

Le théisme du trimestre de la Trinité 1929

L'évolution intérieure de Lewis s'accélère à la fin des années 1920, sous la pression d'amis oxoniens croyants — dont Owen Barfield et Hugo Dyson — et d'une lecture assidue des grands auteurs chrétiens. En 1929, seul dans sa chambre de Magdalen, il cède :

« Au trimestre de la Trinité 1929, je cédai et j'admis que Dieu était Dieu, et je m'agenouillai pour prier — peut-être, cette nuit-là, le converti le plus abattu et le plus réticent de toute l'Angleterre. » — C. S. Lewis, Surprised by Joy, Geoffrey Bles, 1955, chap. XIV[24]

Ce théisme de 1929 n'est encore qu'une reddition philosophique — l'admission d'un Dieu personnel, mais pas encore la foi au Christ. Il faudra deux années supplémentaires, et l'intervention décisive d'un ami catholique, pour franchir le dernier pas.

Addison's Walk, 19 septembre 1931 : « le mythe devenu fait »

Addison’s Walk, à Magdalen College (Oxford). Photo : Gagravarr, Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.5. Fichier original, non retouché.

L'article Ignispedia sur J. R. R. Tolkien raconte en détail la nuit du 19 septembre 1931 : après un dîner à Magdalen College, Tolkien et Hugo Dyson entraînent Lewis dans une longue promenade sur Addison's Walk, l'allée bordée d'arbres du collège. Lewis, théiste depuis deux ans, tient encore les mythes — y compris le christianisme — pour de belles inventions humaines, « des mensonges soufflés à travers de l'argent », selon une formule que Tolkien lui prêtera dans son poème Mythopoeia.[25] Tolkien lui répond que dans le christianisme, le grand motif mythique universel du dieu qui meurt et ressuscite a réellement eu lieu, à une date et en un lieu précis : le mythe est devenu fait, sans cesser de porter tout son sens.[26][27]

Le side-car de Whipsnade, 28 septembre 1931

Neuf jours plus tard, le 28 septembre 1931, alors qu'il se rend au zoo de Whipsnade dans le side-car de la moto de son frère Warren, Lewis franchit le dernier pas — sans même s'en rendre compte pendant le trajet :

« Quand nous sommes partis, je ne croyais pas que Jésus-Christ est le Fils de Dieu ; et quand nous sommes arrivés au zoo, j'y croyais. Pourtant je n'avais pas exactement passé le trajet à y réfléchir. » — C. S. Lewis, Surprised by Joy, Geoffrey Bles, 1955, chap. XV[28]

Lewis attribuera toujours à Tolkien et à Dyson le rôle décisif dans cette conversion finale :

« Dyson et Tolkien furent les causes humaines immédiates de ma propre conversion. » — C. S. Lewis, lettre à Dom Bede Griffiths, 1941[29]

Tolkien espérait une conversion complète à l'Église catholique ; Lewis, en définitive, rejoignit l'Église d'Angleterre, la confession de son enfance — un choix qui déçut profondément son ami, comme le rapporte la biographie de référence de Humphrey Carpenter.[30]

L'apologète le plus lu du siècle

Les causeries radiophoniques de la BBC et Les Fondements du christianisme

Devenu chrétien, Lewis met au service de l'Évangile la même rigueur logique que Kirkpatrick lui avait inculquée contre la foi. Invité par la BBC pendant la Seconde Guerre mondiale à donner une série de causeries radiophoniques (1941-1944) destinées à un pays en guerre, il connaît un succès immédiat, rassemblé ensuite en un seul volume sous le titre Mere Christianity (Les Fondements du christianisme, 1952).[31] Le projet, annoncé dès la préface, est délibérément minimal : exposer non les points de désaccord entre confessions chrétiennes, mais le noyau commun — le « mere », le « simplement » — que toutes professent :

« Le lecteur doit être averti que je n'offre aucune aide à quiconque hésite entre deux "dénominations" chrétiennes. Ce n'est pas de moi qu'il apprendra s'il doit devenir anglican, méthodiste, presbytérien ou catholique romain. » — C. S. Lewis, préface de Mere Christianity, Geoffrey Bles, 1952[32]

Le trilemme : « fou, démon ou Seigneur »

Infographie : la structure du trilemme, qui suppose établies les prétentions divines de Jésus. Source : Lewis, Mere Christianity (1952), II, 3, cité en note. Créée par IA.

L'argument le plus célèbre de Lewis — devenu un classique de l'apologétique, y compris catholique — répond à l'objection qui voudrait faire de Jésus un simple « grand maître de morale » sans reconnaître ses prétentions divines :

« Un homme qui ne serait qu'un homme et qui dirait les choses que Jésus a dites ne serait pas un grand maître de morale. Il serait soit un fou — au même rang que celui qui se prend pour un œuf poché — soit le Démon de l'Enfer. Il faut choisir. […] Mais ne venez pas nous servir la sottise condescendante selon laquelle il aurait été un grand maître humain. Il ne nous a pas laissé cette possibilité ouverte. Il n'en avait pas l'intention. » — C. S. Lewis, Mere Christianity, Geoffrey Bles, 1952, livre II, chap. 3[33]

Cet argument — souvent résumé en anglais par l'allitération « Liar, Lunatic, or Lord » — a depuis été repris, discuté et affiné par des générations d'apologistes, catholiques compris, dont Peter Kreeft, qui en fait le ressort dramatique de son propre dialogue philosophique Between Heaven and Hell.[34]

L'argument du désir : « fait pour un autre monde »

Infographie : le raisonnement par analogie de Lewis sur le désir. Source : Mere Christianity (1952), III, 10, cité en note. Créée par IA.

