Il existe en l'homme un lieu où il s'entend dire, sans l'avoir voulu, « ceci est bien » ou « ceci est mal ». Ce témoin intérieur, qui approuve ou qui accuse jusque dans le secret le mieux gardé, la tradition catholique l'appelle la conscience morale. Le concile Vatican II en a donné la formule la plus célèbre : elle est « le centre le plus secret de l'homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu »[1].
La conscience n'est pourtant ni une voix magique, ni un instinct infaillible, ni une simple émotion. C'est, selon la définition précise du Catéchisme, un jugement de la raison : l'acte par lequel l'intelligence, appliquant ce qu'elle sait du bien et du mal, reconnaît la valeur morale d'une action concrète qu'on va faire, qu'on est en train de faire, ou qu'on a faite[2]. Elle n'invente pas le bien : elle le discerne.
De cette définition découlent deux vérités que l'on a toujours tendance à séparer, et qu'il faut tenir ensemble. D'un côté, on doit toujours obéir au jugement certain de sa conscience : agir contre elle, c'est se condamner soi-même[3]. De l'autre, la conscience peut se tromper, et nul n'a le droit de s'en tenir paresseusement à ses erreurs : il faut la former, l'éclairer, la corriger toute sa vie[4]. Méconnaître la première vérité écrase les consciences ; méconnaître la seconde fait de la conscience un caprice — « chacun sa vérité ».
Cet article expose ce qu'est exactement la conscience morale, son fondement biblique et son analyse classique chez saint Thomas d'Aquin, ses trois rôles, le devoir de lui obéir, le problème de la conscience erronée, l'obligation de la former, et la réponse aux objections modernes qui la réduisent à un conditionnement social ou à un sentiment subjectif.
Qu'appelle-t-on « conscience morale » ?
Le sens du mot : « savoir avec »
Le mot conscience vient du latin conscientia, lui-même formé de cum (« avec ») et scire (« savoir ») : littéralement, savoir avec. Cette étymologie n'est pas une curiosité de grammairien : elle dit l'essentiel. Avoir une conscience, c'est savoir quelque chose avec un autre, en présence d'un témoin qui n'est pas soi. Le grec du Nouveau Testament emploie le mot jumeau syneidesis, de structure identique (syn-eidenai, « savoir avec »).
Qui est ce témoin ? L'étymologie, à elle seule, ne le dit pas : elle dit seulement un savoir « avec ». Que l'Antiquité païenne ait connu cette instance intérieure, un témoin précis l'atteste : dans l'Oreste d'Euripide (408 av. J.-C.), Oreste, rongé après le meurtre de sa mère, répond à Ménélas qui lui demande quel mal le consume : « la conscience : je sais que j'ai commis des actes terribles »[5]. La tradition chrétienne a lu dans ce « avec » davantage qu'une image : pour elle, ce co-témoin est, en dernier ressort, Dieu lui-même, dont la voix résonne dans ce for intime. La conscience est donc le lieu d'un savoir partagé sur la qualité morale de mes actes : je sais, et je sais que je suis su.
Un jugement de la raison, non un sentiment
Le contresens le plus répandu fait de la conscience un sentiment : un malaise, une gêne, un « petit pincement » qui dirait le mal. Or l'émotion accompagne souvent le jugement moral, mais elle ne le constitue pas. Un criminel endurci peut n'éprouver aucun malaise ; un scrupuleux peut être torturé d'angoisse sans avoir rien commis. Le sentiment seul est un guide trompeur.
Le Catéchisme tranche sans ambiguïté : la conscience est un acte de l'intelligence, pas de la sensibilité.
« La conscience morale est un jugement de la raison par lequel la personne humaine reconnaît la qualité morale d'un acte concret qu'elle va poser, est en train d'exécuter ou a accompli. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1778[6]
Ce point est capital. Parce qu'elle est un jugement de la raison, la conscience peut être vraie ou fausse, droite ou égarée, comme tout jugement. Un sentiment ne se trompe pas (il est ce qu'il est), mais un jugement, oui. C'est précisément pour cela qu'on peut et qu'on doit former sa conscience : la conscience n'est pas une émotion, c'est un jugement — mais les émotions, elles, s'éduquent. Le Catéchisme rappelle que les passions peuvent être « assumées dans les vertus » et qu'il appartient à la perfection du bien moral « que les passions soient réglées par la raison »[7].
Conscience, syndérèse et science morale
Saint Thomas d'Aquin a fourni l'analyse la plus fine de ce qui se joue dans un jugement de conscience, en distinguant trois réalités qu'on confond souvent.
D'abord la syndérèse (du grec synteresis) : c'est la connaissance habituelle, innée et indéracinable, des tout premiers principes de l'agir — au premier rang desquels « il faut faire le bien et éviter le mal ». Cette disposition fondamentale ne se perd jamais entièrement ; elle « incline au bien et proteste contre le mal »[8]. C'est le socle indestructible de toute vie morale.
Ensuite la science morale : la connaissance, plus ou moins étendue et exacte, des normes concrètes du bien et du mal — les commandements, les vertus, les exigences de la justice et de la charité. Cette science, elle, se forme, s'affine ou se déforme selon l'éducation, la culture, l'effort de vérité.
