L'infaillibilité pontificale ne veut pas dire que le pape a toujours raison, ni qu'il ne pèche jamais, ni qu'il est inspiré comme un prophète. Elle signifie une chose précise et limitée : lorsque le pape définit solennellement, comme pasteur suprême de toute l'Église, une vérité de foi ou de morale déjà contenue dans la Révélation, il est préservé de se tromper. C'est un don négatif — une protection contre l'erreur — et non un don positif qui lui dicterait des nouveautés.
La distinction est capitale, car presque toutes les objections contre ce dogme reposent sur un malentendu. On imagine un pape « jamais en faute », omniscient, dont chaque parole tomberait du Ciel. La doctrine catholique dit l'inverse : le pape peut pécher, se tromper dans une interview, soutenir une mauvaise opinion scientifique ou politique, gouverner maladroitement. L'infaillibilité ne couvre rien de tout cela. Elle ne joue que dans un cas extrêmement rare et balisé par quatre conditions strictes — au point qu'en plus de cent cinquante ans, on ne compte que deux définitions de ce type qui fassent l'unanimité des théologiens.
Ce charisme a été défini comme dogme par le concile Vatican I, dans la constitution Pastor Aeternus du 18 juillet 1870[1]. Mais il n'a rien d'une invention du XIXᵉ siècle : Vatican I n'a fait que formuler une conviction attestée dès les premiers siècles — Irénée de Lyon, vers 180, invoque déjà la prééminence de l'Église de Rome (Contre les hérésies, III, 3, 2)[2] —, selon laquelle le siège de Pierre confirme ses frères dans la foi (cf. Lc 22, 32). Cet article répond à la question simple — qu'est-ce que c'est exactement ? — et lève les confusions les plus fréquentes. Pour l'histoire détaillée du concile, les preuves bibliques et patristiques et la réfutation complète des objections, on renverra au dossier L'infaillibilité pontificale (1870).
Une définition simple : la préservation de l'erreur
Avant toute distinction technique, voici l'idée en une phrase : l'infaillibilité est la garantie que l'Église, dans son enseignement le plus solennel, ne pourra jamais imposer une erreur au monde entier comme vérité de foi. Le pape en est l'organe lorsqu'il parle au nom de toute l'Église.
L'image la plus juste n'est pas celle d'un oracle, mais celle d'un garde-fou. Dieu n'inspire pas au pape ce qu'il doit dire ; il l'empêche de verrouiller solennellement une fausseté. Le pape reste un homme faillible, qui doit étudier, consulter, prier — mais lorsqu'il pose l'acte suprême de définir un dogme, l'assistance de l'Esprit Saint l'empêche d'engager toute l'Église dans l'erreur. C'est précisément ce que dit Vatican I :
« Car l'Esprit Saint n'a pas été promis aux successeurs de Pierre pour qu'ils fassent connaître, par sa révélation, une doctrine nouvelle, mais pour que, avec son assistance, ils gardent saintement et exposent fidèlement la Révélation transmise par les Apôtres, c'est-à-dire le dépôt de la foi. » — Concile Vatican I, Pastor Aeternus, ch. 4 (1870)[3]
Tout est là. Le pape n'invente pas : il garde et expose un dépôt reçu. Le charisme est ordonné à la conservation d'une vérité déjà donnée, jamais à la production d'une vérité inédite. Le Catéchisme rattache d'ailleurs cette infaillibilité à celle de l'Église tout entière : c'est le « sens surnaturel de la foi » du Peuple de Dieu qui ne peut défaillir, et dont le pape est le porte-parole autorisé[4].
« Pour accomplir ce service, le Christ a doté les pasteurs du charisme d'infaillibilité en matière de foi et de mœurs. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 890[5]
Ce que l'infaillibilité n'est PAS
La plupart des malentendus se dissipent dès qu'on écarte quatre confusions. Tant qu'on les confond avec l'infaillibilité, le dogme paraît scandaleux ; une fois distinguées, il devient à la fois modeste et précis.