Dans le troisième livre de Mere Christianity, Lewis retourne en argument philosophique l'expérience de « Joie » qui avait marqué toute sa jeunesse : si toute pulsion naturelle correspond à un objet réel qui peut la satisfaire — la faim à la nourriture, la soif à l'eau, le désir sexuel à l'union charnelle —, alors ce désir sans objet terrestre que chacun éprouve parfois doit lui aussi correspondre à quelque chose de réel, quoique surnaturel :

« Si je trouve en moi un désir qu'aucune expérience de ce monde ne peut satisfaire, l'explication la plus probable est que j'ai été fait pour un autre monde. » — C. S. Lewis, Mere Christianity, Geoffrey Bles, 1952, livre III, chap. 10[35]

Il développera la même intuition, avec un accent plus homilétique, dans son sermon The Weight of Glory (1941), prêché à l'église universitaire Sainte-Marie-la-Vierge d'Oxford :

« Il semblerait que Notre-Seigneur trouve nos désirs non pas trop forts, mais trop faibles. Nous sommes des créatures tièdes, qui nous amusons avec la boisson, le sexe et l'ambition quand une joie infinie nous est offerte — comme un enfant ignorant qui veut continuer à faire des pâtés de boue dans un bidonville, incapable d'imaginer ce que signifie l'offre de vacances au bord de la mer. Nous sommes bien trop facilement satisfaits. » — C. S. Lewis, The Weight of Glory, sermon du 8 juin 1941, université d'Oxford[36]

L'Abolition de l'homme et la loi morale universelle

Infographie : raison, sentiments et action dans l’éducation morale selon Lewis. Source : The Abolition of Man (1943), chap. I et appendice, cités en note. Schéma symbolique ; les formulations sont des synthèses, non des citations. Créée par IA.

En 1943, dans un court essai issu de conférences données à Durham, The Abolition of Man, Lewis défend l'existence d'une loi morale objective, qu'il désigne — empruntant le terme au taoïsme, précisément pour souligner son universalité au-delà du seul christianisme — sous le nom de Tao : un socle de valeurs reconnu, à quelques nuances près, par toutes les grandes traditions morales du monde (platonicienne, confucéenne, hindoue, chrétienne).[37] Contre l'éducation moderne qui prétend fabriquer des valeurs sans les enraciner dans cette loi commune, il forge une formule restée célèbre :

« Nous fabriquons des hommes sans poitrine, et nous attendons d'eux vertu et esprit d'entreprise. » — C. S. Lewis, The Abolition of Man, Oxford University Press, 1943, chap. 1[38]

Cet argument moral, que Lewis reprend au livre I de Mere Christianity sous le titre « Right and Wrong as a Clue to the Meaning of the Universe »[39], recoupe presque exactement l'argument thomiste et catéchétique de la loi naturelle ; voir l'exposé complet de cet argument dans l'article Ignispedia dédié à l'argument moral en faveur de l'existence de Dieu, où Lewis figure aux côtés de Kant, Dostoïevski et William Lane Craig, et dans l'article sur la conscience morale, où sa notion de « loi morale » universelle est directement invoquée contre le relativisme.

Lettres à un diable novice

En 1942, Lewis publie The Screwtape Letters (Lettres à un diable novice), trente et une lettres fictives d'un vieux démon administratif, Screwtape, à son neveu Wormwood, tentateur débutant chargé de perdre l'âme d'un jeune Anglais. Le succès est immédiat, mais Lewis avoue lui-même la difficulté psychologique de l'exercice, dans la préface qu'il ajoutera à une réédition de 1961 :

« Bien que je n'aie jamais rien écrit plus facilement, je n'ai jamais écrit avec moins de plaisir. […] S'il était aisé de tordre son esprit dans l'attitude diabolique, ce n'était pas amusant — ou pas longtemps. La tension produisit une sorte de crampe spirituelle. » — C. S. Lewis, préface à The Screwtape Letters, Geoffrey Bles, 1961[40]

Le livre, dédié à Tolkien avec la mention manuscrite « en paiement partiel d'une grande dette », contrariera pourtant ce dernier, mal à l'aise devant l'idée de faire ainsi longuement parler un démon, fût-ce pour le confondre.[41]

Le Problème de la souffrance et le débat avec Elizabeth Anscombe

Infographie : distinguer les causes d’une pensée et les raisons qui la justifient. Repères tirés de la note sur le débat avec Anscombe (1948) et les deux éditions de Miracles (1947, 1960). Livres illustrés symboliquement, sans reproduction de couverture. Créée par IA.

Dans The Problem of Pain (1940), Lewis affronte l'objection classique du mal contre l'existence d'un Dieu bon et tout-puissant — objection développée en détail dans l'article Ignispedia Comment expliquer le scandale du mal ? et dans Mal et souffrance. Sept ans plus tard, dans Miracles (1947), il propose un « argument de la raison » contre le naturalisme : si toute pensée humaine n'est que le produit de causes physiques non rationnelles, alors la pensée du naturaliste qui affirme le naturalisme est elle-même sapée à la racine, et ne peut prétendre à aucune vérité.[42]

Dans The Great Divorce (1945), Lewis résume sa vision de l'enfer par une formule restée célèbre : « Il n'y a finalement que deux espèces de gens : ceux qui disent à Dieu “Que ta volonté soit faite” et ceux à qui Dieu dit “Que ta volonté soit faite”. »[43] Et dans The Problem of Pain (1940), il ajoute que « les portes de l'enfer sont fermées de l'intérieur ».[44] Lewis, resté toute sa vie anglican, est cité ici pour sa force littéraire, non comme une autorité doctrinale catholique : l'enfer demeure un état d'auto-exclusion définitive librement choisi.