Enfin la conscience au sens strict : non plus une disposition stable — ce que la tradition appelle un habitus, une manière d'être enracinée —, mais un acte — l'application de ce qu'on sait à cet acte-ci, ici et maintenant[9]. La syndérèse dit « fais le bien » ; la science morale dit « le vol est un mal » ; la conscience conclut « voler cet objet, maintenant, serait mal — je ne le fais pas ». Tout le drame moral se joue dans ce passage de l'universel au singulier.
La voix intérieure : fondement biblique et patristique
On objecte parfois que la « conscience » serait une invention philosophique grecque, étrangère à la Révélation. C'est faux : l'Écriture en porte le témoignage le plus fort, même si le mot apparaît surtout chez saint Paul.
« Une loi écrite dans les cœurs » (Romains 2)
Le texte décisif est l'épître aux Romains. Saint Paul y affirme que même les païens, qui n'ont jamais reçu la Loi de Moïse, portent en eux une loi morale dont leur conscience rend témoignage :
« En effet, quand des païens privés de la Loi accomplissent naturellement les prescriptions de la Loi, ces hommes, sans posséder de Loi, se tiennent à eux-mêmes lieu de Loi ; ils montrent la réalité de cette loi inscrite en leur cœur, à preuve le témoignage de leur conscience, ainsi que les jugements intérieurs de blâme ou d'éloge qu'ils portent les uns sur les autres. » — Saint Paul, Épître aux Romains 2, 14-15[10]
Ce passage fonde toute la doctrine catholique de la conscience et de la loi naturelle. Il affirme trois choses : il existe une loi morale universelle, connaissable par tout homme ; cette loi est inscrite dans le cœur, non d'abord dans un code extérieur ; et la conscience en est le témoin intérieur, qui blâme ou approuve. Sur la loi objective que la conscience applique, voir l'article Qu'est-ce que la loi naturelle ?.
Saint Paul revient souvent sur cette instance intérieure : il déclare s'être conduit « tout à fait en bonne conscience » devant Dieu[11], parle d'une « bonne conscience »[12], et avertit que celui qui agit contre sa conscience, même dans une matière en soi indifférente, se condamne[13]. La conscience est, pour lui, une donnée première de l'existence morale.
Le sanctuaire où l'homme est seul avec Dieu
La tradition de l'Église a recueilli cette donnée biblique et l'a portée jusqu'à sa formulation conciliaire la plus haute. Le concile Vatican II, dans la constitution Gaudium et Spes, décrit la conscience comme une loi reçue, non fabriquée par l'homme, et comme le lieu d'une rencontre avec Dieu :
« Au fond de sa conscience, l'homme découvre la présence d'une loi qu'il ne s'est pas donnée lui-même, mais à laquelle il est tenu d'obéir. [...] Car c'est une loi inscrite par Dieu au cœur de l'homme ; sa dignité est de lui obéir, et c'est elle qui le jugera. La conscience est le centre le plus secret de l'homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre. » — Concile Vatican II, Gaudium et Spes, n. 16[14]
Cette page est un sommet de l'anthropologie catholique. La conscience n'est pas l'autonomie souveraine d'un sujet qui se donnerait à lui-même sa loi. C'est le lieu où l'homme reçoit une loi plus haute que lui et y entend résonner une voix qui n'est pas la sienne. Il faut ici distinguer deux autonomies : celle qui inventerait elle-même le bien et le mal — celle-là, l'Église la rejette — et l'autonomie authentique, qui accueille librement la loi de Dieu et y fait participer sa raison : c'est ce que saint Jean-Paul II appelle, avec la tradition, une théonomie participée[15]. Obéir à sa conscience, c'est en dernier ressort obéir à Dieu présent en elle.
Témoin, juge et héraut : les Pères et les docteurs
Les Pères de l'Église ont médité ce mystère sous des images saisissantes. Saint Jérôme commentait la vision des quatre vivants d'Ézéchiel en y lisant la scintilla conscientiae, l'étincelle de la conscience qui, même chez le pécheur le plus enfoncé, ne s'éteint pas tout à fait — première intuition de ce que saint Thomas nommera la syndérèse[16]. Saint Augustin, lui, faisait de l'intériorité le chemin même vers Dieu : « Ne va pas au-dehors, rentre en toi-même : c'est dans l'homme intérieur qu'habite la vérité. »[17]
De cette tradition, on peut dégager trois fonctions — triptyque pédagogique proposé par cet article, non formule du Catéchisme, qui décrit pour sa part la perception des principes, leur application discernée et le jugement sur les actes concrets[18] : la conscience est témoin (elle atteste la loi de Dieu inscrite dans le cœur), juge (elle apprécie l'acte concret), et héraut (elle annonce d'avance la paix ou le remords). Ces trois fonctions correspondent aux trois temps de l'acte moral, que la section suivante détaille.
Les trois temps de la conscience
La conscience n'intervient pas seulement après coup, comme un tribunal qui condamne le mal déjà fait. Elle accompagne l'acte moral à ses trois moments : avant, pendant et après. Distinguer ces trois temps évite de réduire la conscience au seul remords.