Ce n'est pas l'impeccabilité
L'infaillibilité ne rend pas le pape incapable de pécher. Ce sont deux mots voisins mais sans rapport : l'impeccabilité concerne la sainteté de la vie, l'infaillibilité concerne la vérité de l'enseignement. L'histoire de la papauté compte des papes saints et des papes scandaleux — Vatican I le savait parfaitement en définissant le dogme. Saint Pierre lui-même, premier pape, a renié le Christ trois fois (Mt 26, 69-75), et saint Paul l'a publiquement repris à Antioche pour sa conduite incohérente (Ga 2, 11-14). Cela n'a jamais ôté à Pierre sa charge de confirmer ses frères dans la foi. Un pape peut donc être un piètre chrétien : l'assistance promise ne porte pas sur sa morale personnelle, mais sur l'intégrité du dépôt qu'il transmet.
Ce n'est pas une inspiration ni une révélation nouvelle
Le pape n'est pas un prophète. Il ne reçoit pas de visions, ne complète pas l'Évangile, n'ajoute rien à la Révélation close à la mort du dernier apôtre. C'est le sens exact de la phrase de Pastor Aeternus citée plus haut : l'Esprit n'est pas promis « pour faire connaître une doctrine nouvelle »[6]. Quand Pie IX définit l'Immaculée Conception en 1854, il ne découvre rien : il constate et scelle ce que l'Église croyait déjà depuis des siècles. L'infaillibilité ressemble à un sceau apposé sur un texte ancien, non à la dictée d'un texte neuf.
Ce n'est pas l'omniscience
Le pape n'est pas un expert universel. Sur l'économie, le climat, la médecine, l'histoire ou la politique, son avis n'a que le poids de ses compétences réelles — celui d'un homme cultivé et conseillé, parfois celui d'un homme qui se trompe. Galilée, les questions scientifiques, les choix diplomatiques : rien de cela ne relève de l'infaillibilité, qui ne porte que sur « la foi et les mœurs »[7], c'est-à-dire sur ce que Dieu a révélé pour notre salut. Un pape peut soutenir une théorie scientifique fausse sans que le dogme soit en cause : il parle alors comme un particulier, pas comme définiteur de la foi.
Ce n'est pas « tout ce que dit le pape »
C'est la confusion la plus répandue. L'immense majorité des paroles d'un pape ne sont pas infaillibles : ses interviews, ses homélies quotidiennes, ses livres personnels, ses conférences de presse, ses tweets, ses discours d'audience, ses opinions privées. Le charisme ne s'attache pas à la personne qui parle, mais à un acte très précis, posé dans des conditions très précises. Quand le cardinal Joseph Ratzinger, avant de devenir Benoît XVI, publiait un livre de théologie, il pouvait être contredit ; quand un pape commente l'actualité dans l'avion qui le ramène d'un voyage, il donne un avis, non une définition. Distinguer les registres de parole du pape est la clé de toute la question — et l'objet de la section pratique plus bas.
Ce que dit l'Église exactement
Une fois ces confusions levées, la définition officielle devient limpide. Elle a été proclamée par le concile Vatican I le 18 juillet 1870, après de longs débats, dans la constitution dogmatique Pastor Aeternus. C'est le texte de référence :
« Nous enseignons et définissons comme un dogme divinement révélé que le Pontife romain, lorsqu'il parle ex cathedra — c'est-à-dire lorsque, remplissant sa charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens, il définit, en vertu de sa suprême autorité apostolique, qu'une doctrine sur la foi ou les mœurs doit être tenue par toute l'Église — jouit, par l'assistance divine qui lui a été promise en saint Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu pourvoir son Église. C'est pourquoi de telles définitions sont irréformables par elles-mêmes, et non en vertu du consentement de l'Église. » — Concile Vatican I, Pastor Aeternus, ch. 4 (1870)[8]
Quatre-vingt-quatorze ans plus tard, Vatican II reprend et confirme exactement cette doctrine dans Lumen Gentium, en l'insérant dans la vision plus large du collège des évêques :
« De cette infaillibilité, le Pontife romain, chef du collège des évêques, jouit du fait même de sa charge quand, en tant que pasteur et docteur suprême de tous les fidèles, et chargé de confirmer ses frères dans la foi, il proclame, par un acte définitif, un point de doctrine touchant la foi et les mœurs. » — Concile Vatican II, Lumen Gentium, n° 25 (1964)[9]
Et le Catéchisme condense la même doctrine au paragraphe 891, en précisant un point souvent oublié : ce charisme ne tombe pas du ciel sur n'importe quelle parole, il a une étendue précise — « cette infaillibilité s'étend aussi loin que le dépôt lui-même de la Révélation divine »[10]. Autrement dit, l'infaillibilité ne couvre que ce qui appartient à la Révélation, jamais au-delà.