Le 2 février 1948, au Socratic Club d'Oxford, la jeune philosophe catholique Elizabeth Anscombe — future grande figure de la philosophie analytique britannique — soumet cet argument à une critique serrée, lui reprochant de confondre causes non rationnelles et causes irrationnelles.[45] Lewis, marqué par cet échange, reconnaîtra la pertinence partielle de la critique et révisera le chapitre concerné dans l'édition de 1960 de Miracles — un épisode resté célèbre comme l'un des rares exemples où l'un des plus grands apologistes chrétiens du siècle accepte publiquement de corriger un argument sous la pression d'une contradictrice catholique.[46]

Le mythologue chrétien : Narnia et les Inklings

Les sept Chroniques de Narnia (1950-1956)

Infographie : la trahison d’Edmund et le sacrifice d’Aslan dans The Lion, the Witch and the Wardrobe (1950), évoqués dans cette section. Illustration pédagogique originale, distincte des couvertures et illustrations des éditions du roman. Créée par IA.

Entre 1950 et 1956, Lewis publie les sept volumes des Chroniques de Narnia, à commencer par Le Lion, la Sorcière blanche et l'Armoire magique (1950) et jusqu'à La Dernière Bataille (1956), qui recevra la médaille Carnegie.[47] À la différence de Tolkien, qui refusait toute allégorie explicite dans Le Seigneur des Anneaux, Lewis assume pleinement, dans Narnia, une transposition volontaire : le lion Aslan meurt et ressuscite pour racheter le traître Edmund, dans une scène calquée sans détour sur la Passion et la Résurrection du Christ.

Aslan et la « supposition » assumée

Ce choix délibéré distingue nettement les deux grands Inklings chrétiens : Tolkien « absorbait » sa foi dans la structure même de son récit sans jamais la nommer ; Lewis, au contraire, construisait un monde parallèle où le Christ apparaît sous une forme reconnaissable, pour toucher l'imagination des enfants — et des adultes — sans les défenses intellectuelles qu'ils opposeraient à un discours théologique explicite. Lewis lui-même récusait le mot d'« allégorie » au sens strict : il parlait de « supposition » (supposal) — supposer un monde comme Narnia où le Fils de Dieu s'incarnerait en lion —, ce qui n'enlève rien au caractère volontaire de la transposition christologique d'Edmund et d'Aslan. Lewis expliquera cette méthode en ces termes, dans un essai sur l'écriture pour enfants : faire entrer la Passion « incognito », en contournant les réticences que suscite, chez beaucoup, le vocabulaire religieux appris à l'école du dimanche.

Les Inklings : Tolkien, Williams, Barfield et le regret d'une conversion inachevée

Lewis fut, avec Tolkien, la figure centrale des Inklings, ce cercle informel d'écrivains oxoniens — Tolkien, Charles Williams, Owen Barfield, Warren Lewis et d'autres — qui se réunissait chaque semaine, au pub The Eagle and Child ou dans les appartements de Lewis à Magdalen, pour lire et discuter leurs manuscrits en cours.[48] C'est dans ce cercle que furent lus, chapitre après chapitre, aussi bien Le Seigneur des Anneaux que les Chroniques de Narnia.

Tolkien resta cependant marqué, sa vie durant, par le fait que son ami le plus proche se fût arrêté à l'anglicanisme sans franchir le dernier pas vers Rome — un regret que rapporte la biographie de référence de Humphrey Carpenter et que confirme la correspondance de Tolkien lui-même.[49]

Joy Davidman : la convertie, l'épouse, le deuil

De l'athéisme communiste à la foi chrétienne

Helen Joy Davidman (1915-1960), poétesse américaine née dans une famille juive de New York, milita dans sa jeunesse au sein du Parti communiste américain avant de rompre avec le marxisme au milieu des années 1940, déçue par le stalinisme.[50] Une expérience spirituelle vécue seule chez elle en 1946, alors qu'elle traversait une grave crise conjugale, la conduit à rechercher Dieu ; la lecture des œuvres de Lewis, entamée en 1947, achève de la conduire au christianisme.[51] Elle rencontre Lewis en personne en 1952, lors d'un voyage en Angleterre, puis s'installe définitivement à Oxford avec ses deux fils, David et Douglas Gresham, après son divorce.[52]

Le mariage civil, puis sacré, de 1956-1957

Infographie : les jalons biographiques de Lewis et Joy présentés dans cette section, jusqu’à A Grief Observed (1961). Objets symboliques ; aucune photographie du couple n’est reconstituée. Créée par IA.

Pour lui permettre de rester au Royaume-Uni, Lewis épouse Joy Davidman civilement le 23 avril 1956, au bureau d'état civil du 42 St Giles' à Oxford — un mariage d'abord purement administratif.[53] Mais lorsque Joy est diagnostiquée d'un cancer des os en 1956, Lewis prend conscience de l'amour véritable qui le lie à elle ; le 21 mars 1957, un prêtre anglican bénit leur union au chevet de Joy, à l'hôpital de Churchill, transformant le mariage civil en union pleinement sacramentelle aux yeux de Lewis.[54]

La mort de Joy et A Grief Observed (1961)

Contre toute attente médicale, Joy connaît une rémission qui offre au couple trois années de bonheur conjugal, avant que le cancer ne revienne et n'emporte Joy le 13 juillet 1960.[55] Lewis tient alors un journal de deuil qu'il publiera, l'année suivante, sous le pseudonyme de N. W. Clerk : A Grief Observed (1961). Le livre s'ouvre sur l'une des évocations les plus nues de la douleur du deuil jamais écrites par un apologiste chrétien :

« Personne ne m'avait jamais dit que le chagrin ressemblait tant à la peur. Je n'ai pas peur, mais la sensation est celle de la peur : le même papillonnement dans l'estomac, la même agitation, les mêmes bâillements. Je n'arrête pas d'avaler ma salive. » — C. S. Lewis (sous le pseudonyme N. W. Clerk), A Grief Observed, Faber & Faber, 1961[56]

Ce livre, loin de démentir sa foi, en approfondit la texture : Lewis y traverse, sans fard, la tentation du doute et de la révolte, avant d'y retrouver, plus dépouillée, une espérance chrétienne purifiée de tout confort intellectuel facile.