La conscience antécédente : avant l'acte
Avant d'agir, la conscience guide. Elle commande, conseille, défend ou permet : « fais ceci », « évite cela », « tu peux ». C'est sa fonction la plus importante et la plus oubliée, car on ne parle de conscience qu'après la faute, alors que son rôle premier est de prévenir la faute. Une conscience bien formée, consultée à temps, est le premier rempart du bien. Le Catéchisme invite à cette consultation intérieure : « La dignité de la personne humaine implique et exige la rectitude de la conscience morale. »[19]
La conscience concomitante : le témoin de l'acte
Pendant l'acte, la conscience assiste et témoigne. C'est l'expérience, parfois fugitive, de se voir agir : l'homme qui ment sait qu'il ment au moment même où il ment. Ce témoignage intérieur fonde la responsabilité : nul n'est tenu pour responsable d'un mal commis dans une ignorance qu'il ne pouvait raisonnablement dissiper ; mais l'ignorance que l'on aurait pu et dû dissiper — la « négligence à l'égard de ce qu'on aurait dû connaître ou faire »[20] — reste imputable, comme le montrera la section sur la conscience erronée. C'est aussi pourquoi le menteur, le voleur ou l'hypocrite porte en lui un témoin gênant qu'il voudrait faire taire.
La conscience conséquente : remords ou paix
Après l'acte, la conscience juge : elle approuve et donne la paix, ou elle reproche et tourmente. Le remords n'est pas une névrose à éteindre : c'est, à sa racine, un acte sain de la conscience qui appelle à la conversion. Le Catéchisme y voit même une espérance :
« Pour l'homme qui a commis le mal, le verdict de sa conscience demeure un gage de conversion et d'espérance. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1797[21]
C'est tout le sens du retournement de saint Pierre après son reniement, ou de l'enfant prodigue qui « rentre en lui-même » avant de revenir au père. Le remords, accueilli, devient repentir ; refoulé, il devient endurcissement. Sur le point où le jugement conscient sur soi rencontre le pardon de Dieu, voir Comment savoir si Dieu me pardonne ?.
Faut-il toujours obéir à sa conscience ?
C'est la question la plus délicate, et celle où les malentendus sont les plus graves. La réponse catholique est en deux temps, qu'il ne faut jamais dissocier.
Le devoir d'obéir à une conscience certaine
Premier temps : oui, on doit toujours suivre le jugement certain de sa conscience. Agir contre une conviction certaine de sa conscience, c'est agir contre ce qu'on tient pour la vérité et le bien — donc se condamner soi-même.
« L'homme a le droit d'agir en conscience et en liberté afin de prendre personnellement les décisions morales. "L'homme ne doit pas être contraint d'agir contre sa conscience. Mais il ne doit pas être empêché non plus d'agir selon sa conscience, surtout en matière religieuse." » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1782[22]
« L'être humain doit toujours obéir au jugement certain de sa conscience. S'il agissait délibérément contre ce dernier, il se condamnerait lui-même. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1790[23]
C'est sur ce principe que repose le droit, défendu par l'Église, à l'objection de conscience : nul ne peut être forcé d'agir contre sa conviction morale certaine, et les martyrs qui ont préféré la mort à un acte qu'ils tenaient pour mauvais sont les témoins extrêmes de cette dignité.
Newman : « à la conscience d'abord »
Nul n'a chanté la dignité de la conscience avec plus de force que le cardinal John Henry Newman (1801-1890), canonisé en 2019. Dans sa Lettre au duc de Norfolk (1875), il décrit la conscience comme « le premier de tous les vicaires du Christ », une voix qui parle au nom de Dieu :
« La conscience est le vicaire originel du Christ, prophète par ses informations, monarque par sa fermeté impérieuse, prêtre par ses bénédictions et ses anathèmes. » — Saint John Henry Newman, Lettre au duc de Norfolk, V[24]
C'est dans le même texte qu'il a lancé son mot célèbre, souvent cité et tout aussi souvent mal compris :
« Si je suis obligé de mêler la religion à des toasts d'après-dîner, je boirai — au pape, si vous le voulez bien — mais à la conscience d'abord, et au pape ensuite. » — Saint John Henry Newman, Lettre au duc de Norfolk, V[25]
Newman ne dressait pas la conscience contre le pape, comme on le lui fait dire pour justifier toute désobéissance au Magistère. Mais il ne disait pas non plus l'inverse : il ouvre cette même section en envisageant des « cas extrêmes » où la conscience « peut entrer en collision avec la parole d'un pape, et doit être suivie malgré cette parole »[26]. Ses exemples portent sur des ordres particuliers — faire campagne pour l'abstinence, organiser des loteries paroissiales — et, avec les théologiens qu'il cite, il exige qu'on s'efforce d'abord sérieusement de dissiper un tel doute avant de passer outre[27]. Ce qu'il dénonce sous le nom de « droit de faire sa propre volonté », c'est la contrefaçon : se réclamer de Dieu pour s'affranchir de toute obéissance sans cet examen sérieux[28].