Les quatre conditions de l'acte « ex cathedra »
L'expression latine ex cathedra signifie « du haut de la chaire » — la cathèdre étant le siège d'enseignement de l'évêque. Pour qu'une parole du pape soit infaillible, les quatre conditions énumérées par Pastor Aeternus doivent être réunies en même temps. Il suffit qu'une seule manque pour qu'on ne soit pas devant un acte infaillible. C'est cette conjonction stricte qui explique la rareté du phénomène.
| Condition | Formule de Vatican I | Ce que cela exclut |
|---|---|---|
| Qui parle | Le pape comme « pasteur et docteur de tous les chrétiens » | Le pape comme théologien privé, évêque de Rome local, simple particulier |
| Sur quoi | Une doctrine « sur la foi ou les mœurs » | La science, la politique, l'histoire, la discipline, les opinions |
| Comment | Par un acte « ex cathedra », en vertu de sa « suprême autorité apostolique » | Une homélie, une interview, une lettre privée, un avis spontané |
| Pour qui | Une doctrine « à tenir par toute l'Église » | Un enseignement local, provisoire ou adressé à un seul groupe |
Le pape doit engager toute son autorité de pasteur suprême
La première condition vise la fonction, non l'homme. Le pape doit parler en tant que successeur de Pierre s'adressant à l'Église universelle, et non comme un docteur exprimant sa pensée. Un pape qui publie un livre, accorde une interview ou prononce une homélie n'engage pas, par ce seul fait, son autorité suprême. Il faut un acte par lequel il « remplit sa charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens »[11].
La doctrine doit porter sur la foi ou les mœurs
L'objet est strictement limité au domaine du salut : ce que Dieu a révélé sur lui-même, sur le Christ, sur la grâce, sur la vie morale qui conduit à lui. Tout ce qui sort de ce champ — une thèse scientifique, une décision politique, une appréciation historique — échappe par nature à l'infaillibilité. Le Catéchisme le redit : le charisme « s'étend aussi loin que le dépôt lui-même de la Révélation divine »[12], et pas un pouce plus loin.
L'acte doit être posé « ex cathedra », de façon manifeste
La définition doit être explicite et solennelle, reconnaissable comme un acte définitif. Le pape doit montrer clairement qu'il entend trancher définitivement une question, par des formules consacrées (« nous déclarons, prononçons et définissons… »). Le Code de droit canonique ajoute une règle de prudence décisive : « Aucune doctrine n'est tenue pour infailliblement définie que si cela est manifestement établi. »[13] Dans le doute, on présume qu'un texte n'est pas une définition infaillible. C'est tout l'inverse d'un soupçon d'infaillibilité planant sur chaque parole.
La doctrine doit être imposée à toute l'Église
Enfin, l'acte doit obliger l'Église entière à tenir la doctrine. Un enseignement adressé à un diocèse, à un pays, ou donné à titre d'orientation pastorale provisoire, ne remplit pas cette condition. La définition ex cathedra lie tous les fidèles, partout, définitivement.
Quand le pape n'est-il PAS infaillible ?
C'est la question la plus utile en pratique, et celle que tout le monde se pose vraiment : concrètement, quand est-ce que ça compte ? La réponse rassurante est qu'en règle générale, le pape n'est pas en train de parler infailliblement. Les actes ex cathedra sont l'exception rarissime ; tout le reste relève d'un enseignement ordinaire, plus ou moins autorisé, mais non couvert par le charisme de définition.
| Le pape parle… | Infaillible ? | Pourquoi |
|---|---|---|
| Dans une interview ou en conférence de presse | Non | Avis personnel, hors de tout acte définitif |
| Dans une homélie quotidienne | Non | Exhortation pastorale, pas une définition |
| Dans un livre signé de son nom | Non | Il écrit comme théologien privé |
| Sur la science, la politique, l'économie | Non | Hors du champ « foi et mœurs » |
| Dans un motu proprio disciplinaire | Non | Acte de gouvernement, non de définition doctrinale |
| Dans une encyclique ordinaire | Non (en règle générale) | Magistère authentique, dû d'un assentiment religieux, mais non définition |
| En définissant un dogme ex cathedra | Oui | Les quatre conditions sont réunies |
Cette colonne de « non » n'est pas une faiblesse : c'est la modestie même du dogme. L'Église ne prétend pas que le pape ait toujours raison. Elle affirme seulement qu'au moment précis et rare où il engage solennellement la foi de toute l'Église, Dieu ne le laissera pas la tromper. Pour la question voisine — que se passe-t-il quand un pape se trompe, hors de ce cadre ? — voir l'article Le pape peut-il se tromper ?.