Ce que Lewis partage avec la foi catholique

Le purgatoire : « je préférerais être nettoyé d'abord »

À rebours de la théologie réformée qui rejette le purgatoire comme une invention médiévale sans fondement scripturaire, Lewis affirme sans détour, dans Letters to Malcolm: Chiefly on Prayer (1964, posthume), sa propre croyance en une purification après la mort :

« Ne serait-ce pas navrant si Dieu nous disait : "Il est vrai, mon fils, que ton haleine sent mauvais et que tes haillons dégouttent de boue et de fange, mais nous sommes charitables ici, et personne ne te le reprochera ni ne s'écartera de toi. Entre dans la joie." ? Ne devrions-nous pas répondre : "Sauf votre respect, monsieur, et si vous n'y voyez pas d'objection, je préférerais être nettoyé d'abord" ? » — C. S. Lewis, Letters to Malcolm: Chiefly on Prayer, Geoffrey Bles, 1964, chap. 20[57]

Il file la même intuition avec l'image, plus prosaïque encore, du fauteuil de dentiste :

« J'espère que, lorsque la dent de la vie me sera arrachée et que je "reprendrai connaissance", une voix dira : "Rincez-vous la bouche avec ceci." Ce sera le Purgatoire. Le rinçage pourra durer plus longtemps que je ne l'imagine à présent ; son goût pourra être plus âcre et plus astringent que ma sensibilité actuelle ne pourrait l'endurer. Mais [...] ce sera le Purgatoire. » — C. S. Lewis, Letters to Malcolm: Chiefly on Prayer, Geoffrey Bles, 1964, chap. 20[58]

Cette conviction, qui recoupe presque exactement l'enseignement catholique tel que résumé dans l'article Ignispedia Que dit l'Église sur le purgatoire ?, distingue nettement Lewis de la majorité de ses coreligionnaires évangéliques et anglicans de basse Église.

L'Eucharistie sans théorie : « Prenez, mangez, non pas prenez, comprenez »

Sur l'Eucharistie, Lewis refuse aussi bien le mémorialisme purement symbolique de la théologie zwinglienne que l'obligation de choisir une explication philosophique précise du mode de la Présence. Il affirme croire à une présence réelle et objective du Christ dans le pain et le vin consacrés, sans vouloir en définir le mécanisme métaphysique :

« Le commandement, après tout, était : "Prenez, mangez", et non "Prenez, comprenez." » — C. S. Lewis, Letters to Malcolm: Chiefly on Prayer, Geoffrey Bles, 1964, chap. 19[59]

Cette position — croire fermement à la réalité du don eucharistique tout en évitant de trancher entre transsubstantiation catholique et consubstantiation luthérienne — restera l'un des points où Lewis se rapproche le plus de la sacramentalité catholique, sans jamais en adopter le vocabulaire technique précis.

Contre l'ordination des femmes : Priestesses in the Church?

En 1948, dans un essai publié dans la revue Time and Tide puis repris dans le recueil posthume God in the Dock (1970), Lewis s'oppose fermement au projet, alors débattu au sein de la Communion anglicane, d'ordonner des femmes prêtres.[60] Son argument central — le prêtre représente sacramentellement le Christ Époux devant l'Église Épouse au moment de la consécration — anticipe presque mot pour mot l'argumentation que l'Église catholique développera plus tard officiellement :

« Supposons que le réformateur cesse de dire qu'une femme vertueuse peut ressembler à Dieu, et se mette à dire que Dieu ressemble à une femme vertueuse. Supposons qu'il avance qu'on pourrait tout aussi bien prier "Notre Mère qui es aux cieux" que "Notre Père". Supposons qu'il suggère que l'Incarnation aurait tout aussi bien pu prendre une forme féminine que masculine, et que la Seconde Personne de la Trinité pourrait tout aussi bien être appelée la Fille que le Fils. Supposons, enfin, que le mariage mystique soit inversé, que l'Église soit l'Époux et le Christ l'Épouse. » — C. S. Lewis, Priestesses in the Church?, Time and Tide, août 1948, repris dans God in the Dock, Eerdmans, 1970[61]

Lewis y voit, par cette réduction à l'absurde, la preuve que l'ordination des femmes romprait la continuité symbolique et sacramentelle avec l'ensemble de la Tradition chrétienne — une position qui, prononcée par un anglican en 1948, s'est révélée prophétique face à l'évolution ultérieure de la Communion anglicane, restée en cela bien plus proche du catholicisme et de l'orthodoxie que de son propre héritage.