La conscience n'est pas l'arbitraire
Second temps, inséparable du premier : suivre sa conscience ne signifie pas que tout ce que la conscience approuve devient bon. La conscience ne crée pas le bien et le mal ; elle les reconnaît. Confondre les deux, c'est tomber dans le subjectivisme moral — « c'est ma vérité » — que saint Jean-Paul II a vigoureusement réfuté dans l'encyclique Veritatis Splendor.
Le jugement de conscience, rappelle l'encyclique, n'établit pas la loi : il atteste la présence d'une vérité sur le bien qui le précède et l'oblige. Faire de la conscience une instance créatrice de valeurs, coupée de la vérité objective, c'est lui ôter sa grandeur même, qui est d'être l'écho d'une loi reçue[29]. Une conscience qui se prétend dernière mesure du bien et du mal n'est plus le sanctuaire où Dieu parle : c'est un miroir où l'homme n'entend plus que lui-même. Toute la question se déplace donc vers la vérité de la conscience — et donc vers sa formation et la possibilité de son erreur.
La conscience erronée
Puisque la conscience est un jugement, elle peut se tromper. C'est l'un des points les plus délicats de la morale catholique, et l'un des plus mal compris.
Erreur invincible et erreur vincible
Tout dépend de l'origine de l'erreur. Le Catéchisme distingue deux cas radicalement différents, qu'il faut peser avec soin.
« Il arrive que la conscience morale soit dans l'ignorance et porte des jugements erronés sur des actes à poser ou déjà commis. Cette ignorance peut souvent être imputée à la responsabilité personnelle. [...] En ces cas, la personne est coupable du mal qu'elle commet. » — Catéchisme de l'Église catholique, §§ 1790-1791[30]
| Ignorance invincible | Ignorance vincible | |
|---|---|---|
| Définition | Erreur qu'on ne pouvait raisonnablement pas éviter ni corriger | Erreur qu'on aurait pu et dû dissiper en cherchant la vérité |
| Origine | Indépendante de la volonté ; bonne foi réelle | Négligence, paresse, refus de s'informer, aveuglement entretenu |
| Responsabilité | Le mal commis n'est pas imputable à la personne | La personne reste responsable du mal commis |
| Mais | Le mal accompli reste un mal objectif, un désordre à corriger | L'erreur n'excuse pas ; elle aggrave parfois la faute |
Dans le cas de l'ignorance invincible, celui qui agit mal en croyant sincèrement bien faire, sans pouvoir savoir autrement, n'est pas coupable de ce mal-là[31]. Dieu, qui sonde les cœurs, ne juge pas l'homme sur ce qu'il ne pouvait pas connaître. Mais — et le Catéchisme y insiste — l'acte n'en demeure pas moins objectivement mauvais : la bonne foi du sujet ne transforme pas le mal en bien. C'est pourquoi il faut « travailler à corriger la conscience morale de ses erreurs »[32].
Les causes d'aveuglement de la conscience
Si la conscience peut s'égarer par sa propre faute, c'est qu'il existe des causes repérables d'aveuglement. Le Catéchisme en dresse une liste sans complaisance :
« L'ignorance du Christ et de son Évangile, les mauvais exemples donnés par autrui, la servitude des passions, la prétention à une autonomie mal entendue de la conscience, le refus de l'autorité de l'Église et de son enseignement, le manque de conversion et de charité peuvent être à l'origine des déviations du jugement dans la conduite morale. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1792[33]
Ces causes méritent d'être nommées une à une, car ce sont les vraies maladies de la conscience contemporaine. L'esclavage des passions déforme le jugement en faisant prendre le désir pour la norme. La « prétention à une autonomie mal entendue » érige le moi en mesure de tout. Le rejet de l'enseignement de l'Église prive la conscience de la lumière objective qui la protège de ses propres illusions. Et le manque de charité finit par obscurcir le regard moral lui-même, car « quiconque fait le mal hait la lumière » (Jn 3, 20). Une conscience n'est jamais neutre : elle s'affine quand on aime le bien, elle s'émousse quand on s'installe dans le mal.
Former sa conscience
De tout ce qui précède découle un devoir : non pas seulement suivre sa conscience, mais la former. C'est même l'obligation la plus exigeante, car une conscience non formée devient le masque commode de toutes les complaisances.
Une tâche de toute la vie
L'éducation de la conscience n'est jamais achevée. Elle commence dès l'enfance et se poursuit jusqu'à la mort, contre la double pente du caprice et de l'amour-propre.
« L'éducation de la conscience est une tâche de toute la vie. Dès les premières années, elle éveille l'enfant à la connaissance et à la pratique de la loi intérieure reconnue par la conscience morale. Une éducation prudente enseigne la vertu ; elle préserve ou guérit de la peur, de l'égoïsme et de l'orgueil, des ressentiments de la culpabilité et des mouvements de complaisance, nés de la faiblesse et des fautes humaines. L'éducation de la conscience garantit la liberté et engendre la paix du cœur. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1784[34]
Une conscience bien formée « est droite et véridique »[35] : elle formule ses jugements selon la raison, en conformité avec le bien véritable voulu par Dieu. Cette droiture ne s'improvise pas ; elle se construit patiemment.