Il faut toutefois préciser un point pour ne pas tomber dans l'excès inverse. Tout ce qui n'est pas ex cathedra n'est pas pour autant sans autorité. Le magistère ordinaire du pape — encycliques, catéchèses, exhortations — appelle un « assentiment religieux de la volonté et de l'intelligence », même quand il n'est pas une définition infaillible[14][15]. Non-infaillible ne veut pas dire « sans valeur » ou « facultatif » : cela veut dire « non définitif, et donc en principe perfectible ».
Combien de fois le pape a-t-il parlé « ex cathedra » ?
La réponse surprend toujours : depuis la proclamation du dogme en 1870, on ne compte que deux définitions dont le caractère ex cathedra fasse l'unanimité — et toutes deux concernent la Vierge Marie.
1854 — l'Immaculée Conception
Curieusement, la première de ces définitions est antérieure au concile qui a proclamé le dogme de l'infaillibilité. Le 8 décembre 1854, par la bulle Ineffabilis Deus, le pape Pie IX définit que Marie a été préservée du péché originel dès sa conception :
« Nous déclarons, prononçons et définissons que la doctrine qui tient que la bienheureuse Vierge Marie a été, dès le premier instant de sa conception, par une grâce et un privilège singuliers du Dieu tout-puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée intacte de toute tache du péché originel, est une doctrine révélée par Dieu, et qu'elle doit en conséquence être crue fermement et constamment par tous les fidèles. » — Pie IX, bulle Ineffabilis Deus, 8 décembre 1854[16]
Ce cas est précieux : il montre que l'infaillibilité pontificale était exercée et reconnue avant 1870. Vatican I n'a pas créé le pouvoir, il en a formulé la doctrine.
1950 — l'Assomption de Marie
Le second cas, le seul postérieur à Vatican I à faire l'unanimité, est la définition de l'Assomption. Le 1ᵉʳ novembre 1950, par la constitution apostolique Munificentissimus Deus, le pape Pie XII déclare :
« Nous prononçons, déclarons et définissons comme un dogme divinement révélé que l'Immaculée Mère de Dieu, Marie toujours Vierge, ayant achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée en corps et en âme à la gloire céleste. » — Pie XII, constitution apostolique Munificentissimus Deus, 1ᵉʳ novembre 1950[17]
Deux dogmes mariaux en près d'un siècle : voilà tout l'usage explicite de l'infaillibilité ex cathedra. Cette rareté est elle-même un argument. Si l'Église se servait de ce pouvoir pour imposer ses caprices, elle l'aurait fait des dizaines de fois. Elle l'a réservé, avec une prudence extrême, à deux vérités mûries pendant des siècles dans la foi du peuple chrétien.
L'infaillibilité ne se réduit pas à « ex cathedra »
Il faut enfin corriger une idée trop étroite : l'acte ex cathedra du pape seul n'est pas la seule forme d'infaillibilité dans l'Église. Le Catéchisme le précise au même paragraphe 891 : « L'infaillibilité promise à l'Église réside aussi dans le corps des évêques quand il exerce son Magistère suprême en union avec le successeur de Pierre », surtout dans un concile œcuménique[18]. Le pape n'est pas une source d'infaillibilité concurrente de l'Église : il en est le point d'unité.
Il existe par ailleurs un magistère ordinaire et universel : lorsque tous les évêques du monde, en union avec le pape, enseignent unanimement une même doctrine comme devant être tenue définitivement, cet enseignement est lui aussi infaillible, sans qu'il y ait eu de définition solennelle unique. C'est à ce titre, par exemple, que Jean-Paul II a rappelé en 1994, dans Ordinatio sacerdotalis, que l'Église n'a pas le pouvoir d'ordonner des femmes prêtres : une doctrine « définitivement tenue » enseignée de façon constante, et non une nouvelle définition ex cathedra[19]. La frontière exacte entre ces degrés — dogme, doctrine définitive, enseignement authentique non définitif — est subtile ; elle est traitée dans l'article Doctrine, dogme et opinion théologique.