La correspondance latine avec le futur saint Giovanni Calabria

En septembre 1947, un prêtre italien de Vérone, Don Giovanni Calabria (1873-1954), fondateur des Pauvres Serviteurs de la Divine Providence et lui-même futur canonisé, lit The Screwtape Letters en traduction italienne et, ne connaissant pas l'anglais, écrit à Lewis en latin. Lewis, qui ne parlait pas l'italien, lui répond dans la même langue : commence alors une correspondance en latin qui se poursuivra, après la mort de Calabria en 1954, avec son successeur le père Luigi Pedrollo, jusqu'en 1961.[62] Le grand projet de Calabria — favoriser la compréhension entre confessions chrétiennes séparées — imprègne tout l'échange, qui aborde aussi bien le sécularisme montant que le paradoxe de la prière de demande.[63] Giovanni Calabria a été canonisé par saint Jean-Paul II en 1999, faisant de cette correspondance latine un lien direct, documenté et durable, entre le plus grand apologiste anglican du siècle et un saint de l'Église catholique.[64]

Regard catholique : ce que Lewis apporte, et ce qui lui manque

Un anglican resté au seuil, au grand regret de Tolkien

Il serait malhonnête de faire de C. S. Lewis un catholique masqué : il resta, par choix réfléchi et non par simple inertie, fidèle à l'Église d'Angleterre jusqu'à sa mort, malgré les efforts discrets mais réels de Tolkien pour le conduire à Rome.[65] Sa théologie eucharistique en retrait volontaire de toute définition précise, son silence quasi total sur le rôle de Marie, son absence de doctrine sur la papauté et la succession apostolique, marquent une différence de nature, et non seulement de degré, avec la plénitude de la foi catholique.

Le hall et les chambres : une théologie délibérément minimale

Infographie : la métaphore de Lewis dans la préface de Mere Christianity (1952), citée en note. Le schéma représente son projet apologétique ; le regard catholique est développé dans le texte. Créée par IA.

Lewis lui-même théorise cette limite volontaire, dans l'image restée célèbre de la préface de Mere Christianity :

« [Le christianisme commun] ressemble plutôt à un hall d'où s'ouvrent plusieurs portes sur des chambres. […] Le hall est un lieu où attendre, un lieu d'où essayer les différentes portes — non un lieu où vivre. » — C. S. Lewis, préface de Mere Christianity, Geoffrey Bles, 1952[66]

Cette image, d'une grande honnêteté intellectuelle, revient à reconnaître que le « christianisme commun » qu'il défend n'est pas un but en soi, mais une antichambre : ce sont les « chambres » — les Églises constituées, avec leurs sacrements, leur autorité et leur discipline concrète — qui contiennent, selon ses propres mots, « le feu, les fauteuils et les repas » de la vie chrétienne réellement vécue. Un lecteur catholique peut ainsi lire Lewis comme un guide fidèle jusqu'au seuil du hall, sans jamais pouvoir s'y arrêter — car le hall, par construction, n'a ni tabernacle ni autel.

Le tableau suivant résume les points de convergence et d'écart entre les positions personnelles de Lewis et l'enseignement catholique constant.

Question doctrinalePosition de C. S. LewisEnseignement catholique
Loi morale naturelleLe « Tao » : loi universelle reconnue par toutes les grandes traditions[67]Loi naturelle inscrite dans la raison, fondement de la morale objective
PurgatoirePurification réelle après la mort, nécessaire et acceptée avec joie[68]Dogme défini (CEC §1030-1032) : purification des âmes destinées au Ciel
EucharistiePrésence réelle affirmée, mode volontairement non défini[69]Transsubstantiation définie au IVᵉ concile du Latran (1215) et à Trente
Ordination des femmesOpposition ferme, argument christologique et sacramentel[70]Réserve du sacerdoce aux hommes, enseignement constant et définitif
Autorité et papautéAucune doctrine de l'autorité magistérielle unique ; ecclésiologie du « hall »[71]Primauté et infaillibilité pontificales, magistère vivant unifié
MarieSilence quasi total dans l'œuvre publiéeMédiation mariale, dogmes mariaux, dévotion constante

Ce qui manque : l'autorité, les sacrements, la médiation mariale

Le déficit le plus structurel de la pensée de Lewis, du point de vue catholique, tient précisément à l'absence de toute théologie de l'autorité magistérielle unifiée. Le « christianisme commun » qu'il défend fonctionne par construction sans arbitre doctrinal capable de trancher, en dernier ressort, les controverses qu'il énumère lui-même sans les résoudre — baptême des enfants, mode de la présence eucharistique, rôle de Marie, autorité des conciles. Cette lacune, acceptée et même revendiquée par Lewis comme une prudence œcuménique, est vue par la théologie catholique comme un manque objectif : sans magistère vivant, le « hall » ne peut, à terme, que refléter la diversité — et parfois la division — croissante des « chambres » qui l'entourent, comme l'illustre d'ailleurs la propre Communion anglicane, fracturée après la mort de Lewis sur des questions que son Mere Christianity n'avait pas vocation à trancher.

Un allié reconnu : la postérité catholique de Lewis

Ces réserves doctrinales n'ont jamais empêché l'apologétique catholique de reconnaître en Lewis l'un de ses plus précieux alliés. Peter Kreeft, professeur de philosophie au Boston College et l'un des apologètes catholiques les plus lus du monde anglophone, publie dès 1969 son tout premier livre sur Lewis et ne cessera d'y revenir, jusqu'à mettre en scène Lewis lui-même, dialoguant après sa mort avec John F. Kennedy et Aldous Huxley, dans Between Heaven and Hell (1982) — voir l'article Ignispedia consacré à Peter Kreeft. Joseph Pearce, biographe de Tolkien et converti au catholicisme, a de même consacré plusieurs ouvrages à la dimension chrétienne de l'œuvre de Lewis. Cette réception massive par l'apologétique catholique contemporaine tient à un paradoxe que Lewis n'aurait probablement pas récusé : en cherchant délibérément le plus petit dénominateur commun de la foi chrétienne, il a fourni aux catholiques eux-mêmes l'arsenal rationnel le plus efficace pour défendre des vérités que leur propre Église professe avec une plénitude que Lewis, par choix, n'a jamais revendiquée pour lui-même.

Mort et postérité

Le 22 novembre 1963 : trois morts le même jour

La sépulture de C. S. Lewis et de son frère Warren, à Holy Trinity, Headington Quarry (2014). Photo : Steve Daniels, Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0. Fichier original, non retouché.