Les moyens proposés par la tradition
Le Catéchisme énumère les instruments concrets de cette formation :
« Dans la formation de la conscience la Parole de Dieu est la lumière sur notre route ; il nous faut l'assimiler dans la foi et la prière, et la mettre en pratique. Il nous faut encore examiner notre conscience au regard de la Croix du Seigneur. Nous sommes assistés des dons de l'Esprit Saint, aidés par le témoignage ou les conseils d'autrui et guidés par l'enseignement autorisé de l'Église. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1785[36]
On retiendra cinq grands moyens, qui se renforcent mutuellement : la Parole de Dieu méditée dans la foi et la prière ; l'examen de conscience régulier, regard porté sur ses actes à la lumière de la Croix ; les dons de l'Esprit Saint, en particulier le don de conseil ; le conseil d'autrui, notamment d'un guide spirituel ou d'un confesseur ; et l'enseignement de l'Église, qui offre à la conscience la lumière objective dont elle a besoin. À ces moyens, la tradition ajoute la pratique des vertus, surtout la prudence, qui est l'art d'appliquer le vrai bien aux situations concrètes. Pour le discernement des motions intérieures, voir Comment savoir si une inspiration vient de Dieu ? et Qu'est-ce que le discernement des esprits ?.
Conscience et Magistère : une fausse opposition
On oppose souvent la conscience personnelle à l'autorité de l'Église, comme deux pouvoirs rivaux : ou bien je suis ma conscience, ou bien j'obéis au Magistère. Cette opposition repose sur un malentendu. L'Église n'est pas une autorité extérieure qui viendrait étouffer la conscience du dehors ; elle est, pour le croyant, la lumière qui permet à la conscience de juger selon la vérité plutôt que selon ses préjugés.
Le Magistère ne se substitue pas à la conscience — c'est toujours la conscience qui juge et qui décide. Mais il lui fournit les vérités que, livrée à elle seule, elle mettrait des siècles à découvrir ou ne découvrirait jamais. Écouter l'Église, ce n'est pas démissionner de sa conscience : c'est la nourrir. Une conscience qui refuse par principe toute lumière venue de l'Église se condamne à tourner dans le cercle étroit de ses propres certitudes — exactement ce que le Catéchisme range parmi les causes d'erreur (§ 1792). Sur la manière d'accueillir cet enseignement, voir Comment lire le Catéchisme ?.
Les objections modernes
La notion même de conscience morale est aujourd'hui contestée de deux côtés opposés : par une psychologie qui la réduit à un conditionnement, et par un relativisme qui la dissout dans les opinions individuelles. Dans les deux cas, on remplace la conscience véritable par une contrefaçon — ce que Newman appelait déjà « le droit de faire sa propre volonté ». Le tableau suivant oppose la conscience telle que l'Église la comprend à ses deux caricatures modernes.
| Conscience (doctrine catholique) | « Surmoi » (réduction psychologique) | « Ma vérité » (relativisme) | |
|---|---|---|---|
| Nature | Jugement de la raison sur le bien réel | Censure affective intériorisée | Préférence ou ressenti personnel |
| Source | Une loi reçue, voix de Dieu au cœur | Interdits parentaux et sociaux | Le sujet lui-même |
| Peut-elle juger ? | Oui, au nom d'une vérité objective | Oui, elle censure au nom d'interdits intériorisés | Non, elle exprime seulement un goût |
| Critique de la société | Possible (désobéir aux lois iniques) | Possible en fait, mais sans critère objectif pour la fonder | Impossible (rien n'est vrai ni faux) |
| Rapport à la vérité | La reconnaît et s'y soumet | Indifférente à la vérité | Nie toute vérité morale |
« La conscience n'est qu'un surmoi »
La première objection, d'inspiration freudienne, identifie la conscience au surmoi : un dépôt d'interdits parentaux et sociaux intériorisés dans l'enfance, une instance de censure produite par l'éducation, sans rapport avec une quelconque vérité morale. La voix de la conscience ne serait que celle du père ou de la société, déguisée.
La part de vérité de cette analyse est réelle : il existe bien des mécanismes psychiques de culpabilité, et une part de la « conscience » au sens courant est effectivement façonnée par l'éducation reçue — ce que la tradition appelait la science morale, qui se forme culturellement. Mais l'objection prouve trop. D'abord, le surmoi, lui aussi, observe, juge et censure — Freud lui attribue bien cette fonction —, mais au nom d'interdits intériorisés, sans référence à une vérité qui les dépasse. La différence n'est donc pas entre un « juge » et un « non-juge » : c'est que la conscience juge au nom d'une vérité objective, qui l'autorise à critiquer jusqu'à l'éducation reçue — c'est au nom de leur conscience que des hommes ont désobéi aux lois iniques de leur propre société, ce que la seule intériorisation du milieu ne suffit pas à expliquer. Ensuite, l'origine sociale d'un jugement ne dit rien de la vérité de son contenu : réduire toute conscience à un conditionnement détruit la morale elle-même, y compris le jugement par lequel on condamnerait, par exemple, un bourreau : ce jugement aussi serait un simple conditionnement, sans valeur de vérité. Une critique qui se scie la branche sur laquelle elle est assise ne peut être la dernière vérité.