Les objections fréquentes, en bref
Trois objections reviennent sans cesse. On les résume ici dans leur forme la plus directe ; leur réfutation complète, avec les sources historiques, se trouve dans le dossier L'infaillibilité pontificale (1870).
« Le pape se prend pour un demi-dieu qui aurait toujours raison. » — C'est exactement la caricature que les quatre conditions interdisent. Le dogme dit l'inverse : le pape peut se tromper sur presque tout, sauf dans l'acte solennel et rarissime de définir la foi de toute l'Église. Un pouvoir qui n'a servi que deux fois en cent cinquante ans n'a rien d'une tyrannie doctrinale.
« Le pape Honorius a été condamné pour hérésie : la papauté n'est donc pas protégée. » — Le cas d'Honorius Iᵉʳ (mort en 638), condamné après sa mort par le IIIᵉ concile de Constantinople, est l'objection historique classique. Mais Honorius n'a jamais défini ex cathedra : il a manqué de fermeté dans des lettres privées, sans engager son autorité suprême — précisément le genre d'acte que l'infaillibilité ne couvre pas. L'affaire, loin de réfuter le dogme, en illustre les limites.
« C'est une invention de 1870, jamais crue avant. » — La définition est tardive, mais la croyance est ancienne : la conviction que le siège de Pierre confirme la foi de l'Église traverse les Pères, de Clément de Rome (vers 96) à Léon le Grand (Vᵉ siècle). Définir tardivement un dogme n'est pas l'inventer : c'est le formuler pour répondre à une contestation, comme l'Église l'a toujours fait — pour la divinité du Christ à Nicée (325) comme pour l'infaillibilité à Vatican I.
Au terme, la question « qu'est-ce que l'infaillibilité pontificale ? » trouve une réponse à la fois modeste et solide. Modeste, parce qu'elle ne fait pas du pape un oracle : elle laisse intactes sa faillibilité d'homme, ses erreurs d'opinion, ses péchés. Solide, parce qu'elle garantit que, dans l'acte le plus grave de son ministère, l'Église fondée par le Christ ne pourra jamais enseigner solennellement l'erreur au monde. C'est moins un privilège du pape qu'une promesse faite à l'Église : « les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle » (Mt 16, 18).
Pour aller plus loin
- L'infaillibilité pontificale (1870) — le dossier complet : histoire du concile Vatican I, fondements bibliques (Mt 16, Lc 22, Jn 21), témoignage des Pères et réfutation détaillée des six grandes objections.
- Le pape peut-il se tromper ? — ce qui se passe lorsque le pape parle hors du cadre infaillible.
- Pourquoi le pape est-il nécessaire ? — le sens du ministère pétrinien et de la primauté.
- Doctrine, dogme et opinion théologique — les degrés d'autorité de l'enseignement de l'Église.
- La succession apostolique — comment l'autorité d'enseigner se transmet depuis les Apôtres.
- L'Immaculée Conception et l'Assomption — les deux dogmes définis ex cathedra.
Notes et références
Concile Vatican I, constitution dogmatique Pastor Aeternus, chapitre 4 (De Romani Pontificis infallibili magisterio), 18 juillet 1870, promulguée par Pie IX. Denzinger-Hünermann n° 3074. Texte latin de la définition : « docemus et divinitus revelatum dogma esse definimus: Romanum Pontificem, cum ex cathedra loquitur, id est, cum omnium Christianorum pastoris et doctoris munere fungens, pro suprema sua Apostolica auctoritate doctrinam de fide vel moribus ab universa Ecclesia tenendam definit […] ea infallibilitate pollere, qua divinus Redemptor Ecclesiam suam […] instructam esse voluit; ideoque eiusmodi Romani Pontificis definitiones ex sese, non autem ex consensu Ecclesiae, irreformabiles esse. »
1 8 11Irénée de Lyon, Contre les hérésies (Adversus Haereses), livre III, chap. 3, § 2, rédigé vers 180 (Éleuthère occupe alors le siège de Rome, cf. III, 3, 3). L'évêque de Lyon y affirme que toute Église doit s'accorder avec l'Église de Rome « en raison de sa prééminence » (latin : propter potiorem principalitatem ; trad. anglaise : « it is a matter of necessity that every Church should agree with this Church, on account of its preeminent authority », New Advent, Fathers 0103303). Texte intégral : newadvent.org/fathers/0103303.htm ; cf. éd. Sources Chrétiennes, n° 211.