Lewis souffrait depuis plusieurs années d'une insuffisance rénale et de troubles cardiaques ; il meurt à son domicile, The Kilns, à Headington, près d'Oxford, le 22 novembre 1963, une semaine avant son soixante-cinquième anniversaire.[72] Sa mort passe presque inaperçue de la presse mondiale, éclipsée par l'assassinat du président John F. Kennedy à Dallas et par la mort, le même jour, de l'écrivain Aldous Huxley — une coïncidence qui inspirera à Peter Kreeft l'idée de son dialogue imaginaire Between Heaven and Hell, réunissant les trois hommes dans l'au-delà pour y débattre de l'identité du Christ.[73] Lewis est enterré au cimetière de l'église Holy Trinity de Headington Quarry ; en 2013, à l'occasion du cinquantième anniversaire de sa mort, un mémorial lui est dédié au Coin des Poètes de l'abbaye de Westminster.[74]

Ce que Lewis enseigne aujourd'hui

Lewis demeure, plus de soixante ans après sa mort, l'un des plus efficaces passeurs de la foi chrétienne à un public qui ne la connaît plus de l'intérieur. Il enseigne d'abord que la raison et l'imagination ne s'opposent pas dans la défense de la foi : le même homme qui construit le trilemme logique du fou, du démon ou du Seigneur invente, dans le même souffle, le lion Aslan qui traverse la mort. Il enseigne ensuite qu'une théologie délibérément minimale, pensée pour rassembler plutôt que pour définir, rend un immense service d'évangélisation — sans pouvoir, par construction, se substituer à la plénitude d'une Église visible, sacramentelle et magistériellement unifiée. Sa méditation sur le Purgatoire, sa défense de la loi morale, son opposition à l'ordination des femmes et sa correspondance avec un saint catholique montrent enfin qu'un chrétien sincère, même resté hors de la pleine communion avec Rome, peut approcher de très près, par la seule force de la raison et de l'honnêteté intellectuelle, des vérités que l'Église catholique professe dans leur plénitude.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. « C. S. Lewis », encyclopédie en ligne (en anglais) : naissance à Belfast le 29 novembre 1898, famille (Albert Lewis, Florence Hamilton Lewis, frère Warren), mort de la mère en 1908, scolarité (Wynyard School, Campbell College, Cherbourg House, Malvern College), tutorat de William T. Kirkpatrick, engagement militaire (Somerset Light Infantry, arrivée sur le front le 29 novembre 1917, blessure du 15 avril 1918 près de Riez-du-Vinage, démobilisation décembre 1918), triple First à Oxford (1920, 1922, 1923), Fellow à Magdalen College (1925-1954), conversion au théisme (1929) puis au christianisme (1931), chaire à Magdalene College Cambridge (1954-1963), mariage avec Joy Davidman Gresham (mariage civil 23 avril 1956, union religieuse 21 mars 1957), mort de Joy le 13 juillet 1960, mort de Lewis le 22 novembre 1963 à The Kilns, sépulture à Holy Trinity Church (Headington Quarry), mémorial de 2013 à l'abbaye de Westminster, œuvres majeures et dates de publication (The Pilgrim's Regress 1933, The Problem of Pain 1940, The Screwtape Letters 1942, The Abolition of Man 1943, Mere Christianity 1952, Chronicles of Narnia 1950-1956, Surprised by Joy 1955, Till We Have Faces 1956), Inklings (Tolkien, Charles Williams, Owen Barfield). URL : https://en.wikipedia.org/wiki/C._S._Lewis

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  2. Don Giovanni Calabria (1873-1954), fondateur des Pauvres Serviteurs de la Divine Providence à Vérone, canonisé par saint Jean-Paul II le 18 avril 1999 ; correspondance en latin avec C. S. Lewis de septembre 1947 à la mort de Calabria en 1954, poursuivie avec son successeur le père Luigi Pedrollo jusqu'en 1961, publiée dans C. S. Lewis, The Latin Letters of C. S. Lewis to Don Giovanni Calabria of Verona and to Members of His Congregation, 1947 to 1961, éd. et trad. Martin Moynihan, Servant Books, Ann Arbor, 1988.

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  3. « Helen Joy Davidman (Mrs. C.S. Lewis) 1915-1960: A Portrait » et ressources biographiques générales, C.S. Lewis Institute : enfance de Lewis à Belfast, surnom « Jack », invention du monde imaginaire de Boxen avec son frère Warren, scolarité à Malvern rebaptisée « Wyvern » dans l'autobiographie. URL : https://www.cslewisinstitute.org

    5 10
  4. C. S. Lewis, Surprised by Joy: The Shape of My Early Life, Geoffrey Bles, Londres, 1955, chap. I : sur la mort de sa mère en 1908 et la perte de toute sécurité de son enfance. Texte original anglais : « With my mother's death all settled happiness, all that was tranquil and reliable, disappeared from my life. There was to be much fun, many pleasures, many stabs of Joy; but no more of the old security. It was sea and islands now; the great continent had sunk like Atlantis. »

    7
  5. « William T. Kirkpatrick », encyclopédie en ligne : ancien directeur du Lurgan College en Irlande du Nord, tuteur privé de C. S. Lewis à Great Bookham (Surrey) de 1914 à 1917, avait auparavant enseigné au père et au frère de Lewis, surnommé « the Great Knock » par la famille pour sa rigueur logique. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/William_T._Kirkpatrick

    11
  6. C. S. Lewis, Surprised by Joy, Geoffrey Bles, 1955, chap. IX, sur la méthode socratique de Kirkpatrick exigeant la définition et la justification logique de toute affirmation, y compris une remarque sur le temps qu'il fait ; et rapport de la mise en garde de Kirkpatrick au père de Lewis. Texte original anglais : « You may make a writer or a scholar out of him, but you'll not make anything else. »

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  7. C. S. Lewis, Surprised by Joy, Geoffrey Bles, 1955, chap. IX : qualification de Kirkpatrick comme « a purely logical entity » et « a Rationalist of the old, high and dry, nineteenth-century type ».