« Tout est relatif, chacun sa vérité »
La seconde objection est le relativisme — sous sa forme individuelle, le subjectivisme (« à chacun sa vérité »), ou sous sa forme culturelle (« à chaque société ses valeurs ») : puisque les consciences divergent d'une culture et d'un individu à l'autre, il n'existerait aucune vérité morale. La conscience ne serait qu'une préférence personnelle.
Là encore, l'argument se réfute lui-même. La diversité des jugements moraux est réelle, mais elle ne prouve pas l'absence de vérité : les hommes divergent aussi en astronomie ou en médecine sans qu'on en conclue que la vérité n'existe pas. Surtout, sous la diversité apparente, C. S. Lewis proposait cette expérience de pensée : qu'on imagine un pays où l'on admirerait les fuyards au combat, où l'on serait fier d'avoir trahi ses bienfaiteurs — une morale « totalement différente » de la nôtre, dit-il, ne s'est jamais vue : les divergences réelles portent sur l'application de la règle commune, non sur son existence[37]. Et le relativiste se trahit lui-même dès qu'on le vole ou qu'on le calomnie : il proteste alors au nom d'une justice qu'il croit vraie, non simplement « préférée ». La conscience témoigne d'une loi qu'on n'a pas inventée et qu'on ne peut pas vraiment abolir.
La conscience comme indice de Dieu
Il y a plus. Pour beaucoup, l'expérience de la conscience est l'une des voies vers Dieu. D'où vient cette voix qui commande avec une autorité que rien d'humain ne fonde, qui peut contredire mon intérêt, l'opinion publique et la loi civile ? Newman en faisait le cœur d'un argument : cette autorité absolue de la conscience suppose un Législateur absolu dont elle est l'écho. Le Catéchisme cite d'ailleurs « la voix de sa conscience » parmi les ouvertures par lesquelles l'homme s'interroge sur l'existence de Dieu (§ 33)[38]. Cet argument moral de l'existence de Dieu n'est pas développé ici : il appartient à l'apologétique, où il rejoint les autres « voies intérieures » vers le Créateur. Mais il montre que la conscience, loin d'être un résidu archaïque, demeure l'un des signes les plus troublants de la transcendance inscrite au cœur de l'homme.
Ce que la conscience change dans la vie chrétienne
La conscience morale n'est pas un concept de manuel : c'est le lieu où se décide, instant après instant, la fidélité concrète à Dieu. La comprendre transforme la vie spirituelle sur trois points.
D'abord, elle interdit aussi bien le laxisme que le scrupule. Le laxisme endort la conscience en refusant de la former ; le scrupule la torture en lui faisant voir le péché grave partout. La doctrine catholique tient l'équilibre : une conscience droite, formée, paisible, qui juge selon la vérité et non selon la peur. Cet équilibre est exactement celui qui distingue le péché mortel du péché véniel — voir Quelle différence entre péché mortel et péché véniel ?.
Ensuite, elle fonde la vraie liberté. Loin de s'opposer à la liberté, la conscience bien formée en est la condition : n'est pleinement libre que celui qui peut reconnaître le bien et le choisir, non celui qui suit aveuglément ses impulsions ou les modes de son temps. La conscience est « le centre le plus secret de l'homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu » : l'homme s'y tient debout devant Dieu, donc devant aucun homme.
Enfin, elle ouvre à l'espérance. Même le remords le plus lourd, accueilli, devient un gage de conversion (CEC § 1797). La conscience n'est pas d'abord là pour condamner : elle est la voix par laquelle Dieu — que saint Augustin disait « plus intérieur que [son] plus intime » (Confessions, III, 6, 11[39], formule ici adaptée) — ne cesse de rappeler chaque homme à sa dignité et à son amitié. L'examiner, la former, lui obéir, c'est apprendre à entendre cette voix — et, à travers elle, Celui qui parle.
Pour aller plus loin
- Qu'est-ce que la loi naturelle ? — la loi objective que la conscience reconnaît et applique.
- Quelle différence entre péché mortel et péché véniel ? — les trois conditions où la conscience juge la gravité d'un acte.
- Quelle différence entre tentation et péché ? — où commence vraiment le péché que la conscience accuse.
- Comment faire une bonne confession ? — l'examen de conscience et le retour à Dieu.
- Comment savoir si une inspiration vient de Dieu ? — discerner les motions intérieures.
- Qu'est-ce que le discernement des esprits ? — l'art de distinguer ce qui vient de Dieu.
- Comment lire le Catéchisme ? — la lumière objective qui forme la conscience.
Notes et références
Concile Vatican II, constitution pastorale Gaudium et Spes (7 décembre 1965), n. 16 : « La conscience est le centre le plus secret de l'homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre. » Texte cité par le Catéchisme de l'Église catholique, § 1776.