2Concile Vatican I, Pastor Aeternus, ch. 4 (Denzinger-Hünermann n° 3070). Cette phrase exclut explicitement toute idée d'un pape recevant une révélation nouvelle : le charisme est ordonné à la garde du dépôt, non à sa production. Texte latin : « Neque enim Petri successoribus Spiritus Sanctus promissus est, ut eo revelante novam doctrinam patefacerent, sed ut eo assistente traditam per Apostolos revelationem seu fidei depositum sancte custodirent et fideliter exponerent. »
3 6Catéchisme de l'Église catholique, n° 889, Mame/Plon, 1992 (texte officiel français sur vatican.va). Rattache l'infaillibilité du Magistère au « sens surnaturel de la foi » du Peuple de Dieu tout entier, qui « s'attache indéfectiblement à la foi » sous la conduite du Magistère vivant (cf. Lumen Gentium, n° 12, où le corps des fidèles « ne peut se tromper dans la foi »).
4Catéchisme de l'Église catholique, n° 890. Citation verbatim : « Pour accomplir ce service, le Christ a doté les pasteurs du charisme d'infaillibilité en matière de foi et de mœurs. »
5Catéchisme de l'Église catholique, n° 891. Précise le sujet, l'objet et l'étendue de l'infaillibilité : le Pontife romain, « chef du collège des évêques », en jouit « quand […] il proclame, par un acte définitif, un point de doctrine touchant la foi et les mœurs » ; « l'infaillibilité promise à l'Église réside aussi dans le corps des évêques quand il exerce son Magistère suprême en union avec le successeur de Pierre », surtout dans un concile œcuménique ; enfin « cette infaillibilité s'étend aussi loin que le dépôt lui-même de la Révélation divine ».
7 10 12 18Concile Vatican II, constitution dogmatique Lumen Gentium, n° 25, 21 novembre 1964. Reprend et complète Vatican I : l'infaillibilité appartient au pape parlant ex cathedra comme « pasteur et docteur suprême de tous les fidèles », et au collège des évêques uni à lui, notamment en concile œcuménique.
9 14Code de droit canonique (1983), canon 749. Le § 1 vise le magistère extraordinaire du pape parlant ex cathedra ; le § 3 pose la règle de prudence : « Aucune doctrine n'est tenue pour infailliblement définie que si cela est manifestement établi. » (latin : « Infallibiliter definita nulla intellegitur doctrina, nisi id manifeste constiterit. »)
13Catéchisme de l'Église catholique, n° 892. Définit l'« assentiment religieux » dû au magistère ordinaire authentique du pape et des évêques, même lorsqu'il ne propose pas une doctrine de façon définitive — assentiment distinct de l'assentiment de foi dû aux définitions infaillibles.
15Pie IX, bulle Ineffabilis Deus, 8 décembre 1854. Définition solennelle du dogme de l'Immaculée Conception. Texte officiel sur vatican.va ; cf. Denzinger-Hünermann n° 2803. Première application explicite et reconnue de l'infaillibilité pontificale, antérieure de seize ans à sa définition par Vatican I.
16Pie XII, constitution apostolique Munificentissimus Deus, n° 44, 1ᵉʳ novembre 1950. Définition solennelle du dogme de l'Assomption. Texte officiel sur vatican.va ; cf. Denzinger-Hünermann n° 3903. Seule définition ex cathedra postérieure à 1870 à faire l'unanimité des théologiens.
17Jean-Paul II, lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis, 22 mai 1994, n° 4 : « en vertu de [sa] mission de confirmer [ses] frères (cf. Lc 22, 32) », le pape déclare que l'Église « n'a en aucune manière le pouvoir de conférer l'ordination sacerdotale à des femmes et que cette position doit être définitivement tenue par tous les fidèles de l'Église ». La Congrégation pour la Doctrine de la Foi (Responsum ad dubium, 28 octobre 1995, approuvé par Jean-Paul II) a précisé qu'il s'agit d'une doctrine relevant du magistère ordinaire et universel, donc infaillible, et non d'une nouvelle définition ex cathedra.
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