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  8. C. S. Lewis, Surprised by Joy, Geoffrey Bles, 1955, chap. XI, sur la lecture de Phantastes de George MacDonald en 1916 et son effet de « baptême de l'imagination », formule reprise et commentée par de nombreux biographes de Lewis, notamment dans les notices du C.S. Lewis Institute.

    21
  9. C. S. Lewis, Surprised by Joy, Geoffrey Bles, 1955, chap. XIV, sur la lecture de The Everlasting Man de G. K. Chesterton (1925) et son effet de « baptême de l'intelligence ». Texte original anglais : « In reading Chesterton, as in reading MacDonald, I did not know what I was letting myself in for. A young man who wishes to remain a sound atheist cannot be too careful of his reading. »

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  10. C. S. Lewis, Surprised by Joy, Geoffrey Bles, 1955, chap. XIV : récit du théisme adopté au trimestre de la Trinité 1929. Texte original anglais : « In the Trinity Term of 1929 I gave in, and admitted that God was God, and knelt and prayed: perhaps, that night, the most dejected and reluctant convert in all England. »

    24
  11. « J. R. R. Tolkien Convinces C. S. Lewis That Christ Is the True Myth » : récit détaillé de la promenade nocturne d'Addison's Walk (19 septembre 1931), de l'objection de Lewis sur les mythes comme « lies breathed through silver » (formule du poème Mythopoeia de Tolkien décrivant la position antérieure de Lewis) et de la réponse de Tolkien (le christianisme comme « mythe devenu fait »). URL : https://www.thegospelcoalition.org/blogs/evangelical-history/85-years-ago-today-j-r-r-tolkien-convinces-c-s-lewis-that-christ-is-the-true-myth/

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  12. J. R. R. Tolkien, lettre 142 au P. Robert Murray, S.J. (2 décembre 1953), dans The Letters of J. R. R. Tolkien, éd. Humphrey Carpenter, George Allen & Unwin, 1981 — sur la nature « fondamentalement religieuse et catholique » de son œuvre ; voir aussi l'article Ignispedia J. R. R. Tolkien pour le développement complet de cette lettre.

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  13. C. S. Lewis, Surprised by Joy, Geoffrey Bles, 1955, chap. XV : récit du trajet en side-car vers le zoo de Whipsnade le 28 septembre 1931. Texte original anglais : « When we set out I did not believe that Jesus Christ is the Son of God, and when we reached the zoo I did. Yet I had not exactly spent the journey in thought. »

    28
  14. C. S. Lewis, lettre à Dom Bede Griffiths, O.S.B. (1941), dans The Collected Letters of C. S. Lewis, éd. Walter Hooper : « Dyson and Tolkien were the immediate human causes of my own conversion. »

    29
  15. Humphrey Carpenter, J. R. R. Tolkien: A Biography, George Allen & Unwin, 1977, et The Inklings: C. S. Lewis, J. R. R. Tolkien, Charles Williams and Their Friends, George Allen & Unwin, 1978 : biographies de référence sur le rôle de Tolkien dans la conversion de Lewis, la déception de Tolkien devant le choix de Lewis pour l'anglicanisme plutôt que le catholicisme, et la vie du cercle des Inklings.

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  16. C. S. Lewis, Mere Christianity, Geoffrey Bles, Londres, 1952, préface. Texte intégral consultable sur PBS – The Question of God : https://www.pbs.org/wgbh/questionofgod/ownwords/mere1.html. Édition française : Les Fondements du christianisme, trad. fr., Éditions Raphaël/Empreinte Temps Présent. Texte original anglais : « The reader should be warned that I offer no help to anyone who is hesitating between two Christian 'denominations.' You will not learn from me whether you ought to become an Anglican, a Methodist, a Presbyterian, or a Roman Catholic. »

    32
  17. C. S. Lewis, Mere Christianity, Geoffrey Bles, 1952, livre II, chap. 3 (« The Shocking Alternative »). Texte original anglais : « A man who was merely a man and said the sort of things Jesus said would not be a great moral teacher. He would either be a lunatic — on the level with the man who says he is a poached egg — or else he would be the Devil of Hell. […] But let us not come with any patronising nonsense about His being a great human teacher. He has not left that open to us. He did not intend to. » Voir aussi « Lewis's trilemma », encyclopédie en ligne : https://en.wikipedia.org/wiki/Lewis%27s_trilemma

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  18. Peter Kreeft, Between Heaven and Hell: A Dialog Somewhere Beyond Death with John F. Kennedy, C. S. Lewis & Aldous Huxley, InterVarsity Press, Downers Grove (Ill.), 1982 ; voir l'article Ignispedia Peter Kreeft pour le développement complet de cet ouvrage et de la dette intellectuelle de Kreeft envers Lewis.