1Catéchisme de l'Église catholique, § 1778, Librairie Éditrice Vaticane / Mame-Plon, Paris, 1992 : la conscience est un jugement de la raison appliqué à un acte concret.
2Catéchisme de l'Église catholique, § 1790, op. cit. : « L'être humain doit toujours obéir au jugement certain de sa conscience. »
3Catéchisme de l'Église catholique, §§ 1783-1785, op. cit. : la formation de la conscience comme devoir.
4Euripide, Oreste, v. 396 (représentée en 408 av. J.-C.) : « hê synesis, hoti synoida dein' eirgasmenos » — « la conscience : je sais que j'ai commis des actes terribles » (traduction française de l'article ; synesis est la forme attique correspondant au syneidesis de la koinè du Nouveau Testament). Texte grec vérifié sur l'édition Perseus.
5Catéchisme de l'Église catholique, § 1778, op. cit. Définition centrale de la conscience comme jugement de la raison.
6Catéchisme de l'Église catholique, §§ 1767-1768, op. cit. : « Il appartient à la perfection du bien moral ou humain que les passions soient réglées par la raison » (§ 1767) ; « Les émotions et sentiments peuvent être assumés dans les vertus, ou pervertis dans les vices » (§ 1768). Textes collationnés sur vatican.va.
7Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 79, a. 12 : la synderesis est l'habitus des premiers principes de l'agir (« faire le bien, éviter le mal »), disposition naturelle qui « incline au bien et proteste contre le mal ». Cf. I-II, q. 94, a. 1, sur les premiers principes de la loi naturelle.
8Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 79, a. 13 : à proprement parler, la conscientia désigne un acte — l'application de la connaissance morale à un acte particulier —, tandis que la synderesis est l'habitus qui en est le principe.
9Saint Paul, Épître aux Romains 2, 14-15, Bible de Jérusalem (Éditions du Cerf, Paris ; texte collationné mot à mot). Texte fondateur de la doctrine de la loi naturelle et de la conscience inscrite au cœur de tout homme.
10Actes des Apôtres 23, 1 (Bible de Jérusalem ; texte collationné mot à mot) : « Frères, c'est tout à fait en bonne conscience que je me suis conduit devant Dieu jusqu'à ce jour. » Cf. aussi 2 Co 1, 12.
11Première lettre à Timothée 1, 5 (Bible de Jérusalem ; texte collationné mot à mot) : « Cette injonction ne vise qu'à promouvoir la charité qui procède d'un cœur pur, d'une bonne conscience et d'une foi sans détours. » Cf. 1 Tm 1, 19 ; 3, 9.
12Épître aux Romains 14, 23 (Bible de Jérusalem ; texte collationné mot à mot) : « tout ce qui ne procède pas de la bonne foi [de la conscience] est péché. » Les mots entre crochets sont une glose ajoutée par l'article, explicitement signalée comme telle. Cf. 1 Co 8, 7-12 sur la conscience du frère faible.
13Concile Vatican II, Gaudium et Spes, n. 16, op. cit. ; cf. Catéchisme de l'Église catholique, §§ 1776 et 1795, qui citent ce passage.
14Ibid., §§ 40-41 : « La juste autonomie de la raison pratique signifie que l'homme possède en lui-même sa loi, reçue du Créateur » (§ 40) ; « L'autonomie morale authentique de l'homme ne signifie nullement qu'il refuse, mais bien qu'il accueille la loi morale » (§ 41) — paragraphe qui précise que l'obéissance à Dieu « n'est pas [...] une hétéronomie » et parle de théonomie participée. Textes collationnés sur vatican.va.
15Saint Jérôme, Commentaire sur Ézéchiel, livre I (vision des quatre vivants, Ez 1, 4-14 ; glose sur Ez 1, 7) : l'aigle y figure la scintilla conscientiae, l'« étincelle de la conscience », qui ne s'est pas éteinte même dans le cœur de Caïn (traduction française de l'article) — source patristique de la notion de synderesis reprise par la scolastique.
16Saint Augustin, De vera religione, ch. 39, n. 72 (PL 34, 154) : « Noli foras ire, in teipsum redi ; in interiore homine habitat veritas » — « Ne va pas au-dehors, rentre en toi-même : c'est dans l'homme intérieur qu'habite la vérité. » (traduction française de l'article).
17Catéchisme de l'Église catholique, § 1780, op. cit. : la dignité de la personne exige la rectitude de la conscience morale ; la conscience y est décrite comme perception des principes de la moralité (syndérèse), application discernée aux circonstances, et jugement sur les actes concrets — non comme le triptyque « témoin, juge, héraut », qui est une organisation pédagogique du présent article.
18 19Catéchisme de l'Église catholique, § 1736, op. cit. : « Une action peut être indirectement volontaire quand elle résulte d'une négligence à l'égard de ce qu'on aurait dû connaître ou faire. » Cf. §§ 1790-1791 sur l'ignorance imputable à la responsabilité personnelle.
20Catéchisme de l'Église catholique, § 1797, op. cit. : pour l'homme qui a commis le mal, le verdict de la conscience demeure un gage de conversion et d'espérance.
21Catéchisme de l'Église catholique, § 1782, op. cit., citant la déclaration Dignitatis Humanae (Vatican II) sur la liberté religieuse : nul ne doit être contraint d'agir contre sa conscience, ni empêché d'agir selon elle.
22Catéchisme de l'Église catholique, § 1790, op. cit. : obligation de suivre le jugement certain de sa conscience.
23Saint John Henry Newman, A Letter Addressed to His Grace the Duke of Norfolk (1875), section 5 : « Conscience is the aboriginal Vicar of Christ, a prophet in its informations, a monarch in its peremptoriness, a priest in its blessings and anathemas. » Traduction française dans le corps de l'article.
24Saint John Henry Newman, A Letter Addressed to His Grace the Duke of Norfolk (1875), section 5 : « I shall drink — to the Pope, if you please, — still, to Conscience first, and to the Pope afterwards. » (traduction française dans le corps de l'article). Le toast clôt la section 5, qui s'ouvre sur les « cas extrêmes » de collision entre conscience et parole d'un pape (voir les deux notes suivantes) : Newman ne « précise » donc rien « aussitôt », et n'affirme nulle part qu'une telle collision soit impossible.
25Ibid., section 5, ouverture : « It seems, then, that there are extreme cases in which Conscience may come into collision with the word of a Pope, and is to be followed in spite of that word. » (traduction française dans le corps de l'article).
26Ibid., section 5 : les exemples donnés sont des ordres particuliers — militer pour l'abstinence (teetotalism) et organiser des loteries paroissiales —, non des définitions de foi. Newman cite notamment le cardinal Jacobatius : face à un précepte du pape que l'on ressent en conscience comme un péché, on doit d'abord (first) s'efforcer de se défaire de ce sentiment ; ce n'est que si l'on n'y parvient pas que l'on doit suivre sa conscience propre.
27Saint John Henry Newman, Lettre au duc de Norfolk, V : Newman oppose la conscience véritable, « messagère de Celui qui nous parle derrière un voile », à sa contrefaçon moderne, « le droit de faire sa propre volonté » (the right of self-will).
28Saint Jean-Paul II, encyclique Veritatis Splendor (6 août 1993), §§ 54-64, en particulier § 60 : le jugement de conscience n'établit pas la loi mais témoigne de l'autorité de la loi naturelle et du bien objectif ; condamnation des théories qui font de la conscience une instance souveraine et créatrice de la vérité morale.
29Catéchisme de l'Église catholique, §§ 1790-1791, op. cit. : l'ignorance vincible, imputable à la responsabilité personnelle, n'excuse pas le mal commis.
30Catéchisme de l'Église catholique, § 1793, op. cit. : en cas d'ignorance invincible, le mal commis n'est pas imputable à la personne, mais demeure objectivement un mal, une privation et un désordre.
31Catéchisme de l'Église catholique, § 1793, op. cit. : devoir de travailler à corriger la conscience morale de ses erreurs.
32Catéchisme de l'Église catholique, § 1792, op. cit. : énumération des sources possibles de l'erreur de la conscience.
33Catéchisme de l'Église catholique, § 1784, op. cit. : l'éducation de la conscience comme tâche de toute la vie.
34Catéchisme de l'Église catholique, § 1798, op. cit. : « Une conscience bien formée est droite et véridique. »
35Catéchisme de l'Église catholique, § 1785, op. cit. : les moyens de la formation de la conscience (Parole de Dieu, croix du Christ, dons de l'Esprit, conseil d'autrui, enseignement de l'Église).
36C. S. Lewis, Mere Christianity (Geoffrey Bles, Londres, 1952 ; reprend les causeries radiophoniques de la BBC, 1941-1944), Livre I, ch. 1, « The Law of Human Nature » : le fait même que les hommes se disputent prouve qu'ils en appellent à une règle commune du juste et de l'injuste, supposée connue de tous — la Moral Law, loi morale universelle. Son expérience de pensée : « Think of a country where people were admired for running away in battle, or where a man felt proud of double-crossing all the people who had been kindest to him » ; et : « There have been differences between their moralities, but these have never amounted to anything like a total difference. » Trad. fr. : Les Fondements du christianisme.
37Catéchisme de l'Église catholique, § 33, op. cit. : « avec son ouverture à la vérité et à la beauté, son sens du bien moral, sa liberté et la voix de sa conscience, son aspiration à l'infini et au bonheur, l'homme s'interroge sur l'existence de Dieu ». Cf. § 1777 : la conscience « atteste l'autorité de la vérité en référence au Bien suprême ». L'argument qui remonte de la conscience vers Dieu est développé par J. H. Newman, An Essay in Aid of a Grammar of Assent (1870), ch. 5, le chapitre consacré à la conscience.
38Saint Augustin, Confessions, III, 6, 11 : « interior intimo meo et superior summo meo » — « plus intérieur que mon plus intime, et plus élevé que mon plus haut », en parlant de Dieu (traduction française de l'article ; cf. trad. angl. Schaff : « Thou wert more inward to me than my most inward part ; and higher than my highest »). La formule du corps de l'article, au pluriel (« nous-mêmes »), en est une adaptation explicite, non une citation textuelle.
39