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  19. C. S. Lewis, Mere Christianity, Geoffrey Bles, 1952, livre III, chap. 10 (« Hope »). Texte original anglais : « If I find in myself a desire which no experience in this world can satisfy, the most probable explanation is that I was made for another world. »

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  20. C. S. Lewis, The Weight of Glory, sermon prêché à l'église universitaire Sainte-Marie-la-Vierge, Oxford, le 8 juin 1941, publié dans Transposition and Other Addresses, Geoffrey Bles, 1949. Texte original anglais : « It would seem that Our Lord finds our desires not too strong, but too weak. We are half-hearted creatures, fooling about with drink and sex and ambition when infinite joy is offered us, like an ignorant child who wants to go on making mud pies in a slum because he cannot imagine what is meant by the offer of a holiday at the sea. We are far too easily pleased. »

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  21. C. S. Lewis, The Abolition of Man, Oxford University Press, Londres, 1943, chap. 1 (« Men Without Chests ») et appendice sur le « Tao ». Texte original anglais : « We make men without chests and expect of them virtue and enterprise. » Voir aussi « The Abolition of Man », encyclopédie en ligne : https://en.wikipedia.org/wiki/The_Abolition_of_Man

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  22. C. S. Lewis, Mere Christianity, Geoffrey Bles, 1952, livre I, chap. 1-5 (« Right and Wrong as a Clue to the Meaning of the Universe »). Voir l'article Ignispedia L'argument moral en faveur de l'existence de Dieu pour le développement complet de cet argument chez Lewis, Kant, Dostoïevski et Craig.

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  23. C. S. Lewis, préface à la réédition de 1961 de The Screwtape Letters, Geoffrey Bles. Texte original anglais : « Though I had never written anything more easily, I never wrote with less enjoyment. […] Though it was easy to twist one's mind into the diabolical attitude, it was not fun, or not for long. The strain produced a sort of spiritual cramp. »

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  24. Dédicace manuscrite de C. S. Lewis à J. R. R. Tolkien dans l'exemplaire offert de The Screwtape Letters (1942) : « In token payment of a great debt » ; sur la gêne de Tolkien devant l'exercice littéraire consistant à faire longuement parler un démon, voir Humphrey Carpenter, The Inklings, George Allen & Unwin, 1978.

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  25. Débat du 2 février 1948 au Socratic Club d'Oxford entre C. S. Lewis et la philosophe catholique G. E. M. Anscombe sur l'argument de la raison contre le naturalisme exposé au chapitre 3 de Miracles (Geoffrey Bles, 1947) ; critique publiée ensuite par Anscombe dans ses Philosophical Papers, vol. II, Oxford University Press, 1981 ; révision du chapitre concerné par Lewis dans la seconde édition de Miracles (Fontana, 1960). Voir aussi « Socratic Club », encyclopédie en ligne : https://en.wikipedia.org/wiki/Socratic_Club

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  26. C. S. Lewis, The Great Divorce, Geoffrey Bles, Londres, 1945, chap. IX. Texte original anglais : « There are only two kinds of people in the end: those who say to God, "Thy will be done," and those to whom God says, in the end, "Thy will be done." »

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  27. C. S. Lewis, The Problem of Pain, Geoffrey Bles / Centenary Press, Londres, 1940, chap. VIII (« Hell »). Texte original anglais : « I willingly believe that the damned are, in one sense, successful, rebels to the end; that the doors of hell are locked on the inside. » Passage cité en français par Matthieu Lavagna, La question difficile de l'enfer (Livre sur l'enfer), note 42 : C. S. Lewis, Le Problème de la souffrance, trad. fr. Marguerite de Jouvenel, Éditions Empreinte Temps Présent, 2005 [1940], p. 125.

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  28. « Joy Davidman », encyclopédie en ligne : naissance à New York en 1915 dans une famille juive, militantisme au Parti communiste américain, rupture avec le marxisme au milieu des années 1940, expérience spirituelle de 1946, lecture des œuvres de Lewis à partir de 1947, rencontre avec Lewis en 1952, installation en Angleterre, divorce de William Lindsay Gresham, mariage avec Lewis. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Joy_Davidman

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  29. C. S. Lewis (sous le pseudonyme N. W. Clerk), A Grief Observed, Faber & Faber, Londres, 1961. Texte original anglais : « No one ever told me that grief felt so like fear. I am not afraid, but the sensation is like being afraid. The same fluttering in the stomach, the same restlessness, the yawning. I keep on swallowing. »

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  30. C. S. Lewis, Letters to Malcolm: Chiefly on Prayer, Geoffrey Bles, Londres, 1964 (posthume), chap. 20. Texte original anglais : « Would it not break the heart if God said to us, "It is true, my son, that your breath smells and your rags drop with mud and slime, but we are charitable here and no one will upbraid you with these things, nor draw away from you. Enter into the joy"? Should we not reply, "With submission, sir, and if there is no objection, I'd rather be cleaned first." »

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  31. C. S. Lewis, Letters to Malcolm: Chiefly on Prayer, Geoffrey Bles, 1964, chap. 20. Texte original anglais : « I hope that when the tooth of life is drawn and I am 'coming round,' a voice will say, 'Rinse your mouth out with this.' This will be Purgatory. The rinsing may take longer than I can now imagine. The taste of this may be more fiery and astringent than my present sensibility could endure. But... it will be Purgatory. »

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  32. C. S. Lewis, Letters to Malcolm: Chiefly on Prayer, Geoffrey Bles, 1964, chap. 19, sur le refus de trancher entre transsubstantiation et mémorialisme. Texte original anglais : « The command, after all, was Take, eat: not Take, understand. »

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  33. C. S. Lewis, Priestesses in the Church?, Time and Tide, août 1948, repris dans God in the Dock: Essays on Theology and Ethics, éd. Walter Hooper, Eerdmans, Grand Rapids, 1970. Texte original anglais : « Suppose the reformer stops saying that a good woman may be like God and begins saying that God is like a good woman. Suppose he says that we might just as well pray to "Our Mother which art in heaven" as to "Our Father". Suppose he suggests that the Incarnation might just as well have taken a female as a male form, and the Second Person of the Trinity be as well called the Daughter as the Son. Suppose, finally, that the mystical marriage were reversed, that the Church were the Bridegroom and Christ the Bride. »

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  34. (source introuvable : merechristianity-hall)

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